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jeudi, août 30, 2018

618_ Le 30 août, Journée internationale des victimes de Disparition forcée




Comme dans de nombreux pays, des structures officielles du pouvoir en Algérie ont eu à procéder – particulièrement durant les années 1991-2000 – à des enlèvements, dans l’indifférence quasi générale. Des ONG comme la Ligue algérienne de défense des Droits de l’Homme estiment qu’il y eut plusieurs milliers de disparitions forcées (entre 8000 et 20000) en Algérie. NE LES OUBLIONS PAS.

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Voici un document des Nations Unies :


Les disparitions forcées: une violation des droits de l'homme




Des individus arrivent. Ils pénètrent de force chez quelqu'un, riche ou pauvre, dans une maison, un taudis ou une cabane, dans une ville ou un village, n’importe où. Ils arrivent à n’importe quelle heure du jour ou de la nuit, généralement en civil, parfois en uniforme, et toujours armés. Sans donner d’explications, sans produire de mandat d’arrêt, souvent même sans dire qui ils sont ou qui les envoie, ils traînent de force un ou plusieurs membres de la famille vers une voiture, usant éventuellement de la violence.

C’est souvent de cette manière que commence le drame qui débouchera sur la disparition forcée ou involontaire d’une personne, une violation particulièrement ignoble des droits de l’homme et un crime en droit international.

Qui sont les victimes ?


Définition


Selon la Déclaration sur la protection de toutes les personnes contre les disparitions forcées, proclamée par l’Assemblée générale dans sa résolution 47/133 du 18 décembre 1992, il y a disparition forcée lorsque :

« des personnes sont arrêtées, détenues ou enlevées contre leur volonté ou privées de toute autre manière de leur liberté par des agents du gouvernement, de quelque service ou à quelque niveau que ce soit, par des groupes organisés ou par des particuliers, qui agissent au nom du gouvernement ou avec son appui direct ou indirect, son autorisation ou son assentiment, et qui refusent ensuite de révéler le sort réservé à ces personnes ou l’endroit où elles se trouvent, ou d’admettre qu’elles sont privées de liberté, les soustrayant ainsi à la protection de la loi. »


Une stratégie de la terreur


Les disparitions forcées font souvent partie d'une stratégie pour faire régner la terreur. Le sentiment d’insécurité résultant de cette pratique touche non seulement les proches de la personne disparue mais aussi leur communauté et l’ensemble de la société.

Alors qu’elles étaient très répandues au sein des dictatures militaires, les disparitions forcées sont aujourd'hui perpétrées dans de complexes situations de conflit interne, en particulier en tant que moyen de répression des opposants politiques. Certains faits sont particulièrement préoccupants :

· le harcèlement constant des défenseurs des droits de l'homme, des proches de victimes, des témoins et des avocats en rapport avec des cas de disparition forcée;

· l'utilisation par les États de la lutte contre le terrorisme comme excuse pour enfreindre leurs obligations; et

· l'impunité encore très répandue pour les auteurs présumés de ces disparitions forcées.

Une attention particulière doit également être accordée aux groupes spécifiques de personnes et particulièrement vulnérables que sont les enfants et les personnes handicapées.
(...)

L'Assemblée générale se saisit de cette question et proclame une Journée internationale
Le 21 décembre 2010, l'Assemblée générale, dans sa résolution 65/209, s’est dite profondément préoccupée par la multiplication des disparitions forcées ou involontaires dans diverses régions du monde, y compris des arrestations, détentions et enlèvements lorsque ces actes s’inscrivent dans le cadre de disparitions forcées ou peuvent y être assimilés. Elle souligne également le nombre croissant d’informations faisant état de cas de harcèlement, de mauvais traitements et d’intimidation des témoins de disparitions ou des familles de personnes disparues.
Dans la même résolution, l’Assemblée a décidé de proclamer le 30 août Journée internationale des victimes de disparition forcée. Cette journée est célébrée depuis 2011.
Une Convention internationale pour la protection de toutes les personnes contre les disparitions forcées
Dans cette même résolution, l'Assemblée générale se félicite également de l’adoption de la Convention internationale pour la protection de toutes les personnes contre les disparitions forcées
En 2003, la Commission des droits de l’homme crée un groupe intersession à composition non limitée chargé d’élaborer un projet d’instrument normatif juridiquement contraignant pour la protection de toutes les personnes contre les disparitions forcées. Au cours des trois années de négociations, plus de 70 États et de nombreuses ONG et associations de familles des disparus, ainsi que plusieurs experts ont participé aux réunions du groupe de travail. Le Conseil des droits de l’homme de l'ONU a adopté cette Convention internationale lors de sa première session en juin 2006. L’Assemblée générale l’a ensuite adoptée en décembre de la même année.
 
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vendredi, août 24, 2018

617_ Monsieur Zaoui aime « nos belles villes coloniales », pas les Bédouins de Khaldoun


Une chronique de monsieur Amin Zaoui intitulée « La bédouinisation islamique, Alger et ses moutons », parue dans le quotidien algérien Liberté du 16 août courant (reprise ici à la suite de ce texte), m’a quelque peu secoué. Quelque peu. Comment un « intellectuel » médiatique (sans péjoration) respecté, peut-il se laisser aller à tant de facilité ?



Dans son texte qui se veut dénonciateur de l’évolution négative des modes de vie des Algériens, monsieur Zaoui utilise plusieurs fois un certain nombre d’expressions centrales. « Bédouinisation islamique » est employée six fois (hors titre), trois fois celle de « bédouinisation », une fois « arabo-bédouin » et une fois également « islamiste-bédouin ». À aucun moment ces termes, fortement connotés, qui « ne vont pas de soi », ne sont expliqués, déconstruits. L’évidence ! insisteront d’aucuns. Mais l'évidence a souvent besoin d'être questionnée. Telle un présupposé, donnée comme entendue ou acquise, la notion de « bédouinisation », comme les autres, n’est à aucun moment questionnée, expliquée. Chacun y va donc de sa propre interprétation, le sens commun chargeant tous ces termes de stigmates.

Le terme bédouin qui est au cœur de chaque expression émane du mot arabe badawi qui signifie habitant du désert, homme arabe vivant dans le désert (CNRTL et Littré).

Délibérément, monsieur Zaoui ne s’érige pas contre la ruralisation de « nos belles villes » côtières, ce qui peut s’entendre, mais emprunte à un vocabulaire qui connote et il feint de découvrir en 2018 que « comme l’islamisation, la bédouinisation se généralise en Algérie. » Pour justifier cet état de « bédouinisation » monsieur Zaoui en enveloppe le substantif de termes sensés relever du champ lexical de cette notion et indirectement par conséquent, par ricochet, l’expliquer, la dénuder : le mot « mouton » est repris neuf fois, deux fois « douar », « la bête », « les bêlements », « razzias » (ǵhazwa), les « gardiens de moutons » (le sulfureux, haineux Richard Millet aurait dit/écrit et pris son glaive contre « ces (sales) Arabes, gardeurs de moutons et de chameaux » in Confession négative)… et même le terme docteur est arabisé comme dans les séries égyptiennes. Monsieur Zaoui souhaitait sans doute, pour mieux l’ancrer, que le lecteur flaire dans ce mot « douktours » le parfum de l’accent oriental banni. C’est dire les méandres qu’emprunte parfois l’intellect au creux du gué.



Les responsables de cette « bédouinisation » sont à chercher au sein de différentes catégories sociales comme les universitaires « douktours » donc, les politiques « partis, ministres, walis, chef de gouvernement », enfin « tout le monde » quoi, y compris lui-même certainement.



Monsieur Zaoui fait dans une comparaison étrange entre architecture et langue « En réalité toutes nos belles villes – belles villes coloniales – comme la langue française, sont un butin de guerre mal géré et mal distribué » ou entre insomnie et amertume adjectivés « des jours insomniaques et des nuits amères ! » après « plus de cinquante ans d’indépendance », « cinquante-six ans »  ou « Soixante ans presque » et même « soixante piges écoulées ». L’auteur pouvait être plus précis.



Si comme il l’écrit «  Nous avons amoché nos butins de guerre, ces belles villes coloniales ! » et si « les moutons envahissent les belles rues d’Alger, celles d’Oran, celles de Annaba… » nous faut-il entendre que les moutons n’envahissent en définitive que les anciens espaces coloniaux ? Mais alors, tout ce qui a été construit depuis l’indépendance, toutes ces « “boîtes de sardines”, sans aucun goût » ne sont pas « envahies » par la bédouinisation ? ne sont pas concernées par ce cri de colère, hâtivement porté sur papier… mais alors…



Lorsque – par un raccourci inacceptable – il résume en somme la pensée d’Ibn Khaldoun par la trop fameuse sentence idha oûribet khouribet sans prendre la précaution de s’éloigner de l’usage commun et des stéréotypes, bien au contraire, monsieur Zaoui sait parfaitement comment seront (souvent) entendus ces mots du savant maghrébin. Lorsqu’il reprend : « Tout pays conquis par les Arabes est bientôt ruiné… sous leur domination la ruine envahit tout… » soit il a mal lu Les Prolégomènes, soit il n’a pas compris l’ouvrage, soit il fait dans la provocation. Je pencherais pour cette dernière possibilité, « provoquer, blesser, heurter violemment, c’est ce que recherchent certains, notamment nos collègues intellos du Bled à défaut de pouvoir transcrire un doux délire imaginaire» me répète avec justesse un ami. Il n’y a qu’à revenir sur les discours (jamais sur la stylistique littéraire) de nos écrivains les plus en vue par la sphère médiatique parisienne bien évidemment, et algérienne, prise en remorque (partie prise mais pas prenante, ou si peu). La provoc donc (« le voile » « la violence faite aux femmes » « l’Islam radical », « l’Islam » « le terrorisme » et ô combien encore et toujours « les Arabes »…) en surfant sur des notions parfois confuses. Et puis, quel intérêt argumentatif ces termes clivants précédant la citation d’Ibn Khaldoun apportent-ils : « collabo, hizb França, extrémiste séparatiste kabyle proche de Ferhat Mehenni » ? N’ont-ils pas pour fonction de seulement suggérer au lecteur (du quotidien sus-cité porteur de l’article) de bien « suivre mon regard », celui de l’auteur. Autrement dit, et sur ce point précis, « j’enfonce une porte ouverte », ou encore « avec vous chers lecteurs, j’assume ces termes utilisés par nos adversaires contre nous ». Trop facile et peu convaincant. Calomniez, calomniez, il en restera toujours quelque chose disait Bacon.



La rigueur et la morale exigent de l’intellectuel (y compris pamphlétaire), qu’il manipule avec précaution les notions, les concepts… pour s’extraire du sens commun et des poncifs, et apporter les ingrédients à même d’élever le débat, de l’enrichir. Si tel est son objectif. À ce propos et pour l’exemple qui nous concerne, il est important ici d’apporter cette précision de Vincent Monteil (in Ibn Khaldoun, Discours sur l’Histoire universelle, Ed Sindbad, T1, note page 243) : le terme « Arabes » est pris, ici et généralement, par l’auteur (Ibn Khaldoun), comme synonyme de ‘‘Bédouins’’. C’est le sens qu’il a toujours en Afrique du Nord. » Il n’est pas question d’ethnie, mais de comportements et attitudes fondés sur des référents culturels. Les Bédouins, ces Arabes transformés, non par leurs chromosomes (souvent sous-entendus dans les discussions de basses tavernes et autres bouges), mais par « les habitudes et les usages de la vie nomade ». Habitus ! s’échinera Bourdieu. La bédouinité (el-badiya, el-ourouba) versus la citadinité  (el-hadara), monsieur Zaoui devrait relire Deleuze et Guattari (Mille Plateaux).



Je me souviens que dans mon adolescence – « la vie [apparaissait] comme un horizon ouvert, un chemin encore long, se déployant comme un beau rêve, se déroulant sous nos pas comme un tapis persan des Mille et une nuits, grenat, magique et interminable » (Festin de Mensonges) – avec mes camarades de Gambetta-falaises (quartier situé à l’est d’Oran), nous nous moquions des enfants des nouveaux venus, souvent des campagnes, occuper les appartements abandonnés par les pieds-noirs. Nous les désignions comme «’aroubia » pour les diminuer. Eux, – ce n’était guère mieux – se vengeaient en nous indexant d’une phrase que la décence m’interdit de répéter ici et commençant par  « ya zwawi… »



En Europe, et notamment en France, de très nombreux villages sont traversés périodiquement par des milliers d’ovins, faisant la joie de leurs habitants, notamment des enfants, et sourire les journalistes. Il est vrai que leur abattage (les ovins) et circulation sont strictement réglementés (par l’État, mais là est une autre histoire).



Pour conclure, je précise que je n’ai rien, pas même une dent de lait, contre monsieur Amin Zaoui dont je lis les ouvrages avec intérêt et dont nous avons été proches durant les folles années d’Oran, en 1988 et plus, lorsqu’il était en charge du Palais de la Culture. J’en garde un très bon souvenir. Monsieur Zaoui sait, comme la plupart d’entre nous, que ce qu’il appelle « la bédouinisation islamique » était déjà à l’œuvre depuis longtemps déjà. Que tous les pouvoirs publics (d'abord sans les islamistes puis avec eux comme cul et chemise) avaient ''démissionné'' (ils avaient démissionné de leurs devoirs pas de leur poste !), préoccupés par leur propre sort et celui de leurs premier, deuxième, troisième cercles… Aujourd’hui « c’est un peu plus pire » n’est-ce pas ?



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J’invite monsieur Zaoui à lire cette belle littérature et de s’en imprégner. « Alger se laisse aimer. C’est une découverte, elle nous a ouvert tout grand ses bras visqueux. Magasins, bazars, salons de thé, trotte sur les boulevards, haltes amusantes dans les jardins… Nous avons atteint le quartier aux abords de vingt et une heures. Aucune raison au monde pouvant justifier la présence de deux femmes dans les rues ne tient debout à pareille heure. C’est la brousse, Rampe Valée, ça se perd à la périphérie, ça grimpe dur, c’est l’autre face de la lune. Pas de taxis et plus de bus. Et pas un lampadaire pour nous accompagner. C’est bête cette manie de chercher la lumière, on se rend visible des mecs embusqués dans l’obscurité… J’avançais guidée par la mémoire. Tout est bien dessiné dans ma tête, les distances, les virages, les fossés, les monticules, les murs. On mouillait. Pas un chat et pas un  chien, pas un rat, rien qui bouge, le quartier semblait faire le mort depuis plusieurs siècles. Hormis le tictac de nos talons et nos halètements, et toujours, incessante et mystérieuse, cette lointaine et sourde vibration dans le ciel, rien, le silence, l’immobilité, le vide… Halte dans un bouiboui fiché au milieu de nulle part… Un vent de sable se lève du côté des buffles. La température monte au point de fusion. On se couvre le visage, on évite de respirer. Précaution superfétatoire, le sable du Sahara ne se connaît pas de frontières, il se joue de ces ruses… La méharée avance bien. Les chameaux blatèrent pour le plaisir de brailler, il y a longtemps que le Sahara ne les impressionne plus. A leur côté, on gagne en confiance… Bordj Béji Mokhtar, BBM comme l’appellent les habitants du Nord, est un gros bourg qui a clairement poussé à partir de rien et trop vite. C’est désordre et compagnie, des maisons inachevées ou écroulées, des pistes en tôle ondulée mortelles pour les dents, des camions déglingués, des chameaux dégoûtés, des chèvres errantes, des chiens tatillons, des gendarmes méchants, le tout recouvert d’une poussière grasse importée du Nord. » Boualem SANSAL, Harraga, Gallimard.



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Voici l’article de monsieur Amin Zaoui.




SVP, arrêtez cette bédouinisation-islamique qui menace nos villes !

Les moutons envahissent les rues d’Alger. Et pour rappel, il y a de cela quelques semaines, un colloque international s’est tenu à Alger et dont le thème fut “Les villes intelligentes” !! Waw, les moutons envahissent les rues de la ville intelligente !   

Et avec les moutons qui envahissent les belles rues, la bédouinisation-islamique se généralise. Elle touche les universitaires, c'est-à-dire les douktours. La bédouinisation-islamique contamine les politiques, c'est-à-dire les chefs des partis de la gauche et de ceux de la droite. Y-a-t-il une gauche et une droite? Tous sont maladroits ou gauches. La  bédouinisation-islamique  touche aussi les ministres et les chefs de gouvernement et les autres… Et parce que cette bédouinisation a touché toute la ville, la ville est devenue un douar, et le douar s’est métamorphosé en cauchemar. Des gardiens de moutons  et des gardiens de parkings ! Bâtons à la main et  menaces à la bouche!

En ce temps de la bédouinisation-islamique, tout le monde court derrière son mouton,  le ministre, le wali, le Chef du gouvernement, les chefs des partis, les cheffes des partis, le professeur de l’université, le poète, le dentiste, le muezzin, le réalisateur, le photographe, le musicien, le chef d’orchestre, la femme de ménage… Tout le monde court après son mouton afin de peser les testicules de la bête et enregistrer la musique de ses bêlements !

SVP, arrêtez cette bédouinisation de nos belles villes algériennes. En réalité toutes nos belles villes, comme la langue française, sont un butin de guerre mal géré et mal distribué ! Je n’aime pas ce mot “butin” parce qu’il renvoie aux atroces histoires des razzias islamiques où “la femme” fut le centre de ce butin!

Plus de cinquante ans d’indépendance sont écoulés, cinquante-six ans précisément !  Un lourd lot en jours et en nuits, des jours insomniaques et des nuits amères !

Je me retourne, et comme vous toutes et comme vous tous, je me demande : pourquoi est-ce que nous sommes les pires ennemis de l’urbanisme ? Soixante ans presque d’indépendance, et nous n’avons pas pu construire une seule ville digne de ce nom. Citez-moi une seule ville, une vraie ville, qui a été élevée pendant les soixante piges écoulées de l’indépendance ! Nous avons amoché nos butins de guerre, ces belles villes coloniales !

En soixante années d’indépendance tout ce que nous avons pu ou su construire ce sont des “boîtes de sardine”, sans aucun goût, afin de caser le maximum des hommes et des femmes pour pouvoir s’accoupler tranquillement, à l’abri des regards de la rue.

Les moutons envahissent les belles rues d’Alger, celles d’Oran, celles de Annaba… et la bédouinisation-islamique s’installe dans les têtes de la nouvelle génération ! Et, nous sommes un peuple de jeunes qui regardent les troupeaux de moutons envahissant les rues d’Alger !

Comme l’islamisation, la bédouinisation se généralise en Algérie. Dans les rues d’Alger, d’Oran ou de Annaba… elles sont sœurs jumelles.

Indiquez-moi une seule belle rue, une seule nouvelle belle rue construite selon des normes architecturales universelles pendant ces soixante ans d’indépendance ressemblant à celles de Didouche-Mourad ou de Abane-Ramdane ou celle de Hassiba, à Alger ou celle de Larbi-Ben M’hidi ou Mohamed-Khemisti à Oran… et pourtant ces dernières ont été construites il y a de cela un siècle ou presque.  Et nous avons cinquante universités, un peu plus, et des écoles supérieures, ces cinquante universités et ces écoles supérieures crachent chaque année des milliers d’architectes et des milliers d’ingénieurs en génie civil et des décorateurs et des artistes et des gestionnaires et des vendeurs de sardines et nous n’avons pas pu construire une seule belle rue !

Pourquoi, sommes-nous les pires ennemis de la ville ? Nous cultivons le sens du viol permanent de la cité ?

Nous sommes les fidèles héritiers de la culture arabo-bédouine. Et nous sommes aussi les reproducteurs de cette culture !  

Ibn Khaldoun n’était ni colonialiste, ni collabo de hizb França, ni un extrémiste séparatiste kabyle proche de Ferhat Mehenni,  Ibn Khaldoun a écrit dans un parfait arabe :  

“Tout pays conquis par les Arabes est bientôt ruiné… sous leur domination la ruine envahit tout… l’ordre établi se dérange et la civilisation recule… régulariser l’administration de l’État, pourvoir au bien-être du peuple… et contenir les malfaiteurs sont des occupations auxquelles ils ne pensent même pas… et un tel état de choses détruit également la population d’un pays et sa prospérité.” Al-Moqaddima (traduction M. De Slane éd. imprimerie impériale .T 1 p310)

Ces Arabes d’hier qualifiés par Ibn Khaldoun de destructeurs de la civilisation et gardiens du désordre ne sont que les pères des islamistes-bédouins d’aujourd’hui qui prient dans les salles de spectacles et suivent leur mouton dans les rues d’Alger, d’Oran ou de Annaba!   

Mais si un jour vous vous réveillez et vous regardez par vos fenêtres, et vous voyez des troupeaux de chameaux arpentant les rues d’Alger, ne vous étonnez pas. Le jour des chameaux d’Alger n’est pas loin !

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J'ai trouvé cet article ce jour samedi 25 août 2018





LES BLOGS 


23/08/2018 12h:35 CET | Actualisé 23/08/2018 12h:35 CET 


Amin Zaoui, le non-bédouin et la rigueur de l'écrit


Dans son “pamphlet” relatif à la  “bédouinisation-islamique”, Amin Zaoui utilise à six reprises cette expression inventée. Son texte, d’une rare médiocrité pour le littéraire qu’il est censé être, est touffu de contre-vérités et surtout manque totalement de cohérence.

L’auteur mélange allègrement les problèmes de l’urbanisation de nos villes avec ceux des comportements  sociaux d’une partie des citoyens “avec les moutons qui envahissent les belles rues” et utilise pour cela, des qualificatifs auxquels on s’est habitués. Et après nous avoir rappelé l’œuvre créatrice de la colonisation en citant l’exemple “des rues  Didouche-Mourad ou de Abane-Ramdane ou celle de Hassiba”d’Alger et d’autres villes, il dénonce cette bédouinisation-islamique qui serait, selon lui, à l’origine de nos maux.

Et pour donner quelque force à son récit, il nous cite des extraits d’Ibn Khaldoun bien ciblés : “Tout pays conquis par les Arabes est bientôt ruiné… sous leur domination la ruine envahit tout…”.

Et donc, pour lui, ce sont les “arabes” et leur “bédouinisation-islamique” qui sont à l’origine de nos problèmes d’urbanisation de nos villes. Saha !

Peut-être lui rappeler cet autre extrait d’Ibn Khaldoun “Les Bédouins sont antérieurs aux sédentaires […] se contentent de satisfaire leurs besoins, tandis que les sédentaires recherchent le confort et le luxe. Or, les besoins (de base) précèdent le confort et le luxe. Ceux-ci sont secondaires et superflus. Les Bédouins sont donc à l’origine des cités et de la vie sédentaire”. 

Autrement dit, les bédouins sont d’abord des hommes et des femmes dont la vie est dictée par la nécessité de survivre à un environnement hostile (chaleur, sècheresse..) , et sont donc forcés à la transhumance et le nomadisme afin de disposer des ressources nécessaire à leurs animaux et donc à leur survie.

Mais Ibn Khaldoun précise que “dès qu’ils peuvent se procurer d’autres richesses, en supplément de ce qu’ils ont besoin pour survivre, ils s’installent et se sédentarisent”. Et cette “bédouinisation” est antérieure à l’avènement de l’Islam et donc n’a rien à voir avec cette religion.

Et de ce fait, il indique que “la vie bédouine est à l’origine de la civilisation dans la mesure où les Bédouins se contentent de satisfaire leurs besoins tandis que les sédentaires sont attirés par le confort et le luxe. Seuls les progrès de la civilisation peuvent leur procurer ces derniers, mais il faut pour cela se sédentariser ; c’est alors que se développe l’urbanisation” (Cf. Ibn Khaldoun, un génie maghrébin de Smail Goumeziane »).

La pauvreté de l’argumentation de l’auteur qui se perd en conjectures  et l’utilisation excessive de l’expression bédouinisation-islamique indiquent peut être une volonté de nuire ou de faire le buzz sur le dos d’une communauté dont il fait partie intégrante.

Et pourtant ce même Ibn Khaldoun écrit que “les arabes se sont toujours distingués entre les nations avec la clarté de l’expression, l’éloquence de la diction, la facilité d’élocution D’où leur nom. Le mot arab est un terme dérivé signifiant le fait de s’exprimer clairement C’est ainsi qu’on dit “a’raba ar-rajulu amma fi dhamirihi (l’homme a exprimé avec clarté ce qui est en son esprit) PP 139 de Ibn Khaldoun – Peuples et nations du monde. Eds Sindbad.

Comme il dénonce “l’inaptitude à décrire les faits de façon adéquate, à cause de l’ambiguïté ou de la fausse apparence qu’ils présentent. L’informateur les décrit comme il les voit, alors  qu’ils cachent une vérité tout autre. Ibn Khaldun – Peuples et nations du monde. Pp.105

En définitive, ce texte n’est qu’un ramassis de clichés auxquels on finit par s’habituer. En s’attaquant aux “Bédouins” et en épargnant la responsabilité de l’Etat maffieux qui nous gouverne quant à l’urbanisation de nos villes, l’auteur se trompe de cible tout simplement. 

Je lui conseille vivement de lire Rabah Chellig, autodidacte de son état, qui décrit merveilleusement la vie nomade dans la steppe algérienne et les rapports entre ces « bédouins » et la nature pour leur nécessaire survie d’une part et la solidarité entre eux d’autre part. Mais je persiste qu’il faut qu’il investisse dans un bon dictionnaire de français.


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vendredi, août 03, 2018

616_ Chantiers estivaux de volontariat et débordement


L'hôpital - Pomnik-Szpital Centrum Zdrowia



Ne vous arrive-t-il pas, pour une raison ou une autre, pour une cause ou une autre, de vous retrouver plongé âme et bagages dans un doux amer temps lointain que votre mémoire, titillée par cette raison ou par cette cause, extrait à votre intention et vous le propose sur un plateau d’argent ou nu ? Il est entendu que le « vous » que je convoque ici s’adresse aux lecteurs de plus de tant d’années. Plus ce « tant » est pesant et plus le champ d’investigation est large. Inversement, plus on est jeune et plus les zones de la mémoire libres de toute obstruction, sont importantes. Personnellement je peux écrire que je figure dans le palmarès de la première catégorie, avec ceux dont la mémoire est saturée de récits de vie, ceux qu’on nomme « les anciens », pour ne pas dire les vieux et je ne suis pas peu fier. Mais je ne radote pas encore heureusement.



Il suffit parfois d’un rien, d’un sourire sur le visage d’une affiche publicitaire qui nous nargue, d’un ou de plusieurs mots lus sur une page d’un vieux livre, d’un slogan, de graffitis, d’un son, un refrain… pour se retrouver plongé dans un plus ou moins lointain passé, très présent pour le coup. Un passé ressuscité le temps de regretter de ne pas en avoir pleinement  profité, « ah si seulement je… »



« Les faits s’il vous plaît, les faits, les faits ! » vous impatientez-vous. Je m’explique. Nous sommes vendredi 3 août de l’année que vous savez (sommes-nous jeudi, vendredi… ?) Très bien. Ce matin, comme tous les matins, après le petit déjeuner (ou pendant), je branche l’ordinateur, ouvre mes boites de courriels (on dit ‘mails’ n’est-ce pas), lis les titres de la presse (‘Mediapart’, ‘Le Quotidien d’Oran’, ‘El-Watan’, ‘Liberté’…, dans cet invariable ordre), m’attarde sur un ou plusieurs de leurs articles. Je n’ai jamais coupé les ponts. Souvent je passe. Les pages culturelles de la plupart des médias algériens agonisent (qu’il est loin ‘Algérie Actualité’ !) Elles se sont transformées en fades logorrhées assimilées, dans lesquelles le journaliste ou l’écrivant (pas tous, non, vraiment pas tous, ‘hacha !’) se lâche ou bien loue les écrits ou le spectacle de celui, de celle « dont a parlé Le Parisien, Le Point, Madame Figaro… » ou ceux de tel ou tel ami de l’ami de l’ami… quant il ne déterre pas les ancêtres pour prouver qu’il maîtrise (lui aussi) l’inénarrable « Butin » en rabâchant inlassablement les mêmes discours, les mêmes inepties, stéréotypes et en procédant à des emprunts dissimulés. M’enfin. Il ne faut pas jeter la pierre aux (jeunes) journalistes, mais à leurs responsables qui réduisent à peau de chagrin les moyens financiers nécessaires et évacuent les formations approfondies au bénéfice des employés. Pardonnez-moi ce débordement.

La presse, disais-je, et Facebook bien sûr aussi. Enormément de futilités hélas et de ragots, de violence, de vide. Mais c’est ainsi, on ne caporalise ni le facteur, ni la boite aux lettres, à moins de la détruire. J’en reviens à mon objet.

Comme vous le voyez sur l’image, un porte-documents en plexiglas est posé derrière le verre (d’eau souvent, de thé ou de jus parfois, je n’aime pas le café), sur lequel je pose tantôt une photo, tantôt un texte ou autre livre corné à telle page. Je garde ainsi l’objet (photo, texte, livre) pour le dire trivialement « à l’œil » jusqu’à sa lecture, analyse etc., et son remplacement par un autre. La brochure qu’il porte aujourd’hui, je l’ai apportée d’Oran (1) où je me trouvais il y a quelques semaines et où elle n’avait que trop patienté, coincée depuis des lustres entre un livre de Yves Courrière (La guerre d´Algérie: Le Temps des léopards. Éd. Casbah) et un numéro de la revue Insanyat (L’imaginaire, littérature-Anthropologie). Je l’ai parcourue et me suis dit « il faut la relire. La brochure est titrée « Le monde se souviendra de ces enfants. » C’est en la parcourant que je suis tombé sur une lettre méticuleusement pliée en quatre, glissée avec d’autres coupures entre les pages 22 et 23. Cette lettre est datée « 3.08.1975 ». Elle est signée par Jerzy Tomasini, un Polonais. Je me trouvais en l’été de cette année-là en Pologne, où j’effectuais un Chantier de volontaires internationaux (envoyé par Concordia, 27, rue du Pont neuf à l’époque, non loin du Louvre), et ce monsieur était le commandant de celui de Varsovie. Un mot qui m’est incompréhensible précède la date. Je me souviens par contre de « Radosc » (Podstawona- 140 ul Wilgi) où nous résidions, à une dizaine de kilomètres à l’est de Varsovie. Une école entière avec ses infrastructures sportives et autres cuisine, salles, ainsi que des véhicules de transport... était mise à notre disposition.



Dans cette lettre, destinée au commandant du Chantier d’Olsztyn au nord-est du pays (wojewodzlca Komenda OHP, ul Zwyciestiwa 32), monsieur Jerzy Tomasini loue probablement toutes les qualités (vraies, soupçonnées ou imaginées) qu’il a décelées en moi durant les longues journées du chantier de Varsovie qui a duré près d’un mois. Je remercie d’avance le Polonais ou le polonophile qui se manifesterait et traduirait ce courrier.



Mais qu’était ce chantier ? en quelques mots il ne s’agissait de rien de moins que de construire un « hôpital-monument » dédié à la mémoire des enfants martyrisés durant la seconde guerre mondiale. Ce monument devait « respirer la vie qui manqua aux enfants qui ne sont plus parmi nous ». Un édifice de 200.000 mètres-cube comprenant six sections spéciales (troubles de la croissance, tumeurs, cardiologie, néphrologie, neurologie, réadaptation) pour venir en aide à 6000 enfants hospitalisés et à 60.000 autres en traitement ambulatoire).  Son nom : Pomnik-Szpital Centrum Zdrowia. Nous y avons participé ! Il y a quelques années j’y suis retourné
et ma fierté était grande.


(lire ici : 



Dans la brochure « Le monde se souviendra de ces enfants » que j’ai apportée d’Oran, se trouve également une page de journal, par endroits bien rouillée par le temps qui ne mine pas que l’homme. La page 3 du journal Ƶycie Warszawy du 22 juillet (lipca) 1975, avec un titre qui glorifie notre travail. Nous étions chez les cocos en pleine ère Podgorny en URSS, maîtresse voisine honnie par tous les Polonais, grands et petits, profondément croyants (durant la grande période de la démocratie populaire, on se cachait presque pour prier). Le titre de l’article : « Aktywność nas wszystkich  (Toutes nos activités - ?) est agrémenté d’un long texte et d’une photo (m’y reconnaîtriez-vous ?).

Ce jour de fête nationale, nous avions été décorés par les plus hautes autorités de l’Etat stalinien (à mon corps défendant). J’étais fier et avais à peine plus de 20 ans. Le monde ouvrier polonais se remuait, le « comité de défense des ouvriers » (le futur KOR) balbutiait, s’organisait, et nous, nous étions manipulés. Personnellement mon esprit (la vingtaine !) était ailleurs, porté par la grivoiserie. Le 22 juillet était alors dans ce pays communiste « Fête nationale » (Narodowe Święto Odrodzenia Polski, ou « journée nationale de la renaissance de la Pologne). Cette fête disparaîtra en 1989 (je pense au « 19 juin » de la dictature algérienne, mère de tous nos malheurs). Grâce à « Vincennes », peu de temps après, je virais ma cuti.



Le commandant du chantier d’Olsztyn auquel je tendais la lettre du commandant du chantier de Varsovie m’accueillit avec des fleurs et des salamalecs, c’est fou. Je n’en revenais pas. Celui-ci (le chantier) était beaucoup plus léger que le précédent. Nous y avions passé de très bons moments comme à Varsovie. C’est pendant ce second chantier (dont j’ai demandé à proroger la durée)  que j’ai rencontré mon amie C. (tiens, bonjour C ! elle est, elle aussi, facebookienne ou kieuse) elle en raconterait, des vertes et des pas mûres : Hi !

Ensemble nous avions traversé toute une partie de l’Europe (à pieds, à cheval – âne – en motocyclette, en bus (sans ticket), en autostop (Mozart dans une luxueuse Volvo parfumée en Suisse, à plus de 150 km/h … et l’odeur de mes (nos ?) pieds), en passant par Cieszyn, Brno, Linz, Bâle, Strasbourg (La Cité U)… jusqu’à Paris, place de la République, à minuit.

Avoir vingt ans est la portée de chacun, quel que soit son âge.

Je découvre avec bonheur que Concordia existe toujours. Si je n’ai qu’un mot à ajouter (aux jeunes) je dirais « Foncez ! » (c’est sur Facebook :
et ici :  

 












 




 






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(1)  J’ai pris l’avion vendredi 13 juillet à 9 heures, d’Oran-Ben Bella pour Marseille-Provence. J’y suis arrivé deux heures plus tard. La valise que j’ai enregistrée à Oran m’a été restituée (dans un piteux état) dix-sept (17) jours plus tard, le lundi 30 juillet ! J’y reviendrai bientôt dans un post.
Vive Air Algérie ! 

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