Mardi 14 avril 2026
GLOBAL SUMUD FLOTILLA - BARCELONE AN II _ AVRIL 2026
Nous voilà revenus de nos émotions et de Barcelone. Belles
journées même si nous avions dû affronter des vents violents, la pluie et
quelques rares mauvaises humeurs. Les bonnes étaient largement les plus
nombreuses. Le bus « Flixbus » était rempli à l’aller comme au retour.
Marseille, Montpellier, Perpignan, Barcelone et quelques autres arrêts de
convenances. Venezia - Barcelone c’est une trotte quand-même pour les
chauffeurs. Ils sont deux. Bon, je passerai les élucubrations littéraires. Je
vais droit au but. « La flotilla ». Je me suis installé dans ma Airbnb (à
Rubi). Et repos jusqu’au lendemain samedi.
Nous arrivions à Cardedeu, dans le nord de Barcelone vendredi, lorsque j'ai reçu un premier WhatsApp « Ahmed raconte-nous ! » J’ai raconté. Mes amies espagnoles du Caire sont là (deux sur trois). Elles m’attendaient.... Puis la suite s’est déroulée comme sur du papier à cigarette (il s’enroule lui no ?)
Samedi donc. Une petite heure de porte à porte si j’ose dire.
De Rubi à la Estatua « La Parella (de Lautaro Diaz). La belle sculpture en
bronze. Un couple est assis avec de longues jambes, mais sans bras, sur le Moll
de la Fusta. Il regarde en direction du large, des Baléares. Les gens autour
sont nombreux à les prendre en photo ou en selfies. Sous plusieurs angles. Le
long des quais, le bateau sécurité « Open Arms » veille. Il accompagnera la
flottille vers Gaza. Les journalistes sont là suivis de près par leur
caméraman. Celui d’Al Jazeera semble soucieux « Par où commencer ? »
Vers treize heures la foule est enfin au rendez-vous. « All Eyes On The Global Sumud Flotilla » dit la banderole. Un père apprend à sa fille à faire voler le cerf-volant de la liberté aux couleurs de la Palestine. Sur la grande scène, les artistes se succèdent. Les retrouvailles sont très expressives. Les stands bars, shopings (fanions, T Shirts...), et aires de jeux ne désemplissent pas. Désolé pour ces phrases courtes, un peu hachurées. Il me faut dire que je regrette l’absence des grands « leaders » de l’année dernière. Inutile de donner leurs noms. Y a-t-il eu des divergences ou est-ce les effets de la guerre impérialiste dans ses sommets qui a déteint sur « la Global » ?
Mon amie Xisca est accompagnée par son compagnon. Il partira dans un des voiliers, le « Safsaf ». Reyes reste à quai cette année (son aura et son emprisonnement par le régime fasciste d’Israël a fait le tour des télés du monde l’année passée. Aujourd’hui elle est en charge de la sécurité. Elle est toujours souriante.
Dimanche est moins beau. Un peu de vent. Il a même plu. Il y
a beaucoup plus de monde qu’hier (mais toutefois moins que 2025). Les (combien
? 40 ? 50 ? plus? voiliers sont déjà loin.... Je n’ai pu revoir Adelina. Cette
année elle est la porte-parole de Global Sumud dans les îles Canaries qu’elle
n’a pas quittées. Nos derniers au-revoirs se font via WhatsApp. Xisca a posté
une vidéo de départ du « Safsaf » sur lequel Toni son compagnon fait des
au-revoir. Adelina regrette « And the picture? » (une photo nous rassemblant
que nous n'avons pas prise) Nous n’avons pas eu la tête à « La » picture. Il y
a comme un goût d’inachevé. Un goût léger.
Les hasards parfois... J’ai filmé, et discuté avec des gens
qui filmaient aussi, et discutaient aussi, qui regardaient partir les voiliers.
On chantait pour la Palestine. Une jeune femme formidable m’a parlé de son
expérience. Nous avons longuement échangé alors que les voiliers passaient :
l’Iran, le capitalisme qui tue sans vergogne, le déclin de l’Occident... Je
n’ai pas retenu son nom (Jessica ?). Elle m’a parlé de Fanon et d’Adam Shatz.
Je lui ai promis de le lire. Et moi je lui parlé de Omar El Akkad (lisez-le,
lisez-le !!) qui raconte comment le génocide de Gaza lui a ouvert les yeux (ou
plutôt il a été la goutte qui a fait déborder le vase) sur les dirigeants de «
l’Empire », ce monde Occidental (moi ce fut l’épisode ukrainien, comment les
Ukrainiens par dizaines de milliers furent reçus en France, logés nourris, avec
autorisation de travailler en quelques semaines avec à l'appui une mobilisation
médiatique nationale.... Une France aigre et rance qui refuse d’accueillir 200
Palestiniens martyrisés)... Le lobby pro israélien ici en France est énorme,
outrancièrement énorme et les élites du Sud sous la couette. "Allah
Ghaleb", "el khobza ! Le ciel est gris, il pleut. Là il est 20 heures
dans la chambre, et chez vous aussi. Je vous embrasse. C’est fini. Bonne route
à vous. » Et à la prochaine. Le lendemain je prendrais l’autocar du retour etc.
etc. Pardon pour ce texte que je ne veux pas relire. Un flot libre. (enfin si,
je l’ai relu - Quand-même).
Sur mon blog
https://leblogdeahmedhanifi.blogspot.com/2026/04/994-global-sumud-flotilla-barcelone.html
ARTICLE in MEDIAPART_ 12 AVRIL 2026
Sur les quais de Barcelone, l’heure d’embarquer pour Gaza
Emmenée par plus de mille participants venus d’une centaine de pays, la Global Sumud Flotilla a pris la mer dimanche 12 avril depuis le port catalan, sous les cris et les applaudissements, avec l’ambition d’interpeller les États sur la situation à Gaza.
Anass Iddou
12 avril 2026 à 17h57
Barcelone (Espagne).
« Free, free Palestine ! », « Tahia, tahia Falasteen ! », « Viva, viva Palestina ! » En anglais, en arabe ou en espagnol, les slogans se répondent et annoncent le départ imminent des bateaux, dimanche 12 avril. Habituellement baignée de soleil, Barcelone offre cette fois un ciel capricieux à la Global Sumud Flotilla (GSF), à l’origine de cette nouvelle flottille palestinienne.
Les vents retardent la mise à flot des embarcations, qui lèvent finalement l’ancre peu après 13 heures, sous les trompettes et les cris d’encouragement. Plus de 1 000 participant·es prennent la mer à bord de plus de 70 bateaux, selon l’organisation, en direction de Gaza, avec l’objectif de briser le blocus maritime imposé depuis 2007 par Israël.
« Aujourd’hui, nous reprenons la mer, et c’est le premier pas pour briser, incha’Allah, le siège de Gaza », lance Nadir al-Duri, membre du comité directeur de l’organisation, lors d’une conférence de presse improvisée sur le port. « Nous partons pour inciter les peuples de tous les continents à agir, là où les gouvernements auraient dû faire leur travail », poursuit-il, couvert par les applaudissements.
Le dispositif s’est élargi ces derniers jours. L’ONG écologiste Greenpeace doit envoyer son navire Arctic Sunrise rejoindre la flottille en cours de navigation, tandis que l’ONG Open Arms, déjà rompue aux opérations de sauvetage en Méditerranée, apporte son soutien logistique.
Quelques heures avant le grand départ, sur les quais comme à bord, on croise des médecins, juristes, militant·es, journalistes ou bénévoles venu·es prêter main-forte. Et chaque bateau porte le nom d’une localité palestinienne, souvent disparue ou occupée depuis 1948. Un fil tendu entre la mer et la terre qu’elles et ils espèrent atteindre.
Feyza Sarigüllü termine un briefing avant d’accepter de parler. Metteuse en scène de théâtre, venue d’Allemagne, elle s’apprête à embarquer pour la première fois. Ce n’est pas la traversée qui l’inquiète : « J’ai peur de ne rien faire, surtout. »
Mère de deux filles, elle explique avoir pris sa décision après des semaines de nuits sans sommeil, hantées par les images d’enfants « amputés, opérés sans anesthésie ». En en parlant, elle tend le bras pour montrer ses poils qui se hérissent.
Les nouvelles provenant d’Israël ne font qu’alimenter le sentiment d’urgence partagé par beaucoup sur le port. Le 30 mars, la Knesset, le Parlement israélien, a adopté une loi instaurant la peine de mort pour des Palestinien·nes reconnu·es coupables de meurtre « terroriste ». Concrètement, elle introduit un traitement différencié selon l’origine des accusé·es : pour des faits similaires, des Palestinien·nes peuvent risquer la peine capitale, quand des Israélien·nes encourent une peine de prison. Une première depuis des décennies, Israël n’ayant plus procédé à des exécutions depuis 1962.
La flottille espère principalement arriver avec de l’aide médicale. À bord, des kits pensés pour tenir en mer, des traitements contre la nausée, du matériel d’urgence, défibrillateurs compris. En parallèle, une flotte médicale de plus grande envergure, affrétée depuis la Turquie par Doctors for Gaza, doit acheminer près d’un millier de professionnel·les de santé dont l’objectif – bien improbable – est d’entrer dans le territoire palestinien.
Comme lors de leurs précédentes tentatives, les organisateurs et organisatrices veulent s’appuyer sur le droit maritime international. La Convention des Nations unies sur le droit de la mer dispose qu’au-delà des 12 milles nautiques, un navire relève uniquement de l’État dont il bat pavillon. Israël, de son côté, s’appuie sur le manuel de San Remo de 1994, qui autorise l’interception d’un navire soupçonné de vouloir forcer un blocus, y compris en haute mer, à condition que l’intervention soit jugée « nécessaire et proportionnée ».
« Si on arrive à Gaza, on apportera des soins… Il y a des bateaux remplis pour ça », assure, confiant, Raul Laguna Bosch, 37 ans, médecin généraliste argentin, qui circule d’un navire à l’autre avec d’autres soignant·es. Il n’avait pas pu participer à la dernière flottille de septembre 2025. Cette fois, lorsque l’appel a été lancé en février, il s’est engagé sans hésiter : « Je ne supporte plus de voir cette situation en Palestine. »
Casquette de la Ligue internationale socialiste vissée sur la tête, le docteur Laguna Bosch est venu avec le soutien de son organisation politique, mais aussi entouré des siens. « Avec ma mère, mes frères, mes sœurs… Je suis très bien accompagné », sourit-il.
Un peu plus loin, Mohamed Wahid Baroud n’a personne à serrer dans ses bras. Ou plutôt pas ici. À 33 ans, celui que tout le monde appelle « Moh » embarque sur le Hula avec les siens en tête. Son père est originaire de Gaza, son grand-père d’Haïfa et une partie de sa famille vit encore au Liban, où certains ont été directement touchés par les bombardements récents. « C’est compliqué de savoir qui est encore en vie », soupire-t-il.
Installé à Bruxelles, ce travailleur social accompagne habituellement des jeunes de quartiers populaires à travers des ateliers autour du jeu vidéo. « C’est un moyen de travailler sur les émotions, sur le respect, sur la perte. » Cette fois, il a laissé ce quotidien derrière lui pour embarquer pour la première fois vers la Palestine.
« J’ai déjà réfléchi au danger, mais je m’en fous. J’ai plus peur de vomir sur le bateau que d’aller à Gaza », glisse Moh, un brin amusé. « Si on en est là, c’est parce que les États ne font pas leur travail. Alors des citoyens, jeunes ou plus âgés, s’organisent et y vont eux-mêmes. Mais qu’est-ce que vous foutez ? », conclut-il, attaquant directement l’inaction des gouvernements.
La légitimité du blocus reste contestée. En 2011, un rapport de l’ONU l’avait jugé légal, au nom de la sécurité. Une position de plus en plus remise en cause aujourd’hui, notamment par la rapporteuse spéciale des Nations unies Francesca Albanese, qui en dénonce les conséquences humanitaires.
Barcelone, la « Rose de feu »
Maimon Herawati, membre du comité directeur de la flottille, insiste sur le rôle que s’attribue le collectif : « Nous sommes une société civile sans pouvoir institutionnel, nous n’avons que nos corps et nos navires. » Face au « silence » des « dirigeants mondiaux », cette Indonésienne appelle à une mobilisation collective pour « briser le blocus ».
Et si ce discours prend autant de place à Barcelone, ce n’est pas un hasard. De la chute de 1714 à l’insurrection antifranquiste de 1936, celle qu’on surnomma la « Rose de feu » a été l’épicentre d’une résistance au totalitarisme. La notion de « Sumud », cet idéal palestinien de résistance malgré l’exil forcé, fait directement écho à sa propre histoire.
La ville revendique une forme de diplomatie par le bas, à distance de Madrid. En 2023, sous l’impulsion de l’ancienne maire Ada Colau, Barcelone est devenue la première grande ville européenne à suspendre ses relations avec Israël. La décision a ensuite été partiellement remise en cause par son successeur Jaume Collboni, avant d’être réactivée en mai 2025 sous la pression de mobilisations locales, avec des restrictions sur certaines coopérations et sur les activités portuaires liées aux colonies cisjordaniennes.
Sur place, beaucoup de Catalan·es prêtent main-forte bénévolement. C’est le cas de Marisa Pérez, professeure des écoles de 60 ans, keffieh sur les épaules. « J’aimerais y aller avec eux, mais je ne peux pas », faisant référence à son âge et à ses contraintes physiques. Avec sa sœur, elle avait aussi aidé à la précédente flottille : « Si j’ai la possibilité de faire bouger les choses, à mon échelle, pour les Palestiniens, je dois le faire. »
Comme Marisa, d’autres bénévoles traduisent, expliquent aussi la démarche à des touristes un peu surpris·es, visitant le port catalan sans vraiment comprendre l’origine de cette agitation, ni de la diffusion à plein volume de l’air Long Live Palestine du rappeur britannique Lowkey.
Une flottille de plus en plus visible
Au-delà du symbole, Barcelone reste surtout un point clé en Méditerranée, une base de départ pratique permettant de faire converger des bateaux venus d’Italie, du Maghreb ou d’ailleurs en Europe, avec des participant·es issu·es d’une centaine de pays, selon Amnesty International.
Un mouvement qui, ces derniers mois, a aussi gagné en visibilité. En juin 2025, l’arrestation de Greta Thunberg et de Rima Hassan, très relayée, y a contribué. Dans son sillage, le 31 août, un convoi « Sumud » de 25 navires a quitté Barcelone, avec à son bord plusieurs personnalités, dont le rappeur Youssef Swatts, l’actrice Adèle Haenel, l’ancienne maire de Barcelone ou encore Mandla Mandela, petit-fils de l’ancien président sud-africain.
Malgré l’ampleur de la mobilisation, Ada Colau est une des rares figures politiques à s’être déplacée sur le port avant le départ, venue soutenir celles et ceux qu’elle appelle ses « ami·es ». Elle ne reprendra pas la mer cette fois. « Ma famille a beaucoup souffert la dernière fois », confie-t-elle à Mediapart.
L’ancienne maire reste toutefois fidèle à son engagement : « La Palestine est la cause de l’humanité. Nous avons besoin que les gouvernements agissent. Le gouvernement d’Israël doit être jugé et emprisonné, parce que ce sont des criminels. »
« Cette fois, on espère poser le pied en Palestine, au moins une fois », confie Osman Tastan, chargé de l’organisation à bord du Safsaf. Ingénieur logiciel jusqu’à récemment, l’homme de 63 ans raconte avoir perdu son emploi après sa participation à la précédente flottille : « Mon employeur n’a pas aimé ça. » Il était déjà à bord en septembre 2025, lors de l’interception en mer : « J’ai vu des gens se faire maltraiter, surtout des Palestiniens, des Turcs, des Tunisiens », témoigne-t-il. Une expérience qui ne l’a pas dissuadé de repartir.
Lors de cette mission, plusieurs bateaux ont été interceptés à une distance des côtes comprise entre 70 et 120 milles, parfois à plus de 220 kilomètres, dans des zones plus proches de l’Égypte ou de Chypre que de Gaza. Pour les juristes de la flottille, ces distances interrogent l’argument d’une intervention « nécessaire et proportionnée », d’autant que les embarcations transportaient uniquement de l’aide humanitaire.
Tout comme Sümeyra Akdeniz Ordu, membre du comité directeur, qui dit avoir surmonté la peur après avoir connu les cellules israéliennes : « J’ai vu les noms de Palestiniens écrits sur les murs… Aujourd’hui, je peux contrôler ma peur. On n’a pas le choix, il faut résister. »
Côté français, la question de la sécurité reste centrale. Elle est suivie de près par Florence Heskia, co-coordinatrice nationale et référente à l’international pour GSF France. Une équipe d’avocat·es a été mobilisée pour écrire aux autorités françaises, transmettre les identités des participant·es avec copie des passeports et demander leur protection dans le cadre d’une mission humanitaire.
« La dernière fois, ils nous ont dit : “Ne partez pas, on ne peut pas vous protéger” », rapporte-t-elle. Un avertissement qui n’a pas freiné les départs. Cette fois encore, les bateaux ont quitté le port. La GSF prévoit un direct sur You Tube pour documenter toute la traversée.
Anass Iddou






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