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samedi, septembre 15, 2012

342 - Richard Millet intellectualise et esthétise le racisme ordinaire, la haine.


Le trois septembre, de retour de l’étranger, j’apprenais que nombre  d’écrivains français et autres, étaient en colère contre un éditeur, membre du Comité de lecture de Gallimard. Il s’agit de Richard Millet. D’emblée je dois dire que je n’ai lu aucun livre de ce Millet. Depuis mon retour, je l’ai entendu sur différentes chaînes de télévisions et de radios (Youtube). J’ai lu tout ce que j’ai pu de lui, sur lui et sur ses écrits, sur la toile. Je connais suffisamment bien, par leurs écrits, certains auteurs cités dans ma présente intervention, pour faire confiance aux extraits qu’ils nous donnent à lire, extraits qui sont les leurs ou extraits de paroles et écrits de Millet qu’ils nous rapportent. Mais de quoi s’agit-il ?
Le 24 août dernier, Anders Behring Breivik, un jeune norvégien de 33 ans,  était condamné à Oslo à la peine maximale de 21 ans de prison pour avoir, le 22 juillet 2011, assassiné froidement à coups de fusil automatique 77 personnes, huit dans un attentat à la bombe contre le siège du gouvernement à Oslo, puis 69 autres, principalement des adolescents de la Jeunesse travailliste,  réunis dans une île de Norvège pour une manifestation contre le racisme.
Le même jour, Richard Millet (éditeur et écrivain très expérimenté et même très apprécié pour son écriture) publiait un pamphlet Langue fantôme suivi de Éloge littéraire d'Anders Breivik, oui éloge de l’assassin, un court texte de dix-huit pages aux éditions Pierre-Guillaume de Roux. Un essai qui rend hommage au terroriste norvégien responsable de la tuerie d'Utoya (Norvège). Millet a dit à propos de Déclaration d'indépendance européenne, un brûlot de 1500 pages que Breivik avait publié sur Internet, qu’il était « non dénué d’intérêt ». Ce livre «contient des analyses pertinentes de la perte de l'identité nationale» dit Millet. Le 28 août, Tahar Ben-Jelloun s’indignait sur France Inter : « Richard Millet vit une sorte de dépression parce qu’il considère que la civilisation chrétienne est en chute libre, menacée par ce qu’il appelle le multiculturalisme. Millet ajoute que le multiculturalisme ce sont l’Islam et les arabes. Il est très malheureux parce que la société telle qu’elle est ne lui plaît pas. J’étais un peu habitué à son délire raciste, mais là il va beaucoup trop loin.  La littérature ne doit pas être à côté des criminels et des salauds. Millet me vise directement lorsqu’il dit que si la littérature parle souvent petit nègre en France c’est qu’elle se tiers-mondise. Il a une haine de tous ceux qui écrivent en français et qui ne sont pas Français de souche. » L’auteur franco-marocain écrit sur son blog (taharbenjelloun.org) le 05 septembre : « (pour Millet) le fait que tant d’écrivains viennent d’Afrique, du Maghreb et du monde arabe et écrivent en français, participent de ce fait à la « décadence »  de cette littérature. »
Je suis tombé sur des extraits de livres de ce Richard Millet qui m’ont laissé sans voix. Il écrit en effet : « Anders Breivik est un enfant de la ruine familiale autant que de la fracture idéologico-raciale que l'immigration extra-européenne a introduite en Europe depuis une vingtaine d'années. » Quant aux jeunes tués par Anders Breivik en 2011, ils « n'étaient que de jeunes travaillistes, donc de futurs collaborateurs du nihilisme multiculturel. » Millet suggère-t-il qu’on pouvait donc les éliminer ? Je cherche encore et encore pour découvrir des écrits infects, nauséeux. Voici ce qu’il disait sur France-Culture, le 11 juin 2011, répondant à la question d’Alain Finkelkraut, « que désigne pour vous le mot France ? », Millet répondit : « Pour moi, la France je la définis comme  un drame. Le contenu du mot France est déjà défait (…) Je suis, notamment dans un espace comme dans le RER dans une situation ‘d'apartheid’ volontaire, c'est-à-dire que je m'exclus moi-même d'un territoire et d’un groupement humain où je ne me sens plus moi-même. Quand je suis le seul Blanc, ça me pose de telles questions. Je ne peux que m'exclure moi-même. Moi, je n'ai pas de réponse à cela, et si cette population est fortement maghrébine, je le suis encore moins...Quelqu’un qui, à la troisième génération, continue de s’appeler Mohamed quelque chose, pour moi il ne peut pas être français ». L’excellent humoriste Guy Bedos dirait : « libanais ou quelque chose ». Faut-il que Mohamed le français se renie au point de ne pas donner le prénom de son grand-père à son fils, faut-il qu’il éradique son passé au nom de l’intégration ? Cela n’est pas étonnant dans la bouche de cet individu qui aimait à parler du « plaisir qu’il avait eu à tirer sur des Arabes. » (Jean-Marie Laclavetine in bibliobs 28 08 2012). Il a même prétendu avoir tué «des hommes, des femmes, des vieillards, peut-être des enfants» aux côtés des Phalanges d’extrême droite libanaises. Abjecte homme.
Dans De l’antiracisme comme terreur littéraire le sulfureux Richard Millet écrit : « Ainsi, constatant que je suis le seul Blanc  dans la station de RER Châtelet-Les Halles, à six heures du soir ou déclarant que je ne supporte pas de voir s'élever des mosquées en terres chrétiennes, ou encore trouvant que prénommer, à la troisième génération, ses enfants Mohammed ou Rachida relève d'un refus de s'assimiler, c'est-à-dire de participer à l'essence française, tout cela ferait de moi un raciste. » Non, c’est de l’amour fou. Cette exécrable répugnance parmi les répugnances, toutes ces ignobles paroles sont un acte politique assis sur de la littérature, l’utilisant, l’exploitant. C’est selon D. Caviglioli « une logorrhée digne d'un PMU toulonnais » (in bibliobs 30 08 2012).
L’écrivaine Raphaëlle Rérolle écrit in Le monde. fr du 27 08 : « En dix-huit pages, Richard Millet déroule avec rage la litanie des haines qu'il a déjà déversées dans d'autres écrits, notamment Opprobre, paru chez Gallimard en 2008. Inscrit dans une pensée d'extrême droite qui n'hésite pas à esthétiser la violence, Millet n'en est pas à ses débuts, en matière d'anathème. »
Le Clézio est connu pur sa grande discrétion. Mais les outrages de ce Millet l’ont fait bondir : «Au nom de quelle liberté d’expression, à quelles fins, ou en vue de quel profit un esprit en pleine possession de ses moyens (du moins on le suppose) peut-il choisir d’écrire un texte aussi répugnant?» écrit-il dans une tribune in bibliobs.nouvelobs.com le 05 septembre. « Richard Millet recherche très consciemment le scandale. Cela fait partie de sa stratégie d’auto-victimisation » écrit Pierre Jourde sur son blog (pierre-jourde.blogs.nouvelobs.com) Pour Le Clézio  (qui n’est selon Millet qu’un « chien de garde qui aboie comme d’habitude ») «la question du multiculturalisme, qui semble obséder si fort certains de nos politiques et quelques-uns de nos prétendus philosophes, est une question déjà caduque», puisque «nous vivons dans un monde de rencontres, de mélanges et de remises en causes». (in bibliobs 05 09 2012)
Annie Ernaux écrit (Le Monde.fr du 10.09) : Les propos de Millet « exsudent le mépris de l'humanité et font l'apologie de la violence au prétexte d'examiner, sous le seul angle de leur beauté littéraire, les "actes" de celui qui a tué froidement, il y a un an, 77 personnes en Norvège. Des propos que je n'avais lus jusqu'ici qu'au passé, chez des écrivains des années 1930. » 118 écrivains ont approuvé le texte d’Ernaux  (dont Amélie Nothomb, Alain Mabanckou, Camille Laurens, Tahar Ben Jelloun, Bertrand Leclair, JMG Le Clézio, Boualem Sansal, Christian Prigent, Marie Desplechin). A cela Millet répond «l'antiracisme (c’ est du) terrorisme».
Qui est responsable selon Millet de la misère culturelle, littéraire en France, je vous le donne en mille ? Les colons du 20° et 21° siècle, montés du sud, ces immigrés asiatiques ou pire encore africains, arabes et musulmans bien sûr : « le repeuplement de l’Europe par des populations dont la culture est la plus étrangère à la nôtre » écrit Millet. Il y aurait ainsi les Français de souche, ceux du premier cercle, et les autres, les Français de seconde zone, qui n’auraient pas dû l’être (français).
« Les positions idéologiques de Richard Millet me paraissent lamentables » écrit Pierre Nora (in Le Monde.fr  - 11 09). Nora est un historien, académicien et membre, comme Millet,  du comité de lecture chez Gallimard. Mais hélas, Millet n’est ni le premier ni le dernier à propager la haine contre « les autres », ces étrangers, même devenus des nationaux.  Des hommes politiques, des « artistes », chroniqueurs radio et télé…. diffusent en France (je ne connais pas la situation des autres pays européens) et de manière récurrente des paroles suggestives, parfois directes, parfois très subtilement,  contre les immigrés arabes, musulmans, africains  (Zemmour, Houellebecq, Finkielkraut - oui, oui - et tant et tant). Il y a à l’évidence une « certaine corruption de la pensée contemporaine et de la responsabilité des écrivains dans la propagation du racisme et de la xénophobie. » (Le Clézio dans La lugubre élucubration de M. Millet)
A la périphérie de toute cette affaire c’est que ce triste homme en tire un bon profit : sa Langue fantôme a été vendue à  7500 exemplaires  et son Antiracisme comme terreur littéraire à 6500. Et ce n’est pas fini.
Millet a démissionné ce jeudi  13 septembre du Comité de lecture de Gallimard, mais il reste néanmoins salarié.
Ahmed Hanifi
Marseille, le 15 septembre 2012

samedi, septembre 08, 2012

341 - Des hauts et des bas


Ces dernières semaines je fus pris dans un tourbillon, aspiré par des tas de choses à régler, des proches à voir, des lieux à visiter.

Le moral a frisé parfois le beau-fixe, parfois il fut entraîné à la lisière du blues ou du cafard. Nous ne sommes hélas pas totalement maîtres de notre vie, encore moins de celle de nos proches. 



Mansourah, la mosquée aux 13 portes, est un monument édifié au début du 14° siècle par le sultan mérinide Ib Yakoub Abd el Haq pendant le siège (8ans) qu’il fit subir à Tlemcen la zianide. Tlemcen fut la capitale centrale du Maghreb au 11° siècle et plus tard entre le 13° et le 16° siècle).






 





Des moments ou des lieux majestueux participent autant qu’ils peuvent pour soulager les êtres fragiles que nous sommes. Les sites comme celui de Mansourah à Tlemcen ou celui de Tipasa près d'Alger participent de ce que je viens d’écrire. 
J’y ai pris en août dernier quelques photos qui ne reflètent que partiellement ce nous pouvons y ressentir, ce que j’y ai personnellement ressenti.

Voici ce qu’écrivait Albert Camus à propos de Tipasa :

« Au printemps, Tipasa est habitée par les dieux et les dieux parlent dans le soleil et l’odeur des absinthes, la mer cuirassée d’argent, le ciel bleu écru, les ruines couvertes de fleurs et la lumière à gros bouillons dans les amas de pierre A certaines heures, la campagne est noire de soleil. Les yeux tentent vainement de saisir autre chose que des gouttes de lumière et de couleurs qui tremblent au bord des cils. L’odeur volumineuse des plantes aromatiques racle la gorge et suffoque dans la chaleur énorme. A peine, au fond du paysage, puis-je voir la masse noire du Chenoua qui prend racine dans les collines autour du village et s’ébranle d’un rythme sûr et pesant pour aller s’accroupir dans la mer.
Nous arrivons par le village qui s’ouvre déjà sur la baie. Nous entrons dans un monde jaune et bleu où nous accueille le soupir odorant et âcre de la terre d’été en Algérie. Partout, des bougainvillées rosat dépassent les murs des villas ; dans les jardins, des hibiscus au rouge encore pâle, une profusion de roses épaisses comme de la crème et de délicates bordures de longs iris bleus. Toutes les pierres sont chaudes. A l’heure où nous descendons de l’autobus couleur de bouton d’or, les bouchers dans leurs voitures rouges font leur tournée matinale et les sonneries de leurs trompettes appellent les habitants.
A gauche du port, un escalier de pierres sèches mène aux ruines parmi les lentisques et les genêts. Le chemin passe devant un petit phare pour plonger ensuite en pleine campagne. Déjà, au pied de ce phare, de grosses plantes grasses aux fleurs violettes, jaunes et rouges, descendent vers les premiers rochers que la mer suce avec un bruit de baisers. Debout dans le vent léger, sous le soleil qui nous chauffe un seul côté du visage, nous regardons la lumière descendue du ciel, la mer sans une ride, et le sourire de ses dents éclatantes. Avant d’entrer dans le royaume des ruines,  pour la dernière fois nous sommes spectateurs.
Au bout de quelques pas, les absinthes nous prennent à la gorge. Leur laine grise couvre les ruines à perte de vue. Leur essence fermente sous la chaleur, et de la terre au soleil monte sur toute l’étendue du monde un alcool généreux qui fait vaciller le ciel. (…)
Que d'heures passées à écraser les absinthes, à caresser les ruines, à tenter d'accorder ma respiration aux soupirs tumultueux du monde ! Enfoncé parmi les odeurs sauvages et les concerts d'insectes somnolents, j'ouvre les yeux et mon coeur à la grandeur insoutenable de ce ciel gorgé de chaleur. Ce n'est pas si facile de devenir ce qu'on est, de retrouver sa mesure profonde. Mais à regarder l'échine solide du Chenoua, mon coeur se calmait d'une étrange certitude. J'apprenais à respirer, je m'intégrais et je m'accomplissais. Je gravissais l’un après l’autre des coteaux dont chacun me réservait une récompense, comme ce temple dont les colonnes mesurent la course du soleil et d’où l’on voit le village entier, ses murs blancs et roses et ses vérandas vertes. (…)
Ici même, je sais que jamais je ne m’approcherai assez du monde. Il me faut être nu et puis plonger dans la mer, encore tout parfumé des essences de la terre, laver celles-ci dans celle-là, et nouer sur ma peau l’étreinte pour laquelle soupirent lèvres à lèvres depuis si longtemps la terre et la mer. Entré dans l’eau, c’est le saisissement, la montée d’une glue froide et opaque, puis le plongeon dans le bourdonnement des oreilles, le nez coulant et la bouche amère – la nage, les bras vernis d’eau sortis de la mer pour se dorer dans le soleil et rabattus dans une torsion de tous les muscles ; la course de l’eau sur mon corps, cette possession tumultueuse de l’onde par mes jambes – et l’absence d’horizon.
Sur le rivage, c’est la chute dans le sable, abandonné au monde, rentré dans ma pesanteur de chair et d’os, abruti de soleil, avec de loin en loin, un regard pour mes bras où les flaques de peau sèche découvrent avec le glissement de l’eau, le duvet blond et la poussière de sel. »
 

 Albert CAMUS, Noces à Tipasa, Gallimard.

Et nous sommes heureux de vivre.
Au fait, le 30 juillet je voguais sur l'eau, non loin des Baléares. Il devait être 10 heures lorsque j'ai balancé par dessus bord du paquebot deux bouteilles à la mer, une grande et une petite, avec un mot sympathique dans chacune, demandant à celui ou celle que le ou les découvrirait (ou mettrait la main dessus), de bien vouloir me contacter au courriel mentionné. Avis: aucune prime ou récompense ne sera versée. Voici la preuve:

  
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IL FAUT ESPOIR GARDER:







vendredi, juillet 06, 2012

340 - Juillet 1962 - juillet 2012





Les familles de disparus se rassemblent à Alger


Pour marquer le cinquantenaire de l’indépendance, une trentaine de  familles de disparus s'est rassemblée à la Place du 1 Mai, ce jeudi 5 juillet. Les manifestants, des femmes en majorité, ont crié leur désespoir face au destin inconnu des leurs, disparus en pleine crise des années 90.

Quelques manifestants portent des portraits des  leurs et accompagnent ce geste d’un cri de ras-le-bol, parfois à l’adresse des passants. Assises le long du trottoir en plein cœur de la Place du 1er Mai, quelques femmes crient : « rendez-nous nos enfants, rendez-nous nos enfants ! ».

Cela se passe en présence de quelques policiers. Les passants habitués aux rassemblements répétitifs des familles de disparus au niveau du 1er Mai semblent blasés.



Une passante tente de persuader les femmes de l’inutilité d’un tel rassemblement car leur dit-elle « le président est tellement haut placé qu’il ne va même pas vous entendre ou même pas vous regarder. C’est simple, lui il vous snobe». Mécontente une maman d’un disparu réplique et un vif échange se déclenche entre les deux dames, tandis qu’un monsieur dont l’un des siens a disparu continue d’exprimer  amèrement  son sentiment d’injustice. A quelques pas un policier organise la circulation. Les familles des disparus ont poursuivi leur rassemblent et ont quitté les lieux dans le calme.

 5 membres des familles de disparus  relâchées en début d'après-midi

Après leur arrestation, ce jeudi 5 juillet  pour  avoir  tenté d'organiser un rassemblement, cinq personnes des familles des disparus ont été finalement relâchées. "Grâce au courage des femmes des familles de disparus venues au commissariat du Belcourt ainsi que les députés du FFS qui ont apporté leur soutien" a déclaré l'une des cinq personnes arrêtées.

Ighil Lila, sœur d’un disparu arrêté en 1997, elle est présidente de l’association  nationale des familles des disparus  (ANFD)

« L’enfer vécu par des milliers de familles continue »:


El Watan le 05.07.12
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Emprisonné depuis le 19 juin dernier : Le Moudjahid Mohamed Smaïn libéré aujourd’hui

[AH: cf. ici-même spot n° 336]

La mobilisation paie. Le moudjahid Mohamed Smaïn et ancien vice-président de la LADDH, arrêté le 19 juin dernier à Relizane, a été libéré aujourd’hui. Il vient de bénéficier d’une grâce présidentielle. C’est ce qui nous avons appris aujourd’hui auprès de sa famille.
L’homme a été autorisé, hier matin, à rentrer chez lui. Figure nationale dans la lutte pour la vérité sur le sort des disparitions forcées, le Moudjahid a été poursuivi pour diffamation et condamné en 2002 à deux mois de prison ferme.
La justice l’a accusé d’avoir dénoncé des « crimes imaginaires » des patriotes menés par Hadj Fergane et Hadj Abed à Relizane entre 1994 et 1997.
Le pourvoi en cassation introduit par la défense a été rejeté par la cours suprême. Après son emprisonnement, la société civile et les militants des droits de l’homme se sont mobilisés pour exiger sa libération sans condition.
Madjid Makedhi

El Watan 06 juillet 2012


samedi, juin 30, 2012

339 - La folle d'Alger - Extrait 4



08
Je suis arrivée tôt ce matin devant la grande poste d’Alger. Je me suis assise à même le sol, sur la dernière marche du grand escalier. C’est dans cet imposant bâtiment que travaillait el-marhoum. C’est là que je l’ai connu. Il revenait définitivement de France. Lorsque je quittais les Cours Pigier il m’arrivait parfois de venir ici poster le courrier de notre école. J’ambitionnais de devenir secrétaire. C’était un métier très respecté. C’est pourquoi mon père m’a inscrite aux cours Pigier. Je les ai fréquentés durant plus de deux ans et demi. Un jour notre directrice m’a demandé de lui acheter des timbres. Une autre fois elle m’a proposé de poster le courrier du centre de formation. En échange elle m’autorisait à sortir quinze minutes avant l’heure officielle. Nous étions quelques élèves à nous porter volontaires pour le courrier. Nous nous en chargions à tour de rôle. Lorsqu’il y avait des lettres avec accusé de réception, à expédier ou à retirer de la poste, c’était à Mahfoud Allah yerhmou que mes collègues ou moi avions affaire. Il m’ouvrait une porte dérobée sur la gauche, ‘bonjour mademoiselle’, et je me retrouvais de l’autre côté, dans l’espace réservé aux employés. Mahfoud disposait d’un petit bureau modestement équipé et qui sentait le vieux papier et l’encre. Dans un cas il me donnait le courrier destiné à Pigier contre une signature sur un registre ad-hoc, dans l’autre c’est moi qui lui en livrais, à expédier avec accusé de réception. Mais dans un cas comme dans l’autre, nous discutions longtemps. ‘Alors comme ça tes parents sont du même village que les miens. Toi aussi ? Moi aussi’. C’est lors de ces rencontres que j’ai appris qu’il s’appelait Zellag comme moi, que nous appartenions au même village, Ifri-Ouzellaguène, et que nous étions cousins. Sa rencontre m’a beaucoup interpellée. Je me disais et je répétais à mes amies ‘le monde est bien petit’. Evidemment, je n’en ai rien dit à mes parents. Lorsque j’ai commencé à travailler chez un grossiste comme employée de bureau, en novembre 1973, on se voyait beaucoup moins, mais nous nous arrangions pour nous téléphoner ou nous écrire. Je lui adressais des poèmes que j’écrivais le soir en rentrant à la maison. Je me souviens de celui-ci, parmi les tous premiers. Je l’avais intitulé : Volent les moineaux.

Tu es arrivé comme un lionceau
Et le ciel s’empourpra
Dans ton regard j’ai glissé
Savane ou jungle
Que d’eau, que d’eau !
Et dans ta main et la mienne unies
Dansent nos cœurs.

Je ne suis pas restée longtemps chez le grossiste. A la fin du mois de juillet de l’année suivante j’abandonnais mon travail. Quelques semaines plus tôt, par l’entremise de son oncle paternel qui prenait la relève du père disparu, Mahfoud demandait ma main à mon père qui, étant de la même lignée fondatrice du village de la tribu des Zellag, accepta sur-le-champ. Lorsque nous nous sommes mariés en décembre 1974, Mahfoud avait vingt-neuf ans, moi j’en avais onze de moins. Mercredi j’aurai une pensée spéciale pour ce magnifique jour. J’irai au jardin d’essai, au mausolée de Sidi Abderrahmane, j’irai au front de mer et fixerai l’horizon, longuement comme nous le faisions. La vie n’était déjà pas facile ici. Nous avons eu Houria. Plus tard Amine est arrivé. Non la vie n’était déjà pas facile ici. Nous avons dû émigrer. Mahfoud est parti le premier, en mai 1985. Je l’ai rejoint quelques mois plus tard avec les enfants. Grâce à Razi nous n’avons pas trop souffert. Mais tout cela est du passé.
Ce matin sur la dernière marche de l’escalier de la grande poste d’Alger, à mes côtés, l’homme était assis sur un tabouret sans âge, adossé à la colonne de marbre. Si-Saber, c’est son nom, est écrivain public. Depuis plus de quinze ans, sauf incident ou événement imprévu, il est là six jours sur sept, assis à la même place, à droite du porche en entrant. Le vendredi il le consacre à sa famille. Devant lui, en guise de bureau, il a posé un vieux pupitre d’école en bois massif avec un encrier en céramique, maculé de bleu, inséré à droite. Sous le plateau il y a un casier assez large pour ranger les documents, au-dessus une machine à écrire Polyjo Super 75 à quatre rangées de signes, plus la barre d’espacement. Elle ressemble étrangement au modèle que nous avions lorsque je suivais la formation de secrétaire aux Cours Pigier. On disait ‘‘Pigier’’ mais en réalité l’école de secrétariat portait un autre nom. Pigier avait été sommé en 1967 de quitter le pays qui désormais prenait une orientation malsaine. Nous continuions à appeler notre école ‘‘Pigier’’, son ancien nom, par habitude. Les gérantes elles-mêmes ne rouspétaient pas car l’ancien nom rehaussait le prestige de l’école.
J’ai rappelé mon calvaire à Si-Saber. Ce n’est pas la première fois que je sollicite ses services. Même si je sais écrire une lettre, je préfère m’adresser à lui car je ne sais plus utiliser les astuces, les belles formules, celles qui marquent, qui touchent, qui font mouche. Autrement, si tel était le cas, j’aurais écrit mon courrier moi-même et mon histoire plutôt que de la raconter dans ce micro, je l’aurais écrite.
Si-Saber m’a écoutée avec beaucoup d’attention et de compassion. Il m’a demandé pourquoi je ne me rapproche pas des femmes qui manifestent pour retrouver leurs proches, disparus. Je ne savais pas que des femmes manifestaient ici. Il m’a appris qu’il y avait une association de défense des familles de disparus. Il a  dit ‘‘c’est nouveau, il y a quelques semaines de nombreuses femmes ont même manifesté ici, là, devant la poste, avec des photos de leurs enfants ou de leurs maris enlevés ’’ J’ai spontanément dit ‘‘et pourquoi tout ça ?’’ cela ne lui a pas plu. Il m’a répondu : ‘‘ ‘Pourquoi ?’ comment ça ‘pourquoi ?’, mieux vaut être ensemble dans le malheur que seule tu ne trouves pas ? et puis, peut être que les autorités feront un effort, je ne sais pas moi’’.
Razi aussi m’incite régulièrement à me rapprocher des mères qui manifestent. Si-Saber n’a pas tort. Il a rabaissé les lunettes posées sur son front dégarni et a rajusté le tabouret s’apprêtant à taper. Le vieil écrivain public est habitué. Il sait toutes les tournures de phrases, toutes les adresses, toutes les astuces. La lettre d’aujourd’hui n’était pas la première qu’il m’écrivait. Il m’a demandé si j’avais eu des réponses aux précédentes. ‘‘Wallou, wallah wahed ma rad. Rien, je jure que personne n’a répondu, ni la gendarmerie, ni la police. Andi Rabbi. Dieu est à mes côtés.’’ C’est ce que je lui ai dit.
L’écrivain est un homme bon. On le voit sur son visage, on le devine à son air serein, dans la douceur de sa voix, à son expression lente, à son regard aussi. Je lui ai tendu une photo. ‘‘Chouf, regarde, lui ai-je demandé, c’est mon fils.’’ Le sourire d’Amine est timide. Il porte une chemise blanche. Sa tête est légèrement penchée. Ses cheveux noirs sont coupés courts. Son œil gauche est légèrement plissé. On jurerait qu’il se prépare pour nous parler. L’écrivain a saisi la photo a regardé le visage, attendri, puis il me l’a restituée en me considérant d’un drôle d’air. Il a murmuré ‘‘Rabbi yessatreh, que Dieu le protège.’’ C’est alors qu’il prononçait ces mots, ‘‘que Dieu le protège’’ que me sont revenus ces mêmes gestes qu’il avait faits, cette même parole qu’il avait prononcée il y a quelques temps lorsque je lui avais montré cette même photo : ‘‘Que Dieu le protège.’’ J’avais presque oublié.
La lettre de ce matin, je l’ai destinée au président de l’Observatoire national des droits de l’homme. Afin que Si-Saber recopie mon adresse, je la lui ai dictée tout en lui tendant une copie chiffonnée d’un précédent courrier qu’il m’avait rédigé pour une autre instance. Si-Saber s’est saisi de la feuille, a libéré la machine à écrire de sa housse, a vérifié la petite boite d’effacils, le ruban, a soufflé un peu au hasard sur le clavier, a introduit deux feuilles blanches séparées par un papier carbone qu’il venait de retirer du casier, puis a donné un coup sur le chariot et a noté à gauche mes coordonnées et à droite le destinataire, ‘‘Monsieur le Président de l’ONDH, boulevard Bougara, suivi du corps de la lettre :
Monsieur le Président, en ces jours anniversaires de la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme je vous saurais gré de bien vouloir vous pencher sur le cas dramatique de mon fils Amine Zellag âgé de 16 ans. Amine a été enlevé il y a maintenant 51 jours, exactement le vendredi 17 octobre 1997 à la tombée du jour, devant mes yeux, à l’intérieur même de ma maison dont l’adresse est sus-indiquée. Il a été kidnappé par quatre hommes armés dont l’un portait une tenue militaire, un autre en civil connu de nombreux voisins et dont le visage est marqué par une balafre. Ces hommes sont venus et sont repartis dans un J5 de couleur beige portant une immatriculation contenant le nombre ‘‘566’’ ou ‘‘5566’’ écrit à la craie. Depuis le 17 octobre je n’ai plus aucune nouvelle. J’ai écrit partout, je me suis déplacée au commissariat, à la gendarmerie, à la caserne, en vain.
Monsieur le Président, je vous supplie de veiller à ce que des mesures soient prises de toute urgence pour que mon fils soit jugé s’il est coupable, ou bien qu’il me soit rendu s’il s’agit d’une bavure.
Monsieur le Président, je demeure à votre disposition pour toute information complémentaire. Veuillez agréer monsieur’’ et cetera.
A la suite de ma signature Si-Saber a ajouté un PS : ‘‘Mon mari a été assassiné par des terroristes islamistes le 22 septembre dernier dans notre village. Je suis seule et vous prie de m’aider. Amine est le seul garçon que j’ai. Que Dieu vous vienne en aide.’’
Une fois la lettre dactylographiée, d’un geste preste il l’a retirée ainsi que la copie collée au papier carbone noir. Il a relu à voix basse, pour lui-même, pour s’assurer qu’il n’avait rien omis, mais surtout que la lettre était lisible, compréhensible dès la première lecture et qu’elle ne comportait ni erreur ni faute. Il a détaché le papier carbone qu’il a remis dans le casier, m’a donné la copie, a plié en quatre l’original et l’a glissé dans une enveloppe appropriée qu’il m’a tendue. Je l’ai remercié, payé, et j’ai mis la copie dans mon sac en plastique noir. A l’intérieur de la poste à l’un des nombreux guichets j’ai affranchi et fait oblitérer l’enveloppe par un postier qui l’a jetée dans une grande caisse en osier.
Pour revenir à la maison j’ai pris un taxi-jamaï, collectif, jusqu’à Kouba et de là, un minibus Karsan. Comme je l’ai fait à l’aller. L’idée de transiter par Diar el-baraka m’a effleurée. Parfois il me vient à l’esprit de reprendre la petite Houda, mais je me ressaisis. Houda est heureuse avec Hakim et Houria. Elle leur apporte la compagnie qui leur manque. Elle pose souvent des questions à propos d’Amine, mais hélas mon gendre comme ma fille ne savent que lui répondre. Mon Dieu, fais que mon fils revienne à la maison. Cela va faire bientôt deux mois qu’ils me l’ont enlevé. Je n’avais personnellement jusqu’à septembre aucun ennemi, aujourd’hui encore j’ai du mal à l’identifier. Les assassins de septembre sont mes ennemis, ceux qui les ont laissés faire le sont aussi. Derrière l’enlèvement d’Amine il y a l’indic, d’accord, mais qui est derrière lui, je veux dire qui lui a ordonné d’enlever Amine ? Et pourquoi lui ? Qu’avons-nous fait ? Lorsque je pose la question on me dit ne pas savoir, on me dit d’aller voir au ministère, des gendarmes m’ont dit d’aller voir au maquis ‘‘ton fils est monté au djebel ya el-mahboula.’’ Ils disent que je suis folle, non je ne suis pas folle et Amine est un enfant qui n’a jamais fait de mal à personne. Tout le quartier le sait. Les parents de Omar qui ont beaucoup de chance, ne veulent plus entendre parler de cet enlèvement. Leur fils leur a été rendu, dès lors plus rien ne les intéresse. Omar ne sort quasiment plus disent certains de ses proches. Ils disent me comprendre en ajoutant qu’ils ne peuvent rien pour moi.
Amine avait du ressentiment certes, parce qu’on ne nous a pas protégés, parce que cette collision entre les forces de l’oppression et el-irhab, les terroristes, a provoqué la mort de milliers d’Algériens. A cause des déferlements de violences contre les populations civiles, qui demeuraient impunies, et dont certaines, comme dans notre village, n’étaient possibles qu’avec la bienveillance ou la passivité des forces chargées de notre protection, Amine était hostile aux forces de sécurité. De là à prendre les armes, non. Trois fois non. Notre hostilité écrasante, nous l’avions exprimée plusieurs fois par les urnes que les mauvais perdants ont plusieurs fois détruites. Non, trois fois non.

(Ahmed Hanifi - à suivre)

mercredi, juin 27, 2012

337 - Jean-Jacques Rousseau 1712 - 2012



J’avais 16 ans, je venais de perdre mon père, et brusquement tout s’écroula autour de moi. Au lycée personne ne s’en est aperçu, ou plutôt personne ne se préoccupa de ma détresse. Évidemment j’alertais mes camarades de classe par mes silences devenus quasi-permanents. Les enseignants, y compris ceux qui appréciaient mes travaux, constataient mes chutes de résultats sans broncher. Du lycée je fus donc exclu pour cause de contre-performance manifeste sans autre curiosité. Comme de nombreux gamins de mon âge je plongeai dans le monde de la débrouille. Gagner sa vie pour la famille. Passer du statut serein d’enfant scolarisé à celui d’enfant soutien de famille n’est pas chose aisée, c’est passer du cocon protecteur à l’enfer.
Bien que j’acceptais d’assumer ce rôle d’adulte trop grand pour moi - avais-je la possibilité de le refuser ? – je me promettais de me venger de ce destin qui semblait me cerner. Je souffrais en silence. Une porte se présenta à moi. Celle du Centre culturel français d’Oran qui se trouvait à la fin des années 60 à l’emplacement de l’actuel Centre de recherche en information documentaire des sciences sociales et humaines (CRIDSSH), rue Larbi Ben M’Hidi. 



 




Certains de mes amis fréquentaient le centre culturel, alors je me suis mis à mon tour à le fréquenter. Je me suis fait établir une carte. Et mon assiduité fut réelle. Je lisais toute sorte de revues, de romans et d’essais. Mes amis écrivaient tout le temps. Ils faisaient leurs travaux scolaires, écrivaient des lettres diverses. Moi j’écrivais des poésies, je racontais ma vie d’errance morale, je recopiais des extraits de romans. Un jour je suis « tombé » sur un texte qui me bouleversa. Il sera gravé longtemps dans ma mémoire. Aujourd’hui encore je peux le réciter (quoique partiellement). Ce texte sera à la base du décuplement de ma volonté qui finira par me sortir de l’enfermement qui fut le mien des années durant. Le cœur de ce texte le voici :

« Ayant donc formé le projet de décrire l'état habituel de mon âme dans la plus étrange position où se puisse jamais trouver un mortel, je n ai vu nulle manière plus simple et plus sûre d'exécuter cette entreprise que de tenir un registre fidèle de mes promenades solitaires et des rêveries qui les remplissent quand je laisse ma tête entièrement libre, et mes idées suivre leur pente sans résistance et sans gêne. Ces heures de solitude et de méditation sont les seules de la journée où je sois pleinement moi et à moi sans diversion, sans obstacle, et où je puisse véritablement dire être ce que la nature a voulu. (…)
Pour me contempler moi-même avant mon déclin, il faut que je remonte au moins de quelques années au temps où, perdant tout espoir ici-bas et ne trouvant plus d'aliment pour mon cœur sur la terre, je m'accoutumais peu à peu à le nourrir de sa propre substance et à chercher toute sa pâture au-dedans de moi.  (…)
Je m'attendrissais sur ces réflexions, je récapitulais les mouvements de mon âme dès ma jeunesse, et pendant mon âge mûr, et depuis qu'on m'a séquestré de la société des hommes, et durant la longue retraite dans laquelle je dois achever mes jours. Je revenais avec complaisance sur toutes les affections de mon cœur, sur ses attachements si tendres mais si aveugles, sur les idées moins tristes que consolantes dont mon esprit s'était nourri depuis quelques années, et je me préparais à les rappeler assez pour les décrire avec un plaisir presque égal à celui que J'avais pris a m'y livrer. Mon après-midi se passa dans ces paisibles méditations, et je m'en revenais très content de ma journée, quand au fort de ma rêverie j'en fus tiré par l'événement qui me reste à raconter. J'étais sur les six heures à la descente de Ménilmontant presque vis-à-vis du Galant Jardinier, quand, des personnes qui marchaient devant moi s étant tout à coup brusquement écartées je vis fondre sur moi un gros chien danois qui, s'élançant à toutes jambes devant un carrosse, n'eut pas même le temps de retenir sa course ou de se détourner quand il m'aperçut. Je jugeai que le seul moyen que j'avais d'éviter d'être jeté par terre était de faire un grand saut si juste que le chien passât sous moi tandis que je serais en l'air. Cette idée plus prompte que l'éclair et que je n'eus le temps ni de raisonner ni d'exécuter fut la dernière avant mon accident. Je ne sentis ni le coup ni la chute, ni rien de ce qui s'ensuivit jusqu'au moment où je revins a moi. Il était presque nuit quand je repris connaissance. Je me trouvai entre les bras de trois ou. quatre jeunes gens qui me racontèrent ce qui venait de m'arriver. Le chien danois n'ayant pu retenir son élan s'était précipité sur mes deux jambes et, me choquant de sa masse et de sa vitesse, m'avait fait tomber la tête en avant : la mâchoire supérieure portant tout le poids de mon corps avait frappé sur un pavé très raboteux, et la chute avait été d'autant plus violente qu'étant à la descente, ma tête avait donné plus bas que mes pieds. (…)
Dieu est juste ; il veut que je souffre, et il sait que je suis innocent. Voilà le motif de ma confiance, mon cœur et ma raison me crient qu'elle ne me trompera pas. Laissons donc faire les hommes et la destinée ; apprenons à souffrir sans murmure ; tout doit à la fin rentrer dans l'ordre, et mon tour viendra tôt ou tard. » 

(In : http://mecaniqueuniverselle.net)
 
Ce sublime extrait est de Jean-Jacques Rousseau. Il naquit le 28 juin 1712, il y a exactement 300 ans.

Jean-Jacques Rousseau fut un de mes premiers soutiens, rempart contre la dérive. Il y en aura d'autres. 

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