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vendredi, avril 29, 2016

535_ Manif anti Loi-Travail et... brasserie Barbès


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Dans la rame de métro les gens sont silencieux occupés pour nombre d’entre eux à leur Smartphone, à leurs jeux, ou à écouter de la musique ou autre chose. Un homme, la cinquantaine, passe d’un bout à l’autre, « je ne refuse pas une pièce, un ticket de métro ou de restau, ou un sourire… ». Nous arrivons à la station Denfert Rochereau à 13 heures 40 pour participer à la manifestation « contre la Loi-Travail ». Le temps n’est pas particulièrement froid. Il n’est pas pour autant chaud. Peut-être 17°. Le ciel bleu n’est pas entièrement couvert. Quelques gros cumulus aux formes potagères, n’impressionnent que quelques-uns. Ils laissent s’exprimer un soleil timide. Ce que l’on voit dès la dernière marche du métro franchie, ce sont les étals des marchands de Merguez et autres sandwiches. Tout autour de la place du lion de Belfort d’innombrables cars de police, des véhicules de transmission télé, des camions CGT. La boutique de fleurs à l’angle du boulevard Raspail est bien achalandée (et jusqu’aux trois-quarts du large trottoir), mais bien vide de clients. De la place à la rue du faubourg Saint- Jacques on compte un petit millier de manifestants, mais il est bien tôt. A partir de 14 heures 30 les foules affluent sans discontinuer. Maintenant le soleil se fraie franchement des passages importants à travers les choux-fleurs de nuages. Il fait bon. Les très nombreux cars de police sont en fait stationnés sur chacun des boulevards ou avenues donnant sur la place Denfert. Le Café Daguerre, le Café du rendez-vous, l’Indiana et le Mac Do font plein service. Une bourgeoise, la cinquantaine, – est-ce une rose socialo ? – passe au travers un groupe de manifestants et glousse à son compagnon « quelqu’un m’a poussée, j’ai mis mon sac par devant, je n’ai pas envie de m’énerver… » L’autre lui répond « c’est d’un fourre-tout, tous ces gens ! » et ils traversent rapidement l’avenue pour rejoindre le rue Daguerre. Des travailleurs ma bonne dame que ces gens, et pas que.

Sur l’avenue de l’observatoire et jusqu’à la place Denfert les plaques de signalisation automobile ne servent à rien. Hormis quelques cyclistes les voies sont complètement désertes et les piétons heureux. A 15 heure 05, à l’angle de l’avenue des Gobelins ce sont des milliers de manifestants qui marchent et scandent, presque heureux d’être là, d’être ensemble. Il y eut tout à l’heure un incident vite étouffé entre un petit groupe de manifestants et un policier. Un petit rien. Un cordon d’une vingtaine de policiers, casqués et boucliers en avant encadre le groupe NPA. Deux minutes s’écoulent lorsqu’une autre brigade s’immobilise devant nous. Toujours à l’angle des Gobelins : au dos ont lit 1B, 3C, 4B, 2A… Ne s’agit-il pas plutôt de policiers de plusieurs brigades (A, B, C…) ? Les slogans sont continus, cette fois sur l’air d’un petit navire « Il était un petit GattaZe, qui n’avait ja-ja jamais travaillé, oyé… » Les groupes de policiers avancent (toujours discrètement) avec les manifestants.

Au 43 du boulevard Saint-Marcel, nous voilà en tête du cortège. Sur le trottoir, un jeune vend des livres radicaux. Devant un cordon de policier, à l’angle de la rue des Fossés Saint-Marcel un vieux monsieur s’adresse aux plus proches des policiers « j’ai 72 ans, droit dans les yeux, la loi El-Khomri c’est une régression ! » Ce n’est pas la tête du cortège, mais la tête de la plus imposante partie du cortège. Nuance. 500 mètres an aval, à hauteur du métro aérien, un groupe marche, est-ce celui de la CGT ou de LO ? Ce sont bien les deux organisations (séparées par un espace aussi). Un autre groupe, celui du Front de gauche-PCF, est glissé entre la CGT et LO. Un drone sous les nuages semble filmer, sinon que fait-il au-dessus de nous. Le pont d’Austerlitz est lui aussi libéré de toute circulation automobile – hormis celle des cars de CRS et des motos AFP. Un gigantesque slogan écrit à la peinture sang et en lettres majuscules, haut de deux mètres et large de 40, clame sur la berge du fleuve : « LA NUIT DEBOUT PLUTOT QUE LE JOUR A GENOUX ».

16 heures 10. Dans le café de Lyon, à l’angle de la rue de Lyon et de Ledru Rollin, nous prenons des cafés légers « non je n’ai plus de déca » nous dit le barman. Deux policiers lui demandent « on peut utiliser vos toilettes ? » L’employé répond sans les regarder « c’est en bas ». Un groupe de policiers vient s’immobiliser juste devant la devanture du café-tabac. Le barman refuse les nouveaux clients « c’est fermé, c’est fermé ». Nous sortons. Un hélicoptère tournoie au-dessus des manifestants. Nous ne sommes plus loin de la Place de la Nation, entre deux à trois cents mètres, et toute cette dernière partie est encore quasiment vide de monde. Au cinéma MK2 Nation « Les Malheurs de Sophie », « Le Livre de la jungle », « Adopte un veuf » sont à l’affiche. L’hélico est plus bas et de plus en plus assourdissant.

17 heures 10, la place, côté sud, se remplit peu à peu de manifestants. Ce sont essentiellement des jeunes (200 environ), le visage camouflé. Des gaz lacrymogènes sont lancés non loin. Aussitôt nos yeux se mettent à picoter et les frotter ne sert à rien. Nous nous éloignons autant que faire se peut (nous sommes chassés par les gaz). Nous nous refugions de l’autre côté, sous un abribus de l’avenue du Trône. Et cet hélico à quelques mètres au-dessus de la République triomphante et son char aux lions. L’atmosphère monte en degrés. « Ca chauffe » dit quelqu’un, « des casseurs » dit un autre. A 18 heures la place et les alentours sont noirs de monde. Il n’y a plus de gaz, ni de bombes fumigènes. Le char « Solidarité sud santé arrive, suivi d’autres, du même syndicat. « Camarades ! nous étions soixante mille dans les rues de Paris cet après-midi ! » lance un cégétiste dans le mégaphone. Nous avons l’impression qu’il est loin du compte. Ne sommes-nous pas plus que cela, « ça fait quatre heures qu’on marche ! »

Vers 18 heures 15, nous prenons le cortège à rebrousse-poil. Au bas de l’avenue Diderot une dizaine de véhicules de « Propreté de Paris » s’activent. Au 56 des hommes de « ADA location de voitures de tourisme » s’attellent à démonter l’imposant contreplaqué qu’ils avaient posé pour abriter des manifestants leur bien ou celui de leur patron. Nous prenons à droite l’avenue Daumesnil. Les conducteurs du bus 65 semblent en grève eux aussi. Il n’y a point de 65, mais des 91 et des 20 oui. Nous prenons le métro à Bastille et sur suggestion de l’un d’entre nous, empruntons la ligne 5 direction Bobigny, avec changement à Gare du Nord. Descendons à Barbès. L’idée n’est pas si mauvaise.

Juste en face de la bouche de métro, à l’angle des boulevard Barbès et La Chapelle, nous pénétrons dans ce qui fut le temple de l’habillement et bien avant ce qui fut le célèbre bar « Le Rousseau ». C’est aujourd’hui un haut lieu Bo-bo « Le Café Barbès – bar, restaurant, dancing ». Cela nous change. Des manifs et des manifestations les habitués s’amusent. Ils trinquent en se peignant de la main ou en se tortillant comme il se doit avec larges sourires et tutti-quanti. Mais il nous faut reconnaître que c’est un endroit agréable. Un peu cher (évidemment), mais charmant. Nous sommes trois avec El-H et M. La brasserie est sens dessus-dessous. « C’est ainsi tous les soirs » me dit l’un des amis. Brouhaha… Un monde fou. Et la jeune et belle serveuse est très sympathique. Sympathique, mais débordée avec sourire toujours. Nous avons attendu 6 à 8 minutes. Sourires encore. « Ah ! » fait El-H lorsqu’elle s’occupe enfin de nous. « Un Bordeaux château Guillot ? » Oui, oui moi aussi, trois fois oui (5,50 € les 15 cl). A droite comme à gauche c’est flûte de champagne et seau de glaces. Nous relevons la présence d’une animatrice de télé (LCP), d’un baroudeur télé idem, et aussi de ce célèbre haut-couturier au maillot de corps marin qu’il porte devant les caméras. Pas aujourd’hui. Il est entouré de trois couples très classe (encore évidemment). Un verre, deux, puis métro dodo.

vendredi, avril 22, 2016

534_ Nadia Sebkhi au Centre culturel algérien à Paris

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Le Centre culturel algérien à Paris a accueilli ce mercredi 20 avril l’écrivaine Nadia Sebkhi, par ailleurs directrice du mensuel littéraire algérien, L’IvrEscq, pour évoquer ses écrits. Elle était entretenue par Nadia Agsous qui ouvre l’entretien par la lecture d’un extrait d’une chronique qu’elle avait consacrée au dernier roman de Nadia Sebkhi « La Danse du jasmin », le dernier de ses livres : « Tout commence au lever du jour, lit Nadia Agsous, à l’heure où la lumière commence à fuir une cité que l’on devine peuplée, bruyante… »

Mais c’est par un autre livre, antérieur, que commence l’entretien. Nadia Agsous demande à Nadia Sebkhi de préciser l’objet du roman « Les sanglots de Césarée (publié en 2012)

« Nous sommes dans une période où l’Algérie est à genou. Lyna et Rasha c’est le monde féminin face à la modernité et à la tradition. Elles sont deux demi-sœurs d’une famille recomposée. C’est un roman empli de questionnements dans un pays qui a perdu son Dieu clément, son Dieu lueur, ses repères. Devant la douleur Lyna s’en remet avec ferveur à Dieu alors même que son mari, Racym, le rejette avec violence. »



Nadia Agsous lit (page 47) : « Lyna rentra chez elle en claquant la porte de l’extérieur. Entre l’extérieur et l’intérieur, elle existait. Elle était à l’abri du dehors. Elle pensait. Elle s’isolait des autres. Elle se relâchait de la pression de l’équipe qu’elle formait car certains mosaïstes confondaient encore maçonnerie et science de l’art. Etrangement, même chez elle, la jeune femme se dérobait encore du regard fixateur des mâles qu’elle sentait, tel un fantôme, comme si la vie, cette matriarche presque vengeresse et conspiratrice des déesses, ironisait aussi par son overdose de déraison ! »

La question qui suit porte sur le rapport particulier que Lyna, à l’image de la majorité des femmes algériennes, entretient avec les espaces privé et public.

« Lyna est éprise de l’art, elle est éprise du passé de l’Algérie, elle est archéologue. J’ai volontairement donné ce titre de Césarée au roman. Le féminin est important dans ce roman. Et il n’est pas naïf dans une société patriarcale. »



Dans « La Danse du jasmin », Dania, interroge Nadia Agsous, le personnage principal, est célibataire, écrivaine. Elle passe son temps à observer la société dans laquelle elle vit. Tout au long du roman Dania émerge comme un témoin important des mœurs de sa société.

« Dania c’est Nadia. Et c’est à bon escient que je l’ai ainsi voulu. Il y a beaucoup de moi dans ce personnage ossature de ce roman épistolaire Tout commence avec un songe que Dania, l’arabo-musulmane raconte à Isabelle qui est de culture pied-noir. Il y a dans le roman un autre personnage important, c’est Rosa une fille de l’humanité. La rencontre de Rosa dans le rêve d’Isabelle est plus importante que la correspondance entre Isabelle et Dania. On est à la recherche du beau. Bizarrement c’est Isabelle l’agnostique qui trouve le beau et non Dania la croyante. Dania porte la douleur des femmes. Le problème c’est la femme. Ou bien elle est complètement égarée du débat sociétal et alors on a perdu la partie ou alors on a réglé les choses et il faut dialoguer avec tout le monde. Ce livre est plus un débat qu’un roman à l’heure où le monde a complètement divorcé, est en crise précise l’auteur.



Extrait : « J’aime retrouver mes sœurs jumelles. Elles se complètent l’une par rapport à l’autre. La température de l’une dévoile celle de l’autre. Elles sont mes aînées. Mani, la mère de mon père, racontait que le jour de leur naissance mon père avait versé des larmes. Il pensait que la malédiction ne l’épargnait plus... quatre filles est une malédiction. » Puis : « Rosa nous interroge avec des yeux qui brillent, le motif de notre présence, je suis Isabelle articulais-je par une voix presque éteinte. Elle met sa main sur sa bouche avant que je termine ma phrase. Elle m’a reconnue. Elle dit avec des yeux emplis de joie, ‘‘oh ! Isabelle ma fille, qu’est-ce que t’es belle ma chérie, est-ce que t’es mariée ma chérie ?’’ sans attendre une réponse elle poursuit ‘‘ comment va ta maman, mon dieu, vous me manquez, t’es venue me prendre avec toi ?’’… »



Il y a deux thèmes récurrents et intimement liés dans vos écrits interroge Agsous, celui des femmes et celui de la religion. 



La religion est réparatrice des maux et en même temps elle en est provocatrice, responsable et coupable. Dès lors qu’une religion s’octroie le leadership sur les autres, et c’est ce que nous vivons, alors on entre dans des turbulences. Et il faut ajouter à cela une société patriarcale. On a tué au nom de la religion. C’est elle qui a écarté les humanistes ou les critiques. Et cette religion est en train de massacrer l’humanité, en Syrie, en Irak, au Mali… Et par ailleurs cette même religion est réparatrice, dans ma famille j’ai toujours entendu « laisse la vieille s’asseoir, respecte la femme, baisse le regard… » par respect. Aujourd’hui on est dans un face à face entre la religion des fanatiques et celle des modérés…



Nadia Sebkhi écrit des poèmes et des romans, qui, même s’ils ne sont pas des essais, ils déroulent les réalités d’un pays, d’une société, d’un monde tel qu’en eux mêmes.



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mercredi, avril 20, 2016

533_ NuitDebout


Dimanche dernier, 20 heures. Place de la République. Au « Café République » la 16 est à 3,80 ! (4,70 en terrasse) Pourquoi s’gêner… A 100 mètres les discussions vont bon train au sein des différentes commissions des ‘NuitDebout’. Je participe à celle qui traite de l’éducation (« Le plaisir d’apprendre »). Echanges fructueux. « Un compte-rendu vous sera adressé par courriel… » La place est remplie. Jeunesses avec des têtes pleines de rêves… A l’autre bout de la grande scène où les intervenants et les convictions s’enchaînent, un nouveau Mouna Aguigui fait son cinéma à vélo à côté d’un restau bio…




















Un bouquiniste « BiblioDebout » propose Combat pour une presse libre, No Logo, We are under Attack, et autres Michel Fournier… Sous des barnums on parle dans une radio libre "100% musique", de petits groupes discutent... Derrière, des enfants colorient ce qu’ils peuvent, d’autres assistent à des marionnettes. Des joueurs de cor s’en donnent à cœur joie. Ailleurs on applaudit à tout rompre aussi… c’est la grande scène qui s’échauffe. La République est prise d’assaut. A ses pieds de très nombreux hommages aux morts des attentats… Un mot « hymne à tous les libertaires » : A tous les assassins, à tous ceux qui osent /  Braver leur vie pour des idées, des idéologies/ A tous ceux qui dans le noir combattent pour un Dieu/ Ou pour ce qu’ils croient être un noble espoir/ Je leur dis n’oubliez jamais ( !) votre Dieu seul détient le droit de tuer/ Et je leur dis, Toutes les nobles causes et tous les dieux chantent l’Amour, la Lumière… »
Et tout autour de la grande place le flot ininterrompu de voitures pressées… Une nouvelle NuitDebout avant d’autres…