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lundi, avril 14, 2014

436 - AHLEM MOSTEGHANEMI

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Je l’avoue et j’en ai presque honte, j’ai découvert Ahlam Mosteghanemi au début de cette année 2014. Son nom ne m’était pas étranger, certes. Je savais vaguement que c’est une femme qui écrit en arabe. Mais, hélas, je ne lis ni romans, ni journaux, ni quelque document que ce soit en arabe. Car je ne maîtrise pas cette langue, quoique si je parle parfaitement l’oranais.


A vrai dire je ne me suis jamais, ou presque jamais, intéressé à la littérature arabophone. Avec le temps c’est devenu une habitude, une seconde nature que de ne prêter aucune attention à ce qui s’écrit dans cette langue. D’autant qu’ils ne sont que très peu ou pas traduits. Ouatar peut-être, ou la poésie. Je n’en suis pas du tout fier. Me faut certainement  relire Memmi ou Fanon à propos du lien entre le colonisateur et le colonisé… Ma foi... De Ahlam Mosteghanemi je n’avais jamais lu une ligne avant ce jour de janvier lorsque je suis rentré dans la nouvelle librairie de la place du 1° novembre à Oran. Au rayon des ouvrages en français je recherchais des nouveautés. Quelque roman ou autre écrit publié en Algérie. Foin de romans édités à l’étranger. Je désirais acheter un roman local. Et je tombe sur deux romans de Ahlam Mosteghanemi en français : Mémoires de la chair (traduit de l’arabe par Mohammed Mokeddem) et Le chaos des sens, traduit par France Meyer, édités tous deux par Sédia (sedia-dz.com/index.php/auteurs/ahlam-mosteghanemi.html -Alger). videoJe feuillette Le chaos des sens et c’est le choc. Une dramaturgie poétisée. Je lis, relis, deux pages, puis cinq puis je ne sais. J’aurais pu y rester le temps de l’achever, coincé entre deux rayons, debout. Je décide d’acheter ce que je trouve d’elle, hélas deux seuls romans. Le troisième, Passager du lit (Dar el adab, Beyrouth 2003) n’est pas disponible en français, ni l’Art d’oublier (Dar el Adab, Beyrouth 2010), ni Le noir te va si bien, son dernier (Hachette-Antoine, Beyrouth 2012)

Si vous n’avez pas encore lu Ahlam Mosteghanemi, hatez-vous de le faire. Il n’est jamais trop tard. Dans son premier roman « Mémoires de la chair », l’auteure chante l’amour entre les êtres perdus ou présents, les lieux disparus, la cité des ponts, Constantine, Baladou el hawa-i daâwki am baladou el-hawa ?  se lamantait le poète. Ahlam chante un pays magnifique, hélas abandonné à la dérive par ses dirigeants. Ils l’ont laissé ronger par la corruption et autres maux ou crimes. « Je regardais défiler la ville par la vitre de la voiture qui nous menait de l’aéroport à la maison, et je me demandais : Me reconnaît-elle ? Cette cité-patrie qui accueille ses protégés aux épaules larges et aux mains sales par l’entrée d’honneur…m’avait accueilli parmi les queues des étrangers, des escrocs et petits trafiquants,. Me reconnaît-elle, elle qui contrôle attentivement mon passeport et oublie de s’attarder sur mon visage ? » (278) Extrait il est vrai teinté d’une forme de naïveté. Mais c’est une naïveté saine, non douée d’arrière pensée, qui s’exprime avec beauté, avec romantisme. Voici cet autre :   « Etait-ce ce dîner gargantuesque qu’Atika, la femme de Hassan, nous avait préparé, la cause de mon malaise ? On aurait dit une fête. Jamais je n’avais autant mangé. Un repas historique. Il y avait des plats que je n’avais plus goûtés depuis des lustres… Ou bien était-ce le choc de ma confrontation sentimentale avec cette maison où j’étais née, où j’avais grandi ? Murs, marches, fenêtres, chambres, couloirs gardaient l’empreinte de mes fêtes et de mes deuils, et d’autres jours ordinaires, qui resurgissent soudain… souvenirs extraordinaires excluant toute autre image. Me voilà habitant ma mémoire en réintégrant la maison de mon enfance. Peut-on dormir lorsqu’on a la mémoire comme oreiller ? Les fantômes de ceux qui l’ont habitée rôdent dans les chambres. Il me semblait voir le pan de la robe de ma mère aller et venir dans la cour, exhalant son odeur maternelle, il me semblait entendre mon père réclamer l’eau pour ses ablutions ou crier du bas de l’escalier : « Dégagez le chemin ! » pour prévenir les femmes qu’un visiteur étranger à la famille l’accompagnait et qu’elles devaient disparaître pour ne pas être vues… » (279) Je me souviens personnellement qu’à Oran losqu’elle entendait « Trig ! » c’est à dire « route », toute femme dans les parages se devait de libérer le passage… A propos de ce roman Nizar Kabbani a déclaré : « Ce livre m’a donné le vertige, je l’aurais signé si on me l’avait demandé ».
 
Voici un autre extrait, celui-ci de « Le chaos des sens ». On peut lire dans la même vaine : « Il est rare que les joies attendues sur le quai d’une gare soient au rendez-vous. Il est rare que ceux qui nous donnent rendez-vous arrivent à l’heure. Le destin nous met – ou les met – toujours en retard. Voilà pourquoi je me mis à vivre sans agenda, déterminée à m’épargner toutes ces joies ajournées. Depuis que j’avais décidé qu’aucun amant ne valait la peine de l’attendre, l’amour était tapi à ma porte ou, plutôt, était une porte qui s’ouvrait spontanément à mon approche. J’avais ainsi pris l’habitude de m’amuser de ses incohérences. » (137)

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Cet autre extrait me semble plus étoffé, plus chargé. Voilà que la vie « réelle » de la cité s’incruste dans l’écriture de la narratrice (Hayet) et la bouscule, voilà que la mort « réelle », la mort d’un homme, s’immisce dans le monde des mots qu’elle (la mort) affecte, obligeant l’auteure (Hayet) à l’intégrer dans son carnet, un carnet dévolu a-priori aux ‘histoires’. Le monde « réel » s’invite, fait irruption dans la fiction. Ce procédé, cette transgression narrative, Ahlam ne l’a pas inventée (entre autres Julio Cortazar « Continuité des parcs » ou « La rose pourpre du Caire » pour le cinéma), mais l’utilise à merveille : « Le jour où j’avais entamé ce carnet, je n’avais pas eu l’intention de philosopher. Or je découvrais que la mort de cet homme me dépassait, franchissait les limites de ma compréhension, bousculait ma logique, car elle avait eu lieu hors de mon carnet – ou plutôt en marge de celui-ci, sur cette fine ligne rouge qui sépare la vie des mots. Le plus étrange – et le plus douloureux – c’est qu’il était mort à cause d’un héros imaginaire, d’un être d’encre. La mort n’avait jamais autant été à portée de mots, à portée d’illusion. » (116)
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Il est à noter aussi ce jeu de miroir entre les personnages du premier et ceux du deuxième roman : une auteure, un narrateur, le frère Nasser, le père... « J’ai beaucoup fait l’amour, mais je m’aperçois que je n’ai pas embrassé une femme depuis bien longtemps. Et que mon plaisir s’est figé sur tes lèvres à la page 146 », dit le narrateur à l’écrivaine (laquelle ?) Il lui rappelle même la page du roman où il est fait mention du baiser « la page 146 » de « Mémoires de la chair »… Ahlam Mosteghanemi met en relation ses romans, en écho. Et rend hommage à des hommes héroïques comme son père, mais aussi Malek Haddad et au pays entier. Il se dégage de ses romans une extase sensuelle très agréable, qu’envieraient nombres de poètes ou d’écrivains. Je comprends maintenant la quatrième de couverture, « Ahlam Mosteghanemi est la première écrivaine arabe dont les ventes ont atteint les deux millions trois cent mille exemplaires… » ou que le directeur de la maison d’édition Dar el Adab (Liban) ait déclaré à propos du premier roman : « c’est une bombe ! »

Bon anniversaire Ahlam !

Ahmed Hanifi, Marseille, 13 avril 2014

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Site officiel de Ahlam Mosteghanemi (les photos en sont extraites) :           http://www.ahlammosteghanemi.com








jeudi, avril 03, 2014

435 - Elle aurait eu cent ans, forcément, Marguerite Duras.

 
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L’écriture chez Marguerite Duras est marquée par une syntaxe dépouillée, une grande précision et une grande sobriété. Elle est aussi pleine de poésie. De musicalité. Et de silence. De ses écrits suintent la douleur, l’enfance en Indochine, l’amour et la recherche de cet inconnu qui est en elle, qui en définitive en chacun de nous. 





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 "Expliquez-moi, écrire comment ça se passe?"



Son désire d’écrire était plus fort que sa mère dit-elle (chez B. Pivot le 28.09.1984). Sa mère qui est aussi, directement à la source de nombreux ouvrages de Duras: "J'ai eu cette chance d'avoir une mère désespérée d'un désespoir si pur que même le bonheur de la vie, si vif soit-il, quelquefois, n'arrivait pas à l'en distraire tout à fait. Ce que j'ignorai toujours c'est le genre de faits concrets qui la faisaient chaque jour nous quitter de la sorte." (L'Amant).
Ecoutons-la, lisons ce qu’elle dit de l’écriture. « La délivrance c’est quand la nuit commence à s’installer, quand le travail cesse dehors, reste ce luxe que nous avons, nous, d’en pouvoir écrire dans la nuit. Nous pouvons écrire à n’importe quelle heure. Nous ne sommes pas sanctionnés par des ordres, des horaires, des chefs, des armes, des amandes, des insultes, des flics, des chefs et des chefs et des poules couveuses des fascismes de demain. La lutte du Vice-Consul est une lutte à la fois naïve et révolutionnaire. C’est ça l’injustice majeure du temps, de tous les temps. Et si on ne pleure pas là-dessus une fois dans sa vie on ne pleure sur rien. Et ne pleurer jamais c’est ne pas vivre. Pleurer il faut que ça aie lieu aussi. Si c’est inutile de pleurer je crois qu’il faut quand même pleurer parce que le désespoir c’est tangible, ça reste. Le souvenir du désespoir ça reste. Quelquefois ça tue. Ecrire. Je ne peux pas. Personne ne peut. Il faut le dire, on ne peut pas. Et on écrit. C’est l’inconnu qu’on porte en soi. Ecrire c’est ça qui est atteint, c’est ça ou rien. On peut parler d’une maladie de l’écrit. Ce n’est pas simple ce que j’essaie de dire là. Mais je crois qu’on peut s’y retrouver, camarades de tous les pays. Il y a une folie d’écrire qui est en soi-même. Une folie d’écrire furieuse, mais ce n’est pas pour cela qu’on est dans la folie, au contraire. L’écriture c’est l’inconnu, avant d’écrire on ne sait rien de ce qu’on va écrire, et en toute lucidité. C’est l’inconnu de soi, de sa tête, de son corps. Ce n’est même pas une réflexion, écrire, c’est une sorte de faculté qu’on a, à côté de sa personne, parallèlement à elle-même, d’une autre personne qui apparaît et qui avance, invisible, douée de pensée, de colère, et qui quelquefois, de son propre fait, est en danger d’en perdre la vie. Si on savait quelque chose de ce qu’on va écrire avant de la faire, avant d’écrire on n’écrirait jamais, ce ne serait pas la peine. Ecrire c’est tenter de savoir ce qu’on écrirait si on écrivait, on ne le sait qu’après. Avant c’est la question la plus dangereuse que l’on puisse se poser. Mais c’est la plus courante aussi. L’écrit, ça arrive comme le vent. C’est nu, c’est de l’encre. C’est l’écrit et ça passe comme rien d’autre ne passe dans la vie. Rien de plus, sauf elle, la vie. » (Ecrire, ed Gallimard- ici lecture faite par Audrey Bonnet in France culture le 20 février 2012 émission de Marie Richeux « Je déballe ma bibliothèque ».)




Marguerite Duras joue des mots comme cette « Madame française, qui joue du piano dans la pièce attenante » (L’Amant de la Chine du Nord). Et à propos de piano, voici l’incipit de Moderato cantabile, le livre que je préfère de tous ceux que j’ai lus d’elle (peut-être à égalité avec L’Amant tout de même, Goncourt 1984) :

«Veux-tu lire ce qu’il y a d’écrit au-dessus de ta partition? demanda la dame.

— Moderato cantabile, dit l’enfant.

La dame ponctua cette réponse d’un coup de crayon sur le clavier. L’enfant resta immobile, la tête tournée vers sa partition.

— Et qu’est-ce que ça veut dire, moderato cantabile?

— Je ne sais pas.

Une femme, assise à trois mètres de là, soupira.

— Tu es sûr de ne pas  savoir ce que ça veut dire, moderato cantabile? reprit la dame.

L’enfant ne répondit pas. La dame poussa un cri d’impuissance étouffé, tout en frappant de nouveau le clavier de son crayon. Pas un cil de l’enfant ne bougea. La dame se retourna.

— Madame Desbaresdes, quelle tête vous avez là, dit-elle.

Anne Desbaresdes soupira une nouvelle fois.

— A qui le dites-vous, dit-elle.

L’enfant, immobile, les yeux baissés, fut seul à se souvenir que le soir venait d’éclater. Il en frémit.

— Je te l’ai dit la dernière fois, je te l’ai dit l’avant-dernière fois, je te l’ai dit cent fois, tu es sûr de ne pas le savoir?

L’enfant ne jugea pas bon de répondre. La dame reconsidéra une nouvelle fois l’objet qui était devant elle. Sa fureur augmenta.

— Ça recommence, dit tout bas Anne Desbaresdes.

— Ce qu’il y a, continua la dame, ce qu’il y a, c’est que tu ne veux pas le dire.

Anne Desbaresdes aussi reconsidéra cet enfant de ses pieds jusqu’à sa tête mais d’une autre façon que la dame.

— Tu vas le dire tout de suite, hurla la dame. L’enfant ne témoigna aucune surprise. Il ne répondit toujours pas. Alors la dame frappa une troisième fois sur le clavier, mais si fort que le crayon se cassa. Tout à côté des mains de l’enfant. Celles-ci étaient à peine écloses, rondes, laiteuses encore. Fermées sur elles-mêmes, elles ne bougèrent pas.

— C’est un enfant difficile, osa dire Anne Dessbaresdes, non sans une certaine timidité.

L’enfant tourna la tête vers cette voix, vers elle, vite, le temps de s’assurer de son existence, puis il reprit sa pose d’objet, face à la partition. Ses mains restèrent fermées.

—  Je ne veux pas savoir s’il est difficile ou non, Madame Desbaresdes, dit la dame. Difficile ou pas, il faut qu’il obéisse, ou bien.

Dans le temps qui suivit ce propos, le bruit de la mer entra par la fenêtre ouverte. Et avec lui, celui, atténué, de la ville au cœur de l’après-midi de ce printemps.

— Une dernière fois. Tu es sûr de ne pas le savoir?

Une vedette passa dans le cadre de la fenêtre ouverte. L’enfant, tourné vers sa partition, remua à peine — seule sa mère le sut — alors que la vedette lui passait dans le sang. Le ronronnement feutré du moteur s’entendit dans toute la ville. Rares étaient les bateaux de plaisance. Le rose de la journée finissante colora le ciel tout entier. D’autres enfants, ailleurs, sur les quais, arrêtés, regardaient.

— Sûr, vraiment, une dernière fois. Tu es sûr? Encore, la vedette passait.

La dame s’étonna de tant d’obstination. Sa colère fléchit et elle se désespéra de si peu compter aux yeux de cet enfant, que d’un geste, pourtant, elle eût pu réduire à la parole, que l’aridité de son sort, soudain, lui apparut.

— Quel métier, quel métier, quel métier, gémit-elle.

Anne Desbaresdes ne releva pas le propos, mais sa tête se pencha un peu de la manière, peut-être, d’en convenir.

La vedette eut enfin fini de traverser le cadre de la fenêtre ouverte. Le bruit de la mer s’éleva, sans bornes, dans le silence de l’enfant.

—  Moderato?

L’enfant ouvrit sa main, la déplaça et se gratta légèrement le mollet. Son geste fut désinvolte et peut-être la dame convint-elle de son innocence.

— Je sais pas, dit-il, après s’être gratté.

Les couleurs du couchant devinrent tout à coup si glorieuses que la blondeur de cet enfant s’en trouva modifiée.

— C’est facile, dit la dame un peu plus calmement.

Elle se moucha longuement.

   Quel enfant j’ai là, dit Anne Desbaresdes joyeusement, tout de même, mais quel enfant j’ai fait là, et comment se fait-il qu’il me soit venu avec cet entêtement-là …

La dame ne crut pas bon de relever tant d’orgueil.

   Ca veut dire, dit-elle à l’enfant – écrasée –  pour la centième fois, ça veut dire modéré et chantant.

   Modéré et chantant, dit l’enfant totalement en allé où ? »

Marguerite Duras est partie il y a dix-huit ans, le 03 mars 1996

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Moderato cantabile :

Un professeur de Piano, Mlle Giraud, revêche et obstinée dans sa volonté de faire changer Anne Desbaresdes de mode d’éducation de son enfant. Elle oppose à la mère l’idée qu’il faut imposer sa loi, la loi et la volonté de l’adulte, et cela au risque de l'arbitraire. Enfin Mlle Giraud promet à la mère beaucoup de difficultés avec son enfant si elle ne change pas à cet égard.

L’enfant : il est blond, joueur, solitaire, il aime l’activité du port, les bateaux et leurs mouvements. Il câline sa mère dans une continuelle nécessité d’être rassuré par sa présence, il aime sa mère et sait se conduire avec elle, en "petit homme". Il oppose aux consignes du professeur de piano une obstination sourde et désinvolte. Il n’aime pas les leçons de piano répétitives et ennuyeuses alors qu’il réussit très bien quand il accepte la consigne; il est doué, il est capable d'une interprétation musicale de la sonatine de Diabelli. Il aime la musique qu'il joue et chante l'air avec plaisir. Il est conscient de l'amour de sa mère et il est un complice docile des escapades maternelles.

Desbaresdes est la mère de cet enfant et l’héroïne du roman. Elle s’ennuie à mourir dans son milieu. C'est une jeune femme. Elle traverse la ville tous les vendredis après-midi avec son enfant pour la leçon de piano : elle est autorisée à sortir, semble-t-il, pour cela et depuis peu. La traversée de la ville dans sa partie populaire lui est, socialement, interdite.

Elle aime son enfant dans ses entêtements, ses oppositions farouches à l'autoritarisme du professeur de piano; elle aime cette vie difficile qu'il lui impose, même si (et peut-être surtout) elle ne sait comment s'y prendre pour lui faire aimer ces leçons et lui faire accepter la nécessité d'obéir.

Le meurtre d’une femme, par son amant dans le café d'en face, l’émeut. Et l'intrigue.

Elle veut savoir comment deux amants en sont arrivés là. C'est à partir de sa propre figure de femme, notamment dans sa relation aux hommes, qu'elle tente de comprendre : comment cette femme en est arrivée par amour à demander à son amant de la tuer ?

Chauvin : il est cet homme qui devient le protagoniste d’Anne Desbaresdes.

Il est au comptoir du café quand, le lendemain du meurtre, il aborde Anne Desbaresdes précisément à propos du crime. Ils nouent une relation en vidant verre de vin sur verre de vin et échangent leurs points de vue sur le crime. Très vite les rôles sont partagés. Elle pose des questions. Lui tente d'y répondre.

C’est un ancien ouvrier de l’usine de M. Desbaresdes, " libre " dans le temps du roman, il s’est révolté contre le mode de vie que lui impose l’usine. Il connaît Mme Anne Desbaresdes. Ils se sont rencontrés lors d’une soirée "patronale" où elle assumait son rôle de femme du patron avec ennui et indifférence pour les ouvriers invités. Depuis cette première rencontre, Chauvin désire Mme Anne Desbaresdes. Peu à peu, au fil des questions à propos du meurtre, l'une et l'autre occupent la "place" des amants dans un relation où le désir sexuel devient une  préoccupation principale.

La patronne du café.

Elle a une présence particulière; à la fois curieuse et protectrice, voire complice des rencontres entre Chauvin et Anne Desbaresdes ; elle est la serveuse des verres de vin qui enivrent peu à peu Mme Anne Desbaresdes.



L’intrigue :

Un meurtre dans le café assez simple à élucider : un homme a tué sa maîtresse, meurtre passionnel selon les rubriques journalistiques. Cette élucidation n’est pas celle qui intéresse Mme Anne Desbaresdes.

Dès le cri de la femme tuée, et l’arrêt brutal de ce cri, Mme Anne Desbaresdes s'interroge. Le cri n’est pas celui d'une femme qui subit la violence d'un crime. Lorsque, devant la foule, la police procède à l’arrestation de l’assassin, ce dernier est indifférent à la présence de tout ce monde. L’amant tueur a des postures amoureuses à l'égard du cadavre de sa maîtresse. Anne Desbaresdes assiste à une scène d’amour, d’empressement amoureux. Le sang de la bouche de la femme dont l’amant s'est barbouillé par ses baisers évoque inconsciemment à Anne Desbaresdes la passion amoureuse.
Au fil de ses questions à Chauvin, Mme Anne Desbaresdes cherche à élucider non pas le meurtre mais la passion amoureuse, celle qui a amené les amants à prendre la décision du crime.

Peu à peu il ne s'agit plus du meurtre mais de quelque chose qui ne se dit pas, qui jamais n'est défini, qui s'élabore dans l'évolution de la relation entre Chauvin et Mme Anne Desbaresdes : le désir qu'ils ont l'un de l'autre, le désir sexuel et la question de son accomplissement, de son aboutissement, de la jouissance, comme dépossession de l'être, comme perte de soi. La jouissance lui fait peur même si elle veut la "connaître".

La jouissance est peut-être comme l'ivresse due à la consommation itérative et inhabituelle, pour Anne Desbaresdes, de vin rouge. Ou quelque chose qui lui ressemble, qui lui fait pressentir le plaisir et la perte de soi. Et peut-être plus que la perte ? Comme si l’acte sexuel et l’acte de mourir des mains de son amant étaient au fond la même chose. Les questions et les réponses ne lui suffisent plus, Anne Desbaresdes demande à Chauvin de témoigner de la vie du couple. Voire de faire comme s'il était l'amant. Elle finit ainsi par amener Chauvin, vis à vis d'elle, dans la même disposition : passer à l’acte. Mais de quel acte ?

A la dernière page Chauvin dit : " Je voudrais que vous soyez morte ", elle répond : " C’est fait." !

Chauvin connaissait donc Mme Anne Desbaresdes. Il avait, pour elle, une fascination d’homme du peuple à l'égard d’une femme riche, libre (les seins nus, la fleur entre les seins,..) et il connaît très bien sa maison : il évoque cet intérieur avec la précision maniaque d’un amant qui a déjà visité les lieux et s’apprête à les re-visiter.

Mme Anne Desbaresdes est, vis à vis de Chauvin qui se confond de plus en plus avec l'amant assassin, dans une disposition qu'elle prête à la victime : une proie sexuelle pour un homme !  Elle est hypnotisée par le mystère du désir de l’homme, par celui du désir de la femme qui s’y soumet, qui y succombe pour finir et, qui, pour cela l’appelle de ses vœux. Elle est dans une peur hypnotique de ce que les deux désirs, quand ils s'accordent, ont de dangereux. La mort, peut-être ?

Enfin, le mystère de la jouissance féminine lui fait peur. Seule l'ivresse par le vin rouge lui permet peu à peu d'en concevoir l'idée et d'en tenter l'approche pour, à la fin, y renoncer. Le cri de la femme tuée prend alors tout son sens : jouissance et dépossession, confondues avec la mise à mort. Chauvin rôde autour de la maison d'Anne Desbaresdes. Elle le sait et sait pourquoi. Elle est la raison de cette approche et de cette attente, elle est la proie d’un homme qui est dans le désir d’elle, désir très animal, un désir d’instinct d’homme, désir d’homme qui l'investit femme en marge de sa société.

Le désir d'un homme est devenu instinct de meurtre.

L’ivresse du vin désinhibe, elle ressemble, mais elle ne fait hélas que ressembler, à la jouissance qui fait si peur.  Mme Anne Desbaresdes finit par friper la fleur mise entre ses seins que Chauvin, dans son instinct d’homme qui désire une femme, avait bien repérée et dont il avait bien mesuré le sens métaphorique. Elle renonce au désir de l'homme et à la jouissance, comme défaite mortelle, donc impossible. Alors que Chauvin pénètre dans le parc et la maison en pleine nuit, Mme Anne Desbaresdes fait le choix de la chambre de son enfant et vomit le vin de l'ivresse. L’homme qui rôdait est condamné à retourner à la ville et à la nuit.

L’attouchement des mains comme des lèvres en guise de baiser le lendemain sont ceux de deux êtres morts. De deux cadavres.

Dossier complet sur Marguerite DURAS ici : http://margueriteduras.perso.sfr.fr/Plan.php




Voici en plusieurs parties son intervention dans l'émission Apostrophe de Bernard Pivot. C'était en septembre 1984:

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videoChristine Angot- Hommage






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Lol V. Stein, est une jeune femme qui semble avoir perdu la raison après six mois de fiançailles pour avoir vu, lors d'un bal, son promis succomber en un instant à un irrévocable coup de foudre pour une autre. « Semble » car Tatiana, son amie d'enfance, prétend qu'au collège déjà, l'esprit de Lol n'avait pas la stabilité qu'ont habituellement les esprits. Mais peut-on se fier à ce que dit Tatiana ?
On ne le comprend pas immédiatement, mais l'histoire nous est racontée par un homme, Jacques Hold, patron du grand bleu, qui aime Lol au moment où il raconte cette histoire, c'est-à-dire environ une quinzaine d'années après le choc de départ.
Après ce bal tragique pour elle, donc, Lol est restée longtemps totalement prostrée et étrangère au monde puis, d'une façon pour le moins incongrue, elle a rencontré un monsieur qu'elle a tout de suite épousé. Cet homme, Jean Bedford, l'emmènera et lui fera trois enfants. Lol semblera reprendre, fragilement une vie « normale ». Pour revenir finalement sur les lieux de son drame. (Merci LIRIC13NPM).


dimanche, mars 23, 2014

434_ VAN_GOGH ARTAUD

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Van Gogh/Artaud. Musée d'Orsay





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Evocation de Van Gogh, "le suicidé de la société", par Max Pol Fouchet


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Je 
                        suis 
celui qui 
          a 

                  le mieux senti le 
      désarroi 

            stupéfiant de sa langue 
    dans ses relations 
avec la pensée. 
                    Je suis celui qui a 
     le 
  mieux repéré 
 
                                       la  
        minute de 
ses plus intimes 
                              glissements.
AA
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Un siècle d'écrivains. Bernard Rapp-  France3- 2000. Merci Legrand









                              

VINCENT VAN-GOGH
30 MARS 1853 _ 29 JUILLET 1890
                              


ANTONIN ARTAUD
04 SEPTEMBRE 1896_ 04 MARS 1948

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Merci AnarKaya




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Part 1




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Part 2


           
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INA_ Emission du 10 mai 1969