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dimanche, août 21, 2016

542_ De Vilnius à San Rémo (et fin)




Nous quittons Vilnius le soir sous la pluie. Direction Varsovie.



Varsovie est en constant développement. Notre dernière visite date de 2004. Depuis, elle s’est métamorphosée. A Varsovie un jeune contrôleur de bus nous oriente et accompagne jusqu’à la vieille ville tout en nous détaillant son métier, sa ville… Il a été surpris et admiratif lorsque je lui ai dit, qu’à son âge (22 ans m’a-t-il dit) j’étais ici-même à Varsovie. 

Dans le cadre d’un chantier international de jeunes volontaires, je participais (maçon) à la construction d’un hôpital pour enfants Pomnik-Szpital Centrum Zdrowia

Dziecka.

En ces jours d’Assomption, Czestochowa se transforme en capitale de l’Eglise. Des milliers de pèlerins affluent de toutes parts. Ce sont des jeunes et des moins jeunes, coiffés de casquettes ou de vêtements, de telle ou telle couleur, selon le choix du groupe et tous portent la même couleur.

Ils chantent, entraînés par leurs leaders. Nous nous joignons à la foule et nous montons jusqu’au pied du monastère Jasna Gora. Et les trois cents marches métalliques qui mènent au Golgotha du monastère (en 1975 elles étaient en bois)

Cracovie semble bien loin des ferveurs de Czestochowa et la foule nombreuse est plus préoccupée par le match de football de 18 heures. Des dizaines de cars de police stationnent le long du grand boulevard Reymonta. Mais une autre foule déambule dans le cœur de Cracovie, à la recherche de quelque souvenir ou fraîcheur.

Sur la route menant en Slovaquie, nous nous arrêtons dans le village Spytkowice qui héberge une magnifique église tout de bois, du 18 °s.

En ce 15 août les fidèles sont nombreux et jusque dans le parc qui entoure l’église.

Senec et Bratislava, la capitale, ont gardé à travers certains de leurs immeubles, avenues… le regard des gens, leur gentillesse comme un parfum de nostalgie de l’ancienne époque où l’on chérissait l’étranger portant les bonnes nouvelles du monde. Une dame qui répondait à nos questions sur les transports, nous remet gracieusement les tickets en refusant d’être payée. Dans la minute qui suit, à l’intérieur du tram, une élégante dame, la cinquantaine, assise en face de nous, nous dit : « Cela fait du bien d’entendre parler français ». Dans une langue parfaite elle nous parle de sa ville, de ses monuments importants, de l’évolution de son pays… Son arrêt de descente est le nôtre. Nous continuons quelques dizaines de mètres ensemble durant lesquels elle évoque les facultés de Lettres, de Droit, de Médecine… Elle évoque aussi le bâtiment du gouvernement pendant la guerre, celui de la Police… Cette dame fut certainement enseignante. Nous regrettons de ne pas lui avoir posé la question.
Nous nous arrêtons un peu plus devant l'imposante statue du dramaturge national Pavol  Hviezdoslav (1849_1921)


L'Eglise bleue- Bratislava



Vienne, voilà une autre belle ville. Elle exige de vous de marcher longtemps si vous voulez en connaître le cœur. A deux pas de la grande synagogue, au King Bar, nous prenons un verre. Les rues étroites avoisinantes sont remplies de touristes. Les quais du Danube se sont transformés en une sorte de mimétique « Vienne plage », sans la superbe des quais de la Seine parisienne.



Le cœur de Ljubljana est lui aussi traversé par des eaux. La « Ljubljanica », est certes une rivière modeste, mais l’atmosphère tout autour est chaleureuse. Elle nous renvoie aux villes méditerranéennes, mais aussi à… Helsinki ! Des tables sont mises où des spécialités marines sont proposées (et cela nous renvoie aux fameuses ‘‘ Sardinades’’ de Port de Bouc). A nos côtés un couple, dans les eaux de la soixantaine, nous raconte ses voyages en France, au Canada, USA… Mais il tient à préciser « nous aimons beaucoup Ljubljana ». L’homme nous parle de son ancien métier (il est retraité), ingénieur… et moi de mes écrits « vous êtes écrivain ? »

San Rémo ne changera jamais. Toujours aussi vivace et rieuse. Ses rues sont très fleuries et les garçons de café aussi souriants que disponibles, à tout le moins, autant qu’ils l’espèrent de vous (ou de vos poches).




Un tour aussi le long de la jetée (petit port de pêche) où des pêcheurs amateurs se languissent de sardines, de pays lointains ou de rêves. Et nous du soleil de la Provence et des Provençaux.

mardi, août 16, 2016

541_ De Helsinki à Vilnius



Que dire de la capitale finlandaise sinon qu’elle est très étalée, très verdoyante, ouverte, jeune… heureuse d’être et de partager. L’ambiance est méditerranéenne. On profite au maximum du beau temps. Le Putte’s- Bar ne désemplit pas (attention, il n’est pas ce que vous croyez). La soirée festive ne finit plus de durer. Le dimanche 7, au marché du port, et à l’autre, couvert celui-là, les marchands offrent - gracieusement parfois - leurs produits, locaux notamment, à qui veut bien s’approcher. Du jardin de l’Observatoire, derrière la splendide statue des rescapés d'un naufrage (Rob Stigell _ 1897) la vue sur le port est entière. Les paquebots à destination de Stockholm, Rostock, Travemunde… font du pied aux vacanciers et aux rêveurs. La traversée pour Tallin (Estonie) ne dura pas plus de deux heures et demie. Gardons de Tallin le souvenir de la ville ancienne au cœur de la nouvelle, et au sein même de la vieille ville, les belles et grandes pierres tombales ou « Tombstones » de l’église Ste Catherine d’Alexandrie, mais aussi la grande place centrale, autour de laquelle tout gravite.
A la frontière Estonie- Lettonie, pas un douanier, ni d’un côté ni de l’autre. Les bâtisses des anciennes frontières sont devenues des restaurants, des parkings…
Riga est restée russe par ses grandes avenues, buildings, églises,et ses grandes statues dont celle du poète Rainis (Janis Plieksans – 1865-1929), mais pas que. D’ailleurs une partie de la population de la Lettonie est russophone (et phile). La ville est en plein travaux (toutes sortes de réfections…) Les routes lettonnes ressemblent aux polonaises avec leurs « Koleiny » (des sillons en pleine route, provoqués peut-être par la qualité des matériaux utilisés). Comme pour la précédente frontière, de celle séparant la Lettonie de la Lituanie il ne reste plus que les bâtiments, plutôt à l’abandon.
Vilnius est aussi une grande et belle ville.
Les Lituaniens ont ouvert un musée dédié aux victimes à la fois des crimes nazis et staliniens (et soviétiques de manière générale). Le bâtiment était durant l’ère soviétique occupé par les institutions répressives : NKVD, NKGB, MGB, KGB. La structure fut également occupée par la Gestapo de 1941 à 1944. Ici-même furent planifiés les génocides des populations. Sur le grillage qui se trouve devant le building, des enfants ont produit des dessins en hommage aux victimes des Nazis et des Soviétiques.
Malgré ce terrible passé, la joie et la bonne humeur sont partagées par beaucoup.
 
Comme pour les précédents pays, il y a à Vilnius de très nombreuses églises orthodoxes. Mais sur les plus de cent synagogues que contenait la ville, il n’en reste qu’une seule, « Choraline Sinagoga »  bâtie en 1903.

Que l’on soit en Estonie, en Lettonie ou en Lituanie, dans les trois pays baltes de très nombreux chauffeurs sont des chauffards. Une véritable plaie : franchissements allègres des lignes continues, dépassements excessifs des limitations de vitesse, téléphone bien évidemment collé à l'oreille… la médaille revenant aux Lituaniens, des fous ! (mais de grâce je ne souhaite pas généraliser).

















samedi, août 06, 2016

540_ CAP-NORD _ HELSINKI

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Samedi 6 août 2016. Nous avons quitté le Cap Nord samedi dernier, le 30 juillet. Le temps était nordique avec un brouillard à couper une motte de beurre glacée. Des strasbourgeoises qui montaient vers le Cap nous ont dit que la Finlande « vous allez voir, c’est complètement différent de la Norvège ». Peu à peu les fjords disparaissent et la végétation reprend de plus belle.




Dans la ville de Karasjok, nous visitons le parlement Sami. Belle bâtisse mêlant tradition et modernité. Nous traversons la frontière après avoir marqué le stop comme l’indique la plaque, mais il n’y a personne. Sur des dizaines de kilomètres la route est comme tracée au cordeau. Elle monte puis elle descend, mais toujours droite, sauf évidemment au moment où je porte ces lignes au brouillon, comme pour me contrarier. Elle entame un léger virage puis reprend toute belle, toujours droite, plongeante, traversant de magnifiques rivières et parcs naturels… Plus loin, impressions de désert.

Hormis quelques villages vite traversés (ils sont souvent en retrait de la route), ce sont des immensités de forêts, de sapins et de bouleaux. Pendant des heures et des heures la pluie nous a accompagnés, cessant à l’entrée d’Ivalo. Le temps reste couvert durant une respiration puis la pluie a repris derechef jusqu’à Sondankyla. Il faut compter 60 minutes de plus pour l’heure locale. Les aires de repos sont inexistantes. Ce sont des parkings où on trouve parfois des tipis de souvenirs avec tables…




Après un arrêt dans le village appelé « Saarenkyla » ou « village du Père Noël » nous ne retenons que la ligne marquant le cercle polaire.

Un panneau de signalisation nous prévient « radar ». Ce même panneau est présenté plusieurs fois avant de voir enfin le dit radar. Entre la première signalisation et le radar, il aura fallut dix kilomètres.

Entre Tornio la finlandaise et Haparanda la suédoise il n’y a qu’une rivière qui les sépare. Pas de frontière et l’on rentre dans l’une ou l’autre indistinctement comme à travers une passoire.




A Oulu nous avons aimé la place du marché et son gros bonhomme statufié qui représente un ancien placier, le « Toripolliisi » (le policier de la place). Partout des gamins, tablette ou portable à la main pianotent (internet). Le Wifi est (quasiment) partout et free.
Cathédrale Helsinki



A Kuopio nous entrons dans la belle cathédrale orthodoxe. A Jyvaskyla, un parking est entièrement parsemé de prises électriques (une par emplacement) et cela nous renvoie au grand nord canadien (Yellowknife) où nous avions découvert ce système. Il permet aux véhicules de démarrer plus facilement lors des grands froids. Nous sommes arrivés hier vendredi 5 à Helsinki.  

mardi, août 02, 2016

539_ Vers le Cap Nord


001_ Jeudi 7 juillet : Des moules frites aux sardinades de Port de Bouc et en route vers le Nord avec une bifurcation dans un village des Vosges, une nuit. Et Paris, le monde du surplus, du bruit, de la sur dimension. Vite un coin loin de cette folie. TV, match suivi d’un grand silence contrastant avec l’agitation des derniers jours et surtout des dernières heures. 23 heures. Quelques klaxons et hourras très certainement portugais.


002_ Mardi 12 juillet. Le lendemain de la finale de football, la France se réveillait la tête ratatouillée. Le ciel est gros de nuages monstrueux. Vite le nord… Hirson et voilà la frite belge qui se pointe. Chaude et croustillante. Défilent Charleroi, Namur… Nuit dans la très colorée Aachen. Une voiture file à toute allure. A notre niveau, le chauffeur klaxonne longuement, puis exhibe un drapeau portugais. Jusqu’en Allemagne ! arrivent Cologne, Dortmund. L’autoroute est saturée de camions et de semi-remorques.  Et voici Paterborn et le Mac Do pour le Wifi. Le temps est bon, avec pas mal de nuages.


003_ Mercredi 13 juillet.
Sur la route de nombreuses éoliennes élégantes comme des Tour Eiffel, mais sans prestige, brassent du vent comme leur nom les y oblige.
Forêts immenses de part et d’autres de l’autoroute, elle-même surchargée. Par endroit l’autoroute est complètement vierge de panneau. Rien. Et par moments ce sont des forêts de tableaux d’informations telles des plages entières de publicités télévisées. Rouler à 120 est d’une banalité. Certains conducteurs osent allègrement les 170-200. C’est que nous sommes en Allemagne, pays de Schumacher. Hambourg – la ville de « naissance » des Beatles qui y jouèrent en 1960 – nous accueille sans musique, mais avec une pluie fine qui joue avec le soleil. Il fait un tantinet frisquet. Nulle trace ici de Yacine ni de Hans ou de Nedjma. Eux qui aimèrent tant cette terre du froid, (mégapole de près de deux millions d’habitants, un parmi les 16 Landers) où le port à lui seul vaut trois grandes villes. Hambourg, au confluent de trois fleuves, fait sept fois Paris, sans tapage ni trompète. Tiens, le soleil s’impose en cette fin de mercredi, jusqu’à la porte de l’Irish Paddy’s.





vendredi 15 juillet 17h50 _ Ersbjerg








005_ Dimanche 17 juillet.

Ah Kolding, magnifique petite ville à la croisée des chemins, entre Copenhague à l’est sur la E20 ou bien Hirsthal vers le nord extrême du Danemark. Que faire après le château (une exposition Fabergé a lieu en ce moment) ? Va pour le nord. La touristique Sondervig où se retrouvent beaucoup de Danois, Allemands…
« La route Marguerite » est une sorte de départementale qui longe à la fois la Mer du Nord et le Fjord Nissum. On y roule zen entre 70 et 80 maximum. Pas d’excitation, cool. Ce sont des kilomètres de pâturages. Vaches, veaux, chevaux et poulains se côtoient à la bonne franquette. Des fermes qui nous renvoient aux contes d’Andersen ou des frères Grimm (Hans et Gretel). Particularité ici, le week-end, dès le samedi à 14 heures, c’est ville morte. Il y a intérêt à ne pas oublier la baguette ou le sel. Non, à vrai dire et au contraire, seuls les magasins d’alimentation sont ouverts. Par endroits entre Osterild et Oslos, entre les fjords une grande ressemblance avec la Camargue. Manquent le riz et les manadiers… et voici Hirsthal et son port, au bout du bout. Le phare est le premier à accueillir le visiteur. Au bord de la Mer du Nord, plusieurs bunkers de la Seconde guerre lui font face comme s’ils attendaient non plus un assaillant quelconque, mais un artiste qui viendrait les sauver de leur noirceur. Il est près de 20 heures et le soleil, bien que caché derrière de gros nuages, est encore haut.








006_ Mercredi 20 juillet.
A l’extrême nord du pays se trouve une jolie petite bourgade au nom de Skagen. La foule est celle des grands jours, « ce jour est peut-être un jour férié nous sommes-nous demandé », peut-être. C’était lundi. Les cafés, pubs, restaurants sont combles. Ce qui est sûr c’est qu’il est un jour de marché. Vêtements, légumes, brocante se côtoient sur les étals entre glaces et jeux pour les enfants. Il faut que vous sachiez qu’ici (‘‘Ici’’ c’est à dire dans cette ville, mais en Scandinavie en général) les enfants sont rois, autant (sinon beaucoup plus) que le sont dans nos pays du Sud nos chwabniya (chibani). Les enfants font absolument tout ce que bon leur semble sans que quiconque ne dise quoi que ce soit. Donnez une fessée à un gamin turbulent et vous risquez la geôle… Yakhi bled yakhi… A mon âge je préfère notre Sud.
Puis vint le Fjord-Bergen, immense paquebot qui engloutit plusieurs centaines de véhicules de tous gabarits et de tous pays (trois immenses garages complets !) Notre attente est à la mesure de notre attente, j’entends que notre patience (trois heures d’attente avant embarquement) fut récompensée par les paysages dont je cherche encore à caractériser la beauté, en vain. Inouïs est le premier terme qui me vient, grandioses est le deuxième. Seize heures et une bouteille à la mer, comme dans le bon vieux temps... Et Bergen nous ouvre les bras, mardi bien entamé. Nous devons reconnaître que le temps n’est pas idéal. Je dirais même plus, nous sommes accueillis par une véritable purée de pois, 16°-18° degrés lourdement mouillés. Une pluie fine, continue, comme celle qui arrose la ville de Londres et ses environs. Fine, pénétrante, agaçante. Ni douanes, ni PAF, juste un sourire « have you something to déclare ? » et le monde de basculer. Et je souffre à l’idée de ce que nous endurons lorsque nous retournons dans nos chères contrées en Algérie (les regards, les sous-entendus, les fouilles, les impolitesses, les, les, les…. des pafistes, des douaniers et de tous les merdeux en Algérie qui pensent soulever le monde avec leur abyssales médiocrité, leur abyssale vulgarité.) « Have you something to déclare ? » et le douanier nous montre les produits soumis à taxes. Puis d’un geste avenant il nous signale que le pays – la Norvège – est à nous. Un sourire (vrai, gratuit) et des mots de bienveillance. Et vous vous sentez chez vous. Vous roulez à trente ou à soixante, vous cédez le passage, vous êtes chez vous. Mais il y a la pluie que nous ne maîtrisons pas aussi bien que les Norvégiens qui s’y promènent ou y vaquent naturellement.
Ce matin Bergen est à la fête. Comme par enchantement, un splendide soleil a succédé à la purée d’hier. Quelques nuages perdus… Partout des sourires, partout la bonne humeur, partout, l’insouciance… Tiens, un paquebot signale son départ. Est-ce le Urtigriten, qui s’en va rejoindre Tromso, Bodo, Narvik et les Lofoten ? C’est le Mein Schiff (photo). Vers quelle destinée se dirige-t-il ?





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007_ Vendredi 22 juillet.
D° Vangsmes Ferry pour traverser le fjord Sognefjord, le plus long et plus profond des fjords d’Europe. Vingt minutes de traversée pour une trentaine de véhicules pour l’essentiel immatriculés en Norvège, en Allemagne et en Finlande. Et Beaucoup de motards.
Nous prenons la direction du nord. Les courbes que forme la route tout au long du parcours jusqu’à Voss sont innombrables. Elles épousent les méandres du Sondjforgon. La vitesse limitée à 70 ou 60 est scrupuleusement respectée. Par endroits nous sommes un peu étonnés de la physionomie de certains villages, de leurs espaces, jardins… tant ils ressemblent à des contrées suisses, trop carrés, « trop propres » dirait Fellag. On s’y méprendrait. De Skolden à Lom, ce sont de hautes montagnes où dominent lacs, cascades, névés roches et cairns. A quelques centaines de kilomètres au nord de Bergen, apparaît comme dans un conte d’Ibsen (ou comme dans Zero Kelvin, un des chefs-d’œuvre cinématographiques norvégiens), un paysage aux contours encore plus féeriques que tout ce qui a précédé. Le lieu est connu comme le Turtagro. Une cuvette entourée de hautes montagnes aux cimes enneigées. Nous sommes au cœur du Jotunheimen Nasjonalpark. L’hôtel qui porte le nom du parc est archicomble et les bavardages se font murmures. Les hommes et les femmes ont dans les yeux comme une goutte limpide tombée du ciel bleu, clair, et des épis de blé posés sur la tête. Tout autour des marcheurs, mais aussi des bergers qu’on devine plus qu’on ne voit. Par contre leurs troupeaux de gras moutons et de vaches broutent et paissent en toutes liberté. Le soir venu le silence de la nature s’impose à celui des hommes. A 23 heures, seule la luminosité du jour résiste encore quelques moments. Comme dans le grand nord canadien, dans une grande région, dès la ville de Dombas, au-delà du 62° parallèle, la végétation est complètement différente avec une toundra aux arbustes plus pauvres, qui ont du mal à se déployer (problème lié très probablement au gel causé par le permafrost).
De temps à autre, le long de la route, des photos bicolores de un mètre sur deux sont placardées sur des panneaux appropriés comme pour rappeler les automobilistes à la vigilance. On en a dénombré trois types : Le premier représente le visage d’une adolescente. Il est scindé en deux parties, celle de droite est défigurée, conséquences d’un accident ? (Over Farstgrevnsen ?) ; le deuxième, un cycliste que frôle un automobiliste indélicat (Delveien) et le troisième représente un enfant enlaçant son père (Husk bilkelte) comme pour lui dire : « reviens-nous vivant ce soir, mets ta ceinture ». Et la route continue, avec toute la vigilance nécessaire, tous les sens, et les autres, aux aguets.  
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008_ Dimanche 24 juillet.
Direction Trondheim. Temps couvert. Les nuages s’accrochent aux sommets des montagnes. De temps en temps le soleil arrive à les percer. On ne peut rentrer dans Trondheim ni en sortir, sans passer par l’auto-pass. Mais qu’est-ce que l’auto-pass ? Il s’agit d’un péage en douceur ou en catimini, à vous de choisir : l’immatriculation du véhicule arrivé à hauteur d’un endroit précis muni d’une caméra, est enregistrée. Vous ne faites rien sinon de poursuivre la route. Vous rentrez chez vous et attendez que la douloureuse vous soit présentée par le facteur. Le prix dépend du gabarit du véhicule. Exemple : 11 Krn pour un véhicule de tourisme (ou 33 Krn pour un camion).
Trondheim est jolie avec son petit port et sa grande cathédrale.
En direction de Mosjean nous tombons sur l’indication d’un village nommé « Bya » et cela nous renvoie à notre chère Aïn el Bya, à l’est d’Oran. A Namsskogen (c’est avant Mosjean, peu avant le 65° parallèle) nous avons pris de nombreuses photos à partir d’un même endroit pendant de plusieurs minutes. Étrange impression. Le soleil qui déclinait normalement sembla, à un moment précis qui n’a duré qu’une à deux minutes, reprendre de la hauteur, avant de continuer sa chute. Étrange, vous avez dit étrange…

Beaucoup de maisons forment des bourgs, mais pas une seule petite ou moyenne ville à des dizaines de kilomètres à la ronde. Sont-ce là des maisons secondaires ou principales ? Si les personnes y résident en permanence, où travaillent-elles et comment s’approvisionnent-elles ? Partout c’est tellement propre que lorsqu’on tombe sur une canette par terre, on a envie de la photographier ou de la filmer avant de lui trouver une sympathique poubelle d’accueil. Il y a de très nombreux tunnels. Ils sont étroits et souvent mal éclairés. Ils stressent et angoissent et on se dit « pourvu que l’on n’y tombe pas en panne », surtout lorsque derrière vous vous savez qu’on s’impatiente de votre lenteur.
A l’approche du cercle polaire la végétation est fragilisée. Le paysage devient rocailleux, avec du lichen... Voilà l’entrée dans le cercle polaire arctique ! Elle est symbolisée par un monument sur lequel trône la sphère de notre monde. Non loin, un autre monument a été érigé à la mémoire des Russes et Yougoslaves qui ont, forcés par les Nazis, construit la ligne de chemin de fer qui passe par le cercle arctique. Autrement il n’y a rien d’intéressant. Il y a tant de voitures et de camping-cars qu’on se croirait dans un gigantesque camping.
Ce que nous avions échoué il y a quelques années au Canada (Inuvik), nous le réussissons cette fois-ci : atteindre le cercle polaire arctique, 66°33’ !
Et voilà Bodo. Charmante petite ville avec le port comme centre ville. Nous nous installons au En Kopp. Quelques livres sont mis à disposition du public. J'en ouvre un... Il est de Henri Troyat: Amélie... En norvégien bien sûr. En finissant ces lignes – en plein jour – nous nous apercevons qu’il est… plus de 23 heures !
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 (Je demande aux lecteurs – y compris ceux qui n’émettent aucun avis, aucun like, aucun commentaire… un peu d’indulgence. Ces textes sont écrits au pied levé et par conséquent sont par endroit peu construits, peut-être maladroits, mais bon…)
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 009_ Mercredi 27 juillet.

Nous quittons Bodo en direction de Narvik. Nous avons à emprunter de nombreux tunnels, parfois payants, mais toujours peu éclairés et étroits. Plusieurs panneaux nous informent sur la vitesse à ne pas dépasser, sur la présence des animaux (élans plus que rennes), sur les distances entre les villes. Mais jamais de publicité commerciale. Sur les bords des routes nous croisons souvent des marcheurs. Ailleurs ce sont  des randonneurs et même des sportifs s’entrainant sur patins à roulettes au ski nordique. Souvent, dès qu’arrive midi trente ou seize heures trente, durant une heure à deux heures, la circulation ralentit, diminue puis disparaît quasiment. Les automobilistes s’arrêtent pour se restaurer.  Sur les rives des fjords, il y a beaucoup de cabanons de pêcheurs, le plus souvent peints en rouge, rouge foncé ou rouge bordeaux. A Bognes la route s’arrête, et notre GPS perd la boule, « vous êtes sous les eaux, faîtes demi-tour avec prudence ! » Il n’a rien compris. Nous prenons le ferry. Traversée du Vestfjorden, de Bognes à Skarberget, pendant une vingtaine de minutes.
Trois heures plus tard, la mythique ville de tous nos errements, de tous nos phantasmes soixante-dix, Narvik, nous ouvre les bras. Ah Narvik… tu nous accueilles dans ta légendaire simplicité. Ah Narvik, souviens-toi, tu forgeais mes phantasmes de jeune adulte, tu les enserrais, rappelle-toi, c’était 72, « l’Amérique n’est pas loin me chuchotais-tu » souviens-toi, c’était… Et tu n’as pas changée… Au Kafferiet l’accueil est très sympathique… Dans la fureur de mes années scandinaves, c’était ou la Norvège, ou l’île de Gotland, ou Kobenhavn, ou le retour au pays emporté par le cafard. Pays que je venais de quitter trois mois auparavant « définitivement » avais-je juré. Le cafard l’emporta et ce fut le retour à la prison. Au Bled. Mais, me diriez-vous, tout cela est de l’histoire ancienne, et vous aurez raison.
A mi-route, entre Narvik et Tromso, sur une aire de repos, des Samis vendent, sous leurs immenses tipis chauffés au feu de bois, des babioles de supermarché et de véritables produits de leur terroir.
Tromso (70.000 habitants) est baignée par un beau soleil. Nous empruntons le splendide pont (un kilomètre) reliant la grande cathédrale arctique au port. Nous sommes à la lisière du 70° parallèle.
Lorsqu’en 2011 nous nous préparions à aller dans le grand nord canadien, nous avions appris alors que la mosquée d’Inuvik (les TNO) était la plus au nord des mosquées du monde puisque le projet de celle de Tromso avait avorté quelques mois auparavant. Aujourd’hui nous souhaitons nous informer sur la présence ou non d’une mosquée à Tromso. Nous avons pris le pari d’interroger une femme voilée qui – s’il y en a une –  nous renseignerait. Et voilà que passe une jeune femme voilée, poussant un landau dans lequel dormait un nourrisson. A notre question elle a répondu « bien sûr, il y en a même deux ». La première mosquée est un espace de prière plus qu’une mosquée, dénommé « Masjid El-Rahma ». Il est celui des Somaliens. La seconde, la mosquée « El-Nor », est plus importante. Elle est celle de tous les musulmans des environs (un millier). Elle se trouve sur la Storgata, à quelques dizaines de mètres de la précédente.  La jeune femme nous a invités au repas que son mari et elle, offraient à la mosquée, à l’occasion de la naissance de leur enfant, Benyamine. Nous ne pouvions refuser.
Nous étions une quarantaine de personnes dont une quinzaine de femmes. La mosquée apprenons-nous existe depuis une dizaine d’années. La mosquée Al-Nor est donc la mosquée la plus septentrionale au monde, détrônant celle des Inuits (à Inuvik, TNO, Canada).
Nous passons la nuit au nord de la ville. Le soleil et les nuages nous ont offerts un splendide spectacle estival digne des contrées du nord : par la magie de la lumière, l’obscurité a entièrement fait défaut. Autrement dit, il a fait jour toute la nuit (quasiment). C’est absolument féérique et perturbant. (voyez les photos). Bien que voilé par les nuages, le soleil était manifestement présent. Certes, la luminosité a diminué un temps, peut-être une heure ou une heure trente. Mais à trois heures le nouveau jour était levé. Ce matin nous disons au-revoir à Tromso, « la Parisienne du Nord ».  Presque pas de circulation.
De l’autre côté de la rive du fjord Kalfjorden et Lyngen, peu avant la ville de Lyngseldte, une splendide vue d’un glacier augmentée par les reflets du soleil sur la glace, nous est offerte gracieusement. Des villages s’étirent le long de la route, sans centre-ville, avec une limitation de vitesse à 60 km/h. La traversée des villages est très longue, n’en finit plus. Sur la route, avant Burfjord, un troupeau de jeunes rennes broutait. Sur les rives d’un autre fjord, le Kvaenangen, trônent des îles plus ou moins importantes. Au-dessus de certaines d’entre elles traînent des nuages. On dirait qu’elles prennent un bain finlandais (sauna). Et bienvenue Alta… 350 km plus au nord. Nous y arrivons en fin de journée. En l’espace de quelques minutes, le temps a changé. De l’autre côté du fjord, le temps était gris, et là, quelques centaines de mètres plus loin, il se met à pleuvoir.




010_ Vendredi 29 juillet.
Il est 23 heures. Tout au long de cette journée, j’ai eu une pensée pour Omma qui a 83 ans, mais ne le sais pas. Longue vie à elle qui ne m’a jamais lu. Qui ne lira pas ce post ni aucun autre, ni aucun de mes écrits. Elle ne sait plus qui je suis. C’est ainsi.
Nous sommes dans Kompasset, le restaurant du CapNord (l’officiel 71°10’21’’). Le soleil de minuit ne sera pas au rendez-vous. La brume enveloppe tout l’espace. Heureusement, nous l’avons eu hier à Hammerfest et avant à Tromso. Hammerfest est la ville la plus septentrionale du monde (du moins officiellement, car on ne tient pas compte je ne sais pourquoi des villes comme Tiksi et Dikson de Russie ni comme Thule au Groenland). Nous avons passé la nuit à Fuglenes (à la sortie de la ville) à deux pas d’un monument dédié à Friedrich Georg Wilhem Struve.

Dans la ville se trouve une église luthérienne construite en 1961, belle et élancée, ainsi qu’une toute petite église, St Mikael. Mais… il y a aussi un espace nommé Al Hidaya Islamsk Senter (in Folkets Hus) sur la Kirkegata, que fréquentent les quelques musulmans du coin dont les Turcs qui nous ont orientés.
Le soir nous avons pris un verre au bar populaire de Jernteppet, dans le port. Cela nous permet aussi de charger les batteries (au moins quatre). Le Wifi bien sûr est notre radar. Trois clients et un tondu autour de bières et de vin, discutent avec une latine au centre du monde de ces marins qu’elle tentait ou non d’entourlouper. Un bar de marins donc. Et très sympa.

Ce vendredi matin, sous un beau soleil, nous avons pris la route du cap nord Depuis Hammerfest, la route serpente sur des dizaines de kilomètres, longeant le fjord Bargsund, face au majestueux parc naturel Selland Nasjonalpark. Le soleil disparaît. Dans des ‘shops’, des Samis proposent leurs productions : des bijoux en argent, bronze et autres objets taillés dans des cornes d’animaux. De temps à autres des travaux d’élargissement de route ralentissent la circulation. Tout les long du rivage, ce n’est que du lichen et autres plantes avec beaucoup de roches sombres le plus souvent. Pas ou peu d’arbres. Et des troupeaux de rennes en liberté qui ne paniquent pas du tout à l’arrivée des véhicules, à peine se dandinent-ils pour céder le passage. Ils se nourrissent tranquillement d’écorces, d’herbes et de lichens. Dans le ciel, de très beaux oiseaux marins comme des mouettes arctiques nous accompagnent. Le soleil réapparaît, mais les nuages persistent. Pour rejoindre l’île Majeroya du Cap Nord, un tunnel nous plonge sous la mer sur six kilomètres, dans un mixte de mer de Norvège et de Barents (à défaut d’avoir le nom exact, désolé).


Nous sommes arrivés en fin de journée au Cap nord. Un autre rêve est atteint. Finalement le cercle polaire n’est pas un cercle mais un but. Qu’est-ce que le cercle polaire et précisément le centre de ce cercle ou plus précisément encore le point le plus élevé que vous essayez d’atteindre et que vous atteignez sinon un but (parmi d’autres) dans votre vie. Une sorte de Mecque que vous vous assignée. Nous l’avons fait. En se sucrant à la Deglett-Nour (le fruit de la lumière pardi !) Il est minuit passé, les clients du Kompasset sont nombreux, et le soleil n’a pas reparu. C’est le brouillard total, mais la nuit ne tombe pas. J’ai eu une pensée pour ma mère.