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1008_ FESTIVAL D'AVIGNON _ OFF_ MUSTAPHA BENFODIL etc
J’ai reçu une invitation en la forme d’un mail afin d’assister à une représentation : « Avec l’écrivain et dramaturge algérien Mustapha Benfodil, dans le cadre des lectures SACD au Conservatoire du Grand Avignon, échange avec le public autour du thème « Écrire aujourd’hui en Algérie ». Dans le cadre du festival d’Avignon (il a été créé en 1947 par l’immense Jean Vilar).
Écrire en Algérie... très alléchant donc. Je suis arrivé largement en avance à Avignon. Les gens très nombreux sous un ciel lourd, plutôt chargé (il pluviote un moment). La température se maintenait à 35-37°. Stationner au cœur des remparts de la Cité des Papes ? mieux vaut oublier.
Je trouve un emplacement non loin de la Rotonde ferroviaire, entre un fast-food et l’Amigo snack Pizza. Ca ira. Et c’est gratuit. Je longe la grande avenue Pierre Semard jusqu’à l’a rue des Teinturiers (et les souvenirs qui remontent...) devant La Cave des Pas sages... Les rues sont noyées de prospectus invitant les passants et touristes à toutes sortes de pièces de théâtre à des espaces musicaux. La fête est à la parole, aux mots. Certains acteurs portent eux-mêmes leurs panneaux de publicité. Parfois vous invitent directement en vous proposant une carte postale vantant leur spectacle qu’ils reprennent si vous n’êtes pas intéressé. Beaucoup de gens sont attablés devant des jus quelconques.
Je poursuis sur la rue des Teinturiers sur à gauche. Savez-vous pourquoi on appelle cette voie « rue des Teinturiers ? » Je vous l’expliquerai une autre fois.
J’emprunte une impasse, je reviens sur mes pas, tourne à droite, reviens, repars. Je m’embrouille. Le temps s’affole. Tiens Le Pont Trouca (c’est le nom d’une rue), au 10, et la Présence Pasteur, un bel espace. J’y avais (en 2013) et dans le cadre du Off du festival, participé à une représentation de mon roman La Folle d’Alger... 2013... Keltoum présentait Les Mimosas de décembre... Depuis, je cherche des issues, sans se tenir par la barbichette, mais hélas les crabes sont partout et aux aguets. Ma foi...
Je disais bien que je le suis, perdu. Un monsieur qui passait difficilement en vélo dans la rue encombrée de passant, passe. Il ne m’entend pas (ou feint). Un autre monsieur, assis sur un banc devant « Le vieux Balancier », lève la tête de son téléphone. J’interromps son scrolle... lui demande « Le Conservatoire ? » Lui : « Conservatoire de musique c’est ça ? »
Il me fait signe de revenir en arrière, prendre à droite la rue Thiers jusqu’aux Grandes Halles. Là, à droite, au théâtre Le Cadencia vous demandez. J’ai demandé et j’ai trouvé.

Sur de grandes banderoles rouge on lit « Les rencontres SACD ». Sacd ? What’s ? « La Société des Auteurs et Compositeurs Dramatiques s'engage pour et avec les auteurs dans la défense de leur liberté et leurs droits. Elle leur apporte soutien et les accompagne tout au long de leur parcours professionnel. » Merci madame, au guichet. C’est bien là. « La séance a commencé ! » Bon... La personne précise « la salle Debussy est au 1° » Petite salle, il y a une vingtaine de personnes sages, les oreilles grandes ouvertes. Malgré mes efforts, deux ou trois se sont retournées. Trois sur vingt cela fait beaucoup. Je me courbe, mes pas (sandales Decathlon) sont feutrés. Dernier rang...
« La meilleure façon de venger mon père, c’est que es gens connaissent son histoire. Il n’est pas dans la haine mais dans la connaissance ».
Question... « est-ce que ces sites sont encore dangereux... sont-ils protégés... comme il y a moins de touristes... »
MB : « L’enfouissement des déchets toxiques, radioactifs fait l’objet d’un contentieux entre l’Algérie et la France... Pour avoir visité Ain Ker... » J’avoue que là j’ai perdu pied. Non que ce que disait Benfodil m’importait peu, pas du tout... seulement le terme à lui seul de In Eker m’a plongé dans mon propre roman « Traversées... » (je peux en parler sur trois lignes, c’est pas outrageant quand-même !).... Tirade :
« Des auréoles lumineuses perceptibles provenaient des voitures. Elles traversaient à vive allure avant d’aller s’écraser contre la nuit. Une plaque de signalisation blanche, posée en retrait de la nationale, indique en arabe et en français ‘‘In Amguel 8’’. Les caractères sont de même couleur que la pensée qui a troublé mon esprit encombré à ce moment-là̀ par les funestes champignons que des bourreaux ont propulsés dans le ciel depuis cette commune et jusqu’à In Eker au nord-est : noire. Grâce à mon ami Jamal, j’en sais plus sur cette barbarie coloniale. Les essais nucléaires français ont eu lieu avant et inexplicablement après l’indépendance. J’ai eu dans la foulée une autre pensée aussi mauvaise à l’endroit de ceux qui ont, durant la grande terreur de la quatrième décennie, ordonné l’emprisonnement dans les camps d’In Amguel de milliers d’Algériens, à jamais disparus depuis pour nombre d’entre eux. Comme des milliers d’autres dans le Nord du pays. Restent leurs noms ou leurs « X » accrochés sur des sépultures en fichiers numériques incomplets et froids, silencieux. J’ai posé un pied à terre, pris une photo de la plaque rouillée jusqu’aux jambes et me suis recueilli. Plus loin, devant une lignée d’acacias, des dizaines de chèvres et d’ânes se bousculaient pour boire dans un baril métallique coupé en deux parties dans le sens de la longueur, mises bout à bout, à moitié remplies d’eau. » Voilà, c’est dans « Traversées... » page 230.
Revenons à notre ami Mustapha Benfodil (il m’avait dédicacé sont romanTerminus Babel (au SILA Alger en octobre 2023. Très beau roman). Nous avions à peine esquissé les Ateliers d’écriture créative... À la suite de la lecture d’un extrait de la pièce, il a bien voulu échanger avec les présents... exemple : Q : « Le biais par lequel vous avez écrit cette pièce fait qu’on ne rentre pas dans le pathos... »
MB : Il fallait trouver le juste ton pour éviter cet espèce de tribunal. Mon idée c’était qu’à la fois les Algériens et les Français aient accès à cette histoire qu’on ne connaît que très sommairement, y compris dans la presse, chez les artistes... »
Il évoque les camps de regroupements.... français.
« On vous a présenté la partie didactique, dit un des deux lecteurs, mais la suite ça décolle, on va avoir un fantôme, la suite va être drôle... Il y a beaucoup de poésie... Attendons... la première décade de septembre on sera en résidence à la Chartreuse... Attendons... » Villeneuve-lèz-Avignon. (« Le Centre national des écritures du spectacle est un des lieux majeurs en France et en Europe de résidences consacrées à l’écriture dramaturgique. Il accueille près de soixante résidences par an, d’auteurs ou de compagnies, des laboratoires de recherche et d’expérimentation, des cycles de formation et des master class, et s’ouvre régulièrement au public... »)(in site de La Chartreuse)
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Ibrahim Aguelli a la quarantaine. Il vit à Tamanrasset, grande cité cosmopolite aux portes du désert, en plein cœur du pays touareg. Guide touristique pour une agence privée, il mène une vie discrète, rythmée par le soin qu’il prodigue à sa famille : une mère clouée au lit et des jumeaux, Ahmed et Zaïnabou, atteints de malformations congénitales. Ibrahim est le seul à avoir été épargné. Son père, lui, est mort avant sa naissance, emporté à 39 ans par ce que sa mère appelle « le Mal invisible ». Lors du premier Salon du tourisme durable organisé à Tamanrasset, un événement prestigieux en présence d’un ministre venu d’Alger, Ibrahim est maître de cérémonie. Mais la fête est brutalement interrompue par une action de protestation menée par le collectif « Générations In Ekker ». Leur combat : faire reconnaître les ravages des essais nucléaires français effectués dans la région entre 1960 et 1966, dont 13 explosions souterraines au cœur de la montagne de Taourirt Tan Afella, à In Ekker, à 150 km au nord. Parmi les manifestants, un vieil homme brisé par la maladie s’avance. Hadj Abdallah, surnommé « le Vieil irradié », ancien ouvrier sur les sites nucléaires français, prend la parole. Il raconte la catastrophe du Béryl, survenue le 1er mai 1962, juste après les Accords d'Évian.
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