Rechercher dans ce blog

mercredi, juin 15, 2022

790_ La revue « A » (ex « Algérie Littérature/Action)

 

La revue « A » (ex « Algérie Littérature/Action)





Je suis descendu à Marseille vendredi 10 pour assister à une soirée NUPÈS en vue des élections législatives. Comme il m’arrive souvent lorsque je descends à Marseille, j’ai été pris ce vendredi par une irrésistible envie, celle de faire un tour à l’Alcazar, LA grande bibliothèque, au deuxième étage, « Littérature », en attendant la soirée NUPÈS.

___________

Je suis donc dans l’Alcazar, je m’installe avec « L’anomalie » de Hervé Le Tellier entre les mains. À mes côtés, le roucoulement continu de deux tourtereaux, probablement étudiants, me dérange. Je change de place et m’installe sur un siège devant une petite table ronde, seul près d’un espace silencieux. Je continue ma lecture de L’Anomalie, mais lorsque je lève les yeux, sur ma droite, en direction des rayons, une affiche attire mon attention, une feuille rose 21X27, sur laquelle il est écrit en caractères majuscules : « Espace magazines et littératures à emprunter ou à feuilleter sur place. » Juste en dessous, il y a plusieurs casiers remplis de revues sur le fronton desquels il est écrit : « NRF » pour le premier casier, « L’indice dei libri (italien) » pour le deuxième, « Nuit Blanche (revue québécoise) » et « A-Littérature-Action » sur d’autres. Immédiatement ce dernier titre me renvoie à une revue que j’avais beaucoup appréciée en son temps « Algérie Littérature/Action » dont le directeur de publication était Aïssa Khelladi et la responsable de la rédaction Marie Virolle. Une revue éditée en France par Marsa Éditions.



Je range Le Tellier dans mon sac-à-dos (j’ai toujours un sac à dos, je peux y fourrer tout et n’importe quoi) et retourne à l’espace « Magazines et littératures ». Il y a en tout et pour tout dix numéros de cette revue (du N° 4, janvier- avril 2019 au N° 13 janvier-avril 2022). Les trois premiers numéros soit ont été empruntés, soit n’ont jamais figuré dans les rayons de l’Alcazar. 

Ce qui frappe en premier c’est d’abord le format. Il était plutôt classique, 15 cm X 21, passant à un format carré de 20,50 X 20,50, puis ce qui attire l’attention également c’est l’évacuation d’un des responsables initiaux de la revue. Peut-être a-t-il de lui-même refusé cette nouvelle aventure ? Exit donc de la nouvelle revue Aïssa Khelladi qui a complètement disparu des médias depuis le retrait et la disparition de l’ancien président algérien dont il avait écrit un panégyrique « Bouteflika, un homme et… ses rivaux » (Ed Marsa/Alger, 2004). 



Un livre débordant de haine, notamment à l’encontre de Hocine Aït-Ahmed. Je demeure convaincu qu’il s’agissait là d’un brûlot, un libelle de « commande ». J’appréciais les écrits de Aïssa Khelladi (ou d’Amine Touati), mais là je suis tombé de haut et à la renverse (je savais qu’il avait été officier des Services, un frère parmi les frères, mais je ne pensais pas qu’il avait encore un fil à la patte. Aussitôt après la lecture du brûlot j’ai adressé un courrier de désabonnement à la revue « A.L/A » dont j’appréciais beaucoup les contenus et le travail des collaborateurs. Je me dois d’ajouter que Marsa a été la première maison d’édition à me publier avec « Le temps d’un aller simple » (en 2001 en France et l’année suivante en Algérie). Je ne pouvais pas continuer après ce que j’avais lu dans le livre de Khelladi. J’avais écrit une lettre (cf photo) très sévère. Je la récrirais identiquement aujourd’hui. Mais il me faut être clair, le talent d’écrivain, certain, de Khelladi, n’a rien à voir ici.  




Je reviens à mon mouton pour dire que je suis très content de ce « retour ». Ce type de revue fait cruellement défaut en Algérie (même si, a priori, elle ne traite pas exclusivement de l’Algérie), et puis, c’est une revue française, pas algérienne. Je suis surpris qu’on ne trouve nulle trace de « A littérature-action » dans la presse algérienne qui bizounourse (du verbe bizounourser) en rond. Toujours les mêmes encore et encore. À moins que je sois un mauvais lecteur de cette presse. C’est vrai aussi, mais si tel aurait été le cas je pense qu’on en aurait eu vent via Facebook non ? Là encore je n’ai peut-être pas les « bons amis » qu’il faut ? Je commence à tourner moi-même en rond. Je me reprends et continue sur « A ».

La direction de cette nouvelle revue « A littérature-action » « Appelons-la ‘‘A’’ », est assurée par Marie Virolle et Laurent Doucet (« poète et professeur de lettres, d’histoire et de géographie dans un lycée professionnel de la banlieue de Limoges »). La revue est éditée par « Mars-A Publications Animations » (Marsa était le nom de l’ancienne revue). Le A « Algérie » de la précédente revue s’est transformé en « A comme le A de Ailleurs, le A de Autre, A des continents, des rives et des dérives, Afrique, Asie, Amérique… » Mais pas Algérie ? il y a là quelque malentendu ou méprise (ou impasse).

Si Algérie Littérature/Action était bimestrielle, la revue « A » est plutôt irrégulière. Elle couvre tantôt une période de trois mois (N° 9 et 12), tantôt quatre (N° 4, 5, 6, 8, 11, 13) ou même cinq (N°10). « ‘‘A’’ s’inscrit dans la continuité de l’action de ‘‘Marsa Éditions’’ et reprend à son actif le bilan de vingt années de publications et d’animations de cette structure » est-il précisé sur son site Internet ( https://revue-a.fr). Si tracasseries il y eut, elles sont d’ordre administratif (tout refaire : Urssaf, impôts, Afnil, Bnf…) et ce n’est pas rien ! 

J’ai emprunté les quatre derniers numéros, à savoir 10 à 13 couvrant la période de janvier 2021 à avril 2022. Ce sont ces quatre numéros que je vais exposer, détailler.

Des trente-quatre anciens collaborateurs et parrains (plusieurs y figuraient alors que décédés) de la revue Algérie Littérature /Action, seuls deux poursuivent l’aventure avec « A » la nouvelle revue : Denise Brahimi et Christiane Chaulet-Achour plus Marie Virolle (sans cette dernière la revue disparaîtrait sur le champ ou illico). Si le nombre total des collaborateurs (ne pas confondre avec contributeurs ou coordinateurs) indiqués sur le site Internet est de quarante-neuf noms, celui mentionné sur la revue papier diffère selon le numéro. Ils sont 23 collaborateurs aux numéros 10 et 11, 18 au 12 (dont une modification de nom) et 19 pour le dernier. Sept personnes sont en charge de la Rédaction de l’actuelle revue (dont Marie Virolle et Christiane Chaulet-Achour). La direction est assurée par Marie Virolle et Laurent Doucet. La revue « A » est domiciliée en France et publiée « avec le concours du CNL et de l’ANCT (CNL et FAS pour la revue disparue).


La lettre A occupe systématiquement une importante partie de la Une de la revue (voir photos). Quant au contenu de « A », les unes des numéros 4 au 13 mentionnent, dans l’ordre, jusqu’à la plus récente : Armand Gatti, Frantz Fanon, Marcelle Delpastre, Peter Diener, Kateb Yacine, échanges avec le Japon, Hôtel La Louisiane, Isabelle Eberhardt, Engagement et création, Jean Sénac. Il y a quatre grandes rubriques (elles n’apparaissent pas toutes systématiquement). Prenons-les dans l’ordre des numéros, du 10 au 13 :

1- En Une (82 pages au numéro 10, 73 pour le n° 11, 44 p pour le n° 12, et 120 pour le 13)

2- Études, lectures, regards (22 pages, 48, 50, 115)

3-Création-monde (89 pages, 60, 48, 28)

4- Arts plastiques (néant pour le n°10, 26 pages, 34 pages, et néant)

De quoi de qui traitent-elles ces rubriques ? Je les propose (très grossièrement) dans l’ordre de parution.

1- Rubrique « En Une »

N° 10 de la revue : 82 pages sont consacrées à l’hôtel littéraire La Louisiane (60 rue de Seine à Paris) où ont été accueillis de nombreux écrivains, artistes dont Jean-Paul Sartre, Simone de Beauvoir, Albert Camus, Boris Vian, Oscar Peterson, Gene Vincent, Étienne Daho… magnifiques textes accompagnés de photos, dessins… la rubrique est scindée en deux : a- Gens de La Louisiane, b- Femmes de La Louisiane.

N° 11 : Isabelle Eberhardt (Mahmoud Saadi), un dossier de 73 pages coordonné par Marie Odile Delacour (notre MOD de Libé d’antan, pas Libération non, Libé des belles années) et Jean-René Huleu (même parcours !) Je me demande si ce n’est pas elle qui a mis (la première) en lumière notre Alla du Foundou de Bechar. MOD et Huleu sont des spécialistes de la belle « perturbatrice ». On trouve parmi les contributeurs ces mêmes auteurs ainsi que… Leïla Sebbar, Christiane Chaulet Achour, Karima Berger (bonjour !), Patti Smith (une de ses chansons) : « … il me faut un radeau/ pour m’emporter sur/ la rivière jaune/ un harem de cloches à pierres/ carillonnant Isabelle/ la ballade d’une fille/ violon ivre/ qui s’est noyée dans le désert… »

N°12 : Sa « Une » porte sur des questions-réponses, précisément « 10 questions ; 10 réponses pour aujourd’hui et pour demain », sur 44 pages. J’ai trouvé certaines des questions (pardonnez-moi) un peu naïves, plutôt lisses que rugueuses. Sont conviés à y répondre onze (pourquoi pas 10 ?) artistes, philosophes, une cantatrice, des auteurs… dont Sapho, Boualem Sansal, Cécile Oumhani, Sophie Bessis… Les questions : Quels sont les événements qui vous ont le plus marqué…, quel est le plus grand enjeu actuel, quels sont les plus grands dangers pour les sociétés humaines, le mot ‘‘engagement’’ a-t-il un sens, l’art et le politique peuvent-ils encore transformer le monde ? etc.

XXXXXXXXXXX

N° 13 : Sur les pas de Jean Sénac. Un dossier de 120 pages avec des contributions de feu Hamid Nacer-Khodja, de Marie Virolle, Jean Bénisti ainsi que des textes de Jean Sénac. Il est question bien sûr des portraits de Denis Martinez, de son Talisman dédié à Sénac… Il est important de noter que l’ancienne revue Algérie Littérature-Action a produit un numéro (410 pages, publié au 1° trimestre 1999) entièrement dédié à Jean Sénac, « un volume réalisé sous la direction de Jacques Miel et de Jean de Maisonseul ».

2- Rubrique « Études, lectures, regards » 

(je commence à fatiguer)

N° 10 de la revue : critiques de textes (François Augiéras, poésie de Lahiri, ) commémoration (La Commune de Paris), dialogue autour d’un auteur, notes de lectures (Idir Tas,  Pierrette Epsztein)

N°11 : lecture de « 2 siècles de solidarités en Limousin », le verlan dans la BD, hommage à Bruno Krebs, un beau texte de Kamal Guerroua sur « l’exil linguistique » ou les écrivains algériens « placés par l’Histoire en position de rupture avec leurs racines », des fiches de lectures (Un Afghan à Paris,  Une embuscade dans les Aurès…)

N°12 : Un entretien avec Catherine Simon (« Un baiser sans moustache » notamment) par Kinda F.Z. Benyahia (auteur d’une thèse sur « poétique du roman policier, cas de trois autrices… », une note de lecture de « Le doigt » de Dalie Farah (par Denise Brahimi), d’autres notes par Françoise Bezombes… Mais aussi un texte de Christiane Chaulet Achour sur l’intertextualité en prenant pour exemple deux romans, celui de Mohamed Mbougar Sarr « La plus secrète mémoire des hommes » et celui de Yambo Youologuem « Le devoir de violence ». La recension (c’en est pas à proprement parlé d’une recension) commence ainsi : « Il y a souvent une certaine perplexité quand la critique journalistique en France s’entend pour encenser dans un concert de louanges un roman d’un auteur francophone. Pourquoi, alors que tant d’autres publient en même temps et qu’on les ignore ?… » L’interrogation de Christiane Ch.A. me fait sourire. Car on peut la compléter en la transposant à l’environnement algérien. « Pourquoi ‘‘les critiques’’ de la presse algérienne (par flegme ou dépourvus d’instruments ?) tournent-ils en rond ? Pourquoi 40, voire 50 ans plus tard ils en sont encore à encenser plus que tous les autres, des écrivains qui n’en ont pas besoin, des hommes comme K. Yacine, M. Haddad, R. Boudjedra (qui ne produit plus), Mimouni, Jean Sénac… matin et soir (j’exagère à peine), alors qu’il y a des talents à la pelle (jeunes) à peine trentenaires (ou quadra) formidables ! (il suffit de tendre l’oreille et d’ouvrir l’œil, notamment lors du SILA). La réponse (indirecte) a été donné mille fois par Bourdieu. Et c’est dommage (dommage que Bourdieu ait mille fois raison). 

N°13 : 115 pages sont dédiées à cette rubrique (y compris les Arts plastiques) dans ce numéro. On y trouve pêle-mêle Nawal El Saadawi, Assia Djebar, Al Hallaj, Leïla Sebbar et un long entretien avec Abdellatif Chaouite (par Bruno Guichard)

Deux autres rubriques, Création-monde et Arts plastiques complètent la revue, ainsi que des critiques de films, documentaires… (Je suis fatigué). Je m’arrête là car l’heure tourne. La combinaison fatigue et temps agissent comme un boa constricteur. 

Je reprendrai et retravaillerai entièrement cet article lorsque j’aurai lu l’ensemble des 13 (ou plus) numéros de la revue et si le courage m’accompagne. Je souhaite à « A » bonne route (elle a quand-même quatre ans ! –  elle est née en 2018 alors même que j’étais sur le point me concernant, de mettre un terme à ma maison d’édition « Incipit en W » hélas.)

Allez, il me faut quitter la bibliothèque et filer droit à la soirée NUPÈS.

Quant à l’ « A », je m’y abonnerai pour sûr, promis, juré, craché, croix de bois, croix de fer, si j’mens…





lundi, mai 09, 2022

789_ Asie centrale, mai 2022




_____________________________________

PAGE 01

Samedi 7 mai 2022

Nous y sommes donc depuis hier matin samedi 7 mai. ‘Y’ renvoie à la belle orientale, Tachkent. Capitale de l’Ouzbékistan. J’ai cherché Youssef Z. mais pas la moindre ombre. Je lui avais promis pourtant promis que je passerai. Dix heures d’avion c’est éprouvant. Je vous donne en aperçu ces quelques images. La suite viendra au fur et à mesure de notre (V et moi) enfoncement dans le pays. Car nous avons l’intention de nous y égarer. Lundi est jour férié (libération des nazis par l’armée soviétique, à l’époque, armée de l’URSS et donc de l’Ouzbekistan). Un petit tour au nord-est de la capitale, visite de mosquées puis en son cœur avec Timur. On voit à l’image Timur (Grand conquérant (et massacreur)) ou Tamerlan sur son cheval de guerre.

_______________________________

 PAGE 02


Dimanche 8 mai : Nous sommes rentrés à la maison d’hôtes alors que la nuit tombe. J’ai lu quelques lignes de Djamilia de Tchinguiz Aïtmatov, mais le referme aussitôt. Fatigué. Je ne peux voyager sans prendre avec moi quelques livres. Pour ce voyage j’ai jeté dans mon sac Nedjma de Kateb Yacine, Djamilia de Tchinguiz Aïtmatov, Pourquoi lire les philosophes arabes ? de Ali Benmakhlouf et certains de mes ouvrages perso que je distribue dans les Alliances ou Instituts français que je visite. À ce propos il est question que j’anime un atelier d’écriture à l’Alliance française de Tachkent (prévu depuis 2019), mais le directeur joue au chat et à la souris. Avec les fêtes c’est compliqué. Je reviens à mes moutons. La journée fut chargée. Après le petit déjeuner copieux (comme souvent dans les pays du Nord) sous les arbres de la cour de l’hôtel et la chaleur moite, nous filons en direction de la bouche de métro Chorsu qui se trouve au cœur du même marché du même nom. Mais pas évidente à trouver. Un jeune marchand viens vers nous pour nous orienter. Il parle, parle, parle. En ouzbek. Il comprend qu’il parle au vent. Rien compris. Il décide de nous y accompagner. Il continue à dire des choses et moi je lui réponds par des gestes significatifs : « je ne comprends pas ». Alors il poursuit en faisant des signes lui aussi. Arrivés devant le métro je lui fais un grand « rahmat ! » (merci). Direction la gare de chemins de fer. Nous faisons une halte à la belle station de métro Kasmonavtlar avec ses belles colonnes bleues, avec des images de Ulg Beg, petit fils astronome de Tamerlan et de Youri Gagarine. Une des médailles porte cette inscription : « Programma intercosmos ». J’ai omis de vous dire qu’ici on parle russe (la langue maternelle la plus répandue est l’ouzbek près de 90%, il y a aussi la russe et la tadjik). Les langues officielles sont prioritairement l’ouzbek puis le russe qui est parlé partout). À la gare nous prenons des billets et ce fut une affaire. Croyez-moi, je me suis retrouvé au bled. Un gars arrive après nous, alors que nous avions entamé la discussion pour l’achat des billets, que nous avons donné nos passeports à ces fins. Il tend ses billets d’argent à la guichetière, lui dit je ne sais quoi, au bout de trois minutes il se retourne, semble s’excuser. Nous lui faisons comprendre que « ça c’est la meilleure » (sans le dire car nous n’avons pas les mots locaux, si bien qu’on le dit en français « alors ça, c’est la meilleure ! » et on s’esclaffe. Le gars fini son achat et file. Deux jeunes filles ont tenté de nous blueser comme l’autre, mais la guichetière a compris que ce n’était pas sérieux. Elle les fait gentiment patienter (entre parenthèse c’est une pratique tout à fait acceptée, comme au bled, le métro, les files diverses, on passe devant vous sans les salamaleks, tranquillement les mains dans les poches et en sifflotant…) Elle renseigne les billets avec nos noms, dates de départ… et s’excuse. Nous continuons sur la magnifique et immense cathédrale orthodoxe (1871) de la Dormition ou Assomption « Успенский кафедральный собор ». Nous poursuivons sous un soleil de plomb alors qu’il n’est pas encore midi en direction de l’immense parc Navoï avec ses espaces boisés et ses grandes statues dédiées à la littérature ouzbeque. Il y a notamment celle de la poétesse Zulfiya (1915-1969), de son mari Hamid Olimjoy (1909-1944), de Bobur (1483-1530) poète, historien, géographe, fondateur de la dynastie baburi timouride…, Berdag, Ogahiy, et du plus célèbre d’entre eux, Alisher Navoiy (1441-1501), qui trône seul au cœur du parc tout en haut du monument à lui seul dédié. C’est le plus célèbre poète perso-ouzbek de la renaissance timouride. Il a travaillé à la cour du roi Hussayn Bayaqara qui était aussi son frère de lait. On reprend le métro jusqu’à Mustaqilik Maydoni. C’est incroyable ce que les Ouzbeks sont sympathiques. Ils vous abordent pour vous renseigner et dans le métro ils vous offrent leurs places, avec le sourire (parce que nous sommes étrangers ou parce que nous n’avons plus vingt ans ?) La police (Militsia) est très présente dans le métro et moins visible sur les boulevards.

À Mustaqilik Maydoni, un grand hommage est rendu aux soldats ouzbeks morts durant la seconde guerre mondiale avec de géantes statues : La mère affligée devant la flamme immortelle, le mémorial des morts (avec chacun son nom sur de grands panneaux métalliques installés par régions (Vilayat)) ; Nous continuons sur le Mémorial, à trois km au nord, celui-ci en souvenir du terrible tremblement de terre qui a frappé Tachkent le 26 avril 1966 et qui a fait 300 mille sans abri, mais peu de morts (il y eut durant ce mois-là 700 répliques). Certains quartiers furent totalement détruits. Une femme fait promener ses trois chiens. Le plus petit, genre teckel à poils longs, nous en veut. Ne cesse d’aboyer à hauteur de nos chevilles. On fait deux pas de côté et sa maitresse lui gronde des choses pas gentilles, alors il baisse les oreilles et la queue. Elle nous sourit pour s’excuser. La ville de Tachkent fut complètement reconstruite. Aujourd’hui d’immenses boulevards la traversent, énormes, très larges, on se croirait au temps des Soviets et de la démesure, double, triple voies de circulation dans un sens puis dans l’autre. Tachkent est une très grande ville : 3 millions d’habitant intramuros (357 km carrés – Paris : 100, Marseille : 200), la plus peuplée d’Asie centrale. On finit la journée dans un bar « FM Bar » puis dans un resto. Le soleil est tombé, et les bars restaurants on arrêté leur diffuseur d’eau, les brumisateurs. Nous rentrons à la maison d’hôtes alors que la nuit tombe. Sur France Inter, les infos de 19h (22 h ici) nous fatiguent plus encore. Radio que l’on capte via son site internet. On laisse tomber. Je lis trois lignes de Aïtmatov et le referme aussitôt.

_______________________________

 PAGE 03

PAGE VIERGE

_______________________________

 PAGE 04

9 mai

Un tour derrière la vieille ville de Tachkent ce lundi 9 mai. Vu le plus vieux Coran du monde dans la salle Moyie Mubarek (mais interdiction de filmer). Magnifique.

______________________________________________

°

°

CLIQUER ICI POUR VOIR VIDÈO: Le centre Khast Imam- Tachkent, le lundi 9 mai 2022

°


_______________________________


PAGE 05

Lundi 9 mai

Réveil vers 10h30. Aux infos de France Inter on parle de « discours musclé de Poutine » et de « lettre Z dessinée dans le ciel. » Nous échangeons avec le gérant de l’hôtel sur des questions d’ordre pratique… toujours bienveillant, ainsi que son frère plus discret, ses parents (les vrais patrons ?) aussi présents répondent aux sollicitations avec un sourire non feint sans un mot d’anglais ni encore moins de français, la jeune sœur (ou la fille ?) qui renseigne en anglais, écrit sur votre calepin, use de votre ordinateur tout cela pour vous apporter les réponses à vos interrogations. Vous ajoute autant de café que vous le désirez. (À ce propos, le petit déjeuner est très copieux, mais je crois que là je me répète, café à volonté, lait, lit caillé, tomates, concombres, œufs, pain, beurre, fromage, confiture) Nous le prenons dans la cour ombrée, assis tout en longueur (car nous ne pouvons croiser les jambes comme les Ouzbeks, ni nous asseoir comme ils le font, accroupis). À vous de voir.

Il fait bon, et le ciel est couvert. Nous partons à pied en direction de Khast Imam. C’est à quelques kilomètres au nord-ouest de la ville. Nous nous arrêtons devant une belle mosquée : Olmazor Tumami. Quelques photos… un monsieur nous renseigne sur la mosquée ainsi que sur Khast Imam. Il nous propose même de nous y accompagner dans sa belle Chevrolet made in Ouzbékistan. Il se présente comme le Adhan du coin (ici à Olmazor et à Khast Imam). Est content d’échanger avec nous. À propos des Adhan, on ne les entend quasiment pas le jour. La nuit, si, leur voix est agréable. Le tapage et le braillement des Adhan du bled n’existent pas ici, comme sont absents tous ces gens qui vont ou reviennent de la prière du fadjr à 5 heures du matin en prenant un malin plaisir à crier, à s’interpeller, à chahuter (exprès !), comme s’ils étaient dans un souk (avec tout le respect que je dois au Souk), sans aucun respect pour ceux qui dorment. 

Le centre Khast Imam est un grand ensemble, avec La Grande Mosquée du Vendredi « Hazrati Imam » sur la gauche, à droite le Musée Moyie Mubarek puis, la Madrassa Barak Khan. La cathédrale orthodoxe en arrière-plan est en construction. Elle ne fait pas partie du Centre.

Le sol de la Grande Mosquée du Vendredi « Hazrati Imam » est rempli de tapis bleus avec des bandes argentées. En son cœur une grande coupole beu-vert avec de belles arabesques et des écritures argentées en arabe. Le minbar est encadré par deux grandes frises dorées. On remarque de très nombreux ventilateurs dans toute la mosquée. Ici dans les hautes saisons, la température atteint allègrement les 30/35° Celsius.

Le Musée Moyie Mubarek est remarquable en ce qu’il contient le plus vieux Coran au monde. Le seul lieu de l’ensemble du centre où il est interdit de filmer ou de prendre des photos. L’agent de police fait une exception pour un panneau relatant l’histoire du dit Coran, « l’histoire du Mushaf de Osman ». Il est écrit en anglais : « This unique manuscript of the Qur’an of Usman (VII – A.D) was brought to Samarkand by Amir Timur in XIV th century ». Les lettres du Coran (arabe) ne contiennent aucune voyelle et certaines sont entièrement différentes de celles d’aujourd’hui. Physiquement ce Coran fait environ un mètre de long sur cinquante centimètres de large et trente de hauteur. Il y avait des touristes comme nous, mais pas la grande foule, heureux pour nous.

Dans la Madrassa Barak Khan, un groupe de jeunes artistes peignent des vases et autres animaux en terre cuite qu’ils proposent aux visiteurs, parfois de façon un peu gênante. À la sortie du centre Khast Imam, deux jeunes discutent dans une voiture. « La direction de Chorsu s’il vous plaît ? » Ils se proposent de nous y emmener pour 50.000. J’ai compris 5000 que je lui remets. Celui qui parle le plus, refuse, il veut plus, et me montre un billet de 50.000. Il ne comprend pas mon refus et fait une tête de cochon. Je pense même qu’il a lancé un juron. Droit dans les yeux je lui rétorque (comme si j’avais compris) « ah non, pas ça ! ». Il a levé le bras comme s’il s’excusait. À propos de monnaie, ici les billets se comptent par dizaines, voire par centaines de milliers. Ne vous affolez pas, je vous explique. Un billet de 1000.000 de Soums (UZS) équivaut à 100 € (il suffit de retirer 4 chiffres à partir de la droite et vous avez l’équivalence. Un ticket de métro coûte 1400 UZS, soit 0,14 cts d’€ (et même moins : 0,12). Il faut donc ici avoir de larges et profondes poches. Donc métro, un verre chez « Bar FM » et gargote du marché Chorsu, plats locaux délicieux pour trois fois rien.

Retour à la Guest-house. Avant de rentrer dans la chambre, ici les us et coutumes veulent qu’on retire ses chaussures avant de pénétrer dans la chambre (généralement tapissée au sol).

Les « … » de Service

_______________________________

PAGE 06


Mardi 10 mai

Un vent violent n’a cessé durant toute la nuit, faisant chanter les tôles du toit de la maison d’hôte. Et ce matin c’est un déluge d’eau qui nous accompagne jusqu’au métro. À la gare nous arrivons parmi les premiers voyageurs. Billets, passeports…. « quai 6, c’est à droite pour Samarcande ». Le train se remplit peu à peu jusqu’au départ, à 9h06 pétantes. Voiture 10, places 3 et 4. Deux rangées de sièges sur la gauche, une rangée d’un seul siège à droite. Les enfants jouent dans le couloir, les adultes discutent gaiement, parlent au téléphone… un vendeur passe de temps à autre proposant chocolat, cacahuètes, pistaches, Nescafé… On demande deux cafés, on a eu deux chocolats chauds (4000X2). Une dame habillée tout de blanc suivie d’un gars en chemisette blanche et pantalon kaki vont et viennent en scrutant les bagages et les voyageurs. Je ne sais s’ils sont flics ou contrôleurs. Un employé de la compagnie passe en criant le nom de la station à venir « Gulistan ! » précédé de quelques mots incompréhensibles (pour nous). Les portables sonnent, beaucoup de sonneries Viber, identiques partout dans le monde (écoutez), c’est agaçant. Le vendeur crie « Na rojny, na rojny… »

Arrivée à Samarcande sous un soleil timide, mais pas de pluie. La chaussée est mouillée. Des hommes s’approchent. Ils tiennent des pancartes représentant des voitures, en fait des taxis. On en prend un. Impression que les embouteillages sont plus importants qu’à Tachkent. Je suis surpris par la grandeur des boulevards et la ville semble immense « Un million d’habitants » me dit le taxi (nos guides indiquent 400.000). Je lui fais constater la quantité énorme de voitures blanches « cette couleur retient mieux la chaleur », voilà la raison de l’engouement pour cette couleur. Il me parle d’une ville à ne pas rater, à 30 km d’ici, le mausolée de El Boukhari et Shari Ah. Il nous propose ses services, tant qu’à faire. Direction notre nouvelle Guest House, à deux pas de l’essentiel, du cœur de la vieille ville « Shahar Markazi ». Bel accueil de Camille. Dans l’heure qui suit notre arrivée elle nous accompagne jusqu’à la grande cité, tout en nous donnant des informations, sur le quartier, sur la villes, puis elle retourne chez elle. Nous continuons jusqu’au cœur de l’ancienne Samarcande, l’immense Régistan, c’est son nom qui signifie « la Place sablonneuse » (en Tadjik). C’est un grand ensemble regroupant trois grandes Madrassa : Ulug Beg (astonome et mathématicien), Chir Dar (lions), Tilla Kari (« couverte d’or »). Il y a quelques centaines de touristes, mais ce n’est pas le grand rush. Tant mieux pour nous. Les plus nombreux semblent être des locaux et Russes (dont certains sont des locaux aussi). Nous sommes restés la bouche bée devant tant de beauté. Dans chaque madrassa nous avons eu à admirer, les informations concernant l’éducation à l’astronomie, au savoir en général, la vie quotidienne des anciens, la poterie au temps de la splendeur de la ville, et toutes les boutiques qui s’y agglutinent. Autour du Registan se trouve un grand jardin fleuri. Certains arbres sont des mûriers et croyez-moi, nous en avons profité. Je vous laisse apprécier les photos.


_____________________________________

PAGE 7

Mercredi 11 mai

Le Registan est au cœur de Samarcande, elle-même au cœur d’un monde aujourd’hui disparu. Tous les superlatifs sont vains. Venez, visitez, appréciez, vous relativiserez alors ce que vous êtes dans l’Histoire. Un grain parmi les grains. Ce que je suis. Vanité totale. Réfléchissons. Vanité totale.

°

°

CLIQUER ICI POUR VOIR VIDEO _ FETE DES ETUDIANTS DE SAMARCANDE

°

°


_____________________________________

PAGE 8

Mercredi 11 mai 2022

Nous avons fini la soirée autour d’un super repas ouzbek concocté par la maitresse de maison, Camille, un « Oum ouchi » (la soupe) et un « Palov » (riz, agneau, carottes, oignons, pois-chiches. 

Et mon esprit a été emporté… « Omar Khayyam a vingt-quatre ans, il est depuis peu à Samarcande. Se rend-il à la taverne, ce soir-là, ou est-ce le hasard des flâneries qui le porte ? Frais plaisir d’arpenter une ville inconnue, les yeux ouverts aux mille touches de la journée finissante : rue du Champ-de-Rhubarbe, un garçonnet détale, pieds nus sur les larges pavés, serrant contre son cou une pomme volée à quelque étalage ; bazar des drapiers, à l’intérieur d’une échoppe surélevée, une partie de nard se dispute encore à la lumière d’une lampe à huile, deux dés jetés, un juron, un rire étouffé ; arcade des cordiers, un muletier s’arrête près d’une fontaine, laisse couler l’eau fraîche dans le creux de ses paumes jointes, puis se penche, lèvres tendues, comme pour baiser le front d’un enfant endormi ; désaltéré, il passe ses paumes mouillées sur son visage, marmonne un remerciement, ramasse une pastèque évidée, la remplit d’eau, la porte à sa bête afin qu’elle puisse boire à son tour. » (Amin Maalouf, « Samarcande »)

Ce matin de mercredi, nous retournons au Registan, juste pour le traverser. Nous faisons une halte dans un kiosque. Les gens semblent en vacances, comme nous le sommes. Les enfants jouent avec leurs vélos, les plus jeunes dans leurs voitures téléguidées tournent le volant à l’épuiser. À côté d’eux un adolescent fait avancer l’engin, les doigts sur la manette. De jeunes mariés s’offrent au photographe. Des étudiants festoient leur fin d’année, un couvre-chef carré noir sur la tête, si particulier. Un chapeau anglo-saxon, le Mortarboard. Un peu plus loin une imposante statue de Islom Karimov autour duquel un homme prend son épouse et leur bébé en photo, « pousse-toi par là » elle se pousse, « avance par-là » elle avance. Je comprends quelques bribes des échanges. On parle souvent le russe ici. Il appuie. Nous passons devant le Rudakiy Maydoni, traversons les jardins pour prendre l’avenue Islam Karimov (celui-là même de la statue et défun président autocrate du pays, né et enterré ici à Samarcande) en direction de la mosquée Bibi Khanoun (une des femmes de Tamerlan) une mosquée du 14° siècle dont la construction a été décidée par cette femme Bibi Khanoun. Au centre de la cour intérieur il y a un énorme lutrin dans lequel un grand livre est protégé par un énorme vitrage. Ce lutrin était initialement destiné à protéger l’immense Coran de Osman, mais celui-ci est aujourd’hui à Tachkent (j’en ai parlé lundi). En face de la mosquée nous entrons dans le mausolée de Bibi Khanoun. Il y a plusieurs cercueils recouverts de tentures colorées, orange et or pour l’essentiel, parsemés de cercles rouges et noirs. Il y a trois dames qui filtrent les entrées (25000 UZS) et une autre qui vend des châles et des blouses pour les femmes, car on ne descend pas dans le caveau tête nue. Des femmes, après leurs prières nous ont pris en photos.

_________________________________________

°

°

CLIQUER ICI POUR VOIR VIDÉO BIBI KHANUN

°

°

_________________________________________


Nous traversons la vieille ville, autrefois habitée par la communauté juive. Il en resterait 250 environ. Nous passons devant la synagogue, aujourd’hui fermée, elle se nomme Goumbaz et date du 19°. Elle se trouve juste devant le Hamam « Hammomi Davudi » non loin de la rue Abu Laiz Samarkandi, tout comme la mosquée Moubarak. Face à cette mosquée, un vieux russe tient une brocante « Art Chop ». Un sacré vendeur. Plus haut en revenant vers le Registan la mosquée Koraboï Oksokol. À la suite de ce quartier nous prenons un taxi (15.000X2) jusqu’au Mausolée Amir Tamur. Un groupe d’étudiantes et leur enseignant nous abordent ; Discussions autour de la langue française avec questions et réponses. « D’où vous êtes », « comment vous vous appelez » « avez-vous des enfants »… bien sympathiques questions. Ils sont en 2° année de français à l’Institut national des langues étrangères de Samarcande, à trois cents mètres d’ici. Nous sommes épuisés de tant de marche. Nous partons à la recherche d’un lieu fort apprécié par les guides touristiques, le « Blues café » sur l’avenue Amir Timour (il est partout, l’Amir)

___________

J’ai appris récemment la disparition à Paris des suites d’un cancer de Amina Mekahli, une jeune poétesse que j’ai entendue et dont j’ai apprécié les vers (et commentaires) à la télévision et radio algériennes. Je n’en dirai pas plus. Je vous propose un de ses poèmes, « Je suis de vous » lauréat en 2017 du Prix international de Poésie Léopold Sédar Senghor :

« Ne me regardez pas comme la grêle après la neige

Je suis de vous

Une infime vous

Et nulle part où aller sans vous emporter

En moi autour de mes peurs

Par-delà mes souvenirs broyés entre vos dents

Ne me regardez pas comme la pluie sur le désert

Larme du ciel supplié

Ma chair a le goût de vos lois

Mes yeux ressemblent à votre horizon

Et je suis de vous pareille

En mille morceaux comme vous

Éparpillée sur la route du talion

Regardez-moi cueillir les épines de l’amer

De mes mains nouées aux vôtres

Par le sceau des secrets

Mon dos sous vos jougs lacéré

Se lapide lui-même du péché

Et nulle part où aller sans vous emporter

En moi autour de mon cœur

Par-delà mes espoirs

De balbutiements en finitude

Je suis de vous

Rien que de vous

Aimez ce qui est vous

Étrange et étranger

Qui sent l’odeur des vents millénaires et d’autrui

Emportez moi chez vous

Ce sera toujours chez moi

Ouvrez moi

Ouvrez vos yeux à ma nuit fatiguée

A mes jours sans raison

A mes heures sacrifiées

Égrenez les prénoms

Vous reconnaîtrez le mien

Parmi les livres empilés

Le livre de l’arbre vous le dira

Je suis de vous

Une infime vous

Et nulle part où aller sans vous pleurer

De toute mon absence

Mon bâton et ma boussole

Pleureront sur vos tombes

Quand ils trouveront mon nom

Sous les vôtres

Ouvrez moi

Ouvrez vos mains au retour des vagues

Qui vous confieront tous les exils

De vous

Ouvrez le vent et les nuages

Aux étoiles brisées

Contre vos remparts obscurs

Laissez passer la brume de l’instant

Laisser passer la rosée de demain

Ouvrez moi. »

______________________

Pardons pour l’écriture, sachez que je n’ai pas le temps de relire, tant le temps nous presse.

Je voudrais en profiter pour remercier tous ceux qui me lisent, qu’ils laissent ou non des commentaires, qu’ils likent ou non.


_____________________________________

PAGE 9

Jeudi 12 mai 2022

Aujourd’hui nous sortons de Samarcande. Un taxi nous emmène au mausolée de l’Imam El-Bokhari (300.000 UZS) à 30 km au nord. Les routes sont en certains endroits, notamment dans les villages, en mauvais état, en d’autres, dès la sortie des villages les routes n’ont rien à envier aux françaises, avec jusqu’à trois voies pour chaque sens. De part et d’autre de la route de grands champs d’agrumes notamment. Peut-être des oranges. Le chauffeur s’est efforcé de nous expliquer, en vain. Il ne parle que l’ouzbek ou le russe. Village de Dahbed. On bifurque au lieu-dit Lazzat Oshkhona. La route se rétrécit. Nous arrivons, une petite heure après notre sortie de Samarcande au village Xo’Ja Ismoil où se trouvait le mausolée, aujourd’hui et depuis des mois, fermé, hélas. Tout le site est désormais en chantier. La réouverture aux touristes est prévue pour 2023. Par contre, en face des immenses constructions du futur Mausolée il y a un marché aux touristes. On y vend des objets attrape-touristes. Deux vendeuses en robes traditionnelles se jettent sur nous. On fait un tour, prend des photos. Le taxi, est dépité, nous propose d’aller sur un autre site, Ourgouth « très joli » nous dit-il, seulement il se trouve à l’opposé, à une cinquantaine de kms au sud-ouest de Samarcande. Nous déclinons. Informations prises, il s’agit là d’un immense bazar pour touristes.

Retour sur Samarcande. Nous visitons le mausolée de Amir Timur ou Tamerlan avec ses tours, ses portails, ses cours, ses dômes. Des traducteurs expliquent en anglais, en français les batailles de Tamerlan. Il y a des galeries marchandes. À l’une d’elles un jeune nous propose de visiter le souterrain où était enterré Tamerlan (avant d’être transféré dans la grande salle avec d’autres souverains) et dans laquelle, surtout, lui, vend toutes sortes de drapeaux, de souvenirs, une sorte de caverne d’Ali Baba, mais le jeune ne s’appelle pas Ali, mais Akbar Jon. « Mon père est Ouzbek et ma mère de l’Arabie saoudite, et vous ? » Je lui explique. On a essayé de se connecter sur le Wifi (Wireless Fidelity – fidélité sans fil – le saviez-vous ?). 

On visite cette partie de la ville de la place Amir Timur jusqu’à la fin de l’avenue du même Amir Timur en passant par les jardins de Alisher Navoï. Il y a eu des orages et de la pluie pendant et après la visite. Le pot s’imposait de lui-même. Ce sera au « Blues Café » and lounge, comme hier. Superbe ambiance Rock, Jazz, blues. À la faculté de médecine, en guise de fin d’année universitaire, les étudiants et l’institution organise un grand concours de questions réponses en public entre deux services médicaux les pédiatres contre les stomatologues. Les pédiatres mènent par trois à un, mais nous n’attendons pas la fin du jeu.


_____________________________________

PAGE 10

Vendredi 13 mai 2022

Le ciel est couvert, il fait frais. C’est un jour ordinaire. Nous revisitons le Registan où la foule se presse quelle que soit l’heure. Une petite vidéo plus ou moins silencieuse. On remonte l’avenue Islom Karimov jusqu’à « La mosquée du voyageur » Hazret Khizr en passant de nouveau devant les mosquée Bibi Khanoun et son mausolée. Ils se font face. Cette mosquée abrite le mausolée de leur ancien président. Il y a beaucoup de gens, hommes et femmes qui prient sur la tombe. Des gens, par dizaines, beaucoup de femmes tenant dans les mains des sacs de nourriture montent par groupe en direction de la mosquée. Viennent-ils, elles du marché ou les destinent-ils, elles à une sadaqa, une offrande en l’honneur de Karimov ? D’autres personnes prient un peu partout, assis sur des bancs, les mains en avant, récitant des sourates du Coran.

Nous continuons sur le grand boulevard Shohi Zinda Ko’chasi, on longe le cimetière et le vieux hamam. Voilà la nécropole Shah-e- Zinda (le roi est vivant) et l’ensemble des mausolées (dont certains datent du XI° s) dédiés à d’anciens puissants dont la sœur et le fils de Timur Amir ainsi que ses épouses Touman et Koutloug Aka, posés sur la colline Afrasiah. On peut déposer sur les caveaux des billets de banque. La route de la soie est ressuscitée devant nous. Prodigieux. Les scolaires sont de toutes les sorties culturelles et historiques. Magnifiques monuments, couleurs à dominantes turquoise, architectures. Noter qu’ici-même il y avait le tombeau (aujourd’hui disparu) du Saint Koussam Ibn Abbas, cousin du prophète Mohammed (S). Au terme de Shah-e- Zinda, nous traversons le grand boulevard et pénétrons la vieille ville avec ses ruelles étroites et serpentant, ses constructions sans aucune cohérence, ses petites échoppes, ses enfants taquins mais relativement peu bruyants. Nous traversons le Registan, longeons le grand boulevard Registan qui passe devant le monument du même nom. Nous terminons la soirée, de l’autre côté de la ville, dans le quartier russe entre Panjob et Sug’Diyona, dans le Blues Café.

Ici nous avons les radios et télévisions du monde, pas de chaine française. Mais nous captons la radio, via Internet. Sur Facebook l’assassinat de la palestinienne Shireen Abu Akleh 51 ans, journaliste à Al-Jazeerah, occupe une place conséquente et émeut de nombreuses gens, beaucoup moins les journalistes français, « D’où viennent les tirs, un mystère » s’interroge LCI, « on ne sait pas si le tir est palestinien ou israélien » répète Brunot Donnet sur Europe 1, et d’autres alors qu’Euronews est clair : « La journaliste Shireen Abu Akleh a été tuée mercredi matin par un tir de l’armée israélienne alors qu’elle couvrait des affrontements dans le secteur de Jennine en Cisjordanie occupée ». Je ne suis personnellement pas étonné. Israël et ses soutiens occidentaux vont tout faire pour semer le doute comme à leur habitude (Le petit Mohamed al Durah…) et ressortir leurs lourds reportages sur les Juifs victimes d’un monde qui leur est opposé, en noyant le poisson, nous en avons l’habitude… Les massacres des Palestiniens depuis la grande Naqba passera sous le boisseau, nous en avons l’habitude. Mais que faire ?


_____________________________________

PAGE 11

Samedi 14 mai 2022

Pas beau le temps. En fin de matinée alors nous nous prenons congé de Camille notre hôte, arrive une Normande. Discussion. Elle et son mari ont fait la vallée de Fergana « le grenier de l’Ouzbekistan ». Comme nous ils continuerons sur Tachkent. Nous nous disons « à bientôt peut-être » pour ne pas dire N’challah. Taxi pour la gare dans une vieille Chevrolet blanche (elles sont presque toutes blanches ici, les Chevrolet et les autres marques). Le conducteur souffre. Il n’arrête pas de s’éponger la tête, la nuque. Il est très corpulent et sue. Je ne trouve pas qu’il fait si chaud à ce point. Nous attendons l’arrivée du train de Tachkent, un americano en main (même prix qu’un taxi l’américano : 15.000X2). Un jeune nous accoste « vous êtes français ? ». C’est un Dunkerquois. Il va lui aussi à Boukhara. Il continuera vers le Kirghistan en train jusqu’à Andijon et de là il prendra un taxi collectif. Notre discussion s’interrompt avec l’arrivée du train. Nous sommes dans la même voiture mais nos sièges sont éloignés (les nôtres portent les numéros 31, 32). Le train part à l’heure programmée. On traverse de grands champs verdoyants à perte de vue. Les pylônes électriques dansent, les hameaux fuient dans le sens opposé au nôtre. Des ânes, des chevaux, des vaches qui ne nous regardent même pas passer. Plus tard, des montagnes peu hautes (1200 m) et la steppe de Qarnobcho’l. À Navoï l’arrêt ne s’attarde pas. Cinq minutes au plus. À Boukhara (Buxoro) , le soleil cogne dur, 34 ° sous un ciel clair. La gare est excentrée, à 9 km du cœur de la ville. Elle en est plus éloignée que l’aéroport. Boukhara est l’ancienne capitale et cœur culturel samanide (9° s). Nous nous installons (merci à la Tourist Police qui nous a aidés à trouver l’adresse de la Guest House. Les habitants ne connaissent pas la Rudakiy) et aussitôt partons à la découverte des vieux édifices de la ville « la plus sainte de l’Asie centrale ». Les madrassa succèdent aux minarets et ceux-ci à celles-là. On compte près de 150 monuments classés. On finit la soirée dans un beau « Coffee Shop » moderne, musique italienne (peut-être voulait-on nous faire plaisir).      

     

 


_____________________________________

PAGE 12

Dimanche 15 mai 2022

Nous ne sommes pas habitués aux petits-déjeuners de type anglais ou scandinaves je veux dire très fournis et consistants avec œufs sur le plat, pankake, pouridge, fromage, yaourts, saucisses (hot-dog ?), salade de tomates et concombres, et bien sûr confiture, pain, beurre, café américano (et Nescafé), thé (petits sachets). Prendre son café alors qu’à côté vous entendez le crépitement et sentez la spécifique odeur des œufs sur la poêle, n’est pas évident. Mais comment dire à nos hôtes sans les froisser que c’est trop pour nous ?

Comme nous partons bientôt, notre première action de ce jour est d’acheter un billet de train pour la suite de notre périple. Nous arrêtons un taxi, à hauteur de l’Ark Registan (citadelle dans la vieille ville) dans lequel il y avait deux jeunes clientes. Le chauffeur ne comprenant pas, ce sont elles qui traduisent. Nous montons et constatons qu’il y a d’emblée un malentendu sur le prix de la course. La discussion s’est déplacée entre le chauffeur et les clientes, qui semblaient défendre un prix raisonnable. Notre destination (comptoir d’achat de billets situé du côté de Ulitsa Mustakili, à environ quatre kms de la vieille ville)  est atteinte et nous ajoutons un billet au taxi qui, respire de nouveau et sourit « Da, da » fait-il. Nous n’oublions pas de remercier chaleureusement les deux jeunes filles. Nous achetons les billets de train et prenons un taxi pour le retour à la vieille ville. La ville est relativement grande (300.000 habitants et une superficie de 143 km2), mais les principales activités touristiques se situent dans la vieille ville. Le taxi nous conduits, nous lui avons juste dit « Ark ». Il a hoché la tête et le silence s’est imposé. Son autoradio émet de la musique locale. Je lève le pouce et dis « good ». Il hoche la tête et répète « good ». Ce sont les seuls mots prononcés durant tout le trajet. Lorsqu’il atteint l’objectif, c’est-à-dire stationner devant la grande citadelle (le plus ancien monument de la ville) il me montre une tablette sur laquelle sont portés différents temps de trajet et les tarifs correspondant. Il me montre la ligne « 50.000 » (soit 5 €), plus du double de ce que nous avons payé à l’aller. On paye.

On se prend un moment pour reprendre nos esprits autour d’un café « americano » avant de visiter l’ensemble appelé Kalon et constitué d’un minaret (47 mètres, le plus haut d’Asie centrale), d’une mosquée avec un gigantesque murier au centre et d’une madrassa qui, jusqu’à aujourd’hui abrite des citadins. Autour de Liab-i-Hauz « une place ombragée de muriers centenaires, construite autour d’un bassin en 1620 qui signifie en tadjik ‘autour du bassin’ » nous explique le guide Lonely Planet, il y a de nombreux commerces artisanaux, des restaurants, cafés… Non loin, une madrassa au nom de Nadir Devanbegi, qui était un ancien caravansérail. De l’autre côté de la place, nous visitons le quartier juif et l’une de ses deux synagogues (il y en avait au moins sept au 19°). Au bout de la rue, un hôtel porte mon nom… qui est plutôt répandu en Asie musulmane (avec des variantes Hanif, Hanifa, Abu Hanifa, Hanafiya…) Toute la journée il a fait très chaud et jusqu’au merveilleux couché du soleil qui se reflète sur les murs de la Madrassa Mir-i-Arab et du Minaret Kalon, près desquels nous nous rafraîchissons ( Coffee Shop). Dans la rue, des musiciens agrémentent la soirée de mélodies connues. On s’arrête, on apprécie ou on passe son chemin… On entend au loin la mélodieuse voix du adhan, contrairement à Samarcande ou à Tachkent où les muezzin sont très discrets. 


_____________________________________

PAGE 13

Lundi 16 mai 2022

Dernier jour à Boukhara. Soleil torride. Peut-être 33°. Nous passons beaucoup de temps dans l’Ark, une citadelle qui est le plus ancien édifice de la ville. On y a habité jusque dans les années 1920 lors des bombardements russes. Aujourd’hui dans certains de ses salles, figurent des musées dont celui que nous visitons, une salle sur l’« Histoire ancienne et médiévale de l’oasis de Boukhara » avec des écrits tel le « Sahih de Boukhari », une autre sur l’histoire de la ville « de la dynastie Chabaïnide aux tsars ». On a vu un énorme fouet du héros Rustam, le cadenas qui verrouillait la porte d’entrée de l’Ark, le trône de l’Émir Saïd Mir-Alim Khan ainsi que ses somptueux costumes… Et une grande photo du Mausolée d’El Boukhari (Mausolée aujourd’hui fermé pour cause de rénovation, nous l’avons constaté il y a quelques jours). Nous nous sommes ensuite rendus à la mosquée du Vendredi « Jome Masjid » en grande partie faite de bois, construite au 17° siècle durant le règne de Suhan Kulikhan On y admire le manuscrit des Mille et une nuits (lithographie de la fin du 19° s), un autre de Alisher Navoiy « Mahbub el kulub ». Dans le café aux rondins en face de l’Ark nous prenons un café américano (très légers les américanos). Le patron nous fait écouter « parmi les plus belles voix d’Ouzbekistan : Yulduz Usnomova dans une chanson de cette année « Xasta bo’lma » – ne sois pas malade –   (regardez la vidéo jointe sur mon site internet). Il fait si chaud que nous avons interrompu la visite pour aller respirer sous la clim de l’hôtel plus de deux heures. Le dernier tour nous l’avons passé autour de la fraiche (19-20h) « Liab-i-Hauz » et ses restaurants, cafés, marchands du bazar… 


_______________________

°

°

CLIQUER ICI POUR ECOUTER LA VIDEO MUSICALE

°

°

______________________


_____________________________________

PAGE 14

Mardi 17 mai 2022

Nous sommes loin du Festival de Cannes et de Charlie Chaplin, l’ancien et le nouveau. Pourtant la Terre n’est qu’un village et l’Internet nous rapproche non comme un village mais comme un bourg, un hameau. Reste la barrière de la langue qui, si nous ne la maîtrisons pas nous réduits au minimum. Nos échanges avec la plupart des Ouzbeks se réduisent à des demandes, questions,  concrètes minimalistes « where is… », « How much is », « rahmat », « bu yaxshi » et à des gestuelles mimiques sympathiques.

Nous nous réveillons à l’aube pour prendre le train. Le taxi devait venir nous prendre à 4h30 et il se pointe à 4h30. La route menant à la gare, « Vakzal » me paraît à ce point interminale que je suis persuadé que le chauffeur ne m’a pas compris. Je lui répète « railway-station… no aéroport ! » « yes, yes…tchutchtchutchu » « Ok ! » Il y a du monde à la gare, une centaine de voyageurs. C’est un train avec couchettes. Il vient de Tachkent. Le voyage dure sept heures avec deux courts arrêts à Hazoras et à Ourguench avant d’atteindre Khiva à midi.  Nous sommes ici à vingt km du Turkménistan. 

Longue sieste car ici comme à Boukhara, le soleil frappe fort dans l’après-midi. Imaginez 35° à Tim-yaouine, tous les jours.

Khiva tiendrait son nom de Kheivak qui signifiait « puits »… « Un puits autour duquel se retrouvaient les caravanes de chameau » Elle a eu pour nom jadis de Khawarezm. Elle date du 5° siècle avant notre ère. La ville a été détruite par Gengis Khan (1220) et asservie par Tamerlan (1370)

Des remparts encerclent entièrement l’ancienne cité (Itchan-Qala). Il y a quatre portes, comme les quatre points cardinaux par lesquelles on pénètre : Bogcha-darvoza (nord)= porte du jardin, Polvon-darvoza (est) = porte de l’Homme fort, Tosh-darvoza (sud)= porte de la pierre, Ota-darvoza (ouest)= porte du père.

La cité est truffée de boutiques appartenant au grand bazar, de madrassa, mosquées… dont je reparlerai demain. Ainsi que du savant Abu Djaâfar Mohammed Ben Moussa né ici en 783. J’avoue ressentir un grand privilège que d’être dans ces contrées.

_________________

°

°

CLIQUER ICI POUR VOIR UNE VIDEO DE DANSE IMPROVISÉE

°

°

________________

_____________________________________

PAGE 15

Mercredi 18 mai 2022

Dans mon récit d’hier j’ai omis de vous parler de la traversée entre Boukhara et Khiva qui a duré 7 heures pour un peu plus de 400 km. Nous avons quitté une ville à son aube, puis au fur et à mesure de l’avancement nous pénétrions dans le désert du Qimirekqum et de la steppe sous un ciel souvent moutonné, parfois très clair et parfois assez chargé de nuages. On a longé puis traversé le fleuve Amou Daria qui se jetait il y a quelques décennies dans la mer d’Aral, mais qui aujourd’hui se disperse dans les sables du nord de Noukous. C’est tout le gâchis du système centralisé soviétique encore visible de nos jours. On a détourné un fleuve pour irriguer les cultures du coton (imposé à l’Ouzbékistan par l’URSS). Et de fait on a créé un désastre environnemental et fait disparaître – quasiment – la mer d’Aral. On peut lire dans le monde du 20.08.1995 que les responsables de cette catastrophe : «  ce sont les travaux d’irrigation des ingénieurs soviétiques qui, dans les années 1950 et 1960, ont décidé de transformer l’Ouzbékistan en grenier à coton. » Plus on se rapprochait de la région de Khawarezm, plus la verdure s’étoffait. Le pâturage plus important avec les animaux tels que les vaches, les chevaux sauvages… depuis Hazorasp.

Nous avons réservé une partie importante de notre journée à la visite de la citadelle juste après le petit déjeuner, toujours copieux et avec toujours des pancakes et surtout cette salade délicieuse faite d’excellente tomate et concombre et des fruits tels que les cerises. Sur les marchés (à Tachkent et ailleurs) elles avoisinent les fraises, grosses comme des balles de ping-pong et des bananes aussi. 

Il me faut préciser ici, que pour les touristes, l’essentiel se trouve à l’intérieur de la cité Itchn-Qala, où de temps à autre vous tombez sur un four ancien fait de terre et pisé ou sur une retenue d’eau à même le trottoir devant une maison (« citerne » à demi enfouie), ou sur un couple de jeunes en tenue de mariés. Il faut savoir que l’on peut y accéder par l’une ou l’autre des quatre portes de la cité, mais seule la porte ouest Ota-darvoza, donne accès sous réserve de disposer d’un pass payant qui autorise la visite de quasiment tous les musées, musée de la calligraphie, autres musées et madrassa, mosquées… Ainsi nous avons visité la madrassa et minaret Islam Khodja, la madrassa Chirgazi Khan, le musée de la calligraphie, la grande mosquée du vendredi « Juma » (voir photos). Cette dernière s’inspire des anciennes mosquées arabe, elle est supportée par 218 colonnes en bois. Le minaret Islam Khodja ressemble à un phare, « haut de 57 mètres », le plus haut du pays nous explique le guide. Au sein de la madrassa il y a un musée d’arts décoratifs de la région du Kharezm. Des portraits de El Khawarizmi et Ibn Sina (Averroes) en bois scupltés sont exposés.

Les rues dans la cité sont très animées. Sur le seuil de la mosquée Juma, deux personnes jouent au jeu de backgammon, plus loin au jeu géant d’échecs. D’autres occupent un espace de place, à l’ombre d’un grand arbre. Les enfants nous saluent à chaque coin de rues, « hello » par-ci, « hello » par-là, et nous leur répondant évidemment. Nous avons remarqué qu’il y a moins de Russes ici que dans Samarcande et surtout Tachkent. Le coucher de soleil, vue à travers les meurtrières est magnifique embrasant le ciel d’un nuancé de roses.

Dans son « Khiva », Frederick Burnaby le colonel-écrivain britannique espion écrit « Pour gagner Khiva, je m’exposais à franchir d’immenses plaines couvertes de neige, auxquelles des plages de sel et quelques bouleaux malingres et rachitiques impriment le caractère d’une affreuse stérilité. On n’a aucune idée en Europe de la vigueur prodigieuse avec laquelle le vent se déchaîne sur ces steppes inexplorées. »…

Nous n’avons eu ni vent ni neige et les habitants sont plus accueillants que tout. 

Après les belles danses devant le restaurant bar de l’allée centrale de la Citadelle, nous finissons la journée en dehors de la Citadelle, dans la ville nouvelle et sa forte circulation automobile et ses monuments et jardins.

_____________________________

°

°

CLIQUER ICI POUR VOIR VIDEO LA CITADELLE et DANSE

°

°

____________________________


_____________________________________

PAGE 16

Vendredi 20 (et Jeudi 19) mai 2022

Si hier jeudi nous avons encore traîné dans les derniers musées et mosquées (photos), avec une nouvelle escapade au-delà de la Citadelle de Khiva (vers la gare), aujourd’hui c’est une journée « sans », à écouter de la musique et lire quelques articles par-ci, par-là. À propos d’articles, je pense aux médias. À part les chaines de télévisions (six), les radios et la presse écrite sont rares et ne sont pas libres en Ouzbékistan, comme les libertés en général sont contrôlées. « Qu’il s’agisse de presse écrite, de radio, de télévision ou d’internet, les médias subissent un contrôle très strict venant du gouvernement. Même les médias qui ont réussi à s’y implanter subissent une forte pression. Les informations sont rigoureusement vérifiées avant d’être diffusées » écrit marcovasco.fr/guide, et cela correspond assez à ce que je pense d’un autre pays au cœur du Maghreb. Cela me donne à penser aux écrivains Ouzbek et notamment à Bakh Akhmedov dont certains poèmes ont été traduits en français, ainsi СТРАННОЕ РАЗДЕЛЕНИЕ…,  « Une étrange fracture » :

Ou plutôt, un broyage.
Peut-être fera-t-on de nous une nouvelle farine
pour un nouveau pain ?
Nous sommes fissurés depuis longtemps,
Et nous échouons, une fois de plus…
Par une ligne inachevée, le monde
nous prive à nouveau de peau.
Peut-être que le monde n’existe plus ?
Il reste juste une faible lumière
Vers laquelle nous volons à nouveau
Souffrant de ne pas comprendre
Un regard long et étrange…
Et tout maintenant est un peu “suspendu”
Et tout maintenant ressemble un peu à la fumée
Des flammes mourantes du savoir.

СТРАННОЕ РАЗДЕЛЕНИЕ…

Точнее, шлифовка.

Может быть, мы будем превращены в новую муку 

на новый хлеб?

Нас давно взломали,

И снова терпит неудачу…

Неоконченной строкой мир

снова лишает нас кожи.

Может, мира больше нет?

Там просто тусклый свет

К которому мы снова летим

Страдает от непонимания 

Долгий и странный взгляд…

И все сейчас немного «подвешено»

И все теперь немного похоже на дым

Угасающее пламя знания.

Quant à l’actualité, Le Quotidien d’Oran de ce jeudi rapporte les propos du grand chef militaire. Je crois rêver, me frotte les yeux. Suis-je en URSS ? Une sorte de Back in the USSR inouï ! (Man, I had a dreadful flight I’m back in the U.S.S.R.) Appréciez : « Le Chef d’Etat-Major de l’Armée nationale populaire (ANP) a affirmé́, mercredi à Constantine, que ‘‘le peuple algérien uni’’ est ‘‘assez lucide’’ pour comprendre ‘‘les conspirations qui se trament contre lui’’, saluant sa ‘‘clairvoyance’’ qui lui ont permis de déjouer ‘‘toutes les manœuvres qui visaient à plonger le pays dans le chaos’’ et à ‘‘mettre en péril son unité territoriale et populaire’’ ». À l’époque de la dictature de Boumediène on avait un peu plus de respect pour le peuple en lui indiquant clairement qui étaient les manœuvriers, les conspirateurs, ces foutus « colonialisme et l’impérialisme » de l’extérieur et de l’intérieur. On avait le gros lot. Aujourd’hui il faut inventer, imaginer par soi-même. Je suis moi-même (en écrivant ce que vous lisez, ces pôvres lignes ridicules) peut-être un résidu de ces fauteurs de troubles et empêcheurs de tourner en rond ou un de leurs agents. (El Kadi Ihsane tu as toutes mon amitié et plus encore.) 

Revenons à Khiva libérée de l’URSS. La fameuse statue de El Khawarizmi qui veillait sur les tours de Khiva, a été déplacée il y a deux ans dans une ville qui se trouve à une trentaine de kilomètres au nord-ouest de Ourguench, 50 de Khiva, à Shovot, au sein même d’une école qui porte son nom. Nous prenons un verre au cœur de la principale rue de la Citadelle. Un grand restaurant-bar familial. Peu avant, j’ai été abordé par un agent de la police touristique (auquel nous avions eu affaire ces derniers jours à propos de renseignements pratiques divers) qui me demande de signer le livre d’honneur de la Cité. Ce que j’ai fait avec empressement « nous sommes très touchés par l’accueil que nous réserve la population de Khiva… » 

Lui aussi demande d’où nous sommes ? et de lancer après avoir entendu « Marsselle » : « ah Taxi Marsselle ? »… Oui, vous savez, le sympathique navet de Luc Besson  et  l’histoire de ce gars joué par Samy Nacéri, livreur de pizza qui devient chauffeur de taxi.  Une histoire qui se poursuit depuis 1998. Il a eu manifestement un gros succès ici, vu le nombre de fois où dès qu’on entend « Marseille » on nous dit « Taxi ? »

Dans le bar-restaurant, on travaille donc en famille, les tout petits dorment dans des sortes de hamacs les adultes avec joie et les femmes (patronne plus que les serveuses) vous sourient bouches béantes afin que vous admiriez leur formidable denture dorée (tout en or ?). 

Personne n’est perturbé par l’appel à la prière et il n’y a pas d’agitation abrutie et hypocrite en direction des mosquées « je te vois, tu me vois », avec tout mon respect pour la minorité qui est, elle, sincère. Chacun vaque à ses obligations dans le respect de l’autre et dans la discrétion. À ce propos nous avons été informés que depuis l’insurrection à Andijan (région de Ferghana) de mai 2005 et les attentats islamistes wahabites de février 99 à Tachkent qui déstabilisèrent le pays, les haut-parleurs sont interdits d’utilisation dans de nombreusesvilles. Pas ici.

C

_________________________

°

°

VIDEO DANSE POUR LA MARIÉE

°

°

__________________________



_

_____________

jeudi:

______________________________________

°

°

KHIVA, VIDEO, 19 MAI 2022

°

°

________________________________________

_____________________________________

PAGE 17


Samedi 21 mai 2022

Nous nous rendons à Shavot, sous à la fois, le vent, la pluie et le froid, tous inattendus, conduits par Habibollah (qui gère un autre hôtel que le nôtre), mais qui a bien voulu nous y emmener. La ville se situe à une cinquantaine de km à l’ouest à la fois de Khiva et de Ourguench que nous évitons. Il est important de dire que la conduite automobile est ici (en Ouzbékistan) vive, le code de la route assez respecté, mais les routes ne sont pas au top. Entre Khiva et Shavot ce sont crevasses contre nids de poules et inversement. Les piétons qui traversent pourtant au clignotement du petit bonhomme vert (dans Khiva ou Shovot), sont acculés à presser le pas par les automobilistes derrière eux qui Klaxonnent frénétiquement. On devine néanmoins les automobilistes craintifs. La police veille aux carrefours.

Mais pourquoi cette ville ? Initialement nous devions nous rendre derrière les remparts de Khiva pour voir l’imposante statue de Al Khawarizmi telle que renseignent les guides LonelyPlanet etc., qui manifestement ne sont pas à jour, car nous apprenons que ladite statue a été transférée depuis deux ans à Shavot. Il est vrai que nos guides ne sont pas tout jeunes. Je rappelle que Abu Djaâfar Mohammed Ben Moussa ou Abu Abd Allah Mohammed ben Moussa al-Khawarizmi, est né ici, à Khiva en 783. Il est l’auteur notamment de Al-jibr wel-muqabalah. Il était mathématicien, géographe, astronome, astrologue…   Tous ses travaux ont été repris par les Occidentaux, depuis surtout la renaissance. Nous nous rendons donc à Shavot, tout en nous demandant si en Algérie il y a des centres de recherches concernant ce penseur ou ses semblables qui ont révolutionné la science ? Probablement non, mais comme il faut un commencement à tout, on attribue son nom ou celui d’Ibn Rochd…  à des cités universitaires ou à des centres de formation professionnelle ou à des écoles élémentaires. Le reste (des centres de recherches universitaires spécialisés qui recherchent réellement) viendra In challah un jour qu’il fera jour ou lorsque les poules auront des dents. Ici, ce centre existe bel et bien et nous sommes-là dans cette ville pour le visiter. Un internat international (nommé : Al-xorazmiy Nomidagi Xalqaro Fizika Va Matematika Maktab-Internati)  dont les études spécialisées durent cinq années. Nous discutons avec des enseignants et des responsables dont certains parlent le français (qu’ils ont enseigné plusieurs dizaines d’années). Ils nous disent tout le bien qu’ils en pensent et nous proposent de prendre une photo ensemble. Magnifique accueil notamment de monsieur Nurmetov Maqsudjon (à gauche sur la photo de groupe) qui fut un des professeurs-dirigeant de l’établissement durant quatre années.

Nous revenons à la Citadelle pour nous reposer un peu. Vers 18 heures nous nous rendons dans un restaurant hors des circuits touristiques, en pleine brousse si j’ose dire… « Le Dilnura Kafe » qui fait aussi bar restaurant avec de superbes « Uyg’urcha lag’mon » (soupe avec pates, piments, viande, pommes de terre, aneth, coriandre…), « Shashlik » (brochettes frites), et d’autres plats écrits en russe uniquement et que je ne peux reprendre ici because pas d’alphabet cyrillique sur mon clavier. Un dernier tour dans la vieille Khiva avec ses chanteurs-danseurs improvisés et ses grands chapeaux en fourrure russes d’hiver, les outchanka.

_____________________________________

°

°

VIDEO YOUTUBE SUR CETTE ECOLE

°

°

___________________________________

_____________________________________

PAGE 18

Dimanche 22 et lundi 23 mai 2022

Hier dimanche nous nous sommes rendus au grand bazar réputé de Khiva accompagnés de Hikmat le chef. C’est un immense fourre-tout. On y trouve du saucisson, des œufs, de la coriandre, des serruriers, des cordonniers, des vêtements, des poussins, des gâteaux, épices, herbes, grillades, des portes, des fleurs, des épiciers et des épices de tout le pays et d’ailleurs… tout, beignant dans des nuages de poussières. Une partie fermée, une autre nom. Et des mini taxis (des voitures coréennes Daewoo et autres) comme celui que nous avons pris (400 UZS/ 0,40 cts d’€). Dans Khiva, au pied d’un mausolée, j’ai ramassé une pierre typique que j’ajouterai à mes dizaines d’autres pierres que j’ai récoltées d’un peu partout dans des régions, des pays que j’ai visités dont le Mont Tahat (Tamanrasset), les Niagara Faulls, New-York, le Cap Nord … bien mises en valeur dans notre salon.

Ce matin nous faisons un grand tour dans le Chorasm et nous avons même été dans les territoires autonomes de Karakalpakstan où se trouvent plus d’une vingtaine de forteresses. Personne ne sait combien il y en a encore à découvrir. On a visité les plus impressionnantes : Ayaz- Qala et Toprak-Qala. Elles datent des 3° et 4° siècles. Ayaz-Qala se trouve à 23 km de Bo’ston.  C’est un ensemble de trois forts dont il ne reste que de longs murs en pisé, où nichent d’innombrables oiseaux aussi bruyant que ceux de Hitchcock, et de l’autre côté un petit village de Yourtes non habitées, réservées manifestement aux touristes. Il faisait bon, mais le vent desséchait les visages. On a fait une pause au lac Aqch’Kol avec des Yourtes fermées, là aussi. Les ruines de Toprak-Qala sont payantes (équivalent de 1 €). Il faut une liasse pour faire 10 €. L’équivalent de 20, fait déborder votre poche. Je rappelle que 1€ égale environ 12.000 Sum.   

On a également visité Elliq-Qala, plus ancienne encore (elle daterait du 4° s avant JC). Elle aurait servi de temple et d’observatoire. Aujourd’hui, heureusement qu’elles sont plus ou moins gardées, car l’aspect extérieur pour un non connaisseur, n’est que ruines ordinaires.

Entre les régions du Chorsam et Karakalpakstan il y a une frontière plus symbolique que réelle. On n’y demande ni passeport, ni rien sinon de ralentir. Cela nous rappelle la traversées des républiques que nous avions traversées en Russie, il y a trois ans (Tchétchénie, Dagestan…). Nous passons à travers le delta mourant de l’Amou-Daria qui se jetait il y a quelques années dans la Mer d’Aral, et qui aujourd’hui agonise dans les sables au nord de Moynaq. Nous avons vu des travailleurs du coton, mais que faisaient-ils précisément ? alors qu’il n’y a nulle trace de fleurs blanches. Des canaux d’irrigation (émanant de l’Amou-Daria), coupent les villages et les champs.

Nous avons traversé de grands espaces steppiques verdoyants (précisément) jusqu’aux grandes étendues de sable du désert du Kyzylkoum. Nous avons quitté l’hôtel à 10h30. Le grand tour s’achève à Ourguench devant le restaurant Milliy Gouvhar Paomlari vers 15h. Une serveuse nous installe et nous offre son Wifi (et son code), le restaurant n’ayant pas de connexion. 

Le train est à quai depuis 16h 30. On s’installe et nous sommes parmi les premiers. Les gens arrivent peu à peu et remplissent les sous-banquettes de leurs effets, bagages… Ils sont assis sur leur banquette, ils discutent, parfois accroupis (sur la banquette). Passe un vendeur de boissons limonades, bières et de chips, chocolat…. Le contrôleur a ramassé les tickets et un employé ouvre son grand sac de type postal dont il extrait des draps et des taies d’oreillers qu’il distribue aux voyageurs. Le calme règne. Au moment où j’écris ces lignes, alors que le train Ourguench- Tachkent est parti depuis trente minutes, un vendeur de glaces insiste lourdement à moins de cinquante centimètres pour que nous lui en achetions une. Nous l’aurions fait n’était l’état flasque de la crème. Maintenant notre semi-rapide longe de longs espaces noyés sous l’eau d’irrigation. Il roule, pépère, à petite vitesse en définitive. Des villages passent, peu nombreux avec des grandes cours. Nous sommes assis sur des sièges. Entre eux, une table escamotable qui, dépliée complètera les fauteuils de sorte que l’ensemble forme un lit. Astucieux. Notre arrivée est prévue demain matin à 7h3à dans la capitale.

_____________________________________

________________________________________

°

°

Vidéo: OURGUENTCH _ TASHKENT par train le 23 mai 2022

°

°

____________________________________________


_____________________________________

PAGE 19

Mardi 24 mai 2022

Nous sommes arrivés le matin à 7h30, comme prévu à Tachkent. Mais à la gare Janubiy qui se trouve au sud. Nous connaissons l’autre gare, celle qui se trouve près de la cathédrale orthodoxe, mais pas celle-ci. Nous sommes à peine réveillés d’un long trajet (près de mille km), correct mais fatigant néanmoins. Le train était chargé. Un taxi nous emmène jusqu’à notre Guest-House, la Gulnara au nord de la ville, près du Bazar Chorsu.

Nous avons rendez-vous au milieu de l’après-midi avec le responsable de l’Alliance française. Nous nous égarons dans le quartier Al Mazor. Nous faisons alors appel à des résidents qui parlent anglais pour nous aider. Ici on parle peu l’anglais, moins encore le français. Finalement, un jeune se dévoue pour nous accompagner jusqu’à la porte de l’Alliance, après avoir téléphoné pour avoir des précisions, car dire « 112 » ne suffit nullement. Il n’y a pas de plan détaillé de la ville, moins encore des quartiers dont les habitants eux-mêmes ne connaissent pas le nom des boulevards et principales rues. Un ou une employée de l’Alliance lui donne les renseignements nécessaires. Le jeune me tend son téléphone. Le directeur, M. DA, me dit « à tout à l’heure ». Nous arrivons enfin, très fatigués. Les boulevards de la capitale sont interminables et très larges. La circulation automobile est infernale. Nous sommes arrivés les tympans aussi épuisés que les talons.

Une dame tout de rouge vêtu et très enthousiaste nous souhaite la bienvenue en français cela va de soi. Nous traversons un petit couloir avant de pénétrer dans la salle principale constituée de plusieurs bibliothèques en bois de teck remplies de livres. Sur l’une d’elles sont fixés une demi-douzaine de drapeaux français. Dans l’espace en U qu’elles forment, il y a plusieurs tables et chaises multicolores dominées par le cyan. Au fond des fauteuils en skay de plusieurs couleurs dans lesquels nous invite à nous asseoir une personne qui se présente comme « K., je suis franco-finlandais ». Le monsieur semble être en charge de la bibliothèque et sûrement plus. Abruptement, il nous dit que le responsable, monsieur DA, est en rendez-vous à l’extérieur. « Allait-il revenir ? » « je ne sais pas » dit notre hôte. Pourtant il nous a bien donné rendez-vous. V. me demande si j’ai soif et aussitôt le gars lui lance « allez à la fontaine, là-bas » en montrant l’entrée de la bibliothèque, sans daigner se lever ou offrir un quelconque geste de courtoisie.

Je lui parle de ce que j’ai fait, de mon enseignement auprès des jeunes et des moins jeunes, ainsi que des ateliers d’écriture, encore aujourd’hui à l’occasion (le dernier que j’ai animé, c’était à Oran en février dernier dans le cadre de Eloquentia. Sur ce, il me demande si je comptais revenir le lendemain pour assister au club de conversation à 18 heures. Je lui précise l’objet des échanges avec son directeur monsieur DA. Ce monsieur K. me répond que cela n’est pas possible. De plus en plus, il s’exprime comme le véritable responsable des lieux. Il me dit que pour organiser un atelier (certainement pas de trois heures, ni même deux heures) il faut du temps et que j’aurais dû m’y prendre bien avant. Il ne me semble pas être au courant des nombreux échanges (courriels via WhatsApp et Gmail) que j’ai eus avec son officiel directeur.

Il ajoute que c’est la fin de l’année et que les étudiants sont difficilement mobilisables. Il faut un temps de communication assez long dit-il. Et puis, Camus et les modernes, ils ne connaissent pas, contrairement aux classiques poursuit-il. Il ne semble pas maîtriser le sens ni le contenu de ce que sont les ateliers d’écriture créative. Il me propose de revenir en discuter. Je ne saisis plus ce à quoi il veut en venir, aussi, je monte d’un cran en lui répondant que nous sommes sur le départ et qu’un atelier pour débutants n’a pas besoin d’une préparation supérieure à deux ou trois heures, d’autant que je dispose dans mon ordinateur de nombreux dossiers de plusieurs niveaux, prêts à l’emploi et modulables selon les publics. Il suffit d’un cinquième de rame de papiers et d’une imprimante et de beaucoup de volonté des responsables (ceux d’ici). Je lui ai ajouté que j’ai animé des ateliers d’écriture créative à destination de publics extrêmement variés comme des Algériens du grand sud, des Asiatiques (Cambodgiens, Thaïlandais, Khirghizes…), des Africains du Sud etc.

J’ajoute sèchement que manifestement ses propos ne sont pas ceux d’un subalterne, mais d’un responsable à la place du responsable lequel fuit cette proposition de collaboration au dernier moment sans l’assumer. Je ne sais comment, une jonction se fait entre ce qui se passe au fil de la discussion et les années de grandes bureaucratie en Algérie, celle des années Boum (et plus). Hé ben ici j’ai l’impression d’avoir affaire à un guichetier de la mairie des deux lions d’Oran à l’époque des grandes pénuries.Bref, sur le champ je me lève et quitte sans lui accorder quelque forme d’importante que ce soit. Évidemment il est demeuré scotché près des fauteuils. Un jeune étudiant, présent à (certainement) tout entendu dans son coin.

Des jeunes (assez fréquent) nous demandent d »où nous venons…

Extraits d’échanges


_____________________________________

PAGE 20

Vendredi 27 mai 2022

Il est 16h et nous attendons le train pour retourner à Tachkent. On vient de contrôler nos bagages, billets et passeports. Il faut préciser que les achats de billets de train ne se font que sur présentation du passeport. Les locaux doivent aussi présenter une pièce d’identité qui ressemble à un passeport (vert). Nous sommes ici depuis hier jeudi. Avant-hier, nous avons acheté deux billets de train pour Qo’Qon (ou Kokand) dans la vallée de Fergana, une ville moyenne. Et des achats divers. Chaleur excessive. Le soir j’avais des difficultés de digestion. Gros soucis de nourriture, peut-être une insolation plus la chaleur, la fatigue.

Mercredi a été un jour « sans ». Hier jeudi,  nous avons pris le train à la gare de Tachkent. Un TGV attendait les voyageurs à destination de Samarcande. Notre train est ordinaire. Départ à 8h00, direction Qo’Qon. On distribuait du thé. Tous les sièges étaient occupés. Les trois téléviseurs accrochés au plafond, espacés de quatre mètres l’un des autres, diffusaient le même programme. 

Des chansons du terroir et instruments locaux et cithare. Un chanteur (Sherali Jo’rayev ), qui reçoit énormément de bouquets de fleurs, une sorte de troubadour, chanteur officiel, fait chavirer la salle. Il a été un temps écarté de la télé et la radio Ouzbèque au début des années 2000, puis réhabilité après la mort de Islam Karimov.

Le long du trajet, beaucoup de train de marchandises étaient à l’arrêt. De même beaucoup d’usines dont certaines ressemblent à des centrales-cheminées de type EDF (ou de chapiteaux). Le Fergana est la région la plus peuplée et la plus industrialisée de l’Ouzbékistan. Les premières montagnes au loin sont apparues recouvertes chétivement de neige éternelle. Il y a deux chaînes de montagnes qui entourent le Fergana : au nord le Tians Chan, au sud le Pamir Alaï. D’énormes cratères artificiels (gisements de minerai) en exploitation. À droite dans le sens du train, un gigantesque lac. Nous avons vu des quantités de ruches, des torrents ; des rivières, des lacs. Tout le long de la voie de chemin de fer dans cette région, on distingue des guérites militaires, souvent près de ponts, ainsi que des casernements, parfois isolés avec des fils de fer barbelé.

Le train a longé durant près de deux heures une très longue gorge à très faible vitesse (serait-ce le train bleu de Marseille qui s’est égaré ici ?) Malgré la vitesse réduite, certains coups de frein effrayaient des voyageurs. Impression qu’ils ont lâché. Mais ce n’est que crainte inutile.

Nous avons peu vu d’animaux sinon quelques vaches et des chèvres à flanc de collines. On a traversé le plus long tunnel du pays : 19 km. Après les montagnes, des plaines infinies verdoyantes à l’opposé radical es déserts de Khiva, Boukhara… Nous voilà arrivés à destination, Qo’Qon. La ville se trouve à 400 km au sud-est de la capitale, coincée entre Margil’ilon et la frontière du Tadjikistan et le Kirghizistan. Nous sommes arrivés à midi dix. Le soleil n’en pouvait plus de taper. Une brume de chaleur nous a accompagnés tout le long du parcours.

Le réceptionniste de l’hôtel a eu du mal avec mon passeport « no good passport ». C’est un faux passeport. Et il répétait. Incrédulité. Il allait, venait, repartait, revenait. Il a téléphoné au précédent hôtel pour confirmer je ne sais quoi. Il est revenu. « Ok ». On a enfin eu une chambre. Une grande chambre de type soviétique carré, imposante, sans charme, un meuble avec télé et une armoire en déséquilibre. Pas ou très peu de wifi. Chaleur étouffante. Béni Abbes en août au carré.

Visite de la mosquée Jami. Comme à Tachkent (photo de jeudi), et ailleurs, des ados nous ont interpellé « Héllo… where are you from ?… » Heureux, et photos en selfies. 

Le Palais du Khan était fermé à cause du championnat international de judo (avec, si j’en crois le drapeau algérien flottant fièrement entre d’autres étendards internationaux) qui s’y déroule et auquel nous avons assisté sur les gradins, invités par des policiers.

Ce matin, nous sommes allés directement au cimetière Narbutabey. Et toujours ces grands boulevards qui n’en finissent ni de largeur ni de longueur comme dans la capitale, comme à Samarcande, comme à Boukhara, comme à Khiva, comme à Ourganch.

Nous avons vu les tombeaux des rois, dont celui de Omar Khan et sa famille ; la dalle funéraire de la grande poétesse, Nadira (poèmes en ouzbek et Tadjik). Une femme très aimée dans la région (1792-1842) et son prénom est très courant ici. Elle a été la femme de Omar Khan de Qo’Qon. Une femme de grande de culture, ouverture d’esprit. Elle a dirigé le Kanat durant une décennie lui donnant un rayonnement artistique et une certaine liberté, alors même que régnait dans la région des despotes. Elle a été exécutée par l’émir Nasrullah Khan de Boukhara, car elle a refusé de l’épouser. Les soviétiques en ont fait un modèle du féminin.

Après le cimetière Narbutabey nous sommes allés à la mosquée proche qui porte le même nom. Le haut-parleur diffusait du Coran et les fidèles commençaient à affluer. Une voiture de police est à l’arrêt, bien en vue, devant l’entrée principale. Des vendeurs de grillades et autres sandwiches, kobab, s’activaient devant leurs fours ambulants. Deux ou trois policiers faisaient la circulation, deux autres étaient plantés devant l’entrée. L’un d’eux nous a indiqué le chemin pour nous rendre au Palais Khan. En route nous avons fait une halte à la madrassa Sayyid Muhammad Umar Khan fils de Muhammad Narbuta Khan (1785-1822). Une préposée à la gestion du lieu nous a posé des questions sur le pays d’où nous venions, sur notre voyage… et bien sûr une photo s’est imposée. Au Palais Khan (ouvert aujourd’hui) nous avons visité l’exposition permanente. Des ailes sont réservées à l’histoire de la région, à la faune, à la nature… Dans le jardin, des enfants attablés à la douzaine, assis dans des chaises royales papotaient et mangeaient à la fois avec moins de bruits qu’attendu d’un groupe d’enfants aussi nombreux. Le maître ou animateur/animatrice ne devait pas être loin. 

Il est 16h30 dans la gare de Qo’Qan. Nous attendons le train. Un vent violent s’est abattu sur la ville depuis midi.

____________________________________________

°

°

CLIQUER ICI POUR VOIR VIDEO MOSQUEE KOKAND. Narbutabey 

°

°

______________________________________________

°

°

VIDEO PRÉPARATIFS POUR LA FÊTE DU SPORT _ QO’QON

°

°

____________________________________________


_____________________________________

PAGE 21

Samedi 28 mai 2022

Nous voilà en ce samedi soir,  arrivés au terme de ce beau voyage dont je n’ai narré que très partiellement ce qu’il nous a apporté. Nous avons quitté hier Qo’Qon à 17h30. Dans le train, c’était le tohu-bohu à cause (ou plutôt grâce) à une ribambelle de gamins de Samarcande (des collégiens) qui revenaient d’un séjour dans la Fergana. La bonne humeur régnait dans notre voiture, numéro 5. À l’écran du téléviseur on revoit le même chanteur qu’à l’aller, Sheraly Jo’Rayev. On en a soupé durant l’aller et le retour. Derrière nous des adolescentes trépignaient de nous parler. Ce fut un échange sympathique. Elles étaient très contentes et faisaient l’effort de parler en français. Lorsque certains termes de la langue étrangère leur échappaient, elles allaient demander conseil à d’autres camarades, assises plus loin. Elles revenaient toutes souriantes, le mot au bord des lèvres, « vous venez de où ? » ou bien « après vous allez où ? » … À mi-parcours nous avons ressenti un changement de température. Il faisait plus frais. Le temps est passé ainsi. Nous avons pris un taxi, jusqu’à l’hôtel. Ce matin nous sommes allés à la tour de la télévision (375 mètres), une des plus hautes tour du monde, loin devant notre pauvre et vieille tout Eiffel. La vision à 360° de la ville est belle. Le reste de la journée nous l’avons passé sans aucune programmation. Nous avons flâné, au grés des boutiques, et des cafés… jusqu’à la tombée de la nuit. Notre séjour s’achève ainsi au Broadway Café sur la très animée Matbuot Chilar street.

Merci à vous toutes et à vous tous qui nous avez suivis. Rendez-vous à une autre expédition N’challah. Peut-être sur un autre continent. Je suis désolé pour les éventuelles tournures, fautes, et autres termes peu précis ou inappropriés… J’écris sans (quasiment) me relire faute de temps. Vous ne m’en tiendrez pas rigueur évidemment. Merci encore.

PHOTOS ET VIDEOS A SUIVRE _ MERCI

Sheraly à l’écran du train… à n’en plus pouvoir…

Le lendemain, dimanche 29 mai 2022:

_______________________________________

CLIQUER ICI POUR VOIR DERNIÈRE VIDÉO _ VOL TASHKENT_ ISTANBUL_ MARSEILLE

______________________________________