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lundi, juin 29, 2015

499_ Boudiaf, In Memoriam



                     En cette fin de matinée du jeudi 25 juin 1992, le président Boudiaf faisait une tournée d’inspection à la zone industrielle d’Arzew. En fin de matinée il était précisément à Aïn el Biya où nous résidions. Mon fils M., sept ans, et moi, ne pourrions le voir, car nous nous préparions à quitter le village pour aller assister à la finale de la coupe d’Algérie de football à Oran, au « stade du 19 juin ».


Les résidents étaient nombreux à se bousculer dans l’allée principale du village, le camp5, quand je la traversais en voiture pour me rendre à Oran. D’un moment à l’autre le président et sa suite allaient quitter le village. Les gardiens laissaient sortir les voitures, mais pas celles qui y entraient. Sur la nationale ralliant Aïn el Biya à Oran, à hauteur de l’entrée de Gdyel, les gendarmes affectés à l’entrée est de la ville nous empêchèrent de continuer. « Par là vous pouvez » me fit l’un d’eux. « Par là » c’est à dire par une piste à l’intérieur des terres, parallèle à la nationale. Je pénétrai dans la piste, la longeai. Une piste qui n’en est vraiment pas une. Les tracteurs peut-être… Je l’ai tant bien que mal suivie. J’ai traversé Gdyel. 
Mon agenda, à la journée du jeudi 25 juin 1992.
 A la sortie ouest de la ville je suis tombé nez à nez avec la dernière voiture du cortège présidentiel, qui filait à vive allure (140 km/h au bas mot). Je lui ai emboîté le pas. Un motard de la garde, sorti de je ne sais où, me fit signe de passer, pensant certainement que je faisais partie du cortège. Cette facilité me donnait des sueurs. Je ne l’ai pas comprise (et ne la comprends toujours pas), mais l’heure n’était pas à ce type de réflexion. Mon véhicule était de même marque que nombre d’entre ceux qui formaient le cortège, mais assez poussiéreux. Me voilà, à mon corps défendant, « dedans ». Il me fallait dès lors assurer l’allure. C’est à dire rouler à très grande vitesse. Comme les véhicules qui me précédaient, j’ai activé les feux de détresse. Lorsque vingt minutes plus tard nous sommes arrivés à Oran Bernandville, une armada de policiers au garde à vous, un tous les cinq mètres, nous accueillait. Des gouttelettes de sueur froide, grosses comme des grêlons, perlaient sur mon front, sur ma nuque et le long du dos. Comment sortir de ce qui m’apparaissait comme une souricière ou un pétrin. « Nous sommes en danger » pensai-je, mon fils et moi. Je me devais hélas constater que je n’avais de choix que de continuer. Le boulevard Champagne (Gambetta), le rond-point du lycée Lotfi, celui de l’Académie. Enfin la wilaya. Tout autour de l’immense escalier de l’entrée officielle, les policiers en tenue et d’autres en civil me paraissaient innombrables. Les premières voitures pénétrèrent dans le sous-sol de la préfecture. Beaucoup (une trentaine ?) tentaient tant bien que mal de se garer par-ci, par-là. A hauteur du 110 rue Mouloud Feraoun, j’ai stationné, éteint aussitôt le moteur et désactivé les warnings. Je demeurai immobile, alors que mon fils, jusque-là allongé sur la banquette arrière se réveilla, un peu perdu. Je l’étais plus que lui. Je lui ai demandé de rester calme. Je ne sortirai pas du véhicule, pas dans l’immédiat. J’ai attendu que mon esprit me revienne et que les autres véhicules se furent vidés de leurs passagers, une dizaine de minutes, avant de repartir, avec le maximum de douceur. Il me fallait planer si possible. Si j’avais pu nous rendre transparents, je n’aurais pas hésité à le faire. Vingt minutes plus tard, nous étions à El Hamri. Le « stade du 19 juin » était bien rempli. Avec M. nous nous sommes installés dans les tribunes, à moins de cent mètres du président Boudiaf, que je montrais du doigt à mon fils, assis sur mes épaules, « il est là, regarde ». Comme nous il assistait à la finale de la coupe d’Algérie. La JSK a battu l’ASO par 1 à 0. J’ai mis plusieurs semaines à me remettre de mes émotions de la journée. 



Plus tard, en juillet, la rumeur suivante avait couru : « Boudiaf devait être assassiné à Aïn-Témouchent ou Oran ». Il le fut à Annaba le lundi suivant, 29 juin, un lundi, comme aujourd’hui 29 juin 2015. El Watan titrait le lendemain : « Le complot », Le Matin : « Ils l’ont assassiné ». Ils…






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Merci algeriaforever- Youtube

ahmedhanifi@gmail.com

dimanche, juin 28, 2015

498_ Face aux massacres des nouveaux barbares

Des dizaines de morts ces derniers jours dans plusieurs pays... Assassinats commis par les hordes barbares se réclamant de l'Islam...

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Face aux massacres des nouveaux barbares, nous ne pouvons nous contenter d’ingurgiter des images aussi atroces les unes que les autres et nous plaire dans des bavardages sans fin. Des actions de tous ordres et de tous niveaux sont nécessaires. J’ai longuement réfléchi à la part qui pourrait être la mienne, auprès d’autres volontés. A la suite de Ghaleb Bencheikh, je pense qu’il ne s’agit pas de nous « plier à une quelconque injonction » ni de répondre à une « sommation de nous désolidariser » des assassins se réclamant de l’Islam. Il y va de notre honneur de préparer, de participer à une action d’envergure pour dire haut et fort notre dégoût, notre révolte face à ceux qui, au nom de notre religion, accomplissent les pires atrocités.

Adnan Ibrahim sur Al- mayadin TV



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ADNAN IBRAHIM  _ A




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ADNAN IBRAHIM  _ B 





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                                                                         ADNAN IBRAHIM  _ C  


Le film complet se trouve ici:

https://www.youtube.com/watch?v=sEanxZOTA5s
 




JDD_ 19 avril 2015

Adnan Ibrahim, l'imam qui dénonce les barbares

Né à Gaza, prêchant à Vienne, en Autriche, cet imam séduit sur Internet des milliers de jeunes musulmans en Europe et jusqu’en Arabie saoudite par son réformisme et sa tolérance.
Je sais que je suis sur la liste de Daech, c'est un risque que j'assume." Il a l'air à la fois désolé et déterminé. "Ils veulent m'abattre et peuvent me tuer, mais je ne m'arrêterai pas." Le 9 janvier, du haut de sa chaire, Adnan Ibrahim ne s'est pas seulement adressé à ses frères dans sa modeste mosquée de Leopoldstadt, dans la banlieue de Vienne. Il visait, par caméra interposée, les dizaines de milliers de jeunes musulmans qui se connectent en Europe et au Moyen-Orient sur Facebook et YouTube pour l'entendre. Le soir même de l’assaut de la police contre l’Hyper Cacher de Paris, Adnan Ibrahim, en costume cravate, dénonce les "barbares" : "En tant que musulmans, nous nuisons à notre image, nous donnons à voir celle du terroriste tueur, quelle insulte!" Effets de manches pour un avocat sans robe, le phrasé éloquent, il continue de haranguer ses fidèles en éducateur. "Ceux qui s'explosent au milieu des foules n'ont pas compris grand-chose, ils n'ont pas appris l'islam, ils ne savent rien. C'est un fanatisme vil comme celui des croisés du Moyen Âge!"

Il dévore Newton, Darwin et Freud

À l'image de ces prêtres-­ouvriers des années 1970, l'imam palestinien au passeport autrichien ne porte aucun signe distinctif de sa religion ou de son métier de pasteur des âmes. Sa barbe est bien taillée, rien à voir avec celle des fous de Dieu qui la laissent pousser pour respecter la consigne du Prophète. Contrairement à l'un de ses amis qui l'accompagnent en ce début avril lors d'une escale parisienne, il n'a pas non plus cette petite bosse au milieu du front qui témoigne de longues heures à prier la tête contre le sol. "La prière, c'est d'abord entre soi et Dieu", murmure-t-il. "La religion, c'est dans le cœur que ça se passe", insiste-t?il. Il rappelle alors que depuis le plus jeune âge il a compris que la mosquée n'était pas le meilleur endroit pour cultiver sa foi, il préfère le secret de son âme. "Cela vous ennuie qu'on ose vous comparer à un Luther de l'islam?", lui demande-t on avec un rien de provocation. "Pas le moins du monde, même si la ­Réforme est un arbre avec beaucoup de branches…"
Adnan Ibrahim n'a jamais cessé d'apprendre la différence. À Gaza, enfant, son père lui avait enseigné que l'islam visait d'abord à "la pureté du cœur". Entre l'éducation religieuse traditionnelle et celle dispensée dans les écoles et collèges de l'Unrwa, l'agence des Nations unies en charge des réfugiés palestiniens, Adnan se jette à corps perdu dans les livres que l'on ne peut ou que l'on ne doit pas lire. Adolescent, il dévore ­Newton, Darwin et Freud, s'initie à la psychologie et refuse de se laisser embrigader dans les factions palestiniennes. Non parce qu'il serait insensible à la violence des soldats israéliens jusque dans les maisons de son camp de Nuseirat, mais parce que l'éducation lui paraît "prioritaire". Adnan Ibrahim aurait pu devenir un fantassin du Hamas, plein de haine pour l'occupant, ou un collabo de Tsahal, l'armée israélienne, pour rapporter quelques shekels à sa famille.
Le père est un homme du peuple qui a fait tous les petits métiers : chauffeur de taxi à Gaza, commis boucher et même ouvrier dans une usine en Israël. Adnan a une dévotion pour ce père qui ne porte ni la barbe ni l'habit, ne s'embarrasse pas de symboles mais vit sa foi dans la simplicité du quotidien : aimer son prochain, servir l'autre. Le fils retient d'une leçon paternelle qu'être beau, intelligent et pieux ne sert à rien si c'est pour insulter sa mère et se comporter avec arrogance.

Une mosquée pleine à craquer en quelques années

Un jour, devenu imam, il choquera au plus haut point en ­demandant à Dieu de bénir un soldat israélien qui s'était suicidé après avoir, vainement, plaidé auprès d'un officier qu'une ­Palestinienne puisse franchir un check-point afin d'accoucher à l'hôpital. "Les Juifs sont nos cousins, plaide Adnan. Et tous ceux qui instrumentalisent le conflit israélo-palestinien en une guerre de religions font du tort à notre islam."
Et le djihadisme? Faut-il le combattre? Par quels moyens? L'imam estime qu'il n'y a pas d'autre choix que de se défendre si ceux d'en face prennent les armes. "Toutefois, la meilleure façon de contrer ces fanatiques, c'est d'offrir un discours alternatif. Si l'on utilise la force physique, on peut les vaincre une ou deux fois, mais tant que les causes de ce mal persistent, rien ne sera réglé." D'où l'engagement pris par Adnan Ibrahim de dissuader les jeunes de rejoindre les djihadistes.

La femme est l'égale de l'homme

"Les réformistes ne sont en général pas bien accueillis par les jeunes musulmans parce que leur discours n'est pas suffisamment religieux, confie Adnan. Moi, je leur offre une base spirituelle solide, je dissèque un par un les arguments coraniques développés par les djihadistes pour les réconcilier avec le message originel de l'islam." Surprise, parmi les pays où ses thèses sont le mieux reçues figure l'Arabie saoudite, comme si les jeunes sujets du roi Salmane ne se retrouvaient plus dans "cet État déconnecté de la réalité". Mais c'est aussi à Riyad que l'imam palestinien est qualifié d'apostat parce qu'il ose "prêcher la miséricorde plutôt que la confrontation".
À Vienne, lorsqu'il est arrivé, les jeunes musulmans de la capitale autrichienne étaient en ­majorité séduits par le salafisme. En quelques années, sa mosquée, au départ désertée, est devenue pleine à craquer. "Il faut redonner aux jeunes leur liberté de conscience", argumente Adnan. "J'ai beaucoup appris de la Réforme chrétienne", ajoute celui qui cite également volontiers saint Thomas d'Aquin et saint Augustin. "Je comprends aujourd'hui qu'il n'est pas si important d'aller vers l'autre avec ce que je suis que de répondre à ses besoins, c'est tout le contraire du prosélytisme."
Remarquant au passage que cela ressemble aussi à la manière dont le pape François rappelle aux catholiques le sens premier des Évangiles, Adnan compare tel hadith enseigné par le Prophète avec une parabole de Jésus : "Ce que vous avez fait au plus petit d'entre vous, c'est à moi que vous l'avez fait."
Hérétique? Iconoclaste? Ou tout simplement libre? Adnan Ibrahim ose prétendre que la femme est l'égale de l'homme et qu'elle peut hériter avec égalité de droits, que la démocratie est compatible avec un islam ouvert. Pas étonnant que la police autrichienne surveille de loin ce réformiste de l'islam et s'étonnerait même de le voir jusqu'ici épargné par des attentats commandités par ses ennemis. Comme s'il était "protégé" de plus haut… 



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Wikipedia:

Plus d'infos ici:
http://www.adnanibrahim.net/?lang=en



Et sur Facebook:
https://www.facebook.com/FrAdnanIbrahim

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EL WATAN 20 juin 2015

Chronique. Ghaleb Bencheikh(*)

Pourquoi sommes-nous arriérés ? (**)


La vie des hommes est cyclique, rythmée par des repères dans le temps. Ces repères ponctuent les activités humaines, alternées qu’elles sont, par des moments de repos et d’autres d’intense labeur.
Il en est de même de la pratique rituelle dans les traditions religieuses. Les rites ont aussi un lien avec l’écoulement du temps et s’y inscrivent. Aussi la lunaison Ramadhan pour les musulmans est-elle un temps particulier, attendu avec ferveur et joie par les uns, appréhendé par les autres.
Mais, il n’en demeure pas moins que c’est un temps déterminé avec des spécificités propres. J’essayerai, pour ma part, de le mettre à profit afin d’introduire quelques réflexions soumises à la sagacité des lecteurs d’El Watan reproduisant une expérience heureuse – pour moi.
Et je sais gré à la rédaction du journal d’ouvrir ses colonnes à la rencontre des idées, à la circulation des concepts, à la confrontation des points de vue et au partage des représentations du monde. Il s’agit de contribuer aux débats existants et d’en susciter d’autres avec, à la fois, l’humilité requise de ne pas se croire seul dépositaire de la vérité absolue et la liberté de pensée revendiquée comme telle et assumée. Puissions-nous émerger des basses eaux des discussions oiseuses aux conclusions péremptoires dictées par le seul argument d’autorité.
En effet, nous avons besoin de renouer avec l’éthique du débat et de l’échange – à la manière d’un Chafiî, le maître éponyme de la troisième école juridique (767-820). Il nous a bien enseigné, dès la première décade du IXe siècle, que lors des controverses : «Mon avis est juste, mais il peut être entaché d’erreur et l’avis de mon contradicteur est – par construction – faux, mais il peut receler sa part de vérité.»
Interrogeons-nous : où en sommes-nous, aujourd’hui, de cette attitude d’ouverture et de respect à l’égard des idées d’autrui, fussent-elles dérangeantes ?
Il se trouve que dans bon nombre de contrées islamiques actuellement, une bonne partie des croyants musulmans va vivre quasiment au ralenti avec une confusion du jeûne diurne et de la torpeur dans une interversion du jour et de la nuit. Certains membres de l’oumma s’acquittent, certes, de leur devoir religieux dans l’élévation de l’âme et l’accomplissent avec abnégation. Ils comprennent le sens du jeûne dans ses dimensions personnelle, sociale et spirituelle et se réjouissent de l’avènement du mois de Ramadhan.
D’autres subissent la pression de la communauté et avec peu de conviction endurent toute cette période. Ils fulminent à la moindre contrariété et, parfois sans être eux-mêmes directement contrariés, ils vitupèrent contre tout. Inutile de nous appesantir sur tous les manquements à l’éthique et à l’entraide, requises de chaque croyant tout le temps, a fortiori, lors du temps sacré du jeûne.
Ce qui prime pour nous – d’abord musulmans – est de comprendre pourquoi sommes-nous arrivés à cette situation d’indigence intellectuelle et de déshérence culturelle.
Pourtant nous nous gargarisons toujours de belles paroles et nous croyons, verset coranique à l’appui, que nous sommes la meilleure communauté suscitée aux hommes (à condition que et parce que) nous ordonnons le bien et proscrivons le mal. Sauf que nous sommes – sans autoflagellation aucune – dans l’ornière.
Et nous nous y vautrons, tant qu’il n’y aura pas d’éveil des consciences. Pourquoi sommes-nous arriérés ? C’est la même question qui nous taraude depuis bientôt deux cents ans ; depuis le livre composé par Rifaat Rafa Tahtaoui (1801- 1873). Une esquisse d’ébauche de réponse aura lieu dans les épisodes à venir.
 

*Docteur en sciences et physicien, Ghaleb Bencheikh, fils du cheikh Abbas Bencheikh El Hocine, ancien recteur de la Grande Mosquée de Paris et frère de Soheib Bencheikh, ancien mufti de Marseille, est également de formation philosophique et théologique. Il anime l’émission «Islam» dans le cadre des émissions religieuses diffusées sur France 2 le dimanche matin. Il préside la Conférence mondiale des religions pour la paix.

(**) le titre est de la rédaction 
Ghaleb Bencheikh
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EL WATAN dim 21 juin 2015

Chronique. Ghaleb Bencheikh(*)

Le culte sans la culture (**)

Dans le sillage de ce que nous avons abordé hier, méditons aujourd’hui cette double métaphore empruntée à l’univers médical : celle du médecin légiste et celle du chirurgien. Le premier par profession et par disposition, autopsie des cadavres froids.
 Il dissèque des dépouilles mortelles afin de déterminer les causes du décès. Mutatis mutandis, nous serions presque dans la même situation si nous voulions comprendre les raisons qui, dans le temps «froid» de l’histoire, nous ont embourbés et figés dans l’ornière évoquée hier. Le second, dans le bloc opératoire, opère in vivo.
Et, il a à cœur de sauver son patient. Le chirurgien ne s’embarrasse nullement de considérations autres que celles qui maintiennent en vie le malade, dût-il consacrer tout son temps et y investir toute son énergie pour le succès de son opération. C’est le temps chaud de l’actualité brûlante. Il en est de même pour l’idée que nous nous faisons de notre nation. Si nous tenons à sa pérennité, à sa prospérité et à son avenir radieux et sain, nous devrons la soigner.
Elle entrera enfin de plain-pied dans la modernité institutionnelle et intellectuelle. La médication commence par faire délivrer le peuple du piège de la religiosité sauvage – selon l’expression du cardinal Daniélou (1905-1974) et le traitement salvateur passe par la désaliénation des consciences de la bigoterie crétinisante.
Surtout libérer l’esprit de toutes ses entraves. Parce qu’il ne saurait y avoir de modernité véritable sans la modernité intellectuelle fondée sur l’esprit critique et sur la promotion de l’intelligence. Or, s’il nous est arrivé ce qui nous est arrivé, c’est à cause de la démission de l’esprit, de l’abdication de la raison, de la défaite de la pensée et de l’abrasement de la réflexion.
Aussi savons-nous, maintenant ce qu’il nous reste à faire : reconquérir cette liberté avec l’audace intellectuelle nécessaire et la hardiesse requise de la pensée et de l’action. Il est temps de mettre de l’ordre dans le fatras idéel que nous connaissons. Les maîtres-mots pour cette reconquête et cette mise en ordre sont éducation, instruction, acquisition du savoir, science et connaissance, ouverture sur le monde et sur l’altérité, notamment confessionnelle, avec l’amour de la beauté et l’inclination pour les valeurs esthétiques.
Les Beaux-Arts, les belles lettres, la musique et la poésie contribuent grandement à élever les âmes, à flatter les sens, à polir les cœurs et à les assainir de tous les germes du ressentiment et de la haine.
Je ne sais par quelle inversion des ordres de priorité dans la mission éducative du peuple ou peut-être en l’absence d’orientation claire et de volonté politique, le peuple est laissé comme une proie facile à des sermonnaires doctrinaires idéologues. Ceux-ci tiennent un discours le plus souvent abêtissant et culpabilisant.
Et, nous voilà, ahuris, consternés devant tant de confusion mentale et tant de raidissement radical. Or, l’extrémisme est le culte sans la culture ; le fondamentalisme est la croyance sans la connaissance ; l’intégrisme est la religiosité sans la spiritualité.
Savoir endiguer la déferlante obscurantiste, ravaler le délabrement moral, guérir du malaise existentiel, en finir avec l’indigence intellectuelle et la déshérence culturelle. Aller vers l’universel
. Ne pas s’arc-bouter sur les particularismes irrédentistes. Telle est la vision programmatique que nous devons avoir pour sortir des fondrières ténébreuses dans lesquelles nous avons glissé et depuis lors nous nous y débattons.
Comme l’optimisme est de volonté et le pessimisme est d’humeur – même si pour certains, il n’est que le paroxysme du réalisme – notre détermination est totale pour ne pas laisser flétrir définitivement un patrimoine moral et spirituel qui a sous-tendu une civilisation impériale. Ce n’est pas pour dire que nous fûmes grands, mais c’est pour enrayer la machine du désastre. C’est ce dont nous parlerons dans les éditions à venir.

(*) Philosophe et théologien. Il préside la Conférence mondiale des religions pour la paix. Il anime l’émission «Islam» dans le cadre des émissions religieuses diffusées sur France 2 le dimanche matin.

(**) Le titre est de la rédaction
Ghaleb Bencheikh
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El Watan 22 juin 2015

Chronique : La liberté de conscience


Tout en souhaitant un jeûne bien agréé à l’ensemble des musulmans et musulmanes de par le monde et pour ne pas apparaître comme aigri et ne pas rester dans des approches négatives de tout le patrimoine islamique, il est juste de reconnaître les valeurs de bonté, d’accueil et d’hospitalité propres à la grande tradition de l’islam.
De toute façon, l’aigreur et l’amertume n’aident pas à voir clairement ni à percevoir avec discernement, tout comme la peur et la colère sont toujours de mauvaises conseillères. Parce que tout essentialisme est réducteur et toute généralisation est abusive. Et, il n’y a pas pire insulte à l’intelligence que de prendre le conjoncturel pour le structurel et confondre le circonstanciel avec l’atemporel.
La partie n’est jamais le tout. En outre, ce que je dis et exprime ne relève pas d’un quelconque dolorisme et encore moins d’une autoflagellation malsaine. Que Dieu nous préserve de la haine de soi. C’est tout simplement parce que nous avons à cœur de renouer avec les principes fondamentaux de la civilisation et l’idée du progrès émancipateur que le regard n’est pas amène sur l’actuelle situation. Il doit être même sévère et le bon diagnostic doit être effectué sans complaisance aucune afin de trouver la médication appropriée.
Il se trouve qu’un des points noirs de la pensée théologique islamique contemporaine avec toutes les scories drainées depuis quelques siècles, est la question fondamentale de la liberté et notamment la liberté de conscience. C’est le point aveugle de cette pensée. Et pour rester dans le registre médical, les ophtalmologistes auraient parlé de scotome, cette lésion du nerf optique qui induit une non-perception lumineuse. Ce serait aussi l’angle mort tant redouté par les conducteurs automobilistes et dont on veut pallier les méfaits par les avancées technologiques telles des mini-caméras et autres avertisseurs. Il en est de même pour cette pensée qui sur ces questions cruciales de liberté de conscience s’est encore crispée et radicalisée ces dernières décennies.
La dégradation est affligeante. J’en veux pour preuve la régression terrible qui nous caractérise à ce sujet : Figure-toi, ami lecteur, qu’il y a plus de 80  ans, le jeune mathématicien et écrivain égyptien Ismail Ahmad Adham publia, dans l’Egypte des années 1930, un manifeste intitulé : Pourquoi je suis athée, dans lequel il défendait son incroyance et vantait son état d’esprit d’homme soulagé à le proclamer…
Que penses-tu qu’on lui ait fait ? L’a-t-on occis ? L’a-t-on décapité ? L’a-t-on bastonné ? L’administration s’est-elle mêlée pour l’emprisonner ? Non, rien de tout cela. La réponse fut, entre autres, celle d’un autre écrivain théiste sous la forme d’un opuscule ayant pour titre Pourquoi je suis croyant. Aujourd’hui, une telle «affaire» ne se passera pas et il y aura assurément un Chems-Eddine ou un pseudo-imam quelconque qui appellera à tuer l’hérétique, à en finir avec l’apostat par le châtiment suprême.
Pis encore, ces procurateurs de Dieu et défenseurs autoproclamés de ses droits exclusifs, jettent l’anathème sur toute personne qui n’entre pas dans le moule de l’intolérance et du fanatisme qu’ils ne cessent de rendre de plus en plus étroit. L’accusation de mécréance est devenue l’arme fatale pour mettre fin à toute discussion. Non seulement, de nos jours, un Ismail Ahmad Adham n’oserait jamais écrire, en contexte islamique, le moindre manifeste militant pour l’athéisme ni imaginer composer un pamphlet irréligieux, mais, les réponses seraient jugées timorées et non satisfaisantes valant à leurs auteurs brimades et vexations à cause de leur tiédeur à défendre comme il faut la vraie foi…
Ô maison de la sagesse de Baghdad, où es-tu ? Tu fus le lieu des débats et des controverses entre juifs, chrétiens, musulmans et hérétiques – sans que l’on prît les références scripturaires coraniques comme bases de discussion. Elles n’étaient pas reconnues de tous. Ces fameuses munazarates, ont été reprises par les auteurs latins sous forme de disputationes pluriel de disputatio, l’ancêtre de la soutenance de thèse afin d’obtenir le grade de docteur de l’université. Voilà, le ton est donné, nous devons recouvrer notre patrimoine assaini de tous ses germes d’intolérance. L’entreprise est titanesque. Mais nous n’abdiquons pas.
 
Ghaleb Bencheikh
*Ecrivain, essayiste, animateur de l’émission «Islam» sur France 2
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El Watan 23 juin 2015

Chronique : Le temps de l’analyse


Aujourd’hui, nous abordons la question cruciale du terrorisme abject qui sévit au nom de la tradition religieuse islamique. Il se poursuit encore, en ce moment même, alors que nous sommes censés vivre un temps consacré de bonté et de miséricorde. Sauf que des individus fanatisés affiliés à des groupes islamistes djihadistes ont décidé de déclencher une conflagration généralisée s’étalant sur un arc allant depuis le nord du Nigéria jusqu’à l’île de Jolo passant par la Corne africaine, sans parler de la monstruosité idéologique dénommée Daech.
Et, l’élément islamique y est franchement impliqué. Chaque jour que «Dieu fait», des dizaines de vies sont fauchées par une guerre menée au nom d’une certaine idée de l’islam avec toutes les logorrhées dégénérées qui usurpent son vocabulaire et confisquent son champ sémantique, devenus anxiogènes pour nombre de non-musulmans. Les exactions terribles qui sont commises nous scandalisent et offensent nos consciences.
Cette guerre réclame de nous tous, qui que nous soyons, hommes et femmes de bonne volonté, mais surtout de nous autres musulmans, de l’éteindre. Il est de notre responsabilité d’agir et de nous opposer à tout ce qui l’attise et l’entretient. Nous ne le faisons pas pour obéir à une quelconque injonction ni parce que nous sommes sommés de nous «désolidariser» de la bête immonde. Nous agissons de la sorte, avec dignité, mus que nous sommes par une très haute idée de l’humanité et de la fraternité.
Nous ne cèderons jamais à la psychose. C’est une déclaration de résistance et d’insoumission face à la barbarie. C’est ce que nous avons fait lors de la décennie noire où cette calamité a endeuillé tout le peuple algérien. C’est aussi notre attachement viscéral à la vie, à la paix et à la liberté. Et, tout comme l’enseigne l’Ecclésiaste, au début du troisième chapitre de la genèse – dans l’Ancien Testament – «Il y a un temps pour tout, il y a un temps pour les actions sous le ciel, il y a un temps pour tuer et un temps pour guérir, un temps pour abattre et un temps pour bâtir, un temps pour pleurer et un temps pour rire, un temps pour la guerre et un temps pour la paix.»
Alors, après le temps de l’affliction et de la torpeur, après celui de la sidération et des condamnations, le temps de l’analyse doit succéder à celui du panurgisme émotionnel. Ces derniers mois, plusieurs décryptages du terrorisme djihadiste se sont fait concurrence. Des lectures sociologisante, politique, géostratégique, psychologique, millénariste et théologique ont été présentées doctement. Et, tout en reconnaissant à chacune d’elles sa pertinence propre, nous affirmons qu’aucune n’est susceptible d’épuiser, à elle seule, le sujet. C’est pour cela qu’il faut plus de distanciation et de hauteur pour une vision panoptique et synoptique des choses.
Certes, il y a des facteurs endogènes propres aux contextes islamiques et des raisons intrinsèques qui sont venues les alimenter et les aggraver. Les éléments endogènes sont connus et plusieurs fois passés en revue. Il s’agit d’un faisceau convergent de facteurs politique, culturel, théologique, économique, militaire et géographique. Ils ont concouru à la stagnation, à la décadence, au déclin, à la régression et à la «colonisabilité» – en empruntant l’expression de Malek Bennabi. Nous aurons à y revenir à l’occasion de l’une ou l’autre de ces chroniques. Parce que nous devons être conscients des causes de notre décadence.
Quant aux raisons extrinsèques qui sont venues alimenter et aggraver les premiers facteurs, je les énumère sous forme de flashs sinon, il faudrait un corpus de plusieurs volumes dépassant le cadre de ces modestes chroniques. Ce sont en quelques mots et noms : Laurence d’Arabie, Mac Mahon, Sykes-Picot, Allenby, Balfour, Sèvres, Lausanne, Berlin, canal de Suez et plus tard Guantanamo et Abou Ghrib sans évoquer les résolutions de l’ONU relatives à la Palestine, à trois chiffres, qui dorment dans les tiroirs de l’Organisation et celles à quatre chiffres appliquées dans un déluge de feu et de fer.
Et, malheureusement ce déluge s’est abattu aussi sur le peuple irakien en dehors de toute légalité internationale et suite à un mensonge éhonté. Et, les menteurs, auteurs de cette désolation et du désastre, continuent à couler des jours heureux au ranch de Crawford et à Londres au moment où on a voulu arrêter Omar El Béchir lors de son déplacement en Afrique du Sud. Ce dernier aura sûrement à s’expliquer devant la justice des hommes en attendant de comparaître pour le jugement céleste.
Sauf que tant que les agissements de la «communauté internationale» s’accommodent de la realpolitik et de la loi du plus fort considérée comme la meilleure, nous aurons toujours à déplorer la subversion terroriste. Nous verrons demain en quoi nous n’accepterons jamais que la terreur islamiste pervertisse la grande tradition de générosité et de miséricorde, ni avilisse l’enseignement d’amour et de bonté.
 
Ghaleb Bencheikh
*Ecrivain, essayiste, animateur de l’émission «Islam» sur France 2

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El Watan 24 juin 2015

Chronique : Des chantiers urgents

Après la chronique d’hier où nous avons abordé la question du terrorisme aveugle qui s’abat au nom de notre tradition religieuse, aujourd’hui, nous poursuivons en soulignant que le drame réside surtout dans le discours martial puisé dans la partie belligène du patrimoine religieux islamique – conforme à une conception du monde dépassée, propre à un temps éculé – qui n’a pas été déminéralisée ni dévitalisée.
Il est temps de reconnaître, dans la froideur d’esprit et la lucidité, les fêlures morales graves d’un discours religieux intolérant et les manquements à l’éthique de l’altérité confessionnelle qui perdurent depuis des lustres dans des communautés musulmanes ignares, déstructurées et crispées, repliées sur elles-mêmes.
Des sermonnaires doctrinaires idéologues le profèrent pour «défendre» une religion qu’ils dénaturent et avilissent. Plus que la caducité ou l’obsolescence de ces doctrines d’attaque et de violence légitimées par le divin, il est temps de les déclarer antihumanistes. Au-delà des simples réformettes, par-delà le toilettage, plus qu’un aggiornamento, plus qu’un rafistolage, qui s’apparentent tous à une cautérisation d’une jambe en bois, c’est à une refondation de la pensée théologique islamique qu’il faut en appeler, je ne cesse, pour ma part, de le requérir et je m’étais égosillé à l’exprimer.
En finir avec la «raison religieuse dévote» et la «pensée magique», s’affranchir des représentations superstitieuses, se soustraire à l’argument d’autorité, déplacer les préoccupations de l’assise de la croyance vers les problématiques de l’objectivité de la connaissance, relèvent d’une nécessité impérieuse et d’un besoin vital. On n’aura plus à infantiliser des esprits ni à culpabiliser des consciences ni à fragiliser des êtres.
Les chantiers sont titanesques et il faut les entreprendre d’urgence : le pluralisme, la laïcité, la désintrication de la politique d’avec la religion, l’égalité foncière et ontologique entre les êtres par-delà le genre, la liberté d’expression et de croyance, la garantie de pouvoir changer de croyance, la désacralisation de la violence, la démocratie et l’Etat de droit sont des réponses essentielles et des antidotes primordiaux exigés partout dans le monde islamique. Ce n’est plus suffisant de clamer que ces crimes n’ont rien à voir avec l’islam. Le discours incantatoire ne règle rien et le discours imprécatoire ne fait jamais avancer les choses.
Ce n’est plus possible de pérorer que l’islam c’est la paix, c’est l’hospitalité, c’est la générosité... c’est irresponsable et c’en est même devenu insupportable. Occulter les raisons du mal laisse les plaies grandes ouvertes. Bien que nous le croyions fondamentalement et que nous connaissions la magnanimité, la mansuétude et la miséricorde enseignées par sa version standard, où jamais l’assassinat n’est la mesure de l’offense ! C’est bien aussi une compréhension obscurantiste, archaïque, passéiste, dévoyée et rétrograde d’une partie du patrimoine calcifié qui est la cause de tous nos maux.
Et il faut tout de suite la dirimer. Nous ne voulons pas que la partie gangrène le tout. Les glaciations idéologiques nous ont amenés à cette tragédie généralisée. Nous devons toutes les dégeler. La responsabilité nous commande de reconnaître l’abdication de la raison et la démission de l’esprit dans la scansion de l’antienne islamiste justifiée par une lecture biaisée d’une construction humaine sacralisée et garantie par «le divin». Il est temps de sortir des enfermements doctrinaux et de s’émanciper des clôtures dogmatiques. L’historicité et l’inapplicabilité d’un certain nombre de textes du corpus religieux islamique sont d’évidence une réalité objective. Nous l’affirmons. Et nous en tirons les conséquences.
L’ancrage dans la modernité ne saurait se faire sans une modernité intellectuelle fondée sur l’esprit critique, je l’ai déjà écrit dans la toute première chronique. Je regrette que nous ne l’ayons pas fait dans notre pays. Aucun colloque de grande envergure n’a pu se tenir, aucun symposium important n’a été organisé en vue de subsumer la violence «inhérente» à l’islam ; pas la moindre conférence sérieuse n’a été animée pour pourfendre les thèses islamistes radicales. Nous avons vécu sur la défaite de la pensée et l’abrasement de la réflexion.
Il est vrai que la pusillanimité et la frilosité de nos «hiérarques» nous ont causés beaucoup de torts. Leur incurie organique nous laisse attendre, tétanisés, la dramatique séquence d’après. Leur seul argument avancé est que nous sommes pris en otage par les fanatiques barbares. Or, face à la barbarie, il vaut mieux vivre peu, debout, digne et en phase avec ses convictions humanistes que de végéter longtemps en louvoyant, en étant complice, par l’inaction et le silence, de ce qu’on réprouve. Nous verrons la suite demain.
 
Ghaleb Bencheikh
*Ecrivain, essayiste, animateur de l’émission «Islam» sur France 2

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El Watan 25 juin 2015

Chronique : Autres voies, autres voix

Nous poursuivons ces chroniques au fil des jours que compte ce mois de Ramadhan. Elles commencent à susciter réactions et débats sur la Toile. Tant mieux, si une certaine effervescence intellectuelle peut nous sortir de la torpeur, de l’été et du jeûne. Je souhaite, pour ma part, qu’elle reste contenue dans les limites de la courtoisie et de l’éthique du désaccord. Je sais gré à toutes celles et tous ceux qui, avec sagacité et intelligence, commentent et critiquent mes propos.
Ceux-ci sont interrogeables et révisables. Ils ne relèvent d’aucun dogmatisme. Et, j’admets volontiers que mes prises de position soient discutables, voire contestables. Je fais mienne cette parole du calife Omar Ier : «Que Dieu fasse miséricorde à celui qui m’offre mes défauts.» En revanche, lorsque les dérapages se produisent et les attaques ad hominem fusent, la diffamation et la calomnie tiennent souvent lieu d’arguments pour faire taire et couper court à toute discussion. Sauf que la prise de parole publique est une responsabilité et il faut l’assumer.
Et, je ne me tairai pas. Je suis mithridatisé contre la malveillance et la bêtise humaine. De toute façon, le silence et la complaisance ont toujours été de discrets facteurs générateurs et amplificateurs des grandes tragédies. Et l’importance de la parole est telle, lorsqu’elle est bonne – et selon la parabole coranique - un bel arbre dont la racine est ferme et la ramure s’élançant dans le ciel,  donne ses fruits à tout instant par la grâce de son seigneur. Et lorsque la parole est destructrice, elle est semblable à un mauvais arbre déraciné de la surface de la terre et qui n’a point de stabilité.
Bien entendu, il faut condamner sans réserve toutes les dérives meurtrières qui s’abattent au nom de la religion et dénoncer l’extrémisme islamiste violent. Qui dit dénoncer, dit aussi annoncer : aucune cause, si légitime soit-elle, n’implique le massacre des innocents. Et surtout que le sacrilège suprême est l’atteinte à la vie. On ne peut pas et on ne doit pas se prévaloir d’un idéal religieux pour semer la terreur et provoquer la haine et le ressentiment.
Après avoir affirmé cela avec force, il est juste et sage de rechercher d’autres voies et d’entendre d’autres voix. Celles qui ne se cantonnent pas à la dénonciation. Celles qui veulent construire des alternatives aux nouvelles nécessités et potentialités du développement humain intellectuel et social. Celles qui fédèrent les forces vives de tous ceux et de toutes celles qui sont porteurs des valeurs d’humanisme de paix, de justice et de fraternité en nourrissant leur espérance.
Celles qui participent au renouveau et à l’éveil des consciences. Cet éveil commence par voir chez soi, en soi, les manquements à l’éthique, les écarts à la sincérité avec soi-même, les fêlures morales. Parce qu’aucune nation et aucun peuple ne changent véritablement si, pris individuellement, les membres de la nation ou du peuple n’entreprennent pas chacun un travail d’introspection intérieure afin de modifier l’inadéquation entre l’hypocrisie ambiante et le ressenti intérieur.
Et, cela commence par réaliser qu’encore de nos jours, dans de nombreux pays, à population majoritairement musulmane, des régimes politiques sévissent sans aucune légitimité démocratique. Ils gouvernent en domestiquant la religion et en idéologisant la tradition. Ils manipulent la révélation pour des fins autres que spirituelles. Les sociétés, elles-mêmes, en sont devenues minées par l’obscurantisme et l’infantilisation des esprits.
Elles n’ont engendré, globalement au risque d’être sévère – que des «diseurs» et jamais ou rarement des «faiseurs». Alors, comment faire pour que la réflexion, précédant l’action, puisse être formulée et exprimée en vue d’être saisie et intériorisée dans une adhésion intime ? Nous poursuivrons cette analyse dans la prochaine chronique en oscillant entre le fait de s’appesantir sur les raisons de cette arriération et ses méfaits et le fait d’ouvrir des perspectives d’avenir et de sortie de crise.
 
Ghaleb Bencheikh

*Ecrivain, essayiste, animateur de l’émission «Islam» sur France 2

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Chronique. Ghaleb Bencheikh(*)

Hypocrisie et escroquerie


Nous avons évoqué, jeudi, le manque de légitimité démocratique dans la quasi-totalité des pays où la société est majoritairement musulmane. Nous constatons que les régimes s’y prévalent tous de l’islam comme religion d’Etat. C’est même inscrit dans la Loi fondamentale.
En réalité, j’ai précédé «totalité» par «quasi» pour ne pas être injuste vis-à-vis de nos voisins tunisiens et d’autres exemples en dehors du monde arabe, dont le nombre peut être compté sur les doigts d’une main affreusement mutilée.
Certes, la promesse démocratique est une asymptote – comme auraient dit les mathématiciens – et nous y tendons pour en être le plus près possible. Nous mesurons aussi les grandes étapes franchies dans la lente et longue maturité de l’humanité pour approcher ce point à l’horizon dans la gestion des affaires de la cité.
Depuis Solon et Clisthène, qui instaurèrent les fondements de la démocratie athénienne dès le VIe siècle avant l’ère commune jusqu’à nos jours, nous constatons son évolution et comment elle a pu se frayer un chemin entre despotisme et tyrannie.
Tant et si bien que les femmes, les métèques et les esclaves devaient être exclus de l’agora. Plus tard, et bien après la révolution française, nous verrons que le Tocqueville de l’Amérique n’est pas celui de l’Algérie et le Jules Ferry de la Métropole n’est pas celui des colonies où l’école n’était ni gratuite, ni laïque, ni obligatoire… maintenant, la démocratie française fonctionne cahin-caha. Elle est meilleure que celle de Poutine assurément, mais il arrive que les Scandinaves s’en amusent et la trouvent quelque peu affectée…
C’est souligner le caractère intrinsèquement évolutif de la démocratie. Il dépasse le simple formalisme creux du processus électoral. Il ne suffit pas d’organiser des scrutins pour assurer la franchise des résultats et, même si ces scrutins étaient exempts de fraudes, quelle serait leur valeur si ceux qui sont élus n’avaient pas de réelle maîtrise sur le cours des choses ni sur les véritables décisions ? Le cas iranien est un exemple patent.
Le régime des mollahs se targue du respect des échéances électorales et du bon fonctionnement de la machine des différentes consultations, notamment présidentielles, bien que la réélection de Mahmoud Ahmadinejad ait été contestée par les jeunes non sans courage avec leurs cris et leurs pancartes portant l’inscription : «Where is my vote ?» Encore une fois, quel intérêt peut-on avoir d’une élection, fût-elle transparente, si la Loi fondamentale est biscornue avec l’idée du mandat du jurisconsulte : un guide spirituel ayant main basse sur la police et la justice ! Un homme qui ne rend compte à personne !
Nous ne connaissons pas, en contextes islamiques, qu’est-ce la séparation des pouvoirs, ni l’alternance au pouvoir, ni l’équilibre des pouvoirs, ni ce que sont les contre-pouvoirs. Rien de tel n’est connu ni appliqué ni même voulu.
On se gargarise de belles paroles sur l’islam et on ajoute dans une escroquerie morale et intellectuelle que «ceux qui ne gouvernent pas selon ce que Dieu a prescrit, sont des mécréants», en ayant déjà tordu le sens de «juger» et «arbitrer» en «gouverner» et en affirmant avoir pénétré le désir politique de Dieu !
On s’offusque de voir l’épithète islamique accolée à Etat par la monstruosité dénommée Daech, mais on l’accepte lorsqu’elle qualifie la République en Mauritanie, en Iran et au Pakistan. Tout comme on s’accommode à l’idée bizarre qu’un Etat puisse avoir une confession ! A-t-on un jour pris le temps de déconstruire l’article des différentes Constitutions qui stipule que l’islam est la religion de l’Etat ?
Et, nous ne sommes pas à cette contradiction près ni à une hypocrisie de plus.
Actuellement, certains régimes participent à la coalition menée par des «mécréants» qui bombarde justement le prétendu Etat islamique alors que les criminels fous furieux du califat de la terreur appliquent leurs doctrines et soutiennent leurs thèses ! La dite monstruosité idéologique, c’est le wahhabisme en actes, rien d’autre. C’est le salafisme dans les faits, la cruauté en sus.

Ghaleb Bencheikh
*Ecrivain, essayiste, animateur de l’émission «Islam» sur France 2


mercredi, juin 17, 2015

497_ L'Algérie vue du ciel- Yann Arthus-Bertrand





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                                                            L'Algérie vue du ciel
                                        Mardi 16 juin 2015 sur France2_ 20h50 _ Part 1.5

A SUIVRE...

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