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jeudi, mars 21, 2019

637_ 22, c'est le Printemps





C’est le printemps,

Sur le croissant de lune

Et l’étoile rouges,

Bourgeonne l’espoir.

Djazaïr Horra, démocratiya.



C’est le printemps,

Une clameur monte dans le ciel,

Main dans la main, le cœur léger,

Les torses se gonflent

De fraternité, de sororité.

Djazaïr Horra, démocratiya.



C’est le printemps,

Les larmes inondent la défaite.

Sous nos semelles le Paradis.

Tous ensemble !

Djazaïr Horra, démocratiya.



C’est le printemps,

Mille mesk ellil, Sakura et oiseaux de Paradis

Pour nos mères, nos sœurs

Et toutes les femmes de mon pays

Pour qu’éclose en cette aube bleue

Djazaïr Horra, démocratiya.



C’est le printemps,

Les teintes chaudes et froides du peintre

Se répandent sur les boulevards et les places.

Des corps tournesols à perte de vue.

Djazaïr Horra, démocratiya.



C’est le printemps,

Les martyrs de Novembre, d’Octobre,

D'avril et de toutes les ombres,

Sont revenus nous indiquer la voie.

Ils dansent avec nous, chantent

Djazaïr Horra, démocratiya.


Ahmed Hanifi
21 mars 2019
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samedi, mars 16, 2019

636_ Colère froide ou les Ils en février



(débrouillez-vous avec la non ponctuation)
 

ils ont quitté le navire au gré de la houle des événements en mars puis en octobre et aujourd’hui en février au printemps en automne et en hiver la lumière d’août les aveugles ils donnent des leçons tapent du poing renversent les tables ils furent censeurs sous la lune laudateurs au premier vent tournant ils vénèrent les points cardinaux avec tel les honnissent avec tel autre ils ont le verbe haut et la presse qui en redemande à portée de main ils ont occupé de beaux postes imploré dieu et Khalifa et cetera perçu la patente pour leurs enfants sait-on jamais ils ont louangé sans réserve étoiles et montagnes des vareuses compassées locales du vieil Est jusqu’aux confins des Carpates et tout le reste ils ont ensemble bâillonné les folles d’Algérie et les bougres par milliers craché sur des héros martyrs depuis désormais ils n’ont que ce mot sur les lèvres qu’ils serinent à l’envi « démocratie démocratie » qu’ils conditionnent de mais mais mais retournez-vous vous en connaissez en ce printemps ils ont glissé parmi nous veulent animer notre démonstration notre révolution de velours la mener pourquoi pas « Djazaïr horra dimocratiya » ne les dégageons pas offrons leur un beau miroir et du pq

(1° jet)
samedi 16 mars 2019

vendredi, mars 08, 2019

635_ Il y a deux semaines j’écrivais :...


Il y a deux semaines j’écrivais : « … Cette Révolution douce algérienne a peut-être commencé hier, vendredi 22 février 2019. À travers de nombreuses villes du pays de Tlemcen à Annaba, de Bejaïa à Ouargla en passant par Alger, Oran, Sidi-Bel-Abbès… des milliers d’Algériens et d’Algériennes, jeunes et moins jeunes, ont manifesté contre le Système (« Non au 5° mandat » brigué par un des hommes du Système)  dans le calme et sans heurts, offrant parfois des fleurs aux policiers bienveillants. D’autres vendredis arrivent. Faisons (chacun selon ses possibilités) qu’ils soient noirs de monde et prometteurs de tous les espoirs jusqu’à la victoire, pour une Algérie authentiquement démocratique, libre et heureuse. »

Vinrent alors le 1° mars et ce fut une déferlante, et aujourd’hui, 3° vendredi de lutte, un autre flot tout autant imposant. Dans la joie et la fraternité. Tout cela me fait penser aux pays de l’Europe de l’Est, lorsque durant l’année 1989 et suivantes des centaines de milliers de citoyens, par leurs marches et manifestations pacifiques firent tomber les régimes totalitaires – notamment en Tchécoslovaquie – régimes qui sévissaient depuis plus de 70 ans. En Algérie, ce régime corrompu qui prend les Algériens en tenailles depuis les premières lueurs de l’Indépendance, ce Ennidham el fassed qui phagocyte nos espoirs, nos rêves, nos vies les plus ordinaires, est entrain de vaciller.



Les Algériens ne lâcheront pas, particulièrement les jeunes, ces enfants d’Octobre, qui ont l’âge  de l’amour, de la fraternité et de toutes les bravoures. Crions avec eux, haut et fort « Non au 5° mandat. Non au Système dans sa totalité ». L’Espoir d’une Algérie nouvelle pointe. À ce propos, celui de l’Espoir, Vaclav Havel, héros de la Révolution douce Tchèque disait : « L’Espoir est un état d’esprit… C’est une orientation de l’esprit et du cœur… Ce n’est pas la conviction qu’une chose aura une issue favorable, mais la certitude que cette chose à un sens, quoi qu’il advienne. » En Algérie une véritable Révolution de velours est en cours, là devant nous, aujourd’hui, demain. »

Ahmed Hanifi, auteur
Vendredi, 8 mars 2019







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mercredi, mars 06, 2019

634_ Le boulevard de l’Algérie libre et démocratique



 
Moins d’un mois après mon retour du grand Sud, j’ai troqué les mots de mon imaginaire et de la romance contre ceux qui disent l’effervescence populaire, qui chantent la hargne contre les hommes à la source des maux de notre quotidien. Je reviendrai plus tard aux premiers, le moment venu, lorsque les sourires s’afficheront sur les lèvres et dans les esprits. Ce temps léger n’est pas trop loin, je le vois se profiler à l’horizon, porté par l’Algérie entière.

 

Depuis ce désormais historique 22 février (l’histoire n’oubliera pas ces milliers de fervents supporters de football qui alertent, qui chantent leurs gammes aux tenants du « Pouvoir » depuis des mois, voire des années…), depuis ce désormais historique 22 février disais-je, nous sommes tous absorbés corps et âmes par le train des massives manifestations arc-en-ciel, permanentes et pacifiques, Selmiya ! Il ne se passe pas un seul jour sans que des jeunes, des pas jeunes, des chômeurs, des étudiants, des avocats, des femmes au foyer, des artistes,  battent le pavé algérien. Pas un seul jour depuis le 22 février.

 

Nous sommes pris dans les entrailles de cette révolution de velours en cours qui ne dit pas son nom, enveloppés par les mots d’ordre de cette jeunesse, mais pas qu’elle, traversés par leur puissance et leur vigueur. Des mots d’ordre et de conviction  contre le régime algérien autocrate, cleptocrate et sénile. Depuis ce 22 nous marchons, crions, écrivons pour dénoncer ce Système corrompu, Ennidham el fassed qui tente depuis la nuit des temps, en usant de tous les subterfuges, de tous les mensonges, de toutes les trahisons, de phagocyter nos espoirs, nos rêves, nos vies les plus ordinaires.



La première grande trahison s’exprima par la confiscation de notre indépendance et de nos libertés, dès le mois de juillet avec la prise du pouvoir par la force de « l’Armée des frontières », une des dernières par un coup de Jarnac en janvier et juin 1992, mettant fin au premier véritable printemps « arabe » né d’Octobre 1988.

 

Aujourd’hui, trente années plus tard, ce sont les enfants d’Octobre – auxquels le Pouvoir, ce Système corrompu, ce Ennidham el fassed n’offre que les stades de football pour faire diversion – enfants d’Octobre qui ont l’âge  de l’amour, de la fraternité et de toutes les bravoures qui nous prennent par la main et par le verbe « venez, venez, c’est par là le boulevard de l’Algérie Horra, Dimocratiya ! »  


Ahmed Hanifi,
auteur.
Marseille, le 6 mars 2019
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mercredi, février 27, 2019

633_ LA NOUVELLE PRIÉRE DU VENDREDI. par Ghania MOUFFOK



Voici un texte, émouvant et puissant, de notre chère GHANIA MOUFFOK, un des plus beaux textes que j’ai eu à lire sur la situation faite aux Algériens par une bande d’imposteurs.

Au-delà de Bouteflika c’est l’infamie imposée par la Djemaa depuis  1962.
Mais Les Invisibles se sont réveillés le 22 février 2019 pour dire à cette : Djemaa « 57 ans baraket »

A. Hanifi, 27 février 2019

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Voici le texte de GHANIA MOUFFOK :

La nouvelle prière du vendredi

En Algérie, les centaines de milliers de personnes qui manifestent à travers tout le pays ont majoritairement entre 20 et 30 ans, l’âge de la majorité et d’internet. Et ce n’est pas « le mur de la peur » qu’ils ont décidé de briser mais le Pacte du silence. Et si ce n’est pas (encore ?) une révolution, c’est une libération.

Un jour, Cherif Belkacem, membre du Conseil de la révolution sous Boumediene, homme puissant parmi les puissants à cette époque m’a dit : « Bouteflika est un destructeur, et tu ne peux même pas imaginer à quel point... » En mon for intérieur, j’avais pensé qu’il disait cela par dépit, ce n’était pas un secret, les deux hommes se détestaient cordialement et s’étaient disputés, dans une rivalité fratricide, la première place auprès du président Houari Boumediène, qui choisit, en 1974, Bouteflika contre celui que l’on continuait à appeler de son nom de guerre Si Djamel.
L’un et l’autre avaient participé au plus près à la création du système de pouvoir en Algérie, depuis les bases d’Oujda au coup d’Etat de 1965 contre le premier président de l’Algérie indépendante A. Ben Bella, système dont le chef incontesté était alors le colonel H. Boumediène. 

Un système de l’ombre, de coups fourrés, de coups d’Etat, de coups de force, qui fonctionne en dehors de toute légalité autour de ce que Cherif Belkacem appelait : « El Djemaa » que l’on pourrait traduire par L’Assemblée, le Cercle des sans visage. En le regardant vivre et mourir, je compris une chose : dans cette Djemaa les individus ne comptent pas. Et qu’importe votre passé, votre force d’hier, si vous en êtes exclu, d’une manière ou d’une autre, vous n’êtes plus rien et le cercle se referme en vous condamnant en plus au silence, pendant qu’au plus profond, vous espérez qu’un jour El Djemaa vous rappellera. Jamais trop loin de son téléphone, Cherif Belkacem a attendu plus de trente ans, en vain, et bien que brillant, je crois que jamais depuis son éviction il n’a eu d’autre emploi que celui d’attendre. L’ivresse du pouvoir est une drogue dure en Algérie.

« La casa d’El Mouradia »
Aujourd’hui A. Bouteflika est devenu à son tour otage du Cercle qu’il a contribué à forger. Sans voix pour se défendre, sans jambes pour se sauver, il est devenu le rideau derrière lequel se cache El Djemaa qui feint de l’honorer comme le messager d’un dieu païen alors qu’elle le déshonore.

C’est le prix à payer pour que le Système impitoyable dure. Durer est aujourd’hui la seule ambition de cette tyrannie d’hommes invisibles. Gagner du temps parce que le temps c’est de l’argent et parce que devant n’importe quel tribunal, ils seraient condamnés pour infamie... C’est sans doute ce qu’il faut comprendre de ce qu’ils appellent « la mission » de Bouteflika en tentant de l’imposer à la nation pour un « cinquième mandat ». Le message est clair : en Algérie il n’y a plus d’État au sens d’intérêt général, de service public, d’arbitrage. L’État est moribond à l’image de A. Bouteflika.

Cette Djemaa a une histoire, née dans la guerre de libération nationale, la raconter reviendrait à raconter l’histoire secrète du pouvoir en Algérie. 

Mais on peut dire que si la structure est la même, sa composante humaine, son insertion dans le monde, son rapport à la société algérienne, son rapport à l’argent public, son rapport à la violence d’état, ses intérêts ont changé en même temps que changeait le monde et donc l’Algérie. Entre une djemaa qui prétendait inventer le socialisme d’état et une djemaa qui s’inscrit dans le marché mondial où tout est marchandise, les objectifs, les alliances nationales et internationales, la corruption, le rapport à la société, au salariat, aux démunis, aux damnés, à l’argent public et privé ne sont plus les mêmes. Seuls demeurent à l’identique les instruments de pouvoir : la force armée, l’argent du pétrole, la propagande et le mensonge, la justice. Trop d’argent, trop d’armes, trop de sang sur les mains, trop de viols de la légalité même formelle ces 20 dernières années, depuis l’annulation des élections en 1992 jusqu’au cadenassage des portes de l’Assemblée Nationale, image incroyable au cœur du pouvoir formel, pour chasser un président de l’Assemblée Nationale et Populaire et le remplacer par un autre qui sera invité, comme si de rien n’était, aux cérémonies célébrant le 1er novembre 54 aux côtés de toutes les institutions de l’État, militaires et civiles – ont transformé la Djemaa originelle en une coalition au service d’intérêts privés et particuliers qui utilise l’ensemble de l’appareil d’état contre l’intérêt général. Administration, justice, banque, entreprises publiques, instances financières, marchés publics, médias publics et surtout privés (financés sur l’argent public déguisé en argent privé) et enfin l’appareil roi, l’appareil militaro-policier, son bras armé sans lequel un tel régime serait inimaginable.

Pour s’en convaincre, il suffit de regarder les CV de ces ministres, hommes politiques, chargés aujourd’hui de faire la campagne officielle de l’élu du Système. De Abdelmalek Sellal, directeur de campagne, à Sidi Saïd, patron cynique de l’UGTA, en passant par Amar Ghoul, leader d’un petit parti et ancien ministre, Ahmed Ouyahia, chef du gouvernement actuel et leader de la coalition « des partis présidentiels » (sic) ou Amara Benyounes, chargé officiel de la communication, tous cités d’une manière ou d’une autre à l’occasion de ces scandales qui défrayent la chronique de ce mélange entre intérêts publics et intérêts privés.

« Fils du peuple, Ouled Chaab ».

La majorité silencieuse en Algérie, à ne pas confondre avec passive, sait tout cela, elle en a la science. Une science qui s’apprend, qui se construit dans ce quotidien qui nous dénie matin et soir, jour et nuit, la construction d’une citoyenneté dans une violence physique et symbolique inépuisable et épuisante. En Algérie, tout se sait mais rien ne se dit. Aujourd’hui, les Algériennes et les Algériens qui manifestent par dizaines de milliers à travers tout le pays ont décidé, non pas de « briser les murs de la peur », mais de rompre le Pacte du silence. Pacte du silence, cette espèce de corruption passive où l’art de survivre en Algérie est devenu un art de naviguer et de se taire à condition de prélever sa part de la rente pétrolière, du colossal à l’infime. Et c’est là que ces manifestations sont inédites et historiques, incomparables avec toutes les autres, et si ce n’est pas la révolution, il s’agit bien d’une libération collective et massive de ce fardeau invisible.

De ma vie – et pourtant j’en ai couru des manifestations, en tant que journaliste ou que citoyenne – jamais je n’ai été envahie par un tel sentiment de légèreté, en ce vendredi 22, après la prière, à l’heure de la manifestation. J’étais partie pour voir et j’ai vu, et avant ma tête c’est le poids de mon corps qui m’a dit que ma place n’était pas d’être une observatrice, plantée là sur le trottoir, mais de faire confiance à ces gens qui marchent, de rejoindre cette danse incroyable, cette danse que j’attendais, que nous étions des dizaines de milliers à attendre, mon corps m’a dit, avant ma tête, de rejoindre ces milliers de corps qui avançaient dans une indescriptible conscience/confiance de soi, une concentration voulue et organisée, pour me libérer avec eux du Pacte du silence. Et je me suis glissée dans la vague qui m’a accueillie parce qu’elle n’appartenait à personne et c’est comme si je m’étais retrouvée à marcher avec des milliers de lianes qui à chaque pas se libéraient d’un énorme poids secret porté toute ces longues années dans la honte du silence. Il n’y avait quasiment pas de banderole écrite, juste des milliers de voix qui chantaient ensemble : « Ya Bouteflika/ makache el khamissa », un « non » sans appel.
En se rendant visibles, ceux qui se présentent comme « les enfants du peuple », expression que j’ai entendue dans la manifestation du 22 février, déclamée comme une carte de visite devant l’Assemblée Nationale, « Ouled chaab » se dressent aujourd’hui contre la dictature de la Djemaa invisible. J’ai le sentiment de marcher avec un peuple devenu souverain et c’est royal. C’est une manifestation politique qui interdit de dire à ses tyrans qu’il est content. C’est une addition d’individus, de voix, qui traverse toutes les couches sociales, tous les courants politiques, sans hégémonie et qui invente une nouvelle langue politique depuis la même mémoire sociale, politique, les mêmes deuils. Arrivée devant l’Assemblée populaire, une pensée pour ceux qui ont croisé la mort parce qu’ils voulaient fuir ce pays confisqué et pour eux devenu irrespirable : « Allah yarham El Haragua », une pensée pour les brûleurs des frontières. Plus loin, une mère porte la photo de son fils enlevé et depuis disparu. Des deuils sans tombe, sans patrie.

« Pacifique, pacifique ».

En s’arrogeant le droit de présenter une marionnette sanglée sur une chaise roulante pour nous représenter d’abord à nos yeux qui tous les matins se regardent dans la glace, ensuite aux yeux du monde, la Djemaa des invisibles s’est donnée un droit tabou : celui d’offenser un peuple et sa patrie. Une insulte à son passé, son présent et son avenir. Aucun peuple au monde ne peut accepter qu’on élise à sa place un président qui ne parle pas. Il y a quelque chose ici qui relève de l’honneur.
Mais, en brisant ce tabou, les invisibles en ont cassé un autre : ils se sont rendus visibles parce qu’il n’y a pas de marionnette sans ficelle. Grave erreur. En nous offrant un cadre troué en guise de président c’est comme si la tyrannie de l’invisible s’était dévoilée, démystifiée.
En se dévoilant, ils nous ont en même temps dévoilé, ne nous laissant d’autre choix que de rompre le pacte du mensonge : « On vous voit à travers ce trou tirant les ficelles. On ne voit même plus que vous avec votre insultante arrogance, votre inquiétante vulgarité, vos incompétences criardes, votre argent qui a l’odeur du sang des autres, vos affaires scandales à répétition, votre grossière propagande, votre irresponsabilité, vos lâchetés et vos menaces ».
Les manifestations sont à la mesure de l’offense. Elles inaugurent la fin d’un Pacte avec le Système, un face à face inédit, sans rideau d’avec la réalité du pouvoir, face au Système, « rejeté globalement et dans le détail. » Elles revendiquent un nouveau contrat politique entre gouvernés et gouvernants. Un contrat qui reste à écrire et à signer. Le chemin sera dur et long. Alors avec cette nouvelle génération de manifestants qui pourraient être mes enfants et qui m’apprennent une nouvelle langue politique, avec eux je murmure : « selmiya, selmiya, pacifique, pacifique », et j’ajoute : « Djeich chaab/ khawa, Khawa », comme on psalmodie la nouvelle prière du vendredi.

Ghania Mouffok
27 février 2019

samedi, février 23, 2019

632_ Révolution de velours





Les Algériennes et les Algériens aspirent à une Algérie authentiquement démocratique, libre et heureuse. Ils l’ont maintes fois prouvé. Cette Algérie libre et heureuse, authentiquement démocratique, ne peut se concevoir sans la liberté de parole. La libre parole, ce droit premier de l’Homme, doit être accessible dans la rue et dans tous les médias, publics et privés, sans entraves. Une libre parole respectueuse de toutes les autres paroles, exprimée dans la langue de son choix, sans complexe aucun, sans stigmatisation.

Il y a en Algérie des dizaines de chaînes de télévision, de radios, de journaux, publics et privés, mais la parole n’y est pas réellement libre. La censure et l’autocensure sont permanentes.

Les Algériens et les Algériennes, qui ont payé le prix fort, ont soif d’une « Révolution de velours », sans donc aucune violence ni casse, sans qu’aucune goutte de sang soit versée. Une Révolution pacifique, celle qu’appréhendent par-dessus tout les tenants du « Système » actuel, prêts à toutes les intrigues et violences. N’oublions jamais Octobre 1988, ni janvier 1992 et les années qui suivirent, n’oublions jamais non plus les manipulations de la religion à des fins politiques de certains partis et organisations islamistes dont les paroles ont semé la mort par milliers.



Cette Révolution douce algérienne a peut-être commencé hier, vendredi 22 février 2019. À travers de nombreuses villes du pays de Tlemcen à Annaba, de Bejaïa à Ouargla en passant par Alger, Oran, Sidi-Bel-Abbès… des milliers d’Algériens et d’Algériennes, jeunes et moins jeunes, ont manifesté contre le Système (« Non au 5° mandat » brigué par un des hommes du Système)  dans le calme et sans heurts, offrant parfois des fleurs aux policiers bienveillants.



D’autres vendredis arrivent. Faisons (chacun selon ses possibilités) qu’ils soient noirs de monde et prometteurs de tous les espoirs,jusqu'à la victoire, pour une Algérie authentiquement démocratique, libre et heureuse.


Ahmed Hanifi, auteur


Samedi 23 février 2019

mercredi, février 13, 2019

631_ Des Genêts au nord au mont Tahat dans le Désert _4



TAMANRASSET  



Mardi. Hier soir, le réceptionniste de l’hôtel des Travailleurs de l’Éducation Nationale, ne m’a demandé qu’une pièce d’identité et 1500 DA, « remplissez la fiche et signez-la ». La chambre, au deuxième étage, est spacieuse avec trois lits bien tenus, propres, la température juste ce qu’il faut et mon lit confortable. Cela me change de In Salah. J’ai bénéficié d’une réduction de 50%, mais ne souhaite pas partager la chambre une seconde nuit, je chercherai un autre hôtel. Lorsque je me suis réveillé (ai-je ronflé ?), le jeune enseignant était déjà sorti. C’est d’ailleurs le claquement de la porte qui m’a fait sortir de la nuit. Leur formation commence à 8h.

Je quitte les lieux après le petit déjeuner, non sans avoir laissé un mot dans la chambre, sur le bureau à mon voisin dont je ne connais pas le nom « bonjour, je passerai plus tard, vers 17 heures ».


Je tourne dans le centre de Tamanrasset écrasée de chaleur avant même le milieu de la journée. Il ne fait bon marcher qu’à l’ombre. Je finis par me résoudre à prendre un taxi, le sac à dos me pèse. Nous tournons à la recherche d’un hôtel correct. On tourne sans résultat, plusieurs m’ont demandé de repasser l’après-midi. Je reviens dans le centre ville, derrière la mairie. Je traverse le long pont de l’oued Tamanrasset (complètement sec), passe trois rues, bifurque sur ma gauche, passe devant la mosquée El Atik. 

Derrière il y a deux rues qui font comme une fourche, je prends la seconde, et je vois « ONAT », l’office du tourisme. L’accueil est très chaleureux, mais hélas, le responsable n’a rien à offrir, « nous n’avons plus de moyens matériels et financiers pour proposer des circuits dans la région… Le tourisme est mort car il n’y a pas de volonté politique. Rien. » Très désabusé le responsable. Ses collègues et lui ne sont plus payés depuis des mois… « Alors que faire et comment ? » Il me donne les coordonnées d’une agence de voyages, Akar Akar, non loin de la grande esplanade, en face de L’Office de la culture et celles d’un « camping » à l’autre bout de la ville, à Adriane. Il me conseille de visiter le Musée de la civilisation de l’Ahaggar.

 Je prends un taxi et en dix minutes nous arrivons au quartier de l’Adriane.  Les routes ici sont plus ou moins fluides. Rien à voir avec la folie des villes du nord. Je demande au taxi de m’arrêter devant « l’Auberge du Caravansérail ». C’est un autre « camping », réputé. L’accueil est à la limite de la correction. Le responsable me fait bien comprendre que seuls les étrangers sont les bienvenus, « mais vous pouvez téléphoner ici » me dit-il en me tendant un prospectus avec les coordonnées de la maison-mère à… Ghardaïa. Je ne le conseillerai à personne. Je reprends le taxi qui me descend devant « le camping » cible, celui qui m’a été proposé par le responsable de l’ONAT. Ce n’est pas un camping, mais il y a suffisamment d’espace pour accueillir des campeurs. Il n’y a pas d’étages, les pièces sont agencées les unes à coté des autres et leur prix varie de 1200 à 3000 DA la nuit. La mienne ne fait pas plus de 20m2 avec trois lits, un sommier, plutôt seddaria que sommier, et un matelas. À In Salah je n’avais qu’un matelas posé à même le sol. Ce sont des cubes avec un minimum de contenu, une télé par exemple et une chaise. Les douches et sanitaires sont à l’entrée. Il n’y a pas de restaurant, mais une boutique à l’entrée qui fait aussi office d’accueil pour « le camping » et où l’on vous propose de l’alimentation. On y trouve aussi des oiseaux en cage avec des sachets de graines, des articles souvenirs. Tout un pan de mur est réservé à l’herboristerie.





À l’agence Akar Akar, l’accueil est formidable. Tous les renseignements disponibles sont offerts. Je suis accueilli par le responsable de l’agence. Il me dit « nous ne faisons que l’Assekrem, depuis quarante ans » et puis qu’il ne peut pas mobiliser un véhicule pour une seule personne. Ou du moins si, mais « cela vous reviendrait très cher. » Et il me communique les coordonnées d’une autre agence, « vous ne serez pas déçu, demandez Bahamoud de la part de Mokhtar ». Je note, le remercie et quitte les lieux. Je ne sais pourquoi, ce type je le crois. Dans un fast-food à côté de l’agence, je prends un Shawarma 
et, dans le café en face, à l’angle de la Tahtaha, derrière la mairie, un thé.

J’appelle Bahamoud « Allo ?... » Très sympa. N’a pas trop tergiversé sur la destination, ni sur le prix, « va pour 10 »… il comprend très bien mon désir d’aller au plus haut et moi son souhait de ne pas trop « casser le prix ». Il me donne rendez-vous demain devant l’hôtel Ahaggar, « tu dis au taxi Guetaâ el oued », c’est le nom du quartier.

-       À quelle heure ?

-       M’âa sbah

Je ne suis pas avancé, « tess’âa ? » neuf heures…

- Yeh !



Je reprends un verre de thé. Je respire. Je déambule au gré du vent, il n’y a pas de vent. Ferai-je du sur-place ? Non, je demande après le musée. Mieux vaut prendre un taxi me dit-on, à pied c’est un peu loin.

Me voilà devant le musée. 
 

Il m’a l’air fermé. Je m’adresse au gardien d’une administration adjacente. « Entre par là » me fait un agent. C’est peut-être un administré qui connaît les combines. Je rentre par la grande porte de cette administration et, en effet, entre le musée et elle il y a un espace commun que je traverse pour me retrouver à l’intérieur de l’enceinte du musée : Musée national des civilisations de l’Ahaggar. Faute de pouvoir procéder autrement, j’entre comme dans un moulin – faut pas croire, l’âne n’est pas celui qui entre dans un moulin en l’absence de gardien, mais le responsable du moulin qui n’a pas fait garder l’entrée de son moulin ! – C’est affligeant.

 
Village de Tahernanet - Tamanrasset- au pied (non loin...) 
du Mont TAHAT (3010m) - mer 16 janvier 2019

 
En direction du Mont TAHAT_ merc 16 janvier 2019_ ah
Hasna el Becharia chante: Djazaïr johara


 
 





Tout est à la portée de n’importe qui. Dans toutes les pièces, je n’ai rencontré ni visiteur, ni employé. J’aurais pu me servir en objets préhistoriques (un récipient en terre cuite du néolithique, une hache en fer, un instrument de musique, un sac en cuir…) 
 

 

et sortir librement. Je ressors, complètement secoué. Comment une telle négligence est-elle possible ? Mais cela s’appelle-t-il de la négligence ?

Après le musée, je reviens au centre ville. Un chapiteau érigé à côté de la Maison des jeunes
par la Sonelgaz invite le citoyen à y entrer. Derrière, accolé à la Maison des jeunes, une librairie propose une « expo-vente de livres ». 90% des rayonnages sont en arabe. Au fond à gauche quelques tables de livres édités ici en français ou importés. Il y a des livres sur l’informatique, sur la religion : Comment faire sa prière, la Umra… Des classiques français : Le Grand Meaulnes d’Alain Fournier, Un Thé dans le Sahara d’Eugène Fromentin, Le Blé en herbe de Colette, La Princesse de Clèves de Madame de La Fayette…
Il y a également des auteurs algériens contemporains comme Les Femmes ne meurent plus d’amour de Ahlem Mosteghanemi, des titres de Yasmina Khadra, de Kamel Daoud…  Je feuillette « Un thé dans le Sahara » d’Eugène Fromentin. Ce passage de la biographie m’interpelle : « La mort de Léocadie Béraud, en 1844, que Fromentin a passionnément aimée, renforce son désir de voyager… », m’interpelle et me touche. Je l’achète (Éditions Laouadi, Alger, 250 DA).










Dans la bibliothèque, en face de l’hôtel des travailleurs (de loin, l’hôtel ressemble à une citadelle arc-boutée sur ses deux piliers), il y a des festivités à l’occasion du nouvel an berbère. Beaucoup d’agitation à l’intérieur comme à l’extérieur. Non loin, un groupe de jeunes très enjoués, de l’association « Green tea, contre le Sida et la drogue » (fondation Anna Lindh) distribuent des prospectus, des ballons de baudruche et des bonbons. Ils font la fête, tout autour on sourit.  Décidément Tam est vivante, c’est la joie, les sourires… Je pense à Aïssa, le taxi d’Adrar, celui qui m’avait dit que son oncle travaille à Tamanrasset. Je ne l’ai pas appelé. J’avoue que je l’ai oublié. Lui non plus ne m’a pas appelé.

À l’heure que j’avais indiquée à l’enseignant de l’hôtel des travailleurs etc., je me retrouve dans le café qui le jouxte (on peut y accéder de l’intérieur de l’hôtel). L’enseignant est attablé devant un thé.
Il parcourt un document. « Ah bonjour, comment ça va ? » Il m’a détaillé sa journée de formation. Le contexte politique algérien (pour, contre, manifestations, « Union des travailleurs »…) plus que l’international est une occasion à la discussion, mais moins de dix minutes après nous effectuons une sortie de route…



-       Kount dans les années 2000 impliqué dans la défense des intérêts des enseignants, je menais des combats auprès de l’administration, des journaux…

-       C’est fini ?

-       Awwah, les années ont coulé comme les eaux d’un fleuve sous un pont en bois.

-       Elles ont tout charrié.

-       Koullech, le bon et le mauvais.

-       Tu n’écris pas ?

-       Lala, non, mais je l’ai fait au début. J’écrivais des motions, je dénonçais l’administration, j’écrivais aux journaux, j’intervenais dans les débats. Koulch khorti yak kho.

-       Il y a les réseaux sociaux.

-       Wech Facebook wella Twetter hada tmaskhir. Les gens tapotent au maximum 280 caractères, rédigent des notes à l’emporte-pièces, après il y a des réponses, ça part dans tous les sens et ils ont l’impression de faire la révolution parce que 15 ‘‘amis’’ ont liké leurs commentaires et donc assouvi la voracité de leur profond ego, hada tmaskhir.

-       Sérieux ?

-       Awedi ils s’agitent dans un verre à tord-boyaux en se shootant à la Dopamine !

-       Mais tu peux créer un site ou un blog, c’est autre chose. C’est ce que j’ai fait en 2005. Beaucoup de littérature et de textes… c’est beaucoup plus pertinent et constructif que leur « politique »

-       Wallah tu as raison. Ils s’agitent dans un bocal et ils pensent sérieusement faire avancer le monde !

-       J’approuve ton désenchantement, mais…



Cela a duré près de deux heures !

Pour le remercier de sa gentillesse, de son intelligence, de ces sympathiques moments, je lui offre « Le Choc des ombres », mon dernier roman. « Tu es écrivain ?!? » sursaute-t-il. Son intonation est telle que je ne sais s’il faut lire le point d’interrogation après ou avant le point d’exclamation. Je te laisse mon courriel, tu me feras part de tes réflexions.



Mercredi.

Il est 9 heures et je me trouve au lieu du rendez-vous. Le taxi connaît bien l’agence Tim-Missaw. Elle se trouve à deux cents mètres de l’hôtel Ahaggar.


 En face il y a un marché où l’on se procure des herbes pour le bétail, des produits divers pour la construction, on est dans un quartier de grossistes manifestement.

L’accueil est très chaleureux, comme souvent dans le Sud. À 9 h 30, on a fini de renseigner les documents (nom etc.), il me remet l’exemplaire qui me revient, un « Bon pour, location de 4X4… » L’agence, et je le découvre, est en fait une société de location de véhicules, et de tourisme !  Le patron, Bahamoud donc, me dit que c’est lui qui gère le camp de l’Assekrem.



Le 4X4 est prêt. C’est le gérant qui prend le volant. Au milieu de l’avenue on tourne à droite jusqu’au rond point Illamen, à gauche après la station d’essence. La traversée de la ville est rapide, larges avenues doubles avec terre-plein et lampadaires modernes, plusieurs ronds-points, parfois avec jets d’eau en action. Rocade N, rond point de la CNAS, on passe devant l’université et nous voilà sur la nationale 1. Sur quatre voies et terre-plein de nouveau, aux rebords rouge et blanc, planté de palmiers. À gauche la nouvelle gare routière. Je ne sais pourquoi, au moment où l’on passe devant le mémorial dédié aux 102 morts du crash de l’avion Air Algérie en 2003, juste devant l’aéroport, j’ai une pensée pour tous les morts du complexe gazier de Tiguentourine (près de la frontière libyenne, non loin d’In Amenas, à environ 700 km au nord est d’ici), à la suite d’une attaque terroriste islamiste. L’opération avait duré trois jours, du 16 au 19 janvier 2013. Il y eut 37 otages tués et 29 terroristes abattus.) Quant au mémorial, à cet endroit précis, le 6 mars 2003,  un avion d’Air Algérie s’est crashé, deux minutes après son décollage. Il y eut un seul survivant, un appelé de l’armée, me dit Bahamoud. Il y avait aussi une douzaine d’Européens et un japonais. Quelques centaines de mètres après le mémorial, nous bifurquons à droite. Une route bitumée sur une trentaine de kilomètres, jusqu’à mi-chemin de Tahernanet, le reste est piste et tout autour de vastes étendues vides cernées en partie par des montagnes.

De l’autoradio se dégagent les magnifiques sonorités du luth de Alla le Béchari le maître du Foundou (du nom du fond N° 2 de la mine de Kénadsa). Des plaques de sable parsèment parfois la route. Des poteaux électriques se suivent sur le côté se tenant par leurs câbles, toute une partie de la route. Plus loin la terre se fait sablonneuse



avec des monticules de pierres. On traverse l’oued Taghlat, à sec. Un peu plus loin on passe devant un hameau de moins de dix constructions, c’est Ouled Outoul. Le village Taguenart ouest est indiqué sur la gauche. De temps à autre des grandes surfaces, agricoles, sont protégées par des branchages de palmiers, d’acacias (talh) ou d’autres arbres de la région comme le tamaris (Tabarkat ou torha en tamachek), maintenus entre eux par d’autres plantes sèches en forme de lianes. En d’autres endroits et à défaut de branches on a posé côte à côte des dizaines de pneus. Le premier est perché sur la pointe d’une longue tige métallique, veillant sur les terres et les hommes, éloignant le mauvais œil. Suivent des acacias de plus en plus nombreux, penchés, peut-être sous la menace répétée des vents. Et toujours au loin les montagnes qui veillent. Au loin sur la droite, le mont Aharhar. Il y a peu de sable dans la région, nous sommes sur une zone volcanique. Lorsque nous entrons dans la piste ce sont des étendues de sable aussi larges que celle de la plage Napoléon en PACA. « Tiens, là-bas, tu vois ? c’est Tahat ! »

s’exclame soudainement le guide « 3010 mètres ». Majestueux mont. Devant nous toujours des plantes de toutes sortes, certaines endémiques. Un conifère du désert (cyprès), des plantes qu’on dirait des pissenlits ou marguerites… et d’autres : absou, atoufar, tataït, aklouhen, wervaza, gergire….



 




Bahamoud me les donne dans le désordre et sans correspondance française, pas facile.  Un autre oued, Inhouter. Nous sommes ici sur le plateau de l’Atakor à 2000 mètres  au dessus du niveau de la mer (Tam est à 1400). Les espaces se font maintenant très caillouteux, de grands plateaux basaltiques. Rares sont les panneaux routiers de signalisation. La plupart d’entre eux indiquent un virage tantôt gauche tantôt à droite, la route serpente pas mal. Brusquement Bahamoud quitte la piste, bifurque vers la droite « un détour » me dit-il, en direction de Tajmart occidental. Pas pour rien. Nous traversons une sorte d’oued à sec, avec au fond le mont Tissilatine, il roule très vite braque à gauche, à droite, et plus vite encore, pour ne pas s’ensabler, ainsi pendant cinq bonnes minutes, avant de s’exclamer devant une sorte de cul-de-sac « et voilà ! » Magnifique en effet, nous sommes devant un rocher sans âge, sur lequel on aperçoit parfaitement les lignes d’un rhinocéros.


-       C’est le fruit du travail de nos ancêtres ! 

-       Combien 3000 ans ?

-       Oui peut-être 5… »

-       Il y en a d’autres ?

-       Oui, mais c’est un peu loin et pas du tout sur notre route…



Et toujours ces poteaux électriques, nécessaires de nos jours, mais qui blessent le paysage. Nous croisons une trentaines de randonneurs, « ils descendent de l’Assekrem » dit Bahamoud qui salue leurs guides et demande des nouvelles de la haut. Tout autour de très nombreuses touffes de mil saharien. Au loin cette fois le Djebel Taramanent (appelé aussi pyramide). Cinq kilomètres plus loin, nous tombons sur une composition étrange : plusieurs cercles concentriques faits de pierres, le plus grand faisant environ douze mètres de diamètres.

- C’est un tombeau qui date de 3 à 5000 ans environ, les hommes tournaient autour en invoquant les dieux » dit le guide. Plus loin, un autre tombeau, plus discret et plus récent. Un saint local, L’Amenokal Moulay Abdallah, dont le guide ne peut jurer de l’exactitude du nom, est enterré ici. Cette fois le paysage est fait de monstrueux blocs dont une partie est cachée, comme les icebergs.




Nous sommes bientôt arrivés me fait le guide, alors que des dromadaires se déhanchent nonchalamment de l’autre côté. Encore des plantes, magnifiques Armoise, qui embaume l’ai, il suffit d’y passer les doigts, on en mangerait, « ça c’est une Zilla », une fleur violette, un arbre a la forme d’un caoutchouc du nord, je ne peux donner son nom, ni le guide. Au détour d’une courbe apparaît, un magnifique palmier, splendide dans sa solitude. Nous approchons maintenant d’un site très respecté ici. C’est le lieu de la plus vieille mosquée de toute la région. Une mosquée vieille de l’époque de Oqba Ben Nafi (7° siècle), avance imprudemment le guide. Le nom de cette mosquée est « Jamaâ Illamen » et construite avec de la bauxite apportée de l’actuel Mali. Il n’en reste presque rien, un amas de pierre et un réduit. Nous baignons dans un silence parfais lorsque le 4X4 se tait. Le désert nous renvoie à notre propre profondeur, à notre propre réalité, à notre propre découverte si l’on osait se poser quelques temps. Près d’un arbre appelé Tihounen qui ne pousse qu’entre les blocs de pierres ou rochers, nous étalons une natte le temps de manger une Taguella (pain local) avec un bouillon épicé (oignon, tomate séchée, un peu de viande), et de prendre quelques thés. 
 


Nous reprenons la route, en direction du village de Terhenanet  
où nous sommes accueillis par les chefs locaux. Les échanges sont courtois.


Bahamoud les connaît tous et les échanges durent autant de temps qu’il nous faut pour apprécier les trois thés je dirais obligatoires. Le premier, disent les uns est dur comme la vie, amer disent les autres. Le deuxième est doux (ou fort) comme l’amour. Le troisième est suave (ou doux) comme la mort. On dit aussi dans un autre ordre que le premier est amer comme la mort, le deuxième doux comme la vie et le troisième sucré comme l’amour. Peu importe les déclinaisons finalement, l’important est de boire les trois verres pour en apprécier dureté, douceur ou amertume.                                                              

Bahamoud nous quitte. Et comme prévu je vais rester ici avec mes hôtes.  Ils m’ont proposé d’occuper une salle attenante à l’école, juste derrière.






Demain j’emprunterai les chemins d’Illamen avant de poursuivre en direction du Temps du mont Tahat à ma propre découverte…


Fin (provisoire)
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