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jeudi, janvier 08, 2015

467_ Unité


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Je veux d’abord m’incliner à la mémoire des personnes assassinées hier dans les locaux du journal Charlie-hebdo. M’associer à la douleur de leur famille, exprimer mon indignation et dénoncer l’abjection qui a visé ce journal.

Charly n’était pas ma tasse de thé, souvent en désaccord avec son contenu qui me heurtait, blessait. Aujourd’hui néanmoins je suis Charlie.



L’attentat dont il a été l’objet, cette attaque barbare est une volonté d’éradiquer des journalistes, une atteinte extrêmement grave contre la presse, contre les libertés, contre la République, contre les musulmans. En effet, ces gangsters, ces monstres et leurs semblables prennent en otage ma religion. Ces salopards qui assassinent froidement, méthodiquement, au nom de ma religion en criant « Allahou akbar » ne sont pas de ma religion, ils me l’ont confisquée, prise en otage. La religion qui est la mienne et celle de la majorité des musulmans est faite de tolérance, respectueuse de toutes les communautés, de toutes les autres croyances et des non-croyances.



Des attentats eurent lieu contre des tombes, des synagogues, des mosquées, ce matin même, et en réaction, devant un restaurant Kébab près d’une mosquée de Villefranche-sur-Saône. Depuis quelques années le climat en France est à la crispation et à la vindicte. De nombreux intellectuels et hommes politiques stigmatisent des minorités, particulièrement les musulmans.
Nous, Français musulmans et immigrés musulmans, sommes aujourd’hui et de plus en plus mis à l’index et au banc de la société française. Des gens comme Zemmour, Camus et d’autres, tiennent un briquet à la main et soufflent sur les braises de l'islamophobie, attisant la haine de l’autre, du musulman,  ce « juif du 21° siècle ». Hier encore, Houellebecq ce romancier au discours sulfureux –au nom de  l’« irresponsabilité » qu’il revendique et derrière laquelle il se dissimule– déverse sournoisement  sa haine (« littéraire ») contre moi qui ne le lui ai jamais rien fait, contre les musulmans, contre l’Islam. Instrumentalisant les peurs, les fragilités et autres angoisses à la lisière du tolérable. Dans le camp des fondamentalistes, la haine a passé  depuis longtemps la frontière du tolérable et du symbolique en tuant, massacrant.




On objectera, les yeux bandés : « il n’y a aucun lien » ou « ça n’a rien à voir ». Je dis que, même si le fil est ténu, « il y a à voir ». Les extrémismes se rejoignent. « À force d’agiter un épouvantail, on finit par créer nos monstres » rappelait Edwy Plenel, citant Emile Zola. Hier, dès les premières heures de l’ignominie –j’étais avec deux connaissances– j’ai été apostrophé, et moi seul parmi le groupe. J’ai été sommé de donner ma réaction, alors même qu’on ne savait presque rien encore de la tuerie. Pourquoi me montrer ainsi, insidieusement, du doigt ? Nous étions trois, j’étais le seul typé « Nord-Af » ou Arabe, musulman. On me demandait –à moi seul– de me positionner devant ce drame, faisant ainsi le jeu des assassins ou de leurs commanditaires : diviser, amalgamer. Voilà où nous en sommes.
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A samedi tous ensemble contre la terreur quelle qu’elle soit et d’où qu’elle vienne.
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Lire:

http://www.mediapart.fr/journal/france/070115/avec-charlie-hebdo-contre-la-haine-pour-la-liberte

et: 
http://blogs.mediapart.fr/blog/ahmed-hanifi/080115/12-unite




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Cet extrait de film a été ajouté le mardi 03 fevrier 2015


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MEDIAPART
02 FÉVRIER 2015 |  PAR LA RÉDACTION DE MEDIAPART & CLARISSE FELETIN

Documentaire. Ils ont été les « proies » des djihadistes
Il y a un an, dans un quartier de Strasbourg, un collectif s'est créé pour lutter contre l'endoctrinement des jeunes. Engrenage. Les jeunes face à l'islam radical (réalisé par Clarisse Feletin), diffusé mardi 3 février à 20 h 35 sur France 5, est allé recueillir la parole des jeunes victimes des « prédateurs » djihadistes et celle de leur entourage. Pour Mediapart, la réalisatrice a choisi quatre extraits non montés dans son film.
Engrenage. Les jeunes face à l'islam radical (documentaire de Clarisse Feletin, diffusé mardi 3 février 2015 sur France 5) 







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cet extrait (que j'ai retouché cause longueur) 
est un des "4 extraits... qui ne
 se retrouvent pas dans le documentaire"




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                                                        240p

entre en parfaite résonance avec le clip antidjihadiste du gouvernement, mis en ligne mercredi dernier. En 55 minutes, ce film se demande comment protéger adolescents et jeunes adultes du fanatisme. On y entend Nora, Rachel, Samy et Lorie. Ils ont entre 15 et 17 ans, sont français, athées, juifs, chrétiens ou musulmans, de tous les milieux sociaux. Certains rêvent d'un voyage sans retour pour la Syrie, pour « sauver les enfants à Alep », pour devenir la femme d'un jihadiste ou combattre les injustices. D'autres, comme Samy, délégué de sa classe du temps où il était au lycée, en sont revenus et témoignent de leur expérience.

Ils ne sont pas vus comme des « terroristes » en puissance, mais comme des « victimes de prédateurs », des « otages » d'organisations sectaires, dit un père. La diffusion d'extraits de conversations téléphoniques entre Rachel et le djihadiste qui cherche à la recruter témoigne de l'emprise mentale à l'œuvre. 
Clarisse Feletin a commencé ce documentaire il y a un an et l'a achevé en décembre dernier. Les attentats de Paris du 7 et 9 janvier ont précipité sa diffusion. L'événement qui suscita son intérêt fut le départ en décembre 2014 d’une quinzaine de jeunes de Starsbourg pour la Syrie. Quatre d'entre eux habitaient le quartier de La Meinau : deux sont morts sur place, deux autres ont été emprisonnés à leur retour. Face à la stupeur de ces départs, un mouvement citoyen s'est créé le 8 février 2014 contre l'endoctrinement avec les associations laïques et religieuses du quartier. 
Dans tout documentaire, il y a des heures de film qui ne sont pas retenues au montage : parce que dans les 55 minutes imparties, il faut éliminer tout propos qui s'éloigne du sujet, qui reformule des idées déjà exprimées. Pour Mediapart, Clarisse Feletin a retenu quatre extraits qui lui tenaient à cœur mais qui ne se retrouvent pas dans son documentaire. Dans la première, l'éducateur du quartier parle de ces jeunes, tels qu'il les connaissait : Le dialogue interreligieux existe depuis 10 ans à La Meinau. Mais après le drame, un imam, un prêtre et un pasteur s'interrogent sur la pertinence de leurs pratiques face aux questions de certains jeunes croyants.
Dans son documentaire, Clarisse Feletin offre largement la parole à Dounia Bouzar, ancienne éducatrice à la Protection judiciaire de la jeunesse et créatrice du Centre de protection contre les dérives liées à l’Islam. On la voit tenter de faire prendre conscience aux jeunes de l'emprise sectaire dans laquelle ils sont, tenter d'apporter de l'aide aux familles. D'autres experts ou intervenants ont aussi été interviewés pour analyser ce qui peut faire basculer dans la haine : Engrenage. Les jeunes face à l'islam radical, écrit et réalisé par Clarisse Feletin, diffusé mardi 3 février 2015 à 20 h 35 sur France 5.
En 2012, Clarisse Feletin avait réalisé Sexe, mensonge et harcèlement, sur le harcèlement sexuel au travail, dont Marine Turchi avait rendu compte ici (site…).


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Islamophobie (ajouté le 23 01 2015)

Qui osera plus qu''égratigner' monsieur Tesson? ou la lâcheté médiatique (en général)



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CI-dessous, sur l'Islamophobie = ajouté le lundi 20 janvier 2015

 Au-delà de l'information brute, les médias lourds s'intéressent-ils vraiment à cette question ? Non hélas, l'islamophobie n'étant pas l'antisémisisme.






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CETTE VIDEO, les articles de El Watan, de Médiapart, la caricature,  Le Monde des Livres...
ONT ETE AJOUTES LE DIM 18 JANVIER 2015






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Emission_sur_Radio_Soumam_avec_Dr_Ghaleb_Bencheikh-1 Merci Djouhri Boualem
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EL WATAN DIM 18 01 2015

Islam de France et situation du monde musulman

Les audaces de Ghaleb Bencheikh

Description : aille du texte normaleMalgré l’adversité, Ghaleb Bencheikh n’a pas peur des mots. Le théologien, invité hier du forum du journal Liberté, a dénoncé «l’hystérie» affichée par les musulmans qui ont dénoncé les caricatures de Charlie Hebdo sur le Prophète Mohamed. «C’est un spectacle affligeant qu’ont montré les musulmans hier», indique le philosophe.
«Il y a des manières plus intelligentes de revendiquer», a-t-il dit. «Lorsque le Prophète lui-même avait été arrêté, humilié et agressé, il avait répondu : ‘‘Laissez-les, ils ne savent pas’’, paraphrasant ainsi Jésus», rappelle le conférencier. Mais plus que des manifestations, Ghaleb Bencheikh s’est dit choqué par les slogans pro-terrorisme, tenus à Alger. «Ceux qui ont laissé faire cela sont responsables et comptables de la violence qui peut toucher les Algériens», a-t-il répondu sans ambages. «Nous n’avons pas retenu les leçons de la décennie noire», a-t-il ajouté.
Pour le président de la Conférence mondiale des religions pour la paix, l’apparition des terroristes en France est due au fait que pendant plus de 20 ans, «nous n’avons rien fait» pour expliquer aux jeunes la religion musulmane. «La nature ayant horreur du vide, les mosquées sont livrées à des imams ignares» qui ont donné une «mauvaise image de la religion».
Pour lui, même les imams envoyés d’Algérie ne sont pas la solution : «Ils sont envoyés dans un environnement qui n’est pas le leur. Déjà qu’ici, leur niveau est limité. La solution est donc une formation sur place, en France.» «Les musulmans ne veulent pas voir que dans leur yeux, il y a des points noirs», a-t-il dit. «Nous sommes dans la croyance, sans la connaissance», a-t-il encore ajouté.
Pour Ghaleb Bencheikh, «il est faux de dire que la religion n’a rien à voir dans tout cela. Le problème est dans le corpus. La référence de Daech est le wahhabisme en acte et le salafisme le plus belliqueux, le plus destructeur». Mais, regrette-t-il, les promoteurs de ces idéologies «font partie de la coalition internationale» qui combat les djihadistes, référence à l’Arabie Saoudite. Malgré la situation du monde musulman, Ghaleb Bencheikh ne désespère pas ; il pense que le travail de pédagogie peut être fait : «La plus grande des marches commence toujours pas un pas.» «Il faut doter les intellectuels musulmans d’une intelligente croyance», préconise-t-il.
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MEDIAPART

Pourquoi Dieudonné n’est pas Charlie
15 JANVIER 2015 |  PAR MICHAËL HAJDENBERG

Charlie Hebdo est devenu le symbole de la liberté d’expression. Et Dieudonné celui de ses limites. Pourquoi ? Un philosophe, un chercheur, un journaliste et un avocat répondent.

La question a souvent été posée ces derniers jours en marge des manifestations de dimanche, sur les réseaux sociaux et dans les établissements scolaires : pourquoi la liberté d’expression est-elle glorifiée dans le cas de Charlie Hebdo et réprouvée dans celui de Dieudonné ? Pourquoi défendre l’un et condamner l’autre ? Avec, en filigrane, un reproche, sous-entendu ou exprimé : il serait possible en France d’offenser les musulmans ; pas les juifs.
Le premier ministre, Manuel Valls, a donné une réponse ferme à l’Assemblée nationale mardi : « Il y a une différence fondamentale entre la liberté d’impertinence – le blasphème n’est pas dans notre droit et il ne le sera jamais – et l’antisémitisme, le racisme, l’apologie du terrorisme, le négationnisme qui sont des délits, qui sont des crimes et que la justice devra sans doute punir avec encore plus de sévérité. »
Charlie Hebdo, poursuivi pour avoir reproduit en 2006 les caricatures de Mahomet, fut relaxé. Le tribunal avait estimé « qu’en dépit du caractère choquant, voire blessant, de cette caricature pour la sensibilité des musulmans, le contexte et les circonstances de sa publication apparaissent exclusifs de toute volonté délibérée d’offenser directement et gratuitement l’ensemble des musulmans ».
Mercredi, Dieudonné M’Bala M’Bala a été placé en garde à vue après que le parquet de Paris a ouvert une enquête pour « apologie du terrorisme ». Dimanche, après la manifestation, il avait écrit sur sa page Facebook : « Sachez que ce soir, en ce qui me concerne, je me sens Charlie Coulibaly. »
Pour se justifier, Dieudonné, après avoir rapidement effacé ce message, a publié lundi un autre message dans lequel il estime être « traité comme l’ennemi public No1 alors qu’ (il) ne cherche qu’à faire rire, et à faire rire de la mort, puisque la mort, elle se rit bien de nous, comme Charlie le sait, hélas ».
« Si la même chose avait été écrite par un humoriste lambda, on se dirait que c’est un idiot, ou une blague ratée, rien de plus, estime l’avocat Emmanuel Pierrat, qui a notamment défendu Michel Houellebecq (relaxé quand il avait déclaré au magazine Lire en août 2001 que « la religion la plus con, c’est quand même l’islam »). Mais venant de Dieudonné, ce n’est pas uniquement un mauvais jeu de mots. Est-ce répréhensible pour autant ? Je ne sais pas. Mais son passé pèsera. »
Selon Emmanuel Pierrat, dans le long parcours judiciaire de Dieudonné, fait de quelques relaxes et de nombreuses condamnations, un épisode marque un tournant : « En 2008, quand il fait monter Faurisson sur scène. Il ne peut plus dès lors être rangé dans la case humour. Au sens juridique, c’est sa faute. Cela a définitivement connoté tout le reste. »
À la différence des caricaturistes de Charlie Hebdo, qui s’en sont toujours tenus à leurs dessins, cela fait pourtant bien longtemps déjà que Dieudonné a troqué son costume d’humoriste pour celui de polémiste aux ambitions politiques : outre son passé de candidat aux élections européennes (en 2004 et 2009), Dieudonné s’est spécialisé à partir de 2002 dans des interviews où il parlait par exemple des juifs comme de « ces négriers reconvertis dans la banque ». Ou expliquait : « Ceux qui m’attaquent ont fondé des empires et des fortunes sur la traite des Noirs et l’esclavage. » Pour Emmanuel Pierrat, « avant Faurisson, Dieudonné bénéficiait parfois de son mélange des genres et des erreurs de ses adversaires qui ne l’ont pas toujours poursuivi au bon moment ou pour les bonnes raisons ». Ce qui ne l’avait tout de même pas empêché d’être condamné à plusieurs reprises, pour ses propos sur les négriers ou encore pour avoir dit : « Les Juifs, c’est une secte, une escroquerie. »
En vertu de quoi ? Emmanuel Pierrat rappelle que « le principe essentiel, c’est la liberté d’expression, inscrit dans la Déclaration des droits de l’homme de 1789, et qui a donc valeur constitutionnelle. “Sauf si la loi en dispose autrement” ».
Par cette dérogation, qui n’existe pas aux États-Unis, une opinion peut devenir un délit. « L’idée générale est qu’un propos ne doit pas inciter à la haine. Donc on peut s’en prendre aux idéologies. Ce n’est pas de la haine de dire qu’on n’aime pas dieu. En revanche, on ne peut pas attaquer les gens qui pratiquent. On ne peut pas caricaturer les musulmans qui prient car cela s’approche de la haine. »

« L’antisémitisme n’est pas une critique de la religion. C’est un préjugé racial »
Certains dessins publiés dans Charlie Hebdo ne concernent-ils cependant pas des croyants directement ? « À mon sens, explique Emmanuel Pierrat, les associations musulmanes qui ont poursuivi Charlie n’ont pas attaqué les bons dessins. Si elles avaient attaqué des caricatures de musulmans plutôt que du prophète, je pense que le jugement n’aurait pas nécessairement été le même. »
L’appréciation des tribunaux est complexe, du fait que le droit à l’humour n’existe pas, comme le rappelle l’avocat. « C’est un concept intellectuel. Le tribunal peut le prendre en compte mais le juge doit faire le tri par lui-même : est-ce du second degré ? Est-ce que cela est publié dans un journal de lycéens ? À la une de Minute ? Un juge n’appréciera pas de la même façon un dessin publié dans Charlie Hebdo et dans Valeurs actuelles. Le tribunal prend toujours en compte le contexte, comme quand il prend en considération l’enfance d’un assassin. »
Le chercheur et politologue Jean-Yves Camus, qui a fait partie de l’équipe de Charlie Hebdo, qu’il a quittée sur fond de désaccord avec la ligne du directeur Philippe Val, explique : « En France, on est très marqués par la tradition de Voltaire, et on ne condamne pas facilement sur la dérision, qui peut être poussée très loin. Mais la tradition, c’est la satire des religions. Or l’antisémitisme n’est pas une critique de la religion. C’est un préjugé racial. »
Jean-Yves Camus établit une autre différence importante entre Charlie Hebdo et Dieudonné : « Quand ils ne s’en prennent pas à l’idéologie religieuse, les dessinateurs s’en prennent aux croyants. On ne peut pas réduire les musulmans aux femmes voilées, ni les juifs à des rabbins en papillotes. Les musulmans, comme les juifs, se définissent de manière hétérogène. Dans Charlie, il n’y a donc pas d’offense à tous les musulmans ou à tous les juifs, mais seulement aux croyants. Dieudonné, lui, s’attaque à tous les juifs, sans distinction. » Le chercheur poursuit : « Ce que faisaient les dessinateurs de Charlie, ce n’était pas toujours ma tasse de thé. Mais je ne pouvais pas les soupçonner d’être racistes. Ils étaient juste radicalement antireligieux. »
Par ailleurs, pour Jean-Yves Camus, « on ne peut pas céder sur le principe même du droit à la caricature. Sinon, on peut passer d’être offusqué par la caricature à être offusqué par tout ce qui touche à l’Islam. On ne sait plus jusqu’où on étend le concept ».
Le droit français et l’arsenal anti-raciste s’étant construits il y a plusieurs décennies, Jean-Yves Camus se demande toutefois s’il ne faudrait pas créer un délit d’islamophobie : « Aujourd’hui, la focalisation se fait plus sur l’islam que sur l’immigration. La pénalisation de l’antisémitisme est liée à l’histoire. L’arsenal contre le racisme paraissait suffisant jusqu’aux années 2000. Ce n’est peut-être plus le cas aujourd’hui. Mais en aucun cas Dieudonné ne doit être une référence dans ce débat. Cela ne doit pas s’articuler autour de lui. »
Pour le professeur de philosophie Pierre Tevanian, qui a très fortement critiqué Charlie Hebdo ces dernières années, au sein du collectif “Les mots sont importants”, « la question du deux poids deux mesures est légitime, et notamment dans la comparaison Charlie Hebdo/Dieudonné. Il ne faut pas disqualifier les personnes qui posent cette question au motif qu’elles seraient des antisémites ou des ennemis de la République ».
Pour Pierre Tevanian, Dieudonné aurait d’ailleurs raison d’estimer qu’il y a une différence de traitement en France à l’égard de l’islamophobie et de l’antisémitisme. « Dans la condamnation des actes et des paroles, dans la réaction et la réactivité des autorités publiques et des faiseurs d’opinion (éditorialistes, intellectuels…) aux agressions physiques, ainsi dans le rapport à l’histoire, il y a des différences. Le seuil de tolérance n’est pas le même pour tous les racismes. Le dire ne doit pas rendre suspect de quoi que ce soit. »
Ce qui pose problème selon lui, c’est l’interprétation que Dieudonné donne de ce « constat factuel » : « Il en a une lecture raciste en expliquant que ces différences s’expliquent par le fait que les juifs dirigent le monde. C’est une interprétation délirante. »
« Charlie et Dieudonné se sont tous deux enfermés »
Peut-on pour autant comparer les propos tenus par Dieudonné et les couvertures du magazine satirique ? Pierre Tevanian se montre prudent : « Bien sûr, il y a des différences. Dieudonné a fait monter sur scène le négationniste Faurisson. Charlie Hebdo n’a jamais rien fait de comparable. Mais qu’est-ce que cela justifie comme différence de traitement ? Je n’ai pas envie de me prononcer. Je ne suis pas pour faire condamner en justice Charlie Hebdo. Mais je ne suis pas convaincu non plus par les condamnations en justice de Dieudonné. Je suis favorable à une liberté d’expression maximale à laquelle on puisse opposer la liberté de critique. Et pour moi, la lutte contre le racisme ne doit pas passer par la justice. On ne doit pas remettre entre les mains des juges le soin de labelliser ce qui est raciste et ce qui ne l’est pas. Car le plus dangereux est que cela donne un blanc-seing à ceux qui ne sont pas condamnés, et qui peuvent s’en prévaloir. »
Pour Abdelkrim Branine, rédacteur en chef à Beur FM, « la plupart des mecs de Charlie étaient de bons gars, de vrais anars ». Soucieux d’aborder le sujet prudemment – « On sort d’une tragédie, il faut bien séparer les sujets » –, il n’en dresse pas moins un parallèle. « À une époque, je trouvais que Dieudonné était brocardé de manière excessive. Mais ensuite, il a fait une fixette. Il est tombé dans un cercle vicieux et a fini par s’en prendre aux juifs eux-mêmes. Son alliance avec Soral, devenu son maître à penser, suffit à se faire une opinion. »
Mais pourquoi comparer avec Charlie Hebdo alors ? « Au début, en publiant les caricatures, ils ont un peu joué les Che Guevara de la presse. Quand ils ont vu les protestations virulentes, ils ont dû se dire :“Bande de connards, on va vous faire chier jusqu’au bout.” Et eux aussi se sont enfermés dans leur obsession. »
Selon le journaliste de Beur FM, « Philippe Val, Caroline Fourest, Richard Malka les ont poussés à taper sur l’islam. Mais la une sur les femmes et Boko Haram, c’est un truc dégueulasse. C’est quasiment du Front national de sous-entendre que les Noirs font des gosses pour toucher des allocs ».
Pour Abdelkrim Branine, même si cela avait été le cas, la critique de la seule religion n’excuserait de toute façon pas tout : « Le dessin du prophète avec le turban en forme de bombe, c’est un amalgame dégueulasse, terrible. » Un avis partagé par Pierre Tevanian : « Ce n’est pas un dessin d’un marionnettiste ayant dans sa main le prophète qui porte une bombe. On laisse donc entendre que toute personne qui se réfère à ce prophète est un criminel en puissance. »
Pour Pierre Tevanian, se réfugier derrière l’attaque de la doctrine ne résout donc pas tout : « Dans tous les racismes, il y a des stratégies de dénégation du type "je m’en prends aux sionistes, pas aux juifs". Ça peut être vrai ou faux. Même chose quand quelqu’un dit : "Je m’en prends à la doctrine, pas aux musulmans." Et quand Redecker dit que « haine et violence habitent le livre dans lequel tout musulman est éduqué, le Coran », est-ce seulement une critique de la doctrine ? Est-ce que cela n’érige pas en menace toute personne qui a été élevée dans l’Islam ? »
Abdelkrim Branine partage ces interrogations. Par ailleurs, il trouve regrettable de « s’en prendre à une communauté qui n’est pas en haut de l’échelle sociale, qui n’est pas à la tête de l’État, qui est issue de l’ex-empire colonial. C’est facile et pas si courageux ».
Cette amertume à l’égard de Charlie Hebdo ne l’empêche pas d’établir clairement un distinguo : « Dieudonné est allé plus loin dans ses amalgames et ses saloperies. Une grande partie de son discours est antisémite. Et puis ses propos se sont inscrits dans un contexte : Ilan Halimi, Merah, maintenant l’attentat antisémite de la Porte de Vincennes. Pour Charlie Hebdo, heureusement, il n’y a pas eu de meurtre islamophobe, même s’il y a eu l’agression d’une femme enceinte à Argenteuil. Ce n’est pas nécessaire d’attendre qu’il y en ait un pour calmer le jeu, mais ça fait quand même une différence. »
Abdelkrim Branine fait encore un reproche à Charlie Hebdo : « Ils ne se sont pas assez démarqués de l’instrumentalisation politique qui a été faite de leur histoire. Et finalement, ils n’ont jamais dialogué avec des militants antiracistes. Pour voir comment ils assument, j’aurais aimé avoir ce dialogue avec eux. J’aimerais encore l’avoir aujourd’hui. » Un dialogue que plus grand monde n’a envie d’avoir avec Dieudonné.



 



LE MONDE DES LIVRES:


 

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CE QUI SUIT A ETE AJOUTE LE VEND 16 JANVIER 2015


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Charlie, caricatures, islamophobie, liberté d’expression etc. vus d’Algérie

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Le Quotidien d’Oran jeudi 15 janvier 2015

Charlie Hebdo : L'huile sur le feu  _ par Moncef Wafi
Le numéro spécial de l'hebdomadaire satirique français Charlie Hebdo, tiré hier à cinq millions d'exemplaires, a comme attendu provoqué la réaction indignée du monde et de la rue musulmans. La caricature «provocatrice» du dessinateur Luz représentant le Prophète Mohamed, la larme à l'œil, et tenant une pancarte « Je suis Charlie » a fait réagir l'Union mondiale des oulémas, au Qatar, qui a déclaré qu'il n'est ni raisonnable, ni logique, ni sage de publier les dessins et les films offensant le Prophète ou attaquant l'islam ». L'organisme, présidé par le prédicateur qatari d'origine égyptienne Youssef al-Qaradaoui s'est interrogé sur ces dessins portant atteinte à 1,5 milliard de musulmans qui se veulent une réponse aux auteurs d'attentats qui «sont une minorité qui ne représente ni l'islam ni les musulmans». Al-Azhar, l'une des plus prestigieuses institutions de l'islam sunnite basée en Egypte, a appelé, hier, les fidèles à «ignorer» la publication de Charlie Hebdo. Le communiqué d'Al-Azhar appelle ainsi « tous les musulmans à ignorer cette frivolité haineuse », expliquant que « la stature du prophète de la miséricorde est plus grande et plus noble que d'être entachée par des dessins qui ne respectent aucune morale ou norme de civilisation». Mardi soir, l'institution a averti que la publication de ces dessins allait « attiser la haine ». De son côté, l'Iran, représentant des Chiites à travers le monde, a également condamné le « geste insultant » du magazine français comme « le terrorisme partout dans le monde », estimant que ce dessin « porte atteinte aux sentiments des musulmans ». De son côté, l'Iran, représentant des Chiites à travers le monde, a également condamné le « geste insultant » du magazine français comme « le terrorisme partout dans le monde », estimant que ce dessin « porte atteinte aux sentiments des musulmans ». La porte-parole de la diplomatie iranienne, Marzieh Afkham, a aussi souligné que la caricature « peut relancer un cercle vicieux de terrorisme ». Le chef de la diplomatie iranienne, Mohammad Javad Zarif, a quant à lui, invité au «respect» mutuel. « Les civilisations ne seront pas capables d'engager un dialogue sérieux si nous ne commençons pas par respecter les valeurs de chacun et leur caractère sacré », dira-t-il en substance. Aux Philippines, ce sont près de 1.500 personnes qui ont manifesté, hier, dans l'une des principales villes à majorité musulmane du pays contre les caricatures du Prophète publiées par Charlie Hebdo. Des hommes politiques locaux, des étudiants et des femmes se sont rassemblés sur la place principale de Marawi, dans le sud de l'archipel brûlant un poster du périodique français. Les manifestants brandissaient des bannières sur lesquelles on pouvait lire « Tu es Charlie » ou encore «La France doit présenter ses excuses». En France, les principales organisations musulmanes ont appelé la communauté « à garder son calme » et « respecter la liberté d'opinion ». Par contre, en Turquie, le journal Cumhuriyet  a reproduit, hier, les caricatures du Prophète publiées le même jour dans Charlie Hebdo. Cette publication a eu l'aval des autorités turques puisque dans la nuit, la police a perquisitionné l'imprimerie du journal, à Istanbul, afin d'examiner son contenu avant de donner, après un coup de fil à un procureur, son accord à sa distribution. Des policiers ont été déployés autour du siège de Cumhuriyet, à Istanbul, et de sa rédaction d'Ankara.

Un tribunal turc a ordonné hier le blocage des pages des sites internet qui publient la caricature du prophète Mahomet en «une» de Charlie Hebdo. La décision de blocage a été prise par un tribunal de Diyarbakir (sud-est) et vise «l'accès aux pages des sites internet qui publient aujourd'hui la première page de Charlie Hebdo», a précisé l'agence Anatolie. «Ceux qui méprisent les valeurs sacrées des musulmans en publiant des dessins représentant soit-disant notre prophète sont clairement coupables de provocation», a par ailleurs réagi sur Twitter l'un des vice-Premiers ministres du gouvernement islamo-conservateur au pouvoir à Ankara, Yalcin Akdogan.

Rappelons qu'un quotidien régional allemand Hamburger Morgenpost a été attaqué à l'engin incendiaire après avoir publié des dessins de Charlie Hebdo. Toujours en Allemagne, le journal allemand Bild am Sonntag cite une source de l'agence américaine de renseignements NSA, selon laquelle l'attaque contre Charlie Hebdo était le prélude à une vague d'attaques en Europe par des terroristes islamistes. Par ailleurs, 54 procédures judiciaires ont été ouvertes par la justice française pour « apologie du terrorisme » depuis mercredi dernier. Dieudonné Mbala Mbala a été arrêté hier à ce titre. Sur la même période, 15 procédures ont été ouvertes pour des graffitis et dix pour des attaques «par arme, incendie ou explosion» contre des mosquées et lieux de cultes musulmans. 11 procédures ont été enfin ouvertes pour des tracts et des propos anti-musulmans, 19 pour des infractions commises contre les forces de l'ordre, et 14 pour des cyber-attaques.
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Le Quotidien d’Oran jeudi 15 janvier 2015

La transfiguration du banal !  _ par Abdellatif Bousenane

L'attentat criminel, ignoble et abject qui a visé le journal Charlie Hebdo a pris une dimension planétaire d'une rare excentricité. Deux volets en revanche, l'un spécifique aux sociétés occidentales et l'autre externe concernant la géopolitique, composent inévitablement cet événement qui devient ainsi un artefact méritant une explicitation objective.

Depuis l'attentat du 11 septembre 2001, on n'en a pratiquement pas vu une mobilisation similaire. Les représentants de plus de 50 pays dont plusieurs chefs d'États et gouvernements étaient à la marche de Paris. Pourtant il y a eu entre temps des attentats à Madrid en 2004, d'autres à Londres en 2005
etc. Sans évoquer les attentats, massacres et carnages qui ont secoué durant la décennie passée plusieurs pays arabo-musulmans et qui ont coûté la vie à de centaines de milliers de gens. Des pays où la vie, décidément, n'a pas la même valeur que celle des pays dominants. Dès lors, Il y a là une évidente volonté de rendre cet attentat un événement d'une grande ampleur. Peut-on ainsi s'interroger sur l'objectif implicite de cette instrumentalisation ?

LES MUSULMANS SONT VISES :

Cette représentation médiatique et politique, d'une habilité certaine, qu'on a voulu, en effet, donner à cet attentat peut aboutir éventuellement à un concours de surenchères sécuritaires qui peut se traduire par un durcissement d'une législation liberticide visant essentiellement des restrictions de la liberté de circulation, de consciences et de pensée individuel qui peut aller jusqu'à une tentation d'intimidation. Ceci parvient dans un contexte marqué par la remise en question de la présence de l'Islam en terre occidentale soutenue par un certain nombre d'écrivains et intellectuels. Qui, au nom d'une liberté d'expression « sacrée » et sélective, vont jusqu'à pressentir une probable guerre civile ou/et une « déportation » de millions de musulmans hors Europe !

Demander aux musulmans de France, avec une insistance remarquée, de participer massivement dans la marche du dimanche dernier à Paris n'est-elle pas une forme de stigmatisation et d'intimidation voir de soupçon et d'accusation? Seules les coupables essaient de se justifier. Puis, combattre et révoquer un communautarisme « effrayant » et dans le même temps appeler la « communauté » à être présente en force, n'y a-t-il pas là une indéniable objection. A travers ce procédé on assemble par juxtaposition un amalgame mal saint avec une allure de bons sentiments envers des concitoyens d'une religion pas très bien perçue par des cercles médiatiques, politiques et intellectuels qui forment « l'élite dominante ».

Cette dernière fournie, effectivement, un effort considérable dont le but final est la distorsion de ce crime afin de trouver un antagoniste voir un ennemi qui incarne le rôle du méchant loup avec lequel on fait peur aux populations. Mais pour quelle raison en fait? Vouloir trouver un défit et une préoccupation beaucoup plus importante et plus grave que les problèmes socio-économiques et politiques. C'est l'hypothèse la plus plausible. Dans l'histoire de France il y a eu, en réalité, beaucoup d'attentats de ce genre. Jacques Mesrine, « l'ennemi public numéro un » a commis plusieurs attentats et hold-up sanglants pendant 7 années au nom d'un idéal ou une idéologie. Les attentats d'Action-Direct ont fait plusieurs morts dans les années 1980. À cette période l'ennemi était l'idéologie communiste et l'Union Soviétique (URSS). Ce n'est pas pour autant, cependant, qu'on a demandé aux communistes de tous bords de se justifier ou de sortir « en masse » pour dénoncer ces crimes. Comme on n'a pas demandé aux chrétiens de se désolidariser du terroriste chrétien, le norvégiens Anders Behring Breivik, qui a massacré 77 personnes en 2011.

11 SEPTEMBRE BIS ?

Au delà de la barbarie de l'acte qui est condamnable et détestable, et sans sombrer dans une théorie du complot très tentante toutefois très difficile à vérifier. Une chose est sûre, la conséquence de cet événement ne va pas se limiter à l'intérieur des frontières hexagonales. Le ton est déjà donné, et les capitales des grandes puissances de la civilisation dominante ne laissent aucune marge au doute sur leur « détermination », encore et toujours, de combattre le « terrorisme ». Notre artefact, par conséquent, prend la configuration d'une perspective hégémonique et devient ainsi un gigantesque paradigme géopolitique. Mais la question majeure qu'on doit se poser dans ce sens : Cette instrumentalisation justifierait-elle une énième intervention militaire dans un pays arabo-musulman ? Après l'échec de toutes les interventions passées. En Afghanistan, Irak, Libye
etc. Ou peut-on supposer que la perception de « l'échec » et « la réussite » n'a pas toujours le même sens dans le dictionnaire de la géopolitique ? Ainsi donc, on peut raisonner dans cette logique en termes de la théorie du « désordre créateur ».

C'est-à-dire on va choisir d'autres cibles, au nom de la guerre contre le terrorisme, bien évidement, quitte à déstabiliser ou anéantir d'autres pays. Intérêts stratégiques obligent ! Il faut souligner, tout de même, que la chute des prix des hydrocarbures initiée par les puissants de ce monde et cette marche de Paris, démontrent, incontestablement, que la civilisation dominante est toujours aux commandes.

Néanmoins, on est là face à un grand problème de définition. Le synonyme du mot « terroriste » en occident signifie t-il « rebelle » au Moyen Orient et en Afrique du Nord ?

Par conséquent l'exercice est tellement délicat, car le risque pour ces puissances c'est de se retrouver devant une opinion publique interne qui leur demanderait des comptes sur la formation militaire et la fourniture d'armes à ces « rebelles- terroristes ».

Enfin, je pense qu'il s'agit ici d'une véritable tentation de dessiner une nouvelle géopolitique ou un « nouvel ordre mondial » avec « les crayons ensanglantés» des caricaturistes anarchistes qui ont lutté toute leur vie contre l'ordre établi et la pensée dominante. C'est vraiment paradoxal !
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Le Quotidien d’Oran jeudi 15 janvier 2015

La morphologie de la haine  _ par Kamal Guerroua

«Sur les parois des cœurs, des crayons ont dessiné des fleurs, pétales roses ; printanières ; écloses ; pleines d'amour, dédiées à un monde incompris et en douleur » (Anonyme)

L'horreur nous jette souvent dans un vide existentiel mais nous pousse, en revanche, à lire dans le palmarès de nos erreurs ! En vérité, loin des jugements de valeur ou des procès d'intention que d'aucuns parmi nous peuvent décocher à l'encontre des caricaturistes de Charlie Hebdo assassinés en plein cœur de Paris, les attentats qui s'y étaient déroulées sont, quelque soient les motifs de leurs commanditaires, condamnables. Une tragédie qui résume, à elle seule, ce dilemme d'artistes, amoureux de la vie qui paient en quelque sorte les pots cassés à la place des maîtres politiques inatteignables et intouchables.

Sans doute, notre monde d'aujourd'hui est à plaindre. La haine s'affiche partout avec une insolente impudeur. Les arguties xénophobes des uns et les monstruosités démonstratives des autres s'aiguisent et sacralisent la convergence des absurdes dans un point de non-retour. La fraternité et l'amour sont, semble-t-il, un exercice de haute voltige pour une humanité en perte de vitesse. Inutile de jouer aux devinettes pour s'en rendre compte. Le fossé qui s'est creusé il y a des siècles entre une superhumanité appuyée sur l'héritage colonial, riche et aisée et une infrahumanité assujettie tout au long de l'histoire, misérable et livrée à elle-même s'approfondit, de nos jours, via le traumatisme psychologique du sous-développement, la dépendance et le totalitarisme avec leurs désastreuses conséquences (l'analphabétisme, l'inculture, l'ignorance, etc.). L'injustice des guerres, la misère et la clochardisation massive des peuples jettent l'opprobre sur la tutelle exercée par des institutions internationales factices et complices du grand capital. Il y a, à vrai dire, un étrange contraste entre la façade que notre humanité déploie et son arrière-boutique, son envers et son endroit, sa forme et son fond. L'éloge des frontières, l'ethnocentrisme, le rejet de la différence, l'aryanisation des idées, la nazification des pensées, le fascisme des croyances, le mythe des races, la crispation, le repliement, le dénigrement de ceux qui nous ne ressemblent pas et le martèlement continu des cerveaux par des théories impérialistes ou conspiratrices survivent encore grâce à l'hypocrisie médiatique. A notre grand malheur, l'ère du grand déballage imbibé de l'idéologie des lobbys construit les murs d'omerta autour des crimes humanitaires abominables, normalisant les flagrants délits d'usurpation d'identité des nations faibles. En même temps, l'exhibitionnisme des souffrances des uns, les larmes de crocodiles coulant à flot, épargne du châtiment les véritables coupables et met leurs victimes dans la case des profanateurs de sépultures.

On dirait que l'humanisme est sélectif, les affects partiaux et que la mémoire s'engage dans un sens unique. En conséquence, nos yeux sont poussés jusqu'à l'infini dans la pénombre ténébreuse de l'incompréhension, nos maux sont ciselés à la hache ingrate d'une histoire sans «h», et la dignité des opprimés réduits au rôle de faire-valoir de la volonté des puissants est écorchée. Nous sommes une masse compacte prise en tenailles entre petites polémiques médiatiques et gros mensonges politiques, prête à tout moment d'emprunter les raccourcis faciles de la propagande et à tomber dans le guet-apens tendu par ceux qui n'ont d'idéologie que l'argent. Cet argent sans cœur, sans sens et sans odeur qui ne nous porte au dos que les coups de poignard empoisonnés des rhéteurs de la haine. On rumine le bavardage des salonards en col blanc, ceux-là qui, vautrés sur le divan de la compromission, désignent à la vindicte des tribunaux d'opinion les éternels parias planétaires, déjà hais par cet occident «civilisé» qui se prend pour le nombril du monde.

Du coup, personne ne sait là où commence la dignité des uns ni la où s'arrête la liberté des autres et vice versa. On en est toujours à s'interroger sur «le pourquoi» et le «comment» de cette incroyable plasticité des notions et des définitions des «droits de l'homme», de «la liberté d'expression», et du «droit d'ingérence» humanitaire ou autre quand il s'agit de ces «Autres» (pays africains, les arabes ou les musulmans, etc.,) et de leur incontestable rigidité dans les cas ayant trait en particulier à cet Occident, pourtant foyer des droits et des libertés! Le jeu de la balançoire est, à s'y méprendre, un peu plus risqué de ce côté-là que de l'autre.

Or, le propre de la liberté est qu'elle soit d'abord universelle, applicable pour tous et surtout indivisible, c'est-à-dire, que la liberté d'expression ne devrait en aucun cas, par exemple, se détacher de la liberté d'exister, de croire, de revendiquer son identité, son idéologie, ses idées, ses croyances, etc., pourvu que ces dernières n'attentent pas, d'une manière ou d'une autre, à celles des autres, au risque de provoquer des déséquilibres et des troubles dans les sociétés.

Cela n'est, à proprement parler, que chimère dans la réalité mondiale actuelle. Car, une très forte pression psychologique à connotation impérialiste, relayée par des écrivains, des auteurs et des chroniqueurs serviles corrode par ses borborygmes l'inoxydable alliance des cœurs humains. C'est triste ! On se barricade dans nos contresens, le mal sonne comme une pathologie incurable, marquée parfois par des interruptions incontrôlées de colère, de dépit et de révolte. Assassins invétérés, salopards sans frontières, pègre hyperconnectée aux lois de la finance ont hypnotisé la conscience de ce monde libre, échappant au sas du verdict des peuples et de l'histoire, affaiblissant les autres pour se renforcer, les foulant aux pieds pour monter dans le haut de l'échelle des valeurs auprès des leurs, les dénigrant pour se surestimer, etc.

La Palestine est dépecée, l'Irak est dévastée, la Libye est disloquée, la Syrie torturée et sous séquestre, l'Afrique chaque jour humiliée, d'autres nations attendent leur tour dans la grande salle d'attente du laboratoire et les cobayes sont à la merci du bistouri et du scalpel des chirurgiens du capitalisme sauvage. La nébuleuse de la haine ne lésine jamais sur les moyens pour perfectionner son travail de sape. Des milliers d'âmes sont tombées comme des mouches, les rafales des kalachnikovs ont décimé des familles entières, des chars et des blindés ont marché sur des villages, des avions ont bombardé avec densité des villes, des réfugiés en ont assez des relents d'un exil forcé, des veuves traînent leurs guêtres dans les rues sans aucune consolation que les bondieuseries divines et des orphelins pleurent leurs pères alors que les coups de projecteurs sont jetés ailleurs, dans l'anonymat de ces médias, lesquels scrutent, analysent en boucle, traitent, re-traitent et pérorent jusqu'à la nausée sur le moindre détail d'une activité terroriste dont tout le monde aurait bien voulu oublier les échos.

Et puis, de ce côté-là, la haine à l'état pur a pris à rebrousse poil des âmes bigotes et endoctrinées. La folie et la vengeance collent à l'esprit comme la peau aux os. Pas de lotion cicatrisante, pas de remède, pas d'échappatoire à l'intolérance. L'ici-bas est vite oublié avec ses chagrins et ses vicissitudes, l'au-delà est au contraire rêvé avec son éden, ses vierges et ses houris. Et, manifestement, entre les deux univers, le kamikaze est un martyre, la mort un idéal, la vie une pourriture, une injustice, une offense. Aux gazouillis des hirondelles, répondent les croassements des corbeaux et les hululements des gyrophares. Je suis triste!
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Le Quotidien d’Oran jeudi 15 janvier 2015

France : après les manifestations, l'Assemblée nationale  _ par Pierre Morville
L'Union nationale s'impose après les attentats. Condition nécessaire mais pas suffisante pour prévenir de nouvelles menaces.

Mercredi dernier, la traditionnelle séance des « questions au gouvernement » s'est transformée en démonstration forte « d'Union nationale ». A la fin de la minute de silence demandée par le président Claude Bartolone, les députés ont entonné ensemble La Marseillaise à l'initiative très spontanée d'un député UMP, Serge Grouard. Les élus parlementaires chantant en chœur l'hymne national à l'Assemblée nationale ? Cela ne s'était pas vu depuis le 11 novembre 1918 !

Les différentes porte-paroles des groupes parlementaires ont ensuit pris la parole pour saluer les victimes, tout en s'interrogeant surtout sur les moyens à mettre en œuvre pour éviter ou limiter la reproduction de tels attentats.

Le Premier ministre, Manuel Valls, a ensuite pris la parole, ovationné par tous les députés à plusieurs reprises. Il a salué la mémoire des victimes, la grande solidarité du peuple français et celle des gouvernements étrangers : « Les soutiens, la solidarité venus du monde entier ne s'y sont pas trompés : c'est bien l'esprit de la France, sa lumière, son message universel, que l'on a voulu abattre. Mais la France est debout ». Il aussi a salué « la magnifique réponse, le magnifique message » envoyé par les députés qui ont chanté La Marseillaise.

La très grande participation aux nombreuses manifestations qui se sont déroulés sur tout le territoire a déterminé la volonté de l'ensemble des députés à faire bloc : les manifestants ont « adressé un grand message de responsabilité » au gouvernement et aux parlementaires a reconnu Manuel Valls qui a réaffirmé avec force : « Oui, la France est en guerre contre le terrorisme, le djihadisme et l'islamisme radical. La France n'est pas en guerre contre l'islam et les musulmans, a-t-il martelé, la France protégera tous ses concitoyens avec détermination et sang-froid ».

FRANÇOIS HOLLANDE TRES MOBILISE

François Hollande a été le premier à appeler à cette « Union nationale ». Impressionné, comme toute la classe politique, par l'ampleur des manifestations populaires, « la France, elle a fait face », le Président de la République a constamment appelé à l'unité, « notre meilleure arme » et surtout à une vigilance accrue car le pays « n'en a pas terminé avec les menaces ». « C'est la République toute entière qui a été agressée » : très mobilisé, présent sur le terrain, François Hollande, dans ces jours de crise, a tout piloté, y compris les décisions sécuritaires, comme l'assaut contre les terroristes, décisions prises « en symbiose », insiste l'Elysée, avec Manuel Valls, le ministre de l'Intérieur, Bernard Cazeneuve, et la garde des Sceaux, Christiane Taubira. Il a voulu incarner son rôle de garant de l'unité républicaine : hommages aux victimes, visites aux familles, remerciements au dévouements des forces de l'ordre, réception des principaux partis politiques, vœux aux forces armées sur le porte-avion Charles
de-Gaulle.., le président a également manifesté dans la rue, fait rare en France, le dernier à l'avoir pratiqué avait été François Mitterrand en 1984 ! Il est vrai qu'il était, dimanche dernier, accompagné Place de la République, d'un nombre important des chefs d'état et de gouvernements étrangers.

Les premiers sondages confirment que les Français ont jugé positivement l'action du président. Selon une enquête TNS SOFRES pour le Figaro, publiée le 13 janvier, 29% des personnes interrogées sur «la gestion des événements», jugent «très bonne» l'action de François Hollande, 54% «plutôt bonne», soit 83% d'opinions positives. Mais très faible cote de popularité de François Hollande ne grimpe que de cinq points pour atteindre 20% de confiance seulement (41% pour Manuel Valls). Selon l'enquête Odoxa
Les Echos parue le lendemain, Près de huit Français sur dix (79 %) estiment ainsi que Hollande mais aussi Manuel Valls ont été à la hauteur des événements actuels. Mais 29 % des sondées seulement jugent positivement son action générale, avec une progression de huit points par rapport à décembre. « Certes, c'est dans son propre camp qu'il a retrouvé du crédit : près de six sympathisants de gauche sur dix (58 %) sont satisfaits de son action, alors qu'il est toujours rejeté par 92 % des électeurs de droite », commente le quotidien.

Souvent moqué pour ses hésitations, Hollande a su faire preuve d'une vraie intelligence dans l'appréciation de la situation et d'une rapide détermination dans les réponses. Il a incarné pendant ces jours dramatiques, l'unité nationale, reléguant au second plan les partis politiques de droite, comme de gauche et minorer son principal rival pour les élections de 2017, Nicolas Sarkozy. Marine Le Pen a tenté de jouer sa propre carte, mais elle n'y a pas réussi. Son parti n'étant pas invité aux différentes manifestations, elle s'est marginalisée en organisant son propre rassemblement, 1000p., à Beaucaire, une petite ville du Gard.

François Hollande a également montré que la France n'était pas seule, que ce pays gardait toujours une certaine image et nourrissait de la sympathie et de la solidarité à l'international. La présence des chefs d'état étrangers, l'écho des messages de solidarité de la presse internationale a beaucoup surpris les Français, toujours habitués à dire du mal d'eux-mêmes tout en s'estimant paradoxalement le plus beau pays du monde.

« Cette affaire représidentialise de fait l'image de François Hollande, qui en a bien besoin ». Cité par les Echos, un des lieutenants du président veut même croire que « ce sans-faute va mettre dans le jardin des souvenirs les procès intentés par la droite contre la légitimité, la capacité présidentielle de l'homme et la légèreté du pouvoir ». Cela reste à voir, pointe Pierre-Alain Furbury dans le même journal : « au sommet de l'Etat, on sait que « la vie va reprendre » et que les polémiques ne tarderont pas à surgir, notamment sur les moyens de la lutte antiterroriste. Sans compter que les difficultés économiques et sociales de la France demeurent ».

COMMENT PARER DE NOUVEAUX ATTENTATS ?

Les divisions en effet réapparaitront bien vite et notamment sur les suites à donner à ces double attentat qui a fait dix sept victimes en France. « A une situation exceptionnelle doivent répondre des mesures exceptionnelles. Mais je le dis avec la même force : jamais des mesures d'exception qui dérogeraient au principe du droit et des valeurs », a garanti Manuel Valls, avant d'avancer quelques pistes et propositions : « nous avons aussi amélioré la coopération entre nos services intérieurs et extérieurs (...) même s'il faut faire davantage nos échanges avec les services étrangers, a-t-il annoncé. « Mais il faut aller plus loin, j'ai demandé au ministre de l'intérieur de m'adresser dans les huit jours des propositions de renforcement, a-t-il déclaré, elles devront concerner Internet et les réseaux sociaux qui sont plus que jamais utilisés pour l'embrigadement, la mise en contact et pour le passage à l'acte habituel. » « Les phénomènes de radicalisation se développent en prison, ce n'est pas nouveau », a poursuivi le Premier ministre. Evoquant une mesure expérimentée actuellement à Fleury-Mérogis, Manuel Valls a souhaité que, « avant la fin de l'année (...), la surveillance des détenus considérés comme radicalisés [soit] organisée dans des quartiers spécifiques créés au sein d'établissements pénitentiaires ».

Plus facile à annoncer qu'à concrétiser. Tout d'abord, parce que les services de renseignements français surveillent déjà beaucoup les réseaux terroristes et, dans la plus grande discrétion, ont empêché un certain nombre de projets d'attentats similaires. Une hausse des budgets consacrée à ces activités sera certainement décidée. « Depuis des mois, sinon des années, tous les spécialistes prévenaient qu'une telle action allait se produire..., note Jean Guisnel dans Le Point, pour autant, est-il envisageable avec les moyens que la République consacre actuellement aux renseignements intérieur et extérieur - à la louche, un milliard d'euros par an - de dresser un bouclier infranchissable contre des hommes déterminés, organisés et prudents ? La réponse est négative ».Une hausse des crédits suffira-t-elle ?

Le mouvement djihadiste en Europe s'organise sur la base de petites cellules autonomes, dormantes, bâties dans la clandestinité avec des militants qui ne se font pas remarquer dans la vie civile jusqu'au moment où ils interviennent avec la plus grande violence : « on mesure bien que l'on ne lutte pas avec un porte-avions ou des chars de combat contre des terroristes français bien de chez nous, formés sur le tas, dirigés à distance et sachant parfaitement jouer « l'adhésion » aux principes républicains, avant de surgir du néant l'arme au poing », poursuit Jean Guisnel.

Plus généralement, la question qui interpelle, dans un contexte où 1000 à 1200 jeunes Français sont partis en Irak et en Syrie, et d'autres, peut-être encore plus radicaux, ont décidé de rester pour se joindre à des cellules dormantes : pourquoi des jeunes, souvent de banlieues s'embarquent dans de tels errements ? Des efforts d'éducation civiques sont certainement nécessaires mais la misère sociale de certains quartiers et le racisme ambiant doivent y être également pour beaucoup.

« Prendre des mesures exceptionnelles mais ne pas déroger au principe du droit et des valeurs » affirme le 1er Ministre français. Pas aisé, surtout quand certains députés de droite réclame des mesures identiques à celles, anti-démocratiques, prises par Bush après le 11 septembre : un « Patriot Act » à la française, quitte à «restreindre certaines libertés publiques» : «je préfère des mesures qui créent du débat chez vous, les journalistes, au nom du politiquement correct, plutôt que des morts dans la rue», lâche par exemple Patrick Ollier après le discours de Manuel Valls.

QUI, DERRIERE CETTE BARBARIE ?

«Des héros ont été recrutés et ils ont agi, ils ont promis et sont passés à l'acte à la grande satisfaction des musulmans», déclare dans la vidéo mise en ligne hier sur un site islamiste, l'un des dirigeants d'Al-Qaïda dans la péninsule arabique (Aqpa), Nasser Ben Ali al-Anassi. «Nous, Al-Qaïda dans la péninsule arabique, revendiquons la responsabilité pour cette opération comme vengeance», ajoute-t-il. «Nous tenons à préciser à l'intention de la nation musulmane que ce sont nous qui avons choisi la cible, financé l'opération et recruté son chef». « J'ai été envoyé, moi, Chérif Kouachi, par Al-Qaïda du Yémen », a affirmé ce djihadiste français. Au moment où il entre en contact avec les journalistes, Amedy Coulibaly tient prisonniers une quinzaine de personnes dans une épicerie cachère. Il déclare sans ambages que quatre d'entre elles sont mortes (Yohan Cohen, Yoav Hattab, Philippe Braham et François-Michel Saada) et exige qu'on le mette en contact avec les policiers. Et il affiche ses couleurs : il agit, lui, au nom du groupe armé État islamique (EI). Nouveau facteur d'inquiétudes : les deux principales formations djihadistes, rivales et qui s'opposent parfois militairement en Syrie, en Irak et plus généralement dans le Moyen-Orient sont, semble-t-il capable de réaliser des alliances concrètes pour intervenir en semble en Europe. Inquiétant quand on sait que la France est une cible privilégiée. « Affaire du voile », opérations militaires en Irak, au Mali : dans la hiérarchie des pays à haïr, la France occupe le 1er rang, « elle est perçue comme une ennemi de l'Islam et le plus anti islamiste parmi tous les pays occidentaux » confie un responsable de la DGSE à Jean-Pierre Perrin. « La France prétend être un pays laïc alors que son cœur est plein de haine pour les musulmans » déclarait en aout 2009, Ayman al-Zawahiri, le n°2 d'Al Qaida. « Si vous pouvez tuer un incroyant américain ou européen et en particulier les méchants et sales Français (
) Tuez-le de n'importe quelle manière ! », menaçait de son côté le 22 novembre dernier, Abou Mohammed Al-Adnani, le porte parole de l'EI. Ce n'est pas fini.

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Le Quotidien d’Oran jeudi 15 janvier 2015

Manifestation internationale de Paris : le serment algérien  _ par M'hammedi Bouzina Med : Bruxelles
La plus belle manière d'honorer la mémoire des victimes du terrorisme en Algérie est de manifester notre solidarité aux autres victimes, quelles que soient leurs origines, nationalité ou croyances. Nous en avions tellement besoin dans les années 90.


Peut-on répondre à une lâcheté par une autre lâcheté ?

Peut-on justifier une colère par une autre colère ?

Peut-on se prévaloir de la générosité, du partage et de la solidarité en manifestant du ressentiment, de la rancune, voire de la haine ? Adopter de telles réponses ou attitudes c'est un peu la loi du talion, « œil pour œil, dent pour dent. »L'émotion qui a submergé la France au lendemain des attentats du 07 janvier a laissé très vite apparaître des sentiments de révolte, d'indignation et de colère. Et lorsque la colère envahit les cœurs, la raison se brouille et laisse le champ libre à toutes les frustrations inconscientes, les dérives communautaires et les amalgames absurdes et dangereux pour la cohésion et la paix sociales : la colère est aveugle. Les réseaux sociaux ont (et continuent) d'illustrer cette étrange et paradoxale cassure entre les indignés du terrorisme quel qu'il soit et d'où qu'il provienne et ceux qui lui trouvent une justification, notamment, dans l'anathème qui offense l'islam et son prophète. Entre les deux expressions, une troisième « voix » ambiguë : celle qui reproche à la France et au reste du monde de ne pas manifester avec autant d'ampleur et d'amplitude leur solidarité aux milliers de victimes du même terrorisme qui endeuille encore, aujourd'hui même, d'autres peuples fragilisés à travers le monde, en Afrique, dans les pays arabes et ailleurs. Si le reproche est juste dans sa forme, autorise-t-il à critiquer la mobilisation qui eut lieu en France ? Autrement dit, si « l'autre n'a pas su ou mesuré toute ma douleur, dois-je adopter la même attitude envers lui lorsque la douleur le frappera à son tour ? » Une telle réponse ne me différenciera en rien de lui. Par contre, le fossé entre nous se creusera d'avantage. C'est l'un des objectif des terroristes : séparer les communautés, les monter les unes contre les autres.

La France des années 90, celles du feu et du sang en Algérie, avait deux visages : celle de la France officielle, non pas seulement « mitterrandiste », mais aussi « chiraquienne », cohabitation entre gauche et droite oblige à partir de 1993. Cette France officielle s'est cachée les yeux et entretenait le doute sur le « Qui tue Qui ». Même frappée sur son sol en décembre 1994 par les terroristes du sinistre GIA (détournement de l'avion d'air France), elle a continué à « amalgamer » le peuple algérien et les terroristes. Et puis, il y avait la France populaire, non officielle : elle a manifesté autant qu'elle le pouvait sa solidarité et son soutien aux algériens. Y compris lorsque l'hydre terroriste frappait le monde de la presse : visites à Alger de syndicalistes de la presse en pleine période de chaos, reportage de journalistes, visite de soutien de la Fédération internationale des journalistes (FIJ), nombreuses conférences de sensibilisation et d'alerte en France et ailleurs menées par beaucoup d'associations et de comité de soutien aux algériens. Certes, ça n'avait pas l'ampleur des manifestations de Paris du 11 janvier, mais oublier cette vague de solidarité, qui au demeurant s'était étalée sur plusieurs années et non pas sur deux jours, n'est pas juste. Et s'il fallait sortir par millions dans les rues aujourd'hui, nous n'auront pas le temps de rentrer chez nous un seul jour, tant le terrorisme abject frappe quotidiennement partout ailleurs, en Afrique, au Pakistan, en Afghanistan, en Syrie, en Libye et ailleurs encore. 134 enfants ont été déchiquetés par des bombes en Afghanistan voilà moins d'un mois ; plus de 2.000 enfants femmes et jeunes ont été assassinés par la secte Boko Haram au Nigeria et au nord du Cameroun ; chaque jour des morts en Syrie ; à intervalle régulier l'Etat d'Israël massacre des palestiniens en otage à Ghaza. Le drame terroriste est quotidien, là où les failles sécuritaires le lui permettent.

Certes, le reste du monde n'a pas et ne manifeste pas autant de mouvement de solidarité. Mais, nous faisons partie du monde et nous n'avons pas, nous aussi, manifesté notre soutien. Nos gouvernants, du chef de l'Etat aux responsables locaux, se taisent et sont absents aux enterrements des soldats et agents de sécurité qui tombent encore aujourd'hui dans des embuscades terroristes dans nos montagnes. Seules quelques entrefilets dans la presse rappellent leur sacrifice au nom de la patrie. Les français, peuple et responsables politiques, ont réagi de concert dans une mobilisation nationale qui leur fait honneur. Lui reprocher de ne pas manifester de la même façon lorsque le terrorisme frappe ailleurs est une mauvaise foi. Parce que le reproche se retourne aussi contre nous. Nous ne manifestons même pas pour nos propres victimes du terrorisme. Ce qui s'est passé en France doit nous interpeller et donner l'occasion au monde entier à montrer la même indignation, la même solidarité et les mêmes manifestations à chaque fois que le monstre du terrorisme frappe dans une quelconque contrée dans le monde. Pour que cela ne se reproduise plus, pour que le monde libre n'abandonne plus jamais, sur une quelconque contrée de ce monde, d'autres humains à la haine et la barbarie du terrorisme. Pour qu'aucune personne en ce monde de violence politique ne se sente seule face à l'injustice, la violence et la barbarie. Souhaitons et espérons de toutes nos forces que le drame de « Charlie Hebdo » soit, enfin, le déclencheur d'une prise de conscience internationale sur la réalité du terrorisme international, notamment celui prôné au nom de cette belle religion qu'est l'islam. Cet islam qui nous invite, dans de très nombreux versets, à la solidarité, à l'aide et l'assistance au pauvre et au paria, au respect des autres croyances et religions, à la tolérance et surtout au Pardon. Soyons dignes de l'islam du pardon et de la solidarité.

En manifestant notre soutien au peuple français (sans s'embarrasser des récupérations politiques de certains partis) nous manifestons notre mobilisation contre le terrorisme, contre l'ignorance, contre la haine et la violence du racisme. Nous manifestons notre attachement, avec le reste du monde libre, à la liberté pour laquelle il nous reste encore un long chemin difficile à parcourir. Nous, algériens, nous aurons (et avons) besoin de cette solidarité et de cette présence à nos côtés. A Paris nous avons manifesté aussi pour nos propres deuils passés. Et que Dieu nous en préserve pour l'avenir.
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Le Quotidien d’Oran jeudi 15 janvier 2015

France, et maintenant ?  _ par Akram Belkaid: Paris

C'était beau. Oui, il faut le dire et s'y arrêter quelques lignes. Les marches du 11 janvier, à Paris et dans d'autres villes, étaient belles, impressionnantes. C'est beau un peuple qui se découvre, qui réalise, répète et clame que l'amour et la paix devraient être plus forts que la haine et la violence. C'est beau des gens qui fraternisent, des inconnus qui se parlent, des visages qui rient après les pleurs et l'angoisse, des mains qui se serrent, des baisers qui s'échangent. Une telle communion est si rare. Oui, c'était beau, malgré les risques, malgré la présence de ces chefs d'Etat ou de gouvernement, ministres, responsables et anciens dirigeants qui, hypocrites et calculateurs, ont marché alors que l'on connaît leurs crimes contre la liberté d'expression

Mais ensuite ? Que restera-t-il de toute cette fraternité, de ce qui a été très vite (trop ?) proclamé « esprit du 11 janvier » ? La réponse va dépendre de la manière dont sera résolue ou non cette équation à plusieurs inconnues qui caractérise depuis longtemps la France. Il était déjà peu aisé d'imaginer comment ce pays allait évoluer avant les attentats des 7 et 9 janvier, cela sera encore plus difficile car cette équation s'est compliquée. Dans ces colonnes, il a déjà été question il y a quelques années du philosophe Nassim Nicholas Taleb, le « penseur de l'improbable », qui a développé la fameuse théorie du cygne noir selon laquelle un événement rare – ou jugé peu probable - peut avoir d'importantes conséquences sur le long terme (*). C'est bien cela qui vient d'arriver.

Pour faire face à l'avenir, il faudrait que les causes structurelles de ces actes criminels soient clairement identifiées et analysées. Il ne s'agit pas de ressasser à l'envi des thèmes qui fâchent mais il est impossible d'imaginer que l'on puisse faire l'économie d'un tel questionnement, le mieux étant qu'il soit collectif et, surtout, qu'il ne soit pas abandonné aux seuls politiques. Pourquoi donc la France a-t-elle subi ces attentats menés par des enfants qui sont nés sur son sol, qui y ont grandi, qui y ont été « éduqués » ? Bien entendu, il n'y a pas qu'une seule explication, ce dernier mot, rappelons-le ne signifiant aucunement excuse.

Commençons par le contexte international. Malgré ce qui s'est passé les 7 et 9 janvier, de nombreux Français n'ont pas encore pris conscience que leur pays est en guerre. Non pas une guerre interne contre je ne sais quel ennemi caché ou autre cinquième colonne mais un conflit au-delà des frontières de l'Hexagone. Ou plutôt, des conflits. Aujourd'hui le Sahel et l'Irak, hier l'Afghanistan et la Libye, demain peut-être la Syrie et, de nouveau, la Libye. Il s'agit bien de guerres qu'elles soient ou non lointaines. Et, d'ailleurs, le concept de guerre lointaine n'existe plus dans un contexte de mondialisation où les images des « dégâts collatéraux » d'un drone peuvent être mis presque instantanément en ligne. La France est en guerre et, de cela, beaucoup trop de gens ne sont pas conscients pensant, naïvement, que leur pays est un havre inattaquable et étanche. On pourra discuter longuement si ces interventions à l'étranger sont légitimes ou non. Le fait est qu'elles exposent l'Hexagone à des attaques et à des représailles. Commentant les attentats du 11 septembre 2001 aux Etats-Unis, le général Giap, figure emblématique du combat vietnamien contre l'armée américaine, avait eu cette réflexion : « Ces gens (comprendre Al-Qaida) ont porté leur combat sur le sol de l'ennemi ce que nous ne pouvions réaliser ou envisager ». Contrairement au Vietminh qui était conscient de la nécessité de ne pas s'aliéner l'opinion publique américaine, ceux que la France combat au Sahel et en Orient entendent rendre coup pour coup quelles que soient les conséquences. En ce sens, la question des caricatures publiées par Charlie Hebdo n'est qu'un prétexte et les dirigeants français semblent réticents à expliquer cela à leur peuple.

L'autre élément est bien entendu d'ordre interne. Combien de fois nous faudra-t-il encore nous lamenter sur les échecs des différentes politiques d'intégration ? En 2005 puis en 2007, après les émeutes de banlieue, un concert de voix unanimes avait décrété le « plus jamais ça ». Depuis, rien ou presque n'a été fait. Des quartiers en entiers restent à l'abandon, livrés aux caïds de la drogue. Les minorités visibles demeurent cantonnées aux marges et ne sont sollicitées qu'en cas de problème. L'islam est devenu un thème permanent de débats négatifs, tranchés, souvent en l'absence même des concernés. Plus grave encore, même les phénomènes positifs, c'est-à-dire l'intégration silencieuse d'une bonne partie des communautés musulmanes, sont niés et occultés. En 2005, après les émeutes, j'avais écrit que l'intégration devrait figurer au rang des grandes causes nationales, peut-être même la seule cause nationale. Habitat, déségrégation spatiale, accès à une bonne éducation, emploi : cela devrait être la priorité des priorités. Cela reste le parent pauvre des programmes gouvernementaux obnubilés par la réduction des déficits. Ces assassins ne sont pas sortis de nulle part. Ils sont le produit de la société française. Là aussi, il serait aventureux d'ignorer cela et de ne pas réfléchir sérieusement à cette question.

La France est un pays en panne de projets nationaux. Ses élites monochromes, bouffies de certitudes, de préjugés et de paternalisme à l'égard des minorités,refusent de prendre la mesure de l'incroyable réajustement du monde que cela soit sur le plan économique mais aussi religieux et spirituel. Empêtrées dans des débats à la petite semaine, elles ne veulent pas avoir le courage d'admettre que leur pays est en perte de vitesse parce qu'il est incapable de se redéfinir, de couper ses branches mortes et de laisser d'autres bourgeons éclore. Parce qu'il est incapable d'admettre que son identité a changé avec la présence de 5 millions de musulmans sur son sol. Pendant des années, au lieu d'en tirer de la force, il a fait mine, par simples soucis électoraux, d'en faire un problème. A force de tergiversations, de fausses promesses et de renoncements quant à une vraie politique d'égalité des chances, ce problème est devenu réalité. Et, tandis que l'heure tourne, que l'échéance présidentielle de 2017 est déjà dans toutes les têtes, que le discours musulmanophobe reprend de la vigueur et que, hélas, d'autres nervis rêventcertainement à de nouvelles attaques, il y a fort à craindre que l'élan unificateur de la marche du 11 janvier ne se perde dans les brumes de l'hiver.

(*) Lire, Cygne noir ou le monde de l'Extremistan, 7 février 2008.

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Le Quotidien d’Oran jeudi 15 janvier 2015
Sanction et vengeance !  _ par Mohieddine Amimour *
La majorité des commentateurs du massacre de Charlie Hebdo ont assimilé le drame aux explosions de New York, en septembre 2001.

Les médias ont joué un rôle capital et déterminant dans le façonnage de l'opinion publique, et ça mérite d'être bien analysé. Mais la tentative d'analogie est à prendre avec précaution. Certes, les deux évènements représentent un tournant dans la vie des deux nations, mais l'explication officielle de ce qui s'est passé à New York n'a plus aujourd'hui la crédibilité qu'elle avait suite à l'évènement spectaculaire. Un élément essentiel est à retenir dans la comparaison.

Les attaques de New York ont été menées, nous disait-on à l'époque, par des étrangers aux États-Unis, c'est-à-dire des Arabes, mais l'acte criminel de Paris, nous dit-on aussi avec insistance, a été commis par des Français d'origine algérienne. On insiste sur l'origine algérienne, bien que les assaillants soient nés en France, élevés en France et instruits en France. A l'Hexagone, on tient souvent à rappeler l'origine maghrébine des criminels, et passer cette origine sous silence quand il s'agit d'un éminent sportif ou d'un illustre artiste. Là, on se contente de dire brièvement qu'ils sont Français.

Un autre élément à noter, c'est l'insistance sur le qualificatif de « djihadiste » ou « intégriste islamique ». Ce qui n'est pas toujours innocent.

Ceci dit, personne ne peut approuver un acte criminel perpétré contre qui que ce soit, et personne n'a le droit de justifier cet acte ou de lui trouver des circonstances atténuantes. Néanmoins, une analyse sereine s'impose pour éviter la répétition de ces actes, notamment s'ils sont suivis par une répression, physique, verbale ou morale contre les musulmans d'une façon générale, et les Magrébins en particulier. Ce qui résulte, comme nous l'avons constaté ces derniers jours, à des scènes pitoyables de certains représentants de l'Islam, dit républicain, qui semblent vouloir pousser l'ensemble des musulmans à des actes d'autoflagellation ou à des excuses misérables, qui peuvent être interprétés comme l'expression d'un complexe de culpabilité .

Ce sont ces données qui orientent mon analyse, qui vise à inviter l'Occident à bien examiner les faits, s'il veut bien se protéger du terrorisme, du vrai terrorisme.

ANALYSONS LES DONNEES ET LES FAITS

La société magrébine est, en général, une société patriarcale. Le père est le guide de la famille. Les pères de familles émigrées ont essayé de garder un certain degré de discipline familiale, pour pouvoir veiller sur leurs enfants, mais ils étaient confrontés à des mœurs complètement étrangères à leur mode de vie. Les enfants, notamment les filles, se sont éloignés de leur autorité paternelle. Ils ont profité de la protection de la société d'accueil, voire même de l'encouragement pour outrepasser l'autorité paternelle, qualifiée d'archaïque et de sous-développée. Beaucoup de jeunes, émerveillés par cette liberté, ont même bafoué l'obligation du respect. Je rappelle qu'en Algérie, à un moment donné, le frère cadet ne marchait toujours qu'avec quelques pas de recul de son frère aîné. Un garçon ne fumait jamais devant son père. Tout cela et beaucoup d'autres habitudes, synonyme chez nous du respect, ont été piétinées dans la société occidentale, qui n'a pas donné aux jeunes émigrés les mêmes conditions de vie de leurs semblables français. Au même temps, les jeunes Magrébines en général n'ont pas trouvé une référence idéologique ou morale qui remplace le rôle de la famille, c'est là où l'alcool et la drogue ont fait leur chemin destructeur. Comme c'est le cas dans chaque regroupement, un chef, généralement le plus agressif, pouvait s'imposer pour guider la meute sur le chemin de la délinquance

Je ne trouve nul besoin de rappeler la situation peu humaine dans les quartiers de banlieue, je me contenterais de signaler la frustration dont souffrent des jeunes d'origine magrébine, en comparant leur vie avec celle de leurs pairs français de souche, ou même seulement non musulmans.

Un autre élément s'ajoute. C'est un élément qui n'est pas limité à la France ou l'Europe, mais on le trouve presque partout dans le monde musulman : ces « Imams » de service mobilisés par le Pouvoir pour encadrer les fidèles. Ce sont des prédicateurs qui jouent le rôle du stupéfiant des masses par un discours qui rappelle l'expression « l'opium de peuple » ; leur majorité est liée au commissariat du coin ou à des niveaux plus élevés de la surveillance des étrangers. Les nôtres sont considérés généralement comme tel.

C'est à ce type d'Islam que pensait le Comte de Maranche, directeur des Services spéciaux en France, dans les années soixante-dix, quand il essaya de faire appel à l'Arabie Saoudite et même à Al Azhar du Caire, avec un objectif très simple : domestiquer l'Islam et, ensuite, le mettre au service des intérêts coloniaux, notamment dans le domaine du pétrole.

Un autre besoin de l'utilisation de l'Islam s'est produit avec l'instauration d'un régime procommuniste en Afghanistan. Là, le cancer de Ben Laden a vu le jour, financé par l'Arabie Saoudite, armé par le général Zia Oulhaq, qui avait renversé le P. M. pakistanais Ali Bhotu, comme cela été le cas avec Mussadeq en Iran. Le réalisateur étant la CIA. La suite des évènements est bien connue.

Le retour de flamme ne s'est pas trop fait attendre. De véritables métastases cancéreuses ont envahi toute la région, voire le monde entier.

On constate l'entrée sur scène des prédicateurs intégristes, au sens chrétien de terme, car le mot intégriste ne fait pas partie du dictionnaire musulman. Les jeunes, sans défense idéologique ou une connaissance, même approximative mais exacte de l'Islam, seront les premières victimes.

Les prédicateurs intégristes n'ont pas rencontré trop de difficultés pour enflammer la haine de leurs sujets, car l'audience devint des sujets qui écoutent sans discussion, contrairement aux traditions islamiques de la Choura et du dialogue. Les prédicateurs de service, comme celui que nous avons vu pleurnicher à la TV, ont perdu la confiance, le respect et le pouvoir moral au sein des croyants, et même des moins croyants. Les jeunes étaient les premiers à leur tourner le dos.

Faut-il regarder le tableau en entier pour mieux comprendre ce qui s'est passé, et se préparer pour ce qui risque d'arriver ?

Je ne rentrerai pas dans les détails. Je vais citer seulement des têtes de chapitre de faits vécus par les jeunes musulmans depuis le début du millénaire, en laissant de côté tout ce qui s'est passé avant. Cet ainsi que des jeunes musulmans se sont transformés en un réservoir flamboyant de frustrations, animés par les prédicateurs intégristes et les apprentis militants des peuples opprimés.

Un petit rappel des souffrances des musulmans.

Massacres perpétrés par les Israéliens à Ghaza, qui devient le martyr symbole du drame palestinien - série stupide et provocatrice d'insultes contre le Prophète Mohamed (et non Mahomet) - Le drame de Guantánamo qui s'est avéré comme un vrai scandale humanitaire - Destruction de l'Irak liée à une série de mensonges vulgaires - Massacres des musulmans à Myanmar - Chutes douteuses des prix du pétrole - Situation désastreuse dans les pays africains, riches en matières premières, mais dont la population se perd dans les bateaux de la mort - Les manœuvres occidentales qui ont avorté le printemps arabe (Syrie, Libye et Égypte) - La victoire des contre-révolutions grâce à l'appui de l'Occident - La menace de partition de la Syrie et de l'Irak - La naissance et l'hypertrophie surprise de Daech (qui le finance, qui l'arme et qui alimente une propagande sans égale depuis l'œuvre de Josèphe Gobles ?) - Échec volontaire du soutien au peuple syrien et la destruction de ce pays au profit d'Israël –

Je m'arrête là
vous pouvez compléter la liste d'ici demain.

Un coup d'œil sur le Nord pouvait être un compliment utile

La présidence de Monsieur Hollande vit un malaise que rappelle le malaise de Monsieur Morsi en Égypte. L'ensemble de la population de l'Hexagone craint un K.-O. économique et politique. Le besoin d'une solidarité nationale se confirme de jour en jour.

Un mécontentement israélien prend de l'ampleur suite au vote du Parlement français pour reconnaître l'Etat palestinien. Je rappelle ici que les quatre caricaturistes assassinés étaient connus, dit-on, pour leur sympathie avec les opprimés, notamment les Palestiniens.

Revenant au drame de Charlie Hebdo. Trop de questions se posent.

Pourquoi les assaillants ont-ils choisi cette forme théâtrale, alors qu'une bombe aurait suffi pour la besogne ? Pourquoi n'ont-ils pas revendiqué, même a posteriori, leur acte en indiquant leur objectif ?

Pourquoi les services de l'ordre n'ont-ils pas utilisé des fusées qui anesthésient l'objectif, comme c'est le cas avec les animaux sauvages ? Ainsi, les éléments arrêtés vivants auraient pu servir pour démasquer leurs complices.

Pourquoi, et contrairement aux habitudes des médias, n'avons-nous pas eu l'occasion d'écouter le récit des parents des accusés, comme si ces derniers étaient sans famille ?

Pourquoi n'a-t-on rien entendu sur la troisième personne qui s'est rendue à la police ?

Pourquoi les rétroviseurs de la Citroën noire des ravisseurs étaient métalliques brillantes (chromées), alors que celle retrouvée plus tard avait les rétroviseurs noirs ?

Beaucoup chez nous prévoyaient l'exécution sommaire des ravisseurs présumés de Paris. Ils voient donc des traits communs avec l'affaire Merah, exécuté de sang-froid au lieu d'être capturé vivant pour l'interroger en bonne et due forme.

Déduction : un Etat respectable sanctionne mais ne se venge pas.

Deux éléments à retenir

Avant la destruction des deux tours de N.Y. des responsables américains disaient que le pays avait besoin d'un nouveau « Pearl Harbor », un déclic qui anima l'enthousiasme populaire et renforça l'unité nationale autour du régime. Tout le monde, ou presque, a avalé la thèse donnée par la Maison-Blanche sur les faits, mais plus tard, beaucoup ont modifié leur conclusion, notamment quand ils ont revu les séquences qu'avaient montrées Armstrong marchant sur la lune, et ils ont découvert que c'était une supercherie grotesque, filmée à Londres bien avant, en profitant du décor du film : La Rapsodie de l'Espace.

La théorie d'une machination américaine a commencée à faire chemin.

Le résultat de l'orchestration théâtrale de l'Hexagone a réalisé, certes, une unité nationale, et a rouvert le portail de l'Élysée à Monsieur Sarkozy. La gauche et la droite sont soudées, et un soulèvement généreux des hommes d'affaires n'a pas manqué sa place dans la folie. Ce qui me fait peur, c'est d'entendre dans le monde musulman quelqu'un dire : que leurs enfants pleurent comme les nôtres. Que celui qui pense insulter notre prophète ait devant ses yeux à jamais l'image percutante des familles pleurant leur disparu. C'est malheureux. Mais, la vérité est têtue.

Ça serait le résultat le plus grave de ce qui s'est passé à Paris et que les Imams de service ne sauront jamais affronter.

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Le Quotidien d’Oran jeudi 15 janvier 2015
Paris, capitale de la douleur  _ par Kmar Bendana
Les événements tragiques de cette dernière semaine touchent tout le monde : les Français, les Européens, les Arabes, les Africains, les musulmans, les juifs, les chrétiens, les journalistes, les dessinateurs, les intellectuels, les artistes, les policiers, les militaires, les enseignants, les jeunes, les femmes, les vieux...

On vit dans un noeud d'événements qui touchent tous et chacun, qui font mal partout, qui remettent en cause nos façons de faire et d'agir, qui obligent à reconsidérer les relations politiques, la façon de faire la politique. Des événements qui vont jusqu'à nous interroger sur ce que veut dire un drapeau, ce que signifie solidarité, ce qu'est faire société...

A mon avis, où que l'on soit, il faut se préparer à l'après, ne pas en rester à cette émotion salutaire qui ne doit pas laisser place au vide émotionnel qui succède aux grands chocs. Chacun doit envisager d'autres actions, imaginer quelle attitude est le plus à même de ne pas laisser revenir la routine et les habitudes dans lesquelles on vit. Comment entreprendre de revoir à la base ce qui se passe dans nos sociétés, au sein des familles, dans les écoles (et pas seulement les manuels), dans les médias (et pas seulement les programmes).

En Tunisie, les cercles d'action ne sont pas suffisamment dessinés, ni opératoires sur la durée. Même après 4 ans de «transition», nous manquons de cadres d'expression publique et d'action, contre le racisme, la violence et le terrorisme. Même si nous sommes sous l'avalanche, nous avons plus que jamais besoin de créer des espaces publics stables pour traiter ces questions, car des signes inquiétants sévissent chez nous. Nous vivons une actualité tissée de cette folie qui a tué plusieurs dizaines de soldats et de policiers particulièrement visés depuis 2011, sans compter les assassinats de figures et militants politiques. Nous avons besoin de trouver des formes à partir desquelles on doit se positionner, sans passion et sans unanimisme, contre les dérives violentes et les poisons qui infestent les relations sociales comme le fanatisme et l'intolérance, anciens et réactivés ces derniers temps. Cela fait partie des évolutions encore à faire dans la Tunisie post 2011.

L'attaque terroriste de Charlie Hebdo et les attentats qui l'ont accompagnée ont produit des journées d'horreur qui ont ébranlé le monde. Ces secousses auront permis aux services tunisiens de sécurité d'avancer dans les réseaux qui semblent puissants, efficaces. Ont-ils été couverts par le gouvernement de la «Troïka» et le suivant, en instance de partir ? Les arrestations qui ont eu lieu ces derniers jours vont-elles entraîner des enquêtes approfondies ? Saura-t-on plus sur les responsabilités tunisiennes jusque là masquées par l'actualité très riche et difficile à démêler ? Même si nos médias ne sont pas tout à fait en mesure de suivre ce qui se passe, il ne faudrait pas qu'on en reste au niveau sécuritaire qui prend toute la place, comme c'est toujours le cas en cas de danger. La politique -dont on manque déjà horriblement- doit se faire d'une façon plus consciente des contradictions qui la minent, des pratiques secrètes qui protègent les seuls puissants.

Depuis plusieurs jours, je pense très fort aux Algériens qui ont perdu il y a vingt ans tant de morts dans toutes les couches sociales, tant de journalistes et d'intellectuels. Ils ont été submergés par cette vague d'éradication qui paralyse aujourd'hui le pays. Je pense aux Syriens qui perdent tous les jours des morts de toutes conditions face à des forces frelatées. Je pense aux Yéménites, Saoudiens, Libyens, Irakiens, Egyptiens, Palestiniens empêchés de s'exprimer, en taule ou en exil, aux femmes de ces pays livrées à des lois indignes... Si l'élan, concentré en France ces jours ci peut faire réfléchir sur tous ces faits et ces situations zappés par le main stream médiatique, si cette secousse faire bouger les lignes de la solidarité, faire avancer l'idée que le monde a besoin de tous, que la liberté est un bien minimum, une ressource vitale... Alors ces morts en France serviront un peu à l'humanité. L'émotion partagée par des millions de gens à travers le monde doit servir à installer une mentalité plus réconfortante que ces dernières décennies faites d'égoïsmes, d'escalades, de crispations et même de guerres.

Comment installer un cercle plus humain et plus vertueux ? Comment faire pour construire des relations politiques moins inégalitaires, pour qu'on apprenne à moins faire subir les magouilles financiaro-économiques qui régissent la grammaire des relations internationales. Les politiciens doivent changer de modèle et craindre les atteintes à leur société (et non pas leur seul électorat). Nous avons besoin de cultiver concrètement l'idéal de lien et de solidarité, en étant conscient que les dégâts ne vont pas s'arrêter. La diplomatie comme la gestion au local, le rôle des forces de sécurité comme l'administration, les agents de l'ordre comme les enseignants, les douaniers comme les militaires, les médias comme les responsables religieux doivent réfléchir et agir de façon plus responsable. Loin de tout idéalisme, je pense chacun est interpellé, chacun doit faire bouger ses propres lignes dans sa tête et dans son comportement pour arrêter le cercle de la haine, pour que la peur ne s'installe pas durablement et que la violence ne reste pas le seul horizon. Le cercle doit s'inverser. Comment ?

Malgré les récupérations et les commentaires désabusés, malgré les rancoeurs et les reproches sur cette émotion sélective, il faudrait que cette secousse européenne serve au plus grand nombre et partout. Les angoisses et horreurs vécues cette semaine nous obligent à réviser nos actions et nos liens pour que le passé colonial, l'immigration, les inégalités raciales, les rapports entre femmes et hommes bougent dans un sens moins inique. C'est le monde arabe qui doit en tirer le plus de leçons (et le plus d'avancées) car nous sommes loin des minima... Je crois que les choses sont enclenchées depuis quelque temps, avec les hauts et les bas que suppose chaque évolution.

Alors continuons et NO PASARAN !

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EL WATAN vendredi 16 janvier 2015
Des manifestations contre la une de Charlie Hebdo prévues aujourd’hui à Alger
Description : aille du texte normaleDescription : grandir la taille du texteLa une du dernier numéro de Charlie Hebdo affichant le Prophète Mohamed versant une larme et tenant une pancarte «Je suis Charlie» a provoqué une vive polémique chez les musulmans du monde entier, y compris chez beaucoup d’Algériens qui se sont mobilisés.
Alors que le ministère des Affaires religieuses appelle les imams à consacrer leur prêche au prophète, des «Je suis Mohamed» sont scandés partout et font le tour de la Toile et des écritaux sont distribués dans plusieurs quartiers de la capitale. Selon le journal El Khabar, une marche de lycéens a eu lieu avant-hier à Tlemcen. Mieux organisés, des indignés appellent sur les réseaux sociaux à marcher aujourd’hui après la prière pour dénoncer ce qu’ils considèrent comme «une énième provocation» contre les musulmans.
Abdelfatah Hamadache, l’islamiste controversé ainsi qu’El Hachemi Sahnoun, dirigeant de l’ex-FIS, ont demandé, par voie de presse, aux autorités de leur permettre de marcher en  promettant qu’ils vont «garder le calme et éviter le dérapage». Les partis islamistes qui ont tous condamné ces dessins comptent bien rallier cet événement.
Le MSP, qui organise aujourd’hui  un rassemblement à 14h devant son siège à El Mouradia, à Alger, a déjà lancé l’initiative «Nous sommes tous des Mohamed» afin de «montrer d’une manière civilisée l’attachement des Algériens à leur Prophète», comme nous a affirmé hier le chargé de communication du parti, Zinedine Tebbal, qui ajoute qu’«une caricature est une présentation moqueuse et insolente, ce qui offense les musulmans lorsqu’il s’agit de leur Prophète».
Le parti d’Ennahda, de son côté, a rendu public hier un communiqué où il incrimine l’Etat français ainsi que les Etats occidentaux et les dirigeants arabes qui, selon le parti, n’ont «rien fait pour préserver les sentiments des musulmans», précise le chargé de communication du parti Belmokhi Lalaoui. «On n’appelle pas uniquement nos militants à sortir, mais on appelle tous les Algériens et les musulmans qui se sentent concernés par cette offense à faire de ce vendredi une journée d’appel au respect de notre Prophète qui est notre symbole de paix et de coexistence», ajoute le porte-parole d’Ennahada.
Il ajoute : «Je suis sûr qu’il y aura du monde, puisque les Algériens sont interpellés d’une manière directe et il exprimeront leur réprobation contre cette manière de traiter le Prophète sur toutes les grandes places d’Algérie, donc en ce qui nous concerne, on attend que cela se développe d’une manière spontanée… On laisse au citoyen la liberté d’exprimer son indignation.» 
Hanane Semane

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EL WATAN vendredi 16 janvier 2015

Saïd Djabelkhir. Chercheur en sciences islamiques et spécialiste du soufisme

Ce sont les discours intégristes et wahhabites qui ont engendré les amalgames


Des Arabes se sont moqués du prophète à La Mecque et à Médine, le Coran ne le lui a pas ordonné de les tuer, ou même de les punir de quelque sorte que ce soit.
- L’attaque du journal français Charlie Hebdo a suscité l’indignation. Mercredi dernier, une nouvelle une provoque les musulmans du monde. A votre avis pourquoi les musulmans se sentent-ils de nouveau en colère ?
Il y a une très forte majorité de fakihs musulmans qui continuent à dire qu’il est strictement interdit de représenter les prophètes en général et le nôtre en particulier. A mon avis, ces fakihs n’ont aucune preuve dans les textes scripturaires fondateurs de l’islam pour avancer une pareille fetwa, car on ne trouve ça ni dans le Coran, ni dans la Souna, dans les hadiths du prophète Mohammed.
De plus, pour la quasi-totalité des musulmans, tous ceux qui ne sont pas musulmans, sont automatiquement des kafers (mécréants), ce qui provoque leur colère par rapport au dernier numéro de Charlie Hebdo. Pour ces musulmans, Mohamed ne peut pas et ne doit pas être Charlie.
Je pense que notre rapport et notre lecture de l’autre (surtout du Français) sont toujours une réaction à la grande déchirure causée par la colonisation. Il se trouve que la page n’a pas encore été tournée sur les deux rives, car ici comme là -bas, on continue quelque part à cultiver les deux complexes, celui du colonisateur et celui du colonisé.
- Est-il vraiment interdit de représenter le prophète de l’islam ?
Il n’ y a aucune preuve religieuse pour dire ça. Les musulmans ont bien représenté le prophète à travers l’histoire, ce qui prouve bien que cet interdit ne faisait pas l’unanimité avant. Et nous avons beaucoup de manuscrits musulmans à travers les musées du monde qui en sont témoins.
- Pensez-vous que les musulmans, en Algérie et ailleurs, soient conscients de la véritable source de cette contestation ? Le comprennent-ils ?
Je continue à penser que la plupart des musulmans ne connaissent de la religion que ce que veulent bien leur faire connaître les fakihs et autres prédicateurs religieux. Ils ne font pas un travail approfondi sur les textes religieux et les interprétations que font les fakihs depuis plus de quatorze siècles sur ces textes.
Ce qui fait que l’islam d’aujourd’hui, c’est tout simplement du prêt-à-penser, nous sommes très loin de la pensée d’Ibn Sina et Ibn Rochd et autres philosophes musulmans, qui ont été condamnés par les fakihs pour leurs idées rationnelles progressistes et ô combien coraniques.
- Quelle serait la limite entre la liberté d’expression et l’acte blasphématoire ?
Dans chaque pays il devrait y avoir des lois qui régissent la liberté d’expression. Ce sont ces lois qui devraient clarifier la limite entre ce qui est blasphématoire et ce qui ne l’est pas. Le problème sur le plan religieux, c’est que le fakih se voit le «gardien du temple» pas seulement dans les sociétés musulmanes, mais à travers le monde entier. De ce fait, ses fatwas deviennent intercontinentales. Rappelons-nous les fatwas contre Salmane Rushdi et Teslima Nesrine pour ne citer que ces deux exemples.
Pour moi, le fakih n’a pas le droit de décréter des fatwas qui sortent du cadre de la société où il se trouve, car le contraire peut mener à des catastrophes. Par ailleurs, il y a des Arabes qui se sont moqués du prophète à La Mecque et à Médine, le Coran ne le lui a pas ordonné de les tuer, ou même de les punir de quelque sorte que ce soit, bien au contraire, il lui a demandé d’être patient et de ne pas répondre à l’intimidation.
- Pensez-vous que les musulmans doivent réitérer leurs «excuses» face au terrorisme, pour se justifier, ou se désolidariser des terroristes ouvertement ?
Je pense que le vrai travail doit être fait non pas sur les consciences des musulmans, mais plutôt sur les textes religieux qui régissent la façon d’être et la façon de penser des musulmans. Il nous faut une vraie révolution dans les textes et les interprétations de la religion musulmane. Nous avons déjà des ébauches par rapport à ça, mais le plus gros reste encore à faire. Le problème ce sont les réactions de l’islam officiel et de l’islam intégriste qui doivent être prises en considération, car c’est justement ces deux islams qui continuent malheureusement à gérer les idées et les attitudes des musulmans.
- Islamistes, terroristes, djihadistes... Dernièrement la presse internationale a mis les musulmans dans le même sac. Existe-t-il à la base un problème de définition et ou de redéfinition ?
Tout à fait. Je pense que les médias font l’amalgame entre musulman et terroriste. Il faut dire que tout musulman n’est pas un terroriste. Moi-même, je suis musulman, mais je ne me vois pas posséder la vérité religieuse absolue. Je crois aussi que toutes les religions se valent, il suffit d’être humain et d’aimer les humains quels qu’ils soient et d’œuvrer pour la paix et le bien de l’humanité. Je suis pour la séparation totale entre le politique et le religieux, je ne suis ni intégriste, ni djihadiste, encore moins terroriste.
Ce sont les discours intégristes, wahhabites et autres, qui ont engendré cet amalgame à travers le monde. L’islam a besoin d’une révolution, d’un nouveau manifeste coranique, d’une nouvelle écriture et d’une nouvelle lecture qui replace les textes religieux dans l’histoire et dans le monde d’aujourd’hui en s’attaquant aux vrais problèmes du monde actuel, et en prenant en considération les vrais besoins de l’homme moderne.

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EL WATAN Jeudi 15 janvier 2015

Saïd Bouamama. Sociologue et docteur en socioéconomie

«L’inégalité et l’islamophobie créent les conditions du djihadisme»

Saïd Bouamama est un sociologue algérien établi depuis plusieurs années en France. Il est docteur en socioéconomie. Il développe une sociologie des dominations prenant pour objets les questions liées à l’immigration, comme la place des personnes issues de l’immigration dans la société française. Il est, par ailleurs, militant politique et associatif dans les luttes de l’immigration pour l’égalité réelle des droits en France. Il est l’auteur de plusieurs ouvrages :  Les Discriminations racistes, une arme de division massive (2011), La Manipulation de l’identité nationale : Du bouc émissaire à l’ennemi de l’intérieur (2011) ou encore Femmes des quartiers populaires en résistance contre les discriminations (2013).
- Que pensez-vous du débat politique en France qui pointe du doigt la banlieue et l’immigration suite aux attentats de Paris ?
Le débat actuel est incompréhensible si on ne le restitue pas dans un contexte plus global. Le premier élément de ce contexte est une paupérisation et une précarisation massive des classes et quartiers populaires depuis quatre décennies. Les politiques ultralibérales ont fragilisé, de manière inédite jusqu’à aujourd’hui, ces classes et espaces de vie où les populations issues de l’immigration sont concentrées. Des taux de chômage atteignant, selon les chiffres officiels, plus de 40%, c’est-à-dire quatre fois plus que la moyenne nationale, caractérisent ces quartiers.
De surcroît, ces jeunes Français issus de l’immigration sont confrontés à des discriminations massives et systémiques. En 2008, selon une étude du Bureau international du travail (BIT), quatre sur cinq employeurs discriminent à l’embauche les candidats issus de groupes minoritaires, noirs ou d’origine maghrébine. Toute une partie de notre jeunesse est, de ce fait, dans une situation de désespérance sociale.
De plus, s’ajoute à cela des contrôles au faciès qui sont vécus comme de l’humiliation et de la hogra. Enfin, depuis les attentats du 11 Septembre, puis après la loi interdisant le port du foulard à l’école, les débats médiatiques et politiques se sont succédé pour stigmatiser les musulmans en les amalgamant fréquemment à l’intégrisme, au terrorisme, au djihadisme, etc. C’est ce que nous avons appelé les «islamalgames».
- En tant que sociologue, comment expliquez-vous le phénomène de radicalisation dans les quartiers populaires ?
C’est le contexte global, dont je viens de parler, qui débouche pour de nombreux jeunes sur une absence de projection dans l’avenir, sur un rapport sceptique au monde et sur une colère sourde. Cette colère explose parfois suite à des contrôles aux faciès, par exemple. Cette discrimination a provoqué plus d’une dizaine de morts en dix ans. Une extrême minorité de ces jeunes est tombée en proie à des prédicateurs de la haine, financés par l’Arabie Saoudite ou le Qatar, par ailleurs grands amis de l’Etat français.
Le phénomène de radicalisation, il faut le dire aussi, est renforcé par la participation de la France à toutes les guerres pour le pétrole et son soutien à l’Etat d’Israël, y compris lors des périodes de massacres de masses. L’interdiction, cet été, de plusieurs manifestations publiques de soutien à la Palestine a été vécue comme une injustice. D’ailleurs, la présence des assassins israéliens à la manifestation de dimanche dernier est également perçue par certains comme une provocation.
- Une semaine après les attaques contre Charlie Hebdo, quelle est votre évaluation des réactions politiques et médiatiques envers la communauté musulmane ?
Je disais souvent que la stigmatisation, sur une longue durée, des musulmans, réelle ou supposée, a produit une islamophobie. Elle est entretenue sur le plan médiatique par des propos polémiques de la part même de membres du gouvernement. Parler des conséquences de ce qui s’est passé, comme on le constate depuis une semaine, sans aborder les causes est une autre injustice qui se paye cher. A cause des discours médiatiques qui ont suivi les attentats, les actes islamophobes se sont multipliés.
On en compte une cinquantaine, qui vont de grenades lancées dans une mosquée à une tête de porc déposée devant une autre, à un jeune molesté lors d’une minute de silence, en passant par des graffitis injurieux et des insultes racistes. En réalité,  c’est l’inégalité et l’islamophobie qui créent les conditions du djihadisme d’une minorité de jeunes. Le nier et ne pas prendre des mesures claires contre l’islamophobie alimentent ce processus.

Pourquoi avez-vous déclaré que vous n’êtes pas Charlie ?
J’ai préféré dire «Je ne suis pas Charlie» pour dénoncer trois sortes d’instrumentalisation de cette affaire. D’abord, deux instrumentalisations du gouvernement français. Ce dernier a fait des choix économiques qui conduiront inévitablement les quartiers populaires à des explosions. Il profite de l’émotion liée aux assassinats atroces des journalistes de Charlie Hebdo pour justifier un futur Patriot Act, à la française, donnant de nouveaux droits aux policiers.
Ainsi, on peut craindre le pire quand on sait que le deuxième syndicat de policiers est ouvertement d’extrême droite. La lutte contre le terrorisme est prise comme prétexte pour introduire une restriction des libertés et des droits démocratiques pour tous, mais nous savons très bien qui sera pénalisé en premier lieu.
La seconde instrumentalisation de la part du gouvernement est celle du discours sur l’unité nationale. Cette unité n’est pas possible si les questions de la justice sociale, de la lutte contre les discriminations et du combat contre l’islamophobie ne sont pas posées. Le discours sur l’unité nationale vise à masquer et à rendre inaudibles ces questions. Au nom de cette unité nationale, il a été demandé de défiler avec Netanyahu et ceux qui ont refusé, ont été présentés comme idiots utiles ou complices des assassins.
La troisième instrumentalisation est médiatique et sociétale. Elle se trouve dans le slogan «Nous sommes Charlie». Cet hebdomadaire satirique développe depuis de nombreuses années des caricatures islamophobes et insultantes. C’est son droit inaliénable et il n’est pas question de le remettre en cause.
En revanche, il est impossible de demander à ceux qui se sont sentis insultés pendant de nombreuses années de se revendiquer de leur insulteur. La réaction spontanée — que les médias ont massivement occultée — a été la mise en circulation de multiples affichettes, pancartes et tags : «Je suis Ahmed», «Je suis contre l’islamophobie», «Je suis contre le sionisme», «Je suis musulman et contre les attentats», «Je suis contre le djihadisme», etc.
- Que devront faire les jeunes des quartiers populaires pour se défendre et se démarquer du terrorisme, tout en restant dignes ?
Il est urgent de donner un canal d’expression organisé aux jeunes des quartiers populaires. Faute de cela, ils deviendront les otages de la fausse alternative entre injonction à la soumission — se taire sur leurs revendications sociales, sur leur opposition aux guerres pour le pétrole,  sur leur soutien à la cause palestinienne, etc., pour ne pas être amalgamés aux djihadistes — et se taire sur les djihadistes pour ne pas renforcer les stigmatisations des musulmans.
Tel est le piège qui est aujourd’hui tendu. Refuser cette alternative c’est s’auto-organiser, c’est s’allier avec les forces de la société française qui refusent la situation. C’est se donner les moyens d’une expression autonome pour dévoiler la réalité sociale et économique des quartiers populaires.
En réalité, il ne s’agit que d’une partie d’un combat mondial contre une mondialisation impérialiste et néocolonialiste provoquant guerres et misère ici et là. Nous ne voulons pas que nos enfants détruisent leur vie en allant faire des guerres injustes. Nous ne voulons pas qu’ils écoutent les sirènes de voyous inspirés de Doha ou de Riad. Nous ne voulons pas non plus qu’ils deviennent des indigènes de second collège dans leur propre pays.
Samir Ghezlaoui

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EL WATAN mercredi 14 janvier 2015

Azzedine Gaci. Recteur de la mosquée de Villeurbanne

«Lutter efficacement contre tous les manipulateurs»

Quel est l’état d’esprit des musulmans dans un tel contexte ?
Franchement, il y a une psychose qui est en train de s’installer parmi les musulmans. Nous avons tous constaté qu’il y avait beaucoup moins de femmes lors de la dernière prière du vendredi. Dans notre mosquée, la moitié n’est pas venue et c’est le cas dans beaucoup de lieux de culte de la région.
Samedi et dimanche, en principe, il y a des cours d’arabe pour les enfants à la mosquée de Lyon, 75% ne sont pas venus et au moins 50% à Villeurbanne étaient absents. C’est une constatation généralisée. Informations prises, c’était en raison des rumeurs circulant par SMS et sur le Net que beaucoup de familles préfèrent garder leurs enfants à la maison et prendre un peu de distance avec la mosquée, en entendant ce qui se passe à droite et à gauche.
- Que sont ces rumeurs ?
Des SMS indiquent que des skinheads allaient s’attaquer aux musulmans, il y a aussi des courriels malveillants. Après notre rencontre avec le préfet du Rhône, samedi, on a appris que tous ces messages extrêmes sont infondés.
- Que disent les autorités publiques face à cela ?
L’Etat est conscient et c’est pourquoi un certain nombre de mosquées vont être mises sous protection, dont la Grande Mosquée de Lyon et celle de Villeurbanne. On bénéficiera d’une protection de trois militaires, jour et nuit. Cela devrait être mis en place aujourd’hui.
- Les musulmans ont-ils raison de s’inquiéter ? Est-ce un moment qui va passer ?
On doit s’inquiéter, car on va passer des moments extrêmement difficiles en tant que Français et en tant que musulmans encore plus, mais il faut continuer à vivre normalement tout en faisant preuve de vigilance. Le problème qui se pose c’est la parution de Charlie Hebdo avec une caricature du Prophète.
Les associations musulmanes au niveau national demandent de ne pas réagir. Ensuite, parce qu’il faudra, une fois passé ce formidable temps d’union sacré, en tant que musulmans faire une critique, une autocritique, un examen de conscience, une introspection pour répondre à une seule question finalement : comment on en est arrivé là et comment faire pour lutter efficacement contre tous les manipulateurs, la haine, ces entrepreneurs de la violence qui sont appuyés, malheureusement pour nous, par des réseaux sociaux qui multiplient par cent, mille, par un million le pouvoir de ces manipulateurs ?
Il faut revoir notre formation, on parle beaucoup de celle des imams ou des aumôniers, certes, c’est là une nécessité réelle, mais à mes yeux aujourd’hui, la priorité des priorités, ce sont les adolescents qu’on leur a abandonnés et qui sont soumis à cette lecture obscurantiste de l’islam.
Walid Mebarek

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EL WATAN mercredi 14 janvier 2015

La prière de l'absent
Quel Etat musulman aurait osé l’outrance politique commise par de hauts responsables israéliens vis-à-vis de la France, au plus fort des derniers attentats parisiens, qui invitaient les juifs de France à rejoindre Israël où «ils seront accueillis à bras ouverts» ? Réagissant à cette pique pour le moins inamicale venant d’un allié stratégique et traditionnel de la France, le Premier ministre, Manuel Valls, n’a pas trouvé mieux que de faire dans la surenchère verbale et la rhétorique. «La France sans les juifs n’est pas la France», a-t-il répliqué presque en s’excusant. Alors que l’Etat hébreu s’est distingué dans cette affaire par une diplomatie offensive en tentant de récupérer l’événement, les pays arabes et musulmans ne se sont pas départis de leur formalisme habituel des messages de condoléances et de condamnation de circonstance.
Durant et après ces folles journées qui ont emballé la planète, les dirigeants arabes et musulmans ont paradoxalement brillé par leur silence, désertant le débat qui se déroule sans eux et, plus grave encore, on le voit bien avec la tournure inquiétante que prennent les événements, contre la sécurité, la dignité et les intérêts de leurs pays et de leurs ressortissants établis à l’étranger.
Les lendemains des attentats parisiens ont plongé la France et l’Europe tout entière dans un climat de peur généralisée. Et cette inquiétude est de plus en plus fortement partagée par les musulmans qui vivent dans ces pays, lesquels, dans cette dure épreuve, sont doublement victimes : de la violence terroriste – le correcteur de Charlie Hebdo et le policier tués au siège de l’hebdomadaire satirique sont d’origine algérienne – et des islamophobes.
L’Observatoire français de la lutte contre l’islamophobie a déjà recensé plus d’une cinquantaine d’agressions contre les mosquées à travers l’Hexagone et le chiffre est éligible à la hausse, à voir les campagnes haineuses qui se déversent sur les réseaux sociaux. Des agressions physiques à l’encontre des musulmans sont aussi signalées ça et là. Hier, des «fatwas» contre la production et la commercialisation de la viande hallal ont été lancées par certaines associations sous le fallacieux prétexte de défense et de protection des animaux.
Un Boumediène n’aurait jamais laissé passer cette provocation sans réagir et sans rendre le coup ! Dans les déclarations des responsables politiques français, gouvernement et opposition, sur les plateaux de télévision, le débat dérive et tourne confusément sur l’islam et, plus insidieusement, sur l’immigration. Il n’y a presque plus de clivages gauche-droite sur la présence des étrangers non européens, mais surtout musulmans, en France.
Face à cette machine de guerre qui se met en place, les dirigeants arabes et musulmans se taisent. Comme ils l’ont fait lorsque Ghaza était sous les bombes de l’aviation israélienne. Mais que peut-on attendre de dirigeants qui, lorsqu’ils ne sont pas les géniteurs et le bras financier du terrorisme, n’ont pas la légitimité populaire pour pouvoir dire leur mot en toute liberté et en toutes circonstances ?
Omar Berbiche

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EL WATAN mercredi 14 janvier 2015

Akli Oubraham. Président de l’Union des étudiants algériens de France

«Ramener le débat politique aux fondements du vivre-ensemble»

- L’Union des étudiants algériens de France (UEAF) a participé à la marche républicaine de dimanche dernier. Quel est le sens de votre démarche ?
Le jour de l’acte terroriste barbare perpétré contre les locaux de Charlie Hebdo, l’Union des étudiants algériens de France (UEAF) a condamné, dans un communiqué, l’atteinte à la liberté d’expression. Nous avons exprimé notre entière solidarité à la presse libre. Puis, effectivement, l’UEAF a appelé, comme toutes les autres organisations syndicales et politiques de jeunesse, à participer à la marche républicaine.
C’est une manière très claire de rejeter le terrorisme et de faire bloc contre tous les amalgames et instrumentalisations politiques. Ces derniers, nous en sommes conscients, sont opérés par les tenants de la haine, de la xénophobie et de l’islamophobie.
- Que pensez-vous du débat politique au lendemain des attentats de Paris, qui cible les banlieues et l’immigration ?

L’UEAF dénonce toutes les manipulations et récupérations dans le débat politique depuis ces événements tragiques. Nous pensons que la mise en cause de l’immigration est une analyse fausse et grave. Vu le contexte actuel, les responsables politiques doivent plus que jamais bannir de leurs discours ces réactions destructrices, basées sur la division raciale et identitaire.
Il faut élever le débat politique à un niveau plus serein et plus rationnel. Il revient aux pouvoirs publics de saisir l’image renvoyée par la marche historique de dimanche pour rejeter toute forme d’intolérance et les tentatives de récupération politique des malheurs que connaît la société française.
- Que comptez-vous faire, en tant qu’association de jeunes et d’universitaires issus de l’immigration, afin de faire échouer cette récupération politique ?
Nous voulons ramener le débat politique aux fondements de l’égalité et du vivre-ensemble. Nous appelons particulièrement l’ensemble de la communauté universitaire française à favoriser les échanges et à débattre sereinement pour défendre nos libertés et faire reculer la haine. Il est de notre responsabilité, en tant que jeunes et universitaires, de nous dresser contre les tenants de la haine.
 

Samir Ghezlaoui

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EL WATAN mercredi 14 janvier 2015

Recrudescence des actes antimusulmans

Difficile de donner une liste exhaustive des actes commis contre les musulmans, qui sont appelés à s’accroître. Sans commentaire inutile, voici ce que les associations musulmanes, relayées par internet et la presse, établissent comme faits. Deux coups de feu ont été tirés en direction d’une salle de prière à Port-la-Nouvelle, dans l’Aude, ne faisant aucune victime.
Une mosquée du quartier des Sablons, au Mans, a été victime de tirs de grenade d’exercice vers minuit ; un impact de balle sur une fenêtre du premier étage. A Poitiers, le portail de la mosquée a été tagué : «Mort aux Arabes». Jeudi matin, un lycéen de 17 ans a été insulté et roué de coups en marge d’une minute de silence observée en hommage aux victimes de Charlie Hebdo au lycée de l’Oiselet, à Bourgoin-Jallieu (Isère). A Macon (Saône-et-Loire), une inscription : «Islam on vous vous n… - Charlie.» A Villefranche-sur-Saône, un snack kebab attenant à une mosquée a été visé par une explosion d’origine criminelle vers 6h. Une mosquée, à Aix-les-Bains, a été incendiée jeudi vers 22h.
A Givors, en banlieue lyonnaise, des tags contre la mosquée. Dans la ville de Péronne, dans la Somme, une croix gammée a été peinte sur un monument aux morts consacré aux combattants d’Afrique du Nord. Des tags islamophobes sont découverts à Châlons-sur-Saône au centre culturel musulman. A Bayonne, les fidèles musulmans ont pu lire «Assassins» et «Sales Arabes.» A Soissons, en Picardie, cinq coups de feu ont été tirés sur la mosquée Badr. La mosquée de Vendôme, dans le Loir-et-Cher, a été la cible de deux coups de feu.
Une enveloppe suspecte a brièvement perturbé les prières à Nantes alors qu’une enveloppe suspecte a été découverte dans la mosquée de la ville. Cette substance n’était pas dangereuse. A Liévin (Nord), c’est le chantier de la future mosquée qui a été touché ; des croix gammées, des slogans nazis et l’inscription «Charlie est vivant» ont été tagués sur les murs en construction. A Vendôme (Loir-et-Cher), des impacts de balle ont été constatés vendredi matin sur la vitrine d’un magasin appartenant à des musulmans et sur la porte de la mosquée.
Des coups de feu ont également été tirés sur la façade de la mosquée de Saint-Juéry… Signalons aussi un début d’incendie, dimanche soir, sur le site de la mosquée en construction de Poitiers sur laquelle des banderoles racistes avaient déjà été placées il y a quelques mois. Le président de l’Observatoire national contre l’islamophobie au Conseil français du culte musulman (CFCM), Abdallah Zekri, expliquait hier aux médias qu’«on a laissé faire.
Quand on entend dire que l’islam n’est pas compatible avec la République, que les musulmans ne respectent pas la laïcité…. Et il y a des sites identitaires qui appellent au meurtre des dirigeants de l’islam en France et à l’incendie des lieux de culte musulmans». Le recteur de la Grande Mosquée de Paris, Dalil Boubakeur, s’en est inquiété, appelant « les pouvoirs publics à la vigilance afin de veiller à la sécurité des mosquées».
 

Walid Mebarek

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EL WATAN mercredi 14 janvier 2015

Conférence de l’Unesco à Paris : Être journaliste après Charlie


Une journée hommage aux journalistes assassinés de Charlie Hebdo, intitulée « Être journaliste après Charlie », a été organisée aujourd’hui au siège de l’Unesco à Paris.

Dans ses efforts pour soutenir la liberté d’expression, la directrice générale de l’Unesco, Irina Bokova, a exprimé sa solidarité avec tous les journalistes, particulièrement ceux de Charlie Hebdo, qui « risquent leur vie pour accomplir leur devoir ». Pour elle, « s’attaquer à des journalistes, c’est s’attaquer au principe même de la liberté d’expression ». Dans son allocution, Mme  Bokova a appelé l’ensemble des Etats à travailler conjointement pour « assurer et renforcer la sécurité des journalistes ».
Cette conférence a vu la participation de Plantu, dessinateur au journal Le Monde, ainsi qu’un panel important de plusieurs grands reporters et journalistes, venus du monde entier, dont Omar Belhouchet, directeur de publication d’El Watan. Ils ont tous raconté l’expérience de la liberté d’expression dans leur pays et appelés, de leur côté, au renforcement de la sécurité et la protection des journalistes dans l’exercice de leur travail.  

Durant l’après-midi, le débat a été animé par des représentants politiques et confessionnels. La discussion s’est portée sur la nécessité d’un dialogue interculturel en France.
Vous retrouverez le compte rendu complet de cette rencontre dans notre édition de demain, jeudi.

Samir Ghezlaoui

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EL WATAN mardi 13 janvier 2015

Charlie Hebdo : «Un acte de terreur pour désorienter»

Sur le site quartierslibres.wordpress.com, on lit cet hommage en forme de réflexion : «Ça faisait longtemps que Charlie Hebdo ne faisait plus rire, aujourd’hui il fait pleurer.» Ecrit le 7 janvier, le jour terrible de l’attentat, il révèle à chaud une cruelle réalité : «Il est minuit moins quart dans le siècle. Nous sommes à un point de bascule historique sur l’islamophobie et le déchaînement du racisme en France et plus largement en Europe.
La lecture simplifiée à l’extrême par les médias de cette journée du 7 janvier 2015 va se résumer et s’imprimer dans de nombreux cerveaux par l’attaque meurtrière contre un journal ‘‘de gauche’’ par des musulmans. Cela va déstabiliser et retourner des positionnements politiques. La peur, la colère, la tétanie, l’incompréhension, la panique morale vont, chez certains, laisser largement place à la haine.» Le texte ajoute : «Aujourd’hui, porter la guerre dans la salle de presse de Charlie hebdo (…) C’est un acte de terreur pour désorienter.»
C’était avant cette magnifique manifestation de dimanche, historique par son poids humain et son calme, loin de tous les rejets et les ressentiments à l’œuvre en France ces derniers mois. Presque une pause, dont il faut peut-être se méfier des lendemains. Jacques-Marie Bougret, dans un texte qui a circulé sur internet dès le 8 janvier, propose pour sa part de réfléchir en aval : «Le pompon, comme le cordon du poêle que l’on doit tenir en ce jour de deuil, c’est le débarquement de Sarkozy à l’Elysée.
Sarko is back, la belle image. Sorti du bavardage inutile avec Hollande, de son moment de connivence entre professionnels de la politique, on a pu entendre le nouveau président de l’UMP dauber sur ‘‘le système de sécurité français qui n’est pas adapté.’’ Il faut oser (…) Qui a soufflé sur le feu en Syrie avant de semer le chaos en Libye pour en faire deux nouvelles patries du djihad ? Principalement Sarkozy et ses compères du Qatar.»
Ainsi, il se souvient du temps «des politiciens, essentiellement ceux de Washington, de Ryad et de Doha, qui ont inventé et nourri le djihad et son esprit, celui qui nous frappe aujourd’hui. Rappelons-nous combien Ben Laden était un gentil garçon quand, aux côtés de la CIA, il se battait en Afghanistan contre les Soviétiques. Rappelons-nous l’indifférence occidentale aux tueries perpétrées en Algérie par les sbires du GIA, dès qu’ils sont rentrés au pays leur campagne afghane terminée.»
Dans un communiqué signé le 10 janvier par Alternative libertaire, nouveau parti anticapitaliste, Parti communiste des ouvriers de France, une mise en garde se fait jour : «L’appel à l’unité nationale n’est rien moins qu’une vaste opération de confusion visant à justifier : les interventions militaires de la France en Irak, au Mali, en Centrafrique. Le but premier de ces interventions était de protéger les intérêts impérialistes des entreprises françaises dans ces régions et les dictateurs en place, pas de combattre le djihadisme que la France n’a pas hésité à armer dans d’autres situations.»
Walid Mebarek

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EL WATAN mardi 13 janvier 2015

La marche, Israël, l’Algérie…

Que retenir d’essentiel des trois jours qui ébranlèrent la France ? Si le pays s’est ressoudé massivement autour de ses valeurs et contre le danger terroriste, il a assisté à l’intrusion d’un larron, Israël, qui a tenté de mettre à profit les attentats pour engranger le maximum de dividendes et se donner une nouvelle virginité. Benyamin Netanyahu a réussi à se faire inviter à la grande marche de Paris, à côtoyer les grands dirigeants européens, à doper le soutien de François Hollande à Israël, reléguant ainsi Mahmoud Abbas et les dirigeants arabes à la seconde place.
Seule sa voix et celle de ses représentants politico-médiatiques étaient audibles, à la différence des appels des musulmans de France et du monde entier, pourtant les premiers à souffrir des méfaits du terrorisme international. De nouveau, les musulmans de France et d’autres pays européens sont exposés à l’islamophobie. Si des mesures préventives sont prises, elles ne concernent que la communauté juive.
Surfant sur la grande vague d’indignation, Benyamin Netanyahu a cherché à faire oublier qu’il dirige le plus grand Etat terroriste de la planète dont le tout dernier attentat, un des plus horrible que l’humanité ait compté, a ciblé Ghaza. Il s’est soldé par 2000 morts, des milliers de blessés et des dégâts incommensurables. Les pays occidentaux avaient condamné ce crime contre l’humanité du bout des lèvres, sans prendre de sanction contre Israël. Quant à leurs opinions publiques, elles n’ont pas bougé. Personne n’a crié «Je suis Ghaza».
Autre leçon à retenir : le cas algérien et le terrorisme. Au début des années 1990, lorsque le pays comptait ses morts par centaines chaque jour, l’Occident s’était voilé la face au motif, monté de toutes pièces, qu’il s’agissait d’un conflit entre des dirigeants politiques et des opposants. C’était le temps de la duplicité et de l’embargo (des vols aériens et des armes), à sa tête la France mitterrandienne, entraînant dans son sillage presque toutes les capitales du monde, y compris arabo-musulmanes.
Ni les massacres collectifs de populations ni les assassinats d’intellectuels, artistes, journalistes et autres n’ont entraîné de réaction semblable à celle qu’a connue la France après l’attentat contre les journalistes de Charlie Hebdo. Des confrères de ces derniers ont subi, à Alger, dans les années 1990, exactement le même acte assassin que celui qui a visé L’Hebdo libéré. Livré à son sort pendant une décennie, l’Algérie n’a pu survivre que grâce à sa résistance populaire et à ses soldats.
Si elle a neutralisé quelques milliers de terroristes, la réconciliation nationale des années 2000 n’a pas préservé l’Algérie de l’intégrisme. Sur son terreau toujours intact prolifèrent des idées nocives que n’arrive pas à freiner le pouvoir politique qui a opté pour la démission la plus totale. Au risque de voir réapparaître des tueurs organisés, à large échelle, identiques à ceux des années 1990. Et de se retourner de nouveau contre tous ceux qui réfléchissent et agitent des idées.
Contre la liberté d’expression que n’aime pas et ne protège pas le pouvoir politique. Tétanisée par tant d’horreurs vécues, déboussolée par les contradictions et les errements politiques, désorientée par les prêches incendiaires des uns et des autres, la population est incapable de dire «non» aux intégristes qui souillent l’islam. Elle prie le ciel pour que rien n’arrive.
Ali Bahmane

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EL WATAN lundi 12 janvier 2015

La communauté musulmane en force

Présents parmi les marcheurs et reconnaissables à leurs pancartes et drapeaux, les Français de confession musulmane et les musulmans de France ont répondu par un grand oui à «la marche républicaine».
Une marée humaine a exprimé son soutien indéfectible à la liberté d’expression et dénoncé la barbarie du terrorisme. La solidarité était populaire, sans aucune couleur politique ou raciale. Arrivés les premiers à la place de la République, dès 10h, des dizaines de «jeunes de banlieue», comme ils se présentent eux-mêmes, escaladent la statue de la République et entonnent la Marseillaise.
La foule immense se réjouit de cette fête fraternelle, menée par «des garçons banlieusards», drapeaux tricolores à la main, ainsi que plusieurs autres emblèmes nationaux : algérien, malien, tunisien, marocain, turc, etc. «Nous ne sommes pas des terroristes, nous sommes aussi des Charlie», hurlent-ils du fond leurs tripes.
Bien évidement, la désormais marque déposée «Je suis Charlie» a pris la part du lion des slogans. Néanmoins, «Vive la République», «Non à la barbarie», «Merci la police», «Le terrorisme est vaincu» sont les autres cris fétiches des manifestants. Entre moments de silence et applaudissements, c’est une communion de recueillement à la mémoire des 17 victimes des attentats de Paris. Les musulmans de France y ont largement contribué.
«Je suis venue pour dire que nous sommes tous contre le terrorisme. Je suis musulmane, je trouve que ce qu’ont fait ces terroristes est une insulte et une offense au Prophète. Le vrai islam, c’est la paix et non pas le terrorisme», estime Imane, une jeune Tunisienne «harcelée, dit-elle, par les sollicitations des journalistes, car voilée».
Loin des protocoles officiel et politicien qui ont fait que Netanyahu et Mahmoud Abbas ont marché ensemble, sous la houlette de François Hollande et d’Angela Merkel, Mohammed Alqadi ne comprend pas «la présence d’un terroriste qui a tué des milliers de Palestiniens à Ghaza, dans une marche pour dénoncer la violence et le terrorisme».
Se voulant le représentant de «la solidarité palestinienne et musulmane avec le peuple français», ce Palestinien, étudiant à Lyon, refuse tout amalgame : «Le terrorisme n’a pas de religion. L’attentat contre la liberté d’expression n’a fait que ternir l’image de l’islam et des musulmans, pourtant innocents de cette barbarie.» Près de lui, un couple arbore une affiche : «Not in my name (non pas en mon nom), Islam = Paix». «Nous sommes musulmans, mais citoyens français avant tout. Nous rejetons toute forme de violence et surtout au nom de l’islam.
Nous sommes ici également pour exprimer notre révolte contre les discours islamophobes», souligne la dame, bras dessus bras dessous avec son mari. «Il faut que les hommes politiques et les médias sortent de leur fantasme et regardent ce vrai visage de la société française cosmopolite. Là, vous me voyez avec mon foulard, mais du lundi au vendredi, je suis fonctionnaire au ministère de l’Intérieur», a-t-elle conclu.
Pancarte accrochée au cou sur laquelle on lit : «Je suis muslim», Yakana se moque des préjugés des gens : «Je ne suis pas musulman, j’ai écrit ça par solidarité avec les musulmans que certains veulent stigmatiser à cause des attentats. Je suis issu d’une famille de pieds noirs algériens. Et aujourd’hui, je suis musulman, je suis juif, je suis surtout un dessinateur libre», martèle ce confrère qui travaille dans un journal satirique français. Hadjer, elle, n’aime pas trop, voire pas du tout, «la satire que réservaient les dessinateurs de Charlie Hebdo au Prophète de l’islam». «Certes les caricatures de Mohamed ne me font pas rire car elles touchent à quelque chose de sacré pour moi.
En revanche, ce n’est pas une raison pour tuer», déclare cette secrétaire médicale de 25 ans. A la tête d’un des nombreux cortèges qui battaient le pavé parisien, deux amis, l’un Algérien, l’autre Français. Leurs drapeaux, algérien et français, défilaient ensemble tout au long du trajet République-Nation.
Plusieurs mètres derrière, un convoi d’imams et de collectifs de mosquées traçaient leur chemin républicain dans une ambiance festive, sous une petite et douce pluie. «Certains profitent de ce genre d’événement malheureux pour essayer de fissurer l’unité nationale. Nous sommes certes musulmans, mais nous sommes aussi français et républicains. Nous voulons le prouver avec notre forte délégation», indique Abdenour Aljouhri, un de leurs représentants. Et de préciser : «Notre présence est une manière de dire que nous refusons que l’islam soit sali par ces actes ignobles ou qu’on lui fasse porter le chapeau du terrorisme.»
 

Samir Ghezlaoui

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EL WATAN samedi 10 janvier 2015

Les racines du mal

Le massacre perpétré contre la rédaction de Charlie Hebdo, suivi d’une fusillade tuant deux policiers, a plongé la France dans un climat de terreur sans précédent. Des actes aussi lâches qu’ignobles qui ont suscité l’indignation et la révulsion aux quatre coins de la planète. Ils appellent une condamnation énergique et sans équivoque, car aucune idée, aucune caricature ou opinion ne peuvent ni expliquer ni justifier le carnage.
Le terrorisme en plein Paris est la continuité de cette guerre menée au nom d’une religion prise en otage par de faux dévots frappant sans distinction. Il cible des musulmans, des chrétiens, des juifs, des athées, des hommes et des femmes qui veulent seulement vivre en paix. Les extrémistes religieux se sont d’abord attaqués, durant de longues années, au monde musulman, où ils ont semé le désordre et le chaos avant de s’en pendre au monde occidental.
Ce nouvel épisode tragique, dont le théâtre a été Paris, rappelle plus que jamais l’impérieuse nécessité de combattre non seulement les terroristes, mais aussi et surtout l’idéologie fondamentaliste alimentée par un wahhabisme qui se diffuse impunément. Les Français de confession musulmane redoutent une mise à l’index, d’autant que le carnage commis contre les journalistes intervient dans un climat de tension, de racisme et d’islamophobie en Europe.
Dans une atmosphère de peur générale, le risque de voir se propager les amalgames et les raccourcis peut se concrétiser. Des réponses de types néo-conservatrices américaines ne peuvent que relancer la machine à fabriquer des monstres. Fort heureusement, les acteurs politiques français, à commencer par le chef de l’Etat, François Hollande, étaient tous lucides, comme les grands rassemblements citoyens. «S'il y a une chose à retenir, c'est que pour venir à bout du terrorisme, il faut le dissocier du terreau sur lequel il pourrait prospérer, et par conséquent bien distinguer l'islam, religion pacifique de millions de Français», a préconisé lucidement, Jean-Pierre Chevènement.
Cependant, cette barbarie intégriste sans frontières doit nécessairement interpeller ceux qui redoutent d’être assimilés à tort à des terroristes. Sortir rapidement des attitudes victimaires et engager une réflexion profonde sur le rapport à la religion. Dans «une lettre ouverte au monde musulman», le philosophe Abdenour Bidar convie à une réforme critique de la pensée religieuse. «Ce refus du droit à la liberté vis-à-vis de la religion est l’une de ces racines du mal dont tu souffres, ô mon cher monde musulman, l’un des ventres obscurs où grandissent les monstres que tu fais bondir depuis quelques années au visage effrayé du monde entier.»
Il n’est plus possible de tolérer que des sinistres marchands de la mort sévissent sur des plateaux de télévision appelant au meurtre. Quelques semaines avant l’acte monstrueux qui a décimé Charlie Hebdo, en Algérie le journaliste Kamel Daoud faisait l’objet d’un appel au meurtre publiquement assumé par un sinistre salafiste sous le regard complice des autorités. Il n’est plus possible de continuer à faire des concessions aux obscurantistes sous aucun prétexte.
Hacen Ouali

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DEUX POIDS, DEUX MESURES (Evidemment)












1 commentaire:

  1. Un bien joli poème sur ce site :-)

    https://aerolithes.wordpress.com/2015/01/09/oh-le-marionnettiste/

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