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lundi, mars 12, 2018

601_ Hommage à JEAN EL-MOUHOUB AMROUCHE





A la veille du 56° anniversaire de la disparition de Jean El-Mouhoub Amrouche, l’Association provençale amazigh lui a dédié la soirée du samedi 10 mars, en son siège situé au 25 rue de la Grande Armée à Marseille 1er art. Trois intervenants ont pris la parole devant une cinquantaine de personnes, Rezki Rabia, poète, Michel Filippi, philosophe, auteur et Ali Chibani, auteur, journaliste, docteur en littérature comparée. Lors de son intervention, Ali Chibani retraça le parcours de Jean El-Mouhoub Amrouche (1906-1962)… Nous en reprenons les grandes lignes. A la suite des déboires du grand-père, le père de Jean El-Mouhoub Amrouche, Antoine Belkacem, s’installe à Tunis avec sa femme et leurs cinq enfants. Jean a cinq ans. Il effectue de très bonnes études, mais il est confronté au racisme de nombreux bord. Il est tantôt qualifié de renégat, de bicot, ou de prostitué… en 1925 il passe trois années à l’École Normale Supérieur de Saint-Cloud (là même où Aimé Césaire étudiera de 1935 à 39), puis retrouve la Tunisie où il enseignera au lycée de Sousse et à celui de Tunis. Il y fait la connaissance d’une jeune pied-noire, Suzanne Molbert, qu’il épousera. En juin 1937, Jean El-Mouhoub Amrouche apprend le décès, le 22, de son ami le poète et écrivain francophone malgache Jean Joseph Rabearivelo (à 36, ou 34 ans) qui n’a pas réussi à surmonter la souffrance née de sa dualité culturelle dit Ali Chibani. A moins que la raison ne se trouve dans cet amer constat qu’il fait « ce n’est pas drôle d’être un latin parmi les Welches ». Jean El-Mouhoub Amrouche se trouvait en Grèce lorsqu’il reçut la lettre de son amie l’informant de son acte à venir. Cette disparition perturbe Jean El-Mouhoub Amrouche. Il dit avoir pensé au suicide lui aussi, toujours à cause de cette souffrance évoquée pour Rabearivelo. Beaucoup d’universitaires font le lien entre Jean El-Mouhoub Amrouche et Jean Joseph Rabearivelo, à mon sens poursuit Ali Chibani ces rapprochements n’ont pas lieu d’être puisque Jean El-Mouhoub Amrouche dans la préface du  livre Robert Boudry « Jean Joseph Rabearivelo et la mort »


Jean Joseph Rabearivelo
(Présence africaine), écrit « Jean-Joseph… n’était pas taillé pour la victoire, mais pour la défaite. Sa vitalité, son ardeur spasmodique et déréglée marquent sa profonde faiblesse, celle d’une conscience et d’une âme déroutée. Il enfle la voix par désespoir, se voit grand homme, lui qui est petit…Tout recours efficace lui est interdit. Ni la voie française, ni la voix malgache dans les deux directions des ancêtres fabuleux et vers l’aval révolutionnaire, ne peuvent accueillir et porter ses pas d’homme sur un sol ferme. Alors Jean-Joseph bascule sur sa couche, et nous tourne à jamais le dos. » Jean El-Mouhoub Amrouche dans la même préface considère que la signification de son rôle est restée obscure à Jean Joseph Rabearivelo jusqu’à la fin. Pour Robert Boudry ce fut un « drame colonial » (AH). Jean El-Mouhoub Amrouche savait dès sa jeunesse qu’il devait être un porte-parole de son peuple, donc il avait un objectif, ce qu’Aimé Césaire a formulé dans Cahier d’un Retour au pays natal (p 23) : « Et je dirais encore :’’Ma bouche sera la bouche des malheurs qui n’ont point de bouche, ma voix, la liberté de celles qui s’affaissent au cachot du désespoir’’. »

 


Jean El-Mouhoub Amrouche devient enseignant au lycée Carnot. Albert Memmi, dans son roman La statue de sel (1953), se souvient de son ancien instituteur : « j’ai crû voir l’image du salut. Il était donc possible à un africain de se transformer en homme cultivé, bien habillé, de fumer des cigarettes d’Europe. J’admirais ses longs doigts soignés, jaunis au bout, entre le majeur et l’index par le tabac d’orient qui parfumait la classe. Il avait publié deux recueils de vers que je trouvais d’une beauté déconcertante. Il était donc possible d’arriver à maîtriser une langue non maternelle ». (Denise Brahimi écrit : « un livre de souvenirs, où l'on trouve quelques figures connues par exemple celle de Jean Amrouche qui fut le professeur de lettres du jeune Memmi au Lycée Carnot de Tunis en 1937 ». In www.huffpostmaghreb.com. AH). Albert Memmi montre qu’être Maghrébin, colonisé et parler la langue française n’est pas du tout une évidence à cette époque là et Jean El-Mouhoub Amrouche en a souffert, mais lui a choisi de ne pas se laisser aliéner à une culture au dépend d’une autre, c’est à dire qu’il n’a jamais considéré qu’apprendre les grands auteurs de la littérature occidentale comme Shakespeare, Flaubert, Gide ou Claudel, dévalorisait sa culture kabyle ou les poètes, les chants ancestraux dont il a hérité. Et il ne considérait pas que sa culture kabyle, la poésie kabyle était la forme supérieure  de la poésie, c’eut été mépriser la poésie occidentale ou d’autres poésies. Jean El-Mouhoub Amrouche considérait la poésie comme la forme supérieure de la vie et aussi comme « la forme suprême de l’action ». Aimé Césaire notait : « à qui veut définir Jean Amrouche je demande que l’on retienne cette double religion, celle du langage et celle du mythe ou réalité de deux faces. Et cette religion s’appelle poésie ».



Ali Chibani poursuit : Jean El-Mouhoub Amrouche a publié d’abord le recueil de poésie Cendres qui est plutôt un autoportrait. Une sorte d’autoportrait de colonisé. Un colonisé qui vit dans une société où l’on cherche à être puissant. On trouve dans Cendres les thèmes de la solitude, celui du rapport à la chair, du rapport à l’autre. Il y figure un poème sublime intitulé La Mort. « La mort est un poème à trois chants où un personnage du nom de Chabha, une vieille femme, se rend compte que tout ce qu’elle connaît comme culture, cette magie ancestrale dont elle a héritée ne fonctionne plus contrairement à la richesse matérielle. Son beau-fils, Mohand, l’homme qui a épousé sa fille Jouhar est devenu un puissant marchand de blé qui décide de se remarier. Il décide de laisser tomber Jouhar, tombée malade, et d’épouser une autre femme. Chabha vit cette démarche comme une humiliation, alors elle décide de recourir à cette magie ancestrale. Elle se rend au cimetière avec des œufs, mais ils craquent. Chabha meurt en quittant le cimetière et en disant « ma voix meurt dans ma gorge ». « Non s’écrie Chabha, je ne peux pas, mais Dieu, entendez-moi, vous m’avez donné une longue vie, longtemps j’ai connu les hommes, j’ai vu en eux, un regard me suffit pour dévêtir leurs âmes. Je n’ai pas besoin de leurs gros livres ni de ce qu’ils voient, mais leurs expériences. Ils essaient d’apprendre alors que moi je sais. »

Jean El-Mouhoub Amrouche définie ainsi sa poésie : « Gustave Flaubert peint du dehors, tandis que j’essaie d’épouser une vie obscure ». Tenter d’épouser le rythme de cette vie obscure  sera son objectif dans son deuxième recueil Etoile secrète qu’il publiera le jour de son anniversaire, le 7 février 1937. Il le considère comme le plus abouti. Un recueil où l’effacement de soi et l’absence autorisent la parole. Nabile Farès décrit la poésie de Jean El-Mouhoub Amrouche comme littérature du portrait. Portrait d’un colonisé qui répond à la littérature coloniale. Nabil Farès dans Maghreb, étrangeté et Amazighité (https://la-plume-francophone.com/2016/09/01/presentation-de-maghreb-etrangete-et-amazighite-de-nabile-fares-extraits/) retrace un peu l’histoire de la littérature francophone maghrébine et parle des écrits de Jean El-Mouhoub Amrouche comme une littérature du portrait. L’image de Jean El Mouhoube Amrouche nous apparaîtra ici non pas comme celle d’un précurseur, mais plutôt comme celle du fondateur de la problématique de l’écriture au Maghreb.



Jean El-Mouhoub Amrouche était terrifié par la mort. C’est sans doute cette peur de la disparition qui va l’amener à traduire Les chants berbères de Kabylie en 1939. Dans La préface de la réédition (L’Harmattan 1986) intitulée « Des instruments spirituels » Henry Bauchau écrit : « ces Chants forment une des deux voies. Chacune est essentielle où se compose le dialogue de son œuvre. Les deux sources, celle de l’enfance et celle du peuple originel ne sont pas distinctes en lui ni dans son œuvre… » 

Comme l’a écrit Mouloud Mammeri, Jean El-Mouhoub Amrouche n’a pas cherché à faire une adaptation pour plaire au public ou écrivains français, il a cherché plutôt à traduire. Il a privilégié la double transmission, d’une part au public kabyle dont il exhume un patrimoine au bord de la disparition et d’autre part au public francophone auquel il offre ces chants tels qu’ils ont été façonnés par les auteurs anonymes.

Les chants berbères de Kabylie s’ouvrent sur une présentation qui est un véritable essai sur la poésie kabyle. Il rapproche le poète du saint et du héros, il écrit : « l’esprit d’enfance n’est pas l’infantilisme de la pensée ou de la sensibilité, mais le caractère fondamental d’un type supérieur d’humanité de la forme achevée de l’homme digne de ce nom, ainsi le saint et le héros. Il n’est pas un résidu mémorial, mais un mode d’être qu’il importe de conquérir, vers lequel il faut tendre par l’effort véritablement héroïque. »



L’année de publication des Chants berbères de Kabylie, 1939, est aussi celle du début de la seconde guerre mondiale. Jean El-Mouhoub Amrouche a été mobilisé puis, dans un second temps, réformé. C’est alors qu’il fonde avec Armand Guibert la TFL, la Tunisie française littéraire, un supplément littéraire au journal Le Tunisien qui était le plus lu à l’époque. Dans la TFL il donnait essentiellement la parole aux écrivains français qui étaient censurés par le régime de Vichy en France. Et c’est dans la TFL qu’il va écrire un texte qu’on peut considérer comme un essai sur la poésie francophone africaine Pour une poésie africaine. Dans ce texte Jean El-Mouhoub Amrouche remarque la faiblesse des ouvrages francophones écrits par les auteurs africains. Il considérait qu’ils étaient une pâle copie des écrivains français, particulièrement de Victor Hugo et de Paul Valéry et qu’ils s’éloignaient de l’âme africaine. Ces écrivains africains n’ont pas à copier les écrivains Français mais à parler de l’âme de l’Afrique et des aïeux.



En 1942, Jean El-Mouhoub Amrouche rencontre André Gide en Tunisie où celui-ci se réfugie. Ensemble ils fondent la revue L’Arche qui regroupe les forces intellectuelles et morales de la France libre. Jean El-Mouhoub Amrouche en avait même écrit le manifeste. Cette revue dont le premier numéro est publié en février 1944, a d’abord été publiée à Alger par les éditions Charlot, dont Jean El-Mouhoub Amrouche était le directeur littéraire. Ensuite à Paris, après la libération. Vingt huit numéros seront publiés auxquels ont participé des auteurs parmi les plus connus : Antoine de St Exupéry, M. Blanchot, J. Cocteau, Pierre Reverdi, Jules Roy, Albert Camus…



En juillet 1944 Jean El-Mouhoub Amrouche se rend à Paris. Il vient d’apprendre la disparition de son ami St Exupéry. Lui et le commandant Meyer, administrateur général de Radio France à Alger, sont chargés de mettre en place le nouveau dispositif de l’information en France libérée. Mais à son arrivée en France Jean El-Mouhoub Amrouche découvre un pays dont les doutes et les mondanités le déçoivent.
Ali Chibani parle d’une « cassure » entre Jean El-Mouhoub Amrouche et la France, à partir du 8 mai 1945. Les réformes politiques et économiques promises ne furent pas tenues. Dans L’Éternel Jugurtha (Arche 1946, réédité dans Algérie un rêve de fraternité, Ed. Omnibus, 1997), Jean El-Mouhoub Amrouche écrit, « Je sais bien où m’attend Jugurtha : il est partout présent, partout insaisissable ; il n’affirme jamais mieux qui il est que lorsqu’il se dérobe. Il prend toujours le visage d’autrui, mimant à la perfection son langage et ses mœurs ; mais tout à coup les masques les mieux ajustés tombent, et nous voici affrontés au masque premier : le visage nu de Jugurtha ; inquiet, aigu, désespérant. C’est à lui que vous avez affaire : il y a dix-huit millions de Jugurtha, dans l’île tourmentée qu’enveloppent la mer et le désert, qu’on appelle le Maghreb… » (AH) Ce portrait est bien aussi, comme le dit Ali Chibani, celui de Jean El-Mouhoub Amrouche, un parmi les dix-huit millions. Plus loin Jean El-Mouhoube Amrouche poursuit : « Jugurtha s’adapte à toutes les conditions, il s’est acoquiné à tous les conquérants ; il a parlé le punique, le latin, le grec, l’arabe, l’espagnol, l’italien, le français, négligeant de fixer par l’écriture sa propre langue ; il a adoré, avec la même passion intransigeante, tous les dieux. Il semblerait donc qu’il fût facile de le conquérir tout à fait.  Mais à l’instant même où la conquête semblait achevée, Jugurtha, s’éveillant à lui-même, échappe à qui se flattait d’une ferme prise. Vous parlez à sa dépouille, à un simulacre, qui vous répond, acquiesce encore parfois ; mais l’esprit et l’âme sont ailleurs, irréductibles et sourds, appelés par une voix profonde, inexorable, et dont Jugurtha lui-même croyait qu’elle était éteinte à jamais. Il retourne à sa vraie patrie, ou (AH « où » ?) il entre par la porte noire du refus. »
Dans un entretien Jean El-Mouhoub Amrouche parle d’autodétermination des Algériens, dès 1946 : « il y a une conscience politique algérienne. On ne peut nier cette conscience nationale. Je ne crois plus en l’assimilation. Je rejoins Ferhat Abbès… » (source non précisée) telle est sa conviction jusqu’à sa mort à Paris le 16 avril 1962, au lendemain du cessez-le-feu. Jean El-Mouhoub Amrouche n’a jamais été reconnu officiellement par les responsables algériens (AH), hormis quelques rares comme Abderrahmane Farès, président de l’Exécutif provisoire (d’avril à septembre 1962) qui le nomme symboliquement responsable à la Culture dans cette structure. Seule une école à Aghil Ali porte le nom de Jean El-Mouhoub Amrouche, conclut Ali Chibani.

 











______ L'ETERNEL JUGURTHA____________








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Quand Jean Amrouche interviewait Paul Claudel en 1950


  
Hommage de Yvette Z'Graggen


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Hommage à Jean Amrouche et la tragédie algérienne (1963)
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Jean Amrouche, “cet inconnu” (1906-1962) : Une vie, une œuvre (2011 / France Culture)


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 A LYON EN FEVRIER DERNIER



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Lire également:






mercredi, mars 07, 2018

600_ LE CHOC DES OMBRES _ Extrait N 13


Pour lire la présentation du roman 

« LE CHOC DES OMBRES »

ainsi que les résumés des extraits précédents, 

se rendre ci-dessous, à la suite de la page 178

 

Extrait N° 13












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Vous pouvez vous procurer le roman  auprès des libraires ou chez Amazon.com, FNAC.com etc.

Informations sur le site de l'éditeur:

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Présentation du roman et les résumés des extraits précédents


0- Présentation du roman


LE CHOC DES OMBRES (Éditions Incipit en W- 10.2017) relate la défaite de la fraternité, de notre humanité. C’est l’histoire de deux personnes Charly et Larbi, de deux idéologies que tout sépare ou presque sauf l’essentiel, la haine. L’un est juif, l’autre musulman. Mimoun PINTO, dit Charly est né à Oran Il grandit dans la haine du musulman, de « l’Arabe ». Sa haine des Arabes et des musulmans le conduira jusqu’à Sabra et Chatila (Liban) « pour éradiquer la vermine palestinienne » ; en France lors des grandes révoltes des banlieues de 2005, à la tête d’un groupe d’agitateurs au profit d’intérêts étrangers, Charly attise le feu… comme il le fait régulièrement dans le cadre de ses émissions radio, car Charly est aussi journaliste dans une importante station franco-luxembourgeoise.

Larbi est fils de Messaoud El-Bethioui et de Denise France et petit-fils de Kada, un héros de la bataille de Provence. Comme son père il est né en France. Il grandit à Clichy-sous-Bois entre larcins et agressions… L’assassinat de son grand-père et la mort la même année de ses amis Bouna et Zyed, foudroyés par un arc électrique de vingt mille volts, vont bouleverser sa vie. Dans un Centre éducatif fermé où il purge une peine de plusieurs mois, Larbi fait la connaissance de Tarik qui lui ouvre les yeux sur un monde qui lui était jusque-là étranger, « un jour je t’offrirai les recommandations de Sa Bienveillance le cheikh Abdul-Aziz-Ibn Abdullah Ibn Bâz, et celles de cheikh Saleh Ibn Fawzan Ibn Abdillah Al Fawzan, tu verras, c’est formidable… rejoins-nous à la mosquée El-Nour de Belleville »…

Du cœur de l’un et de l’autre, de Charly comme de Larbi, sourd une haine qui se développera jusqu’à son paroxysme.


1_ Résumé de l’extrait 1 (pages 1 à 20):

Mardi 15 août 1944 : Kada El Bethioui, tirailleur algérien, traverse la Méditerranée à bord d’un navire de guerre pour participer à la libération du sud de la France.

Nov 1961 : L’indépendance de l’Algérie est proche. La famille Pinto quitte Oran, sa ville natale pour aller s’installer à Marseille, provisoirement. Gaston ne dit rien à personne, hormis sa famille, de sa décision d’abandonner le pays, pas même à son employeur. Les enfants (Mimoun, Yacoub, Yvette), leurs parents (Gaston, Dihia), Habiba (leur grand-mère paternelle) et Zohar et Ginette (leurs grands-parents maternels) se trouvent sur le paquebot Le Ville d’Oran. Mimoun se souvient du cimetière où l’emmenait son père Gaston. Ils priaient notamment sur la tombe du grand-père. C’est en son souvenir que le jeune Pinto est appelé Mimoun.
(L’extrait N1 se trouve ici :

 
2_ Résumé de l’extrait 2 (pages 21 à 31):

Les Pinto sont à bord du bateau qui les emmène d’Oran à Marseille.
Durant les années trente – quarante, la haine des juifs dans la communauté des pieds-noirs est semblable à celle des métropolitains.
Le grand père de Mimoun (Charly) Pinto dont il porte le même prénom, est assassiné le 9 septembre 1941 devant la grande synagogue d’Oran. Gaston rappelle périodiquement cette agression à son fils Charly « pour ne pas oublier ». Il n’hésite pas à lui montrer l’article que l’Écho d’Oran qui accuse « six Arabes ». 
(L’extrait N2 se trouve ici :

3_ Résumé de l’extrait 3 (pages 32 à 49):

Nous sommes dans la nuit du 17 au 18 octobre 1961. Kada se cache dans une canalisation à Nanterre. Il attend la levée du jour pour rentrer chez lui. Son corps est endolorie et recouvert de plaies. La réaction des forces de l’ordre contre les manifestants fut extrêmement violente.
Après la fin de la guerre contre le régime Allemand, Kada est retourné chez lui à Bethioua en Algérie. La vie y est très difficile, la misère est répandue chez les autochtones. Moins de dix ans après la fin de la grande guerre, il revient en France pour y travailler. Il est hébergé par son cousin, à Nanterre. En novembre 1954, le FLN déclenche la guerre contre la France coloniale. Il appelle les Algériens de Paris et sa région à manifester le 17 octobre 1961.
Au petit matin, Kada rejoint sa baraque où l’attend son épouse Khadra, qui le reconnaît à peine.

(L’extrait N3 se trouve ici :

4_ Résumé de l’extrait 4 (pages 50 à 62):
Les Pied-noirs sont mal accueillis à Marseille. Gaston est désemparé, il se sent rejeté par Marseille.  Lorsqu’il apprend que les commanditaires de l’assassinat de son ami Chakroun ne sont pas « des Arabes » mais des membres du « Front national français », Gaston est bouleversé. Il décide alors de  faire la alya, quitter le France pour Israël. Lorsqu’il en fait part aux agents des services sociaux, ils lui proposent de rejoindre le flot des juifs au Grand Arenas jusqu’au départ.

A l’école du Petit Nanterre où ils sont scolarisés depuis cette rentrée 1962-1963, Messaoud et son frères Hadj El-Khamis sont moqués par leurs camarades. Leurs parents ont emménagé depuis peu dans un logement de la Cité de transit des grands prés.

Dans le camp Arenas, Mimoun n’est pas trop dépaysé. À Oran il se rendait bien avec ses camarades à la grande basura de P’tit-lac pour y passer des heures entières. Parfois ils descendent au centre de Marseille.



5_ Résumé de l’extrait 5 (pages 63 à 78):

- Messaoud se trouve dans le train qui relie Marseille à Paris. Nous sommes le dimanche 5 mai 1978. Il vient de quitter ses parents qui embarquèrent pour Oran, retour définitif. Messaoud a pris deux jours pour les aider (conduire un des deux véhicules achetés par son père). Dans le train Messaoud se souvient des années passées, son travail de coursier, les périodes d’intérim, et Darty où il travaille encore.

- 29 septembre 1963 : la famille Pinto se trouve sur le paquebot Le Phocée en direction d’Israël, où ils s’installent. Le père trouve du travail, les enfants sont scolarisés, Mimoun suit une formation de Photographe dans un centre spécialisé. Des journalistes français interviewent des familles nouvellement installées en Israël, parents et enfants.






6_ Résumé de l’extrait 6 (pages 79 à 96):

20 décembre 1980, Denise accouche à la maternité de Baudelocque, à Port-Royal, de son premier garçon, Yanis. Six mois auparavant Messaoud et Denise s’étaient mariés à la mairie de Montfermeil. Les parents de Denise ne se déplacèrent pas. Ni le père de Messaoud, pour des raisons différentes. Denise quitta ses parents en novembre 1976, la semaine de ses 18 ans, pour Paris. Elle travailla quelques semaines, se rendit à Amsterdam qui ne lui réussit pas. Elle revint en France. C’est chez Darty, où ils travaillaient tous les deux, que Denise et Messaoud se rencontrèrent

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Mai 1967 : La famille Pinto quitte Israël pour la France. La société israélienne la beaucoup déçu.

Charly est très content de son parcours depuis qu’ils revinrent d’Israël, voilà plus de sept ans maintenant. Ils habitent à Paris et les enfants reprirent le chemin de l’école. Charly a été inscrit dans un lycée d’enseignement professionnel. Ils prirent contact avec Jacques Doinas, un des journalistes qui les avait interviewés à Ashdod. Doinas qui travaillait pour Radio Luxembourg intervint pour embaucher Charly, d’abord comme stagiaire. En septembre 1972 « Lorsqu’a eu lieu l’attaque terroriste contre des athlètes juifs à Munich, Charly voulut rejoindre l’armée israélienne… Son meilleur ami d’Israël, Zeev faisait partie de l’équipe juive, il a été tué. A RTL on lui offrit une opportunité qu’il saisit au vol, une opportunité en or : participer à la rubrique des courses hippiques, puis plus tard intégrer l’équipe Les Routiers sont sympas.


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7_ Résumé de l’extrait 7 (pages 97 à 111):

Dimanche 28 août 1977. Charly se trouve dans Beyrouth en guerre. De sa chambre d’hôtel il communiquera un article pour publication à son ami Jean-Michel Souen, rédacteur en chef de l’Aurore, qu’il intitule « Le massacre des chrétiens de Brih ». Quatre jours auparavant s’était tenue une importante réunion derrière le square Sodeco. Étaient présents des responsables israéliens, des responsables de milices chrétiennes libanaises et plusieurs Français dont Charly. Il y fut question de l’élimination de l’Olp et des Palestiniens.
Deux mois plus tard, le 15 octobre, Charly se trouvait dans la brasserie Le Select, à Paris. Il y avait ses amis dont Erzebeth, la chargée du recrutement pour la bonne cause, la plupart sont étudiants comme lui. Charly travail à mi-temps comme journaliste à RTL. Dans un carnet noir, il écrit des messages codés. En sortant de la brasserie, Erzebeth fut agressée sans qu’il ne la défende.
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L’été de l’année suivante, 1978, Charly s’entraîne avec les Phalanges K. Le responsable (Bouznati) lui offre un MAT49. Charly participe à un ratissage dans Beyrouth-Ouest. A cette occasion il rencontre Kaleb Azoulay du Mossad. Chez celui-ci, la haine des musulmans et des Arabes — non chrétiens — est encore plus profonde que celle qu’éprouve à leur égard Zaki, et ses phalanges.
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Le 3 octobre 1980 à Paris, un attentat dévaste la synagogue de la rue Copernic causant la mort de trois personnes.  Charly manifeste le lendemain. En mai 1981, à la suite de l’élection de François Mitterrand, Charly décide d’abandonner ses études de Droit et de retourner en Israël.
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Paris, 1985, les socialistes sont au pouvoir depuis quatre ans. Messaoud s’était rendu le soir même de la victoire à la place de la Bastille avec son épouse Denise et leur fils Yanis âgé de quelques mois. Il y avait aussi leur ami Razi. Messaoud lisait Libération. Les socialistes ont déçu Messaoud.
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8_ Résumé de l’extrait 8 (pages 112 à 124):


Charly est à Beyrouth. Il a été affecté au sein du groupe de miliciens Phalanges K. Dans son carnet il exprime toute sa haine, « la haine que j’ai de l’islam et des musulmans. » L’assassinat il y a un mois (6 octobre 1981) du président égyptien Sadat fait encore l’objet d’articles en une. Un autre papier traite de la récente rencontre à Bagdad entre Tarek Aziz et deux émissaires libanais, Élie Hobeika et Zahi Boustani.

Charly n’a pas accepté la victoire de François Mittérrand. C’est ce qui l’a décidé à venir au Moyen orient. La demande de congé sabbatique d’une année, onze mois, « pour convenance personnelle » lui fut accordée sans difficulté.


Dans l’heure qui suivit son arrivée à l’aéroport de Tel-Aviv, Charly se retrouva à la Central bus station. Il acheta un billet pour Ashdod, « la ville de son adolescence » puis monta dans l’autocar. La ville s’est métamorphosée. Il n’y resta pas plus de trois jours. Il avait hâte de rejoindre le Liban pour en extirper « le cancer palestinien qui le ronge. »
Quelques semaines plus tard, Charly retrouvait Kaleb Azoulay à Zouq Mkayel, un village à vingt kilomètres au nord de Beyrouth où se tenait une importante réunion dirigée par Kaleb. Durant la réunion, il fut arrêté un « plan d’extermination des terroristes de Beyrouth pour le siècle à venir ».

Charly, Kaleb et trois Libanais se donnèrent rendez-vous pour le lendemain à Beyrouth dans le quartier Achrafieh, dans l’appartement de l’un des trois Libanais.
Charly et Kaleb, tous deux firent ample connaissance et échangèrent beaucoup sur Oran, leur ville natale.

Quelques mois plus tard, juillet 1982 : Les échos du mondial de football sont bien faibles dans ce petit village de Zouq Mkayel où se tient une réunion secrète entre des représentants libanais et israéliens. Le principal chef présent est Raphaël Sheytan, le chef militaire israélien et une douzaine d’autres personnes, civiles et militaires dont une femme officier israélienne qui ressemble étrangement à Erzebeth, l’ancienne amie parisienne de Charly.

Le lendemain de la réunion, le halouf israélien fera la tournée des zones stratégiques contrôlées par les forces amies d’Israël puis, la nuit venue, il reprendra l’hélicoptère pour retrouver Tel-Aviv.




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(L’extrait N8 se trouve ici :



9_ Résumé de l’extrait 9 (pages 125 à 133):

Jeudi 16 au samedi 18 septembre 1982 : Charly participe gaiement au massacre de Sabra et Chatila à Beyrouth. Charly et ses camarades n’ont aucune difficulté à éliminer les poches restantes. Chaque Palestinien sur la terre du Liban libre et ailleurs, doit payer l’assassinat du président Gemayel. Certains membres des Phalanges K. intègrent le groupe israélien Sayeret Mat’Kal. Charly en fait partie. Les instructions de Raphaël Sheytan le Rav halouf, de ses proches et des subalternes ne prêtent à aucune équivoque : « tirez sur tout ce qui bouge. S’il le faut, exécutez les fœtus dans les entrailles de leur mère ».

(L’extrait N9 se trouve ici :


10_ Résumé de l’extrait 10 (pages 134 à 146):

Le 15 juin 1985, Messaoud, Denise, leurs enfants, ainsi que leur ami Razi et Katia sa petite amie répondent présents à l’appel de SOS racisme. La place de la Concorde est noire de monde. Les groupes de musique s’enchaînent jusqu’au matin. Mais Messaoud est déçu par les socialistes. Dans le pays la haine contre les Maghrébins est partagée par de nombreux Français. En été 1984 ils vont « respirer » en Algérie, à Bethioua chez les parents. Ils se rendent à Sig où vécurent les grands-parents de Denise.

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1° mai 1995, Messaoud est devant la télé. Un Maghrébin est jeté à la Seine par des racistes. Le président Chirac exprime son indignation dit le présentateur. Messaoud pense à tous les Maghrébins assassinés un peu partout en France… il repense au 2 juillet 1988 lorsqu’il a emménagé à Clichy-sous-Bois. Une semaine après son Frère Hadj se mariait. Rayan et Razi (sans Katia qui l’abandonna) étaient présents. Ensemble ils se rendirent au resto chez Aïcha El-Djenia. Il repense à ce 13/07/90 et à la naissance de Larbi à la clinique du 14°. A la télévision, en direct d’Alger, des mères de disparus forcés, « les Folles d’Alger », manifestent autour de la Place du 1° mai. 
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 (L’extrait N10 se trouve ici :



11_ Résumé de l’extrait 11 (pages 147 à 155):

Depuis son retour à Paris, Charly ne manque pas de se rendre au Select où il s’installe sur la terrasse. Ses parents le reçurent comme il se doit. Sa mère ne changea pas trop. Son père ne travaille plus depuis quatre ans, alors il passe son temps au PMU. Dans la brasserie, des supporters de l’équipe de football argentine dansent. Leur équipe écrasa la Jamaïque 5 buts à 0. Charly termina son article qu’il enverra à Talpiot. Il est pigiste sportif durant toute cette coupe du monde 1998.

Après l’hécatombe de Beyrouth, Charly fit le choix de rester en Israël. Il travailla quelques années dans une filiale de Kidon, une société de sécurité et d’exportation d’armes. Plus tard, le patron lui proposa de le suivre en Colombie. Parmi les activités développées dans ce pays, l’équipe de Yaïr Klec avait en charge l’apprentissage du maniement des explosifs, des armes de guerre et du matériel d’espionnage. Au fil des événements économico-politiques la situation se dégrada et Charly se retrouva en Israël où Yaïr reconstitua un centre de formation de mercenaires. Charly continua jusqu’à son licenciement. Son vieil ami Amoq lui proposa un emploi dans un hebdomadaire francophone du quartier de Talpiot à Jérusalem. Ses premiers articles il les consacrait à un aspect de la ville, touristique, historique, archéologique… De cette expérience lui vint à l’idée d’écrire un essai sur Jérusalem. Puis il se tourna vers les rubriques sportives. Aujourd’hui il traite notamment de l’écrasante victoire des Argentins.

(L’extrait N11 se trouve ici :  

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12_ Résumé de l’extrait 12 (pages 156 à 166):

Kada, le grand-père de Larbi, se laisse tomber sur le canapé en soupirant. Il est fatigué de sa journée. C’est la première fois que Kada se retrouve en France depuis son départ définitif pour l’Algérie, il y a vingt-trois ans et demi. Kada et Larbi échangèrent souvent au téléphone, mais ils ne s’étaient pas rencontrés. Il ne s’agit pas pour eux de retrouvailles, mais de découverte.
Depuis qu’il est chez ses enfants, Kada prit l’habitude de marcher dans la ville. Il fait souvent la même grande boucle, une heure de marche. Lundi Kada et son ami Da Mahmoud se rendirent à la sous-préfecture du Raincy, puis ils prirent un verre au Tabac de la gare où ils furent l’objet de quolibets et de paroles racistes.

(L’extrait N12 se trouve ici :