Autrement dit, la réflexion ne dissout pas la spontanéité. Le verbe réfléchi côtoie le verbe ou le cri du cœur. Les mots de Voltaire ceux de Mouna. ® Droits réservés. Toute reproduction est interdite sans indication de la source: http://leblogdeahmedhanifi.blogspot.fr/ ® L’auteur - Ahmed HANIFI - ahmedhanifi@gmail.com "Sur le plus beau trône du monde, on n'est jamais assis que sur son cul !" Michel de Montaigne. DEPUIS 2005
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samedi, avril 04, 2015
mercredi, avril 01, 2015
490_ Sécularisation
Un poisson ?
A la condition que la sécularisation, "la laïcité" (mimétisme-frein, car cette notion est propre à l'histoire de France et des Français), ne s'érige pas en bourreau des libertés des croyants comme certains laïcards (les Ayatollah de la laïcité) le souhaiteraient en France (visant l'Islam), au mépris de la loi de 1905 dont l'article 1° stipule:
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mardi, mars 17, 2015
lundi, mars 16, 2015
488_ Semaine de la langue française
"Le français… langue universelle…, ce
sont les grandes orgues, qui se prêtent à tous les timbres, à tous les effets,
des douceurs les plus suaves aux fulgurances de l'orage. Il est, tour à tour ou
en même temps, flûte, hautbois, trompette, tam-tam et même canon."
(Léopold Senghor, Œuvre poétique, « Comme les lamantins vont boire à la source », Postface de Éthiopiques.)
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(Léopold Senghor, Œuvre poétique, « Comme les lamantins vont boire à la source », Postface de Éthiopiques.)
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Un jour
ordinaire en linguistique de base
« Ci
la pouse monsieur, ci la pouse ! » s’impatientent certains des
stagiaires de mon cours de linguistique de base. Je suis assis, légèrement en
retrait, les bras en A sous le menton, à l’opposé du grand tableau blanc, tout
blanc. Je leur fais signe de patienter. Je les libérerai dès lors qu’ils auront
tous fini leurs exercices. Le thème choisi est celui de la violence. Nous y
travaillons depuis trois jours. Les exercices de ce matin portent sur le
mauvais sort fait aux enfants dans le monde. Le texte de base est simple et
fort perturbant : « Toutes les quatre secondes un enfant meurt
quelque part dans le monde, le plus souvent en Afrique » lit-on dès les premières lignes. On
meurt à cause de maladies anachroniques, de faim violente, de malnutrition
meurtrière. On meurt également des suites de violences subies ou de guerres
endurées. Les stagiaires, une quinzaine, lurent chacun à son tour une dizaine
de lignes. Le texte, plutôt court – trente-huit lignes – fut par conséquent
parcouru plus d’une fois et ses passages les moins accessibles expliqués autant
de fois que nécessaire. Je suis assis, légèrement en retrait, et de temps à
autre je me tourne en direction d’un élève ou d’un autre, attentif à la moindre
demande, au moindre signe. Les stagiaires sont tous étrangers, je veux dire non
français. Certains sont mineurs, d’autres voguent aux confins de la
quarantaine, ou même de la cinquantaine. Officiellement on les désigne par ce
mot-valise consensuel : primoarrivants.
Le plus ancien des stagiaires – qui est en fait la plus ancienne des stagiaires
– arriva en octobre 2009. C’est écrit sur son récépissé provisoire renouvelé,
valable quelques mois. Cette stagiaire arriva donc en France il y a exactement
un an et demi. Nombre d’entre ces apprenants sont des réfugiés politiques. Ils vinrent
de pays d'Europe, d’Asie ou d’Afrique. Certains autres rejoignirent leur
famille : les parents, l’époux ou l’épouse. La plupart des parents des
stagiaires maghrébins, les pères pour être précis, sont employés dans
l’agriculture, les mères activent au foyer.
Le désir de réussir, commun à chacun des stagiaires, est inversement
proportionnel à l’accueil que leur réserve la population autochtone ou
fraîchement installée, convertie et oublieuse de sa propre histoire, de son
propre cheminement. « Qu’est-ce
qu’il fait, qu’est-ce qu’il a, qui c’est celui-là » s’offusquent en
effet quelques bonnes âmes aux terrasses lisses ou rugueuses des bars-PMU ou
bar-tabac-loto, affalées autour de tasses de café serré, de verres de bière, de
pastis ou de piquette, pleins à ras bord. Bonnes âmes fermées au monde qui les
entoure.
De temps à autre l’un des stagiaires m’interpelle, ainsi Ruslan « chez nous aussi en Tchétchénie les
militaires tuent les enfants ». Yao la Thaïlandaise enchérit « dans mon pays beaucoup d’enfants
travaillent dans les champs ». Jilian, la belle Jilian, irakienne,
évoque les massacres de familles entières pour cause de croyances déviantes. La
syntaxe n’est pas des plus sophistiquées, mais nous avons le temps et la
conviction, et le cœur y est. Et peu nous chaut les commérages et
l’égoïsme des habitués des bars. Les journalistes africains indexeraient
« l’ethnocentrisme de certains groupes sociaux français. » Alors je
quitte mon siège pour m’avancer au centre de la salle, au centre des stagiaires
assis sagement derrière des tables, alignées pour former un grand U. L’émotion
se manifeste parfois par une voix qui s’éraille, se casse, un visage qui se
crispe, se transforme ou un mouvement brusque, de bras le plus souvent. Elle
cristallise l’attention de tous les autres. On écoute avec beaucoup d’attention
l’histoire du voisin qui aurait pu être la nôtre, car ces histoires, souvent
intimes, parfois décousues, débordent toutes de profonde humanité dans ce
qu’elle a de plus tragique, de plus poignant ou de plus léger.
Les interventions des uns et des autres s’entrecroisent, tels ces fils de
trame et de chaîne du métier à tisser, jour après jour pour rapprocher les
stagiaires et contribuer à leur connaissance mutuelle et par conséquent à
relativiser la vérité que chacun de nous élabore en méconnaissance de l’autre,
dans un café, au travail ou calfeutré chez soi, savourant un plat chaud
assaisonné à l’outrance ou la légèreté de la télévision. Lorsque les
discussions sont provisoirement closes, lorsque les corrections sont achevées,
le moment de la pause s’impose à tous, «
la pause monsieur, c’est la pause ! » reprennent tels des éclaireurs les
moins attentifs ou les plus excédés par les exercices.
Et tous se lèvent comme un seul homme, en faisant geindre les chaises
dont les pieds métalliques sont dépourvus d’embouts protecteurs. Dans vingt
minutes, nous reprendrons nos travaux. Certains stagiaires se précipitent sur
le clavier de leur téléphone qu’ils activent, d’autres sur leur paquet de
cigarettes dont ils vont griller quelques-unes dans la pinède. Jamal l’Afghan
se propose à la préparation du café – c’est un exercice qu’affectionnent et
accomplissent à tour de rôle les amateurs du breuvage. J’aime le café au moment
du café. Qahwé, Kofe, Gaa-fae, Kafi… Noir arabica ou non peu importe
l’essentiel se trouve ailleurs.
Dans le sucre qu’on reçoit, dans la cuillère qu’on tend et dans l’échange
libre. Jamal est le dernier arrivé dans le groupe. Les autres stagiaires lui
posent beaucoup de questions auxquelles il répond avec retenue, mais sans en
esquiver aucune. Il parle de sa vie à Assadabad son village natal. Il parle en
faisant des efforts pour qu’on le comprenne. Il parle en anglais, en pachtoune,
en arabe, mais aussi en français dont il commença l’apprentissage à Nice, puis
à Toulon où il transita avant d’arriver ici. Jamal aime parler de son pays, de
son village, et par-dessus tout de son compatriote Jamal-Eddine El-Afghani, le
plus illustre des Afghans, né comme lui à Assadabad et ayant vécu quelque temps
en France. Avant Jamal, la semaine dernière, les mois et les ans derniers,
d’autres stagiaires racontèrent leur pays, leur famille, des pans entiers de
leur vie. D’eux j’apprends beaucoup. Ils m’apportent et m’apprennent autant que
ce que je leur enseigne.
À la reprise je leur propose de revenir sur un texte de Duras. Il faut
bien aérer… « Demain matin nous traiterons de la violence dans la
famille ». Reprenons Moderato, Page 9. Olga lève la main : « La dame s’étonna de tant
d’obstination. Sa colère fléchit et elle se désespéra de si peu compter aux
yeux de cet enfant… » La
malicieuse Olga continue avec un accent volontairement mielleux, mais
fortement et naturellement sourcé au fin fond de l’Oural, là-bas du côté de
Kazan : « quel mittiyai, quel mittiyai, quel mittiyai, gémit-elle. »
Et elle répète en riant : « Quel mittiyai, mais quel mittiyai,
mais quel mittiyai ! » appuyant par deux fois
sur la dernière syllabe. Et toute la classe de rire, car toute la classe lut –
eh oui, ma bonne dame, mon bon monsieur de la terrasse – toute la classe lut et
apprécié le roman duquel est extrait ce «
quel métier, mais quel métier ! » de l’incomparable et sublime Duras.
À la fin de chaque séance, je note toutes sortes d’informations
concernant le contenu et le déroulement du cours : les réactions des
apprenants, leurs difficultés individuelles, leurs préoccupations
éventuelles... Chaque jour. Pour avancer.
A. H.
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dimanche, mars 15, 2015
487_ Poésie- à la chapelle d'Entressen
Dans le cadre du 17° « Printemps national des
poètes », (14 au 21 mars) l’association « Entre ces mots » a
organisé cette après-midi dans la
chapelle d’Entressen, un concert Kamishibaï (Kamishibaï : pièce de théâtre
sur papier, l’artiste raconte une histoire à partir de textes illustrés qui
défilent)
Le texte a été lu par Muriel Pioggini (Entressen).
Au piano Eriko Renaud-Arima (de Cornillon).

Eriko Renaud-Arima
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![]() |
| Muriel Pioggini |

vendredi, mars 13, 2015
486_ Jean Ferrat - 5 ans
mercredi, mars 04, 2015
485_ Hommage à Senouci Bendjelida le troubadour
Pour Senouci Bendjelida
« Au commencement, disais-tu, il y eut le chaos
engendré par l’impensable big-bang. Et c’est au chaos moderne, descendant de
l’originel, que tu opposais le tien. La vie – ta vie – puisait dans cet univers
de désordre la force qu’elle lui renvoyait aussitôt, toujours le sourire aux
lèvres.
Alors tu comprendras cher ami l’acrobatie que je te
propose ci-après que j’ai voulu à ton image, kaléidoscopique.
Tu allais de Schopenhauer à Nietzsche, de Spinoza à
Deleuze et Gattari. « Nous souffrons disais-tu du vouloir. C’est de
lui, du vouloir, que naît la privation et le désir et donc notre malheur
d’homme ». Tu naviguais de la biologie à la linguistique et à la sociologie,
et de celle-ci aux Lettres française. D’Oran à Vincennes et de Vincennes à
Saint-Denis. De Noam Chomsky à Daniel Defert qui nous avait reçus, tu t’en
souviens, au bas du boulevard Saint-Michel...
| L'Antinéa à Oran. |
Nous allions, Tejdine, Bachir, Omar et d’autres (les
filles) chez Moumen au Pavillon 35 et au Ciné-club, la cinémathèque :
« Le péché suédois » (Bo Widerberg), « Il pleut toujours où
c’est mouillé » (Daniel Jean de Simon), propagande, propagande et cela
nous faisait rire jaune. Et « La vérité sur l’imaginaire passion d’un
inconnu » (Roger Hanoun). L’ami Moumen s’était levé brusquement,
brandissant une feuille et s’exclamant « Plus on avance et moins on
recule », puis « La Méditerranée a traversé la France comme la Seine
traverse Paris », puis n’a plus dit un mot. De Galilée, le théâtre, le CCF
à Dien Bien Phu, à Honolulu. De Kheïra Ezziraïa à Aïn Nehala, de la poésie
face aux mensonges, De Djamel Amrani à Leïla Boutaleb et « Le chant du
coq ». De la PJ de Sidi el Houari au Palais de justice pour « outrage
à magistrat ». Au diable la GSE !
Le Manifeste associé au H marocain nous faisait plier
de rire, mais moins que les Stals.
Ah oui, bien sûr, De la PM et D’Israël à Ba’alat et de
Canaan à Mohammed.
Nous allions de la guinguette, du Macumba sur la côte
ouest oranaise au Kiss-Club et au Golf-Drouot à Paris. Du café Najah au bar
Chez Larry.Tu nous embarquais du Raï-trab et de Saïm el Hadj à Sabah Essaghira.
Et Turkish Blend « tu vas, tu viens » « Take a walk on the wild
side » de Lou Reed, Soûl Makossa de Dibango. Des Student’s à Ness el
Ghiwan, de Jil Jilala au King assassiné à Marseille. Et Léo le grand, Léo Ferré
« avec le temps » Et Iron Butterfly « In a gadda da vida »
le crâne surdosé de shite. Nous voyagions de Abdelhalim Hafez à Farid et Om
Keltoum. Et les filles de la fac, les névrosées, « comme
nous ! » criais-tu…
Sur le tard, là-bas, à Paris, tu nous contais ton amie
de dix ans, Cheikha Remitti (8.05.1923 à 15.05.2006) : « Ya Rabbi el
aziz/ chhel nebghi el m’iz (censure) _ Wi ijini sidna âzrin/ Ghir beïta mâa
ezzine » te chuchotait- elle. « Une femme unique » qui aimait se
trémousser parmi les fidèles de la Merdja de Sidi Abed qui lui attribuèrent son
nom de guerre.
« On est venu ici (en France) comme des
orphelins, disais-tu, sans personne pour nous accueillir. Alors chacun a
souffert dans son coin. Les anciens ne nous ont pas laissé grand-chose,
préoccupés qu’ils étaient. C’est pourquoi nous sommes devenus des paranos,
toujours aux aguets. »
Et tu es parti. Sans crier gare. Brusquement. Mais
seul. Ciao mec. A bientôt.
Ahmed Hanifi
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_____________Autre hommage __________________
Par : Brahim Hadj-Slimane
Senouci Bendjelida, un ami de longue date, est
décédé à l'âge de 62 ans, dans la nuit du 19 au 20 janvier, à Paris où il vivait
depuis près de 35 ans. Originaire d'Oran (Algérie), c'était un poète
et intellectuel, en friche, atypique, plein de talent, irrévérencieux à
souhait. Et pourtant très peu connu parce que non obsédé par la reconnaissance
médiatique. Il estimait que ce n'était pas à lui de chercher les médias mais
l'inverse. Ce en quoi, il avait raison. 
Il était passionné par la philosophie et l'histoire. Dans les années 80, il fréquentait l’université de Vincennes- Saint Denis et ces dernières années, il assistait à des cours de philosophie à la Sorbonne, en auditeur libre. Parce que libre, il l’était; libre et libertin. Les derniers temps, il manifestait de la considération pour Alain Badiou, un des derniers penseurs français impertinents et éclaireurs. Il aimait Michel Foucault, un peu Felix Guattari, pas vraiment Jacques Derrida. Il avait horreur des intellectuels institutionnels, bureaucrates, pantouflards, qui cachent leur nullité derrière le statut social que leur confère diplôme. Il était resté un fils du peuple, un enfant de Saint-Antoine – Medina Djedida où il est né et a grandi. C’était le premier bachelier du quartier et les gens le saluaient fièrement comme une vedette, raconte-t-il. Il ne dévorait pas les livres (et ce n’était pas possible avec son mode de vie) mais lisait avec intelligence et avec intuition, en diagonale. Et puis, il s’en foutait de se tromper, je crois. Il avait raison. Il n’y a que les médiocres suffisants qui ont peur de se tromper parce qu’ils se croient détenteurs de vérités, en toutes circonstances. Senouci a toujours eu ses passions du moment, ne craignant pas la contradiction. «‘êchek mellel », comme on dit. Il y a des années de cela, il se trimbalait avec Le gai savoir de Nietzche. Mais alors, ça n’en finissait pas, ce livre le suivait partout, dans une poche jusqu’à finir en lambeaux. Puis il y a eu l’époque freudienne suivie de l’anti-freudienne. Et puis après, et puis après… Dans les années 80, nous écumions des bars du Marais, tenus par des juifs maghrébins qui connaissaient et aimaient Senouci. Au milieu d’eux, il y avait le bar de l’oranais Houari Malaga (où descendait Guerouabi). A l’époque, il se revendiquait de (s’identifiait à ?) Charles Boukovski. Quels moments !

Il était passionné par la philosophie et l'histoire. Dans les années 80, il fréquentait l’université de Vincennes- Saint Denis et ces dernières années, il assistait à des cours de philosophie à la Sorbonne, en auditeur libre. Parce que libre, il l’était; libre et libertin. Les derniers temps, il manifestait de la considération pour Alain Badiou, un des derniers penseurs français impertinents et éclaireurs. Il aimait Michel Foucault, un peu Felix Guattari, pas vraiment Jacques Derrida. Il avait horreur des intellectuels institutionnels, bureaucrates, pantouflards, qui cachent leur nullité derrière le statut social que leur confère diplôme. Il était resté un fils du peuple, un enfant de Saint-Antoine – Medina Djedida où il est né et a grandi. C’était le premier bachelier du quartier et les gens le saluaient fièrement comme une vedette, raconte-t-il. Il ne dévorait pas les livres (et ce n’était pas possible avec son mode de vie) mais lisait avec intelligence et avec intuition, en diagonale. Et puis, il s’en foutait de se tromper, je crois. Il avait raison. Il n’y a que les médiocres suffisants qui ont peur de se tromper parce qu’ils se croient détenteurs de vérités, en toutes circonstances. Senouci a toujours eu ses passions du moment, ne craignant pas la contradiction. «‘êchek mellel », comme on dit. Il y a des années de cela, il se trimbalait avec Le gai savoir de Nietzche. Mais alors, ça n’en finissait pas, ce livre le suivait partout, dans une poche jusqu’à finir en lambeaux. Puis il y a eu l’époque freudienne suivie de l’anti-freudienne. Et puis après, et puis après… Dans les années 80, nous écumions des bars du Marais, tenus par des juifs maghrébins qui connaissaient et aimaient Senouci. Au milieu d’eux, il y avait le bar de l’oranais Houari Malaga (où descendait Guerouabi). A l’époque, il se revendiquait de (s’identifiait à ?) Charles Boukovski. Quels moments !
Et puis un jour,
lassé par les faux-culs qui s’étaient mis à pérorer sur le Raï, ses origines et
patati et patata, pour épater les blancs, Senouci avait attaqué de
front Ibn Khaldoun (son étude sur les Berbères) et la poésie populaire maghrébine dont
il était devenu un des connaisseurs les plus fins. Pourquoi ? Parce que
c’était lui-même un poète, un passionné, un pamphlétaire, tout dans l’oralité,
Un barde des temps modernes, dans villes. Il fréquentait d’ailleurs celui qui a
révélée la poésie populaire, notamment avec son anthologie, au grand public :
feu Mohamed Belhalfaoui auprès de qui il s’était nourri : comme il le fera
plus tard auprès de Cheikha Rimiti. Il interprétait parfaitement certains
poèmes, en particulier Bekhta d’Abdelkader Khaldi, chantée
par Blaoui Houari puis Khaled. Il était percussionniste, à l’occasion, jusqu’à
devenir un professionnel intermittent de la derbouka Il lui arrivait de chanter dans les cabarets
et cafés-concerts. Pris par la nostalgie, durant ses séjours de plus en plus
fréquents à Oran, durant ses soirées au Mélomane, il y avait toujours un moment
où il prenait le micro pour interpréter Viens ma
brune de Salvatore Adamo. Certains, comme Boutledja Belkacem hier
au téléphone, le surnomment Senouci Adamo. Souvent, ailleurs, dans des troquets parisiens
il enchaînait avec Avec le
temps ou Il n'y a plus rien de Léo Ferré, en passant par
Ya del mersem, grand poème immortalisé,
entre autre, par Khaled. Au fil du temps, Senouci s’était constitué un
répertoire de reprises et il lui arrivait, à Paris, de donner un récital, dans
un bistro d’amis. Dans les années 80-90 Il
a été producteur-manager dans la musique Raï, par intermittence, s'occupant
notamment de Cheb Moumen et, à quelques occasions, de Cheb Mami.
Puis Cheikha Rimiti dont il était le confident, les
dernières années de la vie de cette grande dame. Quelques fois, Senouci
l'accompagnait à la derbouka. L’intermittence était un mode vie chez lui,
l’irrégularité, l’absence d’habitudes. C’était un errant qui déambulait avec sa
dégaine d’oranais des années 60-70, avec un air un peu fier, c’était vraiment cocasse
de le voir comme ça déambuler dans Paris, c’était incroyable, tellement il
vivait et marchait à une autre vitesse. Il était ailleurs, hors du temps… Il
n’avait jamais quitté le pays, son pays dont l’éloignement le faisait manifestement souffrir. Avant
qu’il ne se mette à y faire des séjours fréquents.
Il y a une quinzaine d’années, Senouci un certain Enzo,
premier producteur de Madona, qui était devenu un grand ami à lui et avec
lequel il avait mis en chantier des projets restés en jachère puis évanouis
après le décès d'Enzo. Un de leurs grands projets était celui d’emmener Cheikha
Rimiti aux USA. Les dernières fois où je lai vu, il n’arrêtait pas de me dire
qu’il voulait écrire la biographie de Cheikha Rimiti qui lui racontait
tout.
La dernière fois que j’ai vu Senouci, c’était début aout à
Paris. Il m’a emmené dans la minuscule chambre d’hôtel à Belleville qu’il
occupait. Il m’a dit : « en ce moment, je fais des répétitions
de danse oranaise pour la mettre à la mode. » J’ai cru qu’il avait pété un
plomb de plus. Il a mis une cassette de Blaoui et il s’est mis à danser sur
place, avec application et sérieux. Et lorsque j’ai vu ça, je l’ai cru. Il
avait sa part de génie et d’utopie.
Après le carnage à Charlie
Hebdo, j’ai pensé à lui. Je me disais que c’était un sale temps pour les
Maghrébins. Je me demandais comment il vivait ça. J’ai tenté de l’appeler jeudi
dernier. En fait, il n’était plus de ce monde.
.
.
Brahim Hadj-Slimane.
__________________________
cf ci-dessous le Post n° 484
mardi, mars 03, 2015
484_ Mon ami Senouci est parti
Mon ami El-Hadj m'apprend à l'instant le décès de notre cher ami commun Bendjelida Senouci, "La Snouss". Il est parti il y a quelques semaines, un soir de janvier.
Senouci ne vivait que pour l'art. Cela lui valut, hélas, bien des difficultés matérielles entre autres. Poète, chanteur, auteur, il connaissait par coeur le chi'ir bedoui, le raï trab père du raï. Et nous avons passé de très bons moments ensemble, bien que de tempérament différent.
Nous avions fait les 400 coups ensemble à l'époque où il était dangereux de s'aventurer dans les mots. Ils étaient comptés, surveillés. Cela nous obligea à prendre toutes les précautions, les détours et les voies difficiles, pour dire, même dans ce contexte de grande fermeture, alors que les libertés démocratiques minimales n'existaient pas. Un membre de notre groupe disposait d'un studio dans la cité Antinéa, derrière le marché Michelet à Oran, où nous osions nos rêves, que difficilement nous tentions de partager avec l'extérieur (ciné-club d'Oran, L'Université...) en rejetant les circuits officiels. C'étaient les années noires, les années de plomb, les années 70. Nous finîmes tous (tous le groupe, notre groupe, et d'autres) par quitter notre ville, notre pays. Puis nous nous sommes retrouvés à Paris, Senouci était un des initiateurs de France-Plus...
Plus tard des années plus tard, nouvelles retrouvailles chez Larry (angle square de Clignancourt et rue Joseph Dijon-près du Bd d'Ornano) que nous fréquentions, comme beaucoup d'oranais, puis de nouveau nous nous sommes éloignés, et encore retrouvés...
La dernière fois que j'ai croisé Snouci, c'était - dans des circonstances très particulières - dans les locaux de la LDH à Paris, rue Marcadet où je présentais mon ouvrage "La Folle d'Alger", le 13 février 2013. Il se trouvait en compagnie de Brahim Hadj-Slimane.
Je te salue Snouci. Allah yerhmek.
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Senouci Bendjelida_ Barbès Février 2009
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| Barbès_ Février 2009 |
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