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dimanche, décembre 16, 2012

349 - Aragon et moi

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1982. Décembre. Je venais de quitter l’Algérie, de nouveau, pour Clichy-sous-bois où s'était installée ma petite famille arrivée en éclaireur quelques mois plus tôt. Naïf, j’avais pensé qu’avec la disparition du Pharaon algérien en décembre 1978, la dictature allait s’écrouler sur elle-même. Je dus vite déchanter. Je suis revenu donc. Je n’avais pas tenu trois ans. En France le temps ne dérogeait pas à sa propre règle, au temps de décembre : glacial. Pluvieux. Orageux. Mauvais. C’était le prix à payer. La première semaine de novembre fut marquée par des tempêtes qui firent quinze morts dans le grand sud de la France. Il me fallait choisir : ou le soleil radieux, l’ennui à mourir et les chaînes aux pieds là-bas, ou le sale temps quasi permanent et des tonnes d’air frais ici, quoique. Déjà.



Programmé dix, quinze fois par jour, par la plupart des radios, libres ou non, It’s raining again inondait tous les foyers, Oh no, my love’s at an end. Oh no, it’s raining again. Too bad I’m losing a friend. Oh Oh ! Lalalalala, alala !...




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et les luttes finales nous emplissaient de joie. J’avais retrouvé de nombreux amis de fac et d’autres, tous unis pour une vie meilleure. 1981 n’avait pas encore, dans nos esprits bleus, ouatés, révélé toutes ses promesses. 1982 agonisait. Une nouvelle année frappait aux portes, exactement comme en ces jours de 2012. Quelques semaines auparavant, à partir d’Oran, j’avais contacté mes anciens employeurs, ceux des années universitaires : Etudiant le soir dans la bouillonnante et révolutionnaire Vincennes, facteur parallèle et infernal la journée à Vit’ Courses. Nous nous apprécions et avions gardé de bonnes relations. Alain L. et Martine B. m’accueillirent à bras grands ouverts. Dès que je suis arrivé ils me reprirent sur le champ.

Ultimes jours donc du dernier mois de l’an 1982. Ils étaient sombres. Pas radieux du tout. Le ciel était gris et bas. Très bas. Pas merveilleux du tout. Ce jour-là, en passant devant la place du Colonel Fabien – plié sur ma mobylette, la trentaine acquise, je traversais Paris du 16 au 20° à toute allure pour déposer à temps un pli attendu avec impatience –



Celle-là exactement



j’aperçus un immense drapeau rouge, frissonnant, qui semblait fendre l’immeuble du PCF qu’Oscar Niemeyer avait tant peiné à dresser. J’avais ralenti. Cet immense étendard et l’emblème national je les avais vus à la télévision. Quelques jours auparavant. Le 24 du mois. Les télés s’étaient donné rendez-vous : « Louis Aragon est mort », 

in l'Huma HS dec 2012

« L’intellectuel, poète et romancier engagé s’en est allé ». Le poète aimait à dire qu’il démissionnait chaque soir du Parti et qu’il y ré-adhérait chaque matin. C’est ce qu’il fit, jusqu’au dernier, depuis 55 ans, depuis Traité de style. Même s’il lui est arrivé de douter de lui.
in l'Huma HS 12.2012

Dès l’annonce de sa disparition, de nombreux militants du Parti mais pas seulement, des centaines, des milliers de personnes se sont déplacées jusqu’à la place du colonel Fabien, autour de la grande bulle blanche, faisant du coude devant le catafalque pour rendre un dernier hommage à cet incontournable géant, « ce génie de la création, cet artisan de l’avenir » clamait Georges Marchais dans son oraison. Mais celui-ci ne dira pas tout. Il y avait bien sûr des hommes politiques (le parti communiste n’était-il pas alors aux commandes du pays auprès des socialos ?), des communistes bien sûr, mais aussi de nombreux autres, d’autres bords, comme Jack Lang, Pierre Maurois, Jacques Attali, des artistes comme Juliette Gréco, Jean Ferrat, mais surtout des milliers d’anonymes. « Il ne faut pas amputer l’homme d’une des dimensions de son existence » avait dit dans son éloge, Pierre Maurois.

Aragon était parti, abandonnant sur le quai de la gare des milliers d’hommes et de femmes, le regard hagard, agitant des mouchoirs humides. L’après-midi du 24 décembre 1982, Aragon fut inhumé dans sa propriété de Saint Arnoult-en-Yvelines, au bord de la Rémarde, auprès d’Elsa Triolet dont il était fou, « dans la plus stricte intimité ».



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Le ciel sourdait.


Ce jour triste de décembre, ce devait être le 28 ou le 29, sur ma Motobécane bleue, à hauteur du bar Le Brasilia et de la grande bulle blanche, je ralentis et portai une main au front, comme on salue. Mais il me fallait poursuivre ma route. Il me fallait poursuivre ma route. Il me fallait délivrer mon courrier au plus vite contre "quatre bons" représentant quelques dizaines de francs correspondant au prix de la course. J'ai continué mon chemin, derrière moi la blancheur de la Bulle et la Bulle elle-même s'éloignaient. Je n'y suis jamais retourné, car "nous avons vu faire de grandes choses, mais 
in l'Huma HS dec 2012

il y en eut d'épouvantables." Et c'est cette dimension de l'homme que j'aimerais retenir et que je retiens, sa dimension artistique. Son humanisme. Le poète. Pas les zones troubles (red radical) de son idéologie.


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« Joue encore pour moi Slava la Sarabande Aux morts ainsi qu’un soir au bout d’un soir à Budapest Tu m’as joué je sais pour moi seul au fond de la foule caché Cette plainte à mon image dont est faite ma nuit

Nous irons sur la tombe où dort mon Immortelle Dort crois-moi seulement ma Belle au Bois dormant Tu reprendras ce chant que tu jouas sans elle Au loin près du Danube et qui la nuit dément Ta main caressera les nerfs du violoncelle Il saura me calmer tout bas en allemand Pareil au bas-voler par quoi les hirondelles Semblent parodier le parler des amants Pour annoncer la pluie

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Regarde mon ami notre grand lit de pierre Où je m’irai coucher par un jour merveilleux Près d’elle un lit profond où d’être deux Sera doux comme avant et viendra la lumière Lire d’un doigt de feu les mots prophétisés

Les doux mots bleus d’Elsa les mots inoubliables Quand côte à côte nous serons enfin des gisants Tu les entends ces mots ouvrir leurs primevères Pour notre messe à nous qui n’aura pas de fin Par toi qu’elle commence à la veille d’hiver Charriant ton coeur lourd toi jusqu’ici qui vins Assieds toi sur le banc et devant nous ensemble Pour toujours aujourd’hui sans plus attendre joue » (Chant pour Slava – 1970)

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A la mort d’Elsa, en juin 1970, Rostropovitch joua la Suite n°5 de Bach près de la tombe du Moulin de Villeneuve. Aragon publia peu de temps après, dans le n° 1365 des Lettres françaises "Chant pour Slava", Slava étant le diminutif du grand violoncelliste Msitslav Rostropovitch (mars 1927 – juin 2007). Ce poème a été republié en 1978 dans L’Humanité (25 mars 1978) en hommage à un Rostropovitch qui venait d’être déchu de sa nationalité par L. Brejnev.
(www.maison-triolet-aragon.com et www.louisaragon-elsatriolet.org)








Les yeux d’Elsa



Tes yeux sont si profonds qu'en me penchant pour boire
J'ai vu tous les soleils y venir se mirer
S'y jeter à mourir tous les désespérés
Tes yeux sont si profonds que j'y perds la mémoire
À l'ombre des oiseaux c'est l'océan troublé
Puis le beau temps soudain se lève et tes yeux changent
L'été taille la nue au tablier des anges
Le ciel n'est jamais bleu comme il l'est sur les blés
Les vents chassent en vain les chagrins de l'azur
Tes yeux plus clairs que lui lorsqu'une larme y luit
Tes yeux rendent jaloux le ciel d'après la pluie
Le verre n'est jamais si bleu qu'à sa brisure
Mère des Sept douleurs ô lumière mouillée
Sept glaives ont percé le prisme des couleurs
Le jour est plus poignant qui point entre les pleurs
L'iris troué de moire plus bleue d'être endeuillé
Tes yeux dans le malheur ouvrent la double brèche
Par où se reproduit le miracle des Rois
Lorsque le coeur battant, ils virent tous les trois
Le manteau de Marie accroché dans la crèche
Une bouche suffit au mois de mai des mots
Pour toutes les chansons et pour tous les hélas
Trop peu d'un firmament pour des millions d'astres
Il leur fallait tes yeux et leurs secrets gémeaux
L'enfant accaparé par les belles images
Écarquille les siens moins démesurément
Quand tu fais les grands yeux je ne sais si tu mens
On dirait que l'averse ouvre des fleurs sauvages
Cachent-ils des éclairs dans cette lavande ou
Des insectes défont leurs amours violentes
Je suis pris au filet des étoiles filantes
Comme un marin qui meurt en mer en plein mois d'août
J'ai retiré ce radium de la pechblende
Et j'ai brûlé mes doigts à ce feu défendu
Ô paradis cent fois retrouvé reperdu
Tes yeux sont mon Pérou ma Golconde mes Indes
Il advint qu'un beau soir l'univers se brisa
Sur des récifs que les naufrageurs enflammèrent
Moi je voyais briller au-dessus de la mer
Les yeux d'Elsa les yeux d'Elsa les yeux d'Elsa


(in : www.parolesmania.com)

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Le fou d’Elsa

.... Il y a des choses que je ne dis a Personne Alors
Elles ne font de mal à personne Mais
Le malheur c'est
Que moi
Le malheur le malheur c'est
Que moi ces choses je les sais

Il y a des choses qui me rongent La nuit
Par exemple des choses comme
Comment dire comment des choses comme des songes
Et le malheur c'est que ce ne sont pas du tout des songes

Il y a des choses qui me sont tout à fait
Mais tout à fait insupportables même si
Je n'en dis rien même si je n'en
Dis rien comprenez comprenez moi bien

Alors ça vous parfois ça vous étouffe
Regardez regardez moi bien
Regardez ma bouche
Qui s'ouvre et ferme et ne dit rien

Penser seulement d'autre chose
Songer à voix haute et de moi
Mots sortent de quoi je m'étonne
Qui ne font de mal à personne

Au lieu de quoi j'ai peur de moi
De cette chose en moi qui parle

Je sais bien qu'il ne le faut pas
Mais que voulez-vous que j'y fasse
Ma bouche s'ouvre et l'âme est là
Qui palpite oiseau sur ma lèvre

O tout ce que je ne dis pas
Ce que je ne dis à personne
Le malheur c'est que cela sonne
Et cogne obstinément en moi
Le malheur c'est que c'est en moi
Même si n'en sait rien personne
Non laissez moi non laissez moi
Parfois je me le dis parfois
Il vaut mieux parler que se taire

Et puis je sens se dessécher
Ces mots de moi dans ma salive
C'est là le malheur pas le mien
Le malheur qui nous est commun
Épouvantes des autres hommes
Et qui donc t'eut donné la main
Étant donné ce que nous sommes

Pour peu pour peu que tu l'aies dit
Cela qui ne peut prendre forme
Cela qui t'habite et prend forme
Tout au moins qui est sur le point
Qu'écrase ton poing
Et les gens Que voulez-vous dire
Tu te sens comme tu te sens
Bête en face des gens Qu'étais-je
Qu'étais-je à dire Ah oui peut-être
Qu'il fait beau qu'il va pleuvoir qu'il faut qu'on aille
Où donc Même cela c'est trop
Et je les garde dans les dents
Ces mots de peur qu'ils signifient

Ne me regardez pas dedans
Qu'il fait beau cela vous suffit
Je peux bien dire qu'il fait beau
Même s'il pleut sur mon visage
Croire au soleil quand tombe l'eau
Les mots dans moi meurent si fort
Qui si fortement me meurtrissent
Les mots que je ne forme pas
Est-ce leur mort en moi qui mord

Le malheur c'est savoir de quoi
Je ne parle pas à la fois
Et de quoi cependant je parle

C'est en nous qu'il nous faut nous taire

Louis Aragon (1963)

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Le fou d’Elsa


Le Fou d’Elsa est le dernier poème de taille importante - et le plus volumineux de tous - d’Aragon. Écrit en 1963, il fait suite aux poèmes Les Yeux et la mémoire (1954), Le Roman inachevé (1956), Elsa (1959) et Les Poètes (1960).

Le poème se propose comme le résultat monstrueux de l’imbrication de plusieurs projets distincts : celui de proposer, à la suite des grandes épopées du siècle précédent, un nouveau Diwan à la manière de Goethe ou une nouvelle Légende des siècles à la manière d’Hugo ; celui de réécrire, à rebours de l’Histoire officielle, celle des conquérants catholiques, la chronique des guerres de Grenade ; celui de fournir une réponse de poète à ce qu’on appelle, dans le présent de la rédaction de ce poème, les « événements » d’Algérie ; celui de montrer au monde occidental les origines orientales auxquelles sa littérature est redevable...

Ces divers projets se confrontent dans la Grenade de 1492, où vit un poète fou, un Medjnoûn, amoureux d’une femme qui n’existe que dans le futur, et qu’il rejoindra, dans un voyage à travers la folie et le miroir-temps, un voyage au cours duquel la Grenade de 1492 deviendra successivement celle de Jean de la Croix, de Chateaubriand, de l’assassinat de Federico Garcia Lorca... Mais bien avant ce voyage, cette Grenade assiégée de l’extérieur et minée de l’intérieur est déjà par bien des traits une métaphore du XXe siècle...

Avril 2005 par H. B. in www.louisaragon-elsatriolet.org

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in l'Huma HS dec 2012




Je me tiens sur le seuil de la vie et de la mort

La vie aura passé comme un grand château triste que tous les vents traversent
Les courants d'air claquent les portes et pourtant aucune chambre n'est fermée
Il s'y assied des inconnus pauvres et las qui sait pourquoi certains armés
Les herbes ont poussé dans les fossés si bien qu'on n'en peut plus baisser la herse

Quand j'étais jeune on me racontait que bientôt viendrait la victoire des anges
Ah comme j'y ai cru comme j'y ai cru puis voilà que je suis devenu vieux
Le temps des jeunes gens leur est une mèche toujours retombant dans les yeux
Et ce qu'il en reste aux vieillards est trop lourd et trop court que pour eux le vent change

(Refrain)



J'écrirai ces vers à bras grands ouverts qu'on sente mon coeur quatre fois y battre
Quitte à en mourir je dépasserai ma gorge et ma voix mon souffle et mon chant
Je suis le faucheur ivre de faucher qu'on voit dévaster sa vie et son champ
Et tout haletant du temps qu'il y perd qui bat et rebat sa faux comme plâtre

Je vois tout ce que vous avez devant vous de malheur de sang de lassitude
Vous n'aurez rien appris de nos illusions rien de nos faux pas compris
Nous ne vous aurons à rien servi vous devrez à votre tour payer le prix
Je vois se plier votre épaule A votre front je vois le pli des habitudes

Bien sûr bien sûr vous me direz que c'est toujours comme cela mais justement
Songez à tous ceux qui mirent leurs doigts vivants leurs mains de chair dans l'engrenage
Pour que cela change et songez à ceux qui ne discutaient même pas leur cage
Est-ce qu'on peut avoir le droit au désespoir le droit de s'arrêter un moment

(Refrain)


Songez qu'on n'arrête jamais de se battre et qu'avoir vaincu n'est trois fois rien
Et que tout est remis en cause du moment que l'homme de l'homme est comptable
Nous avons vu faire de grandes choses mais il y en eut d'épouvantables
Car il n'est pas toujours facile de savoir où est le mal où est le bien

Et vienne un jour quand vous aurez sur vous le soleil insensé de la victoire
Rappelez-vous que nous avons aussi connu cela que d'autres sont montés
Arracher le drapeau de la servitude à l'Acropole et qu'on les a jetés
Eux et leur gloire encore haletants dans la fosse commune de l'histoire

(Refrain)


Je ne dis pas cela pour démoraliser Il faut regarder le néant
En face pour savoir en triompher Le chant n'est pas moins beau quand il décline
Il faut savoir ailleurs l'entendre qui renaît comme l'écho dans les collines
Nous ne sommes pas seuls au monde à chanter et le drame est l'ensemble des chants

Le drame il faut savoir y tenir sa place et même qu'une voix se taise
Sachez-le toujours le choeur profond reprend la phrase interrompue
Du moment que jusqu'au bout de lui même Le chanteur a fait ce qu'il a pu
Qu'importe si chemin faisant vous allez m'abandonner comme une hypothèse

(Refrain).



(Chanté par Jean Ferrat)
 

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Il n'y a pas d'amour heureux 

Rien n'est jamais acquis à l'homme Ni sa force
Ni sa faiblesse ni son coeur Et quand il croit
Ouvrir ses bras son ombre est celle d'une croix
Et quand il croit serrer son bonheur il le broie
Sa vie est un étrange et douloureux divorce
 
          Il n'y a pas d'amour heureux

Sa vie Elle ressemble à ces soldats sans armes
Qu'on avait habillés pour un autre destin
A quoi peut leur servir de se lever matin
Eux qu'on retrouve au soir désoeuvrés incertains
Dites ces mots Ma vie Et retenez vos larmes
 

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          Il n'y a pas d'amour heureux

Mon bel amour mon cher amour ma déchirure
Je te porte dans moi comme un oiseau blessé
Et ceux-là sans savoir nous regardent passer
Répétant après moi les mots que j'ai tressés
Et qui pour tes grands yeux tout aussitôt moururent
 
          Il n'y a pas d'amour heureux

Le temps d'apprendre à vivre il est déjà trop tard
Que pleurent dans la nuit nos coeurs à l'unisson
Ce qu'il faut de malheur pour la moindre chanson
Ce qu'il faut de regrets pour payer un frisson
Ce qu'il faut de sanglots pour un air de guitare
 
          Il n'y a pas d'amour heureux

Il n'y a pas d'amour qui ne soit à douleur
Il n'y a pas d'amour dont on ne soit meurtri
Il n'y a pas d'amour dont on ne soit flétri
Et pas plus que de toi l'amour de la patrie
Il n'y a pas d'amour qui ne vive de pleurs
 
          Il n'y a pas d'amour heureux
          Mais c'est notre amour à tous les deux

Louis Aragon (La Diane Francaise, Seghers 1946)

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Je chante pour passer le temps







Je chante pour passer le temps
Petit qu'il me reste de vivre
Comme on dessine sur le givre
Comme on se fait le coeur content
A lancer cailloux sur l'étang
Je chante pour passer le temps


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J'ai vécu le jour des merveilles
Vous et moi souvenez-vous-en
Et j'ai franchi le mur des ans
Des miracles plein les oreilles
Notre univers n'est plus pareil
J'ai vécu le jour des merveilles

Allons que ces doigts se dénouent
Comme le front d'avec la gloire
Nos yeux furent premiers à voir
Les nuages plus bas que nous
Et l'alouette à nos genoux
Allons que ces doigts se dénouent

Nous avons fait des clairs de lune
Pour nos palais et nos statues
Qu'importe à présent qu'on nous tue
Les nuits tomberont une à une
La Chine s'est mise en Commune
Nous avons fait des clairs de lune

Et j'en dirais et j'en dirais
Tant fut cette vie aventure
Où l'homme a pris grandeur nature
Sa voix par-dessus les forêts
Les monts les mers et les secrets
Et j'en dirais et j'en dirais

Oui pour passer le temps je chante
Au violon s'use l'archet
La pierre au jeu des ricochets
Et que mon amour est touchante
Près de moi dans l'ombre penchante
Oui pour passer le temps je chante

Je chante pour passer le temps
Oui pour passer le temps je chante
Paroles: Louis Aragon. Musique: Léo Ferré   1961  "Les chansons d'Aragon chantées par Léo Ferré" © Barclay
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Ci-devant extraits du HORS SERIE de L'HUMANITE - DECEMBRE 2012















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