Rechercher dans ce blog

jeudi, septembre 11, 2008

110- Salim bachi "nominé" au Goncourt pour : Le Silence de Mahomet

Entretien avec Salim Bachi

El Watan jeudi 11 septembre 2008

- Cela doit être une agréable surprise. Vous vous attendiez à cette nomination ? Quelle a été votre réaction à cette annonce ?
- Je suis le premier surpris, je ne m’y attendais pas. Je suis très heureux de cette première sélection.
- Pourquoi écrire sur le Prophète Mohammed ? Tout a été dit, non ?
- Beaucoup de choses ont été dites, mais toutes ne sont pas connues par tout le monde. Je voulais qu’un large public en sache plus sur la vie du Prophète. Sa vie est extraordinaire et très peu de personnes la connaissent dans ses détails. Je me suis bien entendu inspiré des livres qui ont été écrits sur le sujet, que ce soit La Sîra de Mahmoud Hussein ou de divers essais et biographies qui paraissent régulièrement sur Mohammed. Ensuite, j’ai fait mon travail de romancier, qui a été de donner vie à une figure historique et de l’inscrire dans un roman d’imagination et d’aventure.
- En vous attaquant à ce sujet sensible, aviez-vous des appréhensions ?
- Non. Vous savez, je n’écris pas pour les extrémistes. De même, je n’ai pas composé ce roman pour choquer ou verser dans la caricature. J’ai un profond respect pour cette figure essentielle de l’Islam qu’est le Prophète Mohammed. J’espère surtout lui avoir rendu hommage à travers mon roman. Avoir redonné à cet homme une dimension humaine, image qu’il voulait que l’on garde de lui. Je souhaitais qu’il soit simplement vivant, complexe, hors des clichés que l’on colporte à son sujet. Et qu’il soit aussi, pour la première fois, un personnage de roman.
- Comment analysez-vous le personnage ?
- C’était un homme profondément de son temps et qui échappait à celui-ci : la marque des grands. Il était à la fois ingénu lorsqu’il croyait, et profondément perspicace lorsqu’il s’agissait de prendre en main sa destinée de chef de guerre et d’homme d’Etat. C’était aussi un homme qui aimait les femmes et d’ailleurs j’ai voulu rendre hommage à deux d’entre-elles dans Le silence de Mahomet, à savoir Khadîja et Aïcha, ses deux principales amours. Sans ces deux femmes, l’Islam ne serait pas ce qu’il est aujourd’hui. La première a cru en son Message, la seconde l’a transmis. Il était temps de remettre les femmes au cœur de l’Islam.
- Quels sont les écrivains qui vous semblent le plus à même d’être vos concurrents dans la liste des 15 sélectionnés pour le Goncourt ?
- Tous ! Et je ne me place pas en état de concurrence. Je suis heureux de ce qui advient aujourd’hui. Je souhaite tout le succès possible aux autres écrivains. Ce métier est un métier de solitude, difficile, âpre et qui demande une certaine force d’âme. Donc, pas de concurrents mais des compagnons de labeur.
- Boualem Sansal, Akli Tadjer, Yasmina Khadra, Malika Mokeddem, ... Cette année a été très riche pour la littérature algérienne. Quel regard portez-vous sur cette création ?
- Je suis content de voir que la littérature algérienne se porte à merveille. Elle est diverse, riche et en perpétuel renouvellement. Elle est aussi bien animée par des hommes que par des femmes de talent. J’aimerais que l’Algérie soit à son image. On s’en porterait bien mieux.


Par Rémi Yacine

[Le journaliste a omis de préciser qu'il s'agit de "LE SILENCE DE MAHOMET" ed: Gallimard, 2008]

_____________________

El Watan jeudi 11 septembre 2008

-
Prix Goncourt-Salim Bachi nominé : Un Algérien en lice

Parmi les 15 sélectionnés, l’écrivain Salim Bachi pour son livre Le silence de Mahomet (Gallimard). Résultats le 10 novembre et entretien à chaud avec l’auteurA 36 ans, Salim Bachi fait une rentrée fracassante. Pour son quatrième livre, Le Silence de Mahomet, il est sélectionné par le jury de l’Académie Goncourt, qui a accueilli en mai deux nouveaux membres, Tahar Ben Jelloun et Patrick Rambaud.



Paris : De notre bureau

Salim Bachi dresse un tableau éclairant sur la vie du Prophète. Le roman se déroule entre La Mecque et Médine, des sables du désert d’Arabie aux abords de Jérusalem aux alentours de l’an 600. « Nous voyons Maohammed naître, vivre et mourir à travers les confessions de sa première femme, Khadija, de son meilleur ami, le calife Abou Bakr, du fougueux Khalid, le général qui conquit l’Iraq au cours de batailles épiques, et enfin de la jeune Aïcha, devenue son épouse à l’âge de neuf ans », explique son éditeur. Dl’extrait de son livre qu’il a mis en ligne sur son blog, on a déjà un aperçu de sa fougue littéraire. Ainsi, Khadija raconte leur intimité avec une profusion de détails.

« La nuit, Mohammad se retournait sur notre couche, sans trouver le repos. Quand il glissait dans le sommeil, des rêves étranges le tourmentaient. Parfois, il volait avec les oiseaux, et se souvenait de l’armée d’Abraham ; il la regardait avancer dans le désert, se dirigeant vers la Kaaba. Il voyait les hommes de l’Abyssin, fourbus et lamentables ; il poursuivait les chameaux de son grand-père, Abd al-Mouttalib. D’autres fois, il songeait au châtiment des gens de Thamoud. Dieu leur avait envoyé un prophète, Salih, qui, me racontait Mohammad quand il se réveillait, lui ressemblait trait pour trait » Marchand et caravanier prospère visité par Dieu à quarante ans, prophète et homme d’Etat visionnaire à cinquante, amant et conquérant, Mohammed ne cesse de fasciner et d’embraser les âmes plus de quatorze siècles après sa mort à Médine sur les genoux d’Aïcha, son dernier amour, remarque l’auteur.

« Pourquoi un roman sur le prophète Mohammad ? Comment passer à côté d’un tel sujet, à côté d’une personnalité aussi fascinante ? Cet homme est à l’origine d’une religion et d’une civilisation et c’est la seule personne dont les romanciers arabes, musulmans, ne parlent jamais où l’évoquent à peine. Il y a bien sûr eu ce superbe roman de Driss Chraïbi, L’homme du Livre, mais depuis rien. Je voulais réparer cette injustice », a-t-il déclaré.



Par Rémi Yacine

jeudi, août 28, 2008

109- Mercredi 27 aout 2008

Fin des vacances. Inoubliables. Demain Nous nous rendrons a Montreal. Envol pour Paris a 18 heures 30

mardi, août 26, 2008

108- «Les enfants d’Ayye» dernier roman de Fatéma Bakhaï


Le Quotidien d Oran Mardi 26 aout 2008

«Les enfants d’Ayye» dernier roman de Fatéma Bakhaï : Une histoire dont vous êtes le premier personnage!

par K. D.
Rares sont les moments où la production littéraire algérienne suspend son malaise, ses thématiques identitaires ou d’errance, et restitue au lecteur ce qu’il attend de tout bon livre : le plaisir du texte.

Le second volet de «Izuran» de Fatéma Bakhaï, renoue avec l’épisode manquant d’une littérature algérienne lisible par et pour tous, avec une histoire qu’on ne peut interrompre car commençant aux origines et se déroulant encore sous nos yeux. Publié il y a deux ans presque, «Izuran», (Racines en tamazight) aurait dû faire date dans la production littéraire algérienne. Non pas à cause de son style simple, humain, agréable comme le débit d’un conte universel, mais de son ambition fantastique de raconter l’histoire de l’Algérie à partir des nuits obscures de ses commencements et peut-être, un jour, jusqu’au moment où vous fermez le livre. L’ambition surprend un peu et pourtant cette «histoire» est déjà là comme une sorte de roman des origines, selon un cliché des analystes universitaires: cela commence avec la figure d’une féminité sans nom, aux premières pages de «Izuran» et jusqu’à la chute de Carthage et l’arrivée des premiers chevaliers arabes, apportant le nouveau credo, la nouvelle orthodoxie qui fera les splendeurs de cette terre et, au présent, ses misères de malentendus. Le livre est passionnant mais «Izuran» n’avait pas trouvé l’énorme écho attendu auprès du public par défaut de forte médiatisation et parce que la machine de promotion dans les cercles littéraires algériens fonctionne encore selon des critères de proximité, de copinage et de parrainages ciblés. Un auteur qui écrit des histoires selon l’antique mode du troubadour n’y possède aucune visibilité possible face aux polémistes, aux caciques des chapelles et aux producteurs de sens institutionnalisés. L’autre malentendu viendrait peut-être de cet amalgame entre ethnicisme et culturalisme qui prévaut lorsqu’on parle de racines, avec en surcroît, un choix de titres en amazigh pour un auteur qui revendique son algériannité et qui ne fait partie ni des «kabylismes» culturalistes, ni des cercles militantismes, ni des fervents du régionalisme primaire, mais seulement porteur d’une nationalité assumée avec ses entrées multiples. On en devine que mieux les difficultés de l’auteur à parler de l’histoire de cette terre sans se faire piéger par ses géographies mentales en concurrence. «Les enfants d’Ayye», cette ancêtre femme de tous les Algériens, est donc le second volume de cette saga, reprenant l’histoire de cette terre à partir du moment de l’arrivée des conquérants arabes, racontée avec un doigté superbement intelligent pour éviter au roman sa mise sous chapelle, et jusqu’à celui, encore plus traumatisant, de la chute de Grenade. La technique de ce roman «historique», selon les critères du genre ayant été de restituer ce passé au détail près, avec un défilé de personnages historiques marquants, vue par des personnages secondaires imaginaires mais porteurs des lourdes réalités de cette époque, ses habits, ses signes, ses préjugés. Le résultat en sera une histoire étonnement vivante, animée, capable de captiver le lecteur enfant et celui adulte en mal d’origines décryptées et libérées des mises en camisoles politiques et identitaires. Et curieusement ce sont ces personnages qui séduisent le plus dans ce roman, car incarnant des types de société et de culture dont on retrouve aujourd’hui les traces dans la société algérienne, ses clichés, ses comportements et ses préjugés. La montée du puritanisme militaro-religieux n’est pas une nouveauté pour l’Algérie, ni ses frictions frontalières, ni ses comportements de rejet/cloisonnement face aux immigrés andalous chassés de leurs terres, ni ses cuisines et ses rites culinaires, ni ses comportements sociaux les plus profonds. Tout est dans cette histoire que ne se raconte pas l’Algérie, ni officiellement, ni dans les manuels scolaires, ni même dans sa production littéraire piégée par une fausse contemporanéité abusive.

Dans «Les enfants d’Ayye», une sorte de généalogie habile fait «descendre» les générations les unes des autres, sous l’angle de drame de personnages typiques: Doria la dernière chrétienne, Hassan, la première génération de musulmans, le juif maghrébin disparu, Yazid l’auteur des lettres qui font découvrir au lecteur la Cordoue d’autrefois, les artisans visionnaires, les premiers guerriers des royaumes algériens disparus, les haines familiales, les fanatiques d’autrefois et les discrets, amoureux de retrouver Tlemcen ou en partance vers l’Orient. Le lecteur en retiendra l’époustouflant souffle, la narration captivant et surtout, comme l’affirmeront beaucoup, le sentiment d’être réconcilié avec ce passé dérobé pour causes de rigueur politique castratrice. La lecture de «Les enfants d’Ayye» ne laisse pas indifférent dans ce sens où elle permet, tout bonnement, de comprendre un peu son présent et ce, pourquoi nous traînons, comme des interrogations dans solutions, les mêmes situations que nos ancêtres. Cela permet de redécouvrir l’histoire des villes, celles des comportements et repenser l’appartenance à cette terre autrement que sous la formule de l’accident biologique et les cycles invasion/résitance. L’Algérie et le Maghreb dans son entier ayant une histoire, elle attend en quelque sorte de revivre sous la forme la plus ancienne et la plus puissante qui soit depuis toujours: le conte de nos origines, comme le faisaient les tribus d’autrefois, autour des grands feux, tournant le dos à la nuit obscure et ses angoisses pour mieux scruter l’avenir. «L’histoire de mes ancêtres n’intéresse sans doute que moi. Les autres descendants ne veulent pas la connaître. Cette histoire les gêne. Elle les oblige à se regarder sous un angle... qui les dérange!», annonce un préambule anonyme au roman. Cela explique peut-être pourquoi «Izuran» a été accueilli en silence et pourquoi «Les enfants d’Ayye» doit être absolument lu.



«Les enfants d’Ayye»
Ed: Dar El-Gharb», 345 pages
-------------------------------------------

dimanche, août 24, 2008

107- Retour a Ottawa

Nous avons fait une viree jusqu au nord de Quebec. Une ville de type provencal, proche de la bourgade, charmeuse et naive. Nous avons tente (pas facile) de fuir la foule innombrable de touristes agglutines devant les restaurants de la vieille ville pour aller decouvrir les quartiers populaires autour de la rue Saint jean dans la haute ville (photo). Nous avons deguste un plat du bled, je veux dire un Tagine, nous avons neanmoins aussi "visite" le fameux chateau de Frontenac, unique hotel au monde en son genre. A l occasion de ses 400 ans Quebec est en ebullition. Oui, nous avons assiste a un concert donne par plusieurs vedettes de la chanson Quebecoise dont Celine Dion (on l appelle Celine ici), concert donne sur les Plaines d Abraham. Nous etions plusieurs dizaines de milliers (cent mille ?)
J ecrivais plus haut que nous avons decouvert le nord; nous sommes alles voir en effet les baleines de Tadoussac. C est absolument magnifique (baleines et fjords entre autres nature).



Le retour sur Ottawa nous l avons effectue par Montreal (une journee helas tres insuffisante) A l autre bout de l echiquier Montreal est extravagante, par ses constructions ses gens, son atmosphere. Une veritable megapole franco-americaine ou se cotoient mille et un genres dans une convivialite reelle.

mardi, août 19, 2008

106- Lecture de Nedali: Morceaux de choix

J ai acheve la lecture d un roman et de deux nouvelles. Le roman s intitule "Morceaux de choix" ecrit par le Marocain Mohamed Nedali. Il y raconte les amours de Thami apprenti boucher. Je trouve que la critique ci-apres est interessante (in: bibliomonde.com/livre)


Dans une langue truculente, Mohamed Nedali nous livre les tendres émois de son jeune héros, Thami l’apprenti boucher. Sa sensualité naissante trouve ici sa première expression tant dans le maniement des chairs fraîchement égorgées que dans sa passion contrariée avec la belle Zineb. À travers l’éducation sentimentale de Thami et ses premiers élans de jeune cannibale, l’auteur esquisse une danse de vie où passion charnelle et humour nous amusent… et nous attendrissent !

« Allah, le Très-Haut, est témoin que même si mes écarts de conduite ont été nombreux, je n'ai jamais vraiment aimé qu'une femme. Et une seule. Et c'est justement l'histoire de cet amour, si unique et si vrai, que je voudrais vous raconter à ma manière - celle d'un jeune boucher de la médina, peu versé dans la science des mots et des idées. » (extrait)

« Un roman inclassable. Satire sociale, chronique ironique, conte révolté, l’œuvre baigne de surcroît dans une sensualité gourmande. Truculent. » (Robert Verdussen, La Libre Belgique, 2006)

« Observateur intrépide et exact de la société marocaine, Mohamed Nedali allie drôlerie et générosité. » (Salim Jay - Qantara)>
Ce roman a recu, en 2005, le prix du Grand Atlas preside cette annee la par Le Clezio.
Les nouvelles sont ecrites par A. Camus. Le style est sobre. La premiere relate la vie d un artiste dont le talent progresse et est de plus en plus reconnu. Cette reconnaissance (envahissante) fera la perte du talentueux Jonas. La seconde raconte l histoire de D Arrast, ingenieur francais parti en mission au Bresil. Il y decouvre une culture et surtout des croyances aui ne sont pas siennes. Il finit par etre integre dans le groupe d indigenes a sa demande et par amitie. Les deux nouvelles s achevent toutes par une sorte de point virgule. Le lecteur reste dans la perplexite. Il attend une suite a chacune d elles.


105- Verite et Justice pour ALI

Verite et Justice ne sont parfois pas de vains mots. J ai appris avec une forte emotion et bonheur l arrestation du presume commanditaire de l assassinat 21 ans auparavent de Ali Mecili. Esperons que la justice aille au terme de son mandat.
--------------------------

AFP - Vendredi 15 août, 22h54

PARIS (AFP) - Un responsable du protocole de l'Etat algérien, commanditaire présumé de l'assassinat de l'avocat opposant algérien Ali Mecili le 7 avril 1987 à Paris et objet d'un mandat d'arrêt international, a été arrêté jeudi à l'aéroport de Marseille-Marignane et déféré vendredi devant la justice à Paris, a-t-on appris de sources judiciaire et policière.
(Publicité)

Mohamed Ziane Hassani est soupçonné d'être le commanditaire de cet assassinat qui aurait été exécuté par Abdelmalek Amellou, un petit truand algérien. Les mandats d'arrêt visant ces deux hommes avaient été signés le 7 décembre 2007 par le juge parisien Baudoin Thouvenot.

Cet Algérien "a été arrêté à Marseille-Marignane à l'arrivée d'un vol en provenance d'Alger", selon une source policière à Marseille.

"Il a été arrêté hier (jeudi) à Marseille-Marignane par la Police aux frontières (PAF), il a été déféré aujourd'hui (vendredi) au parquet de Paris et présenté au juge Thouvenot" en charge de l'instruction de cette affaire, a indiqué à l'AFP une source judiciaire à Paris.

"Le mandat d'arrêt vaut mise en examen", a précisé cette même source, ajoutant que Mohamed Ziane Hassani devait être présenté dans la soirée devant un juge des libertés et de la détention (JLD).

De son côté, le parquet a requis un non-lieu vendredi sur le mandat d'arrêt, auquel il s'était déjà opposé en décembre 2007 estimant que sa délivrance ne "s'imposait pas".

M. Hassani "était porteur d'un passeport diplomatique mais n'est pas inscrit sur la liste des personnes jouissant de l'immunité diplomatique", a-t-on appris de source policière.

"Il a tenté de faire jouer une question d'homonymie avec les policiers de la PAF puis avec le procureur d'Aix-en-Provence sans succès", a-t-on raconté de même source.

M. Hassani, interpellé jeudi après-midi a été brièvement écroué dans le sud de la France avant son transfert à Paris.

"L'instruction avait abouti à un non lieu en 1993, déjà requis à l'époque par le parquet, mais les parties civiles avaient fait appel et la chambre de l'instruction (de la cour d'appel) avait décidé de reprendre l'enquête", a expliqué à l'AFP une source proche du dossier.

Selon cette source, le livre "Un crime d'Etats, l'affaire Mecili" publié en avril 1993 par le journaliste Michel Naudy a mis au jour "deux nouveaux témoins et le nom de Hassani est apparu à cette époque".

En 2007, le juge Thouvenot a délivré des mandats d'arrêt, contre lesquels a requis le parquet, estimant qu'il n'y avait pas assez d'éléments. Ces dernières réquisitions de non lieu ont été prises en juin 2008", selon une source proche du dossier.

L'avocat de Mecili, Me Antoine Comte, n'a pu être joint vendredi soir.

Ali Mecili, exilé en France en 1965, a été assassiné le 7 avril 1987 à l'âge de 47 ans de trois balles dans le hall de son immeuble à Paris.

Dès l'annonce du décès de Me Mecili, Hocine Aït Ahmed, l'un des chefs historiques de l'indépendance algérienne, alors en exil en Suisse, avait accusé "les services spéciaux algériens "d'avoir commandité cet assassinat.

M. Mecili faisait office de porte-parole d'Aït Ahmed, chef de file du Front des Forces socialistes (FFS, opposition) et l'un des principaux opposants au régime d'Alger.

Ali Mecili avait joué un rôle important entre Aït Ahmed et Ahmed Ben Bella, premier président de la République algérienne, qui avait fondé en décembre 1985 à Londres un "Front uni des forces opposées" au président Chadli Benjedid.

Pour Ben Bella, il ne faisait pas de doute que le meurtre du défenseur des droits de l'homme avait été "télécommandé par Alger".

AFP - Samedi 16 août, 12h13

PARIS (AFP) - Un responsable du protocole au ministère algérien des Affaires étrangères, Mohamed Ziane Hassani, soupçonné d'avoir commandité l'assassinat à Paris en 1987 de l'opposant Ali Mecili, a été mis en examen vendredi pour "complicité d'assassinat", a-t-on appris samedi de source judiciaire.

Cet homme, contre lequel avait été délivré en décembre 2007 un mandat d'arrêt international et qui a été arrêté jeudi à l'aéroport de Marseille-Marignane, a été remis en liberté par un juge des libertés et de la détention et placé sous contrôle judiciaire, selon cette même source.

Le parquet, qui avait requis contre une mise en examen, n'a pas été en mesure de préciser si ce contrôle judiciaire imposait à Mohamed Ziane Hassani de rester sur le territoire français avant une prochaine convocation "fin août" chez le juge d'instruction Baudouin Thouvenot.

Mohamed Ziane Hassani est soupçonné d'être le commanditaire de l'assassinat de l'avocat algérien Ali Mecili, exécuté en avril 1987 à Paris par Abdelmalek Amellou, un petit truand algérien.

Ali Mecili, exilé en France en 1965, avait été assassiné le 7 avril 1987 à l'âge de 47 ans de trois balles dans le hall de son immeuble à Paris.

Dès l'annonce du décès de Me Mecili, Hocine Aït Ahmed, l'un des chefs historiques de l'indépendance algérienne, alors en exil en Suisse, avait accusé "les services spéciaux algériens" d'avoir commandité cet assassinat.

L'avocat de la famille Mecili, Me Antoine Comte, a exprimé auprès de l'AFP sa satisfaction. "C'est une bonne nouvelle mais il ne faut pas qu'il se produise ce qu'il s'est déjà produit dans ce dossier, à savoir l'expulsion vers l'Algérie de suspects avant qu'ils puissent être jugés en France. La justice doit passer en France dans cette affaire", a estimé Me Comte.

M. Mecili faisait office de porte-parole d'Aït Ahmed, chef de file du Front des Forces socialistes (FFS, opposition) et l'un des principaux opposants au régime d'Alger.

Ali Mecili avait joué un rôle important entre Aït Ahmed et Ahmed Ben Bella, premier président de la République algérienne, qui avait fondé en décembre 1985 à Londres un "Front uni des forces opposées" au président Chadli Benjedid.

Pour Ben Bella, il ne faisait pas de doute que le meurtre du défenseur des droits de l'Homme avait été "télécommandé par Alger".

L'instruction menée en France avait abouti à un non-lieu en 1993, déjà requis à l'époque par le parquet, mais les parties civiles avaient fait appel et la chambre de l'instruction de la cour d'appel de Paris avait décidé de reprendre l'enquête.

Le nom de ce chef des cérémonies au service du protocole du ministère des Affaires étrangères algérien était apparu dans le livre "Un crime d'Etats, l'affaire Mecili", publié en avril 1993 par le journaliste Michel Naudy, qui avait mis au jour deux nouveaux témoins.

------------Ajouté samedi 28 02 2009---------------------------------


Affaire Ali Mecili: Mohammed Ziane Hasseni peut quitter la France

AP | 27.02.2009 | 15:58

La chambre de l'instruction de la cour d'appel de Paris a partiellement levé vendredi le contrôle judiciaire de Mohammed Ziane Hasseni et a autorisé ce diplomate algérien soupçonné d'avoir commandité le meurtre de l'opposant Ali Mecili en 1987 dans la capitale française, à quitter la France, a-t-on appris de source judiciaire.

Pour Me Antoine Comte, l'avocat de la famille Mecili, il s'agit d'un "enterrement" de cette affaire, car le diplomate désormais libre de ses mouvements, ne reviendra certainement pas en France de son plein gré, même si le contrôle judiciaire lui impose toujours de se rendre aux convocations du juge d'instruction et lui interdit de se rendre en Allemagne.

Le diplomate Mohammed Ziane Hasseni a été arrêté le 14 août à l'aéroport de Marseille-Provence en vertu d'un mandat d'arrêt international émis par un juge d'instruction parisien. Sa mise en examen pour "complicité d'assassinat" a été confirmée le 14 octobre dernier par la cour d'appel. Il était placé sous contrôle judiciaire, ne pouvait pas quitter la France et devait se présenter une fois par semaine au commissariat.

L'avocat Ali Mecili, alors âgé de 47 ans, avait été assassiné de trois balles dans le hall de son immeuble à Paris le 7 avril 1987. De nationalité française, il se prénommait en réalité André, mais avait changé de prénom lorsqu'il avait été recruté comme agent de renseignement de la Sécurité militaire algérienne, pays dont il avait aussi adopté la nationalité.

Un mandat d'arrêt international a aussi été lancé en décembre 2007 contre l'assassin présumé, Abdelmalek Amellou. "Interpellé dès le mois de juin 1987, (Abdelmalek Amellou), trouvé porteur d'un ordre de mission de la Sécurité militaire algérienne, a été expulsé en urgence absolue en Algérie et ainsi soustrait à la justice française", a rappelé la veuve de l'opposant, Anne Mecili en octobre dernier.

Le juge d'instruction Baudoin Thouvenot avait clôturé en 2008 son instruction après avoir délivré le 7 décembre 2007 deux mandats d'arrêt internationaux, visant M. Hasseni et l'assassin présumé Abdelmalek Amellou. Le parquet s'était opposé à cette démarche.

Un premier non-lieu avait été prononcé en 1993 par un autre juge d'instruction en charge du dossier. Ce non-lieu avait été infirmé par la suite après un appel formé par la partie civile, relançant ainsi l'enquête qui a provoqué des tensions entre la France et l'Algérie. AP
____________

http://www.rue89.com/2009/03/02/affaire-mecili-alger-recupere-un-agent-la-raison-detat-triomphe

Affaire Mécili : Alger récupère un agent, la raison d'Etat triomphe
Par José Garçon | Journaliste | 02/03/2009 | 14H34

Six mois auront finalement suffi à l’Algérie pour récupérer l’un de ses agents Mohamed Ziane Hasseni, organisateur présumé de l’assassinat en avril 1987 à Paris d'Ali Mécili, porte-parole de l’opposition algérienne.

Vendredi, la chambre d’instruction de la cour d'appel de Paris a en effet autorisé ce diplomate algérien, pourtant mis en examen pour "complicité d’assassinat", à quitter la France en levant partiellement le contrôle judiciaire auquel il était soumis depuis son arrestation le 14 août dernier à l'aéroport de Marseille.



Ainsi, à vingt-deux ans d’écart, la justice et l’Etat français bégayent littéralement. En 1987 en effet, Paris avait renvoyé en procédure "d’urgence absolue" à Alger l’assassin de Mécili Abdelmalek Amellou sans même qu’il ait été présenté devant un juge d’instruction. Antoine Comte, avocat de la famille Mécili, s'indigne:

"C’est une page sombre, une de plus, de la justice française. C’est la deuxième fois qu’on renvoie des responsables de ce meurtre à Alger. Autant dire qu’on tue Ali Mécili pour la troisième fois."

Deux décennies plus tard, le "traitement politique" de cette affaire est tout aussi cynique et transparaît dans un double et incroyable réquisitoire du ministère public dont Rue89 a eu connaissance.
"Paris enterre l'affaire Mécili"

A cinq jours d’intervalle en effet, deux réquisitoires identiques au mot et à la virgule près, portant la même signature, ont abouti à une décision radicalement différente! Le premier, daté du 12 février 2009, conclut que la levée du contrôle judiciaire réclamée par les avocats de Ziane Hasseni n’a pas lieu d’être. Le second, daté du 17 février, autorise cette levée...

Un tour de passe passe dénoncé par Antoine Comte:

"Les mêmes causes et les mêmes motifs font que, dans un cas, Ziane Hasseni doit rester en France et que, dans l’autre, il peut quitter le territoire et rentrer en Algérie. En réalité, Paris enterre cette affaire car l’organisateur présumé du meurtre de Ali Mécili ne reviendra certainement pas en France de son plein gré, même si le contrôle judiciaire lui impose toujours de se rendre aux convocations du juge d'instruction."

Cet épisode pourrait prêter à rire s’il ne s’agissait du meurtre en France, sur ordre des services secrets algériens, d’un avocat français, véritable cheville ouvrière de l’opposition algérienne démocratique. Il prouve que face aux pressions des autorités algériennes, Paris finit toujours par céder. Or celles-ci se sont fortement accélérées ces dernières semaines, signe qu’Alger, habitué à jouir d’une totale impunité de la part de son partenaire français, s’impatientait de voir un processus judiciaire suivre trop longtemps son cours.

Les notes verbales au Quai d’Orsay se sont ainsi succédées. Le chef de la diplomatie algérienne a rencontré "en urgence" à Paris son homologue français Bernard Kouchner, tandis que se multipliaient dans la presse algérienne les menaces que cette "prise d’otage d’un diplomate ait des conséquences graves sur les relations algéro-françaises", comprendre notamment sur la participation de l’Algérie à l’Union pour la Méditerranée.
Le chantage de l'Algérie

Pire: Abdelaziz Bouteflika, qui devait se rendre à Paris avant l’élection présidentielle algérienne d’avril prochain, renvoyait sans explication cette visite à plus tard!

Ces pressions ont fini par porter puisque la levée du contrôle judiciaire de Ziane Hasseni aura eu lieu sans même attendre que soient connus les résultats d’une analyse graphologique ou que Hasseni soit confronté par vidéo-conférence à un témoin capital et dissident militaire algérien, Mohamed Samraoui. Réfugié en Allemagne, ce dernier avait formellement reconnu en Mohamed Ziane Hasseni un certain "capitaine Hassani" qui, en sa présence, avait versé à Amellou, le tueur de Mécili, une partie de l’argent de son "contrat" dans un hôtel algérien à l’été 1987.

Ce sont cette homonymie supposée et une sombre histoire de lieu de naissance qui ont été le leitmotiv d’Alger et de Ziane Hasseni pour nier tout rapport entre lui même et l’organisateur du meurtre de Mécili.

L’autorisation de quitter la France qui lui a été accordée anéantit quoi qu’il en soit vingt ans d’efforts de la défense de la famille de l’opposant algérien et du juge français Baudoin Thouvenot dont la ténacité et l’intégrité ont permis l’arrestation de l’agent d’Alger.

Le 7 décembre 2007 en effet, ce juge avait émis, déjà contre l’avis du parquet, un mandat d’arrêt international contre le tueur Amellou -qui coule des jours heureux en Algérie-, et contre son officier traitant, le "capitaine Hassani" devenu au début des années 1990 le diplomate Mohamed Ziane Hasseni.

Le 20 février dernier, au cours de l’audience où Hasseni réclamait l’autorisation de quitter le territoire, le représentant du ministère public n’a pas fait mystère du caractère politique de toute cette affaire. Arguant qu’"au vu du dossier", il avait estimé que Hasseni devait rester en France pour y être confronté à Mohamed Samraoui, il expliquait son revirement par le fait que s’agissant d’un "dossier suivi", il l’avait "transmis" à sa hiérarchie.

Ce joli euphémisme explique comment l’affaire Mécili a été, une fois de plus, renvoyée dans le trou noir où deux raisons d’Etat s’évertuent à la maintenir depuis deux décennies.

http://www.rue89.com/2009/03/02/affaire-mecili-alger-recupere-un-agent-la-raison-detat-triomphe

A lire aussi sur Rue89

► Affaire Mécili: vingt ans après, la fin de l'impunité?
► Affaire Mecili : la France couvre l'officiel algérien mis en cause
► Lettre ouverte à Sarkozy : l'affaire Mécili contre la raison d'Etat, par Annie Mecili

Ailleurs sur le Web
► Le dossier de l'affaire Mécili, sur Algéria-Watch
► Affaire Mecili : Alger menacerait Paris de représailles, sur RFI.fr
► Affaire Mécili : réaction officielle à Alger, sur lematin.dz
________________________

Affaire Mécili : Bouteflika manœuvre en sous-main

Bakchich, 10 mars 2009 | par La princesse enchantée

http://www.bakchich.info/Affaire-Mecili-Bouteflika.html

La diplomatie algérienne a étrangement peu couiné lors de l’arrestation à Marseille d’un diplomate algérien dans le cadre de l’affaire Mécili, en août dernier… Des manœuvres politiques étaient en cours à Alger.

Encore un rebondissement dans l’affaire Mécili, du nom de cet opposant algérien assassiné devant son domicile parisien le 7 avril 1987. Le 27 février dernier, la chambre d’instruction de la Cour d’appel de Paris a partiellement levé le contrôle judiciaire qui frappe un diplomate algérien mis en examen pour « complicité d’assassinat » dans le cadre de l’affaire Mécili, l’autorisant ainsi à rentrer dans son pays s’il le désire.

Mohamed Ziane Hasseni est le directeur du protocole du ministère algérien des Affaires étrangères en charge du cérémonial. Il a été arrêté le 14 août 2008 à l’aéroport de Marseille alors qu’il se rendait en France pour un voyage privé. En effet, en décembre 2007, le juge alors en charge de cet épineux dossier, Baudouin Thouvenot, avait délivré un mandat d’arrêt contre un certain capitaine Hassani pouvant également répondre à l’identité de Mohamed Ziane Hassani ou Hasseni. Depuis son arrestation, le diplomate, qui n’a jamais changé de version, affirme ne pas être la personne recherchée et se dit victime d’une homonymie.
La diplomatie algérienne muette

Comme Bakchich l’a déjà raconté, très vite après l’arrestation de Mohamed Ziane Hasseni, plusieurs échanges discrets entre autorités françaises et algériennes ont suivi : coup de fil du Premier ministre Ahmed Ouyahia à Rachida Dati et, suite à des pressions en tous genres, ouverture la nuit du centre de détention français où le diplomate était embastillé pour que le consul général d’Algérie puisse lui rendre visite.

Si la diplomatie algérienne s’active en coulisses dans les heures et les jours qui suivent l’arrestation de Mohamed Ziane Hasseni, elle reste par contre publiquement muette. Or, Alger a pour habitude de méchamment étriller l’ancien pays colonisateur dans le cadre d’affaires sensibles. Et pas seulement.

On se souvient par exemple des déclarations antisémites, en novembre 2007, du ministre des Moudjahidines, Mohamed Cherif Abbès, toujours en poste. A quelques jours de l’arrivée de Nicolas Sarkozy en Algérie pour une visite officielle, il s’en était pris dans la presse aux « origines du président français » avant de déclarer que les « véritables architectes de l’arrivée de Sarkozy au pouvoir » est « le lobby juif qui a le monopole de l’industrie en France » !

En ce qui concerne l’arrestation de Mohamed Ziane Hasseni, il faudra attendre dix jours — soit le 24 août 2008 — pour que les autorités algériennes réagissent enfin officiellement. D’une manière on ne peut plus modérée : au détour d’une conférence de presse tenue à l’issue d’une réunion du conseil de gouvernement, le ministre de la Communication Abderrachid Boukerzaza a qualifié « d’incident regrettable » l’arrestation du diplomate qui « a été victime d’un traitement humiliant de la part de la police française ».

Manœuvres dans les coulisses d’El Mouradia

Pour ce haut-fonctionnaire algérien qui souhaite garder l’anonymat, ce silence assourdissant n’a rien d’étonnant et relève de la volonté du président Abdelaziz Bouteflika qui a la main haute sur les affaires diplomatiques et notamment celles concernant la France. « Les diplomates du ministère des Affaires étrangères ont vite rédigé un communiqué dénonçant l’arrestation en France de leur collègue mais la présidence en a empêché la diffusion » affirme-t-il. Pour des raisons de politique politicienne qui feraient de Mohamed Ziane Hasseni une victime collatérale de jeux d’influence algéro-algériens au sommet de l’Etat.

A l’été 2008, le président Bouteflika a réussi depuis plusieurs mois déjà à rallier les différents acteurs du pouvoir algérien à l’idée de son troisième mandat qu’il a officiellement obtenu lors de la révision de la Constitution en novembre 2008. Mais, selon plusieurs témoins privilégiés, l’ancien homme fort des années 90, le général Larbi Belkheir, n’est pas de cet avis. Il a été envoyé en exil doré au Maroc en 2005 par Bouteflika qui l’a nommé ambassadeur d’Algérie au royaume chérifien et lui tient rancœur.
Faire taire le général Larbi Belkheir

« Dans ce contexte, le président Bouteflika voulait faire taire Larbi Belkheir » explique un homme d’affaires bien au fait des joutes au sein du sérail algérien. Car, depuis quelque temps, le général, qui souffre d’une maladie rare des poumons, milite en coulisses contre le prolongement du bail de Bouteflika à El Mouradia, le palais présidentiel.

« Alors que c’est lui qui a fait Bouteflika président en 1999, il disait qu’il le déferait et organisait des petites réunions pour rallier les gens à son point de vue » explique un témoin. « Abdelaziz Bouteflika est un tacticien machiavélique. Il ne lui a pas échappé qu’une absence de réaction officielle de l’Algérie suite à l’arrestation du diplomate ne manquerait pas de jeter le trouble et de remettre l’assassinat d’Ali Mécili et ses commanditaires sur le devant de la scène en excitant des journalistes français prompts à montrer du doigt les généraux algériens. En 1987, le général Larbi Belkheir occupait un poste clé puisqu’il était le chef de cabinet du président Chadli… ».

Il faut savoir que dans une interview accordée au Nouvel Observateur en juin 2001, Hichem Aboud, un ancien chef de cabinet du directeur de la Sécurité militaire aujourd’hui réfugié en France, affirmait que l’assassinat d’Ali Mécili avait été commandité par la présidence algérienne de l’époque : « J’étais chargé du dossier du Moyen-Orient au cabinet du général Lakhal Ayat, le directeur central de la Sécurité militaire. (…) Le général Ayat a eu une réunion à la présidence avec Larbi Belkheir, qui était à l’époque directeur de cabinet du président Chadli. Des instructions lui ont alors été données pour monter une opération contre Mécili » a-t-il déclaré.
Encore et toujours de la sobriété

Toujours est-il que le général Belkheir a perdu la partie face au président Bouteflika. Comme Bakchich l’a révélé le 1er novembre 2008, il a dû quitter Paris (où, affaibli par la maladie, il se faisait soigner) pour rentrer à Alger le 30 octobre dernier : il était prévu qu’il soit entendu le lendemain par le juge Thouvenot dans le cadre de l’affaire Mécili…

La diplomatie algérienne tenue d’une main de fer par Abdelaziz Bouteflika et la présidence est-elle pour autant devenue plus virulente publiquement au sujet du maintien sous contrôle judiciaire de Mohamed Ziane Hasseni et des lenteurs de la justice française que dénonce allègrement la presse algérienne ? Que nenni !

Plutôt que de se fendre d’une déclaration solennelle, voire de convoquer l’ambassadeur de France à Alger pour protester en bonne et due forme, le ministre des Affaires étrangères, Mourad Médelci, a privilégié une communication par dépêches de l’APS, l’agence de presse officielle algérienne, interposées.

Par exemple, le 23 décembre 2008, Médelci s’est sobrement interrogé en ces termes : « nous ne comprenons pas pourquoi la justice française n’a pas pris la décision de non-lieu » avant de déclarer que Mohamed Ziane Hasseni « n’a rien à voir avec l’affaire pour laquelle il est mis en cause ». Faut-il comprendre que cette surprenante mansuétude signifie maintenant qu’un soutien public de Nicolas Sarkozy à la réélection d’Abdelaziz Bouteflika programmée pour avril 2009 serait le bienvenu ?
Justice française : l’avocat de la famille Mécili voit rouge

La famille d’Ali Mécili attend la vérité sur son assassinat depuis maintenant vingt-deux longues années. Pour leur avocat, Antoine Comte, le fait que la justice française accepte que Mohamed Ziane Hasseni puisse rentrer dans son pays est « la troisième fois que l’on tue Mécili ».

En juin 1987, soit deux mois après l’assassinat de l’opposant, le tueur présumé, Abdelmalek Amellou, est arrêté par la police française mais expulsé sans vergogne en « urgence absolue » vers Alger par le duo Charles Pasqua-Robert Pandreau, respectivement ministre de l’Intérieur et responsable de la Sécurité publique. Ils n’attendront même pas la fin de la garde-à-vue du tueur présumé !

Par ailleurs, maître Comte relève que le contrôle judiciaire de Mohamed Ziane Hasseni a été partiellement levé avant même que ne soient communiquées au juge les conclusions d’une analyse graphologique effectuée à partir d’un ordre de mission de la sécurité militaire algérienne trouvée sur l’assassin présumé. Autre bizarrerie dénoncée par l’avocat : à ce jour, la justice n’a pas organisé une confrontation entre le diplomate et son unique accusateur, Mohamed Samraoui, un gradé algérien réfugié politique en Allemagne.

Ce dissident a en effet affirmé en 2003 au juge Thouvenot que le diplomate était le fameux « capitaine Hassani » qui, en sa présence, avait versé à Amellou une partie de l’argent du contrat en Algérie, à l’été 1987.

« Samraoui a dit qu’il ne pouvait pas venir en France car il faisait l’objet d’un mandat d’arrêt international délivré par Alger. Pourquoi, alors, ne pas organiser une confrontation par visio-conférence avec Mohamed Ziane Hasseni ? », s’interroge maître Comte.

Enfin, comme l’avocat l’a révélé à Rue89, « à cinq jours d’intervalle, deux réquisitoires identiques au mot et à la virgule près, portant la même signature, ont abouti à une décision radicalement différente ! » Le premier, du 12 février 2009, concluait que la levée du contrôle judiciaire n’était pas d’actualité. Le second, du 17 février, donne son feu vert à cette levée.

Décidément, vingt-deux ans après les faits, les voies de la justice française sur l’affaire Mécili demeurent impénétrables. Quand à Mohamed Ziane Hasseni, selon l’AFP, le Premier ministre algérien, Ahmed Ouyahia, a indiqué que depuis la levée partielle de son contrôle judiciaire, il préférait rester en France jusqu’à son acquittement. La justice doit, elle, encore se prononcer sur son sort.

samedi, août 16, 2008

104- New York

Ottawa est une belle ville. Loin du gigantisme. Familiale. Les espaces y sont importants comme les pistes cyclables interminables. Ici et la des jardins et des lacs traversent ou encerclent la ville. Les gens y sont chaleureux et vous repondent souvent indifferemment en francais ou en anglais notamment au marche By ou dans les pubs. Le musee des Civilisations est unique des jours entiers sont necessaires pour la visite de ses trois niveaux. Des expositions sont permanentes, d autres non. Le 12 nous sommes a New York. 650 km en voiture. Arrets frequents. C est a Nyack dans les environs de la ville que nous trouvons un sympathique hotel (sympathique et pas cher - il est vrai que la notion de cherete est relative). Nous sommes epoustoufles par le vitalite de la tentaculaire ville. Les superlatifs y perdraient le nord entre gratte-ciel, Liberty Island, Central park, Queen (he oui, passage presque oblige), Broadway ainsi que les differentes avenues;premiere, 2eme 3eme etc. Si nous avons un regret a formuler c est celui d avoir tant attendu pour y venir. Une petite semaine inoubliable. Le retour nous l effectuons (involontairement) par Woodstock.



dimanche, août 10, 2008

103- Mahmoud Darwich est mort


Gatineau, dimamche 10, 10 heures 40. Je decouvre cette affligeante nouvelle sur Yahoo

Le poète palestinien Mahmoud Darwich s'est éteint dans un hôpital américain

AFP - Samedi 9 août, 22h41

WASHINGTON (AFP) - Mahmoud Darwich, considéré comme l'un des des plus grands poètes du monde arabe, qui souffrait de maladie cardiaque, est décédé samedi aux Etats-Unis dans un hôpital de Houston, où il avait subi une intervention chirurgicale.

"M. Darwich est décédé à 13H35 locales" (18H35 GMT), a indiqué sans autre précision à l'AFP Ann Brimberry, porte-parole du Memorial Hermann-Texas Medical Center à Houston (sud) où il avait été admis.

Mahmoud Darwich se trouvait dans un état critique à la suite d'une intervention chirurgicale, avait expliqué plus tôt un autre responsable de cet établissement.

Selon des proches du poète, ce dernier avait subi une opération à coeur ouvert mercredi dans ce même hôpital et se trouvait sous assistance respiratoire à la suite de complications. Il avait déjà subi deux opérations du coeur en 1984 et 1998.

A Amman, l'ambassadeur palestinien a indiqué à l'AFP que le président palestinien Mahmoud Abbas allait envoyer un avion aux Etats-Unis pour rapatrier la dépouille du poète.

"Un avion présidentiel s'envolera pour Houston ce soir ou demain (dimanche) matin pour ramener la dépouille de Darwich à Amman sous 48 heures", a dit Atallah Kheiry, précisant que le corps serait ensuite acheminé à Ramallah, en Cisjordanie.

Dans le même temps, des responsables palestiniens, sur ordre de M. Abbas, vont demander aux autorités israéliennes que le défunt puisse être enterré dans sa Galilée natale, a-t-on précisé de même source.

Considéré comme l'un des plus grands poètes arabes de sa génération, Mahmoud Darwich est né en 1941 à Al-Birweh, en Galilée, alors en Palestine sous mandat britannique et aujourd'hui dans l'Etat d'Israël.

Lors de la guerre israélo-arabe de 1948, ce village est rasé et ses habitants forcés à l'exil.

La famille Darwich s'enfuit au Liban, où elle restera un an, avant de rentrer clandestinement en Israël avec un statut précaire.

Au début des années 1970, il choisit l'exil. Il part pour Moscou étudier l'économie politique puis Le Caire en 1971.

A Beyrouth, en 1973, il travaille comme rédacteur en chef au Centre de recherche palestinien de l'Organisation de libération de la Palestine (OLP), rejoignant l'organisation alors en guerre avec Israël.

Après la guerre israélienne au Liban durant l'été 1982, qui a forcé la direction de l'OLP à trouver refuge à Tunis, Darwich reprend la route de l'exil: Le Caire, Tunis puis Paris.

En 1993, il démissionne de l'OLP pour protester contre les accords d'Oslo, estimant qu'ils n'apporteront pas une "paix juste" pour les Palestiniens.

En 1995, après l'avènement de l'Autorité palestinienne, il rentre sur sa terre: la bande de Gaza puis Ramallah.

En mai 1996, il est autorisé à fouler le sol d'Israël pour la première fois depuis son exil afin d'assister aux funérailles de l'écrivain arabe israélien Emile Habibi.

En juillet 2007, lors d'un récital donné en Israël, il ironise sur la prise du contrôle du mouvement islamiste Hamas de la bande de Gaza. "Nous avons triomphé. Gaza a gagné son indépendance de la Cisjordanie. Un seul peuple a désormais deux Etats, deux prisons qui ne se saluent pas. Nous sommes des victimes habillées en bourreaux", dit-il avec amertume.

Le poète critique également la "mentalité israélienne de ghetto" et la politique israélienne qui empêche la création d'un Etat palestinien viable.


Au festival des musiques du monde à Arles (sud-est de la France) en juillet dernier, il confiait préférer les thèmes universels de l'amour, la vie, la mort à ceux purement politiques de ses débuts et vouloir être lu "comme un poète", "pas comme une cause".

***

***
Qui l'a supprimée?

Lire ici meme a ``16 decembre 2006`` :
http://leblogdeahmedhanifi.blogspot.com/2006/12/posie-mahmoud-darwich.html

***
Je l'ai retrouvée... et téléchargée cette fois, avant de l'ajouter ici.

 
(ajoutée le 4 dec 2015- celle du dessus a été "supprimée" (par qui?))


vendredi, août 08, 2008

102- Vendredi 08 aout 2008: les pieds sous la table

Jeudi 7 aout. Un jour pas comme les autres. De niagara Falls les Chutes sont belles, mais un des batiments a l arriere plan (cote USA) cache bien son jeu. Nous y sommes (cordialement) interroges puis on nous y fait patienter durant une a deux heures avant de nous laisser enfin entrer aux US. Nous nous approchons de la ville de Buffalo, longeons les belles rives sud du lac Ontario jusqu a Irondequoit, traversons un village au nom de Hannibal Hannibal Barca c est lui


Nous passons pres de Mexiko, traversons Pulaski et Watertown. Enfin nous prenons l autoroute jusqu a la frontiere et Ottawa notre ville refuge ( plus exactement Gatineau. La premiere se trouve dans l Ontario, la seconde a Quebec. Pourtant juste un pont les separe, le pont Alexandra. Nous sommes vendredi 8. Les jeux de Pekin ont commence, nous en avons suivi l ouverture quelques temps, les pieds sur la table basse, le coeur leger.




mercredi, août 06, 2008

101- Mercredi 6 aout; vers les Falls


Hier fut une journee velo. Nous avons fait tout Gatineau le soir une fete devant le parlement
Ce matin on se prepare pour Toronto et les chutes du Niagara.
A demain.


mardi, août 05, 2008

100- Mardi 4, Ottawa suite


Nous sommes bien mardi 4 et il est 9 heures 13 AM (15 h a Marseille et c est tant pis pour elle). Hier nous avons ete

99- Comme Christophe Colomb et Cartier

Tout a commence (je m apercois qu ici il n y a pas les signes ordinaires tels que apostrophe, accent aigu, accent grave, circonfl^xe etc, donc pardon pour la difficile lecture due a ce clavier QWERTY ). Je disais que tout a commence hier ou avant hier je ne sais. Je peux dire avec certitude qu a Marseille il est minuit 37 je veux dire zero heure 37 de mardi, alors qu ici il est 18 heures 38 maintenant ou disons comme les gens d ici 6,38 PM de lundi. Car je suis a Ottawai (je cherche le point d exclamation, tant pis) Je disais au debut que tout a commence a Marseille vendredi 01 aout avec un depart en TGV direction Paris. Mer... nous accueille C... et moi, Nous passons deux nuits chez elle puis le dimanche envol vers Montreal

(suite au prochain numero)

lundi, juillet 28, 2008

98- Les cigales stridulent à perpète


Les cigales stridulent à perpète, l’étang flegmatique s’étire, la mer à Napoléon -entre Les Saintes et Fos- est étale, les hommes somnolent à l’abri des saules pleureurs ; le temps s’immobilise. De plus en plus les collègues s'esquivent en douce. Où vont-ils ou ne vont-ils pas? Ma naaraf. Paille, glace et sombrero camarguais. A nous la liberté (l'originale) puis la Liberty (de l'autre côté).




jeudi, juin 26, 2008

97- Berthe pour la nuit




____
J'ai assisté
hier mercredi à la médiathèque, à une rencontre avec le jeune écrivain Antoine MOUTON. Il y présentait son dernier roman, " Berthe pour la nuit". Roman issu d'un atelier d'écriture qu'il avait animé au profit d'une vingtaine de stagiaires en formation linguistique de base, atelier auquel nous avions participé. C'était durant le premier semestre 2007. Le style reflète la vie hachurée de l'héroïne, Berthe, qui aurait bien pu être une stagiaire de l'atelier : " Il t'a vue. Bien sûr. Il a crié. "Maman!" Il a tapé contre la vitre de la voiture. Que madame Picot avait pris soin de fermer. Tu es montée dans la voiture que Ludmila t'avait prêtée. Tu t'es enfuie. Avec comme un trou dans le coeur. (...) Elle [Ludmila] s'est inscrite au stage ANPE avec toi."

jeudi, juin 19, 2008

96- Maïssa BEY vue par le CRDP Paris

IN:

Centre Régional de Documentation Pédagogique de Paris - CRDP de Paris

http://crdp.ac-paris.fr/parcours/index.php/category/bey?paged=1

(non daté)

ENTENDEZ-VOUS DANS LES MONTAGNES...
Maïssa Bey

Niveau conseillé : Bac professionnel

Le programme de baccalauréat propose différents objets d'étude assortis de pistes de réflexion dont celle de l'identité et des différentes voies de transmission de son histoire et de son passé. Cette entrée s'articule avec un parcours de l'oeuvre orienté vers l'approche des écritures de soi. Les différentes formes d'écriture autobiographique permettent de comprendre comment une oeuvre met en tension des expériences individuelles et des questions collectives. Comment une histoire singulière peut avoir une résonance plus universelle ?

Entendez-vous dans les montagnes ... pose également la question de l'engagement en littérature et de l'écrivain comme porte parole des silences. Comment la littérature permet-elle de réfléchir sur les rapports que l'Homme entretient au monde et aux grandes questions qui traversent le développement de l'Humanité ?

Enfin ce récit de Maïssa Bey s'inscrit dans les préconisations de lecture du nouveau programme de baccalauréat pour la dernière année : la lecture d'oeuvre du XXe siècle en rapport avec la colonisation et la décolonisation, le récit de filiation, l'expression du doute et de la révolte.

____________________________________________

Maïssa Bey est née à Ksar el Boukhari en 1950. Elle apprend le français avec son père, instituteur qui sera enlevé par les soldats français une nuit de février 1957. Elle ne le reverra jamais. Il meurt sous la torture deux jours après son arrestation. Le français est sa langue « paternelle » et non une langue seconde comme elle le dit à Ahmed Hanifi lors d’une interview donnée le 28 décembre 2005 pour le journal Liberté. [Hanifi: lire ma note en fin d'article] Elle suit des études supérieures de Lettres françaises à l’université d’Alger avant de devenir enseignante puis conseillère pédagogique dans l’ouest algérien (équivalent d’inspectrice en France) où elle réside encore aujourd’hui.

Elle publie son premier roman Au commencement était la mer en 1996. Elle participe à la fondation d’une association culturelle, « Paroles et écriture » qui propose des ateliers d’écriture, de lecture, de mise en espace de textes et qui a aussi permis la création d’une bibliothèque à Sidi Bel Abbès ainsi que la valorisation de la lecture et de la culture du livre.

Elle obtient le Grand Prix de la Nouvelle de la Société des gens de Lettres en 1998 pour son recueil Nouvelles d’Algérie (éditions Grasset, 1998), le Prix Marguerite-Audoux pour le roman Cette fille-là (éditions de L’Aube) et en 2005 le Prix des libraires algériens pour l’ensemble de son œuvre. Elle participe à des œuvres collectives dont Journal intime et politiqueL’Ombre d’un homme qui marchait au soleil en 2004, au Chèvre-feuille étoilée. Le dernier ouvrage de l’auteur vient de paraître aux éditions de l’Aube, il s’intitule Pierre Sang Papier ou Cendres (en rappel au poème de Paul Éluard, Liberté paru dans son recueil Poésies et Vérités, éditions de Minuit, Paris, 1942). C’est un récit, « mi-fresque historique, mi-pamphlet »1, sur 132 ans de colonisation française dont elle dénonce, en les caricaturant à travers la figure de madame Lafrance, les bonnes intentions, la violence et les ravages culturels et identitaires qui s’ensuivirent. (en 2003, avec entre autre Boualem Sansal, Leïla Sebbar …). Elle publie également des réflexions sur Albert Camus

Maïssa Bey a toujours été une lectrice avide et passionnée. Lire l’a aidée à se construire, à dépasser la souffrance, à survivre. L’écriture l’accompagne depuis longtemps, mais ce fut d’abord une écriture personnelle, pour elle, pour expulser ses douleurs, ses révoltes, sans intention de partager ce qu’elle vivait. Lorsqu’elle est passée du côté des « parlants »2 comme elle le dit, ce fut sans préméditation. Cela s’est fait à une époque où justement on confisquait en Algérie la parole libre. La publication donne alors d’autres dimensions à l’écriture : libérer l’acte de création. Elle raconte dans ses récits (romans ou nouvelles) des histoires singulières, d’hommes, de femmes, d’enfants dont la vie est meurtrie par l’onde de choc des séismes de l’Histoire. Il ne s’agit pas de donner une leçon, un cours d’histoire ou de science politique et encore moins de psychologie ou de sociologie. Et pourtant à travers ces moments de vie, le lecteur s’interroge, découvre une réalité qui dépasse les contours limités d’une expérience individuelle.

Pour l’auteur, écrire est une façon de rendre compte de la société, des dérives qui la traversent et des cheminements douloureux d’hommes et de femmes anonymes qui participent, dans le même temps, d’une Histoire plus globale. Ainsi parce que Maïssa Bey a un point de vue sur le monde, parce qu’elle est traversée de révoltes, et souffre de blessures personnelles ou collectives, elle devient un porte parole « involontaire » de ceux qui ne peuvent plus parler, de celles que l’on muselle. Les sujets qui s’imposent à elles et qui la poussent à écrire font d’elle un écrivain engagé. Ses mots, ce sont ses armes. Elle entre en écriture comme on entre en résistance et accepte de devenir porteur des silences pour faire « entendre de multiples voix souvent inaudibles », « pour ne pas sombrer dans la violence des silences »3.

Lorsqu’elle comprend qu’elle est écrivain, elle sait, qu’en elle, mûrissent deux livres. Le premier portera sur son père (Entendez-vous dans les montagnes …) : elle racontera sa disparition, son absence cruelle, et parlera aussi de la guerre d’Algérie et des silences différents mais communs aux deux sociétés (française et algérienne). L’autre, Bleu, Blanc, Vert (L’Aube, 2006) évoquera l’histoire de l’Algérie post-coloniale à travers la vie d’un immeuble et de ses occupants. La guerre civile, l’islamisme radical sont, par ailleurs, des thèmes déjà abordés dans Nouvelles d’Algérie (éditions Grasset, 1999) et Au commencement était la mer (L’Aube 1996).

Maïssa Bey parle de son pays et de l’amour infini qu’elle lui porte. Les tragédies politiques, sociales, et même géologiques (Surtout ne te retourne pas, L’Aube, 2006) qui le mettent à feu et à sang sont autant de douleurs et de déchirements pour elle. L’écriture est une catharsis.

Maïssa Bey est aussi une écrivain engagée au côté des femmes avec Au commencement était la mer (L’Aube, 1996), Cette fille-là (L’Aube, 2001), ou encore Sous le Jasmin la nuit (L’Aube, 2004) : elle dénonce, par la fiction, le traitement injuste et opprimant réservé aux femmes et aux jeunes filles, victimes silencieuses des lois des hommes et de l’islamisme. Sous le Jasmin la nuit (L’Aube, 2004), recueil de onze nouvelles, porte autant de regards sur les désirs, les rêves et les souffrances de femmes, enfermées dans la solitude et le silence que leur impose leur condition.

L’écriture est une façon de restituer la parole à celles à qui on l’a confisquée. L’engagement par l’écriture n’est plus celui d’une cause particulière mais un engagement contre tous les silences. Cependant, l’auteur ne se reconnaît pas dans l’étiquette « féminine » ou « féministe » qui peut lui être parfois attribuée. Pour elle, écrire est un acte créateur qui n’a pas de genre ou qui est commun aux deux sexes. « C’est un acte de liberté et d’affirmation de soi »4 dira-t-elle.

L’écriture de Maïssa Bey est épurée, souple et poétique. Jamais mièvre, elle pique à vif et sait être mordante. Rien n’est dit pour combler, pour remplir. Chaque mot contribue à l’équilibre presque parfait de cette écriture.

Le récit

1. Le résumé

Entendez-vous dans les montagnes … est le titre de ce récit de Maïssa Bey qu’on aurait envie de fredonner sur l’air de la Marseillaise (« entendez vous dans nos campagnes … »). Ce titre reprend les paroles d’un chant patriotique kabyle qui résonnait dans les montagnes d’Algérie « d’où montait la voix des hommes libres », un hymne « que nos parents nous faisaient apprendre le soir, quand nous étions couchés, dans le plus grand secret. » (Propos recueillis par K.S dans El Watan, 26 septembre 2002 in dzlit.free.fr)

Dans ce récit en partie autobiographie et écrit à la troisième personne, l’auteur met en scène trois personnages : une femme, un homme d’environ soixante ans et une jeune fille nommée Marie. Ils se retrouvent par hasard, dans le compartiment d’un train de nuit en partance pour Marseille. Ces trois protagonistes que rien ne semble devoir rapprocher tant ils recherchent la solitude et l’isolement, ont pourtant un point commun : l’Algérie. Elle, victime, fille orpheline d’un père torturé puis assassiné pendant la guerre. Lui, bourreau, appelé du contingent et envoyé là-bas « pendant les événements ». Et enfin, Marie (seul personnage dont le nom est donné) innocente et ignorante, petite-fille de pieds noirs.

Au cours de ce voyage qui devait être calme, ils vont être confrontés à un incident déclenchant, entre eux, une conversation d’abord banale et hésitante et qui s’intensifiera tout au long de la nuit. Dans l’espace clos de ce train qui les emmène dans la ville du vieux port resurgissent des souvenirs brûlants et peu à peu se dénouent les fils d’une mémoire douloureuse.

2. La structure du récit

Toute l’action tient dans ce compartiment, mais d’autres paysages tissent le décor d’actions plus lointaines qui reviennent en mémoire. Le temps du récit est celui d’une nuit qui pourrait se découper en trois moments (trois actes) articulés autour d’un axe silence/parole, présent/passé.

Première acte : le silence

Une femme entre en scène, soulagée d’être seule dans ce compartiment, aspirant à la plus grande solitude. Mais elle est vite dérangée par un homme d’une soixantaine d’années qui sans un mot, sans un salut, vient s’asseoir en face d’elle. Il cherche aussi la tranquillité. Elle le regarde, dans le reflet de la vitre. Le train est sur le point de partir et un dernier personnage prend place. C’est une jeune fille, fraîche, « blonde et lisse », souriante et qui se retire aussitôt dans la musique de son walkman, les yeux fermés.

Ces premières lignes du récit sont écrites avec beaucoup de distance, comme des didascaliesthéâtre. Aucune parole n’est prononcée, aucun échange direct. La femme et l’homme s’observent à la dérobée, dans le reflet d’une vitre ou quand l’autre ferme les yeux. Le point de vue change, le lecteur connaît les pensées des personnages ; de l’homme et de la femme surtout, parce qu’ils sont en éveil. Ce face à face les renvoie l’un et l’autre à des souvenirs plus lointains : en voyant cet homme, elle songe à son père dont elle a presque oublié le visage, puis à son pays, l’Algérie qu’elle a dû quitter pour se « réfugier », en France, parce qu’elle était la fille « d’un glorieux martyr de la révolution ». Cet exil lui pèse parce qu’elle aime profondément son pays, même exsangue, mais où la violence est si forte que la peur est partout et devient contagieuse. C’est ce qu’elle redoute le plus, être contaminée par la peur « qui fait naître la haine (…), la tentation de tuer avant d’être tué ». Dans les yeux sombres de cette femme « s’esquisse soudain – pour lui – le reflet de nuits lointaines qui se bousculent dans le charivari de cris et de supplications. »

; on croirait voir se placer des acteurs sur une scène de

Deuxième acte : coïncidences

Le lecteur passe tour à tour dans l’esprit des personnages. Troublants jeux de va-et-vient qui semblent se répondre.

La femme est mal à l’aise. Mais ce n’est pas nouveau et ce n’est pas lié seulement à cet homme en face d’elle. Soudain une autre femme fait irruption dans le compartiment, affolée, hurlant que des voleurs, « des Arabes », ont agressé des voyageurs. Elle ressort aussitôt laissant derrière elle, une gêne pesante entre ces compagnons de voyages. Cet incident provoque les premiers échanges de paroles. Une sensation d’oppression grandit chez la femme qui vient de s’installer dans le wagon, il s’inquiète, elle le sent insistant et l’étouffement s’intensifie. Il lui parle, elle ne l’écoute pas toute entière à son étourdissement. Mais il évoque son pays, l’Algérie. Alors elle se reprend un peu, elle sent que cet homme, en face d’elle, a envie de parler de l’Algérie. Mais elle s’y refuse, connaissant trop bien les poncifs nostalgiques et le ton de commisération avec lequel ils disent « quel beau pays ! », sous-entendant toujours « à l’époque ». À l’époque de la colonisation, avant la guerre d’indépendance, avant la folie intégriste d’aujourd’hui.

Elle ne veut pas parler. Elle reste muette malgré les regards insistants de l’homme.

« Elle le regarde sans mot dire. Il continue, comme s’il parlait seul ».

Ce récit est construit autour du silence et du besoin irrépressible de parler qui change de camp au fil de la narration. Dans cette partie, c’est lui qui est affable, presque content de se rappeler de l’Algérie, du fort de Boghari. C’est précisément dans ce fort que son père a été assassiné. Elle semble écrasée, prisonnière de ce train dont il est impossible de s’échapper, prisonnière de cet homme qui veut parler.

« Elle ne veut pas, elle ne veut rien entendre de plus. »

Marie intervient alors dans la conversation et parle de son Algérie à elle : de ses copains algériens et de son grand-père qui est né là-bas.

L’irréalité de cette situation qui réunit trois figures emblématiques de l’Algérie d’avant 1962 agit sur la femme comme un électrochoc. Elle reprend pied. Peu à peu, l’homme laisse ses souvenirs remonter en surface. Ce ne sont plus des paysages, une géographie, mais des noms, des hommes, des mots qui reviennent en mémoire. Il se fait un peu moins disert.

« C’est comme si on avait ouvert les vannes pour laisser couler la boue, toute la fange d’un passé qui s’avère soudain très proche et encore très sensible ».

Troisième acte : délivrance

Peu à peu, l’homme plonge dans ses souvenirs traumatisants et coupables. Et c’est elle qui le presse, qui veut aller jusqu’au bout, revenir sur ce passé, « coûte que coûte ». Elle veut que Marie sache ce qu’il s’est passé là-bas, puisque ni son grand-père, ni l’école ne lui a transmis cette mémoire. L’homme ne finit plus ses phrases. La ponctuation est alors très forte et les points de suspension soulignent l’indicible. Il hésite, justifie, « c’était la guerre », il se replie derrière les ordres incontestables et le devoir d’obéissance. Il cherche lui aussi à comprendre, il laisse remonter tout ce qu’il a tu pendant de si nombreuses années. La femme ressent cette douleur et l’accompagne sans haine, sans violence. Ils savent que ce long silence les a protégés d’une souffrance aiguë qu’ils n’ont pas pu oublier car « tout cela finit tôt ou tard par remonter à la surface. »

La femme explique à Marie que ce silence n’est pas du seul côté français mais que chez elle, il y a eu et il y a encore des silences.

« Pendant des années nous n’avons entendu qu’un seul refrain, dit sur le même air. Un air patriotique forcément. Et ça continue … Nos pères étaient tous des héros. »

Là-bas, la mémoire aussi est tronquée, une part est cachée derrière des légendes aveuglantes.

Cette réflexion du personnage montre d’ailleurs, en Algérie, l’évolution du discours sur la guerre d’indépendance et du travail historique en œuvre (voir Histoire de la guerre d’Algérie, Benjamin Stora, Paris, éditions la Découverte, « Repères », 2004, p.100-101). C’est peut être l’émergence d’une parole vraie et d’un passage à l’Histoire (sortir du mythe) qui permet de comprendre ce passé et qui explique l’absence de haine (mais de pardon aussi) dans le récit de Maïssa Bey. Libérer la mémoire, parler, rompre le silence pour parvenir à l’indépendance réelleapaiser sa peine. et pour parvenir à

Si un premier pas est franchi, le silence s’installe à nouveau sur des personnages déjà fourbus. C’est un silence inquiétant, comme celui qui précède la réplique plus forte d’une première secousse. Le silence est maintenant du côté de l’homme, prisonnier de ses souvenirs, comme bâillonné par leur résurgence si réelle. La femme va parler de son père, elle va essayer d’avoir des réponses, elle va le questionner, lui qui était là-bas, dans cette caserne, lui qui a, sans doute, vu son père, enregistré son nom, peut être même soigné cet homme. Mais il se referme et ne peut plus parler. Il revoit tout le drame, il retrouve les mots, les prénoms de ses acolytes, il revoit la scène dans le bois, … Il ne dit rien, c’est la femme qui prend en charge les aveux, qui lui montre qu’elle sait, malgré les silences de tous. Le silence de l’homme est un consentement, il ne se défend pas, il ne nie pas.

Le lecteur suit les pensées et les souvenirs de cet homme, mis en exergue par l’écriture en italique, comme un récit dans un récit. Il n’entend plus la femme, « il ne peut même plus parler. »

Le train arrive en gare. Tout n’a pas été dit mais peu importe :

« quelque chose s’est dénoué en elle. Elle se dit que rien ne ressemble à ses rêves d’enfant, que les bourreaux ont des visages d’homme, elle en est sûre maintenant, ils ont des mains d’homme, parfois même des réactions d’homme et rien ne permet de les distinguer des autres. Et cette idée la terrifie un peu plus. »

Les thèmes

1. Comme une pièce de théâtre

Ce récit court (72 pages dans l’édition de poche) est proche d’une pièce de théâtre à plusieurs titres. Unité de lieu, de temps, d’action : un wagon, une nuit, une discussion. Certains passages ressemblent à des didascalies, plates, neutres et factuelles (cf. les entrées et sorties des personnages dont l’irruption fracassante d’une femme et sa sortie aussi brutale déclenchera la parole entre les personnages en place). La place de la parole est primordiale, même si la parole est difficile, hésitante, douloureuse (les pensées des personnages sont autant de paroles non dites car peut être indicibles).

La construction du récit est également en trois actes :

- premier acte : installation des personnages, observation mutuelle et silence agité de pensées vagabondes et de gestes non achevés ;

- deuxième acte : l’Algérie et la confrontation du silence et du besoin de parler ;

- troisième acte : le silence de l’Histoire, celui de la torture et de la disparition du père de la femme. À la fin, les personnages quittent la scène un par un, ils vont sans doute reprendre leur vie d’avant cette nuit.

2. Une écriture particulière : le style

Entendez-vous dans les montagnes… est intéressant pour analyser l’énonciation et la focalisation : qui parle ? Qui voit ? Le récit est raconté à la troisième personne par un narrateur omniscient qui se glisse tour à tour dans les yeux et l’intimité des personnages et nous livre leurs pensées et leurs sentiments.

Ce sont surtout les pensées de la femme et de l’homme qui sont révélées.
Ces pensées sont souvent livrées au discours indirect :

« … la question qu’elle se pose souvent lorsqu’elle se retrouve face à des hommes de cet âge, question qu’elle tente toujours de refouler. Ces rides inscrites comme des stigmates au coin des lèvres. Mon père aurait à peu près le même âge. Non, il serait plus vieux encore. » (p. 17)

On assiste à plusieurs reprises à ce glissement de pronom personnel qui semble rapprocher l’auteur et le personnage. Cette écriture permet d’aller plus loin avec des élèves de bac professionnel que la seule observation des différents types de discours rapportés et des modes de narration puisqu’on est amené à réfléchir sur les effets des glissements d’une narration à la troisième personne à une narration à la première personne, de l’usage du discours indirect libre (à mettre en perspective d’une écriture autobiographique).

En ce qui concerne les paroles rapportées au discours direct, une étude de la ponctuation (point de suspension) montre que cette parole est hésitante et souvent inachevée, douloureuse. L’utilisation importante des points de suspension n’a pas toujours la même valeur ni le même enjeux.

La distribution de la parole entre les personnages met à jour les rapports de force. On peut même aller plus loin en faisant un parallèle avec les discours historiques en France et en Algérie sur la question de la guerre d’Algérie.

Les premiers échanges de paroles arrivent d’ailleurs tardivement, au tiers du livre (à la page 21 sur 71) déclenchés par un incident et des propos racistes dans le train.

L’auteur utilise deux caractères typographiques dans son récit : romain (droit) et italique. L’italique est utilisé pour citer des extraits de l’ouvrage que lit le personnage féminin et qui évoque un homme questionnant son père pour comprendre le passé. Mais cette typographie sert surtout à distinguer les pensées de l’homme du récit et des pensées de la femme. Ces pensées peuvent être des réflexions qu’il se fait, des souvenirs ou le récit de moments précis du passé (en Algérie pendant la guerre). Le lecteur peut être quelque peu perdu au début parce que le passage des citations du livre aux pensées de l’homme n’est pas immédiatement évident. C’est l’occasion de développer la notion de point de vue. Certains passages en italique sont troublants et intéressants à travailler avec les élèves parce qu’on ne sait plus exactement à qui attribuer le discours. C’est l’occasion de discuter de l’interprétation multiple d’une lecture.

2. Littérature et engagement : écrire pour les autres

Ce roman évoque l’Histoire dans une histoire singulière : la torture dans la guerre d’Algérie et les Droits de l’Homme ; le traumatisme de cette guerre ; les enjeux de la mémoire ; l’amnésie et le silence.

Un des thèmes au cœur de ce récit est bien sûr la guerre d’Algérie et la question de la torture. Les pratiques et « processus d’interrogatoires » sont racontés assez précisément à travers les souvenirs du personnage masculin (l’arrestation arbitraire, la gégène, la corvée de bois). C’est aussi la mémoire et le travail de l’histoire qui sont interrogés. À partir des relations confuses entre silence, mutisme et flot de paroles qui caractérisent les personnages et leur mémoire singulière, on peut établir un parallèle avec ce qui est dit ou tu dans la société (aussi bien française qu’algérienne) sur cette période de l’Histoire.

Du côté français, au lendemain de la guerre :

« la mémoire de la guerre d’Algérie va s’enkyster, comme à l’intérieur d’une forteresse invisible. Non pour être “protégée”, mais pour être dissimulée, telle la figure impossible à regarder de la Gorgone. Les amnisties successives, viennent alors entériner, dans un climat d’indifférence, cette dissimulation de la “tragédie algérienne.” » (Benjamin Stora, Histoire de la guerre d’Algérie, La Découverte, « Repères », 2004, p. 93).

Ce qui est encore appelé « les événements » ou « opérations de maintien de l’ordre » est enfoui sous le sable, image d’un silence lourd mais qui ne signifie pas disparition. En 1999, l’Assemblée Nationale adopte une loi permettant de donner officiellement le nom de « guerre » à ce qui s’est passé en Algérie entre 1954 et 1962. Les publications de témoignages, de thèses de recherche, de récits, de films, de documentaires, d’articles se multiplient. La parole semble se libérer et la mémoire resurgir (pour exemple la publication en 2001, Services spéciaux Algérie 1955-1957 : mon témoignage sur la torture de Paul Aussaresse, éditions Perrin).

En France, on commence à se remémorer ce passé douloureux, mémoire activée par les générations issues de l’immigration, le travail de mémoire n’est pas achevé, la reconnaissance des blessures infligées à « l’autre » non plus. Un autre silence tout aussi assourdissant règne de l’autre côté : la guerre d’indépendance mythifiée devient intouchable et la vérité est alors inaccessible.

Du côté algérien, l’histoire aussi est tronquée :

après l’indépendance, « l’urgence n’est pas à la production d’un savoir académique ou de récits d’histoire. (…) La guerre, en tant que “révolution algérienne”, vise essentiellement à glorifier le combat nationaliste » (Benjamin Stora, Repères sur l’historiographie algérienne de la guerre, in les actes de la DESCO, Apprendre à enseigner la guerre d’Algérie et la Maghreb contemporain, CRDP académie de Versailles, 2002).

Depuis quarante ans, les productions (livres, films, documentaires, articles) sont nombreuses. Pourtant subsiste un sentiment d’oubli, d’absence de connaissances sur le sujet. Cette sensation d’oubli tiendrait selon Benjamin Stora d’avantage à « l’existence de mémoires tronquées, partielles et partiales », à la difficulté de regarder en face la souffrance de l’autre, et au manque de diversité des points de vue qu’à une véritable amnésie.

Le silence, la difficulté de parler est une question majeure dans ce récit et fait écho à ce silence de l’Histoire et de la société. C’est aussi cela que l’auteur dénonce dans cet ouvrage, les sociétés muettes, aveugles et sourdes en Algérie comme en France. Pour l’auteur, l’engagement en littérature, c’est se faire le porte-parole des silences, dénoncer le silence, tous les silences.

Maïssa Bey soulève toutes ces questions y compris celles de la tragédie qui se joue depuis la fin des années 1980. On peut se demander quelle place l’écrivain joue dans la constitution d’un savoir historique. Mais ici il s’agira surtout de réfléchir aux raisons qui poussent l’écrivain à s’engager, quels sont les enjeux de son engagement ? Quelle forme prend l’engagement ? Et quel est l’impact de cet engagement ?

« mon écriture un engagement contre tous les silences » in http://dzlit.free.fr/bey.html

3. Écriture autobiographique : écrire pour soi et écrire pour les autres.

Ce récit est-il autobiographique ? Pourquoi parler de soi ? Il y a une part d’autobiographie dans ce récit mais une part seulement. Dans le passé du personnage féminin, on retrouve l’histoire de l’auteur. Mais la situation présentée du récit n’est pas une histoire vraie, vécue. A-t-elle été rêvée ? Qu’est-ce que l’écriture de cette histoire au carrefour de plusieurs genres a-t-elle apporté à l’auteur ? La littérature peut-elle être une voie de soulagement ? Un exutoireDéfinir le genre de ce récit et le confronter à ce qu’en dit l’auteur est une possibilité de travail. satisfaisant ?

Pour compléter l’appréhension, il faudrait relever tout ce qui n’est pas autobiographique. Cette opération invite à se demander comment savoir la part de vérité dans un texte, comment savoir ce qui est vrai ou non. Quel contrat se noue entre le lecteur et l’auteur ?

À ce titre on pourra proposer un extrait de Mémoire d’une geisha dans lequel l’écrivain Inoue Yuki semble se jouer du lecteur et du pacte autobiographique. Il intègre dans la fiction, la préface, laissant croire au lecteur qu’il s’agit du paratexte habituel, faisant référence à la réalité alors qu’en réalité, ce texte fait déjà partie de l’histoire. Sans la lecture de la postface le lecteur ne peut comprendre cette supercherie. Quel risque est alors encouru ?

Le récit de Maïssa Bey ne s’apparente pas immédiatement à une écriture autobiographique puisqu’il est écrit à la troisième personne mais les glissements fréquents de la troisième à la première personne peuvent nourrir une réflexion sur la définition du genre. La focalisation interne est un choix d’écriture qui a du sens et construit du sens. La proximité du personnage de la femme et de l’auteur est renforcée par ce choix.

La première de couverture est une piste à explorer également, surtout celle de l’édition de poche sur laquelle on voit l’image d’une femme assise qui serait l’image d’un reflet de miroir plutôt qu’une image directe. Ce reflet est double, comme une superposition de miroirs. Si l’étude de la couverture est réalisée en séance augurale, il serait intéressant de reprendre les hypothèses qui ont été formulées et de les comparer à la lecture intégrale et à l’étude du livre.

Parler de soi, est-ce dire toute la vérité ? Pourquoi écrire sur soi ? Quels sont les enjeux de l’autobiographie ?

____________________________

[Hanifi: lire ma note en fin d'article] = Erreur, il s'agit d'un article sur http://dzlit.free.fr/bey.html et non Liberté.

1 cf. Max Véga-Ritter, Professeur émérite, université Blaise Pascal Clermont-Ferrand in « une belle indignation », article publié sur : http://dzlit.free.fr/bey.html

2 El Watan, rencontre avec Maïssa Bey, Benaouda Lebdaï, 6 septembre 2007.
3 cf. http://dzlit.free.fr/bey.html

4 Ibid.