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mercredi, avril 15, 2026

995_ Leïla Marouane (Mechentel) est décédée

 

Elle s'en est allée mercredi dernier.

"Dieu sait bien qu'être la femme de quelqu'un n'est pas chose commode." (W. Faulkner, Lumière d'août)

Exergue In "La jeune fille et la mère", Leila Marouane, ed du Seuil, Paris 2005





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El Watan, 15 avril 2026

Par N.H.

La journaliste et écrivaine franco-algérienne Leïla Marouane, née Leïla Mechentel, est décédée à Paris le mercredi 8 avril 2026. Elle laisse derrière elle une œuvre forgée par son passé de journaliste et son expérience de l’exil.

Née en 1960 à Djerba en Tunisie de parents résistants algériens exilés, elle grandit entre l’Europe du Sud et le Maroc avant de rejoindre l’Algérie en 1962.


Après avoir abandonné des études de médecine pour les langues étrangères, elle devient journaliste. A la fin des années 80, ses chroniques critiques lui valent des menaces de mort de la part d’islamistes.
En 1989, elle survit de justesse à une agression violente. La clandestinité qui s’ensuit, notamment dans La Casbah d’Alger, nourrira l’imaginaire de ses futurs romans. Elle s’installe à Paris en 1990, d’abord pour une «parenthèse» qu’elle espère courte. Cependant, la montée du fondamentalisme en Algérie et la mort de sa mère en 1991 agissent comme des déclencheurs : elle choisit de rester en France et de se consacrer à l’écriture pour témoigner. Son œuvre, marquée par l’exil, explore avec courage les tabous, les violences politiques et l’aliénation. Elle se consacre entièrement à la littérature à partir de 1996 et publie des ouvrages traduits dans de nombreuses langues et plusieurs fois primés. En effet, ses romans sont traduits dans plusieurs pays dans le monde dont entre autres en Grande-Bretagne, en Allemagne, au Brésil, au Pays-Bas, en Italie, en Grèce… et ont été couronnés par de nombreux prix. Sous le pseudonyme Leila Marouane, elle signe La Fille de La Casbah en 1996. Son premier roman qui marque son entrée remarquée en littérature. Le Châtiment des hypocrites en 2001: Lauréat du Prix de la Société des gens de lettres et du Prix du roman français à New York.

La Jeune Fille et la Mère en 2005 : couronné par le Prix Jean-Claude Izzo et le Prix de l’Association des écrivains de langue française. Lettres d’Algérie en 2025 : Son dernier roman, publié aux Éditions Abstractions, une œuvre épistolaire poignante sur la mémoire et la transmission. Présidente de l’association La Boutique des Écritures, elle animait des ateliers d’écriture créative. Depuis l’annonce de sa disparition, le monde littéraire algérien et francophone rend hommage à celle qu’ils considèrent comme une « sentinelle » de la mémoire. Le monde littéraire salue la disparition d’une écrivaine dont la voix était jugée « singulière, libre et nécessaire ». Les critiques et lecteurs soulignent son courage pour avoir brisé les silences et les non-dits à travers une œuvre qui explorait sans concession les fractures de l’identité et de l’exil. 

 

Voix singulière de la littérature francophone

Les hommages soulignent l’importance de son rôle de témoin, particulièrement pour la génération d’écrivains ayant vécu l’exil ou la « décennie noire ». Ses pairs mettent l’accent sur une romancière qui a su transformer la douleur de l’exil en une force littéraire. Pour beaucoup, elle était l’une des rares à pouvoir « prêter sa plume à ceux que l’on voudrait faire taire ». Son livre posthume, Lettres d’Algérie (paru en mars 2025) (AH : posthume ?), est déjà cité dans les hommages comme son « testament littéraire ». Les écrivains soulignent la dimension cathartique de son écriture, qui permet une forme de réappropriation de l’Histoire pour les lecteurs algériens. L’écrivain et journaliste Arezki Metref, qui a partagé avec Leïla Marouane le combat pour la liberté d’expression durant la « décennie noire », a rendu un hommage particulièrement profond lors de l’annonce de sa disparition. Pour Metref, Leïla Marouane n’était pas seulement une consœur, mais une figure de proue de cette génération d’intellectuels algériens qui ont dû « transformer le trauma en grammaire ». Metref a souvent salué chez Marouane sa capacité à ne jamais « lisser » la réalité algérienne pour plaire au lectorat occidental. Il décrit son écriture comme une forme de « légitime défense » contre l’oubli et l’obscurantisme. Il a évoqué une écrivaine dont la « précision chirurgicale » des mots permettait de nommer l’innommable, notamment la condition des femmes et les séquelles de la guerre civile.

Dans leurs communications officielles, les Éditions Abstractions ont souligné : « Nous avons appris avec une profonde tristesse le décès de Leïla Marouane. » Romancière d’une grande exigence, son œuvre n’a cessé d’explorer les lignes de fracture de l’intime, de l’exil et de l’identité, avec une voix singulière, libre et nécessaire. Aux éditions Abstractions, nous avions eu l’honneur de publier son dernier roman, Lettres d’Algérie, paru le 12 mars 2025. Ses éditeurs historiques tels que Fayard et Albin Michel ont salué une auteure dont le courage et la liberté de ton ont marqué la littérature contemporaine, notamment par son exploration de la condition féminine et de l’exil.
De son côté, la Coordination internationale des chercheurs sur les littératures maghrébines (CICLIM) a souligné la perte d’une « grande dame » dont l’œuvre restera une source de réflexion pour les chercheurs et les lecteurs. Pour le média tunisien Kapitalise, la regrettée journaliste et écrivaine Leila Marouane est une « voix singulière de la littérature francophone algérienne », rappelant son parcours de journaliste et de romancière ayant toujours lutté pour la liberté d’expression. En somme, l’ensemble de ces hommages consacre Leïla Marouane non seulement comme une styliste hors pair, récompensée par des prix prestigieux (Prix de la SGDL, Prix Jean-Claude Izzo), mais surtout comme une femme dont l’œuvre a transformé la douleur de l’exil en une force littéraire universelle.

N.H.

 

__________________ sur ma page FACEBOOK 12 avril 2026 _____________________






« Elle nous a quittés... »,
« Grande perte... »,
« Repose en paix,
« RIP », "إنا لله و إنا إليه راجيعون"
« Mes sincères condoléances ».
Leïla Mechentel nous a quittés. Mais qui, de son vivant, a parlé de ses livres ? de son écriture? de ses espoirs?
Nous nous sommes croisés au dernier maghreb des livres, en juin 2025 à Paris. Allah yerhamha.

Voici ce qu’elle écrivait en janvier dernier sur sa page FB : « Joie ! Merci à Karim Saidi pour ce bel article paru dans Mondafrique ». Le voici :

Avec Lettres d’Algérie, Leïla Marouane replonge au cœur de l’année 1999, lorsque la guerre civile s’achève sans se refermer. Un roman épistolaire tendu, où l’écriture devient un acte de survie face à la peur, à l’absurde et aux mensonges familiaux.

Une chronique de Karim Saadi
Dans Lettres d’Algérie, Leïla Marouane propose une œuvre de seuil. Seuil historique d’abord : mars 1999, moment incertain où l’Algérie tente de sortir de la décennie noire sans avoir réellement pansé ses plaies. Seuil intime ensuite : celui d’un jeune homme qui écrit pour ne pas sombrer, pour retarder l’effondrement psychique et moral que provoquent la guerre, la conscription et l’enfermement. Le roman adopte la forme d’une correspondance à sens unique, adressée à une sœur absente, exilée, silencieuse. Ce silence structure tout le texte : il est à la fois manque, reproche et protection.
Le narrateur, Massi, n’est ni un héros ni un martyr. Il est frêle, ironique, parfois lâche, souvent lucide. Philosophe de formation, il se retrouve happé par une réalité brutale qui rend dérisoire toute tentative de cohérence rationnelle. L’épistolaire lui offre un cadre précaire, presque artificiel, pour maintenir un fil de pensée. Écrire devient un geste vital, une manière d’ordonner le chaos, même si cet ordre reste fragile, fragmenté, constamment menacé par l’absurde. Le texte progresse par ressassements, digressions, retours obsessionnels, mimant l’impossibilité de se projeter dans un avenir lisible.
La force du roman tient à sa capacité à faire sentir l’enfermement. Constantine, ville de ponts et de vertige, se transforme en espace clos, surveillé, saturé de peur. La maison familiale devient une forteresse ambivalente : refuge contre la violence extérieure, mais aussi lieu d’oppression intime. Les déplacements sont rares, périlleux, toujours soumis à l’arbitraire des barrages militaires. Le danger n’est jamais spectaculaire ; il est diffus, quotidien, inscrit dans les gestes les plus banals. Marouane restitue avec une grande justesse cette atmosphère où la menace n’a plus besoin de se montrer pour exister.
Une guerre des récits
Au centre de cette maison règne Jazia, la grand-mère, personnage d’une puissance romanesque remarquable. Leïla Marouane évite soigneusement l’archétype : Jazia n’est ni une simple figure de sagesse traditionnelle ni une caricature autoritaire. Elle est stratège, manipulatrice, profondément ambivalente. Surtout, elle écrit. Sur une vieille machine à écrire, elle dicte sa propre version de l’histoire familiale, se forgeant un passé héroïque et intellectuel, convoquant Sartre et Marx comme des talismans culturels.
Cette mise en scène de soi révèle une lutte acharnée pour le contrôle du récit. Le roman se construit ainsi comme une véritable guerre des écritures. Aux lettres de Massi répondent, en creux, les textes de Jazia et les carnets de Rose, la mère française, ancienne militante de la guerre d’indépendance. Rose apparaît comme une figure spectrale, dont la voix n’émerge qu’après la mort, à travers des fragments, des brouillons, des notes intimes. Ce décalage temporel accentue la violence de son effacement. Elle incarne ces femmes de la Révolution promises à l’égalité et reléguées, une fois l’indépendance acquise, dans les marges de la mémoire nationale.
La confrontation entre Jazia et Rose est l’un des points les plus forts du roman. L’une monopolise la parole officielle, l’autre ne subsiste que par des traces fragiles. Entre les deux, Massi tente de comprendre ce qui lui a été transmis, et surtout ce qui lui a été confisqué. Le père, Mahdi, absent ou silencieux, achève de dessiner une généalogie disloquée, où l’autorité morale s’est dissoute dans les compromis et les renoncements.
L’écriture de Leïla Marouane se distingue par une ironie constante, jamais gratuite. Elle sert à dévoiler l’absurdité d’un système où tout s’achète sans jamais se garantir. Les scènes de corruption, les négociations humiliantes avec l’administration militaire, les promesses creuses échangées autour de repas trop copieux sont décrites avec une précision clinique. Le rire, souvent grinçant, n’allège pas la gravité du propos ; il la rend plus cruelle encore. Cette ironie protège les personnages autant qu’elle les expose.
Lettres d’Algérie ne cherche pas à reconstituer exhaustivement la guerre civile. Le roman s’attache plutôt à ses effets différés, à la manière dont la violence infiltre les structures familiales, les rapports de pouvoir, les subjectivités. La Concorde civile, annoncée comme une sortie de crise, apparaît ici comme une suspension, un entre-deux anxieux où rien n’est vraiment réglé. Le temps politique semble figé, et avec lui les existences.
Par son dispositif épistolaire, Marouane interroge aussi la possibilité même de dire « je » dans un contexte saturé de discours collectifs, idéologiques ou militaires. La lettre devient un espace de résistance fragile, un lieu où une voix singulière tente de subsister face à l’écrasement du « nous ». En cela, le roman s’inscrit dans une tradition de la littérature algérienne critique, tout en affirmant une tonalité propre, plus intime, plus sourde, profondément marquée par la question de la transmission impossible.
Grave sans être démonstratif, dense sans être hermétique, Lettres d’Algérie s’impose comme une œuvre de maturité. Leïla Marouane y déploie une écriture maîtrisée, attentive aux silences autant qu’aux mots, et offre un roman qui ne cherche ni l’apaisement ni la consolation, mais la justesse.
Informations pratiques
Titre : Lettres d’Algérie/ Leïla Marouane/ Éditeur : Éditions Abstractions/ mars 2025

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https://www.editions-abstractions.com/actualites/-paratre-lettres-dalgrie-lela-marouane-12-mars-2025




____________ 12 AVRIL 2026 ____________________


LETTRES D'ALGÉRIE




_____________________ Le Matin d'Algérie 8 mai 2025 _______________________

Leïla Marouane : « Lettres d’Algérie », la mémoire à vif d’une décennie noire

Par : Djamal Guettala

Jeudi 8 mai 2025


Trente ans après avoir fui l’Algérie, Leïla Marouane continue de prêter sa plume à ceux que l’on voudrait faire taire. Avec 
Lettres d’Algérie, son dernier roman paru le 12 mars 2025 (Éditions Abstractions, broché), l’écrivaine franco-algérienne offre une plongée saisissante au cœur des années 90, cette « décennie noire » qui a laissé des cicatrices profondes dans la mémoire collective.

L’histoire se déroule à Constantine, en 1999. Massi, un jeune homme en quête de liberté, tente d’échapper à la conscription militaire. Sa grand-mère Jazia, mémoire vive d’une famille déchirée, l’accompagne dans ce combat silencieux. À travers une correspondance nourrie avec sa sœur Jenna, Massi dévoile les fractures d’une Algérie marquée par la violence, l’exil, les tensions et les non-dits.

Entre rites ancestraux et révoltes intimes, traditions familiales et aspirations à l’émancipation,  Lettres d’Algérie est autant un roman d’apprentissage qu’une chronique politique. Leila Marouane y explore les contradictions d’une société tiraillée entre fidélité aux racines et désir d’un avenir libéré.

Ce récit résonne avec une actualité brûlante. Alors que la censure connaît un regain dans les deux rives de la Méditerranée, et que des voix comme celle de Kamel Daoud sont muselées, Leïla Marouane poursuit, avec détermination, son combat littéraire entamé il y a plus de trois décennies.

Victime d’une attaque terroriste en Algérie, exilée à Paris depuis 1991, la romancière — traduite, primée et reconnue — n’a jamais cessé d’interroger la mémoire et de défendre la liberté d’expression.

Les lecteurs pourront la rencontrer le samedi 10 mai à 16h30 à l’Institut du Monde Arabe à Paris, pour échanger autour de son œuvre et de son engagement.

Djamal Guettala

https://lematindalgerie.com/leila-marouane-lettres-dalgerie-la-memoire-a-vif-dune-decennie-noire/


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(in: https://www.facebook.com/editionsabstractions/posts/-lettres-dalg%C3%A9rie-par-le%C3%AFla-marouane-article-le-matin-dalg%C3%A9rie-%EF%B8%8F-un-grand-merci-/711217304602686/)

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ON EN EST LÀ....