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samedi, avril 04, 2015

491_ Musulmans démocrates de tous les pays, unissons-nous !


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mercredi, avril 01, 2015

490_ Sécularisation


Un poisson ?

 

A la condition que la sécularisation, "la laïcité" (mimétisme-frein, car cette notion est propre à l'histoire de France et des Français), ne s'érige pas en bourreau des libertés des croyants comme certains laïcards (les Ayatollah de la laïcité) le souhaiteraient en France (visant l'Islam), au mépris de la loi de 1905 dont l'article 1° stipule:
--> « La République assure la liberté de conscience. Elle garantit le libre exercice des cultes sous les seules restrictions édictées ci-après dans l'intérêt de l'ordre public. »

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mardi, mars 17, 2015

489_ ABDELKADER ALLOULA







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C'était hier soir, lundi 16 mars 2015
Merci Mabrouk Ali





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Wikipedia:
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lundi, mars 16, 2015

488_ Semaine de la langue française


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"Le français… langue universelle…, ce sont les grandes orgues, qui se prêtent à tous les timbres, à tous les effets, des douceurs les plus suaves aux fulgurances de l'orage. Il est, tour à tour ou en même temps, flûte, hautbois, trompette, tam-tam et même canon." 

(Léopold Senghor, Œuvre poétique, « Comme les lamantins vont boire à la source », Postface de Éthiopiques.)

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Un jour ordinaire en linguistique de base


« Ci la pouse monsieur, ci la pouse ! » s’impatientent certains des stagiaires de mon cours de linguistique de base. Je suis assis, légèrement en retrait, les bras en A sous le menton, à l’opposé du grand tableau blanc, tout blanc. Je leur fais signe de patienter. Je les libérerai dès lors qu’ils auront tous fini leurs exercices. Le thème choisi est celui de la violence. Nous y travaillons depuis trois jours. Les exercices de ce matin portent sur le mauvais sort fait aux enfants dans le monde. Le texte de base est simple et fort perturbant : « Toutes les quatre secondes un enfant meurt quelque part dans le monde, le plus souvent en Afrique » lit-on dès les premières lignes. On meurt à cause de maladies anachroniques, de faim violente, de malnutrition meurtrière. On meurt également des suites de violences subies ou de guerres endurées. Les stagiaires, une quinzaine, lurent chacun à son tour une dizaine de lignes. Le texte, plutôt court – trente-huit lignes – fut par conséquent parcouru plus d’une fois et ses passages les moins accessibles expliqués autant de fois que nécessaire. Je suis assis, légèrement en retrait, et de temps à autre je me tourne en direction d’un élève ou d’un autre, attentif à la moindre demande, au moindre signe. Les stagiaires sont tous étrangers, je veux dire non français. Certains sont mineurs, d’autres voguent aux confins de la quarantaine, ou même de la cinquantaine. Officiellement on les désigne par ce mot-valise consensuel : primoarrivants. Le plus ancien des stagiaires – qui est en fait la plus ancienne des stagiaires – arriva en octobre 2009. C’est écrit sur son récépissé provisoire renouvelé, valable quelques mois. Cette stagiaire arriva donc en France il y a exactement un an et demi. Nombre d’entre ces apprenants sont des réfugiés politiques. Ils vinrent de pays d'Europe, d’Asie ou d’Afrique. Certains autres rejoignirent leur famille : les parents, l’époux ou l’épouse. La plupart des parents des stagiaires maghrébins, les pères pour être précis, sont employés dans l’agriculture, les mères activent au foyer.
Le désir de réussir, commun à chacun des stagiaires, est inversement proportionnel à l’accueil que leur réserve la population autochtone ou fraîchement installée, convertie et oublieuse de sa propre histoire, de son propre cheminement. « Qu’est-ce qu’il fait, qu’est-ce qu’il a, qui c’est celui-là » s’offusquent en effet quelques bonnes âmes aux terrasses lisses ou rugueuses des bars-PMU ou bar-tabac-loto, affalées autour de tasses de café serré, de verres de bière, de pastis ou de piquette, pleins à ras bord. Bonnes âmes fermées au monde qui les entoure.
De temps à autre l’un des stagiaires m’interpelle, ainsi Ruslan « chez nous aussi en Tchétchénie les militaires tuent les enfants ». Yao la Thaïlandaise enchérit « dans mon pays beaucoup d’enfants travaillent dans les champs ». Jilian, la belle Jilian, irakienne, évoque les massacres de familles entières pour cause de croyances déviantes. La syntaxe n’est pas des plus sophistiquées, mais nous avons le temps et la conviction, et le cœur y est. Et peu nous chaut les commérages et l’égoïsme des habitués des bars. Les journalistes africains indexeraient « l’ethnocentrisme de certains groupes sociaux français. » Alors je quitte mon siège pour m’avancer au centre de la salle, au centre des stagiaires assis sagement derrière des tables, alignées pour former un grand U. L’émotion se manifeste parfois par une voix qui s’éraille, se casse, un visage qui se crispe, se transforme ou un mouvement brusque, de bras le plus souvent. Elle cristallise l’attention de tous les autres. On écoute avec beaucoup d’attention l’histoire du voisin qui aurait pu être la nôtre, car ces histoires, souvent intimes, parfois décousues, débordent toutes de profonde humanité dans ce qu’elle a de plus tragique, de plus poignant ou de plus léger.
Les interventions des uns et des autres s’entrecroisent, tels ces fils de trame et de chaîne du métier à tisser, jour après jour pour rapprocher les stagiaires et contribuer à leur connaissance mutuelle et par conséquent à relativiser la vérité que chacun de nous élabore en méconnaissance de l’autre, dans un café, au travail ou calfeutré chez soi, savourant un plat chaud assaisonné à l’outrance ou la légèreté de la télévision. Lorsque les discussions sont provisoirement closes, lorsque les corrections sont achevées, le moment de la pause s’impose à tous, « la pause monsieur, c’est la pause ! » reprennent tels des éclaireurs les moins attentifs ou les plus excédés par les exercices.
Et tous se lèvent comme un seul homme, en faisant geindre les chaises dont les pieds métalliques sont dépourvus d’embouts protecteurs. Dans vingt minutes, nous reprendrons nos travaux. Certains stagiaires se précipitent sur le clavier de leur téléphone qu’ils activent, d’autres sur leur paquet de cigarettes dont ils vont griller quelques-unes dans la pinède. Jamal l’Afghan se propose à la préparation du café – c’est un exercice qu’affectionnent et accomplissent à tour de rôle les amateurs du breuvage. J’aime le café au moment du café. Qahwé, Kofe, Gaa-fae, Kafi… Noir arabica ou non peu importe l’essentiel se trouve ailleurs.
Dans le sucre qu’on reçoit, dans la cuillère qu’on tend et dans l’échange libre. Jamal est le dernier arrivé dans le groupe. Les autres stagiaires lui posent beaucoup de questions auxquelles il répond avec retenue, mais sans en esquiver aucune. Il parle de sa vie à Assadabad son village natal. Il parle en faisant des efforts pour qu’on le comprenne. Il parle en anglais, en pachtoune, en arabe, mais aussi en français dont il commença l’apprentissage à Nice, puis à Toulon où il transita avant d’arriver ici. Jamal aime parler de son pays, de son village, et par-dessus tout de son compatriote Jamal-Eddine El-Afghani, le plus illustre des Afghans, né comme lui à Assadabad et ayant vécu quelque temps en France. Avant Jamal, la semaine dernière, les mois et les ans derniers, d’autres stagiaires racontèrent leur pays, leur famille, des pans entiers de leur vie. D’eux j’apprends beaucoup. Ils m’apportent et m’apprennent autant que ce que je leur enseigne.
À la reprise je leur propose de revenir sur un texte de Duras. Il faut bien aérer… « Demain matin nous traiterons de la violence dans la famille ». Reprenons Moderato, Page 9. Olga lève la main : « La dame s’étonna de tant d’obstination. Sa colère fléchit et elle se désespéra de si peu compter aux yeux de cet enfant… » La malicieuse Olga continue avec un accent volontairement mielleux, mais fortement et naturellement sourcé au fin fond de l’Oural, là-bas du côté de Kazan : « quel mittiyai, quel mittiyai, quel mittiyai, gémit-elle. »
Et elle répète en riant : « Quel mittiyai, mais quel mittiyai, mais quel mittiyai ! » appuyant par deux fois sur la dernière syllabe. Et toute la classe de rire, car toute la classe lut – eh oui, ma bonne dame, mon bon monsieur de la terrasse – toute la classe lut et apprécié le roman duquel est extrait ce « quel métier, mais quel métier ! » de l’incomparable et sublime Duras.

À la fin de chaque séance, je note toutes sortes d’informations concernant le contenu et le déroulement du cours : les réactions des apprenants, leurs difficultés individuelles, leurs préoccupations éventuelles... Chaque jour. Pour avancer.
 

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A. H.

In « La petite mosquée des Inuits et autres confettis ». ed Incipit en W - 2014  



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dimanche, mars 15, 2015

487_ Poésie- à la chapelle d'Entressen


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Dans le cadre du 17° « Printemps national des poètes », (14 au 21 mars) l’association « Entre ces mots » a organisé  cette après-midi dans la chapelle d’Entressen, un concert Kamishibaï (Kamishibaï : pièce de théâtre sur papier, l’artiste raconte une histoire à partir de textes illustrés qui défilent)


 intitulé  « Les fruits du Ginkgo » (l’arbre aux quarante écus). Le texte est de Kenji Miyazawa, la musique de Takashi Yoshimatsu (1953) et Nobuo Uematsu (1959).

Le texte a été lu par Muriel Pioggini (Entressen). Au piano Eriko Renaud-Arima (de Cornillon).





Eriko Renaud-Arima
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Muriel Pioggini



 








vendredi, mars 13, 2015

486_ Jean Ferrat - 5 ans



JEAN FERRAT_ Archives_Credit ©Rue des Archives_AGIP







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Lire mon post : 193- FERRAT est mort_ 13 mars 2010



mercredi, mars 04, 2015

485_ Hommage à Senouci Bendjelida le troubadour

 
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Pour Senouci Bendjelida

« Au commencement, disais-tu, il y eut le chaos engendré par l’impensable big-bang. Et c’est au chaos moderne, descendant de l’originel, que tu opposais le tien. La vie – ta vie – puisait dans cet univers de désordre la force qu’elle lui renvoyait aussitôt, toujours le sourire aux lèvres.
Alors tu comprendras cher ami l’acrobatie que je te propose ci-après que j’ai voulu à ton image, kaléidoscopique.

Tu allais de Schopenhauer à Nietzsche, de Spinoza à Deleuze et Gattari. « Nous souffrons disais-tu du vouloir. C’est de lui, du vouloir, que naît la privation et le désir et donc notre malheur d’homme ». Tu naviguais de la biologie à la linguistique et à la sociologie, et de celle-ci aux Lettres française. D’Oran à Vincennes et de Vincennes à Saint-Denis. De Noam Chomsky à Daniel Defert qui nous avait reçus, tu t’en souviens, au bas du boulevard Saint-Michel...
L'Antinéa à Oran.
En homme libre, tu revendiquais la liberté totale de voyager, de polémiquer, de se rencontrer, de se mélanger. La liberté sexuelle totale. Que de chemin parcouru cher ami, depuis la cave de la place du Ché à Oran, la place où trône un sexe emblématique, juste devant le studio. Et puis de là à l’Antinéa. Missoum le gardien nous empêchait de réveillonner dans notre studio et nous dûmes déménager nos cartons de nuit, à pieds jusqu’à l’appartement dans l’Académie rue Mouloud Ferraoun où nous attendaient les légères et névrosées Dahbia, Louisette et Suzanne l’effrontée. Ah Suzanne !

Nous allions, Tejdine, Bachir, Omar et d’autres (les filles) chez Moumen au Pavillon 35 et au Ciné-club, la cinémathèque : « Le péché suédois » (Bo Widerberg), « Il pleut toujours où c’est mouillé » (Daniel Jean de Simon), propagande, propagande et cela nous faisait rire jaune. Et « La vérité sur l’imaginaire passion d’un inconnu » (Roger Hanoun). L’ami Moumen s’était levé brusquement, brandissant une feuille et s’exclamant « Plus on avance et moins on recule », puis « La Méditerranée a traversé la France comme la Seine traverse Paris », puis n’a plus dit un mot. De Galilée, le théâtre, le CCF à Dien Bien Phu, à Honolulu. De Kheïra Ezziraïa à Aïn Nehala, de la poésie face aux mensonges, De Djamel Amrani à Leïla Boutaleb et « Le chant du coq ». De la PJ de Sidi el Houari au Palais de justice pour « outrage à magistrat ». Au diable la GSE !
Le Manifeste associé au H marocain nous faisait plier de rire, mais moins que les Stals.
Ah oui, bien sûr, De la PM et D’Israël à Ba’alat et de Canaan à Mohammed.

Nous allions de la guinguette, du Macumba sur la côte ouest oranaise au Kiss-Club et au Golf-Drouot à Paris. Du café Najah au bar Chez Larry.Tu nous embarquais du Raï-trab et de Saïm el Hadj à Sabah Essaghira. Et Turkish Blend « tu vas, tu viens » « Take a walk on the wild side » de Lou Reed, Soûl Makossa de Dibango. Des Student’s  à Ness el Ghiwan, de Jil Jilala au King assassiné à Marseille. Et Léo le grand, Léo Ferré « avec le temps » Et Iron Butterfly « In a gadda da vida » le crâne surdosé de shite. Nous voyagions de Abdelhalim Hafez à Farid et Om Keltoum. Et les filles de la fac, les névrosées, « comme nous ! » criais-tu…

Sur le tard, là-bas, à Paris, tu nous contais ton amie de dix ans, Cheikha Remitti (8.05.1923 à 15.05.2006) : « Ya Rabbi el aziz/ chhel nebghi el m’iz (censure) _ Wi ijini sidna âzrin/ Ghir beïta mâa ezzine » te chuchotait- elle. « Une femme unique » qui aimait se trémousser parmi les fidèles de la Merdja de Sidi Abed qui lui attribuèrent son nom de guerre.

« On est venu ici (en France) comme des orphelins, disais-tu, sans personne pour nous accueillir. Alors chacun a souffert dans son coin. Les anciens ne nous ont pas laissé grand-chose, préoccupés qu’ils étaient. C’est pourquoi nous sommes devenus des paranos, toujours aux aguets. »
Et tu es parti. Sans crier gare. Brusquement. Mais seul. Ciao mec. A bientôt.
Ahmed Hanifi
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_____________Autre hommage __________________


Par : Brahim Hadj-Slimane
 
Senouci Bendjelida, un ami de longue date, est décédé à l'âge de 62 ans, dans la nuit du 19 au 20 janvier, à Paris où il vivait depuis près de 35 ans. Originaire d'Oran (Algérie), c'était un poète et intellectuel, en friche, atypique, plein de talent, irrévérencieux à souhait. Et pourtant très peu connu parce que non obsédé par la reconnaissance médiatique. Il estimait que ce n'était pas à lui de chercher les médias mais l'inverse. Ce en quoi, il avait raison.
Il était passionné par la philosophie et l'histoire. Dans les années 80, il fréquentait l’université de Vincennes- Saint Denis et ces dernières années, il assistait à des cours de philosophie à la Sorbonne, en auditeur libre. Parce que libre, il l’était; libre et libertin. Les derniers temps, il manifestait de la considération pour Alain Badiou, un des derniers penseurs français impertinents et éclaireurs.  Il aimait Michel Foucault, un peu Felix Guattari, pas vraiment Jacques Derrida. Il avait horreur des intellectuels institutionnels, bureaucrates, pantouflards, qui cachent leur nullité derrière le statut social que leur confère diplôme. Il était resté un fils du peuple, un enfant de Saint-Antoine – Medina Djedida où il est né et a grandi. C’était le premier bachelier du quartier et les gens le saluaient fièrement comme une vedette, raconte-t-il. Il ne dévorait pas les livres (et ce n’était pas possible avec son mode de vie) mais lisait avec intelligence et avec intuition, en diagonale. Et puis, il s’en foutait de se tromper, je crois. Il avait raison. Il n’y a que les médiocres suffisants qui ont peur de se tromper parce qu’ils se croient détenteurs de vérités, en toutes circonstances. Senouci a toujours eu ses  passions du moment, ne craignant pas la contradiction. «‘êchek mellel », comme on dit. Il y a des années de cela, il se trimbalait avec Le gai savoir  de Nietzche. Mais alors, ça n’en finissait pas, ce livre le suivait partout, dans une poche jusqu’à finir en lambeaux. Puis il y a eu l’époque freudienne suivie de l’anti-freudienne. Et puis après, et puis après…  Dans les années 80, nous écumions des bars du Marais, tenus par des juifs maghrébins qui connaissaient et aimaient Senouci. Au milieu d’eux, il y avait le bar de l’oranais Houari Malaga (où descendait Guerouabi). A l’époque, il se revendiquait de (s’identifiait à ?) Charles Boukovski. Quels moments !          

 Et puis un jour, lassé par les faux-culs qui s’étaient mis à pérorer sur le Raï, ses origines et patati et patata, pour épater les blancs, Senouci avait attaqué de front Ibn Khaldoun (son étude sur les Berbères) et la poésie populaire maghrébine dont il était devenu un des connaisseurs les plus fins. Pourquoi ? Parce que c’était lui-même un poète, un passionné, un pamphlétaire, tout dans l’oralité, Un barde des temps modernes, dans villes. Il fréquentait d’ailleurs celui qui a révélée la poésie populaire, notamment avec son anthologie, au grand public : feu Mohamed Belhalfaoui auprès de qui il s’était nourri : comme il le fera plus tard auprès de Cheikha Rimiti. Il interprétait parfaitement certains poèmes, en particulier Bekhta d’Abdelkader Khaldi, chantée par Blaoui Houari puis Khaled. Il était percussionniste, à l’occasion, jusqu’à devenir un professionnel intermittent de la derbouka  Il lui arrivait de chanter dans les cabarets et cafés-concerts. Pris par la nostalgie, durant ses séjours de plus en plus fréquents à Oran, durant ses soirées au Mélomane, il y avait toujours un moment où il prenait le micro pour interpréter Viens ma brune de Salvatore Adamo. Certains, comme Boutledja Belkacem hier au téléphone, le surnomment Senouci Adamo.  Souvent, ailleurs, dans des troquets parisiens il enchaînait avec Avec le temps ou Il n'y a plus rien de Léo Ferré, en passant par Ya del mersem, grand poème immortalisé, entre autre, par Khaled. Au fil du temps, Senouci s’était constitué un répertoire de reprises et il lui arrivait, à Paris, de donner un récital, dans un bistro d’amis.  Dans les années 80-90 Il a été producteur-manager dans la musique Raï, par intermittence, s'occupant notamment de Cheb Moumen et, à quelques occasions, de Cheb Mami.

Puis Cheikha Rimiti dont il était le confident, les dernières années de la vie de cette grande dame. Quelques fois, Senouci l'accompagnait à la derbouka. L’intermittence était un mode vie chez lui, l’irrégularité, l’absence d’habitudes. C’était un errant qui déambulait avec sa dégaine d’oranais des années 60-70, avec un air un peu fier, c’était vraiment cocasse de le voir comme ça déambuler dans Paris, c’était incroyable, tellement il vivait et marchait à une autre vitesse. Il était ailleurs, hors du temps… Il n’avait jamais quitté le pays, son pays dont l’éloignement  le faisait manifestement souffrir. Avant qu’il ne se mette à y faire des séjours fréquents.                




Il y a une quinzaine d’années, Senouci un certain Enzo, premier producteur de Madona, qui était devenu un grand ami à lui et avec lequel il avait mis en chantier des projets restés en jachère puis évanouis après le décès d'Enzo. Un de leurs grands projets était celui d’emmener Cheikha Rimiti aux USA. Les dernières fois où je lai vu, il n’arrêtait pas de me dire qu’il voulait écrire la biographie de Cheikha Rimiti qui lui racontait tout.     

La dernière fois que j’ai vu Senouci, c’était début aout à Paris. Il m’a emmené dans la minuscule chambre d’hôtel à Belleville qu’il occupait. Il m’a dit : « en ce moment, je fais des répétitions de danse oranaise pour la mettre à la mode. » J’ai cru qu’il avait pété un plomb de plus. Il a mis une cassette de Blaoui et il s’est mis à danser sur place, avec application et sérieux. Et lorsque j’ai vu ça, je l’ai cru. Il avait sa part de génie et d’utopie.

Après le carnage à Charlie Hebdo, j’ai pensé à lui. Je me disais que c’était un sale temps pour les Maghrébins. Je me demandais comment il vivait ça. J’ai tenté de l’appeler jeudi dernier. En fait, il n’était plus de ce monde.

 .
Brahim Hadj-Slimane.
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cf ci-dessous le Post n° 484 


mardi, mars 03, 2015

484_ Mon ami Senouci est parti


Mon ami El-Hadj m'apprend à l'instant le décès de notre cher ami commun Bendjelida Senouci, "La Snouss". Il est parti il y a quelques semaines, un soir de janvier.


Senouci ne vivait que pour l'art. Cela lui valut, hélas, bien des difficultés matérielles entre autres. Poète, chanteur, auteur, il connaissait par coeur le chi'ir bedoui, le raï trab père du raï. Et nous avons passé de très bons moments ensemble, bien que de tempérament différent.
Nous avions fait les 400 coups ensemble à l'époque où il était dangereux de s'aventurer dans les mots. Ils étaient comptés, surveillés. Cela nous obligea à prendre toutes les précautions, les détours et les voies difficiles, pour dire, même dans ce contexte de grande fermeture, alors que les libertés démocratiques minimales n'existaient pas. Un membre de notre groupe disposait d'un studio dans la cité Antinéa, derrière le marché Michelet à Oran, où nous osions nos rêves, que difficilement nous tentions de partager avec l'extérieur (ciné-club d'Oran, L'Université...) en rejetant les circuits officiels.  C'étaient les années noires, les années de plomb, les années 70. Nous finîmes tous (tous le groupe, notre groupe, et d'autres) par quitter notre ville, notre pays. Puis nous nous sommes retrouvés à Paris, Senouci était un des initiateurs de France-Plus...
Plus tard des années plus tard, nouvelles retrouvailles chez Larry (angle square de Clignancourt et rue Joseph Dijon-près du Bd d'Ornano) que nous fréquentions, comme beaucoup d'oranais, puis de nouveau nous nous sommes éloignés, et encore retrouvés...
 La dernière fois que j'ai croisé Snouci, c'était - dans des circonstances très particulières -  dans les locaux de la LDH à Paris, rue Marcadet où je présentais mon ouvrage "La Folle d'Alger", le 13 février 2013. Il se trouvait en compagnie de Brahim Hadj-Slimane.

Je te salue Snouci. Allah yerhmek.




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Senouci Bendjelida_ Barbès Février 2009



Barbès_ Février 2009

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