IL VA FALLOIR S'ARMER DE PATIENCE.
JE COMMENCE AUJOURD'HUI.
JE VAIS METTRE ICI TOUT CE QUE JE POSSEDE SUR BOUALEM SANSAL
TOUS MES ECRITS
TOUS LES ARTICLES DE JOURNAUX
TOUS LES COMMENTAIRES QUE J'AI ACCUMULÉS
______________ MAIS IL VA FALLOIR ÊTRE PATIENTS__________________
Je commence ce matin 2 avril 2026 avec ces pages que consacre LIBÉRATION à la dernière péripétie d'un feuilleton que ne fit pas de finir.
D'ABORD CE MOT EN REACTION_ SUR FB
17h30
ET ENSUITE LE JOURNAL DE CE MATIN
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326
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PREMIER TEXTE EN EXEMPLE (extrait de ce blog)
325 - Voir Jérusalem et se taire.
328 - Boualem Sansal - Entretien avec DNA et autres articles
326 - Boualem Sansal reçoit le prix Roman-News
La récompense attribuée à un livre placé au coeur de l'actualité couronne Rue Darwin (Gallimard), dont les héros sont des Algériens déchirés entre leur patrie et la France.
Le prix du Roman-news, créé en 2011 par le magazine Stiletto et Publicis Drugstore pour récompenser une oeuvre de fiction en français qui s'inspire de l'actualité et la traite comme un roman, a été attribué à l’écrivain algérien Boualem Sansal pour son roman Rue Darwin, paru en août dernier chez Gallimard.
Dans cet ouvrage, Boualem Sansal raconte l’histoire de Yazid, élevé par sa toute-puissante grand-mère maquerelle avant de retourner chez sa génitrice, rue Darwin, à Alger, jusqu'à la guerre d'indépendance. Il est ensuite forcé d'émigrer à l'étranger. A la mort de sa mère, il retourne à Alger et se remémore son enfance.
L'écrivain, connu pour son combat pour la liberté de parole, de culture et de religion dans son pays, a obtenu en octobre le prix de la Paix de la Foire du livre de Francfort. Son précédent roman, Le village de l'Allemand ou le journal des frères Schiller, a été récompensé par le Grand prix RTL-Lire, le Grand prix SGDL du roman et le Grand prix de la francophonie 2008. Plusieurs de ses ouvrages sont interdits dans son pays.
Boualem Sansal, qui vit à Boumerdès, près d'Alger, vient d'effectuer un voyage en Israël. Il y participait au Festival international des écrivains de Jérusalem, suscitant de nombreuses critiques dans le monde arabe, rappellent les organisateurs.
In : http://www.livreshebdo.fr
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L'écrivain Boualem Sansal a reçu hier le Prix du Roman-News 2012 pour son roman Rue Darwin (Gallimard). Les jurés ont récompensé un ouvrage inspiré de la vie de son auteur, mais qui s'inscrit, comme le veulent les préceptes du Roman-News, dans une vision à plus grande échelle de l'histoire contemporaine de l'Algérie.
C'est au coeur d'un Publicis Drugstore fourmillant d'agitation et de lecteurs que les jurés du prix du Roman-News ont dévoilé le nom du lauréat, l'auteur de Rue Darwin, paru en août dernier chez Gallimard. Boualem Sansal a ensuite reçu un chèque d'un montant de 3000 €, la dotation de la récompense.
En recevant son prix, Boualem Sansal a lâché, sourire aux lèvres : « À ce tarif, préparez-vous pour un Rue Darwin 2, 3, 4... »
Par Antoine Oury, le mercredi 30 mai 2012
In : http://www.actualitte.com/
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Contribution : LE PRINTEMPS ISRAÉLIEN DE BOUALEM SANSAL
Posture et imposture littéraires
Par Abdellali Merdaci
La récente tournée israélienne de Boualem Sansal (Walid Mebarek, 2012) pose explicitement la question irrésolue de la projection de l’écrivain dans un plan de carrière qui échappe aux déterminations politiques et sociétales de son milieu d’origine.
La littérature de Sansal — plus spécialement son engagement dans la vie littéraire — n’a objectivement plus aucun rapport avec le pays qui lui fournit ses thèmes (AH : Les thèmes sont universels). L’Algérie n’est plus pour lui qu’un prétexte à s’ériger — aux yeux de l’Occident, dont il sollicite véhémentement la validation et la consécration de son art — en censeur et imprécateur dans le glacis politico-idéologique d’un pouvoir de «généraux» et d’Islamistes». (AH : pourquoi ces guillemets ?)
Dès son entrée en littérature avec la publication par Gallimard d’un premier roman Le Serment des barbares (1999 ; toutes les œuvres citées ici sont publiées, à Paris, par cet éditeur), Sansal est confronté à la structuration d’une identité littéraire ; il délibère ainsi d’une «posture» au sens que lui donne Jérôme Meizoz (2011) : «La posture est constitutive de toute apparition sur la scène littéraire.» Ingénieur de formation, féru de culture technicienne, plus soucieux de mécanique des turboréacteurs que de métaphore filée et de prosopopée, (AH : manifestement il ne l’a pas lu !) longtemps étranger à la littérature, dont on peut supposer qu’il n’a jamais été un grand lecteur, (AH : Sansal répète qu’il a beaucoup lu) mais parfaitement instruit des itinéraires (AH : il y a là un jugement de valeur) des auteurs historiques de la littérature algérienne de langue française des années 1950-1980, Sansal va plus s’attacher à l’effrénée proclamation de la «figure de l’auteur» (Maurice Couturier, 1995) et aux «digressions d’auteur» (David Lodge, 2009), textuelles et paratextuelles, qu’à la persévérante construction d’une œuvre. Aura-t-il ainsi, assez tôt, assimilé l’usage des médias d’Occident et la faculté de persuasion qu’ils peuvent générer au-delà des limites de l’œuvre écrite ? Dans le champ littéraire algérien actuel, où les trajectoires d’auteurs producteurs d’opinions se cantonnent à l’exercice (toujours lisse) d’une «transgression contrôlée», Sansal compose l’inconfortable position de «l’hérétique», celui qui se dresse en dehors de la «règle du jeu» (Pierre Bourdieu, 2012). La recherche de «coups» médiatiques prend-elle, en conséquence, le- dessus sur l’œuvre ? L’écrivain rassemble consciencieusement, hors de ses romans, mais dans le semblable registre de dénonciation d’une Algérie ruineuse, les éléments d’un redoutable Livre blanc éparpillés dans les journaux, radios et télévisions de France (AH : parce qu’en Algérie la presse n’est pas libre et ça tu ne le mentionne pas). Souvent, il a énoncé un simple constat : le système et l’islamisme brûlent l’Algérie par les deux bouts, vite majoré, depuis 2008, d’une déroutante mise en cause du nazisme et de l’antisémitisme dans la sphère de l’Etat. Mais ce message, à l’usage des seuls Occidentaux, est-il crédible ? Sansal ne parle jamais à Alger. S’il soutient ne pouvoir le faire dans la presse et l’audiovisuel gouvernementaux, comment douter qu’il ne recevrait pas l’accueil de la presse privée, (AH : mauvaise fois. Tu sais qu’on ne lui ouvre pas les portes) sans distinction d’opinion et de ligne éditoriale, pour interpeller les Algériens et les convaincre du bien-fondé de ses accusations contre le système ? Le voyage d’Israël, qui corrobore un processus réfléchi dans la formation d’une figure d’auteur rebelle au pouvoir d’Alger, constitue un nouvel épisode, le plus détonant, dans une démarche d’écrivain, âprement tendue vers une reconnaissance et une attribution de légitimité par le champ littéraire germanopratin. Dans ses formes comme dans ses desseins, cette démarche — dont il faut interroger les fondements intellectuels — reste discutable.
L’invention de l’hérétique
Le capital symbolique personnel dont dispose Sansal, au début de sa carrière d’écrivain, est relativement pauvre. Pour sa visibilité, il ne pouvait se réclamer que du «voisinage de palier» du romancier Rachid Mimouni (1945-1995), qui fut, comme lui, diplômé dans les sciences et techniques. Il fait du projet tardif d’écrire un moment de son histoire personnelle, en recherchant — avec conviction — de nécessaires ruptures au plan littéraire et politique. Contrairement à bon nombre d’écrivains algériens qui, forts d’un premier succès parisien, traversent la Méditerranée et sollicitent comme un dû nationalité et résidence françaises, Sansal demeure un Algérien de Boudouaou, dans la banlieue d’Alger. Cela aurait été certainement un grand mérite, si l’écrivain contribuait à l’animation des espaces politique et littéraire nationaux. Son récit de vie, Sansal l’a voulu comme un roman. Dans l’anamnèse du petit Boualem (Marianne Payot, 2011), il y a cette indélébile fantasmagorie de récitants du Saint Livre autour de la dépouille de son père, décédé dans un accident de voiture. Il avait cinq ans. Ce premier contact traumatique avec la religion infère-t-il, plus tard, toutes les incertitudes d’être dans le monde à l’âge adulte ? Lorsqu’au début des années 1990 émergent dans la société de funambulesques tueurs aux gestes sanglants et rituels, aux crimes licités par les maîtres de la fatwa, les songes de l’enfance et les voix rêches des récitants resurgissent dans la mitraille de saisons à la fois troubles et coupables. Le Serment des barbares explose dans une écriture, sèche et hachée, pour conjurer les peurs de l’époque. Dans un pays en crise, qui conjugue au futur ses angoisses de mort et de finitude, Sansal confie son manuscrit à la poste qui le fera parvenir à l’adresse parisienne de l’éditeur Gallimard. Le manuscrit échoue sur le bureau de Jean-Marie Laclavetine, romancier et éditeur, qui l’inscrit au catalogue de la rentrée littéraire de l’automne 1999. Inimaginable naissance d’un auteur ? L’ingénieur Sansal a cinquante ans : il ne laissera personne dire que c’est le plus bel âge de la vie pour entamer une carrière littéraire. Hors de l’enthousiasme admiratif de la presse algérienne, la réception critique du Serment des barbaresdans les médias français mettra davantage l’accent sur l’audace du thème traité — dans un pays où la nuisance des groupes islamiques armés s’étalait chaque aube en chiffres cramoisis à la «une» des quotidiens — que sur ses potentialités d’écrivain. (AH : à vérifier) C’est de cette période, fondatrice et triomphante, que datent les premiers choix — politiques — de Sansal. Rejoint-t-il le Rassemblement pour la culture et la démocratie (RCD) et son président, le docteur Saïd Sadi, illustre homme politique, mais aussi avec Rachid Alliche (1953-2008), un des pionniers de la littérature moderne en langue kabyle ? Ce compagnonnage se nourrit moins de lectures romanesques que de valeurs politiques dissidentes. L’écrivain, flatté à Paris, engage un autre choix tout autant décisif : il guigne une carrière française et il estime en avoir les moyens. Il s’éloigne, peu à peu, de son pays ; d’un abord rude envers ses concitoyens, peu coutumier des salons de la capitale, il marque, dans le bouillonnant Alger des années 2000, une distance à l’égard de la presse d’Etat et de la presse privée, affichant envers elles une inextinguible morgue. Assure-t-il, exceptionnellement, à la demande de l’équipe d’Edif 2000, diffuseur de Gallimard en Algérie, de rapides signatures de ses ouvrages dans les campus universitaires en dehors d’Alger ? En général, réservé envers lecteurs et critiques, il n’exprime pas d’empathie. Ce mutisme, à intérieur du pays, est contrebalancé par une expansive loquacité et une douce aménité à l’extérieur, dans les pays d’Occident. Dans une carrière littéraire, la veine prometteuse des débuts ne permet pas de préjuger de la survenue d’insuccès et d’infortunes. Les trois romans qui suivent Le Serment des barbares ; L’Enfant fou de l’arbre creux, 2000 ; Dis-moi le paradis, 2003 ; Harraga, 2005) rencontrent, en France, une faible audience. Menacé d’oubli, Sansal ranime utilement dans les médias occidentaux la figure de l’opposant tourmenté par le pouvoir d’Alger. S’il n’apporte rien de nouveau au travail littéraire, notamment au genre romanesque qu’il adopte, il querelle – dans des excès de langage soulignés – le pouvoir algérien, qui, en d’autres temps, l’avait coopté à de hautes fonctions de l’Etat. Il a, certes, comme des milliers de cadres algériens, enduré les vexations du pouvoir qui ne connaît qu’une seule règle : être avec ou contre lui. Comment nier cette avalanche de brimades qui s’abattent sur l’homme dans le mépris et l’arrogance d’un personnel politique infatué, qui mobilise contre lui toutes ses ressources de nuisance ? Au lendemain de la parution de son troisième roman ( Dis-moi le paradis), il est limogé de son poste de directeur central au ministère de l’Energie. Dans un entretien avec le journaliste français Renaud de Rochebrune (2011), il égrène les avanies répétées que lui font subir – sur injonction – les administrations du gouvernement. Comment admettre que ce spécialiste du turbo, qui ajoute à sa panoplie les compétences de docteur en gestion, habilement immergé dans les arcanes de l’industrie nationale, aux premières lignes de forges de l’industrie lourde, sous Boumediène, et légère, comme il se devait, sous Chadli, soit refusé par l’université algérienne, au moment où celle-ci fait appel à des licenciés, fraîchement diplômés, bassement analphabètes, pour assurer des séminaires et des encadrements de mémoires de fin d’études et même à un étudiant en cycle de licence – dans une faculté de l’Est – pour des conférences doctorales ? Convient-il aussi de rappeler, pour mémoire, des turpitudes littéraires largement connues ? Lorsqu’ils ne sont pas carrément interdits de diffusion, par oukase ministériel, comme cela a été le cas de l’essai Poste restante : Alger (2006), ses ouvrages ne sont pas disponibles en librairie. Autour de lui, et principalement à Boudouaou, la traque policière serait omniprésente. Cette quarantaine persécutoire, décrétée et exécutée à tous les étages de décision du pouvoir algérien, s’explique-t-elle par le seul contenu sulfureux de ses romans ? Sansal, dont le nom est systématiquement rayé de la liste (colligée par la ministre de la Culture) des invités au Salon international du livre d’Alger où ses œuvres ne sont pas exposées, devait-il aussi apparaître, par l’effet d’une rumeur persistante, comme une sorte d’écrivain maudit, un «génie malheureux» (Pascal Brissette), proscrit dans son pays ? A défaut de l’avoir créé, le système aura ainsi reconnu son hérétique.
En 2007, alors que sa carrière d’écrivain est au creux de la vague (AH : C’est vite expédié) et ne sera relancée qu’avec son cinquième opus Le Village de l’Allemand ou le Journal des frères Schiller(2008), Sansal fait partie des quarante-quatre signataires du Manifeste sur la littérature-monde en français, initié par Michel Le Bris (Michel Le Bris, Jean Rouaud, 2007). Il révèle une insurmontable contradiction : écrivain algérien, autant par ses thèmes que par sa résidence en Algérie, il se projette exclusivement dans une bruyante carrière littéraire française. Son image d’écrivain se profile, en France, préférentiellement dans la chronique étroite des exactions et des brimades du pouvoir d’Alger plutôt que dans les aptitudes et la profondeur de son travail d’écrivain. Il aurait pourtant été essentiel pour lui de circonscrire le temps de l’œuvre et d’en favoriser une perception algérienne comme a su le faire Rachid Boudjedra, son contre-modèle dynamique. Et surtout de forger une dimension morale de l’écrivain qui ne peut s’autoriser que de son œuvre. Lorsque l’écrivain français André Gide, de retour du Tchad et de la défunte URSS, pointait les malheurs du colonialisme et du stalinisme, il était accrédité par la seule vigueur d’une œuvre française devenue universelle. Partout, dans ses déclarations, l’opposant politique Sansal a prévalu sur l’écrivain. (AH : Vrai mais ce sont les jornalistes qui ont enfermé dans ce débat) On serait en mal de trouver dans la presse étrangère un entretien de Sansal qui évoque sa sensibilité de romancier, son rapport à la littérature de son pays et au-delà à la littérature mondiale. Le modèle de communication égophorique dont il s’inspire, qui fonde sa pratique littéraire et médiatique est celui du Sulman Rushdie des Versets sataniques (1988). Un soupçon de talent et beaucoup de scandale dans une fiévreuse alchimie. Il n’est pas assuré que ce mélange enfante de grands écrivains. Né à la littérature au début du règne d’Abdelaziz Bouteflika, Sansal est-il à la mesure d’une attitude, éminemment hugolienne, en se faisant le turbulent contestataire du pouvoir d’Alger et de son président aux trois mandats ? La partie était belle pour lui qui bataillait vent debout contre une société politique archaïque, issue de la guerre d’indépendance, fermée et inamendable, qui entrave l’avènement de la démocratie et de la justice. Mais ce qui rend inopérante sa critique du système, c’est qu’elle exclut toute sommation des faits : l’essayiste de Poste restante : Alger ne saura forger le ton juste pour cingler les palinodies du régime. Se posant volontiers comme victime du système en place à Alger, en raison même de ce que dit son œuvre (que ne lisent que de rares lecteurs professionnels), se montre-t-il particulièrement résilient ? Face à la violence aveugle du système, il lui retourne une violence sans nuances et une fixation paranoïde. Qui aboutissent vite au dérapage sur le «nazisme» et les «camps».
Une surenchère politicienne sur le nazisme et le vécu des juifs
Il est patent que l’invitation d’Israël concerne principalement l’auteur du Village de l’Allemand. Ce roman, qui sort des ornières de l’histoire, de la Seconde Guerre mondiale à la guerre d’Algérie (1939- 1962) et à la période actuelle de terrorisme islamiste (commencée en 1992), est le plus contrefait de Boualem Sansal. Il y campe Hans Schiller, un ancien nazi, qui rejoint — dans les années 1950 — les maquis de l’ALN et s’installe définitivement dans le pays à l’indépendance, faisant prospérer dans une rigueur toute germanique un village reculé de l’hinterland où il sera – sur le tard — massacré par des islamistes ; il reviendra, dans un journal à quatre mains, à ses deux fils Rachel et Malric, nés en Algérie et élevés en France, de retranscrire dans le présent les apories du passé, entre autres le nazisme, pour les entrecroiser dans les désastres d’un présent sacrément islamiste. Le romancier, qui a souvent déclaré écrire et charpenter ses œuvres à l’appui d’une vaste documentation, a été dans le déni de l’histoire de l’Algérie combattante et de la congruence des faits. En l’absence de statistiques sur les forces en présence sur le terrain des affrontements militaires de la guerre d’indépendance, il est possible de relever le recrutement d’anciens soldats nazis dans la seule Légion étrangère, troupe de baroudeurs mercenaires de l’armée française. Le seul nazi avoué dans les rangs de l’ALN était Saïd Mohammedi (1912-1994), engagé à Berlin dans la Wehrmacht, en 1941, officier de la Deutsche Arabische Legione, de 1942 à 1944, titulaire de plusieurs médailles du Reich, organisateur pendant la guerre d’Algérie de la tuerie, le 27 mai 1957, à la mechta Kasba, douar Beni Ilmène (Melouza), de 301 habitants de sexe masculin, soupçonnés de soutien au MNA, parti de Messali Hadj. (AH : ci dessus 15 lignes inutiles)
Ce que le discours d’idée, qui déborde la fiction chez Sansal, veut fortement assimiler par une rhétorique de la contiguïté, c’est le rapprochement entre le nazisme et les combattants de l’ALN (AH : faux) qui accueillent Schiller, entre l’islamisme et le système. Dans Le Village de l’Allemand, le fascisme habille de vert de gris Alger tandis que les banlieues de France, terreau d’un islam mortifère, sont rabaissées en camps de concentration. Les raccourcis du romancier, qui a une connaissance médiocre (AH : jugement de valeurs) de l’histoire, sont aussi tragiques que dangereux. Évoque-t-il ainsi des situations extrêmes qu’il n’a jamais vécues en Algérie (AH : faut-il vivre les situations pour en parler ?) , qui ne peuvent en rien correspondre à ce qu’ont été le nazisme et ses camps de la mort en Europe centrale et le totalitarisme stalinien dans l’ancienne Union soviétique ? Le terrorisme islamiste et ses dizaines de milliers de victimes, recensées depuis les années 1990, justifient-ils des appréciations cataclysmiques sur la nature de l’État algérien ? Sansal n’en a cure : il est dans la perversité sémantique(AH : ben voyon, répétons donc : « perversité sémantique » bravo) lorsqu’il restitue à ses interlocuteurs occidentaux une Algérie «prison à ciel ouvert» et «camp de concentration» (Grégoire Leménager, 2008). Assurément, la plus conforme à leur lisibilité. Comme il ne suffisait pas à Sansal, pour la promotion de son roman en France, de «taper» sur la camarilla de généraux d’Alger et sur le système, de guider le cours des fleuves de sang qu’irrigue, jusqu’aux cités françaises, l’islamisme, il lui a fallu aussi en rajouter dans une surenchère sur le vécu juif, plus précisément sur le thème sensible de la Shoah : «La Shoah était totalement passée sous silence en Algérie, sinon présentée comme une sordide invention des juifs», assène t- il dans une sorte de bilan du Village de l’Allemand (Leménager, 2008). Sansal, qui serait bien embarrassé de réunir une bibliographie du négationnisme en Algérie, aurait (presque) souhaité que l’extermination des juifs dans les chambres à gaz nazies ait ses contempteurs et qu’elle suscite des émules de Robert Faurisson. Mensonge ? Sansal connaît sûrement les travaux académiques d’Ismaël Sélim Khaznadar, qui est comme lui, et Malek Chebel, à titre personnel, membre du projet Aladin de la Fondation pour la Mémoire de la Shoah, «programme éducatif visant à lutter contre le négationnisme de la Shoah dans le monde arabo-musulman». Le philosophe et mathématicien Ismaël Sélim Khaznadar (2005), professeur à l’Université Mentouri de Constantine, qui a bénéficié d’un financement de la Fondation pour la Mémoire de la Shoah, présidée par Simone Veil et animée par Serge Klarsfeld, pour un séjour de recherche à Auschwitz (Pologne), a publié – en partie – ses travaux dans le revue Naqd(Alger) de l’historien Daho Djerbal. Il y a donc, en Algérie, dans le champ académique, bien avant la publication du Village de l’Allemand, une réflexion libre sur la Shoah qui rend l’incrimination du pouvoir algérien sur cette question simplement polémique. L’historien anglais Tony Judt (1948-2010), petit-fils de rabbins lituaniens, qui a longtemps milité en Israël pour le sionisme et qui en était revenu, prévenait contre la possible instrumentalisation du phénomène de la Shoah (2008). Est-il inapproprié de s’attarder sur les intentions d’auteur – subites — de Sansal s’emparant de la question juive et de la Shoah ? Avec la même conviction, l’auteur du Village de l’Allemand déroule son expertise — qui fait mouche — pour le lecteur occidental qui méconnaît la réalité politique de l’Algérie : «En avançant dans mes recherches sur l'Allemagne nazie et la Shoah, j'avais de plus en plus le sentiment d'une similitude entre le nazisme et l'ordre qui prévaut en Algérie et dans beaucoup de pays musulmans et arabes. On retrouve les mêmes ingrédients et on sait combien ils sont puissants. En Allemagne, ils ont réussi à faire d'un peuple cultivé une secte bornée au service de l'extermination ; en Algérie, ils ont conduit à une guerre civile qui a atteint les sommets de l'horreur, et encore nous ne savons pas tout. Les ingrédients sont les mêmes ici et là : parti unique, militarisation du pays, lavage de cerveau, falsification de l'histoire, exaltation de la race, vision manichéenne du monde, tendance à la victimisation, affirmation constante de l'existence d'un complot contre la nation (Israël, l'Amérique et la France sont tour à tour sollicités par le pouvoir algérien quand il est aux abois, et parfois, le voisin marocain), xénophobie, racisme et antisémitisme érigés en dogmes, culte du héros et du martyr, glorification du Guide suprême, omniprésence de la police et de ses indics, discours enflammés, organisations de masses disciplinées, grands rassemblements, matraquage religieux, propagande incessante, généralisation d'une langue de bois mortelle pour la pensée, projets pharaoniques qui exaltent le sentiment de puissance (ex : la 3e plus grande mosquée du monde que Bouteflika va construire à Alger alors que le pays compte déjà plus de minarets que d'écoles), agression verbale contre les autres pays à propos de tout et de rien, vieux mythes remis à la mode du jour...» (Leménager, 2008). (AH : faut-il que la littérature suive au pas le référent ? que devient l’imaginaire alors ?) Affirmations extrêmes et rapiéçage d’une inusable nomenclature de preuves à charge contre un pouvoir dément ? Dans cet écheveau, l’écrivain devrait surtout convaincre de la comparaison extrême entre le nazisme et «l’ordre qui prévaut en Algérie» et d’imputations invérifiables, comme celle de «l’exaltation de la race». À l’évidence, un tableau de peste, et peut (AH : ?) en importe la couleur. En lisant Sansal, on n’a jamais le sentiment de vivre dans le même pays que lui : «xénophobie», «racisme», «antisémitisme», «culte du héros et du martyr», «glorification du Guide suprême» (AH : et pour cause c’est de la ittérature) : irrattrapables vices de l’enfance politique du tiers-monde réunis dans un même pays. Cette représentation fantasmée de l’Algérie, rabattue à l’envi dans les médias d’Occident, l’auteur ne cesse de rappeler qu’elle s’énonce depuis Boudouaou, Algérie. Un pays où se propagent d’aussi intempestifs et ineptes propos – le lien asserté avec le nazisme est indéfendable, grossier et tapageur — ne peut être qu’un pays de liberté. En Algérie, dans un passé si proche, les écrivains ne manquaient pas de critiquer vertement les gouvernants et de défier la culture légitime de l’État. Omar Mokhtar Chaalal (2004) rapporte comment Kateb Yacine avait morigéné le ministre de la Culture, Ahmed Taleb El Ibrahimi, qui prononçait une docte conférence, empreinte de solennité, dans la salle du Théâtre national, square Port-Saïd. Le ministre va se plaindre au président Boumediene pour lui demander de faire un sort à l’impudent chahuteur. Le président convoque Mohamed- Saïd Mazouzi, ministre du Travail et des Affaires sociales, qui avait grandement contribué à la création par l’auteur du Cercle des représailles de l’Action culturelle des travailleurs et lui tient ce discours : «J’ai eu vent de ce qui s’est passé entre Kateb et Taleb, alors il faut dire à Kateb d’écrire, de ne pas parler, parce qu’il ne sait pas parler !» (AH : cette immixion du poitique dans l’art est insupportable) Kateb avait bien ri de cette répartie du président et l’avait reçue comme un hommage à son métier d’écrivain. Aujourd’hui, les rapports entre le pouvoir et les intellectuels ont-ils changé pour plonger dans la sombre déréliction ? Sansal n’est pas dans cet échange critique et loyal avec ses adversaires politiques (réincarnés en ennemis mythiques). L’insidieuse thématique nazie qu’il oppose à l’Algérie et à l’État algérien renforce-t-elle un style de «terre brûlée» ? Dans sa guerre au système, il tisonne ses mots de feu et de cendres et d’horribles souvenances d’un monde déchu.
Le paquetage du voyageur d’Israël
La seule force qui entraîne Sansal, qui écrase tout et agrée toutes sortes de subterfuges, c’est la gloire littéraire. Il est tout entier dans cet affairement où il ne néglige aucune ressource, à l’aune d’une furieuse appétence de lauriers. L’écrivain ambitieux a compris que pour monter au pinacle, il n’en finira pas de claquer les verges sur Alger, ses généraux, ses spadassins barbus, et sur tout ce qui, par hypothèse, dérange la communauté juive et bientôt l’État hébreu. Quitte à faire, par effet de rétroaction, depuis Paris, un agent stipendié du système ou un antisémite avéré tout critique de sa démarche.
Auteur, entre 1998 et 2011, de six romans, Boualem Sansal a reçu des récompenses de second et troisième rangs (AH : C’est pas très honnete. Récompense quand même. Qui l’égale au Maghreb ?) pour quatre d’entre eux ( Le Serment des barbares, 1999, Prix du premier roman, Prix Tropiques ; L'Enfant fou de l'arbre creux, 2000, Prix Michel Dard ; Le Village de l'Allemand ou Le journal des frères Schiller, 2008, Grand prix RTL-Lire 2008, Grand Prix de la francophonie 2008, prix Nessim Habif de l’Académie royale de langue et de littérature françaises de Belgique ; Rue Darwin,2011, prix de la Paix des libraires allemands). Il a conscience que de maigres accessits comme le prix des lecteurs de RTL ou une médaille de la société des gens de lettres ne sanctifient pas le succès et la fortune d’un écrivain. Est-ce seulement cela la raison d’une hyperactivité pour enraciner les étais d’une improbable carrière littéraire en France ? En 2011, le prix de la Paix des libraires allemands — relativement coté, dont il serait, toutefois, prudent de lire l’exposé des motifs qui lui a valu leur attention unanime — apporte une première réponse et justifie cette fringale de reconnaissance jamais apaisée. Après une partie de sa carrière passée à confondre le pouvoir d’Alger et ses collusions avec la doctrine nazie et à pourfendre l’islamisme, pour se résoudre, last but not least, à réformer l’islam (pour le «libérer, décoloniser, socialiser», Marianne Payot, 2011), Sansal a désormais le bon usage du filon juif, et son séjour en Israël est le point d’orgue dans la maturation d’une posture d’écrivain «opposant» et «philosémite», comme si le discours algérien était fondamentalement mû par l’antisémitisme. Il ne s’agit pas ici de discuter sa liberté – et celle de tout Algérien — de circulation, la question qui se pose est celle de sa légitimité d’auteur confabulant sur l’Algérie, très contestable et à bon droit contestée. Sansal a conçu une œuvre et son fuligineux discours d’escorte pour des lectorats étrangers, selon un horizon d’attente bien entendu, en dehors de toute présence active, concrètement observable, dans son propre pays. L’incohérence de cette position entache nécessairement son discours et son appréciation politique de l’Algérie des dernières décennies, sujet unique de ses œuvres. Autant le discours sur Israël de ses interlocuteurs à Tel-Aviv et à Jérusalem, les romanciers Amos Oz, David Grossman (qui sont depuis plusieurs années distribués en Algérie et lus par les Algériens) et Avraham B. Yehoshua, intègre le champ d’une histoire de violences répétées et en reproduit la fragmentation dans des œuvres littéraires, célébrées au premier plan par les lecteurs israéliens, autant celui de Sansal sur l’Algérie, défini par la surcharge rhétorique sur le système de pouvoir algérien et l’islamisme, réunis dans la même détestation, et l’antisémitisme qui, semble-t-il, devrait caractériser tous les Arabes, fonctionne à vide. Pour diverses raisons :
1 - Répondant au cahier des charges de l’édition française et aux desideratas du «lecteur moyen français», s’empêtrant dans la qualification, autrefois épinglée par Malek Haddad, d’«Arabe de service », Sansal n’écrit pas pour les Algériens (AH : Il écrit pour son lecteur !). Ce qu’établirait subséquemment une analyse du «lecteur implicite» (Wayne C. Booth, Wolfgang Iser) dans ses textes et de la figure du narrataire.
2° - Son face-à-face avec le pouvoir algérien – qui dans les faits n’est qu’une vue de l’esprit – s’enferme dans le pathétique. Il en vient même à utiliser à son endroit, comme dans un raptus, le discours de l’extermination : «On a vu alors que les dictatures sont extrêmement puissantes parce qu’une dictature, ça n’est pas un homme, mais un système très enraciné, et qu’il est très difficile de désherber : même en utilisant les désherbants les plus puissants, trois mois après tout repousse.» (Grégoire Leménager, 2011). Curieux ces «désherbants puissants» que ne désavoueraient pas les spécialistes de la «solution finale» ? (AH : Il fait l’amalgame entre la litterature et le « réel »)
3° - A Jérusalem et à Tel-Aviv, que pèse Boualem Sansal, qui court derrière le grand œuvre, qui a répudié la littérature (faut) pour les clameurs du scandale, face à ses interlocuteurs israéliens ? Faut-il croire que son dialogue, sur les plans politique et littéraire, avec des écrivains israéliens plus pénétrés de leur métier, bien enracinés dans leur pays, plus exigeants dans leur rapport aux situations politiques de leur pays et du Moyen-Orient, sincères partisans de la paix avec les Palestiniens, qui sont l’honneur de la littérature de leur pays, qui s’adressent aux Israéliens en Israël, se satisfera des seules pétitions de principe – qu’il livre habituellement aux médias occidentaux — sur le nazisme, l’antisémitisme et les Dioscures (AH : Merci ! atchum n’en jetez plus !) algériens, le système et l’islamisme meurtrier, qui en seraient les pendants ? En somme, voici ce qui garnit chichement le paquetage du présomptueux voyageur d’Israël : une œuvre littéraire accordée aux circonstances, vouée aux critères publicitaires de l’autopromotion, une écriture désocialisée, sans assise ni dans la société algérienne d’origine ni dans la société française à laquelle elle est destinée, et un argumentaire politique parsemé de vœux pieux et de contre-vérités. Sur l’Algérie, Sansal a coutume de présenter les faits dans le canevas d’une «rétrodiction» (Paul Veyne), jouant sur l’ambivalence d’événements du passé et sur leur insertion dans le présent et dans l’avenir. Il lui suffit ainsi de penser comme probable la relation dans le passé des Algériens au nazisme, à l’antisémitisme, à l’islamisme, pour qu’elle devienne vraie dans leur présent ou qu’elle trouve confirmation dans leur avenir. Cependant, l’histoire enseigne qu’à quelques exceptions notables (Abdellali Merdaci, 2008), l’Algérie et les Algériens ne sont pas des zélateurs du nazisme, cela est connu depuis les positions de Messali Hadj et du PPA sur cette doctrine pendant la Seconde Guerre mondiale ; ni les fourriers de l’antisémitisme : ce sont les populations, les élites indigènes et leurs partis, toutes sensibilités confondues, qui se sont solidarisés avec les juifs d’Algérie lorsqu’ils perdaient leur statut de Français et étaient mis au banc de la société coloniale par l’Etat français de Vichy. (AH : que devient la très populaire expression « ihoudi hachek » ? ) En mai 1922 déjà, dans cette société coloniale qui les a divisés, La Voix des Humbles, organe des instituteurs algériens d’origine indigène, relevait dans son éditorial- programme : «On ne saurait donc trop blâmer ceux qui manifestent le mépris de l’Arabe et du juif et qui provoquent de regrettables actes de vengeance.» (Abdellali Merdaci, 2007). Les Algériens ont été, par dizaines de milliers, les premières victimes dans le monde de l’émergence d’un islamisme délétère, qui continue à menacer leur nation et leur unité.
Des attentes de consécration
Sansal ne peut être, pour l’Algérie, le Vassili Grossman (1905- 1964) de Vie et destin, ouvrage longtemps interdit en Union soviétique, dont la version intégrale est publiée en Europe en 2005. Si le parallèle entrepris par l’écrivain ukrainien entre le nazisme et le stalinisme, leurs charrois ( AH : eh comment !) de morts, leurs camps d’extermination et leurs goulags, correspond à des histoires qui révulsent l’humanité, comment le rendre objectif pour l’Algérie ? La stratégie de communication de Sansal repose sur la décomposition du langage, sur l’évitement des procédures de véridiction (AH: Waouh!) des mots, sur l’effondrement du sens. Même si formellement, rien ne rattache, depuis sa création en 1962, l’Etat algérien, ses textes fondamentaux et ses pratiques au nazisme et à l’antisémitisme, à leurs milices fascistes, à leurs camps, la charge destructrice de ces mots est prescrite par l’écrivain dans l’image fantasmée de l’Algérie qu’il construit et qu’il fait valoir à l’étranger. Dans le pays indépendant, qui croit à sa littérature nationale, l’auteur du Village de l’Allemand, plus préoccupé par Paris, Francfort et désormais Tel-Aviv, pense, écrit et vit la littérature dans une conscience typiquement française (AH : c’est idiot) . Cette forme d’aliénation néocoloniale oriente les conduites du romancier en en agrégeant les effets de réclame – nombreux, disparates et cumulatifs. Débite-t-il à l’envi «nazisme» et «camps» algériens, s’accrochant désespérément à un succès de scandale ? Tôt – ou tard –, cette opération de démolition par la fiction (AH : donc tu reconnais que ce n est que littérature et c’est à partir de cela que tu le voues aux gémonies ?) (et par les déclarations médiatiques qui la supportent) du monde réel algérien sera payante. Le voyage d’Israël confortera – à court terme – les attentes de consécration de l’écrivain dans le champ littéraire germanopratin, au bénéfice d’une posture littéraire rageusement hérétique, mais en définitive bien factice, parce que Sansal qui vitupère à Paris n’existe pas à Alger. Cette posture littéraire, si elle amplifie une œuvre et une carrière – tournées vers l’étranger —, reste sans lendemain ; elle confinerait, à terme, à l’extraordinaire imposture littéraire, au demeurant très borgésienne, d’un écrivain fictif. Il n’y a pas chez Sansal une assignation au champ littéraire algérien, à ses compétitions et à ses enjeux de captation de légitimité et de pouvoir symbolique. Pour faire entendre la voix (littéraire et politique) de l’Algérie en Israël ou partout ailleurs dans le monde, il aurait fallu que Boualem Sansal n’excipe pas seulement d’une adresse en Algérie, comme il se plaît à le marteler, mais aussi qu’il y trouve un lieu d’expression cardinal dans la complexe maturation de sa littérature nationale, loin des foucades et des incantations. L’exploitation carriériste par Sansal du vécu juif, le tropisme israélien, la solidarité envers l’État d’Israël et le sionisme qui en découlent, accentués depuis la publication du Village de l’Allemand, doivent au plan de carrière et à ses indémontables crescendos réglés aux impulsions de Paris, aux accommodements d’une pose devant la gloire et à ce qui demeure un périlleux ego. L’écrivain, plus que l’homme, qui a fait le choix de la fortune de l’oppresseur contre la souffrance de l’opprimé, devra l’assumer face au silence blessé des enfants de Palestine, aux plaies toujours vives et aux décombres de Ghaza aux tombes ouvertes.
A. M.
In : http://www.lesoirdalgerie.com/articles/2012/05/28/
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J'ai trouvé ce mot ce matin de dimanche 17 juin. Pas mal.
Abdellali Merdaci et Boualem Sansal. Et moi?!!!!
Je ne suis pour l'instant, ni pour, ni contre Boualem Sansal, ni simplement contre Boualem Titiche...
Mais à lire Notre grand critique Abdellali Merdaci, j'avoue, à certains moments, de sa longue fatigante diatribe, à peine je sentais être sur le point de comprendre, qu'il fait virer son char dans une zone de brouillard, d'obscurité, d'opacité totale. Notre ami Merdaci, à force de vouloir dire beaucoup de choses en même temps et d'une plus belle manière que l'auteur qu'il s'est décidé à critiquer librement , on a l'impression de tomber dans le flou, parfois méme dans l'incompréhension voire carrément dans le non savoir. Et comme dirait El Kindi :" rien ne vient de l'être de non être"
les arguments de notre ami Merdaci restent , à mon avis , de simples allusions à des faits qu'il ne décrit pas clairement suffisamment pour que nous ayons raison de lui donner raison. Hélas, il ne met pas à notre disposition les arguments nécessaires pour ce faire. En effet il ne suffit pas de Nous dire que Mohamedi Said était un soldat SS, pour nous convaincre qu'il est responsable de la tuerie de Melouza. Ce qui netre [AH: ?] autres coups de pub colonialistes a pour but et effet de réduire l'éclat des autres massacres y compris celui du Nord Constantinois et de Kerrata! Ce que Merdaci omet , peut être sciemment de nous dire, c'est que le FLN était bel et bien en guerre contre le MNA de Hadj Messali. Que les milices MNA ont fait autant sinon plus pour ce qui est de FLN les rapports de la DST en France sont là du reste pour étayer les milles et un massacres bilatéraux. c'est dire que l'adage " à la guerre comme à la guerre" a été scrupuleusement respecté de ce coté par les deux antagonistes.
En tous cas, il y a une règle mathématique en algèbre qui dit " l'ami de mon ennemi est mon ennemi" ce ci est valable pour les guerres, malheureusement, je dirais..
Une question me taraude l'esprit cependant : Merdaci ne nous dit pas ce qu'il aurait pu lui-même fait dans ce cas d'espèces.
Enfin pour terminer, Si Abdellali pouvait bien dire les choses plus simplement pour se faire mieux comprendre et attirer vers lui des pour au lieu des contre j'avoue après avoir lu Merdaci, je ne peux que désapprouver son style d'abord, ensuite ce qu'il a essayé de vehiculer à travers son style. trop de non dits! trop de non dits! cher ami. est ce la langue de bois qui vous traque en 2012? car , Merdaci , n'a rien fait d'autre que nous montrer qu'il est vraiment pédant. Accordons tout de même à l'auteur de cette critique virulente cette circonstance atténuante. Le reste, nous pouvons le lire à tête reposée dans les manuels d'histoire.
Je suis cet enfant de 6 ans victime du colonialisme inique, il y a exactement 57 ans. je ressemble à cet enfant palestinien de l'année 2012. Sur ce point je puis vous dire que je ne peux soutenir le sionisme génocidaire! le reste , je laisse Merdaci disserter à sa guise sur les idées de Sansal, de Mimouni , Malek Bennabi , Said Sadi, Yaha Abdelhafid, si Hadj Mohand Abdenour... cela ne me fait ni chaud ni froid. En tous cas ça n'ébranle pas mes convictions personnelles.
Sans rancune et démocratiquement qui que vous soyez
28.05.2012
Ici: http://iferhounen.blogs.nouvelobs.com
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J'ai ajouté ce qui suit ce dim 10 juin 2012:
Boualem Sansal : «Décoloniser l'Histoire»
02 juin 2012 | Par Antoine Perraud
Un saut en Israël, cinq jours en mai (du 13 au 17), à propos desquels il s'explique avec une ingénuité provocante, et voilà le romancier Boualem Sansal, citoyen algérien, désigné à la vindicte. Les temps ont changé depuis bientôt vingt ans : Boualem Sansal ne subira pas, faut-il espérer, le sort de l'écrivain Tahar Djaout (1954-1993), liquidé de deux balles dans la tête à Baïnem, une cité populaire de la banlieue ouest d'Alger.
Cependant les arguments – ou plutôt les injures – s'affûtent à l'encontre du romancier né en 1949, qui revivifia le français, à la Rabelais, avec son premier roman, arrivé par la poste chez Gallimard : Le Serment des barbares (1999). Une déclaration de guerre iconoclaste, libre, tragique et joyeuse aux islamistes, mais aussi aux caciques du régime algérien. Boualem Sansal, avec Le Village de l'Allemand (2008), osait ensuite aborder l'angle mort que constitue trop souvent, en terre arabe, la destruction des juifs d'Europe par les nazis.
Menacé de prison pour avoir accepté l'invitation du Festival international de littérature de Jérusalem – où il rencontra David Grossman, comme lui lauréat du Prix pour la paix des libraires allemands –, Boualem Sansal est traîné dans la boue par une presse algérienne haineuse, aux ordres, cadenassée politiquement et mentalement.
Il faut lire ne serait-ce qu'un article tâchant de délégitimer Sansal. Jetez un œil sur celui d'Abdellali Merdaci. On y trouve la technique des plumes mercenaires pratiquant la chasse aux opposants dans toute dictature. Merdaci (linguiste de l'université de Constantine) fait feu de tout bois en plaquant du sous-Bourdieu sur-interprété, avec une approche symptomatique : ôter toute racine algérienne à Sansal pour l'opposer aux écrivains israéliens, enracinés. Sa diatribe ressasse un complexe de décolonisé – requis par son tête-à-tête étouffant, rageur, vain et mystifié avec l'ancien maître –, dont a su s'affranchir, pour sa part, Boualem Sansal.
Celui-ci est un écrivain “postcolonial” (Mediapart reviendra prochainement sur cette notion), comme l'est Salman Rushdie pour la langue anglaise. Le dénigrement bête et méchant dont Sansal s'avère l'objet en Algérie – où sa prose est interdite –, trouve parfois quelques relais malavisés en France. Romancier ostracisé en son pays, il serait, selon une propagande perverse, un être gâté par l'Occident et perdu pour l'Orient, où il se vautrerait dans le confort de l'hérésie ! Ce discours est tenu par ceux qui n'ont souvent jamais mis le nez dans son œuvre.
Nous qui le lisons et le prisons, nous choisissons de lui donner la parole, sans la boire pour autant : certains de ses propos méritent discussion – notamment, dans la vidéo ci-dessous, sur la (non) situation coloniale en Israël…
MEDIAPART : Que faire de l'épreuve coloniale ?
BOUALEM SANSAL : Il faut chercher à féconder les expériences. Et ce fut bien une expérience, au-delà des violences, des souffrances et des injustices, que cette rencontre entre deux mondes : l'Orient et l'Occident. La confrontation n'a pas seulement été militaire, mais culturelle et symbolique. Cela est donc à explorer, à considérer avec intelligence. Sortons enfin d'une histoire pour entrer dans une autre...
L'Algérie s'en sort-elle ?
Quand je regarde la télévision algérienne, j'ai l'impression que le temps s'est effacé. Ce que je vois, je l'ai déjà vu dans les années 1980, 1970 et 1960 : ce sont les mêmes personnes, les mêmes mots, la même vision du monde. C'est terrifiant. On a fait une guerre, qu'on idéalise en parlant d'un ou deux millions de martyrs : pour arriver à ça ?...
Pourquoi une telle grisaille régressive ?
Nous avons un problème avec nous-mêmes, avec notre ying et notre yang, notre part orientale et notre part occidentale, notre désir de nous ancrer dans “l'authenticité” (avec toute sa construction artificielle) et notre projection dans un avenir fantasmé, qui n'est donc pas construit à partir du présent.
Nous sommes dans un piège spatio-temporel, comme dans un film de science-fiction. Cela rend fou de se cogner ainsi la tête contre des murs mentaux, j'en ai l'illustration dans les conversations que je surprends autour de moi en Algérie. Le gouvernement et les médiateurs sociaux imposent la doxa. Je les ai appelés, dans mon essai Poste restante : Alger, lettre de colère et d'espoir à mes compatriotes (2006), les “GAT”, les “gardiens autoproclamés du temple”. Il en surgit un dans chaque famille, qui entretient la schizophrénie en procédant à un tri permanent entre le bien (nous !) et le mal (l'Occident).
Dans ma génération, parce que nous avons vécu à cheval sur les deux univers, il y a du recul : la guerre nous apparaît désormais comme une étape dans un processus historique.
« En Algérie, il n'y a aucune autonomie possible »
Vous ne vous sentez pas assigné à résidence, enraciné dans “la guerre de Libération nationale” ?
Les racines (arabo-musulmanes et que sais-je encore ?) sont convoquées à tout bout de champ, en Algérie. Nous avons eu notre retour à la terre, aux origines, à tout ce que vous voulez. Nous étions au milieu des années 1970. C'était la “Charte nationale”. Après le bricolage de l'indépendance, nous étions censés entrer dans une phase de définition. Les uns cherchaient dans l'univers religieux, d'autres dans le marxisme-léninisme, quelques-uns dans les valeurs quasiment judéo-chrétiennes de l'Occident.
La discussion fut officiellement ouverte. Folie totale trois mois durant : l'Algérie était un asile. Il y eut des réunions dans les salles de cinéma, les entreprises, les ministères, les mairies, les stades... Cela donna d'abord un discours en forme d'allégeance au pouvoir : nous voulons le vrai socialisme, nous n'y sommes pas encore, faisons tout pour l'atteindre, etc, que la télévision relayait nuit et jour, avec des multiplex insensés : « Oran, où en êtes-vous de la Charte nationale ? »...
Les revendications sont vite devenues identitaires (Kabylie, berbérité...), religieuses, puis il y eut une articulation aussi complexe qu'hystérique avec le Moyen-Orient, consistant à vouer Israël aux gémonies (il y avait eu la guerre des Six Jours puis celle du Kippour). Pour finir, à défaut de savoir qui nous étions, nous en sommes venus à proclamer ce que nous ne voulions pas être : la pâle copie de l'Occident tels ces francophones aliénés, etc. Si bien que les revendications verticales, à l'endroit du pouvoir, sont devenues des confrontations horizontales : Arabes contre Berbères, religieux contre laïcs...
La cacophonie a duré le temps que des experts inféodés rédigent, dans le secret d'un cabinet, autour d'Abdellatif Rahal et de quelques autres piliers du régime, cette Charte nationale aussitôt devenue la « Tarte nationale » pour le peuple, néanmoins obligé de l'adopter par référendum. Nous étions censés savoir qui nous sommes, d'où nous venons et où nous allons ! Et nous en sommes toujours là...
Trente-cinq ans plus tard, dans une France déboussolée, Nicolas Sarkozy tentait de lancer un pseudo débat sur la prétendue identité nationale…
Oui, mais malgré sa méfiance voire son aversion des corps intermédiaires, le président Sarkozy a dû faire face à une société civile vivace et organisée. En Algérie, il n'y a aucune autonomie possible : chacun dépend du régime qui lui donne du travail, le loge, le soigne, après l'avoir formé.
Le moindre écart de conduite et de langage vous conduisait à une voie de garage ; la moindre critique vous faisait disparaître de la circulation.
Vous qui avez tout de même travaillé dans un ministère, comment avez-vous tiré votre épingle du jeu ?
La société civile se divise entre ceux qui se mettent en avant, entrent dans toute organisation (syndicat étatique, cellule du parti dans l'entreprise…) en participant donc à cette comédie, et ceux qui se mettent en retrait. Qui vivent alors misérablement, dans leur vieil appartement, chez leurs parents.
Ce ne fut pas votre cas…
La solution consistait à quitter Alger. J'ai donc accepté un emploi à Boumerdès, où je vis toujours. On mettait trois heures pour atteindre ce petit port de pêche auquel ne menait aucune route carrossable, à 45 km de la capitale. On met aujourd'hui le même temps malgré deux autoroutes, à la fois embouteillées tant les voitures se sont multipliées mais surtout filtrées par des barrages militaires tous les cinq kilomètres.
À Boumerdès (anciennement Rocher noir, où de Gaulle avait fait construire une sorte de Camp David pour héberger des négociations secrètes algéro-françaises, qu'allait finalement plastiquer l'OAS), à Boumerdès, à partir de 1963, divers instituts universitaires devaient voir le jour grâce à l'aide étrangère : les hydrocarbures et la chimie sous l'égide des Soviétiques, le génie mécanique grâce aux Arts-et-métiers de Paris, l'électronique pilotée par une université américaine, le management avec HEC Montréal… J'ai débarqué dans ce Trifouilly-les-Oies internationaliste et on m'a alloué un petit chalet sur le campus, que j'ai gardé depuis.
Vous avez été haut fonctionnaire au ministère de l'industrie sans aucun problème ?
J'ai d'abord été enseignant en management dans mon petit trou de Boumerdès. J'étais marié à une Tchèque, nous observions la politique sans nous y mêler. L'Algérie vivait au rythme des réunions du comité central du parti, qui aboutissaient à de vagues résolutions produisant des commentaires kilométriques. C'était désespérant. On attendait, alors qu'il n'y avait rien à attendre.
Les années passant, j'ai fini effectivement par travailler dans un ministère à Alger, jusqu'à mon limogeage, en 2003 ; une fois que des articles dérangeants qui m'étaient consacrés parvinrent jusqu'au cerveau des autorités…
Quid des colonisations intérieures, qui perdurent malgré la décolonisation officielle ?
Albert Memmi, qui a 91 ans et qui vit à Paris un peu oublié, a déjà tout dit, de manière approfondie, dans son Portrait du colonisé, précédé du portrait du colonisateur (1957). La France a été destituée par l'Histoire pour se retrouver réduite au niveau d'un État, alors qu'elle avait développé une mentalité impériale. Elle tente aujourd'hui, à coup de milliards, de freiner l'inexorable reflux mondial de sa langue jadis conquérante. Cette France, qui avait pour vocation d'offrir du sens au monde et de se propager, s'est donc repliée sur la défense d'un territoire de plus en plus étroit. Pour ne pas finir totalement frileuse, elle s'est cherchée dans l'Europe un nouvel espace symbolique, qui ferait office de nid protecteur.
Est-ce le même mouvement de la part d'une Algérie qui se nicherait dans l'ensemble arabo-musulman, pour ne pas se retrouver nue ?
Nous avions hérité de la culture et de la vision impériales de la France. Nous en remontrions, dans une position dominante, à nos voisins. Dis-moi quel est ton colonisateur, je te dirai qui tu es, raillions-nous à l'adresse des Libyens, qui avaient subi la faiblarde tutelle des Italiens. Nous méprisions les protectorats tunisien ou marocain, nous qui étions parvenus à constituer trois départements français : nous étions l'enfant chéri de la France – comme celle-ci était la fille aînée de l'Église !
Qu'en sont venus à souhaiter aujourd'hui les Algériens éclairés ?
Nous sommes au début d'une démarche qui pourrait se résumer ainsi : décoloniser l'Histoire. Le monde s'est ouvert brutalement et l'air s'engouffre dans les maisons les plus poussiéreuses. Or nos intérieurs sentent encore le renfermé, tant l'Histoire est fermée : l'Histoire que nous portons en nous, l'Histoire qui nous fut racontée, l'Histoire prise en main par des ordres dominants, l'Histoire écrite une fois pour toute, intangible, intouchable. Dire un mot sur l'islam vous rend islamophobe, s'exprimer sur Israël fera de vous un antisémite. L'écriture de l'Histoire a produit des chaînes. En Algérie, nous subissons des chaînes qui datent de quatorze siècles : à la limite, nous pourrions nous inventer nos propres chaînes, non ?
Comment faire passer de l'air dans l'Histoire, dont nous avons fait un ciment, qui donne son sens aux notions d'identité, de hiérarchie, à tous ces principes qui permettent à un État de fonctionner ? Nous cherchons le bon souffle…1
(reprise de l’article de Médiapart , ‘Boualem Sansal : «Décoloniser l'Histoire» du 02 juin 2012 par Antoine Perraud’ auquel je n’ai pu accéder directement)
In : http://forumdesdemocrates.over-blog.com
Regards
Médiapart veut «décoloniser l'Histoire»
Il y a eu deux grands types de réactions à la visite de l'écrivain Boualem Sansal en Israël. Elles sont dialectiquement liées. Les premières, très nombreuses, ont chevauché, en considération de sa nationalité algérienne, le «courage» et «l'engagement» du visiteur rapportés à l'antisémitisme à la lâcheté ou à la servilité, présupposés, de ses compatriotes. Ces réactions furent essentiellement pro sionistes. Les secondes rarissimes ont fusé en tant que réponse à l'insulte qui est faite aux femmes et aux hommes, y compris Israéliens, qui s'opposent au sionisme et à tout ce qui nie son abjection. Pour le vérifier, il n'y a qu'à relire ce qui a été écrit et à constater que le contenu ne concerne pas l'acte en soi, mais la symbolique qui l'a accompagné, contre le boycott d'Israël et contre, plus particulièrement, les intellectuels algériens qui persistent à voir dans le sionisme un crime contre le peuple palestinien ou qui restent en alerte contre les menées colonialistes. Cela aurait pu en rester là. Mais Médiapart, sous la plume de Antoine Perraud, s'attaquant à Abdellali Merdaci, linguiste à l'université de Constantine, pousse les propos aux limites de la décence. Au texte de très haute facture et à l'analyse très fine de Merdaci, le journaliste oppose une prose expéditive, se voulant méprisante et dégoulinante d'indigence. Usant de poncifs, il n'ose pas affronter le chercheur constantinois, il ne le cite pas et avec une malhonnêteté scandaleuse, le livre en pâture à des lecteurs qui ignorent les enjeux et qui sont souvent conditionnés par les préjugés fastfoods. Le tableau a été simplifié à l'extrême, d'un côté un homme «seul et opprimé», de l'autre «une meute de censeurs assassins». On peut ainsi apprendre que Merdaci a «la technique des plumes mercenaires pratiquant la chasse aux opposants dans toute dictature» et qu'il écrit dans «une presse algérienne haineuse, aux ordres, cadenassée politiquement et mentalement». Sa perspicacité intellectuelle est réduite à une «diatribe» requise par «son tête-à-tête étouffant, rageur, vain et mystifié avec l'ancien maître», c'est-à-dire le colonisateur. Sansal, bien au contraire, incarnerait l'écrivain «postcolonial», alors que plus que jamais, il campe le rôle du «bon indigène», rétro-inséré, qui a besoin qu'on vole à son secours, car il risque, ni plus ni moins, que les Merdaci lui fassent un sort funeste. Perrault s'inquiète, ouvertement, de cette éventualité : «Boualem Sansal ne subira pas, faut-il espérer, le sort de l'écrivain Tahar Djaout .» Rien que cela ! On vous l'a dit, en Algérie il n'y a rien qu''une dictature sanguinaire et omniprésente exerçant son pouvoir sur un peuple gémissant. Les intellectuels, s'il y en a, ne peuvent qu'être au service du pouvoir ou se taire. M. Merdaci, qui a cru exercer son droit de critique, ne peut être qu'un homme de main qui, paradoxalement et malgré cela, a l'insolence d'avoir eu déjà raison en écrivant ceci : «L'écrivain, plus que l'homme, qui a fait le choix de la fortune de l'oppresseur contre la souffrance de l'opprimé, devra l'assumer face au silence blessé des enfants de Palestine, aux plaies toujours vives et aux décombres de Ghaza aux tombes ouvertes.» En attendant d'être «décolonisé» et de cesser de travailler à déconstruire le discours colonialiste.
Par Ahmed Halfaoui
09 06 2012
In : http://www.lesdebats.com
Contribution : UNE DÉFENSE ET ILLUSTRATION DE SANSAL PAR ANTOINE PERRAUD (MÉDIAPART, PARIS)
Pour en finir avec «le Voyageur d’Israël»
Par Abdellali Merdaci
Le journaliste Antoine Perraud, du site d’information en ligne français Mediapart (Paris), réagissant à ma contribution sur le voyage de l’écrivain Boualem Sansal en Israël, publiée dans les colonnes du Soir d’Algérie(Cf. «Le printemps israélien de Boualem Sansal. Posture et imposture littéraires », 28 mai 2012), signe, dans son édition du 2 juin 2012, une violente attaque ad hominem contre l’auteur de ces lignes. Voici, pour les lecteurs du Soir, le texte qui introduit son entretien avec l’écrivain algérien Boualem Sansal, de retour de Jérusalem :
«Un saut en Israël, cinq jours en mai (du 13 au 17), à propos desquels il s’explique avec une ingénuité provocante, et voilà le romancier Boualem Sansal, citoyen algérien, désigné à la vindicte. Les temps ont changé depuis vingt ans : Boualem Sansal ne subira pas, faut-il espérer, le sort de l’écrivain Tahar Djaout (1954-1993), liquidé de deux balles dans la tête à Baïnem, une cité populeuse de la banlieue ouest d’Alger. «Cependant les arguments – ou plutôt injures – s’affûtent à l’encontre du romancier né en 1949, qui revivifia le français, à la Rabelais, avec son premier roman, arrivé par la poste chez Gallimard : Le Serment des Barbares (1999). Une déclaration de guerre iconoclaste, libre, tragique et joyeuse aux islamistes, mais aussi aux caciques du régime algérien. Boualem Sansal, avec Le Village de l’Allemand (2008), osait ensuite aborder l’angle mort que constitue trop souvent, en terre arabe, la destruction des juifs d’Europe par les nazis. «Menacé de prison pour avoir accepté l’invitation du Festival international de littérature de Jérusalem – où il rencontra David Grossman, comme lui lauréat du Prix de la paix des libraires allemands –, Boualem Sansal est traîné dans la boue par une presse algérienne haineuse, aux ordres, cadenassée politiquement et mentalement. «Il faut lire ne serait-ce qu’un article tâchant de délégitimer Sansal. Jetez un œil sur celui d’Abdellali Merdaci. On y trouve la technique des plumes mercenaires pratiquant la chasse aux opposants dans toute dictature. Merdaci (linguiste de l’université de Constantine) fait feu de tout bois en plaquant du sous-Bourdieu sur-interprété, avec une approche symptomatique : ôter toute racine algérienne à Sansal pour l’opposer aux écrivains israéliens, enracinés. Sa diatribe ressasse un complexe de décolonisé – requis par son tête-à-tête étouffant, rageur, vain, et mystifié à l’ancien maître –, dont a su s’affranchir, pour sa part, Boualem Sansal. «Celui-ci est un écrivain «postcolonial » (Mediapart reviendra prochainement sur cette notion), comme l’est Salman Rushdie pour la langue anglaise. Le dénigrement bête et méchant dont Sansal s’avère l’objet en Algérie – où sa prose est interdite –, trouve parfois quelques relais malavisés en France. Romancier ostracisé en son pays, il serait, selon une propagande perverse, un être gâté par l’Occident et perdu pour l’Orient, où il se vautrerait dans le confort de l’hérésie ! Ce discours est tenu par ceux qui n’ont jamais mis le nez dans son œuvre.» Cette réaction – qui n’en exclut pas d’autres de la même encre putride de la presse parisienne – pose explicitement la question du métier de la critique, du devoir d’opinion et de la clarté du débat intellectuel contradictoire ; ce débat présuppose une éthique dont ne peuvent se prévaloir les gazetiers parisiens protecteurs de Sansal, qui confondent l’odeur des poudrières (coloniales) et la réflexion critique. Il faudrait en signaler les éléments à charge : M. Perraud me range très vite, sans me connaître et sans avoir lu mes travaux, parmi les «plumes mercenaires pratiquant la chasse aux opposants de toute dictature» et me renvoie catégoriquement à une lecture de «sous-Bourdieu surinterprété ». Ce ton vengeur, ce mépris et cette hargne me paraissent datés : Bourdieu ne les avait-il pas longtemps subis de ceux qui refusent toujours, en France, dans les médias et dans l’Université, la «critique sociale» ? Pour avoir décrit le champ médiatique parisien, n’avait-il pas été l’objet de mercuriales des «essayistes» des médias le traitant d’«intellectuel archaïque», «stalinien» et «faussement scientifique» ? L’élite médiatique parisienne qui sait prescrire les «bonnes causes», et sans doute Sansal en est une pour elle, peut se mobiliser pour flageller «le linguiste de l’Université de Constantine» et hâter sa stigmatisation. En la circonstance, le journaliste Perraud joue sur le registre parfait d’une habituelle dramatisation du récit de presse : il campe déjà Sansal comme «citoyen algérien désigné à la vindicte» et surtout aux «deux balles dans la tête», identiques à celles qui ont foudroyé, le 2 juin 1993, le journaliste et écrivain Tahar Djaout. Mesurera-t-on la gravité de ces mises en cause, pour y répondre – cette fois-ci – et ne plus y revenir ? Car la meute est bel et bien lâchée par Sansal, qui reçoit la presse, les télés et les radios, dans l’appartement d’hôte de l’éditeur Antoine Gallimard ( L’Expression, 6 juin 2012), et multiplie les procès en sorcellerie pour «terrasser» ceux qui «ont sorti les couteaux » contre «le Voyageur d’Israël». Je retiens de la saumâtre philippique de Perraud les aspects suivants :
1 – J’ai prévu dans ma contribution qu’on ne tardera pas – depuis Paris – à m’accuser d’être stipendié par le pouvoir d’Alger ; me voilà donc remplissant un effarant mercenariat de la plume. J’attends, maintenant, pour avoir douté de la sincérité de la démarche de Sansal sur le vécu des juifs, la lourde incrimination d’antisémitisme. Faudra-t-il pour l’universitaire algérien restituer l’image «recadrée » de son pays, selon les attentes des exacteurs de la presse parisienne ou, dans le cas contraire, passer pour un appendice du pouvoir ? Il y a, toujours en France, stupide et indéracinable, ce sentiment que la liberté de penser et de dire est irrémédiablement condamnée en Algérie ou explicitement contrôlée par les officines du pouvoir. Le journaliste Perraud ne puise-t-il pas dans ce manichéisme ?
2 – Si la formule «sous- Bourdieu sur-interprété» est assurément un oxymore inventif, forgé dans le croisement de paradigmes prépositionnels spatiaux contraires («sous» VS «sur»), le discrédit – légèrement prononcé – sur ma compétence académique me paraît sans cause et sans effet. J’ai souvent été redevable de mes lectures de Bourdieu, sans aucune forme de réduction, pour ne pas exprimer ici une dette. J’observe, toutefois, que le journaliste Perraud restitue scrupuleusement aux lecteurs de Mediapart les éléments descriptifs de la figure d’auteur de Sansal que j’ai proposés dans ma contribution : «opposant », «déraciné», «hérétique», «paranoïde» («menacé de prison »). Cela devrait rester.
3 – Il est probablement aventureux de m’imputer le projet de lever contre Sansal une «vindicte» et d’armer le tireur des problématiques «deux balles dans la tête». Je ne sais trop à qui, du romancier Sansal et du journaliste Perraud, attribuer cette sombre élucubration. Il est évident qu’il s’agit là d’une forme de barrage psychologique contre l’exercice de la critique et de la réflexion intellectuelle libres. Ce type de projection appelle donc une censure de toute appréciation non congruente sur le travail d’écrivain de Sansal et sur ses positions dans les champs littéraire et politique. Il n’y a pour le gazetier parisien que deux alternatives : se faire louangeur de Sansal ou se taire. Me prévalant de ma seule qualification d’universitaire algérien, ne figurant ni dans la clientèle du pouvoir algérien ni dans celle de la France et de ses antennes, ne me reconnaissant aucun «ancien maître», je ne m’adresse qu’aux seuls lecteurs algériens pour défendre une littérature nationale algérienne, dégagée de toutes les influences néocoloniales. Le journaliste de Mediapart confirme la pertinence de ma réflexion sur cette caractéristique d’«opposant» de Sansal — et précisément «d’opposant» dans une «dictature» — qui devrait assurer sa singularité d’écrivain. C’est bien cela qui est discuté dans ma contribution, publiée dans Le Soir d’Algérie, sur son voyage en Israël, dans ce qu’il induit en termes d’attitudes d’auteur suffisamment réfléchies, qui définissent une «posture littéraire» (Jérôme Meizoz, 2007, 2011). Audelà de l’éthos que circonscrivent les œuvres du romancier, fichtrement compulsif relativement au pouvoir d’Alger, Sansal forge donc une attitude d’«écrivain opposant », faisant oublier par l’outrance de ses propos dans la presse parisienne, la vacuité d’une écriture littéraire sans aucune portée dans la société algérienne et dans son imaginaire. Mais alors, Sansal «opposant» ? Est-il nécessaire de préciser que Boualem Sansal, l’homme et l’écrivain, n’est pas connu comme un acteur public, exerçant une quelconque opposition au pouvoir en Algérie. En dehors d’une ou deux pétitions vaguement politiques de «bobos» algérois, aussi peu efficaces qu’inspirés, je ne me souviens pas qu’il se soit fait remarquer, en Algérie même, dans une manifestation publique, où il aurait expressément engagé son nom et son statut d’écrivain. Il se distingue, certes, par une agitation dans la presse française et européenne (je peux citer au moins une soixantaine de textes d’entretiens), lourdement remâchée à en devenir rebutante. Cette «opposition» très circonstanciée est suscitée, malheureusement, à date fixe (c’est vérifiable !) pour la promotion de ses romans ; elle induit une confusion des postures de l’écrivain dans les champs littéraire et politique, que ne tempère pas une récente surenchère sur le «nazisme» et les «camps» dont il accuse étrangement l’État algérien. Il faut raisonnablement entendre, en regard du récit sur ses écrivains que produit l’Histoire de la littérature française, ce que n’est pas Sansal, qui ne peut censément être tenu pour un Voltaire, un Hugo ou un Zola algérien et il n’a jamais été établi, sauf dans un entendement étroit, qu’une tortueuse prose légitime une filiation rabelaisienne. Commençons par le courage dans les choix et les risques encourus. Boualem Sansal n’est pas Paul Nizan, crucifié par une balle explosive allemande, près de Dunkerque, le 23 mai 1940, ni Saint-Exupéry, fauché dans un dernier vol de nuit, le 11 juillet 1944, ni Jean Prévost, tombant les armes à la main au pied du Vercors, le 1er août 1944, ni Robert Desnos, mort dans un camp nazi de Bohême (République tchèque), le 8 juin 1945, qui conjuguent, sur le front d’une guerre, l’appel de la patrie et la dignité des écrivains français. Ensuite, l’héroïsme. Sansal n’est pas Malraux, chef des escadres républicaines d’Espagne en guerre civile, ni Romain Gary, audacieux combattant en Lorraine, pendant la Seconde Guerre mondiale, face au défi des espérances humaines brisées. Enfin, la morale intellectuelle. Sansal n’est ni Jean-Paul Sartre dans les usines Renault, à Billancourt, ni Michel Foucault dans les prisons de France, à l’enseigne d’un militantisme social. Courage, héroïsme, morale intellectuelle ? L’auteur du Village de l’Allemand, qui fait de la douillette opulence des salles de rédaction parisiennes ses champs de batailles (protégés) contre son pays – toujours meurtri – peut-il en tirer de la gloire ? Ce serait une gloire calamiteuse. Car, il n’a jamais existé en Algérie pour faire connaître un message d’espoir aux Algériens qui doutent et pour lutter concrètement pour une transformation de leur société politique. Le romancier Sansal est dans une quête compensatoire de succès de scandale en raison d’une œuvre sans retentissement. Les Français qui célèbrent l’itinéraire exemplaire dans la littérature de Patrick Modiano – le plus grand auteur français du début du XXIe siècle – ou de J.M.G. le Clézio, qui évoquent encore ceux de Roger Martin du Gard, Julien Gracq et René Char, saluent cette subtile discrétion d’œuvres vraies, éloignées des bruits de la foule, qui accréditent leur auteur, non seulement devant ses lecteurs, mais devant son pays et son histoire. De ce point de vue, Sansal, avec sa propension au clinquant criant de Paris (qui ferait honte même à un Frédéric Beigbeder, autrement plus talentueux), n’apporte rien à la littérature algérienne et ne contribue pas à sa reconnaissance dans le monde. Jusqu’à présent, et cela devient gênant, il n’est porté que par une recherche effrénée et sordide de hochets des jurys littéraires germanopratins. Son «opposition» au pouvoir d’Alger ne se rattache qu’à cette triste contingence. Je crois l’avoir dit, si fortement, pour me valoir les sarcasmes de ses commanditaires, nostalgiques de la défunte colonie française, qui ne peuvent comprendre l’Algérie indépendante que comme un pays de mort et de désolation, le semblable pays que la France coloniale croyait découvrir et ouvrir à la civilisation en 1830. Boualem Sansal écrivain postcolonial ? Il ne peut être – dans le déboulé des récents événements – qu’un pur produit de cet esprit néocolonial dont les missionnaires – à l’instar d’un Antoine Perraud du site Mediapart – qui lui servent dans l’écuelle des ilotes une soupe marinée dans les fades cuisines des champs littéraire et médiatique germanopratins, l’ont revêtu d’une livrée de factotum et pourvu de nombreux masques ajustés à une ambition de gloire démesurée. Ils le poussent comme un pion dans leur échiquier (comme c’est le cas avec ce débauchage au profit d’Israël), mais ils s’en lasseront très vite, le jour où il ne saura plus servir leurs causes, ou simplement mordre dans la chair de son pays, pour s’en débarrasser sans état d’âme. L’écrivain postcolonial ne peut émerger qu’en Algérie, loin du Paris littéraire et de son trafic de fausse monnaie, de ses poses calculées, de ses compromissions sans lendemain, aujourd’hui avec l’État d’Israël qui bafoue la justice pour les Palestiniens, demain avec les forces coalisées de l’Otan qui larguent sur les pays arabes les «bombes de la démocratie». Il ne peut se concevoir un écrivain postcolonial sans une littérature nationale. Un auteur postcolonial algérien naît dans la proximité de sa société, se bat pour faire éditer et diffuser ses livres en Algérie pour être lu par des Algériens, parce que sans lecteurs algériens, ses écrits n’ont pas d’avenir. Un écrivain postcolonial ferraille dans les rédactions des journaux de son pays, sans doute rustiques, mais plus humaines et sans parti-pris, pour faire triompher ses idées. Un écrivain postcolonial mérite de grandir dans les douleurs de son pays et son œuvre de mûrir dans une parole qui enfante la liberté. En Algérie, comme partout dans le monde, le respect par les lecteurs des écrivains et de leur littérature est à ce prix. «Le Voyageur d’Israël» a perdu ce respect.
A. M.
In : http://iferhounene.wordpress.com
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321 - Boualem Sansal en Israël
1- Boualem Sansal est un homme libre. Il voyage où bon lui semble. Je comprends parfaitement qu’il veuille débattre de ses romans où il veut. Personnellement, pour raison professionnelle, à la fin des années 90 j’ai failli traverser Israël pour effectuer un reportage, y compris dans les territoires occupés. En juin 2000 une délégation d'universitaires et de journalistes algériens s'étaient rendus dans cet Etat. La question, si question il y a, porte sur la perception que chacun a de l’Etat hébreux, sans confondre cet Etat voyou avec ses populations. Mon ami Sansal le fait-il ? Je n’en sais rien, après tout cela est son problème. Chacun défend ses convictions comme il l’entend. Sur Israël, je dirais avec d’autres qu’il est un Etat colonialiste soutenu par les grandes puissances et la lâcheté de nombreux dirigeants arabes, au détriment des populations Palestiniennes spoliées. Mais cela doit-il empêcher un journaliste ou un auteur Algérien, arabe ou autre d’aller sur place ? Je pense que non.
2- Il va sans dire que les propos tenus par les uns et les autres dans ce blog n’engagent que leurs auteurs. Il est évident que je n’approuve pas nécessairement leur contenu, notamment ceux (loin, très loin de la littérature) qu’avance ci-dessous l’insupportable JP Lliedo, homme aigri probablement et haineux assurément, réglant ses comptes à je ne sais qui, en s’en prenant aux arabes, aux Palestiniens, aux démocraties arabes… s’est-il un jour interrogé sur ses convictions communistes peut-être même staliniennes, qu’il a défendues des années durant sans jamais faire son mea-culpa ?
Merci.
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Boualem Sansal à Jérusalem
Par Jean-Pierre Lledo - Mardi 22 mai 2012
Voilà, Boualem Sansal est reparti. Voyage éclair. Mais pour toutes celles et ceux qui ont pu l’approcher durant ces 4 jours (13 au 16 Mai), à Jérusalem ou à Tel Aviv, à l’occasion de sa participation au Festival International des Ecrivains 2012 de Jérusalem, la lumière de l’éclair restera pour toujours. Pour d’innombrables raisons.
Malgré sa notoriété qui grandit de roman en roman, Boualem est resté le même, modeste, à l’écoute, doux, n’élevant jamais la voix, naïf et pas faussement, tellement sans masque qu’on a envie de le lui en tendre, au moins un, on sait jamais.
Comment ne pas penser à cette autre force tranquille, l’écrivain Tahar Djaout qui, lui en plus, roulait adorablement les ‘’r’’ ? (Il fut assassiné le 27 mai 1993 par les islamistes alors qu’il venait de sortir de son immeuble et d’entrer dans sa voiture, dans une lointaine banlieue d’Alger).
Même les énormités ne perturbent pas plus Boualem qu’elle ne perturbait Tahar.
Et autant le dire de suite, Boualem n’en entendit pas une seule, là.
Les énormités, faut aller les chercher sur le net : haine, antijuivisme primitif le disputant à un aussi primitif anti-israélisme, insultes nauséabondes, baignant souvent dans ce nazislamisme déjà dénoncé par l’auteur dans ‘’Le Village de l’Allemand’’.
Même aussi dénué de préjugés que lui, arriver à Jérusalem quand on vient d’Algérie n’est pas une mince affaire. Que faut-il surmonter ? Je lui ai posé la question. Réponse : ‘’la peur’’. Et Boualem refuse d’avoir peur, car ‘’c’est entrer dans leur logique’’. Celle du censeur, du dictateur, du sectateur, et de tous les autres bien-penseurs. Il faudrait écrire panseurs.
N’ayant pas peur, il a pu savourer ses sensations, celles du lieu magique, Yérouchalaïm (Jérusalem prononcé en hébreu), celles des rencontres avec ses habitants-lecteurs-auditeurs, et en éprouver du bonheur. C’est beau de voir un visage émerveillé. On a beau avoir dépassé la soixantaine, c’est celui d’un enfant. Rien de mystique ni du fameux syndrome de Jérusalem, pourtant.
Car il en sera ainsi de tous les Arabes qui viennent et viendront en Israël.
Planter ses dents dans le fruit défendu, c’est quand même le plaisir des plaisirs.
Ensuite, retrouver ces Juifs qui ont été chassés de tous les pays arabes. 600 des 900 mille, ce n’est pas rien. Et donc forcément qu’à chaque coin de rue, vous avez de fortes chances de vous retrouver nez à nez avec un de ces 600 000, un pote de Tlemcen, ou de Constantine, ou du Mzab, ou du bled de la Kahena dans les Aures… Et le nez, les Juifs comme les Arabes, ils n’plaisantent pas avec.
photo in GuysenEnsuite, quand on vient du monde arabe, et qu’on a dû prendre son visa à Paris, donc traverser plusieurs pays d’Europe, où insensibles aux tueries et aux discriminations les plus intolérables du monde musulman, vis-à-vis des Noirs, des Chrétiens, et de tout musulman qui ose déroger, Israël est devenu le seul motif d’indignation, la grosse surprise c’est, bien sûr, de marcher dans des rues où se croisent des Arabes et des Juifs le plus normalement du monde, ou bien de traverser tout Jérusalem et ses quartiers plutôt arabes ou plutôt juifs, dans ce fameux tramway à peine inauguré, sans que l’on y voit un seul policier, sans que le moindre ‘’crime talmudique’’ ne soit commis pour faire de la galette avec du sang d’enfant arabe, puisque tel est le sujet favori d’une bonne partie de la production romanesque dans le monde arabe…
Boualem m’a d’ailleurs demandé comment étaient habillés les policiers. Je lui ai répondu que je me posais la même question, car je n’en avais pas encore vus, et que je me demandais même comment d’aussi grandes villes pouvaient s’autodiscipliner.
Et lorsque Boualem s’est rendu au lycée français de Jérusalem qui tient à s’afficher ‘’laïque’’ bien que situé dans le couvent St Joseph, ce qui l’a éberlué, c’était que hormis quelques profs et le proviseur, des Français, le reste, profs et élèves étaient Juifs et Arabes, ces derniers étant soient israéliens, soit venant des Territoires administrés par l’Autorité Palestinienne.
Les keffiehs que portaient certains élèves ne lui ont pas échappé non plus. C’est vrai que c’était le jour de la ‘’Naqba’’ (catastrophe), que depuis quelques années les dirigeants palestiniens tiennent à commémorer, sous ce nom, presque l’équivalent en hébreu de la ‘’Shoah’’, excusez du peu,[Ahmed Hanifi : Je n’ai pas pu résister ici pour dire que je trouve ces mots « excusez du peu » de LLiedo nauséeux.] le même Jour que l’indépendance israélienne de Mai 1948.
Quand les Arabes et les Palestiniens pourront librement - c’est à dire sans que les intellectuels n’aient peur pour eux et leur famille - se réapproprier leur histoire, ils devront sans aucun doute conserver une Journée Naqba, mais en la situant bien, bien avant…
Par exemple, au tout début du 20ième siècle lorsque les premiers mouvements politiques arabes - ils ne se disaient pas encore ‘’palestiniens’’ puisque les premiers palestiniens de cet endroit furent … Juifs - au lieu de s’employer à bâtir les institutions de leur futur Etat, comme le fit le mouvement sioniste, consacrèrent toute leur énergie à nier le droit national des Juifs à avoir leur propre Etat, d’abord par la parole, puis par le boycott de leurs produits économiques, puis par les assassinats de simples gens, puis en commençant par chasser les Juifs de Galilée, de Hébron, et de Jérusalem, c'est-à-dire ceux qui n’avaient jamais quitté cette terre, enfin par la guerre dirigée par le Hadj Amin El Husseini financé dès les années 30 par les nazis.
Fourvoyés par leurs chefs et par des pays arabes dont les frontières ont toutes été dessinées par la puissance dominante, l’Angleterre, telle est la véritable Naqba des Palestiniens arabes, chrétiens et musulmans.
Le jour où l’on verra des intellectuels arabes et palestiniens le dire et l’écrire, alors la solution du conflit israélo-palestinien ne sera plus très loin…
Sansal, quant à lui, est persuadé qu’un jour la paix arrivera. Et il a même une petite idée toute simple qu’il ne nous a pas dissimulée…
‘’Il faudra qu’autour de la table, il n’y ait que des Palestiniens et des Israéliens.’’. Pas d’autres.
‘’Ni des Européens, ni des Américains, ni des Russes, car tous n’ont en vue que leurs intérêts’’.
Ni des Arabes d’ailleurs, surtout eux, qui aujourd’hui se sont livrés aux islamistes…
Les islamistes, et on l’avait compris depuis ‘’Le Village de l’Allemand’’, sont pour Boualem le mal absolu.
Aussi a-t-il tenu à s’élever contre ceux qui en Europe défendent l’idée que c’est ‘’un mal nécessaire’’.
Traverser le Mal pour aller vers le Bien ? ‘’Ridicule, suicidaire !’’, hausse à peine la voix, Boualem : ‘’Pour aller vers le bien, il faut s’ ECARTER du Mal’’.
Mais les élections dans le monde arabe qui lorsqu’elles sont libres portent partout au pouvoir les islamistes, laissent-elles un espoir, lui ont demandé maintes fois ceux qui firent salle comble à chacun de ses débats ?
‘’Pas à brève échéance’’, admet l’écrivain. Et précise-t-il, le temps à lui seul n’y fera rien. De débat en débat, Boualem ne craint pas de se répéter : ‘’les intellectuels du monde arabe doivent se mettre au travail’’, pour élaborer une pensée indépendante des pouvoirs consacrés, une pensée qui ne recule devant aucun tabou. Et comme Boualem ne veut pas désespérer, il énumère quelques exemples (peu nombreux) de réactions positives à son voyage actuel en Israël, qui certes par ces temps de fange haineuse, illuminent...
La question qui est revenue le plus souvent est : ‘’Pourquoi restez vous en Algérie ?’’. Certains le prièrent même, larmes aux yeux : ‘’Ne tentez pas le diable, partez !’’. Et Boualem de citer un échantillon de la longue liste des bêtes noires du pouvoir qui depuis 1962 ont toutes été assassinées dans différentes villes d’Europe, sans même que les polices de ces pays dotés pourtant d’Etats de droit et de justices indépendantes n’aient mené la moindre enquête.
‘’Ce n’est pas moi qui doit partir, ce sont eux (les pouvoirs) !’’.
Evidemment, le public israélien n’a pas l’habitude de rencontrer pareils énergumènes.
Surprise. Etonnement. Effarement. Ahurissement. Stupéfaction. Ebahissement. Eblouissement. Emerveillement. Fascination….
Voilà, je vous ai mis tous les synonymes de ‘’surprise’’ que me propose l’ordinateur. Et il est certain que le charme, comme l’éclair dont je parlais au début, n’est pas prêt de s’estomper.
Tant de mots du coeur lui ont été dits… En aparté : ‘’Beaucoup vous admirent, moi je vous aime’’, dixit Ziva. Et en public : ‘’si Primo Lévi était vivant, il serait votre ami, Boualem !’’. Suprêmissime compliment par quelqu’un qui, nous dit-il, avait perdu 60 personnes de sa famille dans tous les camps hitlériens.
Là, où passe Boualem, l’effet est durable. Et au moment de se séparer, le seul mot que son public et lui n’ont pas prononcé, est ‘’adieu’’, tant il était évident pour tous, qu’une longue histoire venait de commencer. Venait ou avait déjà commencé depuis si longtemps, il y a 2000 ans ou plus, lorsque les premiers Juifs arrivèrent après avoir été chassés de leur Judée et qu’ils furent adoptés par les Berbères ?
Car s’il est bien un sentiment qui vous prend à la gorge et ne vous quitte plus en arrivant pour la première fois à Jérusalem, c’est que c’est bien le lieu où l’histoire brisée et violente de l’humanité se recollera et s’apaisera…
Que les artistes et intellectuels du monde arabe qui auront un peu de son courage sachent ce qui les attendent et ce qu’ils auront à ressentir : combien il est bon d’être aimé par ceux que l’on nous avait présenté comme des ennemis !
Ses derniers moments hiérosolomytains, Boualem tint à les passer avec ses compatriotes de Tlemcen, Miliana, Blida, Alger, et j’en oublie, (cf toutes les photos ci-dessus) dans une superbe maison du quartier juif de la Vieille Ville, rasé après 1948, quand il tomba dans les mains de la Jordanie, et reconstruit après la victoire israélienne lors de la guerre des six jours en 1967.
Avant de se séparer, on monta sur la terrasse. Il faisait grand nuit, et le Dôme du Rocher luisait de sa dorure. On pouvait rêver à la grande réconciliation entre les enfants d’Abraham que venait à peine d’évoquer notre hôte, lui aussi Abraham, dans une magnifique envolée lyrique, applaudie par Boualem…
Moi je ne pus m’empêcher de penser à ce SMS reçu à Paris il y a 2 ans, que me retransmit une intellectuelle algérienne et qui disait, alors que l’on venait juste d’inaugurer la grande synagogue ‘’Hourva’’ explosée, avec de nombreuses autres en 1948, par la Légion jordanienne : ‘’En ce moment les buldoozers deTsahal sont en train de détruire El Aqsa’’
PS : Ah, j’allais oublier… On a aussi beaucoup parlé de littérature. Boualem ne la joue jamais ‘’Ah vous savez c’est très mystérieux’’… Il demande juste combien de temps on lui donne pour répondre, et comme s’il se parlait, il recompose, et réemprunte devant nous, mezzo voce, tous ses labyrinthes créatifs.
Mais pour cette fois, je crois que là n’était pas l’essentiel…
In : http://www.guysen.com
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Israël - Boualem Sansal, la visite tumultueuse d'un écrivain algérien en Israël
par Misha Uzan
Numéro 1114 - 22.05.2012 - 1 Sivan 5772
Boualem Sansal est un auteur algérien censuré dans on pays.
Ailleurs dans le monde il est un romancier et essayiste, reconnu.
Il a participé la semaine dernière à la troisième édition du Festival international des écrivains à Jérusalem, défiant la censure dans son pays -et le monde arabe pour - se rendre en Israël.
"Quand j'ai accepté cette invitation je suis devenu la cible de la condamnation, mais j'ai décidé de venir parce que c'était important" a déclaré Boualem Sansal.
Boualem Sansal, âgé de 62 ans, a grandi dans un village berbère à 200 km au sud-ouest de la capitale, Alger. Ingénieur et titulaire d'un doctorat en économie, et il a commencé à écrire des romans à 50 ans après une longue carrière au sein du gouvernement.
Aujourd'hui, le romancier est un critique véhément du gouvernement autoritaire en Algérie ainsi que des islamistes. Depuis 2006 ses livres - tous écrits en français - ont été interdits en Algérie.
Sansal a été présenté en 2007 au Festival de littérature de Berlin comme un écrivain "exilé dans son propre pays.".
Dans un discours d'ouverture du salon des écrivains, dimanche soir, Uri Dromi, le directeur général, a applaudi Sansal, et d'autres qui ont bravé la pression pour se rendre en Israël, rendant hommage à "certains de nos amis de l'étranger confrontés, comment dirais-je, à la critique hostile".
En 2008 Sansal a publié son cinquième roman, le premier à être traduit en anglais, sous le pseudonyme de Mujahid.
Le roman raconte l'histoire de deux frères algériens qui découvrent que leur père avait été un officier nazi SS qui a fui en Afrique du Nord après la Seconde Guerre mondiale. Il explore également les liens entre le nazisme et l'islamisme, deux mouvements qui selon l'auteur, partagent des visions totalitaires et connaissent tous deux "le concept de la conquête - la conquête des âmes, mais aussi des territoires.
"Je vois bien des parallèles, et je crois que nous devons analyser le national-socialisme, si nous voulons garder l'islamisme en échec", commentait-il en 2009.
A Jérusalem, Sansal, laïc convaincu, a réitéré ses avertissements concernant la marée montante de l'islamisme dans le sillage des révoltes arabes.
"Je pense que nous sommes dans les années 1930 du siècle dernier - alors, personne n'a répondu correctement.
Aujourd'hui l'islamisme est devenu le fascisme.
Il ne faut pas se leurrer, cela prendra 10 ou 15 ans - ce sera un travail très difficile".
Les réactions en Algérie ont été partagées.
"Sur mon site, c'était 50/50" explique-t-il. "La moitié des gens disaient qu'on devrait faire pour moi ce qu'ils ont fait à Mouammar Kadhafi en Libye. L'autre moitié a dit que c'est merveilleux, que nous pouvons apprendre de l'expérience d'Israël. "
Dans le reste du monde arabe, les réactions à la visite de Sansal ont été extrêmement négatives.
Le Hamas a fustigé la visite de l'auteur comme un "crime contre les 1,5 millions de martyrs algériens qui ont sacrifié leur vie pour la liberté sous l'occupation française", affirmant qu'il légitime "les crimes perpétrés contre le peuple palestinien."
Sansal a indiqué qu'il expliquerait les raisons de sa visite une fois qu'il serait rentré en Algérie. "Je vais m'expliquer par des articles.
Je suis très écouté en Algérie, même si je ne suis pas autorisé à m'exprimer librement là-bas."
In : http://www.israel-infos.net
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Ferhat, Sansal, Israël et la Palestine
21-05-2012
Par Noureddine Khelassi
Irrésistiblement, les visites en Israël d’un écrivain algérien et d’un homme politique qui se définit avant et après tout comme Kabyle, entraînent la pensée vers le philosophe roumain Emil Cioran. Les séjours dans l’Etat hébreu de Boualem Sansal et de Ferhat Mhenni inspirent le souvenir de l’auteur du «Précis de décomposition», de «La tentation d’exister», du «Bréviaire du vaincu» et de «La chute dans le temps». Si comme Cioran, Boualem et Ferhat avaient été confrontés à la «pensée de la lucidité et du reniement permanent», et médité comme lui sur «l’illusion vitale», ils auraient su que «n’a de convictions que celui qui n’a rien approfondi». Et, toujours éclairés par Cioran, ils se seraient probablement convaincus que «la lâcheté rend subtil». Grâce à lui encore, ils se seraient persuadés que «l’homme libre ne s’embarrasse de rien, même pas de l’honneur». Peut-être, oui peut-être, ils auraient lu, comme dans un miroir, l’hypothèse de Cioran énonçant que «si l’on pouvait se voir avec les yeux des autres, on disparaitrait sur le champ». Alors, regardons leur geste avec les yeux de Palestiniens que nous ne sommes pas mais que nous pouvons être, par principe. Des palestiniens qui, après avoir lu le même Cioran auraient demandé aux Algériens Boualem et Ferhat si c’est «le besoin de remords qui précède le mal, qui le crée ?» A cette question, nos deux libres transgresseurs de «tabous arabes», selon l’expression d’un journal parisien et pharisien, ne peuvent se dérober. D’abord Boualem Sansal, auteur désormais distingué en France, en Allemagne et en Israël, du «Village de l’Allemand» et de «Rue Darwin». L’écrivain, est, par définition, un homme libre et un libre penseur. Il est libre de ses choix sans pour autant faire
l’économie de leurs multiples implications. Car il est lui-même un symbole, porteur de symboles et ne faisant et ne disant rien qui ne soit pas de l’ordre du symbolique. Présent au Mishkenot Sha’ananim, le Festival international des écrivains de Jérusalem, le romancier ne pouvait ignorer que l’invitation qui lui était adressée était symbolique de ce que les Israéliens voulaient tirer comme avantages du symbole. A aucun moment, l’écrivain, qui a toujours mis son talent au service du courage de pourfendre l’autoritarisme et l’islamisme dans son pays, n’a dit un mot, aussi symbolique soit-il, sur les Palestiniens. Peut-être que les murs de l’apartheid, érigés par l’intransigeance idéologique, l’arrogance militaire et l’intolérance religieuse israéliennes sont trop épais. Tellement consistants que l’écrivain n’a pas entendu les cris de douleur et de désespoir d’un peuple reclus dans des ghettos territoriaux et assignés à résidence, la vie durant ? Partout où l’écrivain symbolique est passé en Israël, notamment au célèbre café-librairie Tmol Shilshom de Jérusalem, pas un mot de lui sur le déni permanent du droit élémentaire du peuple palestinien à vivre dans un Etat souverain et viable. Un Etat dans des frontières reconnues et sûres, qui ne ressemble pas à la peau de léopard taillée à la serpe par une politique de colonisation intensive et expansive. Pourtant, c’est Boualem Sansal lui-même, dans «Rue Darwin», qui a écrit : «Je découvrais que les grands criminels ne se contentent pas de tuer comme ils s’y emploient tout au long de leur règne ; ils aiment aussi se donner des raisons pressantes de tuer : elles font de leurs victimes des coupables qui méritent leur châtiment.» A Jérusalem, l’écrivain algérien, et c’est tout un symbole, ne l’a pas répété, mêmes avec d’autres mots. Primo Levi, l’auteur de «La recherche des racines» et du «Fabricant de miroirs», l’aurait «considéré comme un ami», a dit de Sansal un de ses interlocuteurs israéliens. Ariel Sharon est certes dans le coma éternel, mais il n’est pas encore mort. Boualem Sansal l’a oublié. L’autre visiteur d’Israël, même si la symbolique de son séjour en terre sainte est différente, a, lui aussi, oublié le symbole Sharon. Ferhat Mhenni, président du mouvement séparatiste MAK, chef de l’ANAVAD, le gouvernement provisoire de la Kabylie, non encore reconnu, s’est rendu en Israël, à l’invitation d’un dirigeant de premier plan du Likoud. Parti symbolique, allié à l’extrême-droite religieuse qui veut pousser les murs de séparation jusqu’à la mer et au désert du Sinaï. Les dirigeants israéliens, qui connaissent la valeur des symboles liés au mont Sion, Théodore Herzl et Eretz Israël, ont vu en Ferhat Mhenni un symbole. Il est le premier Algérien à souhaiter l’installation d’une ambassade israélienne en Algérie, même si, dans un futur hypothétique, elle serait ouverte à Tizi Ouzou ou à Bgayet. Les idéologues du Likoud, encore un symbole, n’ignoraient rien de l’attachement que porte Ferhat Mhenni à son appartenance tribale. Précisément, aux Ath Ugshaâlal, une des quatre tribus kabyles supposées avoir des liens séculaires avec le judaïsme, présent en Algérie depuis plus de 2000 ans ! Certes, en 2011, l’ancien chanteur engagé d’Imazighen Imoula, s’est prononcé en faveur d’un Etat palestinien. Mais pour un Etat palestinien qui n’aurait pas forcément une viabilité territoriale et qui aurait cependant l’obligation de reconnaître Israël comme «l’Etat du peuple juif». Ferhat, aujourd’hui à la tête d’un gouvernement virtuel kabyle, doté d’un drapeau et d’un «hymne national», considère le régime algérien comme un occupant qui opprime la Kabylie. En revanche, il ne voit pas dans l’Etat colonial et confessionnel d’Israël l’occupant qui opprime le peuple palestinien depuis la grande naqba de 1948. Peut-être que si Mhenni avait lu ou relu Cioran, il aurait compris qu’ «une civilisation débute par le mythe et finit par le doute.» Et que «tout désespoir est un ultimatum à Dieu.» Le mythe, c’est celui du sionisme. Le désespoir, celui du peuple palestinien.
In : http://www.latribune-online.com
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Cher (e)s ami (e)sVoici l'article:
"La Nation" a republié un texte critique sur l’œuvre littéraire de Boualem Sansal que j'ai écrit il y a deux ans (extrait de « Chroniques ciné-littéraires de deux guerres », Barzakh, 2011). Il y a l’homme (qui visite Jérusalem occupé au moment où même la Cour suprême israélienne condamne les projets de colonisation dans cette ville et en Cisjordanie). Il y a aussi son œuvre, critique certes mais faussement révolutionnaire.
Amicalement
Yassine
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Du « Serment des barbares » à « Poste restante : Alger » : la satire conventionnelle de Boualem Sansal
Yassin Temlali (Extrait de Chroniques ciné-littéraires de deux guerres, Barzakh, Alger, 2011)
Yassin Temlali
Mardi 22 Mai 2012
La récente visite en Israël de l'écrivain algérien Boualem Sansal fait polémique.
Nous publions cette analyse par Yacine Temlali de l’œuvre de Sansal. Les écrits d'un auteur renseignant sur sa vision du monde, bien au-delà des voyages qu'il entreprend.
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Avant d'accéder à la célébrité à cinquante ans, Boualem Sansal a été consultant en affaires, chef d’entreprise et haut fonctionnaire du ministère de l’Industrie. Jusqu’à la parution de son premier roman, « Le serment des Barbares(1) » en 1999, il s’était fait connaître essentiellement par quelques ouvrages spécialisés en économie.
« Le serment des Barbares » lui a valu une notoriété immédiate, à laquelle n’était pas étranger le contraste entre la condamnation féroce du pouvoir algérien dans ce roman et le profil de fonctionnaire discret de son auteur. Le « directeur central » soumis à l’ « obligation de réserve » s’était fait romancier. Il avait mis sa connaissance des rouages de l’Etat au service d’un art romanesque, où le fil de la satire politique se déroule sur le fond d’un véritable désenchantement des chances du pays de survivre à ses prédateurs.
Dans ce texte touffu, l’Algérie contemporaine est disséquée de manière peu amène : corruption, injustice, violence et vanité des institutions. Le romancier s’était fait médecin. Un médecin sans concession qui, fatalement, allait provoquer l’incompréhension de tous les officiels, amateurs de diagnostics complaisants. En 2003, il est limogé de son poste au ministère de l’Industrie. Un règlement de compte, pense-t-il : « [Le ministre islamiste, El Hachemi Djaâboub] voulait s'entourer d'islamistes, des gens de son douar, une pratique bien établie chez nous(2).» Ce limogeage n’en est pas moins une bénédiction. S’il l’a privé « d’avoir un pied dans le réel(3) », il lui a permis de se consacrer pleinement à l’écriture.
Nourrie du succès du « Serment des barbares », l’entreprise sansalienne de dissection de la société et de ses dysfonctionnements a continué sans relâche ces dernières années. « L’enfant fou de l’arbre creux(4) », publié en 2000, confirmera le talent littéraire et satirique de Boualem Sansal. A travers de longues conversations entre un Français, Pierre, et un jeune Algérien, Farid, acculés au dialogue par une proximité non désirée, celle du monde carcéral, ce roman est le lieu d’une même parole désabusée sur l’Algérie. « ‘’L’enfant fou de l’arbre creux’’ peut symboliser le peuple algérien infantilisé par des discours extrêmement primitifs. Il est enchaîné, aveuglé. L’arbre creux, c’est cette Algérie dont on a enlevé toute la richesse, toute la substance, c’est un arbre sec », commente l’auteur(5). La prison de Lambèse, où se déroule ce face-à-face allégorique entre Pierre et Farid, symbolise, quant à elle, la perpétuité de l’enfermement algérien et ses terrifiantes conséquences. Comme ce triste pénitencier, le pays est une immense jungle où la force prime le droit, sous l’œil consentant de terribles matons sans scrupules.
En 2003, Boualem Sansal publie « Dis-moi le paradis(6) ». Dans les conversations avinées mais lucides du Bar des amis, « c'est l'Algérie qui est mise en scène, à nu, l'Algérie d'aujourd'hui, schizophrène tournant sur elle-même, crapahutant avec ses malheurs et ses bonheurs, plus hantée par son passé décomposé et travesti que par son devenir(7) ». « Harraga(8) » (2005), quatrième roman de l’écrivain, poursuit cette enquête romanesque sur le « malaise algérien » à travers l’histoire de Lamia, une pédiatre de la santé publique, dont la vie intime se déroule entre le souvenir de Sofiane, son frère, un harraga (émigré clandestin) disparu sans crier gare, et une jeune fille, enceinte d’un enfant illégitime, qu’elle a accueille et à qui elle finira par faire prendre le large à force de l’étouffer d’amour.
« Poste restante: Alger(9) » apparaît comme un concentré de la critique à laquelle Boualem Sansal, dans ses écrits romanesques, soumet l’Algérie contemporaine, ses apparatchiks, ses milliardaires et ses millions de « citoyens normaux », obéissants ou révoltés. Dans une interview publiée le 20 mai 2006(10), l’auteur reconnaît en son pamphlet une sorte d’apogée de la satire politique et sociale qui caractérise ses romans: « Dans tous mes romans, j'ai abordé des questions qui tourmentent mon pays et les Algériens, ce sont les questions de l'identité, des langues, de la religion, des institutions, de la démocratie… Dans ‘Poste restante’ j'ai rassemblé toutes ces questions sous forme pamphlétaire. »
Dans ce court essai, Boualem Sansal lance une attaque en règle contre l’idéologie officielle qui fonde l’identité nationale sur deux principales « constantes », l’arabité et l’islam. L’Algérie, écrit-il, n’est arabe que si l’on fait abstraction de ses 80% de Berbères et des « naturalisés de l’histoire » que sont, selon lui, les Mozarabes, les Juifs, les Pieds-noirs et autres Turcs [...] » Pourquoi veut-on faire de nous les clones parfaits de nos chers et lointains cousins d'Arabie? », s’interroge-t-il. « Disons que pour le moment l'Algérie est peuplée d'Algériens et on en reste là. L'affirmation entêtée d'une arabité cristalline descendue du ciel, est d'un racisme effrayant. »
Les foudres de Boualem Sansal n’épargnent pas les « berbéristes » radicaux qui, en réaction aux discours arabistes négateurs, estiment que les Berbères sont les seuls Algériens authentiques: « Nous sommes trop mélangés, dispersés aux quatre vents. Il ne nous est pas possible, dans ma famille, de savoir qui nous sommes, d'où nous venons et où nous allons, alors chacun privilégie la part de notre sang qui l'arrange le mieux dans ses démarches administratives. Les Berbères n'ont pas forcément vocation à être, à eux seuls, les enfants de l'Algérie.»
L’autre « constante » de l’idéologie officielle, selon laquelle l’islam est non seulement la religion du peuple mais aussi celle de l’Etat, est écorchée, ce qui est un fait rare, presque un précédent, dans la longue histoire des polémiques identitaires algériennes, l’islam étant souvent considéré, sincèrement par les uns, hypocritement par les autres, comme une « composante consensuelle » de l’identité nationale: « Cette ‘constante’ [l’islam] est une plaie, elle nie radicalement, viscéralement, les non-croyants, les non-concernés et ceux qui professent une foi autre que l'islam. En outre, elle offre le moyen à certains de se dire meilleurs musulmans que d'autres, et qu'en vertu de cela ils ont toute latitude de les redresser. De là à songer à les tuer, en même temps que les apostats, les mécréants, les non-pratiquants et les tenants d'une autre foi, il n'y a qu'un pas et il a été maintes fois franchi en toute bonne conscience. » Les recommandations sansaliennes sont clairement laïcisantes: « Supprimer l'enseignement religieux de l'école publique, fermer les mosquées qui ont proliféré dans les sous-sols des ministères, des administrations, des entreprises, des casernes et intégrer la construction des mosquées dans les plans directeurs des villes. »
L’œuvre romanesque de Boualem Sansal est éminemment politique, mais Boualem Sansal se défend d’être un « auteur politique » par choix personnel: « J'observe notre société et je constate que la politique pèse lourdement sur elle, au point de faire disparaître le reste. Mon idée, mais on peut se tromper, est que si on fait tant de bruit c'est sûrement pour assassiner le silence. C'est dans le silence que l'on réfléchit. Dans le fracas, on est amené à crier pour se faire entendre(11). »
La satire de Boualem Sansal, si elle peut prétendre à l'excellence du point de vue littéraire, n’est pas toujours exempte d’un certain simplisme. En atteste certains passages de « Poste restante: Alger ». La description des « maux algériens », formidablement menée, manque de véritable profondeur; on a peine à trouver à ces maux une autre origine que la seule bêtise des gouvernants. Il n’est certes pas demandé à un romancier d’être un fin politologue, mais cet essai n’est pas uniquement ce cri de colère qui résonne dans tous les romans de l’écrivain. Il est aussi une esquisse d’ « alternative moderniste » comme en témoignent toutes ces propositions de laïcisation de la vie publique. Lorsqu’un écrivain s’implique aussi directement dans les débats de sa société, n’est-il pas comptable de l’incohérence de son discours et de ses péchés incantatoires?
A bien des égards, la satire sansalienne paraît peu originale. Dans ses grands axes, elle reprend, en l’habillant d’une cinglante ironie, le discours traditionnel des élites modernistes, marginalisées par le pouvoir enlisé dans de dangereuses alliances avec les islamistes et autres conservateurs. Ainsi, si dans « Poste restante: Alger », le mythe populaire de l’« arabité éternelle » de l’Algérie est puissamment ébranlé, il est aussitôt remplacée par un autre mythe, celui d’une méditerranéité elle aussi « cristalline, descendue du ciel » pour reprendre les termes de l’auteur: « Nous sommes des Algériens, c'est tout, des êtres multicolores et polyglottes, et nos racines plongent partout dans le monde. Toute la Méditerranée coule dans nos veines. » Il est à se demander si les Touaregs, Algériens des confins subsahariens du pays, se sentent vraiment « méditerranéens ». Rien n’est moins sûr, mais c’est là un leitmotiv du discours anti-arabiste algérien qui, pour fuir les entraves d’un panarabisme obsolète et exclusiviste, se perd dans l’éther d’une Méditerranée illusoire et s’enferme, à son tour, dans le cercle vicieux des vaines quêtes identitaires.
L’alternative que propose Boualem Sansal au régime algérien, producteur d’injustices et de fanatisme, est d’un surprenant conformisme. C’est, en deux mots, le libéralisme aussi bien politique qu’économique. Dans une interview parue dans « Le Quotidien d’Oran(12) », Boualem Sansal - alors haut fonctionnaire au ministère de l’Industrie - assumait la vulgate économique officielle avec une verve étonnante, sans y mettre une virgule de réserve. « Je suis censé m’occuper de la restructuration du tissu industriel pour l’adapter à l’économie de marché. Les grands combinats industriels comme El-Hadjar et compagnie, il faut les préparer à la privatisation. Il faut leur réapprendre l’efficacité, leur apprendre en fait, parce que je ne sais pas si à un moment ou à un autre ils l’ont su. » Boualem Sansal s’est-il demandé si les victimes des « plans de restructuration » élaborés dans l’intimité de son ministère, à l’insu des Algériens dont il pense porter la parole, ne constituent pas l’effrayante armée de réserve de l’islamisme conquérant?
Mais c’est l’idéal social de Boualem Sansal qui constitue la plus fidèle expression d’une pensée désabusée, qui ne fait pas de place au moindre rêve collectif. Des justes plaidoyers en faveur de l’émancipation de l’individu des carcans patriarcal et communautaire, on bascule dans la célébration naïve de la « réussite individuelle » et de l’ » effort personnel ». Dans cette même interview au « Quotidien d’Oran », l’auteur, dans la pure tradition rhétorique « temmarienne », conseille aux jeunes de ne plus trop compter sur l’Etat: « Il est temps maintenant qu’on fasse notre petit chemin tout seul. » Quel modèle de réussite propose-t-il à ces « paumés », livrés à eux-mêmes? Celui d’investisseurs entreprenants, pionniers irréels qui partent de rien pour conquérir le monde et la fortune(13). Il conclut ses conseils d’aîné expérimenté sur une note authentiquement bouteflikienne: « Les gens disent: ‘L’Etat ne fait rien’. Mais l’Etat n’a plus les moyens! » A sa décharge que, comparé aux idéologues officiels, sa défense du libéralisme a le mérite de la cohérence. Elle accorde la place qui leur sied aux libertés politiques et individuelles.
Boualem Sansal a commenté l’interdiction de « Poste restante : Alger » en regrettant que les idées qu’il y développe ne puissent pas prêter à débat en Algérie. Il n’a pas tort. Ces idées peuvent, en effet, être à l’origine d’intéressantes polémiques. Non seulement sur l’autisme du régime et sur son système de censure-répression dont l’auteur n’est pas la première victime, mais aussi sur un autre autisme, celui des « élites modernistes » enfermés dans l’univers de leurs poncifs paternalistes et dont les colères, à bien les observer, sont loin d’être subversives.
Notes
(1) Gallimard (France).
(2) Entretien avec Ali Ghanem, « Le Quotidien d'Oran », 8-10 mai 2003.
(3) « Je reste au ministère parce que je tiens à garder un pied dans le réel. Vivre comme ça de fiction, écrire de la fiction puis en parler ensuite à longueur de journée, à la longue, c’est appauvrissant. » Entretien avec Ali Ghanem, « Le Quotidien d'Oran », 24 septembre 2000.
(4) Gallimard, 2000.
(5) Entretien avec Ali Ghanem (déjà cité).
(6) Gallimard.
(7) Ahmed Hanifi, introduction à une interview avec Boualem Sansal publiée le 6 mai 2006 sur www.dzlit.com, site consacré à la littérature algérienne.
(8) Gallimard.
(9) Gallimard, 2006.
(10) Entretien avec Ali Hanifi (cité plus haut).
(11) Entretien déjà cité avec Ali Ghanem, « Le Quotidien d’Oran », les 8-10 mai 2003.
(12) 24 septembre 2000.
(13) « L’Algérie, jusqu’à présent, était faite par les politiques, par les partis au pouvoir, il est temps qu’elle soit faite par les citoyens eux-mêmes, pour accéder à la citoyenneté et puis bâtir. On commence à voir ça sur le plan économique. Il y a des gens qui investissent, qui galèrent en Algérie, mais qui avancent. » Entretien avec Ali Ghanem, « Le Quotidien, d’Oran », 24 septembre 2000.
In : http://www.lanation.info
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En Israël, l’écrivain algérien Boualem Sansal brave les tabous arabes
Par AUDE MARCOVITCH De notre correspondante à Tel-Aviv
Un petit sourire flottant sur les lèvres, de longs cheveux gris-blanc attachés dans le dos, Boualem Sansal vient de prendre place au milieu d’un cercle d’auteurs venus échanger leurs vues et leurs histoires au Festival international des écrivains de Jérusalem. Derrière lui, en majestueux paysage de fond, serpente la muraille de la vieille ville. «Les élites intellectuelles ne sont pas encore arrivées à s’autonomiser du pouvoir dans les pays arabo-musulmans. Et dans cette culture, on a trop sacralisé les choses, que ce soit l’Etat, qui fait office de calife, ou la religion», dit l’écrivain algérien.
L’auteur du Serment des barbares, de Poste restante… et du Village de l’Allemand a maintes fois fait la preuve de son indépendance d’esprit. Plusieurs de ses ouvrages sont d’ailleurs interdits dans son pays. Mais en se rendant en Israël, il a franchi un pas de plus. «Ce n’est pas un voyage facile, confie-t-il. Il y a eu une levée de boucliers, notamment de la part du Hamas à Gaza, qui a sorti un communiqué incroyable demandant à tous les pays arabes de me boycotter.» Qu’à cela ne tienne, Boualem Sansal obéit «à ce qui se passe dans [sa] tête» et à personne d’autre. Fidèle à son statut d’intellectuel engagé, il relève, face à un public conquis : «Il faut affronter le danger. Si tu le fuis, il te rattrape, si tu l’affrontes, tu as une chance de gagner.»
La soixantaine passée, Sansal ne pensait pas un jour venir en Israël, ni qu’un de ses livres serait traduit en hébreu. A Jérusalem comme à Tel-Aviv, il crée avec l’auditoire un lien intime. Il parle des peuples rendus aveugles aux liens qui les attachent, et incapables de s’en libérer. Des victoires des islamistes dans les pays arabes, une tendance «très inquiétante, face à laquelle l’Occident est en dessous de tout». Il raconte l’élaboration de son roman le plus célèbre, le Village de l’Allemand, qui l’a fait plonger dans l’enfer de la Shoah en suivant le parcours d’un nazi recyclé dans le nationalisme arabe. «Ecrire ce livre a été une grande douleur», décrit-il. Invité à l’Institut français de Tel-Aviv, il échange des souvenirs algériens nostalgiques avec d’anciens compatriotes, et un dialogue se noue avec d’anciens déportés, qui jugent que «Primo Levi l’aurait considéré comme un ami».
Après sa visite décriée, Boualem Sansal reconnaît appréhender le retour sur ses terres algériennes : «Peut-être vont-ils m’arrêter à l’aéroport ? Peut-être serai-je victime d’une attaque ?»
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In : http://www.liberation.fr
17 mai 2012
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263 - Boualem Sansal: Prix de la paix des libraires allemands
L'Organisation des libraires allemands n'a pas voulu s'en cacher: le prix de la paix – doté de 25 000 euros et qui sera remis le 16 octobre prochain à l'écrivain algérien Boualem Sansal - a une connotation bien politique. Il doit "lancer un signe en faveur du mouvement démocratique en Afrique du Nord", a déclaré le porte-parole de l'Organisation jeudi 9 juin. L'écrivain algérien, qui a rédigé en français cinq romans et deux essais, peut en effet apparaître à bien des égards comme un guide sur la voie des révolutions arabes et, au-delà de cette sphère géographique, comme le chantre d'une réconciliation entre les peuples.
Le premier roman de B. Sansal, un policier de 400 pages, mûri pendant les années de guerre civile
L'audace de la critique
Les relations opaques entre le gouvernement, l'armée et les services secrets algériens, l'attentisme des puissances occidentales, la cupidité des investisseurs étrangers, les manœuvres des islamistes, des hauts-gradés et des piliers du "pouvoir" algérien: personne n'est épargné par la critique tantôt froide, tantôt acerbe et violente de Boualem Sansal. Celle-ci se fait d'autant plus virulente que l'écrivain tarde à se consacrer à l'écriture.
Né en 1949 dans un village de montagne du Nord de l'Algérie, le jeune Boualem se lance dans des études d'ingénieur à Alger et Paris. Docteur en économie, il est tour à tour enseignant, consultant, chef d'entreprise et haut fonctionnaire au ministère de l'Industrie algérien. L'économiste songe à prendre la plume au moment de la guerre civile algérienne. Il ne le fera finalement qu'en 1999, avec son premier roman, Le Serment des Barbares, paru à Paris et aussitôt récompensé par le prix du premier roman et le prix des Tropiques.
Ecrire en dépit des menaces
Dès lors, les menaces pèsent sur l'écrivain. Boualem Sansal est peu à peu mis à l'écart, il perd son poste en 2003 mais refuse toutefois de céder aux intimidations et de quitter l'Algérie, comme l'ont fait nombre de ses amis et d'intellectuels hostiles au pouvoir de Bouteflika. Et lorsque Gallimard lui propose d'utiliser un pseudonyme, Boualem Sansal refuse net: "De l'extérieur, on ne peut pas faire une critique sérieuse" rétorque-t-il à son éditeur.
Bien que placé à l'index, Sansal ne renonce pas à l'écriture. Suivront quatre romans et deux essais. Parmi eux,Poste restante, une lettre ouverte à ses compatriotes, et Le village de l'Allemand, qui illustre la volonté de l'écrivain de dépasser tout type de tabou.
C'est dans l'église Saint Paul de Francfort que B. Sansal recevra son prix, doté de 25 000 euros, le 16 octobre prochain
Briser les tabous
Boualem Sansal y met en scène deux jeunes Français d'origine algérienne, habitant en banlieue parisienne. Après la mort de leurs parents, les deux frères découvrent que leur père, mort en héros de la guerre de libération nationale, servait autrefois dans les milices SS et avait travaillé aux camps de Buchenwald et Dachau… Un roman basé sur une histoire vraie, qui met à mal les clichés véhiculés avec la guerre d'Algérie (1954-1962) et brise enfin le silence qui entoure la Shoah en Algérie. Voir un écrivain arabe évoquer ouvertement le génocide du peuple juif pendant la Seconde Guerre mondiale justifie d'emblée le prix de la paix que lui attribue aujourd'hui l'Organisation des libraires allemands, heureux de pouvoir saluer en Boualem Sansal "un romancier passionnant, qui travaille avec beaucoup d'esprit et de sensibilité à la rencontre des cultures, dans le respect et la compréhension mutuelle entre les peuples".
Dorothée Bellamy
Le 09/06/2011
in: http://www.lagazettedeberlin.de/6657.html
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Littérature / Algérie / Allemagne - Article publié le : vendredi 10 juin 2011 - Dernière modification le : vendredi 10 juin 2011
L’écrivain algérien Boualem Sansal va recevoir le Prix de la paix des libraires allemands
Boualem Sansal recevra le prestigieux Prix de la paix des libraires allemands en 2011.
Getty Images/Ulf AndersenPar Siegfried Forster
Après l’Algérienne Assia Djebar en 2000, c’est à nouveau un écrivain algérien qui recevra le prestigieux Prix de la paix des libraires allemands, doté de 25 000 euros, a déclaré l’Organisation des libraires allemands ce jeudi 9 juin 2011.
En récompensant cet intellectuel qui « critique ouvertement la situation politique et sociale » en Algérie, l'Organisation des libraires allemands entend apporter son soutien au mouvement pour la démocratie en Afrique du Nord, a déclaré son président, Gottfried Honnefelder, à Berlin.
Dans une première réaction après sa nomination, Boualem Sansal a déclaré : « Je n’y croyais pas. J’ai cru que c’était une blague ». Dans une interview à Boersenblatt.de, la revue de l’Organisation des libraires allemands, Sansal a dédié son prix aux révolutions dans les pays arabes. « Le prix arrive à point nommé. Les gens dans les pays arabes luttent pour la liberté – et la paix est pour eux la liberté. »
Boualem Sansal est né en 1949 à Alger. Il a fait des études d’ingénieur en Algérie et en France et obtenu un doctorat d’économie. Son premier roman publié en 1999, Serment des barbares, dépeint la difficile réalité algérienne. Aujourd’hui âgé de 61 ans, l’écrivain est connu pour son engagement politique et citoyen.
La Shoah racontée au public arabe
Sansal compte parmi les rares écrivains algériens connus et censurés qui ont choisi de rester vivre et travailler en Algérie. Après avoir été haut fonctionnaire au ministère de l’Industrie, il a été licencié en 2003 à cause de ses critiques contre le pouvoir en place. Après la sortie de son livre Poste restante il a été menacé et insulté.
Dans son roman Le Village de l’Allemand, il raconte la Shoah au public arabe, basé sur l’histoire réelle d’un Allemand devenu héros de la révolution algérienne et assassiné par les islamistes du GIA. Publié en 2008, ce livre a été également censuré en Algérie. Selon ses propres dires, son leitmotiv restera : « Je fais de la littérature, pas la guerre ». Le Prix de la paix des libraires allemands lui sera remis le 16 octobre 2011 à la Foire du livre de Francfort.
in:
http://www.rfi.fr/europe/20110609-ecrivain-algerien-boualem-sansal-va-recevoir-le-prix-paix-libraires-allemands
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Litterature : Les libraires allemands distinguent Boualem Sansal
Boualem Sansal a obtenu le prix de la Paix des libraires allemands. C’est le deuxième écrivain algérien à l’obtenir depuis Assia Djebar en 2000. Le président de l'Organisation des libraires allemands Gottfried Honnefelder a déclaré que cette distinction récompensait un intellectuel qui « critique ouvertement la situation politique et sociale » en Algérie. le prix entend ainsi apporter son soutien au mouvement pour la démocratie en Afrique du Nord.
Dans une interview à Boersenblatt, la revue de l’Organisation des libraires allemands, l’écrivain Sansal a d’ailleurs dédié son prix aux révolutions dans les pays arabes. « Le prix arrive à point nommé. Les gens dans les pays arabes luttent pour la liberté – et la paix est pour eux la liberté. »
Boualem Sansal est né en 1949 à Alger. Il a fait des études d’ingénieur en Algérie et en France et obtenu un doctorat d’économie. Son premier roman publié en 1999, Le serment des barbares, dépeint la difficile réalité algérienne. Son dernier roman n’est certainement pas étranger à la remise de ce prix en Allemagne.
En effet, dans Le Village de l’Allemand (2008- Paris, Gallimard), il raconte le massacre dans les camps de concentration nazis où ont notamment péri des milliers de juifs. L’histoire est basée sur l’histoire réelle d’un Allemand devenu héros de la révolution algérienne et assassiné par les terroristes islamistes du GIA dans les années 90. Le Prix de la paix des libraires allemands lui sera remis le 16 octobre à la Foire du livre de Francfort.
Walid Mebarek
In: El Watan 10 juin 2011
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Voici les trois mots de l'APS:
APS : Algérie Presse Service
L’Algérien Boualem Sansal reçoit le "prix de la paix" des libraires allemands
Allemagne-Algérie-littérature /
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L’Algérien Boualem Sansal reçoit le "prix de la paix" des libraires allemands
BERLIN - L’écrivain algérien Boualem Sansal recevra cette année le prix de la paix décerné par les libraires allemands, a annoncé jeudi cette organisation à Berlin.
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Par BOUALEM SANSAL
"Cher frère,
Je t'écris ces quelques lignes pour te faire savoir que nous allons plutôt bien mais ça dépend des jours, parfois le vent tourne, il pleut du plomb, la vie nous échappe par tous les pores. A vrai dire, je ne sais trop où on en est, quand on est dans la guerre jusqu'au cou, c'est à la fin qu'on voit s'il faut faire la fête ou porter le deuil. Et là, vient la question cruciale : faut-il suivre ou précéder les autres ; les conséquences ne sont pas les mêmes, une victoire peut tourner court et il est des défaites qui sont le début de vraies grandes victoires. A ce jeu de la mort surprise, il y a le temps d'avant et il y a le temps d'après, mais il y a un seul instant, extraordinairement fugace, pour se décider.
Regarde ces pauvres Yéménites qui se sont réjouis du départ en civière de leur misérable Saleh. Ils se sont dit : il est mort, nous allons enfin vivre. Mais le monstre est revenu à la vie, fou de colère, il sera sans pitié. Les Occidentaux hésitent à le lâcher. Pas de relève à l'horizon, il n'y a que des caciques à l'affût, des djihadistes en embuscade et des tribus armées jusqu'aux dents, on ne fait pas une démocratie avec ça.
Pareil ailleurs, les gens ne savent sur quel pied danser, Kadhafi désespère l'humanité, il refuse de mourir, Boutef désespère Dieu, il refuse de faire sa dernière prière, et que dire de l'Assad, il désespère la Mort, il tue plus vite qu'elle. Qu'il est long le "printemps arabe" et que les jours sont incertains !
Je ne dis rien sur la Tunisie, cher Mohamed, tu es le dernier que je voudrais vexer. Mais tu le sais, les caciques dans ton pays sont comme ça, increvables, malins comme des singes, doucereux comme des assureurs, ils te promettent d'une main ce qu'ils sont en train de t'enlever de l'autre. Ils le tiennent des Phéniciens qui étaient si rusés et si âpres qu'on se demande comment ils ont disparu, si vraiment ils ont disparu.
Bourguiba le grand Suffète n'était que sourires et belles manières, il déshabillait les gens par enchantement. Ce qu'il leur donnait n'était en vérité que choses leur appartenant en propre. Que la femme ait ses droits, quoi de plus naturel. C'est ce qu'il a réussi à faire, donner à la Tunisienne ce qu'elle tenait de Dieu et d'elle-même, la beauté, l'intelligence et la liberté. En Tunisie, on dit "Bourguiba nous a donné...", c'est une erreur, de ces erreurs qui mènent aux dictatures. Si quelqu'un te donne, un autre peut te le reprendre. Le Bourguiba a gardé le pouvoir trente années, autant que le Moubarak et le Saleh, et c'est un Ben Ali, sa créature, qui lui a succédé.
Il est temps d'ouvrir les yeux, il n'y a de liberté que celle qu'on se donne soi-même. Si le successeur de Ben Ali promet la liberté et la démocratie, il faut le chasser, c'est un dictateur. Les Tunisiens ont mieux à faire, n'est-ce pas, que de lui expliquer qu'ils se les sont données eux-mêmes, la liberté et la démocratie, et qu'ils attendent de lui une gestion saine du budget de l'Etat, le reste ne le concerne pas. Donc, pas de discours, pas de religion, pas de trémolos, des actes, point ! Et gare aux notables, ce sont des voleurs de révolutions.
Les autres bandits de la confrérie, les Bouteflika, les Moubarak, les Ben Ali, les Assad et consorts, avaient bien tenté d'imiter Bourguiba, mais n'est pas Bourguiba qui veut, ils revinrent vite à leur vraie nature : le meurtre, la torture, le vol.
Jésus a dit quelque chose comme ça : Celui qui fait le vin n'est pas celui qui le boit. Toi, Mohamed, noble et courageux rejeton de Sidi Bouzid, tu as délivré l'étincelle, ta tâche est terminée, il nous revient de finir le travail. Et, croix de bois, croix de fer, nous le ferons, nos enfants vivront dans la paix que nous leur préparons.
Mais voyons le fond. Celui qui ne sait où aller, peut-il trouver le chemin ? Chasser le dictateur, est-ce la fin ? De ta place, bienheureux Mohamed, tout près de Dieu, tu le sais, les chemins ne mènent pas tous à Rome, chasser le tyran ne donne pas la liberté. Les prisonniers aiment quitter une prison pour une autre, histoire de changer d'air et de gagner un petit quelque chose au passage. Et là, tu vois, j'ai peur pour nos révolutionnaires, ils manquent de perspective. En Algérie, en 1988-1989, nous avons chassé le dictateur Chadli, qui n'était pas le pire des bandits, et qu'avons-nous fait après, nous nous sommes jetés dans les bras des islamistes, nous nous sommes adonnés à corps perdus au trabendo, cette petite contrebande cancérigène, et, petits ruisseaux faisant les grandes rivières, nous avons fabriqué des trafiquants planétaires. Est-ce tout ? Que non, que non, nous avons abandonné nos enfants, ils sont allés nourrir les poissons en mer ou se sont perdus dans les cloaques de l'émigration clandestine, sur une promesse de vie stérile et courte. Et tout fiers, nous nous sommes acoquinés à un Bouteflika, le pire des bandits sur terre.
Cher Mohamed, si tu pouvais revenir, dis-leur que tu ne t'es pas immolé pour ça, tu voulais que la dictature et ses ombres, toutes ses ombres, le clanisme et le népotisme comme des camisoles de force, le racisme d'Etat et l'antisémitisme comme seul regard sur le monde, l'islamisme ou l'exil comme seules espérances, que toutes ces choses mortifères disparaissent de notre chemin et cèdent la place à la vie propre, tranquille, chaleureuse, amicale.
Cher Mohamed, cher héros, il n'est pas donné à la même personne d'allumer le feu et de cuire la soupe, mais il est juste que tous y trempent leur pain. Il nous faut nous libérer de nos maux mais aussi soigner les mesquins, les détraqués, les imams fous, les trafiquants. Sinon, on remplacera une élite ignare et corrompue par une élite jargonneuse tout aussi profiteuse, vivant pour l'essentiel en Occident où la démocratie locale les accepte mal, car telle est la démocratie, elle ne reconnaît que les siens, ceux qui se sont battus pour elle. J'ai l'impression que les choses se passent ainsi dans ce monde arabe qui tente de se réveiller de plusieurs siècles de rêvasseries et de despotisme, mais c'est vrai que dans le fracas et la fumée des répressions, on distingue mal le vrai du faux. L'urgent est impérieux, il empêche de voir loin.
C'est cela que je voulais te dire, cher Mohamed. Si tu pouvais te manifester pour nous éclairer, ce serait bien. Là-haut, vous savez l'avenir du monde."
Boualem Sansal
in:
http://www.lemonde.fr/afrique/article/2011/06/14/boualem-sansal-romancier-algerien-a-mohamed-bouazizi_1535844_3212.html
Boualem Sansal, romancier algérien : "A Mohamed Bouazizi" Article paru dans l'édition du 15.06.11









photo in: Guysen