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jeudi, octobre 13, 2016

550_ Le prix Nobel de littérature à..... BOB DYLAN


Oui, Dylan est un immense poète. Certes, mais….
--> LITTÉRATURE - L'insoutenable attente a pris fin. Ce jeudi 13 octobre, le prix Nobel de littérature 2016 a été remis à Bob Dylan, qui ne faisait pas partie des favoris annoncés de cette édition.
Comme le veut la tradition, l'Académie suédoise (qui décerne l'illustre prix chaque année depuis 1901), a dévoilé l'identité de ce lauréat surprise, qui succède à la Bélarusse Svetlana Alexievitch, sous les ors de la salle de la Bourse à Stockholm.
Cette année, la littérature était le dernier prix à être dévoilé. Fin septembre, l'Académie avait expliqué que, pour des raisons de calendrier, elle n'annoncerait pas le prix la même semaine que les autres créés par Alfred Nobel, de quoi entretenir le suspense.
Le Kényan Ngugi wa Thiong'o avait les faveurs des parieurs quelques heures avant la remise du prix, juste devant le Japonais Haruki Murakami, toujours cité parmi les favoris depuis 2006, mais l'Académie a pris tout le monde de court.
Bob Dylan a été récompensé "pour avoir créé dans le cadre de la grande tradition de la musique américaine de nouveaux modes d'expression poétique", a annoncé la secrétaire générale de l'Académie, Sara Danius, sous les hourras de l'assistance.
"Bob Dylan écrit une poésie pour l'oreille"
L'Américain de 75 ans, qui est le premier musicien à être récompensé par l'Académie depuis la création du prix en 1901, succède à la Bélarusse Svetlana Alexievitch.
"Bob Dylan écrit une poésie pour l'oreille", a expliqué Sara Danius à la télévision publique SVT, affirmant que les membres de l'Académie avaient manifesté "une grande cohésion" dans ce choix.
Présenté par l'Académie suédoise comme une "icône", le chanteur est toujours actif aujourd'hui. Il a sorti en mai son 37e album studio, "Fallen Angels", où il interprète des standards américains popularisés par Frank Sinatra.
Le prix Nobel s'accompagne d'une récompense de huit millions de couronnes (822.000 euros).
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Il nous a fait rêver à un monde meilleur.


Blowin' In The Wind (Souffle Dans Le Vent)
 

 How many roads must a man walk down
Before you call him a man ?
Yes, 'n' how many seas must a white dove sail
Before she sleeps in the sand ?
Yes, 'n' how many times must the cannon balls fly
Before they're forever banned ?
The answer, my friend, is blowin' in the wind,
The answer is blowin' in the wind.
How many years can a mountain exist
Before it's washed to the sea ?
Yes, 'n' how many years can some people exist
Before they're allowed to be free ?
Yes, 'n' how many times can a man turn his head,
Pretending he just doesn't see ?
The answer, my friend, is blowin' in the wind,
The answer is blowin' in the wind.
How many times must a man look up
Before he can see the sky ?
Yes, 'n' how many ears must one man have
Before he can hear people cry ?
Yes, 'n' how many deaths will it take till he knows
That too many people have died ?
The answer, my friend, is blowin' in the wind,
The answer is blowin' in the wind.

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Combien de routes un homme doit-il parcourir
Avant que vous ne l'appeliez un homme ?
Oui, et combien de mers la colombe doit-elle traverser
Avant de s'endormir sur le sable ?
Oui, et combien de fois doivent tonner les canons
Avant d'être interdits pour toujours ?
La réponse, mon ami, est soufflée dans le vent,
La réponse est soufflée dans le vent.
Combien d'années une montagne peut-elle exister
Avant d'être engloutie par la mer ?
Oui, et combien d'années doivent exister certains peuples
Avant qu'il leur soit permis d'être libres ?
Oui, et combien de fois un homme peut-il tourner la tête
En prétendant qu'il ne voit rien ?
La réponse, mon ami, est soufflée dans le vent,
La réponse est soufflée dans le vent.
Combien de fois un homme doit-il regarder en l'air
Avant de voir le ciel ?
Oui, et combien d'oreilles doit avoir un seul homme
Avant de pouvoir entendre pleurer les gens ?
Oui, et combien faut-il de morts pour qu'il comprenne
Que beaucoup trop de gens sont morts ?
La réponse, mon ami, est soufflée dans le vent,
La réponse est soufflée dans le vent.
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Girl Of The North Country (La Fille Du Pays Du Nord)

Eh bien, si tu voyages sur la piste du Nord,  
Où les vents soufflent fort sur la frontière,  
Rappelle-moi au bon souvenir d'une (fille) qui vit là,  
Elle fut autrefois mon véritable amour.
Oui, si tu pars à l'époque des tempêtes de neige,  
Quand les rivières gèlent et l'été finit,  
Je t'en prie assure-toi qu'elle porte un manteau assez chaud,  
Pour la protéger des vents mugissants.
S'il-te-plait regarde pour moi si elle a les cheveux longs,  
S'ils ondulent et flottent sur sa poitrine.  
S'il-te-plait regarde pour moi si elle a les cheveux longs,  
C'est ainsi que je me rappelle le mieux d'elle. .
Je me demande si elle se rappelle de moi ne serait-ce qu'un peu  
J'ai prié souvent et à maintes reprises  
Dans les ténèbres de mes nuits  
Dans la clarté de mes jours
Alors si tu voyages jusqu'à la foire du pays du nord,  
Où les vents soufflent fort sur la frontière,  
Rappelle-moi au bon souvenir d'une qui vit là,  
Elle fut autrefois mon véritable amour

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Well, if you're travelin' in the north country fare,  
Where the winds hit heavy on the borderline,  
Remember me to one who lives there.  
She once was a true love of mine.

Well, if you go when the snowflakes storm,  
When the rivers freeze and summer ends,  
Please see if she's wearing a coat so warm,  
To keep her from the howlin' winds.

Please see for me if her hair hangs long,  
If it rolls and flows all down her breast.  
Please see for me if her hair hangs long,  
That's the way I remember her best.

I'm a-wonderin' if she remembers me at all.
Many times I've often prayed In the darkness of my night,  
In the brightness of my day.

So if you're travelin' in the north country fair,
Where the winds hit heavy on the borderline,
Remember me to one who lives there.
She once was a true love of mine.
 

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Just Like A Woman (Simplement Comme Une Femme)
 
Personne ne ressent la moindre douleur  
Ce soir alors que je suis debout sous la pluie  
Tout le monde sait  
Que ma chérie a des vêtements neufs  
Mais récemment je vois que ses rubans et ses noeuds  
Sont tombés des boucles de ses cheveux
 [Refrain]
Elle prend simplement comme une femme, oui, c'est vrai
Elle fait l'amour simplement comme une femme, oui, c'est vrai  
Et elle a mal simplement comme une femme  
Mais elle fond en larmes simplement comme une petite fille
Reine Mary, elle est mon amie  
Oui, je crois que je vais retourner la voir  
Personne ne doit supposer  
Que bébé ne peut être adorée
Jusqu'à ce qu'elle finisse par comprendre qu'elle est comme toutes les autres
Avec son esprit embrouillé(1), ses amphétamines et ses perles
 [Refrain]
Il pleuvait dès le début  
Et je mourais là-bas de soif  
Alors je suis entré ici  
Et ta malédiction de longue date fait mal  
Mais ce qui est pire  
C'est la douleur qu'il y a ici  
Je ne peux rester ici  
Cela n'est-il pas évident ?  
Je ne peux simplement pas m'adapter
 Oui, je crois qu'il est temps de nous séparer
Quand nous nous rencontrerons à nouveau  
Et serons présentés comme étant des amis  
Je te prie ne va pas dire que tu m'as connu quand  
J'avais faim et que c'était ton monde.
Ah, tu triches simplement comme une femme, oui c'est vrai  
Tu fais l'amour simplement comme une femme, oui, c'est vrai  
Puis tu as mal simplement comme une femme  
Mais tu fonds en larmes simplement comme une petite fille.
 
(1) littéralement : le brouillard (qu’ il y a dans son esprit)

— — — —
Nobody feels any pain
Tonight as I stand inside the rain
Ev'rybody knows
That baby's got new clothes
But lately I see her ribbons and her bows
Have fallen from her curls


[Chorus]
She takes just like a woman, yes, she does
She makes love just like a woman, yes, she does
And she aches just like a woman
But she breaks just like a little girl.


Queen mary, she's my friend
Yes, I believe I'll go see her again
Nobody has to guess
That baby can't be blessed
Till she sees finally that she's like all the rest
With her fog, her amphetamine and her pearls.


[Chorus]


It was raining from the first
And I was dying there of thirst
So I came in here
And your long-time curse hurts
But what's worse
Is this pain in here
I can't stay in here
Ain't it clear that ?
I just can't fit
Yes, I believe it's time for us to quit
When we meet again
Introduced as friends
Please don't let on that you knew me when
I was hungry and it was your world.


Ah, you fake just like a woman, yes, you do
You make love just like a woman, yes, you do
Then you ache just like a woman
But you break just like a little girl.
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The Times They Are A Changing 
(Les Temps Sont En Train De Changer)


Venez rassemblez-vous tous braves gens
D'où que vous veniez
Et admettez que les eaux
Autour de vous ont monté
Et acceptez que bientôt
Vous serez trempés jusqu'aux os
Si votre temps(1) pour vous
Vaut la peine d'être sauvé
Alors vous feriez mieux de vous mettre à nager
Ou vous coulerez comme une pierre
Car les temps sont en train de changer.

Venez écrivains et critiques
Qui prophétisez avec votre stylo
Et gardez les yeux grands ouverts
L'occasion ne se représentera pas
Et ne parlez pas trop tôt
Car la roue n'a pas encore fini de tourner
Et il n'y a aucun moyen de dire qui
Elle va nommer.
Car le perdant d'aujourd'hui
Sera le gagnant de demain
Car les temps sont en train de changer.

Venez sénateurs, députés
S'il vous plait prêtez attention à l'appel
Ne restez pas debout devant l'entrée
Ne bloquez pas le hall
Car celui qu'on blesse
Sera celui qu'on retiendra
Il y a une bataille dehors
Et elle fait rage
Elle fera bientôt trembler vos fenêtres
Et ébranlera vos murs
Car les temps sont en train de changer.

Venez pères et mères
De tous les coins du pays
Et arrêtez de critiquer
Ce que vous êtes incapables de comprendre
Vos fils et vos filles
échappent à votre autorité
Votre vieille route prend
Rapidement de l'âge
S'il vous plait sortez de la nouvelle
Si vous êtes incapables de donner un coup de main
Car les temps sont en train de changer.

Le ligne est tracée
Le sort en est jeté
Le lent aujourd'hui
Sera demain rapide
Et le présent d'aujourd'hui
Sera demain le passé
L'ordre (actuel)
Est en train de disparaître rapidement
Et le premier d'aujourd'hui
Sera demain le dernier
Car les temps sont en train de changer.

1) votre époque, votre civilisation


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The Times They Are A Changing

Come gather 'round people
Wherever you roam
And admit that the waters
Around you have grown
And accept it that soon
You'll be drenched to the bone.
If your time to you
Is worth savin'
Then you better start Swimmin'
Or you'll sink like a stone
For the times they are a-changin'.


Come writers and critics
Who prophesize with your pen
And keep your eyes wide
The chance won't come again
And don't speak too soon
For the wheel's still in spin
And there's no tellin' who
That it's namin'.
For the loser now
Will be later to win
For the times they are a-changin'.


Come senators, Congressmen
Please heed the call
Don't stand in the doorway
Don't block up the hall
For he that gets hurt
Will be he who has stalled
There's a battle outside
And it is ragin'.
It'Il soon shake your windows
And rattle your walls
For the times they are a-changin'.


Come mothers and fathers
Throughout the land
And don't criticize
What you can't understand
Your sons and your daughters
Are beyond your command
Your old road is
Rapidly agin'.
Please get out of the new one
If you can't lend your hand
For the times they are a-changin'.


The line it is drawn
The curse it is cast
The slow one now
Will later be fast
As the present now
Will later be past
The order is
Rapidly fadin'.
And the first one now
Will later be last
For the times they are a-changin'.
— — — — — — — — — —


— — — — —


Blonde On Blonde (Blonde Sur Blonde)

La pluie tombe a flot
La 14ème rue va se noyer
Tous les autres se pressent autour

J'ai blonde sur blonde
Sur ma stéréo portable
C'est une berceuse
D'une radio dorée géante

Je n'ai pas le temps que je veux perdre
Avec des gens qui ont quelque chose à prouver
Qu'est-ce que tu peux y faire mais laisse les parler
Et fait ton chemin en bas de la rue

J'ai blonde sur blonde
Sur ma stéréo portable
C'est une berceuse
D'une radio dorée géante

C'est une berceuse
D'une radio de super héroines

— — — — — —



Cats and dogs are coming down
14th street is gonna drown
Everyone else rushing round

I've got blonde on blonde
On my portable stereo
It's a lullaby
From a giant golden radio

I've got no time i wanna lose
To people with something to prove
What can you do but let them talk
And make your way down the block

I've blonde on blonde
On my portable stereo
It's a lullaby
From a giant golden radio

It's a lullaby
From wonder woman's radio

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Merci La Coccinelle pour les traductions..
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jeudi, septembre 22, 2016

548_ Albert Camus - L'Etranger- F. INTER



L'invitée de Jean Lebrun, Alice Kaplan, apporte un souffle complémentaire sur l’Étranger et sur Albert Camus. Sur la question de l’absence de l’Arabe dans L’Étranger, Kaplan avance une autre raison que le dédain ou le racisme qu'on attribue à l’auteur envers L’arabe (ou les Arabes – et Berbères en général). Pour Alice Kaplan, si Albert Camus n’a pas nommé l’Arabe, c’est par choix esthétique. Elle précise que pour écrire L’Étranger, Camus a été fortement influencé par « Le facteur sonne toujours deux fois » de James Mallahan Cain (1934). Elle dit qu’en supprimant l’identité de L’Arabe Camus « exprime le racisme sans avoir à l’expliquer ». Sur ce point Kaplan n’innove pas. C’est ce qu’avait écrit autrement et avant elle, Lamria Chetouani (cf  in mon « L’Arabe dans les écrits d’Albert Camus).



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Désolé, mais je n’ai trouvé que cette astuce — filmer l’enregistrement audio — pour le diffuser sur les réseaux. 

Blogger n'accepte pas tous les formats (pas plus de 100 MO). Parfois la lecture (texte) n'est pas aisée à cause dudit format (la 1.2).

 
Albert Camus- La marche du siècle- F. Inter- Mer 21 09 2016 _1.2


 
Albert Camus- La marche du siècle- F. Inter- Mer 21 09 2016 _2.2









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 LE LIVRE D'ALICE KAPLAN









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CAMUS :  CE QUI SUIT A ETE AJOUTE LE 
MARDI 13 DECEMBRE 2016













 



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Ce qui suit a été ajouté le samedi 14 janvier 2017


Alice Kaplan . Critique et historienne américaine
«Le problème avec Camus...»
El Watan le 14.01.17 | 10h00

Le passage à Alger, l’essayiste nous parle de son enquête passionnante sur «L’Étranger».
Vous signez une biographie*, non pas de Camus mais de L’Étranger. Comment écrit-on la biographie d’un roman ?

Cela va de la première inspiration du texte à la réception du livre. Ce sont deux aspects qui m’intéressent beaucoup. C’est lié à l’auteur évidemment, mais une fois que le livre est publié, il a sa propre vie et échappe à l’auteur. Et puis on quand on écrit la biographie d’un livre, on est vraiment dans les mots. Le problème avec Camus, c’est que c’est un personnage tellement glamour et controversé que souvent l’intérêt pour sa vie dépasse l’intérêt pour son œuvre.

On découvre avec vous l’influence importante du travail journalistique de Camus sur son œuvre…

Oui. Quand il couvre le meurtre du mufti d’Alger pour Alger républicain, il décrit un juge qui brandit le crucifix. Camus a dû se dire : «C’est trop beau ! C’est déjà un roman.» Et cette scène se retrouvera en effet dans L’Étranger. C’est un procès tout à fait particulier avec la réplique d’Akacha qui rétorque : «Dieu est trop vieux, il faut le remplacer.» Par ailleurs, Camus parle de ce procès à Jean Grenier (Ndlr son professeur de philosophie auquel il était très attaché) dans sa correspondance. On le sent très intéressé par le cheikh Tayeb El Okbi, qui sera innocenté…

Parmi les influences inattendues, on retrouve Le Shpountz de  Fernandel et puis saint Augustin
aussi…

Le passage où saint Augustin ne pleure pas à l’enterrement de sa mère et puis va au bain ! Camus connaissait très bien saint Augustin et puis c’est un des passages les plus célèbres des Confessions. C’est impossible qu’il n’ait pas lu ça. Après, il ne faut pas être trop littéral. Il s’agit de montrer un environnement d’influences et de sources.
Des choses qui pouvaient être dans sa conscience ou son inconscient. Il ne faut pas faire la chasse aux sources. C’est tout le travail de transformation qui fait l’œuvre. Par exemple, Camus ne cite pas le titre du film de Fernandel. Le lecteur ne sait pas que dans ce film, Fernandel répète un article du code civil (Ndlr «tout condamné à mort aura la tête tranchée») dans une scène comique. C’est seulement dans mon essai que je développe cet aspect.

Comment avez-vous trouvé l’identité du fameux «Arabe» du roman ?

Ce n’est pas vraiment l’identité du personnage de Camus. Les journalistes ont sauté un peu trop vite sur ce nom (Ndlr Kaddour Touil). J’étais plutôt en conversation avec les biographes de Camus. Ils sont allés à Oran sur la trace de cette bagarre. Ils ont interrogé des gens mais ils ne se sont pas posé la question de l’identité de l’Arabe. C’est exactement comme dans le roman. Il faut dire aussi qu’Olivier Todd avait travaillé dans un contexte particulier juste avant la décennie noire. Les biographies évoluent avec les questions que nous posons. A l’époque, la question de l’Arabe ne se posait pas. Il était effacé dans la biographie.
Pour ma part, c’est grâce à Abdelhak Abdeslam, de l’association Bel Horizon, que j’ai eu accès aux archives du journal L’Echo d’Oran. C’était fascinant de travailler sur les archives papier de la presse et non des microfilms. Quand j’ai lu le nom de l’Arabe, j’ai sauté au plafond !

On découvre aussi que la bagarre en question est d’une grande banalité…

Oui. Presque personne ne s’en souvient. C’est une bagarre tout à fait ordinaire. Ce qui était beaucoup plus dramatique, c’était le meurtre du caïd par le frère de Kaddour Touil. Et puis le fait que ce dernier sera emprisonné pour viol. Mais les bagarres sur la plage, c’était le lot de tous les jours. 1939, Kaddour Touil descend d’une famille assez aisée, une grande famille d’ascendance turque. Il va sur la plage de Bouisseville (Oran) avec sa petite amie française. Il a le «sang chaud», comme dit sa sœur. Une bagarre a lieu avec les Bensousan. Ces derniers ne portent même pas plainte. C’est d’une pure banalité.

Aucun intérêt, sauf celui d’avoir inspiré Camus…

C’était une petite étincelle qui a permis à Camus d’aller plus loin. C’est Tchekhov qui disait qu’on ne peut pas montrer un revolver dans la première scène sans qu’il n’y ait meurtre dans les suivantes ! Dans la littérature, dès qu’il y a un revolver, il faut que quelqu’un meurt.

On s’intéresse de plus en plus à l’identité de «l’Arabe» dans L’Étranger. Pourquoi cet intérêt aujourd’hui ?

Cela remonte à beaucoup plus loin. Lisez la petite préface à l’édition anglaise de L’Étranger par Cyril Conolly, qui est un grand anticolonialiste. Non seulement il parle beaucoup de l’Arabe mais aussi de la sœur de l’Arabe. Cette dernière est absente du livre de Kamel Daoud. C’est cette sœur qui souffre vraiment dans le roman. Elle est abusée par Raymond. C’est elle qui est à la source de tout ce qui suivra. Conolly dit que Meursault aimait la vie, mais la sœur de l’Arabe aussi aimait la vie ! Mais elle n’a pas droit à toutes les attentions de la part de l’auteur. Et puis il y a eu Edward Saïd qui était très sévère avec Camus. Il l’accusait d’éliminer l’Arabe. Vous avez Connor Cruise O’Brien qui est allé très loin en parlant d’une «solution finale» contre l’Arabe dans le roman…
Je pense que la lecture des articles de presse de Camus, notamment sur la Kabylie et la trêve civile, change notre vision de l’homme. Et puis le roman de Kamel Daoud a donné une nouvelle vie à L’Étranger. Aujourd’hui, les jeunes lisent en France L’Étranger avec Kamel Daoud. Aux USA, on lit les deux livres ensemble en cours de littérature à l’Université. Ce livre est une œuvre de fiction mais aussi un geste critique. L’intervention de Kamel Daoud est fascinante.
Elle est très liée à l’Algérie contemporaine avec une critique de la religion, de l’imam… Mais il touche à quelque chose d’universel. Je crois qu’il touche à l’idée de l’autre. Je défends beaucoup ce livre. Dans la première partie du livre, il critique Camus pour ne pas avoir nommé l’Arabe. Mais dans la deuxième, c’est Haroun qui tue un Européen. Il sent une solidarité avec Meursault et ça complique beaucoup les choses.

On a souvent identifié Meursault à Camus, vous établissez un parallèle entre Camus et Kaddour Touil. Une façon de renverser la donne ?      

Mes étudiants me demandent tout le temps : «Alors Meursault c’est Camus ?» Il a failli s’appeler Albert Meursault dans le film de Visconti. Il s’appelle d’ailleurs comme ça dans l’édition algérienne de Meursault contre-enquête de Daoud. La famille de Camus n’était pas contente de cette confusion. Le personnage s’appelle finalement Arthur Meursault dans le film. Je suis d’accord que Meursault est l’ombre de Camus.
La partie de lui-même qu’il prenait en horreur et qu’il voulait expulser pour devenir l’humaniste que nous connaissons. C’est un petit voyou, un type qui n’aime pas sa mère… Tout le contraire de Camus. J’aimais bien l’idée de trouver des rapprochements entre Camus et Kaddour Touil. Tous deux étaient atteints de tuberculose. Ils n’étaient pas très éloignés durant l’occupation. Ils étaient en France dans des sanatoriums… Il nous faut des récits de réconciliation entre nos différents mondes.
Je ne pouvais pas le dire comme ça. Alors j’ai pensé à le suggérer en montrant que les hommes et les femmes ont des expériences similaires même s’ils viennent de milieux différents.
On a très souvent abordé L’Étranger d’un point de vue moral, comme s’il fallait se prononcer sur le jugement de Meursault. Pourquoi ?
Il y a eu même cette fameuse affaire en 1948.
Un jeune Américain qui avait tué son camarade de classe mettait en avant pour sa défense l’influence de L’Étranger ainsi que des textes de Sartre. Un de mes étudiants a retrouvé le dossier et prépare une thèse sur ce sujet… Au-delà de cet exemple extrême, il faut dire que les lecteurs ont beaucoup de mal à considérer un personnage comme un être de fiction. Cela dit, quelque chose de la force de la littérature. Les critiques de New York, en 1946, se sont complètement plantés en essayant de montrer que Meursault était un collabo ! Le texte a été conçu en 1939. Mais chaque lecteur a le droit de projeter ce qu’il veut. Et sans ces projections, le roman n’aurait pas la biographie qu’il  a.

*Alice Kaplan, En quête de L’Étranger Gallimard, Paris, 2016, 336 pages. Traduit de l’anglais.

Repères

Ecrivain, historienne et traductrice, Alice Kaplan enseigne la littérature française à l’université de Yale (USA).
En 2000, elle a été finaliste du National Book Award et a obtenu le L.A. Times Book Award. Après de nombreuses publications sur la littérature française sous l’occupation allemande, elle signe un passionnant ouvrage sur les sources et la réception de L’Étranger de Camus.
Son ouvrage est une véritable biographie du roman. On y découvre le contexte d’écriture et des sources d’inspiration étonnantes, à l’image des chroniques judiciaires de Camus pour Alger Républicain.
On y relit aussi les mille et une vies de L’Étranger à travers les critiques, élogieuses ou acerbes, qu’il a inspirées. Parti à la quête de L’Étranger, l’essai s’achève sur les traces de Kaddour Touil.
C’est le nom du protagoniste algérien dans un fait divers (une bagarre sur la plage de Bouisseville à Oran) qui aurait inspiré la scène du meurtre de «l’Arabe» à Camus. Documenté comme une enquête, cette recherche se lit comme un roman.  

Walid Bouchakour