Le blog de Ahmed HANIFI - Littérature, quotidien etc.
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lundi, juin 17, 2013
402 - Maurice Nadeau
Interview de Maurice Nadeau par Michel Boujut Filmée par Thomas Boujut Paris Mars 2011.
La Quinzaine littéraire - 1085 du 01° au 15 juin 2013
L’écrivain, éditeur et journaliste littéraire Maurice Nadeau est mort dimanche à l’age de 102 ans, après avoir mené, avec succès, un dernier combat pour sauver la Quinzaine Littéraire, son magazine menacé de fermer.
Maurice Nadeau avait été célébré et fêté pour ses cent ans en 2011, et pour ce siècle consacré à la littérature – mais pas seulement, il fut militant communiste, trotskyste, résistant, et bien plus.
Ces dernières semaines, il avait réuni ses dernières forces pour sauver sa Quinzaine Littéraire, fondée en 1966 et menacée, une nouvelle fois, de fermer faute de moyens financiers. Une grande mobilisation fut relayée sur les réseaux sociaux, avec un appel de Nadeau, et il fut entendu.
Début mai, il sonnait l’alerte :
« C’est de mort, en effet, qu’est menacée “ La Quinzaine littéraire ” : pas dans six mois, pas dans un an, comme elle l’a souvent été durant les 47 années de son existence, mais dans les semaines qui viennent. Liquidation judiciaire ou dépôt de bilan, suspension de la parution.
Rien d’étonnant dans la situation actuelle de la presse écrite, rien d’étonnant pour un périodique qui n’a jamais voulu se mettre “ au goût du jour.”
En effet, depuis 1966, “ La Quinzaine littéraire ” n’a cessé de défendre une certaine qualité de l’écriture et de la pensée, et de privilégier la lucidité dans tous les domaines du savoir. Et cela grâce au concours de plus de 800 collaborateurs : écrivains, universitaires, journalistes.
Allons-nous nous laisser faire et voir disparaître le journal ? »
Un mois plus tard, dans le numéro du 1er juin de La Quinzaine, envoyé sous format PDF à ses abonnés (dont je suis désormais, en réponse à son appel), Maurice Nadeau pouvait écrire dans son édito :
« Notre appel dans La Quinzaine du 16 mai : “Vous ne laisserez pas mourir La Quinzaine littéraire !” a été largement entendu. D’abord grâce aux réseaux sociaux et à nos amis des sites internet, qui ne sont pas ennemis, on le voit, de la presse écrite. »
La Quinzaine littéraire - 1085 du 01° au 15 juin 2013
Maurice Nadeau n’aura pas survécu longtemps à ce sauvetage in extremis, sans doute la dernière chance d’un magazine qui lui tenait particulièrement à cœur et qui va désormais devoir se trouver un autre « guide », alors qu’il prépare une nouvelle formule à l’automne.
Kerouak, Miller, Gonbrowicz, Houellebecq...
D’une longue histoire dans la littérature et la politique, on retiendra surtout les « découvertes » qu’on lui doit en France, d’auteurs étrangers comme Jack Kerouac, Witold Gombrowicz, Henry Miller, Malcolm Lowry, et français comme Georges Perec ou Michel Houellebecq dont il publie le premier roman, « Extension du domaine de la lutte », en 1994.
« D’autres écrivains de son catalogue, rappelait Mouloud Akkouche sur son blog de Rue89 pour les 100 ans, n’auront jamais une telle “ visibilité ”, mais toujours une place dans le panthéon intime de Maurice Nadeau. Un panthéon jamais soumis au diktat de la mode et des prix. »
Dans une interview en 1991 avec Marie-Andrée Baudet, il expliquait comment il était devenu « découvreur » de littérature étrangère :
« Je crois que ce sont surtout les circonstances qui ont provoqué ça. A l’époque, je parle de l’après-guerre, il y avait une faim de littérature étrangère. Puis, en même temps, les Français continuaient à croire qu’ils étaient les rois. Et, en somme, je n’ai rien cherché du tout, mais le fait que j’ai commencé à publier des étrangers a fait que d’autres sont venus.
J’ai été obligé d’en refuser plusieurs. J’ai été obligé de refuser Cortazar, Vargas Llosa, je pourrais en citer une bonne dizaine. Ils venaient parce que j’avais commencé à publier des auteurs étrangers, et que les autres éditeurs les ignoraient. (...) De sorte que je n’ai eu qu’à attendre. Miller m’a amené Durell, Malcolm Lowry est venu. Ca s’est fait tout naturellement. »
« Une déception immense sur le plan politique, donc une désillusion »
Dans le même long entretien, Maurice Nadeau, fils d’une femme de ménage et d’un père mort jeune au cours de la Première Guerre mondiale, était interrogé sur les éventuels « tiraillements » entre ses engagements politiques à gauche et ses choix littéraires. Il répondait :
« Non, il n’y a pas eu de tiraillements. Il y a eu un passage, une déception immense sur le plan politique, donc une désillusion. J’ai compris que le seul changement qu’on pouvait espérer, c’était finalement la littérature qui l’appportait.
C’était, par le fait de lire, d’être au courant et d’être en communion avec les gens qui avaient essayé de montrer qu’on pouvait essayer de changer soi-même.
Alors au fond j’ai compris que le changement n’était pas que social et politique – même si cela reste une procédure très importante – mais qu’il y avait aussi un changement de chacun. Ce n’est pas moral ou religieux, ça n’est pas ça.
Essayer de comprendre le monde tel qu’il est, tel qu’il marche, avec toutes ses saloperies, tous ses côtés intéressants aussi, c’est ça la littérature. Bon, toute la littérature n’est pas ça, il ne fait pas tout restreindre, tout simplifier, mais c’est quand même par les écrivains que l’on arrive à se faire une certaine idée du monde, et de soi. »
Abdelkader Djemaï on La Quinzaine littéraire - 1085 du 01° au 15 juin 2013
avoir mené, avec succès, un dernier combat pour sauver la Quinzaine Littéraire, son magazine menacé de fermer.
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Wikipédia: Maurice Nadeau, né à Paris le 21 mai 1911 et mort dans la même ville le 16 juin 2013 (à 102 ans), est un professeur, écrivain, critique littéraire, directeur littéraire de collections, directeur de revues et éditeur français.
Il est le père de l'actrice Claire Nadeau.
Biographie
Orphelin de guerre, Maurice Nadeau entre à l'École normale supérieure de Saint-Cloud. Il y découvre la politique. En 1930, il est membre du PCF, où il est amené à travailler avec Georges Cogniot. Il en est exclu en 1932. Il lit alors Lénine et Léon Trotsky, ce qui l'incite à rejoindre la Ligue communiste de France de Pierre Naville. C'est au cours de ces années qu'il fréquente Louis Aragon, André Breton, Jacques Prévert, Benjamin Péret.
Nommé professeur de lettres en 1936, il enseignera jusqu'en 1945, brièvement comme professeur de lettres à Prades, mais il préférera très vite être instituteur à Thiais, afin de se rapprocher de Paris. C'est alors qu'il collabore avec André Breton à la revue Clé qui dénonce l’internement en France des républicains espagnols dans le contexte de la montée de la guerre.
Après le bref épisode de sa mobilisation, il reprend l'enseignement sous l’occupation nazie et s'engage dans des activités politiques clandestines. Son réseau de Résistance (qui comprenait un soldat allemand qui sera fusillé) sera démantelé au cours d'une rafle : David Rousset et plusieurs de ses membres seront déportés. L'épouse de David Rousset aide alors Nadeau à échapper à la déportation.
Cette première partie de sa vie l'amène en 1945 à publier une Histoire du surréalisme, qui est encore aujourd'hui un ouvrage de référence sur le sujet, même si André Breton ne la trouva pas exactement à son goût.
À la Libération, il entre d'abord comme critique, grâce à Pascal Pia qui en est le rédacteur en chef, dans le journal issu de la Résistance Combat dirigé par Albert Camus. Il tiendra la page littéraire durant sept ans. Il y fera connaître des auteurs comme Georges Bataille, René Char, Henri Michaux, Claude Simon, Henry Miller, et entreprend de commencer l'édition des œuvres du marquis de Sade. Il étonnera ses contemporains en prenant la défense de Louis-Ferdinand Céline.
Commence alors une longue période éditoriale dans diverses maisons et journaux : ainsi il est directeur de la collection Le Chemin de la Vie aux éditions Corréa de 1949 à 1954, critique au Mercure de France de 1949 à 1953, critique à France-Observateur (1952-1959), puis à L’Express de Françoise Giroud (1959-1964), directeur de collection aux Éditions Julliard (1953-1964), il dirige une revue littéraire, Les Lettres nouvelles, (1953-1976), où il publie Edmond Jabès, Yves Bonnefoy, Salah Stétié. C'est alors que, voisin de palier de la revue Les Temps modernes, il fréquente Jean-Paul Sartre, avec qui, durant la guerre d'Algérie, il signe et diffuse le Manifeste des 121 (1960). Il travaille ensuite chez Denoël (1965-1977) puis aux éditions Robert Laffont.
Le 15 mars 1966, il publie, avec François Erval, le n° 1 du bimensuel La Quinzaine littéraire qu’il anime encore aujourd'hui. Il la dirige à partir de 1970, et, dès le n° 2, s'assure de la collaboration étroite d'Anne Sarraute. Cette publication traverse régulièrement des difficultés financières. Une vente aux enchères est même organisée en 1976 pour la sauver, avec la participation de personnalités comme Pierre Soulages, Samuel Beckett, Henri Michaux ou Nathalie Sarraute.
Les Lettres nouvelles devient alors le nom de sa propre maison d'éditions qu'il fonde en 1977 et qu'il continue à diriger jusqu’à sa mort7. En 1984, elles deviennent les Éditions Maurice Nadeau. Il y publie notamment le premier roman de Michel Houellebecq, Extension du domaine de la lutte, les ouvrages du futur Prix Nobel, J. M. Coetzee, et des jeunes auteurs comme Soazig Aaron, Ling Xi ou Yann Garvoz.
Le 16 mai 2013, Maurice Nadeau a signé un texte intitulé Vous ne laisserez pas mourir la Quinzaine8. Il appelait à la création d’une société participative comportant deux collèges (l’un regroupant les lecteurs et amis de la Quinzaine littéraire, l’autre les collaborateurs) afin que chacun – ami ou écrivain collaborateur – puisse devenir actionnaire et propriétaire de « son » journal. Il s'est éteint un mois plus tard.
vendredi, juin 14, 2013
401- Grand Prix de la Francophonie à Boualem Sansal
Grand Prix de la Francophonie à l'Algérien Boualem Sansal
L'Académie française a décerné
jeudi le Grand Prix de la Francophonie, doté de 20.000 euros, à l'écrivain
algérien Boualem Sansal, un intellectuel qui lutte pour la liberté de parole,
de culture et de religion dans son pays.
Le palmarès 2013 de l'Académie
contient en tout 69 distinctions. Le Grand Prix du Roman sera, comme de
coutume, décerné à l'automne, a précisé l'institution.
Plusieurs des livres de Boualem
Sansal, né en 1949 en Algérie, sont interdits dans son pays. L'écrivain a reçu
en octobre 2011 le Prix de la Paix des libraires allemands.
Ce romancier et essayiste est
notamment l'auteur du "Serment des barbares", en 1999, du
"Village de l'Allemand", en 2008, et de "Rue Darwin" paru
en 2012. Il a reçu pour ce livre le Prix du roman arabe. Après une rupture des
jurés avec le Conseil des ambassadeurs arabes, organisateurs et mécènes du
prix, ce dernier lui avait été remis chez son éditeur Gallimard.
La Grande Médaille de la
Francophonie a elle été attribuée à l'écrivain, professeur et traducteur Dong
Qiang, l'un des intellectuels francophones chinois les plus actifs. Il a
notamment traduit en chinois Rimbaud ou le Nobel de littérature J.M.G Le
Clézio, et traduit plusieurs auteurs chinois en français. Dong Qiang a aussi
participé à la création des Éditions Bleu de Chine en France.
Le Grand prix de littérature et
le Grand prix de littérature Henri Gal, dotés chacun de 20.000 euros, ont par
ailleurs été respectivement décernés au poète et romancier Michel Butor, 86
ans, pour l'ensemble de son oeuvre, et au journaliste et écrivain Jérôme
Garcin, 56 ans, également pour l'ensemble de son oeuvre.
Parmi les très nombreuses autres
récompenses attribuées par l'Académie française, la philosophe Sylviane
Agacinski, épouse de Lionel Jospin, a reçu pour "Femmes entre sexe et
genre" le Grand Prix Moron (5.000 euros), qui récompense l'auteur français
d'un ouvrage ou d'une oeuvre favorisant une nouvelle éthique.
www.lepoint.fr
___________
Grand Prix de la Francophonie à l'Algérien Boualem Sansal
Par
AFP, publié le
PARIS - L'Académie française a
décerné jeudi le Grand Prix de la Francophonie, doté de 20.000 euros, à
l'écrivain algérien Boualem Sansal, un intellectuel qui lutte pour la liberté
de parole, de culture et de religion dans son pays.
afp.com/Mehdi
Fedouach
Plusieurs des livres de Boualem
Sansal, né en 1949 en Algérie, sont interdits dans son pays. L'écrivain a reçu
en octobre 2011 le Prix de la Paix des libraires allemands.
Ce romancier et essayiste est
notamment l'auteur du "Serment des
barbares", en 1999, du "Village de l'Allemand", en 2008, et de "Rue Darwin" paru en 2012. Il a
reçu pour ce livre le Prix du roman arabe. Après une rupture des jurés avec le
Conseil des ambassadeurs arabes, organisateurs et mécènes du prix, ce dernier
lui avait été remis chez son éditeur Gallimard.
La Grande Médaille de la
Francophonie a elle été attribuée à l'écrivain, professeur et traducteur Dong
Qiang, l'un des intellectuels francophones chinois les plus actifs. Il a
notamment traduit en chinois Rimbaud ou le Nobel de littérature J.M.G Le Clézio,
et traduit plusieurs auteurs chinois en français. Dong Qiang a aussi participé
à la création des Éditions Bleu de Chine en France.
Le Grand prix de littérature et
le Grand prix de littérature Henri Gal, dotés chacun de 20.000 euros, ont par
ailleurs été respectivement décernés au poète et romancier Michel Butor, 86
ans, pour l'ensemble de son oeuvre, et au journaliste et écrivain Jérôme
Garcin, 56 ans, également pour l'ensemble de son oeuvre.
Parmi les très nombreuses autres
récompenses attribuées par l'Académie française, la philosophe Sylviane
Agacinski, épouse de Lionel Jospin, a reçu pour "Femmes entre sexe et genre" le
Grand Prix Moron (5.000 euros), qui récompense l'auteur français d'un ouvrage
ou d'une oeuvre favorisant une nouvelle éthique.
Par
www.lexpress.fr
________
Grand Prix de la Francophonie
Fondation
internationale
Grands
Prix
Fondation internationale, ouverte
par le Gouvernement canadien en 1986 et complétée par le Gouvernement français,
la Principauté de Monaco, le Royaume du Maroc, et diverses donations privées.
Destiné à couronner
« l’œuvre d’une personne physique francophone qui, dans son pays ou à
l’échelle internationale, aura contribué de façon éminente au maintien et à
l’illustration de la langue française ».
Prix annuel.
L’Académie se réserve d’attribuer
également, au titre de ce prix, une ou plusieurs grandes médailles.
________
LIRE ICI sur mon blog le post 390- Boualem Sansal au 25° Printemps de Cassis
LIRE ICI sur mon blog le post 390- Boualem Sansal au 25° Printemps de Cassis
400 - BIG BROTHER ou 1984 de GEORGE ORWELL
Post 1: BIG BROTHER - 1984
Vous
l’avez compris, il s’agit d’une émission radio. J’aurais souhaité vous la
proposer dans sa totalité, mais c’est compliqué. (il s'agit de la vidéo ci-dessus). A vrai dire je n’ai pas su l’exporter comme on
dit, sur ma page Facebook. C’est pourquoi j’ai trouvé cette astuce de filmer
quelques instants.
L’émission
s’intitule “La grande table”. C’est une émission quotidienne sur France
Culture, à midi. Celle de ce mercredi 11 juin a porté sur un sujet très
délicat, qui peut-être dangereux pour nos libertés individuelles
(http://www.franceculture.fr/emission-la-grande-table-1ere-partie-securite-et-droit-civique-2013-06-12).
Dans
une page du monde du 10 courant (internet) Edward Snowden, a révélé des
informations confidentielles sur les programmes de surveillance des
communications menés par les Etats-Unis. Il a expliqué comment est mis en place
un système de surveillance extraordinaire sous des aspects complètement
banalisés et intégrés par nous tous qui les utilisons : A quoi peuvent jouer
demain les grands frères Google, Facebook… Sommes-nous en 1984 ? George Orwell
avait très tôt raison. Le grand frère (LGF) est déjà parmi nous. Non je ne suis
pas paranoïaque.
“l'ex-consultant
de l'Agence nationale de sécurité (NSA), une des principales agences de
renseignement des Etats-Unis, a fourni mercredi plus de détails sur les
méthodes d'espionnage américaines. "Nous piratons les systèmes centraux
des réseaux – comme d'énormes routeurs Internet, en général – qui nous donnent
accès aux communications de centaines de milliers d'ordinateurs sans avoir à
pirater chacun d'entre eux", a détaillé Snowden dans un entretien accordé
à un quotidien de Hongkong, où il est réfugié depuis le 20 mai.
Parmi
les cibles de la NSA, des centaines sont visées depuis 2009 à Hongkong ou en
Chine, a affirmé Edward Snowden, qui dit agir notamment pour dénoncer
"l'hypocrisie du gouvernement américain quand il assure qu'il n'espionne
pas d'infrastructures civiles, au contraire de ses adversaires"”. (on Le
Monde 13 juin internet)
J’évoquais
plus haut George Orwell. Je vous propose une lecture quotidienne (si je tiens)
d’extraits de son célèbre roman. Un visionnaire dont nous célébrerons
l’anniversaire de naissance le 25 juin courant. Il aurait eu 110 ans.
----------
George
Orwell, de son vrai nom Eric Arthur Blair, est un écrivain anglais né le 25
juin 1903 à Motihari (Inde britannique, aujourd'hui en Inde) et mort le 21
janvier 1950 à Londres.
Son
œuvre porte la marque de ses engagements, qui trouvent eux-mêmes pour une large
part leur source dans l'expérience personnelle de l'auteur : contre
l'impérialisme britannique, après son engagement de jeunesse comme représentant
des forces de l'ordre colonial en Birmanie ; pour la justice sociale et le
socialisme, après avoir observé et partagé les conditions d'existence des
classes laborieuses à Londres et à Paris ; contre les totalitarismes nazi et
soviétique, après sa participation à la guerre d'Espagne.
Témoin
de son époque, Orwell est dans les années 1930 et 1940 chroniqueur, critique
littéraire et romancier. De cette production variée, les deux œuvres au succès
le plus durable sont deux textes publiés après la Seconde Guerre mondiale : La
Ferme des animaux et surtout 1984, roman dans lequel il crée le concept de Big
Brother, depuis passé dans le langage courant de la critique des techniques
modernes de surveillance. L'adjectif « orwellien » est également fréquemment
utilisé en référence à l'univers totalitaire imaginé par l'écrivain anglais.
(Wikipedia)
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Voici
le Post1, premier extrait de: 1984
C’était
une journée d’avril froide et claire. Les horloges sonnaient treize heures.
Winston Smith, le menton rentré dans le cou, s’efforçait d’éviter le vent
mauvais. Il passa rapidement la porte vitrée du bloc des « Maisons de la
Victoire », pas assez rapidement cependant pour empêcher que s’engouffre en
même temps que lui un tourbillon de poussière et de sable.
Le
hall sentait le chou cuit et le vieux tapis. À l’une de ses extrémités, une
affiche de couleur, trop vaste pour ce déploie- ment intérieur, était clouée au
mur. Elle représentait simplement un énorme visage, large de plus d’un mètre
: le visage d’un homme d’environ quarante-cinq ans, à l’épaisse moustache
noire, aux traits accentués et beaux.
Winston
se dirigea vers l’escalier. Il était inutile d’essayer de prendre l’ascenseur.
Même aux meilleures époques, il fonctionnait rarement. Actuellement,
d’ailleurs, le courant électrique était coupé dans la journée. C’était une des
mesures d’économie prises en vue de la Semaine de la Haine.
Son
appartement était au septième. Winston, qui avait trente-neuf ans et souffrait
d’un ulcère variqueux au-dessus de la cheville droite, montait lentement. Il
s’arrêta plusieurs fois en chemin pour se reposer. À chaque palier, sur une
affiche collée au mur, face à la cage de l’ascenseur, l’énorme visage vous
fixait du regard. C’était un de ces portraits arrangés de telle sorte que les
yeux semblent suivre celui qui passe. Une légende, sous le portrait, disait :
BIG BROTHER VOUS REGARDE.
À
l’intérieur de l’appartement de Winston, une voix sucrée faisait entendre une
série de nombres qui avaient trait à la production de la fonte. La voix
provenait d’une plaque de métal oblongue, miroir terne encastré dans le mur de
droite. Winston tourna un bouton et la voix diminua de volume, mais les mots
étaient encore distincts. Le son de l’appareil (du télécran, comme on disait)
pouvait être assourdi, mais il n’y avait aucun moyen de l’éteindre
complètement. Winston se dirigea vers la fenêtre. Il était de stature frêle,
plutôt petite, et sa maigreur était soulignée par la combinaison bleue,
uniforme du Parti. Il avait les cheveux très blonds, le visage naturellement
sanguin, la peau durcie par le savon grossier, les lames de rasoir émoussées et
le froid de l’hiver qui venait de prendre fin.
Au-dehors,
même à travers le carreau de la fenêtre fermée, le monde paraissait froid. Dans
la rue, de petits remous de vent faisaient tourner en spirale la poussière et
le papier déchiré. Bien que le soleil brillât et que le ciel fût d’un bleu dur,
tout semblait décoloré, hormis les affiches collées partout. De tous les
carrefours importants, le visage à la moustache noire vous fixait du regard. Il
y en avait un sur le mur d’en face. BIG BROTHER VOUS REGARDE, répétait la
légende, tandis que le regard des yeux noirs pénétrait les yeux de Winston. Au
niveau de la rue, une autre affiche, dont un angle était déchiré, battait par
à-coups dans le vent, couvrant et découvrant alternativement un seul mot :
ANGSOC. Au loin, un hélicoptère glissa entre les toits, plana un moment, telle
une mouche bleue, puis repartit comme une flèche, dans un vol courbe. C’était
une patrouille qui venait mettre le nez aux fenêtres des gens. Mais les
patrouilles n’avaient pas d’importance. Seule comptait la Police de la Pensée.
Derrière
Winston, la voix du télécran continuait à débiter des renseignements sur la
fonte et sur le dépassement des prévisions pour le neuvième plan triennal. Le
télécran recevait et transmettait simultanément. Il captait tous les sons émis
par Winston au-dessus d’un chuchotement très bas. De plus, tant que Winston
demeurait dans le champ de vision de la plaque de métal, il pouvait être vu
aussi bien qu’entendu. Naturellement, il n’y avait pas moyen de savoir si, à un
moment donné, on était surveillé. Combien de fois, et suivant quel plan, la
Police de la Pensée se branchait-elle sur une ligne individuelle quelconque,
personne ne pouvait le savoir. On pouvait même imaginer qu’elle surveillait
tout le monde, constamment. Mais de toute façon, elle pouvait mettre une prise
sur votre ligne chaque fois qu’elle le désirait. On devait vivre, on vivait,
car l’habitude devient instinct, en admettant que tout son émis était entendu
et que, sauf dans l’obscurité, tout mouvement était perçu.
Winston
restait le dos tourné au télécran. Bien qu’un dos, il le savait, pût être
révélateur, c’était plus prudent. À un kilomètre, le ministère de la Vérité, où
il travaillait, s’élevait vaste et blanc au-dessus du paysage sinistre. Voilà
Londres, pensa-t-il avec une sorte de vague dégoût, Londres, capitale de la
Première Région Aérienne, la troisième, par le chiffre de sa population, des
provinces de l’Océania. Il essaya d’extraire de sa mémoire quelque souvenir
d’enfance qui lui indiquerait si Londres avait toujours été tout à fait comme
il la voyait. Y avait-il toujours eu ces perspectives de maisons du XIXe siècle
en ruine, ces murs étayés par des poutres, ce carton aux fenêtres pour remplacer
les vitres, ces toits plâtrés de tôle ondulée, ces clôtures de jardin délabrées
et penchées dans tous les sens ? Y avait-il eu toujours ces emplacements
bombardés où la poussière de plâtre tourbillonnait, où l’épilobe grimpait sur
des monceaux de décombres ? Et ces endroits où les bombes avaient dégagé un espace
plus large et où avaient jailli de sordides colonies d’habitacles en bois
semblables à des cabanes à lapins ? Mais c’était inutile, Winston n’arrivait
pas à se souvenir. Rien ne lui restait de son enfance, hors une série de
tableaux brillamment éclairés, sans arrière-plan et absolument inintelligibles.
(A
suivre)
°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°
Post2: BIG BROTHER - 1984
Comme je l’ai
indiqué en mon post 1, je continue la diffusion du contenu de 1984 de George
Orwell. Nombre d’entre nous l’ont lu depuis très longtemps. D’autres n’y ont
pas eu accès pour de multiples raisons. C’est surtout pour ceux-ci que je le
porte ici (et sur mon blog :
Le ministère
de la Vérité – Miniver, en novlangue1 (1-Le novlangue était l’idiome
officiel de l’Océania)frappait par sa différence avec les objets environnants.
C’était une gigantesque construction pyramidale de béton d’un blanc éclatant.
Elle étageait ses terrasses jusqu’à trois cents mètres de hauteur. De son poste
d’observation, Winston pouvait encore déchiffrer sur la façade l’inscription
artistique des trois slogans du Parti :
LA GUERRE
C’EST LA PAIX LA LIBERTE C’EST L’ESCLAVAGE L’IGNORANCE C’EST LA FORCE
Le ministère
de la Vérité comprenait, disait-on, trois mille pièces au-dessus du niveau du
sol, et des ramifications souterraines correspondantes. Disséminées dans
Londres, il n’y avait que trois autres constructions d’apparence et de
dimensions analogues. Elles écrasaient si complètement l’architecture environnante
que, du toit du bloc de la Victoire, on pouvait les voir toutes les quatre
simultanément. C’étaient les locaux des quatre ministères entre lesquels se
partageait la totalité de l’appareil gouvernemental. Le ministère de la Vérité,
qui s’occupait des divertissements, de l’information, de l’éducation et des
beaux- arts. Le ministère de la Paix, qui s’occupait de la guerre. Le ministère
de l’Amour qui veillait au respect de la loi et de l’ordre. Le ministère de
l’Abondance, qui était responsable des affaires économiques. Leurs noms, en novlangue,
étaient : Miniver, Minipax, Miniamour, Miniplein.
Le ministère
de l’Amour était le seul réellement effrayant. Il n’avait aucune fenêtre.
Winston n’y était jamais entré et ne s’en était même jamais trouvé à moins d’un
kilomètre. C’était un endroit où il était impossible de pénétrer, sauf pour
affaire officielle, et on n’y arrivait qu’à travers un labyrinthe de barbelés
enchevêtrés, de portes d’acier, de nids de mitrailleuses dissimulés. Même les
rues qui menaient aux barrières extérieures étaient parcourues par des gardes
en uniformes noirs à face de gorille, armés de matraques articulées.
Winston fit
brusquement demi-tour. Il avait fixé sur ses traits l’expression de tranquille
optimisme qu’il était prudent de montrer quand on était en face du télécran. Il
traversa la pièce pour aller à la minuscule cuisine. En laissant le ministère à
cette heure, il avait sacrifié son repas de la cantine. Il n’ignorait pas qu’il
n’y avait pas de nourriture à la cuisine, sauf un quignon de pain noirâtre
qu’il devait garder pour le petit déjeuner du lendemain. Il prit sur l’étagère
une bouteille d’un liquide incolore, qui portait une étiquette blanche où
s’inscrivaient clairement les mots « Gin de la Victoire ». Le liquide répandait
une odeur huileuse, écœurante comme celle de l’eau-de-vie de riz des Chinois.
Winston en versa presque une pleine tasse, s’arma de courage pour supporter le
choc et avala le gin comme une médecine.
Instantanément,
son visage devint écarlate et des larmes lui sortirent des yeux. Le breuvage
était comme de l’acide nitrique et, de plus, on avait en l’avalant la sensation
d’être frappé à la nuque par une trique de caoutchouc. La minute d’après,
cependant, la brûlure de son estomac avait disparu et le monde commença à lui
paraître plus agréable. Il prit une cigarette dans un paquet froissé marqué «
Cigarettes de la Victoire », et, imprudemment, la tint verticalement, ce qui
fit tomber le tabac sur le parquet. Il fut plus heureux avec la cigarette
suivante. Il retourna dans le living-room et s’assit à une petite table qui se
trouvait à gauche du télécran. Il sortit du tiroir un porte-plume, un flacon
d’encre, un in-quarto épais et vierge au dos rouge et à la couverture marbrée.
Le télécran du
living-room était, pour une raison quelconque, placé en un endroit inhabituel.
Au lieu de se trouver, comme il était normal, dans le mur du fond où il aurait
commandé toute la pièce, il était dans le mur plus long qui faisait face à la
fenêtre. Sur un de ses côtés, là où Winston était assis, il y avait une alcôve
peu profonde qui, lorsque les appartements avaient été aménagés, était
probablement destinée à recevoir des rayons de bibliothèque. Quand il
s’asseyait dans l’alcôve, bien en arrière, Winston pouvait se maintenir en
dehors du champ de vision du télécran. Il pouvait être entendu, bien sûr, mais
aussi longtemps qu’il demeurait dans sa position actuelle, il ne pourrait être
vu. C’était l’aménagement particulier de la pièce qui avait en partie fait naître
en lui l’idée de ce qu’il allait maintenant entreprendre.
Mais cette
idée lui avait aussi été suggérée par l’album qu’il venait de prendre dans le
tiroir. C’était un livre spécialement beau. Son papier crémeux et lisse, un peu
jauni par le temps, était d’une qualité qui n’était plus fabriquée depuis
quarante ans au moins. Winston estimait cependant que le livre était beau- coup
plus vieux que cela. Il l’avait vu traîner à la vitrine d’un bric-à-brac
moisissant, dans un sordide quartier de la ville (lequel exactement, il ne s’en
souvenait pas) et avait immédiate- ment été saisi du désir irrésistible de le
posséder. Les membres du Parti, normalement, ne devaient pas entrer dans les
boutiques ordinaires (cela s’appelait acheter au marché libre), mais la règle
n’était pas strictement observée, car il y avait différents articles, tels que
les lacets de souliers, les lames de rasoir, sur lesquels il était impossible
de mettre la main autrement. Il avait d’un rapide coup d’œil parcouru la rue du
haut en bas, puis s’était glissé dans la boutique et avait acheté le livre deux
dollars cinquante. Il n’avait pas conscience, à ce moment-là, que son désir
impliquât un but déterminé. Comme un criminel, il avait emporté dans sa
serviette ce livre qui, même sans aucun texte, était compromettant.
Ce qu’il
allait commencer, c’était son journal. Ce n’était pas illégal (rien n’était
illégal, puisqu’il n’y avait plus de lois), mais s’il était découvert, il
serait, sans aucun doute, puni de mort ou de vingt-cinq ans au moins de travaux
forcés dans un camp. Winston adapta une plume au porte-plume et la suça pour en
enlever la graisse. Une plume était un article archaïque, rare- ment employé,
même pour les signatures. Il s’en était procuré une, furtivement et avec
quelque difficulté, simplement parce qu’il avait le sentiment que le beau
papier crémeux appelait le tracé d’une réelle plume plutôt que les éraflures
d’un crayon à encre. À dire vrai, il n’avait pas l’habitude d’écrire à la main.
En dehors de très courtes notes, il était d’usage de tout dicter au
phonoscript, ce qui, naturellement, était impossible pour ce qu’il projetait.
Il plongea la plume dans l’encre puis hésita une seconde. Un tremblement lui
parcourait les entrailles. Faire un trait sur le papier était un acte décisif.
En petites lettres maladroites, il écrivit :
4 avril
1984
Il se
redressa. Un sentiment de complète impuissance s’était emparé de lui. Pour commencer,
il n’avait aucune certitude que ce fût vraiment 1984. On devait être aux
alentours de cette date, car il était sûr d’avoir trente-neuf ans, et il
croyait être né en 1944 ou 1945. Mais, par les temps qui couraient, il n’était
possible de fixer une date qu’à un ou deux ans près.
Pour qui
écrivait-il ce journal ? Cette question, brusque- ment, s’imposa à lui. Pour
l’avenir, pour des gens qui n’étaient pas nés. Son esprit erra un moment autour
de la date approximative écrite sur la page, puis bondit sur un mot novlangue :
double-pensée. Pour la première fois, l’ampleur de son entre- prise lui
apparut. Comment communiquer avec l’avenir. C’était impossible intrinsèquement.
Ou l’avenir ressemblerait au pré- sent, et on ne l’écouterait pas, ou il serait
différent, et son enseignement, dans ce cas, n’aurait aucun sens.
(A
suivre)
°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°
mardi, juin 11, 2013
399- Paris en vrac.
Jeudi dernier j'ai pris le TGV pour Paris. J'y ai passé trois jours. L'objet de ce déplacement était l'enregistrement d'une émission de télévision à Berbère TV. J'ai été invité par Youssef Zirem dans le cadre de son émission "Graffiti". Nous avons, pendant 52 minutes parlé de mon dernier roman, La folle d'Alger. La diffusion de l'émission est prévue pour ce soir mardi 11 juin à 20h30. Pour le reste, j'ai pris beaucoup de photos...
J'ai passé plus de deux heures dans le Louvre, notamment dans le pavillon des arts de l'Islam. Fantastique...
"Ce chef-d’œuvre taillé dans un seul bloc d’ivoire a été réalisé à
la cour umayyade d’Espagne pour le prince al-Mughira. La boite déroule
un cycle d’images (pas moins de quarante-huit figures, soixante-neuf
avec celles du couvercle), présentant notamment des cavaliers, une scène
de trône et un combat d’animaux. Les symboles et emblèmes du pouvoir
légitime figurant sur cette sculpture illustrent la lutte des Umayyades
face aux Abbassides.Inscription: « Bénédiction de Dieu, bienfait, joie, béatitude pour al-Mughira, fils du Commandeur des Croyants, que Dieu lui fasse miséricorde de ce qu’il a fait l’année trois cent cinquante-sept » [soit 968 de notre ère]" (on: w.louvre.fr)
Je suis également allé faire un tour à Beaubourg...
A Barbès. Le mythique cinéma Luxor à rouvert...
Plus d'infos ici: http://www.paris-louxor.fr/louxor-palais-du-cinema/
Je ne pouvais laisser le plus grand cinéma d'Europe... Le REX.
Sur la place Saint Sulpice les poètes s'étaient donné rendez-vous.
Le bateau ivre (1871)http://rimbaudexplique.free.fr/poemes/bateau.html
Le Bateau ivre
Comme je descendais des Fleuves impassibles,
Je ne me sentis plus guidé par les haleurs :
Des Peaux-rouges criards les avaient pris pour cibles,
Les ayant cloués nus aux poteaux de couleurs.
J'étais insoucieux de tous les équipages,
Porteur de blés flamands ou de cotons anglais.
Quand avec mes haleurs ont fini ces tapages,
Les Fleuves m'ont laissé descendre où je voulais.
Dans les clapotements furieux des marées,
Moi, l'autre hiver, plus sourd que les cerveaux d'enfants,
Je courus ! Et les Péninsules démarrées
N'ont pas subi tohu-bohus plus triomphants.
La tempête a béni mes éveils maritimes.
Plus léger qu'un bouchon j'ai dansé sur les flots
Qu'on appelle rouleurs éternels de victimes,
Dix nuits, sans regretter l'œil niais des falots !
Plus douce qu'aux enfants la chair des pommes sures,
L'eau verte pénétra ma coque de sapin
Et des taches de vins bleus et des vomissures
Me lava, dispersant gouvernail et grappin.
Et dès lors, je me suis baigné dans le Poème
De la Mer, infusé d'astres, et lactescent,
Dévorant les azurs verts ; où, flottaison blême
Et ravie, un noyé pensif parfois descend ;
Où, teignant tout à coup les bleuités, délires
Et rythmes lents sous les rutilements du jour,
Plus fortes que l'alcool, plus vastes que nos lyres,
Fermentent les rousseurs amères de l'amour !
Je sais les cieux crevant en éclairs, et les trombes
Et les ressacs et les courants : je sais le soir,
L'Aube exaltée ainsi qu'un peuple de colombes,
Et j'ai vu quelquefois ce que l'homme a cru voir !
J'ai vu le soleil bas, taché d'horreurs mystiques,
Illuminant de longs figements violets,
Pareils à des acteurs de drames très antiques
Les flots roulant au loin leurs frissons de volets !
J'ai rêvé la nuit verte aux neiges éblouies,
Baiser montant aux yeux des mers avec lenteurs,
La circulation des sèves inouïes,
Et l'éveil jaune et bleu des phosphores chanteurs !
J'ai suivi, des mois pleins, pareille aux vacheries
Hystériques, la houle à l'assaut des récifs,
Sans songer que les pieds lumineux des Maries
Pussent forcer le mufle aux Océans poussifs !
J'ai heurté, savez-vous, d'incroyables Florides
Mêlant aux fleurs des yeux de panthères à peaux
D'hommes ! Des arcs-en-ciel tendus comme des brides
Sous l'horizon des mers, à de glauques troupeaux !
J'ai vu fermenter les marais énormes, nasses
Où pourrit dans les joncs tout un Léviathan !
Des écroulements d'eaux au milieu des bonaces,
Et des lointains vers les gouffres cataractant !
Glaciers, soleils d'argent, flots nacreux, cieux de braises !
Échouages hideux au fond des golfes bruns
Où les serpents géants dévorés des punaises
Choient, des arbres tordus, avec de noirs parfums !
J'aurais voulu montrer aux enfants ces dorades
Du flot bleu, ces poissons d'or, ces poissons chantants.
− Des écumes de fleurs ont bercé mes dérades
Et d'ineffables vents m'ont ailé par instants.
Parfois, martyr lassé des pôles et des zones,
La mer dont le sanglot faisait mon roulis doux
Montait vers moi ses fleurs d'ombre aux ventouses jaunes
Et je restais, ainsi qu'une femme à genoux...
Presque île, ballottant sur mes bords les querelles
Et les fientes d'oiseaux clabaudeurs aux yeux blonds.
Et je voguais, lorsqu'à travers mes liens frêles
Des noyés descendaient dormir, à reculons !
Or moi, bateau perdu sous les cheveux des anses,
Jeté par l'ouragan dans l'éther sans oiseau,
Moi dont les Monitors et les voiliers des Hanses
N'auraient pas repêché la carcasse ivre d'eau ;
Libre, fumant, monté de brumes violettes,
Moi qui trouais le ciel rougeoyant comme un mur
Qui porte, confiture exquise aux bons poètes,
Des lichens de soleil et des morves d'azur ;
Qui courais, taché de lunules électriques,
Planche folle, escorté des hippocampes noirs,
Quand les juillets faisaient crouler à coups de triques
Les cieux ultramarins aux ardents entonnoirs ;
Moi qui tremblais, sentant geindre à cinquante lieues
Le rut des Béhémots et les Maelstroms épais,
Fileur éternel des immobilités bleues,
Je regrette l'Europe aux anciens parapets !
J'ai vu des archipels sidéraux ! et des îles
Dont les cieux délirants sont ouverts au vogueur :
− Est-ce en ces nuits sans fonds que tu dors et t'exiles,
Million d'oiseaux d'or, ô future Vigueur ?
Mais, vrai, j'ai trop pleuré ! Les Aubes sont navrantes.
Toute lune est atroce et tout soleil amer :
L'âcre amour m'a gonflé de torpeurs enivrantes.
O que ma quille éclate ! O que j'aille à la mer !
Si je désire une eau d'Europe, c'est la flache
Noire et froide où vers le crépuscule embaumé
Un enfant accroupi plein de tristesse, lâche
Un bateau frêle comme un papillon de mai.
Je ne puis plus, baigné de vos langueurs, ô lames,
Enlever leur sillage aux porteurs de cotons,
Ni traverser l'orgueil des drapeaux et des flammes,
Ni nager sous les yeux horribles des pontons.
Je ne me sentis plus guidé par les haleurs :
Des Peaux-rouges criards les avaient pris pour cibles,
Les ayant cloués nus aux poteaux de couleurs.
J'étais insoucieux de tous les équipages,
Porteur de blés flamands ou de cotons anglais.
Quand avec mes haleurs ont fini ces tapages,
Les Fleuves m'ont laissé descendre où je voulais.
Dans les clapotements furieux des marées,
Moi, l'autre hiver, plus sourd que les cerveaux d'enfants,
Je courus ! Et les Péninsules démarrées
N'ont pas subi tohu-bohus plus triomphants.
La tempête a béni mes éveils maritimes.
Plus léger qu'un bouchon j'ai dansé sur les flots
Qu'on appelle rouleurs éternels de victimes,
Dix nuits, sans regretter l'œil niais des falots !
Plus douce qu'aux enfants la chair des pommes sures,
L'eau verte pénétra ma coque de sapin
Et des taches de vins bleus et des vomissures
Me lava, dispersant gouvernail et grappin.
Et dès lors, je me suis baigné dans le Poème
De la Mer, infusé d'astres, et lactescent,
Dévorant les azurs verts ; où, flottaison blême
Et ravie, un noyé pensif parfois descend ;
Où, teignant tout à coup les bleuités, délires
Et rythmes lents sous les rutilements du jour,
Plus fortes que l'alcool, plus vastes que nos lyres,
Fermentent les rousseurs amères de l'amour !
Je sais les cieux crevant en éclairs, et les trombes
Et les ressacs et les courants : je sais le soir,
L'Aube exaltée ainsi qu'un peuple de colombes,
Et j'ai vu quelquefois ce que l'homme a cru voir !
J'ai vu le soleil bas, taché d'horreurs mystiques,
Illuminant de longs figements violets,
Pareils à des acteurs de drames très antiques
Les flots roulant au loin leurs frissons de volets !
J'ai rêvé la nuit verte aux neiges éblouies,
Baiser montant aux yeux des mers avec lenteurs,
La circulation des sèves inouïes,
Et l'éveil jaune et bleu des phosphores chanteurs !
J'ai suivi, des mois pleins, pareille aux vacheries
Hystériques, la houle à l'assaut des récifs,
Sans songer que les pieds lumineux des Maries
Pussent forcer le mufle aux Océans poussifs !
J'ai heurté, savez-vous, d'incroyables Florides
Mêlant aux fleurs des yeux de panthères à peaux
D'hommes ! Des arcs-en-ciel tendus comme des brides
Sous l'horizon des mers, à de glauques troupeaux !
J'ai vu fermenter les marais énormes, nasses
Où pourrit dans les joncs tout un Léviathan !
Des écroulements d'eaux au milieu des bonaces,
Et des lointains vers les gouffres cataractant !
Glaciers, soleils d'argent, flots nacreux, cieux de braises !
Échouages hideux au fond des golfes bruns
Où les serpents géants dévorés des punaises
Choient, des arbres tordus, avec de noirs parfums !
J'aurais voulu montrer aux enfants ces dorades
Du flot bleu, ces poissons d'or, ces poissons chantants.
− Des écumes de fleurs ont bercé mes dérades
Et d'ineffables vents m'ont ailé par instants.
Parfois, martyr lassé des pôles et des zones,
La mer dont le sanglot faisait mon roulis doux
Montait vers moi ses fleurs d'ombre aux ventouses jaunes
Et je restais, ainsi qu'une femme à genoux...
Presque île, ballottant sur mes bords les querelles
Et les fientes d'oiseaux clabaudeurs aux yeux blonds.
Et je voguais, lorsqu'à travers mes liens frêles
Des noyés descendaient dormir, à reculons !
Or moi, bateau perdu sous les cheveux des anses,
Jeté par l'ouragan dans l'éther sans oiseau,
Moi dont les Monitors et les voiliers des Hanses
N'auraient pas repêché la carcasse ivre d'eau ;
Libre, fumant, monté de brumes violettes,
Moi qui trouais le ciel rougeoyant comme un mur
Qui porte, confiture exquise aux bons poètes,
Des lichens de soleil et des morves d'azur ;
Qui courais, taché de lunules électriques,
Planche folle, escorté des hippocampes noirs,
Quand les juillets faisaient crouler à coups de triques
Les cieux ultramarins aux ardents entonnoirs ;
Moi qui tremblais, sentant geindre à cinquante lieues
Le rut des Béhémots et les Maelstroms épais,
Fileur éternel des immobilités bleues,
Je regrette l'Europe aux anciens parapets !
J'ai vu des archipels sidéraux ! et des îles
Dont les cieux délirants sont ouverts au vogueur :
− Est-ce en ces nuits sans fonds que tu dors et t'exiles,
Million d'oiseaux d'or, ô future Vigueur ?
Mais, vrai, j'ai trop pleuré ! Les Aubes sont navrantes.
Toute lune est atroce et tout soleil amer :
L'âcre amour m'a gonflé de torpeurs enivrantes.
O que ma quille éclate ! O que j'aille à la mer !
Si je désire une eau d'Europe, c'est la flache
Noire et froide où vers le crépuscule embaumé
Un enfant accroupi plein de tristesse, lâche
Un bateau frêle comme un papillon de mai.
Je ne puis plus, baigné de vos langueurs, ô lames,
Enlever leur sillage aux porteurs de cotons,
Ni traverser l'orgueil des drapeaux et des flammes,
Ni nager sous les yeux horribles des pontons.
Arthur Rimbaud – 1871
On: http://abardel.free.fr
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L'écriture du poème est elle-même conçue comme une illustration du "dérèglement de tous les sens". Rimbaud s'appuie sur un canevas réaliste relativement simple, une série de tableaux de mer inspirés par ses lectures (il n'avait − à 17 ans − jamais vu la mer) : reflets du soleil à la surface des eaux (strophes 6 et 7), accidents atmosphériques (strophe 8), coucher du soleil (strophe 9), la nuit et l'aube sur l'océan (strophe 10), etc. Mais cet enchaînement de "marines", ce diorama (note1) de la mer, est alternativement emballé et rompu par le défilé précipité des tableaux. Le Bateau ivre entraîne le lecteur dans un ballet aux changements de décor étourdissants. Les déplacements de la césure et la surprise des enjambements impriment au poème l'allure titubante qui convient à son sens. Sous l'effet de l'irréalisme brutal des images, le spectacle tourne au fantastique. La mer devient symbole de l'Inconnu. Le naufrage est décrit comme la plongée voluptueuse dans un monde édénique, où le poète peut enfin habiter "dans la plénitude du grand songe" (lettre du 15 mai 1871.) Toutes les ressources du langage poétique sont mises à contribution pour entraîner le lecteur dans cette fête des sens et lui donner l'impression du nouveau : rythmes, jeux de sonorités, couleurs crues, associations de mots inattendues, mots rares ou inventés, effets synesthésiques, métaphores insolites.
Cette allégorie de la révolte qu'est le "Bateau ivre" fonctionne simultanément sur le plan psychologique (rupture avec la docilité et la naïveté de l'enfance), littéraire (invention d'une poésie nouvelle) et politique (rupture avec le Vieux Monde, symbolisé par « l’Europe aux anciens parapets »). Sous ce dernier aspect, le poème de l'été 1871 qu'est le "Bateau ivre" peut être considéré comme un tombeau de la Commune. Le poète suggère cette hypothèse en plaçant à un endroit stratégique, à l'extrême fin de son texte, une évocation des "yeux horribles des pontons". On sait en effet qu'au lendemain de la semaine sanglante (21-28 mai 1871), ceux qui n’avaient pas été fusillés par les Versaillais furent entassés dans ces prisons flottantes qu’étaient les "pontons". En terminant son texte sur cette allusion très politique, Rimbaud ne laisse aucun doute sur sa volonté d’en éclairer le texte tout entier. Le bateau, dont le vers 41 nous dit qu’il a « suivi, des mois pleins, […] la houle à l’assaut des récifs », représente bien ce jeune communard que fut Rimbaud, spectateur probablement passif (verbe « suivre ») mais enthousiaste de l’épisode révolutionnaire, lequel épisode révolutionnaire trouve sa métaphore dans l'océan furieux.
On: http://abardel.free.fr
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J'ai continué le grand tour en traversant le jardin du Luxembourg...
Notre dame, le pont encadenassé de l'Archevêché et l'Île de la Cité...
Les sous-sols de la gare de Lyon et ses consignes (très importantes pour un voyageur qui ne supporte pas de traîner sa ou ses valises, sacs...
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Sansal à Cassis 2013


