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Le blog de Ahmed HANIFI - Littérature, quotidien etc.
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___________________ ___________________ J'AI APPRIS QUE LES MOTS NE SERVENT A RIEN, QUE LES MOTS NE CORRESPONDENT JAMAIS A CE QU'ILS S'EFFORCENT D'EXPRIMER. W. FAULKNER "Tandis que j'agonise".

lundi, mai 28, 2012

325 - Voir Jérusalem et se taire.


Cher ami Boualem,
Je t’écris ces quelques lignes pour te dire, encore une fois, mon admiration pour tout ce que tu écris dans tes romans. Moins pour les histoires que pour la narration. Combien de fois t’ai-je dit que ton écriture, ta syntaxe, se pavanent au summum de ce que l’on peut faire en ce domaine, notamment dans tes premiers romans. Les histoires racontées sont parfois – pardonne-moi – une autre histoire. Tes interlocuteurs hélas, ne s’intéressent souvent qu’à elles, à la chronologie, à la véracité ou non des faits, mais pas à ce qui m’intéresse moi au-dessus de tout, et de nombreux autres lecteurs sans doute. Cela me fait penser à cet architecte qui durant des années façonna une magnifique demeure qu’il céda à une célébrité mondaine. Souvent ses interlocuteurs lui parlent plus de la célébrité en question et de ses frasques que de la construction du pavillon, de ses espaces, de sa lumière, de sa beauté. Les « spécialistes » radio et autres, en littérature ne te parlent pas de littérature et toi-même parle peu de littérature. Ils cherchent les ingrédients du cirque, du spectacle. Et tu plonges. Hélas. A mon grand regret.
Alors, puisque tous semblez insister pour parler politique, parlons-en. Ta dernière lettre (via huffingtonpost.fr) en est un beau prétexte. Depuis quelques jours on te tombe dessus à bras raccourcis, parce que tu es allé en Israël. Saches que tel n’est pas mon cas. J’ai écrit il y a quelques jours sur mon propre blog que moi-même, ai failli, dans les années 90, me rendre en Israël pour y préparer un reportage. Cela n’a pas abouti et je le regrette.
Tu t’es déplacé en Israël pour défendre tes romans et je te soutiens. Mais n’as-tu fait que cela, c’est-à dire défendre tes romans ? n’as-tu pas prêté le flanc à une ligne politique déterminée, pour aller vite disons propagande ? n’as-tu pas plutôt fermé les yeux alors même que – parce que justement Israël, tu le dis toi-même, n’est pas un pays comme un autre– des cris étouffés sortaient de ses entrailles, des ombres d’outre-tombe planaient tout autour de toi dans cette « Jérusalem (cette) vraie capitale avec des rues propres, des trottoirs pavés, des maisons solides, des voitures dynamiques, des hôtels et des restaurants attirants, des arbres bien coiffés » ? Tu écris qu’ « on ne peut pas parler à la fois de la guerre et de la paix, l'un exclut l'autre. » Non, trois fois non cher ami, parler de la paix n’exclut pas la guerre bien au contraire, la paix est conditionnée par la guerre et les guerriers qui la provoquent, qui la mènent, qui la dominent, qui la perdurent. « Le pauvre peuple de Gaza » et celui des territoires occupés sont riches, très riches de leur résistance à l’agresseur colonialiste. Tiens, une dépêche de l’AFP constatait il y a quelques jours encore : « Des colons israéliens se sont installés dans la nuit de mercredi à jeudi dans une maison à l'intérieur du secteur palestinien de Hébron, en Cisjordanie occupée », personne ne t’en a fait cas ? Dans la même semaine, une autre dépêche annonçait : « Le Conseil des droits de l'homme de l'ONU a donné jeudi son feu vert à la mise sur pied de la première mission d'enquête internationale indépendante sur les conséquences des colonies israéliennes sur le territoire palestinien occupé y compris Jérusalem-Est » nul ne t’en a soufflé mot ? Fichtre alors ! Mais nous sommes là dans le cœur même du problème ya Si Boualem, avec tout le respect –réel – que je te dois depuis très longtemps maintenant et tu le sais.
Toi tu survoles, tu écris hésitant, tu dis du bout des lèvres « blocus israélien » et tu passes à autre chose. C’est de là, de ce nœud gordien qu’il fallait démarrer ta réflexion. Ou alors silence pour silence rester dans le roman, dans la littérature, dans l’imaginaire. Et ne pas évoquer « ce pays du lait et du miel », cet Etat hébreu, voyou, ont justement écrit à juste titre bien d’autres qui use et abuse depuis la nuit des temps de la Shoah (horreur apocalyptique européenne) pour mieux mater le peuple Palestinien. Cet Etat foule au pied des dizaines de résolutions de la « Communauté internationale » sans sourciller, et nulle puissance ne s’en émeut. Tu regrettes qu’il n’y ait pas de touristes arabes en Israël, mais l’arabe qui se déplace en Israël pour admirer les tombes, le Mi’râj et autre mur des lamentations, peut-il ne pas lever les yeux sur d’autres murs, de la honte ceux-là, peut-il se promener une carte entre les mains sans s’interroger sur la superficie de cet Etat d’Israël qui a décuplé en quelques décennies au détriment des Palestiniens ? Peut-il baisser les yeux sans perdre son honneur ? Quels intellectuels avaient vu juste durant la guerre de libération algérienne ? ceux qui regardaient ailleurs (pour mille et une raisons) ou ceux qui pétitionnaient, portaient des valises (au péril de leur vie) ? Tu dis être revenu riche et comblé de ce voyage au bout des murs frontières, je suis content pour toi et navré. Il suffisait pourtant de si peu. D’ouvrir un œil, parler à un Palestinien sur place ou à l’un parmi les centaines de milliers, réfugiés à travers le monde, ceux de la Naqba, ce qu’ont fait de nombreux israéliens clairvoyants.

Cher ami Boualem, permets-moi de demeurer ton ami. Celui qui apprécie sans borne ton imaginaire, ta syntaxe. Moins tes histoires. Alors continue de nous dire le paradis, pas des histoires.
Ahmed Hanifi.
in: http://www.lanation.info/Voir-Jerusalem-et-se-taire_a1037.html
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Une lettre de Boualem SANSAL
 

Je suis allé à Jérusalem... et j'en suis revenu riche et heureux

Chers frères, chers amis, d'Algérie, de Palestine, d'Israël et d'ailleurs,

Je vous écris ces quelques lignes pour vous donner de mes nouvelles. Peut-être êtes-vous inquiets à mon sujet. Je suis un homme simple, vous le savez, un écrivain qui n'a jamais prétendu à autre chose qu'au bonheur de vous raconter des histoires, de ces "histoires à ne pas dire" comme disait mon ami le cinéaste Jean-Pierre Lledo, mais voilà, des gens ont décidé de s'immiscer dans nos relations de fraternité et d'amitié et de faire de moi un objet de scandale à vos yeux.

Rendez-vous compte, ils m'accusent rien moins que de haute trahison envers la nation arabe et le monde musulman en leur entier. Ça veut dire ce que ça veut dire, qu'il n'y aura même pas de procès. Ces gens sont du Hamas, des gens dangereux et calculateurs, ils ont pris en otage le pauvre peuple de Gaza et le rançonnent jour après jour depuis des années, dans cette sorte de huis clos obscur que leur assure le blocus israélien, et maintenant ils viennent nous dicter, à nous qui essayons par tous les moyens de nous libérer, ce que nous devons penser, dire et faire; il y en a d'autres aussi, des anonymes, des individus aigris et fielleux, fermés à tout, qui relaient la haine comme ils peuvent à travers le Net. C'est par eux, par leur communiqué vengeur et leurs insultes à la ronde, que vous avez appris mon voyage et je viens là vous le confirmer pour qu'il n'y ait aucun trouble dans votre esprit et que les choses soient nettes entre nous : JE SUIS ALLE EN ISRAEL.

Quel voyage, mes aïeux, et quel accueil! Pardonnez-moi de ne pas vous l'avoir annoncé moi-même avant de partir, mais vous comprenez, il fallait de la discrétion, Israël n'est pas une destination touristique pour les Arabes, encore que... ceux et pas des moindres qui m'ont précédé dans ce pays du lait et du miel l'ont fait en catimini, voire avec de faux noms ou des passeports d'emprunt, comme en son temps cette brave madame Khalida Toumi, alors opposante fervente au régime policier et intégriste d'Alger, de nos jours son brillantissime ministre de la Culture, une tête pensante de choc très engagée dans la chasse aux traîtres, aux apostats et autres harkis. C'est à elle en particulier que les Algériens doivent chaque jour de tant vivre d'ennui et de rage dans leur beau pays. Ses douaniers ne m'auraient jamais laissé sortir si je m'étais présenté à leur poste avec un billet d'avion Alger/Tel-Aviv sans escale dans une main et dans l'autre un visa israélien tout frais collé sur mon beau passeport vert. Auraient-ils poussé jusqu'à me gazer, je me le demande. J'ai fait autrement et la ruse a payé, j'ai pris la route par la France, muni d'un visa israélien volant récupéré à Paris, rue Rabelais, au saut d'un taxi, grâce à quoi me voilà aujourd'hui en possession de mille et une histoires à ne pas dire que je me promets de vous raconter en détail dans un prochain livre, si Dieu nous prête vie.

Je vous parlerai d'Israël et des Israéliens comme on peut les voir avec ses propres yeux, sur place, sans intermédiaires, loin de toute doctrine, et qu'on est assuré de n'avoir à subir au retour aucun test de vérité. Le fait est que dans ce monde-ci il n'y a pas un autre pays et un autre peuple comme eux. Moi, ça me rassure et me fascine que chacun de nous soit unique. L'unique agace, c'est vrai, mais on est porté à le chérir, car le perdre est tellement irrémédiable.
Je vous parlerai aussi de Jérusalem, Al-Qods. Comme il me semble l'avoir ressenti, ce lieu n'est pas vraiment une ville et ses habitants ne sont pas vraiment des habitants, il y a de l'irréalité dans l'air et des certitudes d'un genre inconnu sur terre. Dans la vieille ville multimillénaire, il est simplement inutile de chercher à comprendre, tout est songe et magie, on côtoie les Prophètes, les plus grands, et les rois les plus majestueux, on les questionne, on leur parle comme à des copains de quartier, Abraham, David, Salomon, Marie, Jésus et Mahomet le dernier de la lignée, et Saladin le preux chevalier, que le salut soit sur eux, on passe d'un mystère à l'autre sans transition, on se meut dans les millénaires et le paradoxe sous un ciel uniformément blanc et un soleil toujours ardent. Le présent et ses nouveautés paraissent si éphémères qu'on n'y pense bientôt plus. S'il est un voyage céleste en ce monde, c'est ici qu'il commence. Et d'ailleurs n'est-ce pas là que le Christ a fait son Ascension au ciel, et Mahomet son Mi'râj sur son destrier Bouraq, guidé par l'ange Gabriel?

On se demande quel phénomène tient le tout en ordre, dans une grande modernité au demeurant puisqu'aussi bien Jérusalem est une vraie capitale avec des rues propres, des trottoirs pavés, des maisons solides, des voitures dynamiques, des hôtels et des restaurants attirants, des arbres bien coiffés, et tellement de touristes de tous les pays... sauf des pays arabes, les seuls au monde à ne pas venir ou pouvoir venir visiter leur berceau, ce lieu magique où sont nées leurs religions, la chrétienne aussi bien que la musulmane.

Ce sont finalement les Israéliens arabes et juifs qui en profitent, ils les voient tous les jours, toute l'année, matin et soir, sans apparemment jamais se lasser de leur mystère. On ne peut pas dénombrer les touristes dans ces labyrinthes, ils sont trop nombreux, plus que les autochtones, et la plupart se comportent comme s'ils étaient aussi des pèlerins venus de loin. Ils vont en groupes compacts pénétrés qui se croisent sans se mêler, les Anglais, les Hindous, les Japonais, les Chinois, les Français, les Hollandais, les Ethiopiens, les Brésiliens, etc, menés par d'infatigables guides, assermentés sans doute, qui jour après jour, dans toutes les langues de la création, racontent aux foules médusées la légende des siècles.

Là, si on tend bien l'oreille, on comprend vraiment ce qu'est une cité céleste et terrestre à la fois, et pourquoi tous veulent la posséder et mourir pour elle. Quand on veut l'éternité, on se tue pour l'avoir, c'est bête mais on peut le comprendre. Je me suis moi-même senti tout autre, écrasé par le poids de mes propres questions, moi le seul de la bande qui ait touché de ses mains les trois lieux saints de la Cité éternelle: le Kotel (le Mur des Lamentations), le Saint-Sépulcre et le Dôme du Rocher. En tant que juifs ou chrétiens, mes compagnons, les autres écrivains du festival, ne pouvaient pas accéder à l'Esplanade des Mosquées, le troisième lieu saint de l'islam où s'élèvent le Dôme du Rocher, Qûbat as-Sakhrah, rutilant dans ses couleurs azur, et l'imposante mosquée al-Aqsa, Haram al-Sharif, ils furent repoussés sans hésitation par l'agent du Waqf, gestionnaire des lieux, assisté de deux policiers israéliens chargés de garder l'entrée de l'Esplanade et la préserver de tout contact non halal. Moi je suis passé grâce à mon passeport, il stipule que je suis Algérien et par déduction il dit que je suis musulman. Je n'ai pas démenti, au contraire, j'ai récité un verset coranique tiré de mes souvenirs d'enfance, ce qui a carrément stupéfié le gardien, c'était la première fois de sa vie qu'il voyait un Algérien, il croyait qu'à part l'émir Abd-el-Kader, ils étaient tous un peu sépharades, un peu athées, un peu autre chose. C'est amusant, mon petit passeport vert m'a ouvert la frontière des Lieux Saints plus vite qu'il ne m'ouvre la frontière Schengen en Europe où la simple vue d'un passeport vert réveille aussitôt l'ulcère des douaniers.

Voilà, je vous le dis franchement, de ce voyage Je suis revenu heureux et comblé. J'ai toujours eu la conviction que faire n'était pas le plus difficile, c'est de se mettre en condition d'être prêt à commencer à le faire. La révolution est là, dans l'idée intime qu'on est enfin prêt à bouger, à changer soi-même pour changer le monde. Le premier pas est bien plus que le dernier qui nous fait toucher le but. Je me disais aussi que la paix était avant tout une affaire d'hommes, elle est trop grave pour la laisser entre les mains des gouvernements et encore moins des partis. Eux parlent de territoires, de sécurité, d'argent, de conditions, de garanties, ils signent des papiers, font des cérémonies, hissent des drapeaux, préparent des plans B, les hommes ne font rien de tout cela, ils font ce que font les hommes, ils vont au café, au restaurant, ils s'assoient autour du feu, se rassemblent dans un stade, se retrouvent dans un festival, dans une plage et partagent de bons moments, ils mêlent leurs émotions et à la fin ils se font la promesse de se revoir. "A demain", "A bientôt", "L'an prochain, à Jérusalem", dit-on. C'est ce que nous avons fait à Jérusalem. Des hommes et des femmes de plusieurs pays, des écrivains, se sont rassemblés dans un festival de littérature pour parler de leurs livres, de leurs sentiments devant la douleur du monde, de choses et d'autres aussi et en particulier de ce qui met les hommes en condition de pouvoir un jour commencer à faire la paix, et à la fin nous nous sommes promis de nous revoir, de nous écrire au moins.

Je ne me souviens pas que durant ces cinq jours et cinq nuits passés à Jérusalem (avec au troisième jour un aller-retour rapide à Tel-Aviv pour partager une belle soirée avec nos amis de l'institut français), nous ayons une seule fois parlé de la guerre. L'aurions-nous oubliée, avons-nous seulement évité d'en parler ou aurions-nous fait comme si cette époque était révolue et qu'il était venu l'heure de parler de la paix et de l'avenir? Sans doute, on ne peut pas parler à la fois de la guerre et de la paix, l'un exclut l'autre. J'ai beaucoup regretté cependant qu'il n'y ait pas eu un Palestinien parmi nous. Car après tout, la paix est à faire entre Israéliens et Palestiniens. Moi, je ne suis en guerre ni avec l'un ni avec l'autre, et je ne le suis pas parce que je les aime tous les deux, de la même manière, comme des frères depuis les origines du monde. Je serais comblé si un jour prochain, j'étais invité à Ramallah, avec des auteurs israéliens aussi, c'est un bel endroit pour parler de la paix et de ce fameux premier pas qui permet d'y aller.

Je fais une mention spéciale à propos de David Grossman, ce monument de la littérature israélienne et mondiale. J'ai trouvé formidable que deux écrivains comme nous, deux hommes honorés par le même prix, le Friedenspreis des Deutschen Buchhandels, le prix de la Paix des libraires allemands, à une année d'intervalle, lui en 2010, moi en 2011, se retrouvent ensemble en 2012 pour parler de la paix dans cette ville, Jérusalem, Al-Qods, où cohabitent juifs et arabes, où les trois religions du Livre se partagent le cœur des hommes. Notre rencontre serait-elle le début d'un vaste rassemblement d'écrivains pour la paix? Ce miracle verra-t-il le jour en 2013?
Souvent le hasard se fait malicieux pour nous dire des choses qui précisément ne doivent rien au hasard.

Quelque part sur le chemin du retour, entre Jérusalem et Alger.

In : http://www.huffingtonpost.fr
Publication: 24/05/2012



dimanche, mai 27, 2012

324 - La Folle d'Alger - Extrait 1


Je vous propose ci-après, extrait après extrait, le contenu de mon troisième roman (suis à la recherche d'un éditeur):

Les ‘‘locas de Plaza de mayo’’ de Buenos-Aires bouleversèrent des millions d’hommes et de femmes à travers le monde.

En Algérie ‘‘la sale guerre’’ – 1992-2000 – provoqua la disparition forcée de plusieurs milliers de personnes. A quelques semaines du 50ième anniversaire de l’indépendance, le combat que mènent les mères de ces disparus pour atteindre la vérité et la justice, parfois depuis quinze ans ou plus, est invisible, inaudible, souvent entravé.

En offrant la parole à une mère de disparu dans ‘‘La folle d’Alger’’, mon troisième roman, je leur rends un modeste hommage.

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La folle d’Alger


roman




A ma mère

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Fais de moi, si je rentre un jour,
Une ombrelle pour tes paupières.
Recouvre mes os de cette herbe
Baptisée sous tes talons innocents.

Mahmoud Darwich : A ma mère
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01
Au nom de Dieu le Très Miséricordieux, le Tout Miséricordieux. Louange à Dieu, Seigneur des mondes. Je le dis ici comme je l’ai dit ailleurs, je ne me laisserai pas faire. Je remuerai la terre entière jusqu’en Chine s’il le faut. Je combattrai les ténèbres, j’agiterai les sept cieux si nécessaire jusqu’à ce que la lumière surgisse. Il me faut raconter et Tu es témoin ya Allah. Je ne les laisserai pas travestir notre histoire, façonner notre destin. Certes ils ont la force, mais moi j’ai la foi. Ma vie a basculé dans l’enfer. Mes nuits sont souvent agitées, perturbées par des insomnies prolongées. Le moindre bruit étranger me fait sursauter. Voilà pourquoi depuis un mois maintenant, vingt huit jours exactement, ma fille Houria, son mari Hakim ainsi que la petite Houda passent la nuit ici pour nous tenir compagnie mon fils Amine et moi. Vendredi dernier ils n’avaient pas prévu de venir. Ce sont des habitants de notre pâté de maisons qui les ont alertés. Lorsqu’ils sont arrivés, tard dans la nuit, ils m’ont trouvée effondrée, asséchée de mes larmes, répandue dans la cour, entourée de mes proches voisines. Mon sang cognait contre les vaisseaux, je l’entendais. Ce n’était pas du sang, c’était la haine liquéfiée qui battait ainsi contre mes tempes, mon front, mon cou, mon cœur.
S’ils ont la force disais-je, la force de la destruction, moi j’ai la foi. J’ai la foi en la vérité. C’est pourquoi il me faut raconter. Je le dois à Amine, à mon mari, à mes autres enfants, à ma famille, à mes semblables. Je dois raconter, je dois dire, utiliser tous les moyens afin qu’on sache ce qui s’est réellement passé. Pour que les coupables soient identifiés, jugés et condamnés.
Lorsque ce matin l’idée d’enregistrer mon témoignage s’est imposée à moi, j’ai aussitôt pensé à Merwan le fils de Si Zitouni, un instituteur qui a fait ses classes à Tunis. Merwan et Amine ont souvent utilisé ce mini magnétophone à cassette pour enregistrer des chansons, jouer une saynète ou raconter des blagues. Je l’ai retrouvé dans la chambre de mon fils où je me rends peu souvent. J’ai toujours respecté l’intimité d’Amine. J’entre rarement dans sa pièce. Je la considère comme son espace propre, le lieu où il fait ses devoirs, reçoit ses amis, joue ou boude. L’appareil était posé dans un sac au fond de son armoire où se trouvent également plusieurs cassettes. Mahfoud, que Dieu ait son âme, avait offert cet enregistreur à Amine en juillet 1995 pour le féliciter d’avoir réussi son entrée au collège. Lorsque tout à l’heure je lui ai demandé de me rappeler son fonctionnement, Merwan a levé les yeux vers moi et a souri. C’était plus un rictus qu’un sourire. Une contraction involontaire de sa lèvre, une grimace. Et le regard n’en était pas un non plus. Il a murmuré tout en peine, ‘‘bien sûr khalti Fadia’’, encore bouleversé par son propre récit, peut-être encore plus de s’en être sorti, d’avoir retrouvé ses proches, ses amis. Désormais je parlerai dans cet appareil pour dire ma résistance au silence qu’ils veulent nous imposer. Pour enregistrer ces premières paroles j’ai dû me reprendre à trois reprises. Ma voix m’a semblé étrange, elle m’a même déplu. Le débit m’est apparu tantôt trop rapide, tantôt lent, hésitant. J’essaierai de remédier à cela. J’espère que je m’améliorerai à l’usage.

02
En soustrayant les unes après les autres ses dernières lueurs, le soleil de vendredi dernier engloutissait avec lui ce qui restait de sa monotone splendeur. Il annonçait par sa lente agonie une tragédie que mon intuition appréhendait. Quelques nuages encore dorés, suspendus au-dessus du village, semblaient égarés devant l’obscurité qui déjà estompait l’horizon. Peu à peu elle neutralisera les bruits habituels de la ville noire. Régulièrement des chiens, probablement corniauds, hurlaient à la mort. Ils hurleront encore comme chaque nuit, depuis qu’ils errent par groupes entiers les uns de retour de l’est les autres du nord-est. De nouveau le ciel se constellera d’étoiles. Amine était ressorti avec un morceau de pain, rejoindre ses amis. Le journal télévisé débitait les dernières minutes d’un documentaire en noir et blanc relatant l’hécatombe du 17 octobre, auquel les deux-tiers de sa durée avaient été consacrés. C’était à Paris au temps des glorieuses. Les images ne sont pas nettes et le son nasillard. Un homme jeune tente, dans une fuite désespérée, de franchir un mur haut d’un mètre. Un autre est allongé sur la chaussée, vidé de son sang. Un troisième, beaucoup plus âgé, avance en titubant. Sa main droite crispe son épaule gauche comme pour atténuer la douleur si intense qu’il en pleure sans retenue. Des autobus bondés traversent l’écran. Sur leur fronton il est écrit ‘‘Service spécial’’. D’autres images montrent la Seine qu’on devine rouge, coulant dans un silence lourd et une nuit définitive. Une page spéciale dédiée aux martyrs d’Octobre était programmée à la suite des informations. J’étais en retard sur el-icha, la dernière des cinq prières de la journée. J’ai pris mécaniquement la télécommande posée à mes côtés sur la seddaria, le canapé, pour baisser le son du poste. Je m’apprêtais à aller satisfaire à mon devoir religieux. En me levant j’ai murmuré machinalement ‘‘Allah akbar’’, Dieu est le plus grand, en appuyant longuement sur la deuxième syllabe d’Allah, en la rallongeant. Depuis vingt-cinq jours, de cruels et indicibles tourments me harcèlent et m’asphyxient à petit feu. Dieu veut que je souffre et je souffre. En silence ou dans la foule.
De l’autre côté du mur le village était plongé dans un étrange murmure. Dans le ciel le grondement sourd et menaçant des rotors d’hélicoptères était haché par les aboiements féroces de chiens probablement errants. Ils reviendront. Les chiens errants reviennent toujours tant qu’ils trouvent de quoi se nourrir. C’est ainsi depuis bien des semaines, avant même la sanglante nuit du 22 septembre dernier qui emporta Mahfoud, que Dieu le bénisse. Il n’est pas un jour sans hélicoptères, patrouilles militaires et paramilitaires. Pas un jour sans barrages à chaque entrée de Benatallah. Dès que le jour disparaît nous nous terrons. Le village s’ensevelit dans un silence tumulaire. Seuls des chiens assurément errants hurlent, parfois à la mort. Les chiens n’ont pas peur. Pas même de Dieu. Ils ont le courage aveugle de l’ignorant ou de l’assassin. Ils hurleront longtemps pour sûr. Tant que durera leur errance, ils hurleront. L’heure étant venue, il me fallait prendre le tapis de prière et prier. J’ai posé une main sur la poignée de la porte-miroir de l’armoire puis sur la clé. Le meuble se trouve dans le salon qu’une ampoule poirette éclaire faiblement. Mon esprit, tourné vers ce récent et apocalyptique passé, tentait de saisir une explication. J’ai machinalement tourné la vieille clé, puis j’ai tiré sur la poignée de la lourde porte-miroir, qui grince à sa base aussitôt qu’on la manie, pour me saisir du tapis de prières. J’ai glissé mon bras dans l’armoire, ma main a hésité, tâtonné. C’est à ce moment précis, alors que je m’emparais du tapis, que soudain le portail d’entrée s’est mis à résonner d’une pluie de coups anormaux suivis d’horribles cris. Je ne savais pas trop s’ils étaient réels ou le fruit de mon esprit malmené depuis septembre. Ma main s’est immobilisée sur l’étagère. Les coups, comme les cris, étaient bien là à portée de ma main, de mon corps, bruts, désespérés. Instinctivement j’ai crié ‘‘wlidi !’’ mon fils ! en lâchant le tapis de prières subitement devenu, dans le moment où je prenais conscience qu’un danger imminent allait s’abattre sur notre toit, pardonne-moi mon Dieu, superflu. C’est bien mon fils qui cognait à mourir contre le portail en métal qui tremblait sur ses gonds, les faisant étrangement geindre. Il hurlait ‘‘yemma ! yemma !’’ maman ! en tambourinant de plus en plus fort avec le désespoir du condamné. Il sanglotait. Je me suis élancée de toutes mes forces jusqu’au portail. Alors l’instant d’une seconde je me suis interrogée sur la traversée du couloir et de la cour. Il m’est apparu que je n’en avais pas gardé trace. Entre le moment où le tapis me tombait des mains et celui où je tournais la clé du portail, un vide profond s’est installé. Un trou noir comblé par les cris d’Amine. J’ai tiré sur la targette qui gémissait. Au même moment les pneus d’une voiture ont crissé puis se sont immobilisés devant la maison. J’ai entendu la porte coulissante du fourgon s’ouvrir avec fracas. C’était une camionnette pas une voiture ordinaire. Amine criait, hurlait ‘‘yemma ! yemma !’’ La porte d’entrée de ma maison que j’avais peine à ouvrir a été brutalement enfoncée. Elle a écrasé mon visage et m’a projetée à terre. Je me suis péniblement relevée en hurlant à mon tour, éblouie par les faisceaux lumineux projetés par les phares du véhicule en stationnement. Ils ont envahi toute la cour. La douleur et le chagrin opprimaient ma tête et mon cœur. Trois jours après, l’être qui m’est le plus cher et dont on a décidé de me priver, me hante à chaque instant. Je le revois, il est assis sur son lit la tête baissée, j’entends son père le mettre en garde. Je les revois comme s’ils étaient l’un et l’autre près de moi. Nous étions en juillet et deux jeunes de Haouch Miloud que nous connaissions, venaient d’être arrêtés par des hommes en uniforme, au grand jour, non loin de leur domicile. Trois mois se sont écoulés et ces deux jeunes ne sont plus reparus. L’affliction qui m’affecte depuis vendredi me réduira-t-elle à la mort ou au djihad, au maquis ? Des hommes en furie, agressifs et grossiers ont empoigné mon enfant qu’ils ont fait tomber à terre, dans la cour.  Wlidi !  L’un des hommes dont le bas du visage était surmonté d’une longue moustache taillée comme les fibres d’un balai-brosse, le genou plié, écrasait le dos de mon enfant en s’égosillant : ‘‘ce bâtard c’est ton fils ?’’ ‘‘Oui c’est mon fils, c’est mon fils, qui êtes-vous, Amine, mon fils, que se passe-t-il ?’’ L’homme répétait ‘‘hada el-ferkh weldek ?’’ en le secouant sans ménagement. Mon Dieu mais que lui a-t-il fait ? Il a ajouté ‘‘Cette fois nous l’avons.’’ Puis il s’est tourné vers moi en gesticulant, en hurlant, les yeux globuleux prêts à abandonner leur cavité, ‘‘allez reste chez toi. Les chiens sont mieux éduqués que vos enfants !’’ L’homme a relevé Amine, aidé dans sa manœuvre par deux de ses collègues, un civil et un militaire, armes bien en vue. J’ai cessé de flageller mes cuisses et labourer mon visage, mais pas de crier, pas d’appeler au secours. Je me suis agrippée aux bras de l’un des hommes. Aussitôt il m’a repoussée, brutalement. De nouveau je me suis retrouvée à terre. Un quatrième, le visage dissimulé, m’a lancé ‘‘nous te le ramènerons, c’est juste un contrôle.’’ Le visage de l’un d’eux est marqué par une cicatrice qui fend le menton en deux. Elle part de la commissure droite des lèvres à la base gauche du menton. C’est l’indic, el-biyya’. Nous le connaissons tous. Mais qu’a pu faire Amine pour qu’ils s’acharnent ainsi sur lui ? Ils l’ont immobilisé, lui ont passé les menottes aux poignets croisés derrière le dos, lui ont relevé sa propre chemise sur la tête et l’ont traîné vers l’extérieur en lui assénant des coups de pieds, de matraque et de crosse sur la tête, le dos et les jambes. J’ai entendu ‘‘Amn el-askari naal din rabkoum’’ sécurité militaire putain de votre Dieu. Mais pourquoi l’indic se retrouve ici avec le militaire ? La Ilaha illa Allah Mohamed rassoul Allah, il n’y a de dieu que Dieu Mahomet est son prophète. Ils ont tiré  mon fils par le col en le frappant, et lui il criait, hurlait, ‘‘yemma, yemma !’’ Je récitais des versets à voix haute, très haute pour qu’ils entendent et comprennent que j’en appellerai à Dieu et au monde, que je ne me laisserai pas faire ‘‘Dieu est le plus grand, Dieu est le plus grand’’ en essayant de m’agripper en vain au bras tremblant de mon gamin qui pleurait, ‘‘je n’ai rien fait, je n’ai rien fait !’’ Il a été jeté dans le camion, à travers la porte latérale demeurée entrouverte. ‘‘On part’’ a lancé sèchement l’homme en treillis militaire. Il doit être le chef. Le chauffeur du véhicule banalisé n’avait pas coupé le moteur. Il a démarré en trombe. Le numéro d’immatriculation écrit à la craie, a été effacé, mal effacé. On devinait malgré la pénombre les derniers caractères. J’ai retenu ‘‘566’’ peut-être ‘‘5566’’. Quelques portes voisines qui s’étaient ouvertes discrètement pour aussitôt se refermer, se sont ouvertes de nouveau, cette fois-là, d’un seul coup, sec. Que me restait-il sinon de continuer de hurler de tout mon corps, de tout mon être et de nouveau déchirer mon visage. Je hurlais aux voisins et au monde entier ‘‘mon fils, ô Dieu ils m’ont enlevé mon fils !’’ Les femmes sont accourues, ont tenté de retenir mes bras secoués par des mouvements que je ne contrôlais plus, de me consoler. J’entendais ‘‘la pauvre, son fils a été arrêté.’’ Je suis tombée, prise de spasmes lourds et irréguliers presque effrayants. Les sons qu’évacuait ma bouche difforme étaient loin des mots, métamorphosés par la douleur. J’entendais des cris ou des appels de plus en plus éloignés, éjectés par des visages défigurés. Autour de moi une multitude de silhouettes informes et sombres étaient broyées par un ciel obscur et incertain. Amine avait été arrêté, emmené. La Ilaha illa Allah Mohamed rassoul Allah.

03
Nous n’avons pas fermé l’œil durant la nuit du vendredi au samedi. Houda a résisté au sommeil autant qu’elle a pu, avant d’y succomber. Mes enfants tiennent par la volonté de Dieu ou par la force de leur jeunesse. Ils tentent de me consoler, mais est-ce possible lorsque le corps ne répond plus, lorsque l’esprit est abattu, noyé dans le chagrin ? Je suis inconsolable et je crains qu’ils soient en réalité aussi anéantis que moi. Lorsqu’ils sont arrivés à la maison, alertés par des voisins, j’étais toujours dans la cour, allongée près du pied de vigne. Nous y sommes restés longtemps, éclairés par l’unique ampoule, nue. Les voisins ont quitté notre maison mais ne se sont pas éloignés. Nous les entendions discuter dans la rue, tard dans la nuit malgré les dangers. Toute la nuit Hakim m’avait suppliée, comme les voisines avant lui, de ne pas sortir. De ne rien entreprendre à l’extérieur, ne pas aller au commissariat ou à la gendarmerie par exemple. Je les ai écoutés. Au-delà de quelques pâtés de maisons autour de leur lieu de résidence la nuit est interdite depuis longtemps aux honnêtes gens. Aux premières lueurs de l’aube j’ai prié salat-el-fajr à haute voix, les yeux rougis et boursouflés d’insomnie, de larmes et de douleur. J’ai récité d’autres prières plus intimes, en moi-même ‘‘Ya rabbi thala fi wlidi,’’ ô Dieu prends soin de mon fils.
Aux premières heures du jour nouveau, que je devinais terne dans son éclat comme le précédent, avec mes enfants et Hakim, je me suis présentée au poste de police du village. Il se trouve face au collège où étudie Amine, à droite de la bâtisse qui abrite la garde communale, non loin du moulin à huile. Amine est un bon enfant. Il est au collège, en deuxième année moyenne. Même s’il a redoublé il reste un enfant bon. Pourquoi a-t-il été arrêté? La police se trouve en face du collège à côté de la garde. Les trois institutions sont difficilement accessibles et se présentent de la même manière à quiconque s’en approche : des chicanes, des fils barbelés, des sacs de sable et des barils métalliques remplis d’eau, délimitent des zones hautement sensibles. Nul n’y a accès sans avoir été invité par les hommes de garde, souvent en uniforme. Sur plus de cent mètres, de part et d’autres, il est strictement interdit de stationner ou de se garer. Le poste de police, comme la garde communale, comme l’école, ne sont accessibles qu’à la suite d’une fouille minutieuse des sacs, des sacs à dos, des cartables et souvent des corps, par des agents habilités, fortement armés et motivés. Des hommes pour les hommes, des femmes pour les femmes. Un agent en faction devant le poste de police nous a demandé de poser les sacs sur un bureau d’enseignant. Un autre les a ouverts, a plongé la main dans chacun, en émettant à chaque fois des commentaires incompréhensibles, puis d’un geste lent de la main il nous a fait signe de les récupérer, ‘‘passez’’. Hakim est passé à son tour, après nous. Les policiers nous ont épargné la fouille au corps, peut-être par gêne, peut-être parce qu’il était tôt. Nous avons traversé une grande cour où sont stationnés plusieurs véhicules officiels dont des 4X4. A l’intérieur du bâtiment, l’agent de police d’accueil a écouté nos doléances puis nous a fait patienter dans le couloir car ‘‘il n’y a encore personne’’ a-t-il chuchoté, l’air navré. Vers huit heures trente est arrivé un officier qui nous a reçus dans le quart d’heure suivant. Il m’a écoutée attentivement lui raconter l’arrestation. Tout en lui délivrant les détails de la scène j’ai extrait de mon sac en plastique noir une photo d’identité en couleurs et la lui ai tendue. Mon fils porte une chemise blanche. Ses cheveux noirs sont coupés courts. Il sortait de chez le coiffeur, ses oreilles sont bien dégagées. Son œil gauche est légèrement plissé, comme le droit il est surmonté de larges sourcils fortement incurvés. Son sourire est timide. Le fond du cliché représente un ciel bleu faussement apaisé. La photo a été prise chez le photographe de la rue de la Révolution. Le directeur du collège avait été catégorique. Elle devait être récente et en couleurs. L’officier m’a écoutée sans m’interrompre. Je lui ai parlé des coups, des insultes. Lorsque j’ai fini de lui délivrer mon témoignage, il s’est levé lentement, s’est approché de moi, m’a rendu la photo et m’a annoncé, toujours avec respect, ne pas être au courant. Il nous a suggéré de nous rendre à trois kilomètres de là, au commissariat d’El-Barki dont dépend son poste de police. Il n’a cependant pas téléphoné pour avoir plus de renseignements, ou pour nous annoncer.
Mes filles et Hakim résident précisément à El-Barki. C’est là que mon gendre possède une boutique de parfumerie que son père, Allah yerhmou, lui avait léguée. Depuis leur mariage, il y a un an, Hakim et Houria vivent dans une HLM de la vieille cité Diar el-baraka. Comme ils n’ont pas encore d’enfants et qu’ils veulent avoir des lumières dans les yeux, forcer le destin, ils ont souhaité élever ma petite dernière, Houda. Je n’ai pas refusé. Houda est en quatrième année de l’école fondamentale. C’est une bonne élève. La maîtresse dit qu’elle est très éveillée pour son âge, mais regrette-t-elle, quelque peu opiniâtre et tenace. Moi je ne trouve pas que cela soit un défaut.
Hakim connaît bien quelques policiers du commissariat d’El-Barki qui sont aussi ses voisins de quartier. C’est d’ailleurs l’un d’eux, Sakrane Aoued un officier, qui nous a reçus dans le bureau même du commissaire, absent ce jour-là. L’officier a été avenant tout le temps de la rencontre. Comme l’officier du poste de Benatallah avant lui. Il a essayé de répondre au mieux qu’il pouvait à toutes nos questions. Il comprenait mon désarroi, mais m’a juré ne pas être au fait de ce qui s’était passé vendredi dans notre village. Avant de nous libérer il s’est absenté quelques minutes. Lorsqu’il est revenu, il a dégagé sa main droite de la poche et a bredouillé, ‘‘j’ai téléphoné à Benatallah et à Alger-centre, hélas personne n’est au courant.’’ Il s’est approché de Hakim, a posé sa main sur son épaule, l’invitant ainsi à se lever et lui a demandé : ‘‘êtes-vous allés à la gendarmerie ?’’ Hakim a secoué la tête et s’est dressé devant son ami qui lui a pincé l’ourlet de la veste en clignant de l’œil. Puis il lui a murmuré deux ou trois mots à l’oreille. Une fois à l’extérieur Hakim nous a déclaré que Aoued lui avait suggéré de se rendre à la gendarmerie ou à la caserne 133. Hakim a ajouté qu’il fait confiance à Aoued. ‘‘C’est un homme de bonne famille. Je le connais depuis très longtemps. Nous avons été de la même école, du même lycée. Aoued est un homme bien.’’ Alors que Dieu le garde, ai-je pensé.
A la gendarmerie – elle se trouve dans la même ville – nous avons été accueillis froidement. Le préposé à la réception a refusé le dépôt de plainte et nous a vivement conseillé de déposer une R.I.F, une déclaration de ‘‘recherche dans l’intérêt des familles.’’ L’image de Mahfoud le bras en l’air et celle d’Amine silencieux devant les remontrances de son père me sont alors apparues de nouveau. J’ai aussitôt pensé à ces pauvres jeunes arrêtés dans notre quartier et dont on est toujours sans nouvelles depuis juillet. Devant la proposition du réceptionniste j’ai spontanément exprimé un refus que je voulais à la hauteur de sa provocation. ‘‘Mon fils n’a pas fugué, il a été enlevé, et je sais par qui !’’ ai-je crié en pointant du doigt le gendarme. Cela ne lui a guère plu. Il a bondi de sa chaise, est passé de l’autre côté du comptoir et a essayé de me pousser vers la sortie. J’ai réussi à plaquer sur son visage la photo d’Amine que j’avais retirée de mon sac en plastique noir. Porté par l’indécence que lui octroie son uniforme, il ne s’en est même pas soucié. A peine s’il l’a observée comme un objet sans intérêt, avec mépris. Si c’est une disparition, elle est forcée. Le gendarme nous a signifié qu’il n’avait pas que cela à faire, ‘‘allez voir ailleurs’’ nous a-t-il lancé en me poussant franchement cette fois vers la sortie, sans respect. Hakim a rouspété auprès du gendarme, Houria à son tour a tenté de s’en prendre au militaire, mais son mari l’a tancée vertement et nous a demandé de quitter les lieux. Il ne fallait pas envenimer la situation. Du vivant de Mahfoud Allah yerhmou, jamais un homme, quels qu’aient pu être son rang et sa force, ne se serait  autorisé à agir de la sorte. Jamais l’occasion n’a été offerte à un étranger de m’adresser la parole ou me dévisager. Houria pleurait ne sachant que dire ni que faire. J’étais mal en point mais j’ai fermé les yeux. C’est ma petite Houda qui m’inquiétait. Elle avait faim la pauvre, elle n’avait rien pris depuis le matin. Elle pleurait. Cette situation et tout ce qu’elle dissimulait, la déstabilisait. Elle a juste dit ‘‘où est Amine ?’’ Nous ne lui avons pas répondu, mais j’ai posé la main sur ses cheveux pour la consoler. Que lui dire, alors que nous étions nous-mêmes égarés. Si perdus que nous avons oublié qu’elle avait classe. Hakim a demandé à sa femme de rentrer à la maison avec la petite, ‘‘elle doit avoir faim’’ lui a-t-il dit et répété, avec juste ce qu’il faut de fermeté et d’agacement la seconde fois, pour ne pas me froisser probablement. Avait-il lu dans mes pensées ? Non, il faisait payer à son épouse l’audace qu’elle a eue face au gendarme. Houda a rechigné à partir avant de se résigner. Elle a rouspété en tirant, quoique sans conviction, sur le bas de ma a’baya. Elle savait qu’elle ne pouvait continuer avec nous. Cela ne l’a pas empêchée de protester tout haut ‘‘moi aussi je veux chercher Amine.’’ Elle avait compris dès les premiers jours. Houria l’a tirée brusquement contre elle pour lui demander de la suivre. Hakim a accéléré le pas. Il avançait sans se retourner, ne se souciant de rien d’autre que d’arriver au plus vite à la caserne.
La caserne 133 se trouve à la sortie d’El-Barki à la lisière de Aïn Naadja. Le soleil était haut, il faisait encore chaud. Mon pas n’est plus alerte, je traînais derrière Hakim. Il faisait signe aux taxis collectifs qui ne s’arrêtaient pas. Dans un sens comme dans l’autre ils sont souvent complets entre El-Barki et Hussein-Dey. Il aurait fallu aller à la première station pour être sûr d’être transportés. Les taxis y attendent le temps qu’il faut pour charger le maximum de clients allant au terminus de la ligne, trois ou quatre, parfois sept si c’est une 505 familiale. Lorsqu’ils prennent la route, plus rien ne les arrête jusqu’à la destination des clients. Alors, entre deux terminus d’une même ligne il est très rare qu’un taxi réponde à une main levée. Je suis habituée à marcher. Mon pas est lent, mais décidé. Depuis l’assassinat de Mahfoud Allah yerhmou, c’est moi qui m’occupe de la maison, même si Hakim et ma fille me donnent un coup de main. Ils n’ont pas de voiture, mais ils m’aident avec leurs faibles moyens. Avant la disparition de mon mari je ne sortais pour ainsi dire jamais, pas même pour aller acheter du pain ou récupérer ma petite Houda à la sortie de l’école. Elle rentrait seule, comme la plupart des écoliers à vrai dire. Depuis que je suis seule, je n’ai pas le choix. Je suis obligée de sortir, m’approvisionner aux épiceries ou au marché, prendre le taxi ou l’autobus, affronter l’administration, la foule et les regards obliques des tordus. Cela contrarie Hakim, mais je considère qu’il m’aide beaucoup et qu’il a assez à faire avec ses propres problèmes et responsabilités. Il n’a pas à se charger des miens.
Au terme d’une heure de marche nous sommes arrivés à la caserne 133. Ses murs sont hauts et surmontés de rouleaux entiers de fils barbelés et de tessons de bouteilles. De part et d’autre de la grande entrée un double barrage militaire permanent est tenu par une vingtaine de jeunes appelés, lourdement armés. Ils sont regroupés de part et d’autre de la route derrière des murs de sacs de sable, des pneus de tracteurs ou de semi-remorques, des barils de pétrole ou d’huile remplis de sable ou de pierres. A l’entrée comme à la sortie du barrage des chevaux de frise et des herses dissuadent tout passage en force. Un maigre couloir permet tout juste aux véhicules de pénétrer dans l’espace hautement sécurisé et d’en sortir. Aucun arrêt ou stationnement non autorisé par ces soldats n’est toléré. Les militaires filtrent sévèrement la circulation à sens unique. Les attentats sont légion. Les voitures ralentissent obligatoirement à une dizaine de mètres en amont de l’entrée du barrage. A hauteur du contrôle le chauffeur du véhicule se doit éventuellement d’éteindre l’autoradio. La nuit il est obligé de basculer des feux de croisement aux feux de position et d’allumer le plafonnier. Surtout ne rien hasarder, ne pas faire de geste brusque. Immobiliser le véhicule à hauteur du militaire, maintenir les mains sur le volant et n’accélérer, qu’après son autorisation verbale ou gestuelle. D’autres soldats postés à la sortie du barrage inviteront alors le conducteur à rejoindre la folle circulation. Plusieurs drames ont eu lieu durant ce type de contrôle. Les soldats sont à bout de nerfs. Ils peuvent tirer sans sommation. Hakim s’est avancé en direction d’un des appelés qui surveillaient en retrait le déroulement des contrôles. Il lui expliquait l’objet de notre déplacement avec toute la délicatesse possible requise en pareille situation. Il parlait lentement. Il parlait en me montrant du doigt de temps à autre. Mais le jeune soldat ne semblait pas disposé à l’écouter plus que cela. ‘‘Que Dieu lui donne patience’’ s’est-il contenté de dire en pressant le pas vers un de ses collègues. Il n’a pas laissé le temps à Hakim d’achever sa dernière phrase. ‘‘Il faut écrire’’ a-t-il coupé. Il ne dira pas un mot de plus. Hakim est demeuré figé un long moment, semblant hésiter entre révolte et résignation tout en mesurant les conséquences de l’une et de l’autre. D’autres soldats le sommèrent de quitter rapidement les lieux. Il baissa alors la tête et avança, l’air défait. Il ne nous restait qu’à retourner sur nos pas.
En repassant devant la gendarmerie, elle se trouve sur notre route, j’ai reconnu Si Zitouni, le père de Merwan. J’ai glissé deux mots à Hakim, il nous fallait lui parler. Si Zitouni était dans un état second, comme bouleversé. Il se lamentait de l’accueil qu’il venait de subir à la gendarmerie, ne savait plus vers quel saint se vouer. Il ne semblait plus maîtriser sa raison. Il gesticulait, ses mots s’obscurcissaient. Je ne comprenais vraiment pas ce qu’il essayait de nous dire. Manifestement il n’avait pas de nouvelles de son fils. Dans la situation que nous-mêmes vivons je m’interdisais toute culpabilité à l’égard du brave instituteur. Face à tant de désarroi Hakim ne pouvait que lui manifester sa compassion en l’encourageant dans ses recherches. Nous avions fait ce que nous avions à faire.
Arrivés dans le centre-ville d’El-Barki nous nous sommes séparés. Hakim a rejoint sa boutique. Il a peut-être fait l’impasse sur le déjeuner. Quant à moi je suis rentrée à Haouch Miloud complètement vidée. J’ai fait réchauffer un fond de chorba qui restait, puis me suis assoupie. Le soir après son travail Hakim est venu avec Houria et Houda, me tenir compagnie cette nuit encore. Les semaines et les mois à venir seront très durs. Dieu seul sait ce qu’ils me réservent. La seule chose dont je suis sûre est que je me battrai autant de jours que nécessaire, avec toute l’énergie qui me reste. Je ne me laisserai pas faire. Ils veulent ma résignation, je leur offrirai ma révolte. Dieu nous met à l’épreuve. Dieu aime ses serviteurs. Allah maa essabirine Dieu aime les patients. Lui sait ce que les kidnappeurs ont fait d’Amine. Moi je ne peux répondre à cette question aujourd’hui, mais une chose est sûre, j’éprouve maintenant ce sentiment définitif qu’il me faut, tant que je demeure en vie, prendre mon courage à deux mains et combattre les ténèbres, remuer ciel et terre jusqu’à ce que la lumière se fasse envers et contre tout, contre tous.

323 - SANSAL à Prague






Faits et événements Boualem Sansal :

« La Tchéquie est mon deuxième pays »

La foire internationale Le monde du Livre se poursuit jusqu’à dimanche à Prague. Parmi les auteurs invités de cette XVIIIe édition figure l’écrivain algérien Boualem Sansal. Bien que lauréat de nombreux prix littéraires, la position du romancier et essayiste dans son pays est très délicate en raison de sa critique du régime en place. Les œuvres de Boualem Sansal sont aujourd’hui lues et appréciées notamment en France et en Allemagne. Il a expliqué sa présence à Prague au micro d’Olga Stepanenko :

Boualem SansalBoualem Sansal Un des romans de Boualem Sansal a également été traduit en tchèque. L’écrivain est cependant lié à la République tchèque par des attaches bien plus profondes :

« Je suis publié en France et je suis publié à Prague parce que un de mes livres vient d’être traduit en tchèque et sera présenté à la foire du livre. La Tchéquie est mon deuxième pays parce que ma première femme est tchèque et mes filles vivent à Prague. »

En 2006, Boualem Sansal a publié une lettre ouverte intitulée « Poste restante : Alger, lettre de colère et d’espoir à mes compatriotes ». Ce texte, qui est un appel à la vraie démocratie, lui a valu une interdiction de publier dans son pays, interdiction qui n’a toujours pas été levée depuis. C’est ainsi que l’écrivain caractérise son œuvre :

« Mes livres sont, on va dire, plutôt engagés. Je n’aime pas trop l’expression, mais enfin on considère que je suis un écrivain engagé. Il y a beaucoup d’éléments politiques dans mes livres. Je parle des violences qui s’abattent sur le monde, je parle de l’islamisme, je parle de ces choses-là. Mes livres sont très critiqués dans mon pays et dans beaucoup de pays arabes. Ils sont interdits en Algérie. »

L’écrivain est venu en République tchèque pour présenter son livre « Le village de l’Allemand », roman traduit en quinze langues. La version tchèque du roman a été publiée aux éditions Pistorius et Olšanská. Boualem Sansal a présenté son roman aussi à Radio Prague :

« ‘Le village de l’Allemand’, c’est l’histoire d’un Allemand, d’un criminel de guerre, qui s’est sauvé après la défaite de l’Allemagne comme d’autres criminels de guerre pour se réfugier en Egypte, d’où il est ensuite venu se réfugier en Algérie. Et il est resté en Algérie. Il s’est engagé dans la révolution algérienne quand les Algériens étaient en guerre contre la France pour obtenir leur indépendance. Et, voilà, j’ai cherché dans son village, j’ai enquêté sur lui et j’ai découvert qu’il a une historie extraordinaire. (…) J’ai reconstitué sa vie d’une manière assez détaillée. Je suis même allé dans certains camps, comme Auschwitz, où il avait été. Mais c’est le fonds du livre. Mon roman n’est pas construit sur la vie de cet homme. Ce n’est que le décor. Mon livre s’intéresse aux enfants de cet Allemand. Il a eu deux fils, et je me suis intéressé à eux en me demandant comment pensent et réfléchissent les enfants qui découvrent que leur père est un criminel de guerre, que leur pays a commis un crime contre l’humanité. Comment ils s’interrogent par rapport à ça.

Donc, ce roman est le questionnement de ces deux garçons sur leur père, sur sa trajectoire, son histoire, sur l’Allemagne qu’ils ne connaissaient pas parce qu’ils sont nés en Algérie. Ils sont nés d’une mère algérienne musulmane. Et ils découvrent l’Allemagne, la Deuxième Guerre mondiale, la shoah, l’extermination et ils se posent beaucoup de questions. Ils vivent ensuite à Paris, dans la région parisienne, dans une banlieue très difficile qui est aux mains des islamistes. Donc, un des garçons s’interroge non seulement sur son père et la shoah mais aussi sur l’islamisme qui lui apparaît être une idéologie fasciste comme le nazisme. »

Boualem Sansal participera ce lundi à une rencontre avec les lecteurs tchèques au café de l’Institut français de Prague.

Par Olga Stepanenko le 18-05-2012
In : http://www.radio.cz

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Rencontres littéraires Boualem Sansal :

« S’il n’y avait pas eu de guerre dans mon pays, je n’aurais pas écris »

Boualem Sansal est un écrivain pour lequel la littérature est un outil nécessaire à l’amélioration du monde. Né en 1949 en Algérie, il est aujourd’hui censuré dans son pays et ses livres ne paraissent qu’à l’étranger. Ses romans sont très appréciés, notamment en Europe de l’Ouest où l’auteur a déjà reçu plusieurs prix littéraires. Les lecteurs tchèques ont désormais, eux aussi, la possibilité de lire la traduction tchèque de son roman « Le village de l’Allemand » qui lui a valu le Prix des Libraires allemands. Il en a été question dans un entretien que l’écrivain a accordé à Radio Prague et dont voici la première partie.

Boualem Sansal Boualem Sansal A en croire votre biographie, vous n’avez commencé à écrire qu’en 1997 donc presque quinquagénaire. Pourquoi si tard et quelle a été l’impulsion décisive qui vous a lancé dans l’écriture ?

 « L’impulsion, c’est l’état de guerre. L’Algérie a sombré dans une guerre civile à partir de 1990-1991 et donc, pendant cette décennie, on s’interrogeait beaucoup. Nous nous sommes mobilisés avec des amis pour essayer d’ abord, de comprendre puis, de participer d’une manière ou d’une autre au règlement de la crise. Nous avons donc formé un petit groupe de dix puis nous sommes passés à vingt et à quarante. Il y a avait là-dedans des intellectuels, des écrivains dont deux de mes grands amis. Il y avait aussi des avocats, des gens spécialisés dans les droits de l’homme, quelques hommes politiques. On essayait de comprendre ce qui se passait, on essayait de militer. Nous ne savions pas comment puisque nous ne sommes pas des hommes politiques. Chacun avait sa méthode : certains utilisaient les livres, d’autres écrivaient des articles dans les journaux, en Algérie, en France et ailleurs. Nos avocats faisaient un peu de diplomatie et contactaient des missions internationales. On s’est partagé les rôles. Mais je crois que dans tous les pays de l’Est on a connu ça, évidemment. »

Vous avez dit : « Je fais de la littérature. Pas la guerre », mais vous êtes quand même un écrivain qui aborde d’importants problèmes politiques. Quelle est la place de la politique dans votre œuvre?

    Franchement, s’il n’y avait pas eu de guerre dans mon pays, je crois que je n’aurais pas écrit.

 « Je crois que dans mon oeuvre et dans mon travail il n’y a que de la politique. Sinon je n’aurais pas de raison d’écrire. Franchement, s’il n’y avait pas eu de guerre dans mon pays, je crois que je n’aurais pas écrit. Je suis un scientifique. J’ai fait des études d’ingénieur et je suis économiste. J’étais très engagé dans les entreprises dans lesquelles je travaillais. J’écrivais, mais dans mon domaine, en tant qu’ingénieur qui enseignait et qui était à la fois chercheur. En tant qu’économiste ingénieur, j’ai travaillé sur des questions un peu spéciales. Ma vie était très remplie. Je ne ressentais pas le besoin d’écrire, même si j’étais quelqu’un qui adorait lire et qui a toujours été un très grand lecteur. Mais cette guerre civile qui était mystérieuse et complexe a posé des problèmes énormes et pas seulement économiques, mais des problèmes philosophiques, religieux, sociaux en relation avec le monde. On avait besoin d’autres instruments pour comprendre. Et on savait bien que l’écriture était importante. »

L’écriture peut devenir donc un instrument politique. Est-ce un instrument efficace ?

 « On est obligé, de toute façon, de passer par l’écrit. On est ensemble, on parle, on prépare des papiers qu’on doit envoyer à l’ONU, à des gouvernements, au gouvernement algérien, à des partis politiques. Et on découvre que quand c’est bien écrit et bien argumenté, quand c’est bien fait, l’impact est fort. »

Dans votre premier roman « Le serment des barbares » vous donnez une image critique de la situation en Algérie. Que pouvez-vous dire sur le sujet de ce roman et quelles réactions a-t-il suscitées ?

 « Ce livre a été très mal reçu parce que à l’époque nous étions en pleine guerre et les gens ne comprenaient pas ce qui se passait en Algérie. Nous-mêmes, on ne comprenait pas. Quand nous prenions des contacts avec des ambassades étrangères, lorsque nous écrivions au Parlement européen, au Parlement français, à des ministres, nous disions que nous ne comprenions pas ce qui se passait dans le pays et que nous ne savions pas qui devait être aidé. Nous avons donc fait ce travail de décryptage et d’explication. C’est moi qui ai été chargé de ce travail. Et il fallait dire les choses comme elles étaient, c’est-à-dire faire un travail d’expert. Nous devions dire si c’était bon ou non et dire qu’il y avait une dictature dans notre pays. Quand j’ai tiré un roman de ce travail qui a duré plusieurs années, ça a évidemment beaucoup, beaucoup déplu à mes compatriotes. Quand on critique la culture des gens, on dénonce aussi leurs traditions parce que la violence dans laquelle on vit vient de quelque part. Elle ne vient pas du ciel. Il y a la dictature bien sûr, mais il y a aussi une culture, une tradition. Alors ils ont dit : Nous on n’est pas comme ça. Il a été très, très mal reçu ce livre. »

Vous êtes venu à Prague pour présenter aux lecteurs la traduction tchèque de votre roman Le village de l’Allemand ou le Journal des frères Schiller. Quelle est la place de ce roman dans l’ensemble de votre œuvre ?

 « C’est effectivement un livre à part dans mon travail mais seulement en apparence. Bien avant la guerre, dix ans avant que ne commence la guerre civile en Algérie j’ai fait la connaissance de ce village. J’ai visité ce village où vivait un Allemand ; un ancien SS à la vie très aventureuse qui m’a raconté son histoire. Il est parti d’Allemagne vers l’Egypte et il est venu en Algérie où il a participé à la Guerre de libération. C’était dans les 1980 et cela est resté dans ma tête. Cela m’a poussé à lire des choses sur la Deuxième Guerre mondiale, sur les Allemands, sur le nazisme et à la découverte de la shoah - vingt années de travail sur la shoah, etc. Et puis la guerre civile arrive dans mon pays et je découvre en route, pendant cette guerre, quand je travaillais avec des amis, des similitudes étranges entre le nazisme et l’islamisme dans certains pays et dans certains types d’islamisme qui sont de véritables fascismes à la base et des idéologies. J’ai cherché à savoir si ce sont seulement des fascismes qui se ressemblent ou s’ils ont une histoire commune. Et j’ai trouvé des liens historiques qui sont connus et très documentés même si l’on en parle très peu. Donc finalement, on peut le lire comme un livre sur la shoah seulement mais si on le prend sous l’angle de l’islamisme que j’ai décrit dans ce roman et qui est quand même au cœur du roman, c’est un roman dans la lignée des autres. L’étrangeté c’est qu’il y a une grande partie sur la shoah. C’est un événement immense. Il s’est passé une fois et la question se pose : Est-ce qu’il peut encore avoir lieu ? »

Les éditeurs tchèques ont-ils eu la main heureuse lorsqu’ils ont choisi ce roman pour vous présenter aux lecteurs tchèques et vous lancer sur le marché du livre tchèque ?

 « Oui, j’imagine. Le roman a eu beaucoup de succès. Il a beaucoup interpellé les gens parce que chacun s’est reconnu dans ce livre. Les Allemands évidemment, les Français s’y sont reconnus par rapport au pétainisme et à la Guerre d’Algérie et ses violences. Dans les pays de l’Est on s’y reconnaît parce que, évidemment, beaucoup de gens ont participé à la dictature et au fascisme stalinien et ont opprimé les autres. Voilà, tout le monde se reconnaît un peu dans cette histoire où il y a des fascismes d’Etat qui s’installent, qui martyrisent la population et qui font ce que j’appelle « le génocide blanc ». Ils détruisent les gens sans les tuer par le lavage de cerveau. Ils les dépouillent de leurs vies et en font des automates. »

( La seconde partie de cet entretien sera présentée dans le cadre de cette rubrique samedi 2 juin. )

Par : Václav Richter le 26-05-2012
In : http://www.radio.cz
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jeudi, mai 24, 2012

322 - Sansal Ce qui doit être dit


Lettre de Günter Grass à Boualem Sansal


23-05-2012


Par Noureddine Khelassi


Attention, amis lecteurs, il ne s’agit pas ici, dans ces colonnes de presse, de pendre l’écrivain Boualem Sansal après l’avoir suspendu aux colonnes de Beït HaMiqdash, la Maison de la Sanctification, autrement dit le Temple de Salomon à El Qods. Il n’est point question de son choix souverain d’écrivain engagé et affranchi de se rendre en Israël. Sansal est un homme libre. Ces romans ont montré qu’il est émancipé des préjugés philosophiques, des traditions religieuses et de la bien-pensante politique. La question n’est donc pas celle de la liberté d’y être mais de l’obligation d’y dire. De dire ce qu’un homme de symboles, comme lui, devait y dire et qu’il n’a pas pu ou voulu dire. Ou de ne pas dire ce qu’il n’aurait pas dû y dire et qu’il a finalement dit une fois sur place. Günter Grass, le prix Nobel de littérature allemand, avait dit pour sa part ce qu’il fallait dire sans s’y être rendu. Il a dit ce qui était assez juste à ses yeux pour être dit et clamé dans son célèbre poème Ce qui doit être dit. Ce texte au sujet duquel on a tant dit en Israël et en Europe résonne aujourd’hui comme une lettre indirecte de l’écrivain allemand à l’auteur algérien du Village de l’Allemand. L’auteur, notamment, des Années de chien, de Anesthésie locale, de Tirer la langue et de Toute une histoire, lui, s’est demandé «pourquoi me taire, pourquoi taire trop longtemps ce qui est manifeste ?» Il a espéré aussi que «beaucoup puissent se libérer du silence». Ses paroles ont alors retenti comme un tambour. Lorsqu’il a posé une kippa sur la tête et quand il s’est approché du Mur des Lamentations à Yérouchalaïm, Boualem Sansal ne s’est pas «libéré du silence» à propos du sort d’un peuple dont les millions d’âmes de la terre de Palestine ont depuis 1948 le statut officiel de réfugiés. Ce silence assourdissant, on l’a entendu en Algérie. En d’autres lieux où on ne comprend pas également qu’un écrivain symbolique n’entende pas, derrière le Mur des Lamentations, les cris des douleurs palestiniennes derrière les murs des ghettos et au-delà des remparts ceinturant les cloaques urbains où des Palestiniens survivent en reclus. Sur cette terre de messages et de miracles, l’écrivain algérien, qui ne se taisait jamais lorsqu’il s’agissait de pourfendre le «nazislamisme» et le «nationalautoritarisme» dans son propre pays, n’a pas dit grand-chose sur le calvaire christique du peuple palestinien. Il a juste dit «qu’il faudra qu’autour de la table (de négociations de paix), il n’y ait que des Palestiniens et des Israéliens». Paroles qui ne mangent pas de pain. Même pas le pain azyme, même pas le pain des anges, même pas le pain d’hostie alors que le pain, c’est le corps du Christ «livré à vous». Mais Boualem Sansal n’a pas dit que derrière les murs de l’orgueil sioniste, derrière les fortifications de l’arrogance militaire et derrière les boucliers de la chared, la peur hébraïque ancestrale, un peuple y survit. Sans avoir le droit à la vie digne et à la liberté inaliénable. Il aurait alors, à l’image de Günter Grass quand il a dit Ce qui doit être dit, contribué à «les aider tous, Israéliens et Palestiniens, plus encore, tous ceux qui, dans cette région occupée par le délire et la peur, vivent côte à côte, en ennemis.» Lorsqu’il a mis la kippa, le laïc Sansal ignorait peut-être l’injonction talmudique qui dit «couvrez votre tête afin que la crainte du Ciel puisse être sur vous». Est-ce pour cette raison qu’il n’a pas entendu les cris des Palestiniens, derrière leurs murs, par-delà le Mur des Lamentations ?






In : http://www.latribune-online.com/suplements/culturel






Merci Noureddine Khelassi pour cet article objectif, sans haine, et qui met chacun devant ses responsabilités, y compris Boualem Sansal. Il y a effectivement des silences plus tonitruants que mille boulets de canons. Ainsi (semble-t-il) celui de l’écrivain face au drame centenaire quasiment du peuple Palestinien.


Et voici ce qu’a « dit » Gunter Grass :


Günter Grass : "Ce qui doit être dit"


Le Monde.fr
05.04.2012

Par Günter Grass Traduit de l'allemand par Olivier Mannoni

Pourquoi me taire, pourquoi taire trop longtemps



Ce qui est manifeste, ce à quoi l'on s'est exercé



dans des jeux de stratégie au terme desquels



nous autres survivants sommes tout au plus



des notes de bas de pages



C'est le droit affirmé à la première frappe



susceptible d'effacer un peuple iranien



soumis au joug d'une grande gueule



qui le guide vers la liesse organisée,



sous prétexte qu'on le soupçonne, dans sa zone de pouvoir,



de construire une bombe atomique.



Mais pourquoi est-ce que je m'interdis



De désigner par son nom cet autre pays



Dans lequel depuis des années, même si c'est en secret,



On dispose d'un potentiel nucléaire en expansion



Mais sans contrôle, parce qu'inaccessible



À toute vérification ?



Le silence général sur cet état de fait



silence auquel s'est soumis mon propre silence,



pèse sur moi comme un mensonge



une contrainte qui s'exerce sous peine de sanction



en cas de transgression ;



le verdict d'"antisémitisme" est courant.



Mais à présent, parce que de mon pays,



régulièrement rattrapé par des crimes



qui lui sont propres, sans pareils,



et pour lesquels on lui demande des comptes,



de ce pays-là, une fois de plus, selon la pure règle des affaires,



quoiqu'en le présentant habilement comme une réparation,



de ce pays, disais-je, Israël



attend la livraison d'un autre sous-marin



dont la spécialité est de pouvoir orienter des têtes explosives



capables de tout réduire à néant



en direction d'un lieu où l'on n'a pu prouver l'existence



ne fût-ce que d'une seule bombe atomique,



mais où la seule crainte veut avoir force de preuve,



je dis ce qui doit être dit.



Mais pourquoi me suis-je tu jusqu'ici ?



parce que je pensais que mon origine,



entachée d'une tare à tout jamais ineffaçable,



m'interdit de suspecter de ce fait, comme d'une vérité avérée,



le pays d'Israël, auquel je suis lié



et veux rester lié.



Pourquoi ai-je attendu ce jour pour le dire,



vieilli, et de ma dernière encre :



La puissance atomique d'Israël menace



une paix du monde déjà fragile ?



parce qu'il faut dire,



ce qui, dit demain, pourrait déjà l'être trop tard :



et aussi parce que nous - Allemands,



qui en avons bien assez comme cela sur la conscience -



pourrions fournir l'arme d'un crime prévisible,



raison pour laquelle aucun



des subterfuges habituels n'effacerait notre complicité.



Et admettons-le : je ne me tais plus,



parce que je suis las de l'hypocrisie de l'Occident ; il faut en outre espérer



que beaucoup puissent se libérer du silence,



et inviter aussi celui qui fait peser cette menace flagrante



à renoncer à la violence



qu'ils réclament pareillement



un contrôle permanent et sans entraves



du potentiel nucléaire israélien



et des installations nucléaires iraniennes



exercé par une instance internationale



et accepté par les gouvernements des deux pays.



C'est la seule manière dont nous puissions les aider



tous, Israéliens, Palestiniens,



plus encore, tous ceux qui, dans cette



région occupée par le délire



vivent côte à côte en ennemis



Et puis aussi, au bout du compte, nous aider nous-mêmes.



Günter Grass Traduit de l'allemand par Olivier Mannoni
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In : Le Monde 15 avril 2012

mercredi, mai 23, 2012

321 - Boualem Sansal en Israël




1- Boualem Sansal est un homme libre. Il voyage où bon lui semble. Je comprends parfaitement qu’il veuille débattre de ses romans où il veut. Personnellement, pour raison professionnelle, à la fin des années 90 j’ai failli traverser Israël pour effectuer un reportage, y compris dans les territoires occupés. En juin 2000 une délégation d'universitaires et de journalistes algériens s'étaient rendus dans cet Etat. La question, si question il y a, porte sur la perception que chacun a de l’Etat hébreux, sans confondre cet Etat voyou avec ses populations. Mon ami Sansal le fait-il ? Je n’en sais rien, après tout cela est son problème. Chacun défend ses convictions comme il l’entend. Sur Israël, je dirais avec d’autres qu’il est un Etat colonialiste soutenu par les grandes puissances et la lâcheté de nombreux dirigeants arabes, au détriment des populations Palestiniennes spoliées. Mais cela doit-il empêcher un journaliste ou un auteur Algérien, arabe ou autre d’aller sur place ? Je pense que non.

2- Il va sans dire que les propos tenus par les uns et les autres dans ce blog n’engagent que leurs auteurs. Il est évident que je n’approuve pas nécessairement leur contenu, notamment ceux (loin, très loin de la littérature) qu’avance ci-dessous l’insupportable JP Lliedo, homme aigri probablement et haineux assurément, réglant ses comptes à je ne sais qui, en s’en prenant aux arabes, aux Palestiniens, aux démocraties arabes… s’est-il un jour interrogé sur ses convictions communistes peut-être même staliniennes, qu’il a défendues des années durant sans jamais faire son mea-culpa ?

Merci.
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Boualem Sansal à Jérusalem
Par Jean-Pierre Lledo - Mardi 22 mai 2012
Voilà, Boualem Sansal est reparti. Voyage éclair. Mais pour toutes celles et ceux qui ont pu l’approcher durant ces 4 jours (13 au 16 Mai), à Jérusalem ou à Tel Aviv, à l’occasion de sa participation au Festival International des Ecrivains 2012 de Jérusalem, la lumière de l’éclair restera pour toujours. Pour d’innombrables raisons.
Malgré sa notoriété qui grandit de roman en roman, Boualem est resté le même, modeste, à l’écoute, doux, n’élevant jamais la voix, naïf et pas faussement, tellement sans masque qu’on a envie de le lui en tendre, au moins un, on sait jamais.
Comment ne pas penser à cette autre force tranquille, l’écrivain Tahar Djaout qui, lui en plus, roulait adorablement les ‘’r’’ ? (Il fut assassiné le 27 mai 1993 par les islamistes alors qu’il venait de sortir de son immeuble et d’entrer dans sa voiture, dans une lointaine banlieue d’Alger).

Même les énormités ne perturbent pas plus Boualem qu’elle ne perturbait Tahar.

Et autant le dire de suite, Boualem n’en entendit pas une seule, là.

Les énormités, faut aller les chercher sur le net : haine, antijuivisme primitif le disputant à un aussi primitif anti-israélisme, insultes nauséabondes, baignant souvent dans ce nazislamisme déjà dénoncé par l’auteur dans ‘’Le Village de l’Allemand’’.




Même aussi dénué de préjugés que lui, arriver à Jérusalem quand on vient d’Algérie n’est pas une mince affaire. Que faut-il surmonter ? Je lui ai posé la question. Réponse : ‘’la peur’’. Et Boualem refuse d’avoir peur, car ‘’c’est entrer dans leur logique’’. Celle du censeur, du dictateur, du sectateur, et de tous les autres bien-penseurs. Il faudrait écrire panseurs.

N’ayant pas peur, il a pu savourer ses sensations, celles du lieu magique, Yérouchalaïm (Jérusalem prononcé en hébreu), celles des rencontres avec ses habitants-lecteurs-auditeurs, et en éprouver du bonheur. C’est beau de voir un visage émerveillé. On a beau avoir dépassé la soixantaine, c’est celui d’un enfant. Rien de mystique ni du fameux syndrome de Jérusalem, pourtant.

Car il en sera ainsi de tous les Arabes qui viennent et viendront en Israël.

Planter ses dents dans le fruit défendu, c’est quand même le plaisir des plaisirs.
Ensuite, retrouver ces Juifs qui ont été chassés de tous les pays arabes. 600 des 900 mille, ce n’est pas rien. Et donc forcément qu’à chaque coin de rue, vous avez de fortes chances de vous retrouver nez à nez avec un de ces 600 000, un pote de Tlemcen, ou de Constantine, ou du Mzab, ou du bled de la Kahena dans les Aures… Et le nez, les Juifs comme les Arabes, ils n’plaisantent pas avec.
photo in Guysen
Ensuite, quand on vient du monde arabe, et qu’on a dû prendre son visa à Paris, donc traverser plusieurs pays d’Europe, où insensibles aux tueries et aux discriminations les plus intolérables du monde musulman, vis-à-vis des Noirs, des Chrétiens, et de tout musulman qui ose déroger, Israël est devenu le seul motif d’indignation, la grosse surprise c’est, bien sûr, de marcher dans des rues où se croisent des Arabes et des Juifs le plus normalement du monde, ou bien de traverser tout Jérusalem et ses quartiers plutôt arabes ou plutôt juifs, dans ce fameux tramway à peine inauguré, sans que l’on y voit un seul policier, sans que le moindre ‘’crime talmudique’’ ne soit commis pour faire de la galette avec du sang d’enfant arabe, puisque tel est le sujet favori d’une bonne partie de la production romanesque dans le monde arabe…

Boualem m’a d’ailleurs demandé comment étaient habillés les policiers. Je lui ai répondu que je me posais la même question, car je n’en avais pas encore vus, et que je me demandais même comment d’aussi grandes villes pouvaient s’autodiscipliner.

Et lorsque Boualem s’est rendu au lycée français de Jérusalem qui tient à s’afficher ‘’laïque’’ bien que situé dans le couvent St Joseph, ce qui l’a éberlué, c’était que hormis quelques profs et le proviseur, des Français, le reste, profs et élèves étaient Juifs et Arabes, ces derniers étant soient israéliens, soit venant des Territoires administrés par l’Autorité Palestinienne.

Les keffiehs que portaient certains élèves ne lui ont pas échappé non plus. C’est vrai que c’était le jour de la ‘’Naqba’’ (catastrophe), que depuis quelques années les dirigeants palestiniens tiennent à commémorer, sous ce nom, presque l’équivalent en hébreu de la ‘’Shoah’’, excusez du peu,[Ahmed Hanifi : Je n’ai pas pu résister ici pour dire que je trouve ces mots « excusez du peu » de LLiedo nauséeux.] le même Jour que l’indépendance israélienne de Mai 1948.

Quand les Arabes et les Palestiniens pourront librement - c’est à dire sans que les intellectuels n’aient peur pour eux et leur famille - se réapproprier leur histoire, ils devront sans aucun doute conserver une Journée Naqba, mais en la situant bien, bien avant…

Par exemple, au tout début du 20ième siècle lorsque les premiers mouvements politiques arabes - ils ne se disaient pas encore ‘’palestiniens’’ puisque les premiers palestiniens de cet endroit furent … Juifs - au lieu de s’employer à bâtir les institutions de leur futur Etat, comme le fit le mouvement sioniste, consacrèrent toute leur énergie à nier le droit national des Juifs à avoir leur propre Etat, d’abord par la parole, puis par le boycott de leurs produits économiques, puis par les assassinats de simples gens, puis en commençant par chasser les Juifs de Galilée, de Hébron, et de Jérusalem, c'est-à-dire ceux qui n’avaient jamais quitté cette terre, enfin par la guerre dirigée par le Hadj Amin El Husseini financé dès les années 30 par les nazis.

Fourvoyés par leurs chefs et par des pays arabes dont les frontières ont toutes été dessinées par la puissance dominante, l’Angleterre, telle est la véritable Naqba des Palestiniens arabes, chrétiens et musulmans.

Le jour où l’on verra des intellectuels arabes et palestiniens le dire et l’écrire, alors la solution du conflit israélo-palestinien ne sera plus très loin…
Sansal, quant à lui, est persuadé qu’un jour la paix arrivera. Et il a même une petite idée toute simple qu’il ne nous a pas dissimulée…

‘’Il faudra qu’autour de la table, il n’y ait que des Palestiniens et des Israéliens.’’. Pas d’autres.

‘’Ni des Européens, ni des Américains, ni des Russes, car tous n’ont en vue que leurs intérêts’’.

Ni des Arabes d’ailleurs, surtout eux, qui aujourd’hui se sont livrés aux islamistes…

Les islamistes, et on l’avait compris depuis ‘’Le Village de l’Allemand’’, sont pour Boualem le mal absolu.

Aussi a-t-il tenu à s’élever contre ceux qui en Europe défendent l’idée que c’est ‘’un mal nécessaire’’.

Traverser le Mal pour aller vers le Bien ? ‘’Ridicule, suicidaire !’’, hausse à peine la voix, Boualem : ‘’Pour aller vers le bien, il faut s’ ECARTER du Mal’’.

Mais les élections dans le monde arabe qui lorsqu’elles sont libres portent partout au pouvoir les islamistes, laissent-elles un espoir, lui ont demandé maintes fois ceux qui firent salle comble à chacun de ses débats ?

‘’Pas à brève échéance’’, admet l’écrivain. Et précise-t-il, le temps à lui seul n’y fera rien. De débat en débat, Boualem ne craint pas de se répéter : ‘’les intellectuels du monde arabe doivent se mettre au travail’’, pour élaborer une pensée indépendante des pouvoirs consacrés, une pensée qui ne recule devant aucun tabou. Et comme Boualem ne veut pas désespérer, il énumère quelques exemples (peu nombreux) de réactions positives à son voyage actuel en Israël, qui certes par ces temps de fange haineuse, illuminent...

La question qui est revenue le plus souvent est : ‘’Pourquoi restez vous en Algérie ?’’. Certains le prièrent même, larmes aux yeux : ‘’Ne tentez pas le diable, partez !’’. Et Boualem de citer un échantillon de la longue liste des bêtes noires du pouvoir qui depuis 1962 ont toutes été assassinées dans différentes villes d’Europe, sans même que les polices de ces pays dotés pourtant d’Etats de droit et de justices indépendantes n’aient mené la moindre enquête.

‘’Ce n’est pas moi qui doit partir, ce sont eux (les pouvoirs) !’’.

Evidemment, le public israélien n’a pas l’habitude de rencontrer pareils énergumènes.

Surprise. Etonnement. Effarement. Ahurissement. Stupéfaction. Ebahissement. Eblouissement. Emerveillement. Fascination….

Voilà, je vous ai mis tous les synonymes de ‘’surprise’’ que me propose l’ordinateur. Et il est certain que le charme, comme l’éclair dont je parlais au début, n’est pas prêt de s’estomper.

Tant de mots du coeur lui ont été dits… En aparté : ‘’Beaucoup vous admirent, moi je vous aime’’, dixit Ziva. Et en public : ‘’si Primo Lévi était vivant, il serait votre ami, Boualem !’’. Suprêmissime compliment par quelqu’un qui, nous dit-il, avait perdu 60 personnes de sa famille dans tous les camps hitlériens.

Là, où passe Boualem, l’effet est durable. Et au moment de se séparer, le seul mot que son public et lui n’ont pas prononcé, est ‘’adieu’’, tant il était évident pour tous, qu’une longue histoire venait de commencer. Venait ou avait déjà commencé depuis si longtemps, il y a 2000 ans ou plus, lorsque les premiers Juifs arrivèrent après avoir été chassés de leur Judée et qu’ils furent adoptés par les Berbères ?

Car s’il est bien un sentiment qui vous prend à la gorge et ne vous quitte plus en arrivant pour la première fois à Jérusalem, c’est que c’est bien le lieu où l’histoire brisée et violente de l’humanité se recollera et s’apaisera…
Que les artistes et intellectuels du monde arabe qui auront un peu de son courage sachent ce qui les attendent et ce qu’ils auront à ressentir : combien il est bon d’être aimé par ceux que l’on nous avait présenté comme des ennemis !

Ses derniers moments hiérosolomytains, Boualem tint à les passer avec ses compatriotes de Tlemcen, Miliana, Blida, Alger, et j’en oublie, (cf toutes les photos ci-dessus) dans une superbe maison du quartier juif de la Vieille Ville, rasé après 1948, quand il tomba dans les mains de la Jordanie, et reconstruit après la victoire israélienne lors de la guerre des six jours en 1967.

Avant de se séparer, on monta sur la terrasse. Il faisait grand nuit, et le Dôme du Rocher luisait de sa dorure. On pouvait rêver à la grande réconciliation entre les enfants d’Abraham que venait à peine d’évoquer notre hôte, lui aussi Abraham, dans une magnifique envolée lyrique, applaudie par Boualem…

Moi je ne pus m’empêcher de penser à ce SMS reçu à Paris il y a 2 ans, que me retransmit une intellectuelle algérienne et qui disait, alors que l’on venait juste d’inaugurer la grande synagogue ‘’Hourva’’ explosée, avec de nombreuses autres en 1948, par la Légion jordanienne : ‘’En ce moment les buldoozers deTsahal sont en train de détruire El Aqsa’’

PS : Ah, j’allais oublier… On a aussi beaucoup parlé de littérature. Boualem ne la joue jamais ‘’Ah vous savez c’est très mystérieux’’… Il demande juste combien de temps on lui donne pour répondre, et comme s’il se parlait, il recompose, et réemprunte devant nous, mezzo voce, tous ses labyrinthes créatifs.

Mais pour cette fois, je crois que là n’était pas l’essentiel…

In : http://www.guysen.com
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Israël - Boualem Sansal, la visite tumultueuse d'un écrivain algérien en Israël
par Misha Uzan
Numéro 1114 - 22.05.2012 - 1 Sivan 5772

Boualem Sansal est un auteur algérien censuré dans on pays.
Ailleurs dans le monde il est un romancier et essayiste, reconnu.
Il a participé la semaine dernière à la troisième édition du Festival international des écrivains à Jérusalem, défiant la censure dans son pays -et le monde arabe pour - se rendre en Israël.

"Quand j'ai accepté cette invitation je suis devenu la cible de la condamnation, mais j'ai décidé de venir parce que c'était important" a déclaré Boualem Sansal.

Boualem Sansal, âgé de 62 ans, a grandi dans un village berbère à 200 km au sud-ouest de la capitale, Alger. Ingénieur et titulaire d'un doctorat en économie, et il a commencé à écrire des romans à 50 ans après une longue carrière au sein du gouvernement.

Aujourd'hui, le romancier est un critique véhément du gouvernement autoritaire en Algérie ainsi que des islamistes. Depuis 2006 ses livres - tous écrits en français - ont été interdits en Algérie.

Sansal a été présenté en 2007 au Festival de littérature de Berlin comme un écrivain "exilé dans son propre pays.".
Dans un discours d'ouverture du salon des écrivains, dimanche soir, Uri Dromi, le directeur général, a applaudi Sansal, et d'autres qui ont bravé la pression pour se rendre en Israël, rendant hommage à "certains de nos amis de l'étranger confrontés, comment dirais-je, à la critique hostile".

En 2008 Sansal a publié son cinquième roman, le premier à être traduit en anglais, sous le pseudonyme de Mujahid.
Le roman raconte l'histoire de deux frères algériens qui découvrent que leur père avait été un officier nazi SS qui a fui en Afrique du Nord après la Seconde Guerre mondiale. Il explore également les liens entre le nazisme et l'islamisme, deux mouvements qui selon l'auteur, partagent des visions totalitaires et connaissent tous deux "le concept de la conquête - la conquête des âmes, mais aussi des territoires.

"Je vois bien des parallèles, et je crois que nous devons analyser le national-socialisme, si nous voulons garder l'islamisme en échec", commentait-il en 2009.

A Jérusalem, Sansal, laïc convaincu, a réitéré ses avertissements concernant la marée montante de l'islamisme dans le sillage des révoltes arabes.
"Je pense que nous sommes dans les années 1930 du siècle dernier - alors, personne n'a répondu correctement.
Aujourd'hui l'islamisme est devenu le fascisme.
Il ne faut pas se leurrer, cela prendra 10 ou 15 ans - ce sera un travail très difficile".

Les réactions en Algérie ont été partagées.
"Sur mon site, c'était 50/50" explique-t-il. "La moitié des gens disaient qu'on devrait faire pour moi ce qu'ils ont fait à Mouammar Kadhafi en Libye. L'autre moitié a dit que c'est merveilleux, que nous pouvons apprendre de l'expérience d'Israël. "

Dans le reste du monde arabe, les réactions à la visite de Sansal ont été extrêmement négatives.
Le Hamas a fustigé la visite de l'auteur comme un "crime contre les 1,5 millions de martyrs algériens qui ont sacrifié leur vie pour la liberté sous l'occupation française", affirmant qu'il légitime "les crimes perpétrés contre le peuple palestinien."

Sansal a indiqué qu'il expliquerait les raisons de sa visite une fois qu'il serait rentré en Algérie. "Je vais m'expliquer par des articles.
Je suis très écouté en Algérie, même si je ne suis pas autorisé à m'exprimer librement là-bas."

In : http://www.israel-infos.net
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Ferhat, Sansal, Israël et la Palestine
21-05-2012
Par Noureddine Khelassi
Irrésistiblement, les visites en Israël d’un écrivain algérien et d’un homme politique qui se définit avant et après tout comme Kabyle, entraînent la pensée vers le philosophe roumain Emil Cioran. Les séjours dans l’Etat hébreu de Boualem Sansal et de Ferhat Mhenni inspirent le souvenir de l’auteur du «Précis de décomposition», de «La tentation d’exister», du «Bréviaire du vaincu» et de «La chute dans le temps». Si comme Cioran, Boualem et Ferhat avaient été confrontés à la «pensée de la lucidité et du reniement permanent», et médité comme lui sur «l’illusion vitale», ils auraient su que «n’a de convictions que celui qui n’a rien approfondi». Et, toujours éclairés par Cioran, ils se seraient probablement convaincus que «la lâcheté rend subtil». Grâce à lui encore, ils se seraient persuadés que «l’homme libre ne s’embarrasse de rien, même pas de l’honneur». Peut-être, oui peut-être, ils auraient lu, comme dans un miroir, l’hypothèse de Cioran énonçant que «si l’on pouvait se voir avec les yeux des autres, on disparaitrait sur le champ». Alors, regardons leur geste avec les yeux de Palestiniens que nous ne sommes pas mais que nous pouvons être, par principe. Des palestiniens qui, après avoir lu le même Cioran auraient demandé aux Algériens Boualem et Ferhat si c’est «le besoin de remords qui précède le mal, qui le crée ?» A cette question, nos deux libres transgresseurs de «tabous arabes», selon l’expression d’un journal parisien et pharisien, ne peuvent se dérober. D’abord Boualem Sansal, auteur désormais distingué en France, en Allemagne et en Israël, du «Village de l’Allemand» et de «Rue Darwin». L’écrivain, est, par définition, un homme libre et un libre penseur. Il est libre de ses choix sans pour autant faire
l’économie de leurs multiples implications. Car il est lui-même un symbole, porteur de symboles et ne faisant et ne disant rien qui ne soit pas de l’ordre du symbolique. Présent au Mishkenot Sha’ananim, le Festival international des écrivains de Jérusalem, le romancier ne pouvait ignorer que l’invitation qui lui était adressée était symbolique de ce que les Israéliens voulaient tirer comme avantages du symbole. A aucun moment, l’écrivain, qui a toujours mis son talent au service du courage de pourfendre l’autoritarisme et l’islamisme dans son pays, n’a dit un mot, aussi symbolique soit-il, sur les Palestiniens. Peut-être que les murs de l’apartheid, érigés par l’intransigeance idéologique, l’arrogance militaire et l’intolérance religieuse israéliennes sont trop épais. Tellement consistants que l’écrivain n’a pas entendu les cris de douleur et de désespoir d’un peuple reclus dans des ghettos territoriaux et assignés à résidence, la vie durant ? Partout où l’écrivain symbolique est passé en Israël, notamment au célèbre café-librairie Tmol Shilshom de Jérusalem, pas un mot de lui sur le déni permanent du droit élémentaire du peuple palestinien à vivre dans un Etat souverain et viable. Un Etat dans des frontières reconnues et sûres, qui ne ressemble pas à la peau de léopard taillée à la serpe par une politique de colonisation intensive et expansive. Pourtant, c’est Boualem Sansal lui-même, dans «Rue Darwin», qui a écrit : «Je découvrais que les grands criminels ne se contentent pas de tuer comme ils s’y emploient tout au long de leur règne ; ils aiment aussi se donner des raisons pressantes de tuer : elles font de leurs victimes des coupables qui méritent leur châtiment.» A Jérusalem, l’écrivain algérien, et c’est tout un symbole, ne l’a pas répété, mêmes avec d’autres mots. Primo Levi, l’auteur de «La recherche des racines» et du «Fabricant de miroirs», l’aurait «considéré comme un ami», a dit de Sansal un de ses interlocuteurs israéliens. Ariel Sharon est certes dans le coma éternel, mais il n’est pas encore mort. Boualem Sansal l’a oublié. L’autre visiteur d’Israël, même si la symbolique de son séjour en terre sainte est différente, a, lui aussi, oublié le symbole Sharon. Ferhat Mhenni, président du mouvement séparatiste MAK, chef de l’ANAVAD, le gouvernement provisoire de la Kabylie, non encore reconnu, s’est rendu en Israël, à l’invitation d’un dirigeant de premier plan du Likoud. Parti symbolique, allié à l’extrême-droite religieuse qui veut pousser les murs de séparation jusqu’à la mer et au désert du Sinaï. Les dirigeants israéliens, qui connaissent la valeur des symboles liés au mont Sion, Théodore Herzl et Eretz Israël, ont vu en Ferhat Mhenni un symbole. Il est le premier Algérien à souhaiter l’installation d’une ambassade israélienne en Algérie, même si, dans un futur hypothétique, elle serait ouverte à Tizi Ouzou ou à Bgayet. Les idéologues du Likoud, encore un symbole, n’ignoraient rien de l’attachement que porte Ferhat Mhenni à son appartenance tribale. Précisément, aux Ath Ugshaâlal, une des quatre tribus kabyles supposées avoir des liens séculaires avec le judaïsme, présent en Algérie depuis plus de 2000 ans ! Certes, en 2011, l’ancien chanteur engagé d’Imazighen Imoula, s’est prononcé en faveur d’un Etat palestinien. Mais pour un Etat palestinien qui n’aurait pas forcément une viabilité territoriale et qui aurait cependant l’obligation de reconnaître Israël comme «l’Etat du peuple juif». Ferhat, aujourd’hui à la tête d’un gouvernement virtuel kabyle, doté d’un drapeau et d’un «hymne national», considère le régime algérien comme un occupant qui opprime la Kabylie. En revanche, il ne voit pas dans l’Etat colonial et confessionnel d’Israël l’occupant qui opprime le peuple palestinien depuis la grande naqba de 1948. Peut-être que si Mhenni avait lu ou relu Cioran, il aurait compris qu’ «une civilisation débute par le mythe et finit par le doute.» Et que «tout désespoir est un ultimatum à Dieu.» Le mythe, c’est celui du sionisme. Le désespoir, celui du peuple palestinien.    

In : http://www.latribune-online.com
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Cher (e)s ami (e)s
Voici l'article:


‎"La Nation" a republié un texte critique sur l’œuvre littéraire de Boualem Sansal que j'ai écrit il y a deux ans (extrait de « Chroniques ciné-littéraires de deux guerres », Barzakh, 2011). Il y a l’homme (qui visite Jérusalem occupé au moment où même la Cour suprême israélienne condamne les projets de colonisation dans cette ville et en Cisjordanie). Il y a aussi son œuvre, critique certes mais faussement révolutionnaire.
Amicalement
Yassine
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Du « Serment des barbares » à « Poste restante : Alger » : la satire conventionnelle de Boualem Sansal
Yassin Temlali (Extrait de Chroniques ciné-littéraires de deux guerres, Barzakh, Alger, 2011)
Yassin Temlali
Mardi 22 Mai 2012

La récente visite en Israël de l'écrivain algérien Boualem Sansal fait polémique.
Nous publions cette analyse par Yacine Temlali de l’œuvre de Sansal. Les écrits d'un auteur renseignant sur sa vision du monde, bien au-delà des voyages qu'il entreprend.


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Avant d'accéder à la célébrité à cinquante ans, Boualem Sansal a été consultant en affaires, chef d’entreprise et haut fonctionnaire du ministère de l’Industrie. Jusqu’à la parution de son premier roman, « Le serment des Barbares(1) » en 1999, il s’était fait connaître essentiellement par quelques ouvrages spécialisés en économie.

« Le serment des Barbares » lui a valu une notoriété immédiate, à laquelle n’était pas étranger le contraste entre la condamnation féroce du pouvoir algérien dans ce roman et le profil de fonctionnaire discret de son auteur. Le « directeur central » soumis à l’ « obligation de réserve » s’était fait romancier. Il avait mis sa connaissance des rouages de l’Etat au service d’un art romanesque, où le fil de la satire politique se déroule sur le fond d’un véritable désenchantement des chances du pays de survivre à ses prédateurs.

Dans ce texte touffu, l’Algérie contemporaine est disséquée de manière peu amène : corruption, injustice, violence et vanité des institutions. Le romancier s’était fait médecin. Un médecin sans concession qui, fatalement, allait provoquer l’incompréhension de tous les officiels, amateurs de diagnostics complaisants. En 2003, il est limogé de son poste au ministère de l’Industrie. Un règlement de compte, pense-t-il : « [Le ministre islamiste, El Hachemi Djaâboub] voulait s'entourer d'islamistes, des gens de son douar, une pratique bien établie chez nous(2).» Ce limogeage n’en est pas moins une bénédiction. S’il l’a privé « d’avoir un pied dans le réel(3) », il lui a permis de se consacrer pleinement à l’écriture.

Nourrie du succès du « Serment des barbares », l’entreprise sansalienne de dissection de la société et de ses dysfonctionnements a continué sans relâche ces dernières années. « L’enfant fou de l’arbre creux(4) », publié en 2000, confirmera le talent littéraire et satirique de Boualem Sansal. A travers de longues conversations entre un Français, Pierre, et un jeune Algérien, Farid, acculés au dialogue par une proximité non désirée, celle du monde carcéral, ce roman est le lieu d’une même parole désabusée sur l’Algérie. « ‘’L’enfant fou de l’arbre creux’’ peut symboliser le peuple algérien infantilisé par des discours extrêmement primitifs. Il est enchaîné, aveuglé. L’arbre creux, c’est cette Algérie dont on a enlevé toute la richesse, toute la substance, c’est un arbre sec », commente l’auteur(5). La prison de Lambèse, où se déroule ce face-à-face allégorique entre Pierre et Farid, symbolise, quant à elle, la perpétuité de l’enfermement algérien et ses terrifiantes conséquences. Comme ce triste pénitencier, le pays est une immense jungle où la force prime le droit, sous l’œil consentant de terribles matons sans scrupules.

En 2003, Boualem Sansal publie « Dis-moi le paradis(6) ». Dans les conversations avinées mais lucides du Bar des amis, « c'est l'Algérie qui est mise en scène, à nu, l'Algérie d'aujourd'hui, schizophrène tournant sur elle-même, crapahutant avec ses malheurs et ses bonheurs, plus hantée par son passé décomposé et travesti que par son devenir(7) ». « Harraga(8) » (2005), quatrième roman de l’écrivain, poursuit cette enquête romanesque sur le « malaise algérien » à travers l’histoire de Lamia, une pédiatre de la santé publique, dont la vie intime se déroule entre le souvenir de Sofiane, son frère, un harraga (émigré clandestin) disparu sans crier gare, et une jeune fille, enceinte d’un enfant illégitime, qu’elle a accueille et à qui elle finira par faire prendre le large à force de l’étouffer d’amour.

« Poste restante: Alger(9) » apparaît comme un concentré de la critique à laquelle Boualem Sansal, dans ses écrits romanesques, soumet l’Algérie contemporaine, ses apparatchiks, ses milliardaires et ses millions de « citoyens normaux », obéissants ou révoltés. Dans une interview publiée le 20 mai 2006(10), l’auteur reconnaît en son pamphlet une sorte d’apogée de la satire politique et sociale qui caractérise ses romans: « Dans tous mes romans, j'ai abordé des questions qui tourmentent mon pays et les Algériens, ce sont les questions de l'identité, des langues, de la religion, des institutions, de la démocratie… Dans ‘Poste restante’ j'ai rassemblé toutes ces questions sous forme pamphlétaire. »

Dans ce court essai, Boualem Sansal lance une attaque en règle contre l’idéologie officielle qui fonde l’identité nationale sur deux principales « constantes », l’arabité et l’islam. L’Algérie, écrit-il, n’est arabe que si l’on fait abstraction de ses 80% de Berbères et des « naturalisés de l’histoire » que sont, selon lui, les Mozarabes, les Juifs, les Pieds-noirs et autres Turcs [...] » Pourquoi veut-on faire de nous les clones parfaits de nos chers et lointains cousins d'Arabie? », s’interroge-t-il. « Disons que pour le moment l'Algérie est peuplée d'Algériens et on en reste là. L'affirmation entêtée d'une arabité cristalline descendue du ciel, est d'un racisme effrayant. »

Les foudres de Boualem Sansal n’épargnent pas les « berbéristes » radicaux qui, en réaction aux discours arabistes négateurs, estiment que les Berbères sont les seuls Algériens authentiques: « Nous sommes trop mélangés, dispersés aux quatre vents. Il ne nous est pas possible, dans ma famille, de savoir qui nous sommes, d'où nous venons et où nous allons, alors chacun privilégie la part de notre sang qui l'arrange le mieux dans ses démarches administratives. Les Berbères n'ont pas forcément vocation à être, à eux seuls, les enfants de l'Algérie.»

L’autre « constante » de l’idéologie officielle, selon laquelle l’islam est non seulement la religion du peuple mais aussi celle de l’Etat, est écorchée, ce qui est un fait rare, presque un précédent, dans la longue histoire des polémiques identitaires algériennes, l’islam étant souvent considéré, sincèrement par les uns, hypocritement par les autres, comme une « composante consensuelle » de l’identité nationale: « Cette ‘constante’ [l’islam] est une plaie, elle nie radicalement, viscéralement, les non-croyants, les non-concernés et ceux qui professent une foi autre que l'islam. En outre, elle offre le moyen à certains de se dire meilleurs musulmans que d'autres, et qu'en vertu de cela ils ont toute latitude de les redresser. De là à songer à les tuer, en même temps que les apostats, les mécréants, les non-pratiquants et les tenants d'une autre foi, il n'y a qu'un pas et il a été maintes fois franchi en toute bonne conscience. » Les recommandations sansaliennes sont clairement laïcisantes: « Supprimer l'enseignement religieux de l'école publique, fermer les mosquées qui ont proliféré dans les sous-sols des ministères, des administrations, des entreprises, des casernes et intégrer la construction des mosquées dans les plans directeurs des villes. »

L’œuvre romanesque de Boualem Sansal est éminemment politique, mais Boualem Sansal se défend d’être un « auteur politique » par choix personnel: « J'observe notre société et je constate que la politique pèse lourdement sur elle, au point de faire disparaître le reste. Mon idée, mais on peut se tromper, est que si on fait tant de bruit c'est sûrement pour assassiner le silence. C'est dans le silence que l'on réfléchit. Dans le fracas, on est amené à crier pour se faire entendre(11). »

La satire de Boualem Sansal, si elle peut prétendre à l'excellence du point de vue littéraire, n’est pas toujours exempte d’un certain simplisme. En atteste certains passages de « Poste restante: Alger ». La description des « maux algériens », formidablement menée, manque de véritable profondeur; on a peine à trouver à ces maux une autre origine que la seule bêtise des gouvernants. Il n’est certes pas demandé à un romancier d’être un fin politologue, mais cet essai n’est pas uniquement ce cri de colère qui résonne dans tous les romans de l’écrivain. Il est aussi une esquisse d’ « alternative moderniste » comme en témoignent toutes ces propositions de laïcisation de la vie publique. Lorsqu’un écrivain s’implique aussi directement dans les débats de sa société, n’est-il pas comptable de l’incohérence de son discours et de ses péchés incantatoires?

A bien des égards, la satire sansalienne paraît peu originale. Dans ses grands axes, elle reprend, en l’habillant d’une cinglante ironie, le discours traditionnel des élites modernistes, marginalisées par le pouvoir enlisé dans de dangereuses alliances avec les islamistes et autres conservateurs. Ainsi, si dans « Poste restante: Alger », le mythe populaire de l’« arabité éternelle » de l’Algérie est puissamment ébranlé, il est aussitôt remplacée par un autre mythe, celui d’une méditerranéité elle aussi « cristalline, descendue du ciel » pour reprendre les termes de l’auteur: « Nous sommes des Algériens, c'est tout, des êtres multicolores et polyglottes, et nos racines plongent partout dans le monde. Toute la Méditerranée coule dans nos veines. » Il est à se demander si les Touaregs, Algériens des confins subsahariens du pays, se sentent vraiment « méditerranéens ». Rien n’est moins sûr, mais c’est là un leitmotiv du discours anti-arabiste algérien qui, pour fuir les entraves d’un panarabisme obsolète et exclusiviste, se perd dans l’éther d’une Méditerranée illusoire et s’enferme, à son tour, dans le cercle vicieux des vaines quêtes identitaires.

L’alternative que propose Boualem Sansal au régime algérien, producteur d’injustices et de fanatisme, est d’un surprenant conformisme. C’est, en deux mots, le libéralisme aussi bien politique qu’économique. Dans une interview parue dans « Le Quotidien d’Oran(12) », Boualem Sansal - alors haut fonctionnaire au ministère de l’Industrie - assumait la vulgate économique officielle avec une verve étonnante, sans y mettre une virgule de réserve. « Je suis censé m’occuper de la restructuration du tissu industriel pour l’adapter à l’économie de marché. Les grands combinats industriels comme El-Hadjar et compagnie, il faut les préparer à la privatisation. Il faut leur réapprendre l’efficacité, leur apprendre en fait, parce que je ne sais pas si à un moment ou à un autre ils l’ont su. » Boualem Sansal s’est-il demandé si les victimes des « plans de restructuration » élaborés dans l’intimité de son ministère, à l’insu des Algériens dont il pense porter la parole, ne constituent pas l’effrayante armée de réserve de l’islamisme conquérant?

Mais c’est l’idéal social de Boualem Sansal qui constitue la plus fidèle expression d’une pensée désabusée, qui ne fait pas de place au moindre rêve collectif. Des justes plaidoyers en faveur de l’émancipation de l’individu des carcans patriarcal et communautaire, on bascule dans la célébration naïve de la « réussite individuelle » et de l’ » effort personnel ». Dans cette même interview au « Quotidien d’Oran », l’auteur, dans la pure tradition rhétorique « temmarienne », conseille aux jeunes de ne plus trop compter sur l’Etat: « Il est temps maintenant qu’on fasse notre petit chemin tout seul. » Quel modèle de réussite propose-t-il à ces « paumés », livrés à eux-mêmes? Celui d’investisseurs entreprenants, pionniers irréels qui partent de rien pour conquérir le monde et la fortune(13). Il conclut ses conseils d’aîné expérimenté sur une note authentiquement bouteflikienne: « Les gens disent: ‘L’Etat ne fait rien’. Mais l’Etat n’a plus les moyens! » A sa décharge que, comparé aux idéologues officiels, sa défense du libéralisme a le mérite de la cohérence. Elle accorde la place qui leur sied aux libertés politiques et individuelles.

Boualem Sansal a commenté l’interdiction de « Poste restante : Alger » en regrettant que les idées qu’il y développe ne puissent pas prêter à débat en Algérie. Il n’a pas tort. Ces idées peuvent, en effet, être à l’origine d’intéressantes polémiques. Non seulement sur l’autisme du régime et sur son système de censure-répression dont l’auteur n’est pas la première victime, mais aussi sur un autre autisme, celui des « élites modernistes » enfermés dans l’univers de leurs poncifs paternalistes et dont les colères, à bien les observer, sont loin d’être subversives.

Notes
 
(1) Gallimard (France).
(2) Entretien avec Ali Ghanem, « Le Quotidien d'Oran », 8-10 mai 2003.
(3) « Je reste au ministère parce que je tiens à garder un pied dans le réel. Vivre comme ça de fiction, écrire de la fiction puis en parler ensuite à longueur de journée, à la longue, c’est appauvrissant. » Entretien avec Ali Ghanem, « Le Quotidien d'Oran », 24 septembre 2000.
(4) Gallimard, 2000.
(5) Entretien avec Ali Ghanem (déjà cité).
(6) Gallimard.
(7) Ahmed Hanifi, introduction à une interview avec Boualem Sansal publiée le 6 mai 2006 sur www.dzlit.com, site consacré à la littérature algérienne.
(8) Gallimard.
(9) Gallimard, 2006.
(10) Entretien avec Ali Hanifi (cité plus haut).
(11) Entretien déjà cité avec Ali Ghanem, « Le Quotidien d’Oran », les 8-10 mai 2003.
(12) 24 septembre 2000.
(13) « L’Algérie, jusqu’à présent, était faite par les politiques, par les partis au pouvoir, il est temps qu’elle soit faite par les citoyens eux-mêmes, pour accéder à la citoyenneté et puis bâtir. On commence à voir ça sur le plan économique. Il y a des gens qui investissent, qui galèrent en Algérie, mais qui avancent. » Entretien avec Ali Ghanem, « Le Quotidien, d’Oran », 24 septembre 2000.

In : http://www.lanation.info
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En Israël, l’écrivain algérien Boualem Sansal brave les tabous arabes


Par AUDE MARCOVITCH De notre correspondante à Tel-Aviv


Un petit sourire flottant sur les lèvres, de longs cheveux gris-blanc attachés dans le dos, Boualem Sansal vient de prendre place au milieu d’un cercle d’auteurs venus échanger leurs vues et leurs histoires au Festival international des écrivains de Jérusalem. Derrière lui, en majestueux paysage de fond, serpente la muraille de la vieille ville. «Les élites intellectuelles ne sont pas encore arrivées à s’autonomiser du pouvoir dans les pays arabo-musulmans. Et dans cette culture, on a trop sacralisé les choses, que ce soit l’Etat, qui fait office de calife, ou la religion», dit l’écrivain algérien.


L’auteur du Serment des barbares, de Poste restante… et du Village de l’Allemand a maintes fois fait la preuve de son indépendance d’esprit. Plusieurs de ses ouvrages sont d’ailleurs interdits dans son pays. Mais en se rendant en Israël, il a franchi un pas de plus. «Ce n’est pas un voyage facile, confie-t-il. Il y a eu une levée de boucliers, notamment de la part du Hamas à Gaza, qui a sorti un communiqué incroyable demandant à tous les pays arabes de me boycotter.» Qu’à cela ne tienne, Boualem Sansal obéit «à ce qui se passe dans [sa] tête» et à personne d’autre. Fidèle à son statut d’intellectuel engagé, il relève, face à un public conquis : «Il faut affronter le danger. Si tu le fuis, il te rattrape, si tu l’affrontes, tu as une chance de gagner.»


La soixantaine passée, Sansal ne pensait pas un jour venir en Israël, ni qu’un de ses livres serait traduit en hébreu. A Jérusalem comme à Tel-Aviv, il crée avec l’auditoire un lien intime. Il parle des peuples rendus aveugles aux liens qui les attachent, et incapables de s’en libérer. Des victoires des islamistes dans les pays arabes, une tendance «très inquiétante, face à laquelle l’Occident est en dessous de tout». Il raconte l’élaboration de son roman le plus célèbre, le Village de l’Allemand, qui l’a fait plonger dans l’enfer de la Shoah en suivant le parcours d’un nazi recyclé dans le nationalisme arabe. «Ecrire ce livre a été une grande douleur», décrit-il. Invité à l’Institut français de Tel-Aviv, il échange des souvenirs algériens nostalgiques avec d’anciens compatriotes, et un dialogue se noue avec d’anciens déportés, qui jugent que «Primo Levi l’aurait considéré comme un ami».


Après sa visite décriée, Boualem Sansal reconnaît appréhender le retour sur ses terres algériennes : «Peut-être vont-ils m’arrêter à l’aéroport ? Peut-être serai-je victime d’une attaque ?»










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In : http://www.liberation.fr


17 mai 2012














TEL AVIV. Rencontre exceptionnelle avec l’écrivain Boualem Sansal


L’Ambassade de France et l’Institut français d’Israël ont le plaisir de vous annoncer :


EVENEMENT LITTERAIRE - L’écrivain algérien de langue française


Boualem Sansal - Invité de l’Institut français d’Israël - A l’Institut français de Tel Aviv, Rothschild 7


L’Ambassade de France et l’Institut français d’Israël reçoivent, pour la première fois en Israël, l’écrivain algérien de langue française Boualem Sansal.


Après David Grossman en 2010, Boualem Sansal, auteur de six romans, dont le célèbre Village de l’Allemand (Kinneret 2010), vient de recevoir à la publication de Rue Darwin (Gallimard 2011) le prestigieux Prix de la Paix des Libraires Allemands pour « célébrer son activité littéraire qui sert de manière significative la progression des idées pacifistes »


C’est par le biais de son ami l’écrivain algérien Rachid Mimouni que Boualem Sansal entre en littérature. Docteur en économie, enseignant à l’université, ce courageux auteur de la littérature algérienne s’est vu limogé de son poste de haut fonctionnaire pour la façon dont il a critiqué ouvertement la situation économique et social de son pays.


En 1999, Gallimard publie son premier roman, Le Serment des barbares, salué par la critique et par le public. Son livre sorti en 2008 Le Village de l’Allemand ou le journal des frères Schiller, inspiré par la vie d’un officier SS reconverti en héros du FLN consacre l’écrivain qui reçoit plusieurs prix dont le Grand Prix de la francophonie. Le livre est traduit dans 16 langues.


Dans Rue Darwin sorti en 2011, Boualem Sansal raconte sa vie dans un pauvre quartier d’Alger où vécut Albert Camus. Ce roman est peut-être le roman le plus intime, le plus secret de l’auteur. En recevant le prestigieux Prix de la Paix des Libraires Allemands, la profession salue chez l’écrivain son courage de « critiquer ouvertement la situation politique et sociale » de son pays. Boualem est heureux bien qu’un peu étourdi de tant d’honneur ! Pour lui, c’est ainsi qu’il conçoit sa qualité de citoyen d’un pays, son pays, l’Algérie qu’il n’est pas prêt de quitter…


Boualem Sansal est l’invité de marque de la 3ème édition du Festival international d’Ecrivains de Mishkenot Sha’ananim qui se tient du 13 au 17 mai à Jérusalem.Boualem Sansal y rencontrera l’écrivain israélien A.B. Yehoshua le 16 mai à 17h, une rencontre inédite et attendue entre deux écrivains face à leurs héritages et à l’actualité.


Une rencontre unique se tient à Tel-Aviv pour le public de l’Institut français le 15 mai.


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Dans le cadre du festival International d’Ecrivains de Mishkenot Sha’ananim :






Lundi 14 mai à 20h


« Quel rôle pour la littérature dans les régions du monde en conflit ? »


Table ronde avec Boualem Sansal, Lukas Bärfuss, Sami Berdugo et Avirama Golan


En anglais, traduction simultanée en français


Mardi 15 mai à 14h30






« Convergences et ruptures entre Orient et Occident »


Table ronde avec Boualem Sansal, Aleksandar Hemon, Smadar Perri, Lukas Bärfuss et Stefan Weidner


En anglais, traduction simultanée en français


Mardi 15 mai à 17h30


Lectures avec Boualem Sansal, Arnon Grunberg, Herman Koch et László Krasznahorkai


Mercredi 16 mai à 17h


Rencontre entre A.B Yehoshua et Boualem Sansal


En français, traduction simultanée en hébreu


Informations sur le festival :


Tél : 02-6292215


Ou par email : prog@mishkenot.org.il


Site Web : www.mishkenot.org.il


Programme : www.writersfestival.mouse.co.il/en/program


Réservations :


8 Shamai St. Jerusalem


Tel : 02-6237000 Fax : 02-6244535 www.bimot.co.il 6226*






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In : http://www.ambafrance-il.






















Littérature : Boualem Sansal en Israël


L’écrivain algérien, Boualem Sansal, sera reçu en Israël la semaine prochaine. Il est l’invité de marque de la troisième édition du Festival international d’écrivains de Mishkenot Sha’ananim, qui se tiendra du 13 au 17 mai à Jérusalem.


Les écrivains israéliens et du monde entier se rencontreront pour partager leurs opinions et idées lors de débats et discussions littéraires, de spectacles musicaux et d’ateliers. Le festival explorera les diverses étapes aboutissant à la naissance d’un livre : le processus de création menant à une histoire, les méthodes de traduction, les écarts culturels à réduire et bien encore pour cette semaine importante dans le monde de la littérature israélienne. Les célèbres écrivains israéliens Amos Oz et David Grossman sont attendus à ce festival, suite à la publication de leur dernier ouvrage ainsi que Tracy Chevalier, suite à l’adaptation cinématographique de son livre.


Le 15 mai, dans l’après-midi, Boualem Sansal participera à une rencontre autour de la littérature avec Amon Grunberg, Herman Koch et Lazlo Krasnahorkai. Le soir, il se déplacera à Tel Aviv où il sera reçu par l’Institut français d’Israël à débattre de son œuvre. Le lendemain à Jérusalem, il rencontrera l’écrivain israélien A. B. Yehoshua. Ce déplacement de Sansal en Israël est l’aboutissement logique du parcours éditorial de l’écrivain. Son ouvrage Village de l’Allemand (Gallimard 2008), où il décrivait l’itinéraire d’un ancien soldat de l’armée allemande, lui a ouvert les portes des milieux israéliens, pour ne pas dire sionistes, via l’Allemagne. Inspiré par la vie d’un officier SS reconverti en héros du FLN, le livre consacre l’écrivain au niveau international et lui vaut plusieurs prix.


Sa dénonciation du massacre des juifs par les nazis lors de la Seconde Guerre mondiale, surtout accompagnée d’un amalgame avec l’intégrisme terroriste islamiste, lui a valu des sympathies. En 2011, pour Rue Darwin (Gallimard 2011), il avait obtenu le prestigieux prix de la Paix des libraires allemands pour «célébrer son activité littéraire qui sert de manière significative la progression des idées pacifistes».






Walid Mebarek






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http://www.elwatan.com – 10 mai 2012


















Boualem Sansal, entretien : courage et liberté


15 octobre 2011 (probablement – article non daté)






Invité à la fin du mois de septembre par le festival international de littérature de Berlin, Boualem Sansal est le lauréat du Prix de la paix des libraires allemands. Il sera récompensé le 16 octobre, dans l'église Saint Paul de Francfort, qui a déjà vu passer d'illustres personnages, entre autres Leopold Sedar Senghor, Yehudi Menuhin, ou encore Vaclav Havel. Cette année, les libraires allemands saluent « un romancier passionnant, qui travaille avec beaucoup d'esprit et de sensibilité à la rencontre des cultures, dans le respect et la compréhension mutuelle entre les peuples », et souhaitent « lancer un signe en faveur du mouvement démocratique en Afrique du Nord ». Et en effet, l'écrivain algérien francophone appelle ses compatriotes à s'opposer comme lui au régime d'Abdelaziz Bouteflika et à à renverser ce « dictateur habillé en démocrate », installé au pouvoir depuis 1999. Rencontre dans la capitale allemande, avec un homme engagé et déterminé.










La Gazette: Nous sommes un journal franco-allemand, voici donc la question rituelle. Quel est votre lien avec l'Allemagne ?






Boualem Sansal: J'ai d'abord un lien ancien avec l'Allemagne, en tant que haut fonctionnaire, au ministère de l'industrie Le plus grand partenaire de l'Algérie dans le domaine industriel, c'est l'Allemagne. J'ai donc été très souvent appelé à aller dans des délégations d'hommes d'affaires, de hauts fonctionnaires, pour négocier. J'ai connu l'Allemagne à travers ce biais là, à travers ce qu'elle a de meilleur et de supérieur aux autres; c'est à dire son industrie. Ensuite, j'ai redécouvert l'Allemagne sous un autre angle. J'ai une passion pour l'Allemagne, je viens très souvent, cinq ou six fois par an, voire plus, j'y ai maintenant beaucoup d'amis. Je me sens bien en Allemagne.










La Gazette: D'où vous est venue ce que vous qualifiez de « passion » pour la Shoah ?






Boualem Sansal: C'est lié à ma trajectoire personnelle, j'avais sans doute une sensibilité particulière pour ce genre de choses. Et au début des années 1980, j'ai découvert ce village dont j'ai tiré ce roman: Le village de l'Allemand. J'ai voulu comprendre le pourquoi, le comment et les mécanismes de la Shoah. Ça s'est très vite transformé en une sorte d'addiction. Au départ, j'avais un intérêt plutôt historique pour cet évènement, l'intérêt d'un être humain qui s'intéresse aux grands malheurs du monde. Ensuite j'ai fait un travail de plus en plus scientifique, pour essayer de comprendre réellement.










La Gazette: Votre regard sur cette tranche de l'histoire a-t-il évolué ?






Boualem Sansal: Aujourd'hui, je me pose des questions qui ne me venaient pas à l'idée il y a dix ans. Par exemple, la question de la culpabilité. On découvre que la frontière entre victime et criminel est très mince. Depuis quelques temps, je travaille beaucoup sur les Sonderkommando, ces prisonniers qui étaient chargés de sortir les cadavres de la chambre à gaz et de les emmener aux fours crématoires, puis de récupérer les cendres et d'aller les jeter dans les rivières aux alentours. Je lis en ce moment un livre terrifiant de Krakowski, qui a du faire ça pendant des années. On découvre que tout en étant un homme de bien, on peut vivre dans le mal absolu. Comment l'âme humaine se protège de cela? La protection la plus évidente est le suicide. Mais même lorsqu'on est un homme de bien, le mal exerce une fascination étrange sur l'âme humaine. Chacun est donc un tortionnaire en puissance.










La Gazette: Que signifie pour vous le prix de la paix, que vous allez recevoir ?






Boualem Sansal: Ce prix est un grand évènement, dans la mesure où il reconnait que je suis un homme qui œuvre pour la paix. Je n'en avais pas conscience. Au contraire, j'étais un militant, dans l'appel à l'action, prêt à faire la guerre pour mon pays et pour me libérer. Mes livres sont des plaidoyers pour la guerre. Ce prix va me changer, mais je ne sais pas encore comment, de la même manière que la découverte de ce village dans les années 1980 et que l'étude approfondie de la Shoah m'ont beaucoup changé.










La Gazette: Pourquoi cette phrase que vous avez eue: « il faut s'engager à visage découvert » ?






Boualem Sansal: Être caché, c'est manipuler les autres. C'est faire prendre des risques aux autres en disant: « Allons à la guerre, je vous suis! » Signer de son propre nom, c'est dire: « Allons à la guerre, ensemble ». Se cacher décrédibilise le discours, et entraine de la suspicion. Au-delà, il faut assumer pleinement son engagement politique. Comment s'engager à moitié lorsqu'un système vous écrase? S'engager à moitié, c'est servir la dictature. Il n'y a pas de demi-mesure. Ou on soutient la dictature, ou on devient un ennemi de la dictature et la dictature finira par vous tuer, alors il faut aller jusqu'au bout.










La Gazette: Aujourd'hui,vous vivez en Algérie. Vous arrive-t-il de craindre pour vous ou pour votre famille ?






Boualem Sansal: Bien sûr. C'est un régime très dangereux, qui tue facilement. Mais le fait d'être en Algérie ne change rien. L'un des plus grands opposants a été assassiné à Francfort, ils l'ont pendu dans sa chambre d'hôtel. Un autre a été tué à Barcelone. Mais le meurtre n'est pas la seule solution du régime. Un opposant peut être discrédité, pris dans un complot... J'ai réfléchi avant de signer mon premier ouvrage. J'aurais pu aller se cacher au fin fond des États-Unis, dans un petit village. Mais à quoi sert le combat dans ces conditions? pourquoi se battre si c'est pour se cacher sous une pierre?










La Gazette: Vos livres sont-ils publiés en Algérie?






Boualem Sansal: Le village de l'Allemand a été censuré en Algérie. Mes trois premiers romans* se vendaient, on pouvait les trouver en librairies. Pourtant, ils dénoncent tout aussi violemment le pouvoir que les suivants. Mais le contexte le permettait, le président Bouteflika venait d'arriver au pouvoir, il y avait une certaine détente. À l'époque, j'avais une vie littéraire normale. Et puis j'ai donné plusieurs interviews, et dans certaines d'entre elles, je me suis attaqué directement au président Bouteflika. Alors j'ai été limogé [en 2003]. En 2006 j'ai écrit Poste Restante qui a été interdit et cette décision s'est étendue de manière non-écrite à tous mes ouvrages et à ma personne. C'est à dire que depuis six ans, je n'existe pas.










La Gazette: Comment vivez-vous cette mise à l'écart?






Boualem Sansal: Quelquefois ça me gène. Les gens écrivent n'importe quoi dans la presse et je ne peux pas répondre. Je ne peux pas intervenir et corriger. C'est frustrant. Je rencontre parfois des personnes de la presse à qui je demande s'ils me publieraient si je leur envoyais un papier. Ils me répondent que ça dépend de ce que j'aurais écrit, parce qu'il y a la censure. Les journaux subissent la censure et beaucoup de pression de la part de l'État. Ils impriment sur des rotatives qui appartiennent à l'État. Alors s'ils veulent imprimer quelque chose qui ne plait pas, soudainement il y a une grève d'une heure ou alors la machine tombe en panne et l'édition ne peut pas être imprimée.










La Gazette: Y a-t-il eu un « printemps arabe » en Algérie ?






Boualem Sansal: Cette année, en février, on a appelé à manifester sur la place d'Alger. On était 2000 sur la place, et autour de nous, il y avait 35 000 policiers. La population était tenue à l'écart dans un cercle de 3 km. La masse ne pouvait pas se créer et déborder le service d'ordre. Ils ont beaucoup appris de la gendarmerie française et de la police américaine. Maintenant ils savent comment empêcher les gens de manifester. Le premier cercle, c'est la police, le deuxième cercle la gendarmerie en dehors des villes, et plus loin c'est l'armée. Toute la ville est donc en état de siège en 1h de temps. On ne peut pas non plus entrer dans la ville par l'autoroute, tout est fermé, ils créent des embouteillages à l'entrée de la ville. On ne peut donc pas accéder au centre-ville, et au centre-ville, toutes les ruelles sont bloquées. Dans les petits villages et les petites villes, ils permettent, parce qu'il faut laisser les gens se défouler. Si les gens manifestent, la police n'intervient pas. Ils marchent, ils crient, ils détruisent, ça permet de détendre l'atmosphère.










La Gazette: Avez-vous tout de même l'espoir de voir tomber le régime de M. Bouteflika ?






Boualem Sansal: Pas dans l'immédiat. Le régime algérien est beaucoup plus fort que le régime tunisien par exemple. En Tunisie, c'était une petite dictature policière. Le pouvoir algérien est issu de la révolution. Les membres du pouvoir ont déjà fait une guerre, ce sont des révolutionnaires, ils ont une morale spéciale, le meurtre leur est très naturel, ils sont extrêmement dangereux. Ils ont réussi à surmonter une guerre civile de dix ans. À un moment, les islamistes étaient très proches de prendre la capitale. Et en créant une contre guérilla, le pouvoir a réussi à vaincre les islamistes.










La Gazette: Quelle est la situation linguistique en Algérie ?






Boualem Sansal: En Algérie, il n'y a pas de langue, et il y en a trop. Il y a l'arabe classique qui est l'arabe du coran. C'est une langue uniquement utilisée dans le domaine religieux et dans une littérature, une poésie laudative. C'est la seule langue qui est enseignée à l'école, car tout Arabe se doit de connaître l'arabe du coran. Il y a ensuite l'arabe qui est parlé par les populations. C'est un mélange de mots d'arabe classique transformés, de mots empruntés aux langues anciennes, aux dialectes, arabisés. Cette langue n'est pas écrite, n'a pas de syntaxe, pas de grammaire, et est instable. On ne peut la parler que dans des lieux très limités, car elle varie d'un village à l'autre. Donc on comprend, mais pas tout. Cette situation a perduré pendant des siècles, d'un côté la langue du coran pour le sacré, de l'autre la langue de la rue pour le monde profane.










La Gazette: Qu'est-ce qui a changé aujourd'hui?






Boualem Sansal: Lorsque l'Algérie s'est retrouvée indépendante, la question de la langue officielle s'est alors posée pour la première fois, car jusque là, la langue officielle avait toujours été celle du colonisateur. On ne voulait pas garder le français et l'arabe dialectal ne pouvait pas servir de langue officielle. Comme il y avait un grand sentiment de religiosité, ils ont choisi l'arabe classique. Mais très vite, ils se sont rendus compte qu'on ne peut pas faire d'une langue sacrée une langue officielle de travail. En effet, l'arabe sacré s'est arrêté au 16e siècle et ne s'est pas enrichi depuis. Et en dix siècles, il s'est créé des milliers de concepts et d'idées nouvelles. Alors on a rapidement créé ce qu'on appelle l'arabe officiel. C'est un mélange d'arabe coranique – peut-être 30% à 50% – et de traductions phonétiques de l'anglais et du français pour tous les mots qui manquent.






La Gazette: Cette multiplicité de langues pose-t-elle des problèmes de compréhension ?






Boualem Sansal: Quelle que soit la langue que vous parlez, il y a beaucoup de gens qui ne vous comprennent pas. Mais le vrai drame, c'est pour l'école et la justice. Au tribunal on est tous dans la situation de quelqu'un de sourd et muet. Le juge le procureur et l'avocat s'expriment dans un arabe classique châtié, qu'il est interdit de traduire, alors que l'accusé parle une autre langue. Il ne comprend donc pas les questions du juge. Parfois, l'avocat traduit discrètement à l'accusé, qui répond dans sa langue. Le juge comprend mais fait semblant de ne pas comprendre. Il y a donc un problème de justice incroyable.










La Gazette: Et pour l'école ?






Boualem Sansal: Le deuxième problème est l'école. À l'école, où parle l'arabe classique aux enfants. Et quand ils rentrent chez eux, il sont dans un autre univers linguistique. Un enfant qui vit en Kabylie parle en kabyle toute la journée. Il passe donc d'une langue à l'autre et ça ne lui donne pas de continuité psychologique. Au contraire, il vit des ruptures, car les deux langues n'ont pas la même logique, ne véhiculent pas la même culture, ce sont deux univers complètement différents.






La Gazette: Que faudrait-il faire alors pour arranger cette situation ?






Boualem Sansal: Ce qu'il faut, c'est un État démocratique. Parce que ce qui importe ce n'est pas tant la solution, c'est la manière de la trouver. Est-ce qu'on la trouve d'une manière dictatoriale, ou est-ce qu'on laisse les gens s'exprimer? Je suis pour cette deuxième méthode. Laissons les gens parler, ils trouveront la solution par eux-même. Ou ils ne la trouveront pas et continueront à chercher, comme dans beaucoup de pays.










La Gazette: Quelle différence entre l'arabe classique et l'hébreu, entre l'islam et le judaïsme ?






Boualem Sansal: L'hébreu a été modernisé, et les religieux ont accepté cette modernisation. Au contraire de chez les musulmans, Le texte religieux n'est pas fait pour être appris par cœur et être récité de manière incantatoire. Dans la religion judaïque, le texte est fait pour être étudié, point par point, pour essayer de comprendre. Ça développe donc des capacités d'analyse, ça permet une gymnastique qui a permis aux Juifs de s'adapter dans tous les pays. La capacité à réfléchir longtemps, parfois des siècles, à des problèmes est très particulier à cette religion. C'est une force qui a aussi permis à Israël d'amalgamer toutes ses populations.










Propos recueillis par Marion Muracciole






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In : http://www.lagazettedeberlin.de – N° 36

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