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Le blog de Ahmed HANIFI - Littérature, quotidien etc.
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___________________ ___________________ J'AI APPRIS QUE LES MOTS NE SERVENT A RIEN, QUE LES MOTS NE CORRESPONDENT JAMAIS A CE QU'ILS S'EFFORCENT D'EXPRIMER. W. FAULKNER "Tandis que j'agonise".

samedi, juillet 31, 2010

212- Les bouquinistes à Oran etc.

Dur, dur d'être bouquiniste à Oran
par El Kébir A.
Pour toute la ville d'Oran, la capitale de l'ouest algérien, on aura beau la fouiller de fond en comble, aller dans les moindres recoins, on ne dénichera, en tout et pour tout, que deux à trois bouquinistes, et rien de plus.

Le premier se trouve à l'angle du boulevard Emir Abdelkader et de la rue Mostaganem; le second à la place de la Cathédrale, et le troisième à la rue Khemisti. Trois bouquinistes pour toute une ville, et non des moindres, puisqu'il s'agit de la deuxième grande ville d'Algérie, il y a forcément quelque chose qui doit clocher quelque part ! Et si on va à la rencontre de ces bouquinistes, et si on leur demande de nous faire part de leurs sentiments et de leur appréhension quant à la rareté, voire même de la carence de leur métier dans la ville d'Oran, leurs discours sont édifiants. «C'est malheureux à dire, mais les gens lisent de moins en moins, nous dit l'un d'entre eux, je remarque cela d'année en année, et j'en suis impuissant». Il faut dire aussi que rares sont les fois où un passant s'attarde à contempler l'étalage des livres. «Avec la cherté de la vie et le pouvoir d'achat laminé, la lecture est devenue le cadet des soucis des gens !», ajoute-il. Pourtant, comme chacun le sait, et comme il l'a souligné : «dans la norme, la culture ce n'est pas un luxe, mais une nécessité». Dans ce cas, la question qui nous vient en tête: «comment font les quelques bouquinistes restants pour survivre encore?», il nous répond tout de go: «on réussit à subsister grâce aux livres utilitaires, très prisés des bacheliers et des universitaires, ou encore grâce aux échanges de livres policiers, mais pour ce qui est de la littérature, la vraie, là, c'est la mort».

L'autre bouquiniste que nous avons contacté tenait, quant à lui, des propos plus ou moins nuancés, virant même parfois vers l'optimisme «Certes, nous dit-il, il va de soi qu'on vit en ce moment une vraie crise, mais pour ma part, j'attribue cela à d'autres raisons. Il ne faut pas l'incomber seulement au désintéressement des gens, loin de là... en vérité, le vrai problème, ce n'est pas la pénurie de lecteurs, mais celle des livres!»; autrement dit, c'est le choix des livres que proposent les bouquinistes qui n'est pas si évasé. Aussi, bien des fois, quand les gens cherchent un livre de Sartre, d'Ernest Hemingway, de Dostoïevski ou même d'Albert Camus, le bouquiniste, impuissant, leur répond qu'il n'en dispose pas. «A chaque rentrée universitaire, nous dit-il encore, des étudiants de l'I.L.E viennent me voir, demandant, à titre d'exemple «Nedjma» de Kateb Yacine, ou encore «Madame Bovary» de Flaubert... Hélas, ils ne sont pas toujours en à ma possession, et quand je les ai, c'est à seulement un nombre insignifiant d'exemplaires», regrette-t-il! Bien sûr, quand les livres sont indisponibles chez les bouquinistes, les gens peuvent toujours se rebattre sur les librairies; mais là encore, il faut savoir que celles-ci ne sont également pas très nombreuses pour une ville qui compte tout de même pas moins de deux millions d'âmes. Et si on ajoute à cela le fait qu'un livre, dans une librairie, se vend à un prix infiniment plus cher que celui qu'on trouve chez un bouquiniste, cela nous donne une certaine idée du nombre de personnes qui s'intéressent à la lecture à Oran. Cela dit, ces bouquinistes sont tombés d'accord sur un point: en Algérie, ou tout du moins à Oran, les personnes qui lisent le plus sont les femmes. «C'est elles qui viennent nous voir le plus souvent, et qui s'attardent pendant des longues minutes devant l'étalage de bouquins; et qu'on se le tienne pour dit, quand elles viennent ici, elles cherchent précisément des livres de littérature, et non pas seulement, comme on est tenté de le croire, des livres Arlequin ou de cuisine !»

Photo El Watan


A ce propos, il est à noter que face à la pénurie de livres de la littérature, les bouquinistes tentent de meubler la carence par des livres religieux ou de cuisine. «Alors que ce n'est pas notre rôle, regrette-il, un bouquiniste ne doit proposer exclusivement que des livres de littérature; mais hélas, on est bien obligé de faire cela, car il faut aussi qu'on survive!» Il est à remarquer que cette pénurie de livres ne touche pas seulement Oran, mais peut-être bien l'ensemble de l'Algérie. Aussi, a-t-on appris la semaine dernière, la fermeture de «l'espace Noûn», la célèbre librairie à Alger, et cela pour raison de difficultés financières. En revanche, à Alger précisément, si les librairies endurent quelques difficultés, les bouquinistes, quant à eux, se portent plus ou moins bien, et cela pour une raison toute simple: les livres qu'ils proposent sont nombreux et variés. Mieux que cela, à «l'île lettrée» à titre d'exemple, qui est en fait un café littéraire doté d'une bibliothèque, les clients, quand ils ont un livre en double, n'hésitent pas à le léguer à cet espace de culture, et cela afin de faire profiter les autres. C'est ce qu'on aimerait qu'il se passe aussi à Oran: ne plus se contenter d'être des lecteurs passifs, mais contribuer à faire propager la culture un peu partout! » Etre bouquiniste ne se réduit pas simplement à vendre des livres, nous dit-il, c'est aussi une notion de valeur et de partage. Un jour, je fais découvrir tel auteur à telle personne, un autre jour telle personne me fait découvrir tel auteur! Pour moi, je n'ai pas des acheteurs, mais des lecteurs, et je ne parle pas de clientèle, mais de lectorat! Il est grand temps que la culture retrouve sa place dans cette ville!»

in Le Quotidien d'Oran, samedi 31 juillet 2010
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Librairie l’étoile d’or (Alger-Centre) : Le capharnaüm du bouquiniste En arpentant les rues d’Alger, très peu de bouquinistes, hormis les occasionnels qui étalent leur éventaire sur le trottoir, continuent à exercer leur métier. On y trouvait ces réduits livresques dans tous les quartiers de la capitale, mais les temps ont bel et bien changé et à « la lecture, ce vice impuni » pour reprendre la citation de Valéry Larbaud, d’autres « vices » ont pris place. Il n’en subsiste à présent que quelques-uns qui se comptent sur les doigts d’une main. Le plus ancien est le bouquiniste Mouloud Mechkour qui reste rivé à sa passion depuis près de soixante ans. Tapi dans une boutique d’une trentaine de mètres carrés, sise au 74, rue Didouche Mourad, au milieu d’un fatras de livres, de revues et autres publications, ammi Mouloud se remémore des années cinquante, lorsque la propriétaire du local l’Etoile d’or s’attachait ses services pour l’aider temporairement dans sa tâche de bouquiniste, lors de la rentrée scolaire où les potaches venaient refiler ou troquaient, c’est selon, leurs anciens livres pédagogiques avec les plus récents. Alors qu’il n’avait que treize ans, ammi Mouloud faisait preuve d’assiduité et ne ménageait aucun effort pour mener à bien le travail qui lui était confié, ce qui lui permit au fil des semaines et des mois de gagner des galons. Plusieurs personnalités de la littérature ont défilé dans cet espace clair obscur, devenu un pied-à-terre des gens de l’édition, des écrivains et journalistes de la métropole, lorsqu’ils étaient de passage. « On y trouvait dans les années soixante-dix tous les styles de production de la pensée humaine dans le genre romantisme, classicisme, futurisme », se rappelle ammi Mouloud dont la mémoire convoque des auteurs anciens et modernes, écrivains illustres ou inconnus à l’image de Jean Sénac, Emmanuel Roblès, Mouloud Feraoun, Georges Arnaud, l’auteur de l’œuvre cinématographique Le Salaire de la peur ou encore Edmont Charlot, l’éditeur (Rivage) qui a découvert Albert Camus, Max-Pol Fouchet et Jules Roy en Algérie. Les bouquinistes de l’époque, poursuit-il, n’avaient pas la vocation de présenter les nouveautés, sinon qu’ils permettaient à la gent bouquineuse d’aiguiser sa curiosité et d’augmenter l’envie de lire les œuvres classiques ou anciennes qui ont marqué une époque. C’était une tradition où l’homme d’études, le lettré, le professeur, l’étudiant, l’écrivain ou le simple employé qui, sorti de son cours, de son cabinet ou de son bureau, observera une halte chez le bouquiniste du coin pour y étancher sa soif, en dénichant quelque rareté ou en devisant sur telle ou telle œuvre.A 75 ans, ammi Mouloud n’est pas prêt à mettre la clé sous le paillasson ou à changer d’activité pour un gain plus rémunérateur. Il n’abdique pas devant les vicissitudes de la fortune, laisse-t-il entendre, ni ne prête le flanc à ceux qui « osent » le persuader de se défaire de ce métier moins rentable sur le plan commercial. Il continue à évoluer à pas feutrés dans son univers qui respire la patine du temps, toujours fidèle à son compagnon complice de toujours, le livre. Comme écrivait Jean Rostand : « Je demande à un livre de créer en moi le besoin de ce qu’il m’apporte. » Par M. Tchoubane
in El Watan 11 février 2009

jeudi, juillet 29, 2010

211- L'amer Jasmin de Fès est paru

Aux éditions Edilivre, parution de mon deuxième roman.


Razi, la cinquantaine entamée, enseigne dans un centre de formation du sud de la France depuis plusieurs années. Il rouille ses os dans la routine jusqu’à ce jour de
septembre, quand arrive dans sa classe une jeune marocaine qui n’a pas encore vingt ans. Jeune divorcée, Katia ne pense qu’au renouvellement de sa carte de séjour et accessoirement à ses facéties juvéniles. Razi est obsédé par cette fille qui bouleverse sa vie. Une relation forte et complexe s’établit entre le formateur et son élève. Razi et Katia passent ensemble des moments inoubliables.
Les démarches administratives de Katia n’aboutissent pas. Elle se retrouve dans l’illégalité : elle est une sans-papiers. Le préfet des Bouches du Rhône la somme alors de quitter le territoire français dans un délais d’un mois.

Lecture ici:
http://www.wobook.com/WBtc25a2NX1lBl6F/L-amer-Jasmin-de-F%E8s.html


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mardi, juillet 27, 2010

GR2OUX?
GIONO?

dimanche, juillet 25, 2010

209- Zorah sur la terrasse de Abdelkader DJEMAI

Le dernier livre de Abdelkader Djemaï, « Zorah sur la terrasse » (éditions du Seuil, 123 pages) est un récit prenant la forme d’une longue lettre qu’il adresse au célèbre peintre Matisse (1869-1954) et dans laquelle il apporte nombre d’informations ou comme lorsqu’il s’adresse à quelqu’un qui n’a plus toute sa mémoire rappelle (au lecteur ?) un ensemble de faits. Elle commence ainsi : « Cher Monsieur Matisse, J’ai voulu vous parler et vous écrire parce que j’aime votre peinture et que mon grand-père paternel vous ressemblait physiquement »..
Djemaï raconte en 26 planches de 50 à 125 lignes chacune, d’une part les relations fortes entre Matisse et la mythique « ville bleue » marocaine, Tanger, mais aussi les relations qui lient le peintre à ses modèles, dont Zorah, la belle prostituée « aux lèvres charnues et le buste dénudé (…) on aurait dit une petite sainte ».
L’auteur raconte d’autre part des souvenirs familiaux dans l’autre grande et magnifique ville méditerranéenne, Oran l’algérienne.
Les périodes, les villes de Tanger et d’Oran ainsi que les personnages, ceux qui entourent Matisse et les membres de la famille de l’auteur, au premier rang desquels Miloud, le grand-père paternel, s’entrecroisent fréquemment. 28 oeuvres de Matisse sont citées dans l’ouvrage de Djemaï.
La vie difficile de l’Algérie des années coloniales, « il n’y avait pas chez nous d’eau courante, d’électricité, de téléphone et les toilettes étaient dans la cour ».. Malgré la colonisation il y avait des moments forts « Mon grand-père (…) appréciait la gasba, la flûte artisanale à six trous, les chants bédouins de Cheikh Hamada, le couscous au beurre et aux raisins secs »

L’écriture de Abdelkader Djemaï est très mesurée. Les phrases sont souvent courtes. Elles ne débordent pas, moulées dans une sobriété continue, hormis peut-être « les fesses en compote »…Et nous avons vite l'envie à la fois de découvrir (redécouvrir) Matisse et de faire connaissance de manière plus approfondie de Zorah ettanjaouia.

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Zorah sur la terrasse. Abdelkader Djemaï. Editions du Seuil, 2010.

dimanche, juillet 18, 2010

208- Amine Zaoui: pour Yamina Méchakra

L’écrivaine d’un seul livre.
Lettre à Yamina Mechakra, da
ns sa souffrance capitale .

Photo DR


“Comme si le devoir de mourir ne suffisait pas, il faut aussi compter sur le laisser mourir et le faire mourir. (Anthropologie de la mort : L.-V. Thomas p : 103).”
Qui parmi nous se rappelle de cette femme de verbe, en vers, de plume, en encre et de cœur, fille de Meskiana, celle qui sa maman l’a appelée Yamina, oui Yamina Mechakra ? Les mamans, t
outes les mamans, savent bien choisir les noms de leurs filles. J’adore ce nom “YAMINA” très algérien. Il est très fort par sa musicalité rurale et fine. D’ailleurs, Ahmed Wahbi a chanté sa Yamina : “Yamina Ghadra”.Une femme fragile au sourire douloureux ! Elle appartient à la race “des roses” ! Celle qui, autour de son premier roman La Grotte éclatée a pu réunir deux géants de la culture algérienne : M’hamed Issiakhem pour la couverture (tableau de l’aveugle) et Kateb Yacine pour la préface, cette écrivaine est menacée d’extinction.“Issiakhem lui a dit un jour : attention, il ne faut pas écrire comme les femmes, hein ?!” cette écrivaine qui a écrit comme “les grands” sombre dans le silence d’un hôpital psychiatrique, sans caresses, sans amis et sans poésie ! Elle qui adorait écouter le vin des vers.
Elle est plus grande que notr
e silence complice qui l’enterre vivante. Nous regardons sa mort unique et spectaculaire et nous croquons des pistaches persanes grillées ! Nous évitons de regarder sa descente en enfer de la folie pour mieux déguster ce match en direct de Johannesburg ! Et, dehors, les drapeaux aux couleurs nationales flottent partout dans les rues et les ruelles, nous sommes le 5 juillet, 48 ans d’indépendance. Et Yamina garde de cette guerre de libération des images : “un homme écartelé sur le canon d’un char, exposé dans la rue. Elle a vu torturer son père. Elle l’a vu mourir en lui recommandant de garder la tête haute… c’est à lui qu’elle dédia le livre.” Comment une poétesse internée à l’hôpital psychiatrique Frantz-Fanon de Blida vit ce jumelage : la poésie et la folie ? Qui est l’origine de l’autre ?
À l’image de son maître Kateb Yacine, Yamina Mechakra est l’écrivaine d’un seul texte, d’un seul livre. Les prophètes, comme les poètes, eux aussi n’ont qu’un seul livre. Par son roman La Grotte éclatée (1979), Yamina Mechakra a bouleversé l’écriture algérienne des années 70/80. Sur les traces de Nedjma, de Kateb Yacine, vingt-cinq ans après l’apparition de Nedjma (1956), Yamina Mechakra a révolutionné l’écriture romanesque sur la révolution algérienne. Comme Mohammed Dib, dans Qui se souvient de la mer (1962), Yamina Mechakra voulait subvertir l’écriture de l’intérieur, en dynamitant la langue et les genres littéraires.

La Grotte éclatée est un texte en plein feu de la folie. La folie créative est la sœur jumelle de toute écriture honnête et révélatrice. La folie est installée dans le texte ou dans l’âme de Yamina ? C’est kif-kif ?
Dans sa préface au roman, Kateb Yacine écrit : “À l’heure actuelle, dans notre pays, une femme qui écrit vaut son pesant de poudre.” “L’écrivaine éclatée” ! L’or est l’affaire des femmes esclaves ! Et en ce 5 juillet, 48 ans d’indépendance, un demi-siècle, la poudre est mouillée à l’hôpital psychiatrique de Blida. Seule, esseulée ! Le baroud ne répond plus ! Et l’âme subversive saigne ! L’âme est blessée !
En ces jours de fête du 5 juillet 2010, face à ces drapeaux aux couleurs nationales qui flottent, berçant la mémoire de la révolution, en soutien à l’écrivaine Yamina Mechakra dans sa souffrance, j’invite les Algériens à lire ou à relire son roman La Grotte éclatée (je signale que le roman est disponible en traduction arabe).
Merci Yamina Mechakra pour tout ce que tu nous as appris, dans et par le texte, dans et par ta vie peinée.
Amine Zaoui.
in: Liberté / Culture Jeudi 08 Juillet 2010
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Extrait de : La grotte éclatée.
4 Juin 1962 - Cinq heures du matin. Un soleil rouge et ruisselant se levait derrière les collines. La caravane s'immobilisa au bord de la frontière. Je glissai de la fourgonnette. Debout, le soleil dans le dos, le vent dans les cheveux, la main sur mon cœur, je me dis tout bas mon pays et ma maison, ma grotte et ma peine. Quelque part dans le monde, une autre femme peut-être, debout sur une autre frontière priait pour la dernière fois. Je laissai tomber mon bras puis je me déchaussai. De mes pieds couverts des cratères du napalm, mes pieds nus et carbonisés, je foulai avec douceur la terre brûlante de mon pays. Je fis un pas. puis un autre, puis encore un autre. Les cailloux me déchiraient la peau. Les ronces m'égratignaient, j'eus soif, j'eus mal à la tête et m'évanouis. Quand je me réveillai, j'étais allongée au pied de la fourgonnette, le cadavre castré me passait un peu d'eau sur le visage. Il devait être midi. Je lui demandai de verser un peu d'eau fraîche sur le cercueil métallique. Kouider devait suffoquer. Mon fils tendait l'oreille à la voix du poète, qui le tenait dans ses bras. Je laissai la caravane gorgée de milliers d’émigrés sur la route de Tébessa et partis avec le poète, le cadavre castré et Rima à la recherche d'un arbre nu et déchiré, mort debout, au pied duquel dormaient ma grotte et mes amis. Je le vis au bout de ma route, les bras levés vers le ciel. Face à mon arbre, je cessai de respirer et le regardai avec mes yeux mêlés aux yeux de Kouider. Je m'approchai de lui et glissai mes lèvres sur son écorce rugueuse. Il avait survécu à mes amis. Il était ce quelque chose qui avait poussé dans ma mémoire quand ma grotte mourut, il était l'unique quelque chose qui me parlait encore de mes amis J'y accrochai ma ceinture. Le sol ne trahissait plus l'existence de ma grotte. J'arrachai une motte de terre. Je l'emporterai avec moi à ARRIS. Je la déposerai dans une jarre et j'y planterai des marguerites.
Extrait de : La Grotte Éclatée Alger SNED. 1979.
In :http://timkardhit.hautetfort.com/archive/2007/03/10/la-grotte-eclatee-yamina-mechakra.html
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Extrait de Arris :
La mère ferme les mains en coquille autour de la bouche d’Arris. Recueille le vomi bilieux qu’elle verse dans un vieux chiffon qui lui sert de serviette. Le petit se remet à somnoler.



La mère plonge la main dans son corsage, en tire un minuscule paquet. De ses doigts fébriles, elle écarte les bouts entachés d’huile du journal et découvre un beignet doré, couvert de sucre. Le petit refuse de manger. Elle se sent moins seule. Sur une banquette, vieille de deux guerres, elle allonge Arris enveloppé dans une serviette de bain. Les malades couchés à même le sol, et dehors jusque sur les trottoirs, lui rappellent atrocement l’année du typhus : ça sent les crachats verts, spumeux et couverts de mouches lui meurtrissent la vue et l’estomac.
La mère se frotte la main pour la réchauffer, soulève la serviette et la glisse doucement sur le dos d’Arris.
Le monstre est là, gros comme une orange. Elle le palpe ; il est fluctuant. Le petit geint. Elle retire discrètement sa main. Puis la glisse de nouveau vers le monstre ; ce n’est pas de l’os. Elle vérifie les vertèbres, une à une : toutes présentes. Le monstre, c’est quoi alors ?
Extrait du roman, page 7.
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Il est de nature qu’aujourd’hui encore en Algérie on continue d’ignorer nos plus belles plumes. Ceux qui sont poussés par un excès de zèle tenteront de renier cette donne, mais la vérité est malheureusement là, à nous faire face. Elle est tellement cinglante qu’on n’ose même pas la regarder. Et le cas de l’écrivaine algérienne Yamina Mechakra n’est qu’un exemple parmi tant d’autres. L’auteur de la Grotte éclatée est aujourd’hui dans la détresse. Pourtant, elle a tant donné à un pays qui continue d’ignorer encore ses meilleurs enfants.
Il est vrai qu’il n’est pas de l’habitude des officiels algériens de bouger le petit doigt pour venir à l’aide d’une frange aussi fragile que celle à qui appartient Mechakra, mais on n’est mieux compris que par ses semblables. Ses semblables comme Hayder Ben Hassen qui a adapté au théâtre la Grotte éclatée, ou Ahmed Benaïssa qui la mis en scène. La générale de la pièce a été présentée, hier, au Théâtre national algérien. Pour ceux qui veulent la voir, il n’est nullement trop tard, puisqu’une deuxième représentation sera donnée aujourd’hui, à 15h, au TNA. Cette pièce est un pan de la vie “fictive” de Yamina Mechakra. “Fictive, le mot est juste puisque le roman est une fiction. Néanmoins, cette œuvre n’est pas de celles qui appartiennent à la science fiction. Le roman de Mechakra est une fiction qui traite de faits réels”, dira Ahmed Benaïssa, lundi dernier, lors d’une conférence de presse animée au TNA. Tout en reconnaissant la difficulté de la mise en scène d’une pareille pièce, le metteur en scène a néanmoins souligné que “ça a été un énorme plaisir de mettre en scène une œuvre d’une pareille force psychologique”. En effet, la force psychologique de l’œuvre de Mechakra réside dans le fait qu’elle nous présente des personnages schizophréniques. A cela, on peut également ajouter le caractère d’une violence inouïe de ces mêmes personnages. Yamina Mechakra les a presque traînés dans la boue. Toutefois, les scènes décrites dans le roman ne reflètent que le vrai visage de la guerre de Libération nationale. Ahmed Benaïssa a, dans ce contexte, estimé que le “roman de Mechakra traite également de la situation actuelle de l’Algérie. Il est de ce fait affranchi des rênes du temps”. Par ailleurs, l’adaptateur de la pièce a indiqué que le texte de Mechakra est doté d’une force au point où il n’a de cesse de le tarauder depuis plus de dix ans. “J’étais absorbé par sa portée poétique et prosaïque à tel point que j’ai décidé de l’adapter. Et le projet je l’ai entamé en 2001, à l’Institut national des arts dramatiques et chorégraphiques de Bordj El Kiffan. Je l’ai fait en présence de Mechakra ; elle a trouvé l’idée géniale”, a indiqué Hayder Ben Hassen. Soulignons enfin que la pièce, la Grotte éclatée, est la cinquième pièce qui entre dans le cadre d’“Alger, capitale de la culture arabe 2007”. Elle sera jouée par trois comédiens du Théâtre national algérien, en l’occurrence Linda Sallam, Malika Belbey et Ali Djebarra.

Hakim C.
Le Soir d’Algérie 08 mars 2007

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YAMINA MECHAKRA, LE RETOUR DE LA KEBLOUTI

Dire l’amour dans ses trois dimensions symboliques autour du même nous Arris , le pays ;l’ amant , l’ enfant : Je dis ma foi en demain clouée sur ma poitrine. Je dis Arris mon pays et ses moissons. Arris mes ancêtres et mon honneur. Arris mon amour et ma demeure

«A l'heure actuelle, dans notre pays, une femme qui écrit vaut son pesant d'or. » C'est par cette phrase restée célèbre que Kateb Yacine terminait la préface de La Grotte éclatée de Yamina Mechkra (ENAG-1979). Ce roman-poème, pluriel dans la pluralité des « je » féminins, mémoires et sensibilités de l'Algérie en lutte pour son indépendance, outre de nombreuses études universitaires qu'il a suscitées, a été traduit en plusieurs langues dont la plus récente, en cours, en version anglaise, est entreprise par trois Américaines de l'Etat de l'Ohio. Yamina Mechakra revient à l'écriture par la publication récente de Arris aux Editions Marsa (collection Algérie- Littérature-Action) ; un roman qui continue, en forme et en fond, La Grotte éclatée. A-t-elle cessé d'écrire depuis ? Comment a-t-elle vécu depuis ? Nous l'avons rencontrée dans l'ambiance katébienne. En fait, cette fille de la pierre aurésienne est une Keblouti obsédée par l'écriture, une écriture transhumante mais vrillée à l'Algérie : « Je creuserais la terre de mes mains, de ma bouche, mais je ne quitterai pas l'Algérie. »
Arris paraît vingt-deux ans après la publication de La Grotte éclatée (SNED, 1979) préfacé par Kateb Yacine qui a dit de vous : « A l'heure actuelle, dans notre pays, une femme qui écrit vaut son pesant d'or ».

Q : Pourquoi cette absence ?


Les gens s'imaginent que je me suis tue. Or, je n'ai pas cessé d'écrire, mais j'écris et je perds. Je n'ai pas la chance de Kateb Yacine qui a eu Jacqueline Arnaud qui a sauvé et fixé ses textes transhumants.

J'ai commencé à écrire à neuf ans, un roman à douze ans (manuscrit [qu’elle a] illustré de ses propres dessins intitulé Le Fils de qui ?) et j'ai publié à vingt-quatre ans. Je viens de sauver Arris et je n'en ai publié que le un dixième.
A l'origine, Arris fait 400 pages, et la mythologie d'Araki incluse dans le roman 120 pages. La Grotte éclatée est un roman que j'ai écrit en 1973. Ce n'est qu'au bout de sa troisième version (toutes ont été lues par Kateb Yacine) que je l'ai publié en 1979. Pour écrire Arris, je suis retournée vingt-six ans en arrière, l'année 1974 où j'ai rencontré le professeur Grangaud, pédiatre à l'hôpital de Béni Messous. Dans son service ambulatoire de pédiatrie, je prenais des notes.
Quand les patients s'endorment, je les reprends. Ainsi, l'idée d'Arris m'est venue de cette réalité des enfants hospitalisé(e)s. C'est donc une fiction construite à partir de cette expérience à Béni Messous. Les enfants que je soignais m'ont donné l'idée d'Arris. Surtout dans le service que j'ai créé pour les filles-mères. Un soir de garde, une mère se présente avec son enfant déshydraté. On lui exige un livret de famille qu'elle n'a pas et on lui refuse l'hospitalisation de son enfant. De ce personnage-clé que j'ai gardé, c'est le statut de la fille-mère et des enfants abandonnés que je pose dans sa réalité sociale et émotionnelle. Je suis restée six mois à Béni Messous. Je garde cette image d'une mère de 17 ans qui m'a jeté dans les bras son nourrisson et elle est tombée par terre. S'est-elle évanouie ? Elle était sûre d'avoir confié son bébé.

Q : Le récit d'Arris est simple, mais d'une tension psychologique extrême.

D'où avez- vous puisé cette énergie textuelle qui se déploie dans le cri obsessionnel d'une mère dans la quête de son enfant ?

J'écris avec mon coeur, mes viscères ; mes textes, en gestation, sont des accouchements douloureux. Seule la mère peut se permettre cette fulgurance du cri, ces gémissements. Elle emmène son fils malade, âgé de quatre printemps, en ville au prix de tous les sacrifices de la communauté pour l'hospitaliser. Or, et pour l'enfant, les quatre premières années de sa vie sont décisives. C'est pourquoi Arris, volé à sa mère, ne cesse de reconstruire son itinéraire. Mais Petite mère, c'est la Patrie. Elle est à l'image de ces femmes de Khenchela qui se sont révoltées en 1916 et se sont battues pelles et pioches à la main contre la France qui venait prendre leur fils pour la Première Guerre mondiale. Dans notre culture, la mère est gardienne de la mémoire et est épicentre des attaches, du groupe, de la communauté, de la grotte. Kateb Yacine était très lié à sa mère que j'ai connue. Issiakhem pleurait l'ancienne Kabylie des solidarités. La mère, malgré sa blessure béante, a confié à Arris, par les contes, la légende de la déesse-mère, Araki, le message de ses racines, de son identité. Où que l'on soit et de quelque origine, la mère est l'attache primitive. La Petite mère a gardé la culture, c'est la gardienne du temple jusqu'à son dernier souffle. C'est en quelque sorte une terre absolue.

Q : Le personnage d'Arris est fait de « transhumances intérieures », un concept que vous aviez étudié en psychiatrie. Est-ce une identité de la transculturation ?


Arris est une quête obsessionnelle des racines premières, de sa culture primaire, en dehors de toute religion et de toute langue, comme dans la mythologie d'Araki. Toute la littérature algérienne est marquée par ces états psychotiques de l'identité. Arris est un déraciné au premier degré, mais il est symbole de l'entêtement identitaire dans ses transhumances géographiques et surtout intérieures, dans les « bouffées délirantes » de la quête de soi. Kateb Yacine avait dit que chacun de nous sera quelque part caché dans la mémoire de son terroir. Certes, Arris a vécu ailleurs une autre culture, une autre famille qui l'a choyé, mais obsédé par son terroir, sa terre maternelle. Il retrouve ses racines mais il rencontre l'absence de son monde d'enfant. Il a vécu deux absences : la sienne et ceux qu'il a aimés. Ce texte a fait pleurer beaucoup de lecteurs, en majorité des femmes intellectuelles.


Q : Kateb Yacine reste votre référentiel en écriture. Peut-on dire que vous écrivez dans le texte katébien ?


Kateb Yacine m'a fait beaucoup lire des ouvrages qui lui étaient dédicacés. Je l'en remercie. Ma rencontre avec lui a été capitale. Mais, aujourd'hui, chacun se l'approprie. Or, lui, il était l'ami de tous. On disait de lui qu'il ne pouvait plus écrire ; or, son écriture est un long silence. Qu'on le laisse en paix. Issiakhem que j'ai connu est une montagne de sensibilités comme Kateb. Je ne les ai jamais vus pleurer.


In: Batnainfo mars 2009: http://www.scribd.com/doc/13974115/Batna-Info-Mars-2009fr

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Et cet appel :
Yamina Méchakra, est malade, elle séjourne actuellement à l'hôpital de Chéraga (Alger). Je lui souhaiterai un prompt rétablissement.
Svp tous ce qui peuvent lui rendre visite pour faire ainsi, tous ce qui ne peuvent pas satisfaire d'essayer de lui envoyer vos bénédictions de bonne santé
Juin 2010 ( ?)
In : http://www.chawiland.com/blogComment.php?blog_id=22
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jeudi, juillet 15, 2010

207- L'Amer Jasmin de Fès. n° 4

Elle est bouleversante. Naturellement troublante. J'écris ces mots quinze jours après avec une profonde conviction, mais je trouve qu'ils ne reflètent pas assez ce qu’elle a fait naître en moi. Elle est jeune, mon Dieu qu'elle est jeune ! Je frissonne un instant et je me vois en Gabrielle Russier, l’enseignante mise au ban de la société, morte d’avoir aimé son jeune protégé. Je n’ai pas honte de l’aimer, je l’aime déjà ! Mais je culpabilise. Sa jeunesse lézardera ma morale et mes principes. D’ores et déjà je crains de vivre le calvaire de Gabrielle. Comme je lui ai demandé son nom, elle a susurré une fois, puis encore à ma demande : « Katia G... » Elle est en France depuis peu. « Ene an idmi coum ça ». Elle est originaire d'un village berbère du sud de Fès. Son accent hautement épicé puise dans le parlé vernaculaire de l’Atlas marocain proche des sources de la Moulouya. Ces mots sont puissants mais ils ne correspondent pas tout à fait à ce que cette jeune Marocaine a fait naître en moi. Lorsque je la scrutais alors qu'elle s'efforçait de porter ses maigres connaissances linguistiques sur papier, quelques vers désarticulés de Balkhaïr ont traversé mon esprit dans le désordre. Je les ai retrouvés depuis :
Sous la frange apparaît la blancheur de son front / qui rivalise d'éclat avec la lune, / Les sourcils de ma reine de beauté sont bien tracés, / Et on prendrait ses yeux meurtriers pour deux pistolets / D'un Bey d'Istanbul. / Ses joues sont aussi lumineuses que l'aurore, / Son cou est comparable à un étendard, / Tes lèvres ma belle, rouges et fines sont comparables / A du cuir du Tafilalet apporté par un marchand Marocain, / Tes dents ressemblent à l'ivoire…
Au terme de la rencontre j’ai demandé à Katia G… et à l’autre jeune fille, Chafia M… de constituer un dossier administratif et de l'apporter au plus tôt pour intégrer la formation qui avait commencé le deux septembre. Lorsqu'elles eurent terminé, j'ai voulu leur dire ‘‘à bientôt’’ mais ma gorge m'a trahi. Elle s'est désolidarisée et a projeté un bruit sourd et caverneux tel que j'ai moi-même douté de son origine et de sa signification.
Cette fille qui est tombée sur moi, qui hante et colore à la ouate plusieurs de mes nuits, est revenue le mardi 17 septembre. Elle est arrivée avec son dossier incomplet. Chafia M… avait entre-temps rejoint le groupe de stagiaires. Lorsque j’ai fait remarquer à Katia G… qu'il manquait des pièces au dossier, la beauté n'a pas répondu. Elle a seulement dardé son sourire impossible dans mes yeux défaits, puis de sa bouche en cul-de-poule, suppliante, elle a tiré la langue qu'elle a ensuite entièrement et maladroitement fait glisser lentement le long de la lèvre supérieure, puis lentement sur la lèvre inférieure. Je fus saisi par cette conduite qui contrastait avec l’idée que je commençais à me faire d’elle. Pourquoi un tel comportement ? Est-elle dévergondée, est-elle à ce point niaise ou écervelée ? Ce jeu de langue et de lèvres m'a bouleversé et fortement déçu. Ainsi c'est une invite ai-je pensé, ses mœurs sont légères. Plus tard j'ai aussi pensé qu'il me fallait peut-être chasser cette noire opinion prématurée. Cela n’a pas été facile. Depuis je l'ai attendue en vain. Hier, animé par mon impatience, j’ai composé le numéro qu’elle nous a communiqué. C’est elle-même qui a décroché. Je lui ai proposé de m’attendre ce matin à neuf heures devant l’arrêt de bus en lui précisant « c'est sur mon passage ».
- Mais il me manque un papier.
- Ce n'est pas grave. J'ai une voiture verte. Une Peugeot 505.
- J'habite à Orgon près de l'office de tourisme.
- Je sais où tu habites. Moi aussi j'habite non loin. A demain.
La conversation s’est déroulée essentiellement en arabe maghrébin. Ses derniers mots ont retenti dans mon esprit comme un complément au geste déplacé de mardi dernier lorsqu'elle avait tiré la langue. Elle a dit :
- J’ai beaucoup de choses à te raconter.
En fin de journée je suis allé chez le plus chic salon de coiffure d’Orgon. J’ai aussi transité par Marionnaud pour m’offrir une eau de circonstance, une eau de toilette de chez Hugo Boss, un parfum de première classe. « Un parfum charmeur et plein de vigueur. » Va falloir assumer.

samedi, juillet 10, 2010

206 - Full moon in Lamanon


Comme l’année dernière, cette fois aussi, ce fut magnifique. Le blues était convoqué hier soir à Lamanon. Un petit millier de personnes ravies. Cette années « deux monstres sacrés de la scène internationale du Blues : Wes Mackey et Louisiana Red » furent conviées à se produire au Parc des Platanes.
Voici ce qu’en dit la publicité. « A Lamanon, on ne présente plus Wes Mackey,
Citoyen d’Honneur de la commune en remercieme videont de sa chanson et son album “Full Moon in Lamanon” qu’il interprète sur toutes les scènes internationales C’est d’ailleurs dans le cadre d’une tournée européenne que Wes s’arrête à Lamanon pour nous présenter son nouveau répertoire et son nouvel album, accompagné par les virtuoses du Cugny’s Quartet. (…) Autre monstre sacré de la scène internationale, Louisiana Red, une légende vivante qui a joué avec la plupart des Stars mondiales telles B.B. King, John Lee Hooker et bien d’autres. Red sera accompagné par Little Victor’s Juke Joint, considéré comme l’un des meilleurs groupes d’accompagnements de Blues résidant en France ».
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jeudi, juillet 08, 2010

205 - L'Amer Jasmin de Fès -n° 3

Jusqu’à son terme. Car lorsque j’acquerrai la certitude que notre histoire m’aura expédié dans ses propres limites, lorsque mes yeux grands ouverts constateront le chaos (il s’agirait de cela), je reviendrai alors à ce cahier noirci. Lorsque cette histoire fabuleuse s'achèvera, car un jour – que je souhaite le plus tard possible – elle prendra fin, il ne me faut pas être dupe, alors il me sera loisible de revenir sur les traces qu'elle aura gravées dans ce journal. Revenir sur les traces qu’elle aura gravées pour dénouer les nœuds explicatifs de cette fatalité que je souhaite la plus éloignée. Revenir sur les traces qu’elle aura gravées pour les humer, pour les revivre sans ingénuité, pour en extraire les sensations qui me permettront de mieux supporter alors, de mieux respirer. Ma mémoire d’alors, prise au piège de ce cahier, ne pourra accéder à l’échappatoire du mensonge ou de l’omission, ce vers quoi elle s’aventurerait en l’absence de ce cahier. Je m’adresse ici à moi-même et à l’inconnu. Je suis narrateur prolixe aujourd’hui et lecteur à la mémoire retrouvée demain. Je m’adresse aussi à ma très chère H… Tu ne me connais pas. On ne te dit rien sur moi. Je suis sûr qu’on ne te dit rien de moi. Un jour tu découvriras toute la vérité chère H… Ces lignes n’en sont qu’un volet, peut-être léger. Les autres te seront contées par tous ceux que j’ai approchés ou aimés un jour ou des années.
Il me faut préciser que depuis très longtemps je vis seul. Depuis des années je rouille mes os dans la routine. Je ne suis plus jeune oh que non. Officiellement je suis marié. Ma compagne et les enfants vivent en banlieue parisienne. Je leur donne de mes nouvelles, ils me donnent des leurs, mais je m’ennuie au-delà de l’entendement, à tout le moins ce fut le cas jusqu’au début de ce mois. Je reviens donc à mon quotidien. Tout a commencé il y a quinze jours. Le lundi 9 septembre exactement. Une journée que j’ai d’ores et déjà marquée d’un rocher blanc plus que d’une simple pierre. Ce jour-là, à dix heures trente, je recevais deux nouvelles élèves. Marocaines toutes les deux. Je n'étais pas en face-à-face avec les stagiaires, mais en préparation. Dans notre jargon la prépa correspond au temps consacré à la préparation des cours. Le face-à-face pédagogique (on dit FAF) correspond lui, au temps de diffusion du cours aux stagiaires. Je suis référent de l’action, c’est à dire que j’en suis en quelque sorte responsable. En plus d’assurer les cours je m’occupe de tous les aspects administratifs concernant la FLB : tenir à jour les feuilles d’émargement, maintenir les relations avec les partenaires, convoquer des réunions de régulation, téléphoner aux parents lorsque les stagiaires mineurs s’absentent, calculer les écarts mensuels entre le nombre d’heures de formation consommées et celui qui était visé, etc. Pour ces raisons le formateur référent que je suis, dispose de deux demi-journées par semaine (nous les appelons bizarrement plages), une pour préparer les cours et une autre pour gérer l’administratif. Nous pouvons accomplir la prépa où bon nous semble : au bord d’un étang, chez nous, dans un square ou même à Sud Fo dans une salle dédiée à cet effet. Pendant le temps de ma préparation les stagiaires sont pris en charge par un autre formateur, en l'occurrence une formatrice. J’étais donc en prépa ce lundi-là, à Sud formation, lorsque je reçus deux candidates. C'est la Mission locale (j’y reviendrai) qui oriente les jeunes en direction du centre de formation. Il était dix heures trente. Je leur ai souhaité la bienvenue et les ai conviées à s’asseoir. L’une portait sur ses épaules un long châle de laine, noir, avec des franges (c’est Katia). L’autre un tricot beige à torsades irlandaises. « Bonjour » a répondu intimidée la seconde. Toutes deux étaient intimidées. Pour les décontracter j'ai plaisanté quelques minutes comme il m’arrive fréquemment de le faire pendant un cours, afin de mettre à l’aise de nouveaux venus ou pour d’autres raisons. Puis je leur ai remis un document à renseigner. Elles ont souri, peut-être par politesse. Je ne suis pas sûr qu’elles aient compris. La jeune fille au tricot (Chafia) a demandé en penchant la tête, ce qu’il fallait faire du document :
- On icrit ?
- Ecrivez votre nom en majuscule, votre prénom en minuscule. Vous comprenez ?
- Ene pou, a murmuré Katia.
Elles ont réussi tant bien que mal à remplir le formulaire (identité, coordonnées…) et à résoudre quelques exercices d'expression et de compréhension du français. Elles n'ont pas vingt ans. Elles habitent toutes deux à Orgon. Je leur ai ensuite détaillé la formation : sa durée, les horaires, son contenu et d’autres précisions. Quelque chose dans le regard de l’une d’elles – un reflet, telle cette lumière mouillée qu’évoque Aragon à propos des yeux d’Elsa – me perturbait. La jeune fille au châle (Katia) m'a très fortement impressionné, à tel stade que j’avais toutes les difficultés à soutenir son regard. J’essayais de leur expliquer mais je ne m’adressais qu’à l’autre. Elle, me déstabilisait. Par moments, pour ne pas avoir l’air ridicule je m’efforçais, mais c’était toujours la jeune fille au tricot beige que j’avais en face de moi. Alors je regardais cette jeune fille ou les documents posés sur une table ou le ciel bleu à travers les barreaux de la fenêtre ou à travers, les pins silencieux. Mais pas Katia, sinon furtivement. Le trouble était d’autant plus intense que celle-ci ne s’est presque pas exprimée durant tout le temps qu’elle était là, contrairement à la première jeune fille qui, en posant des questions, semblait s’intéresser davantage à la formation. Katia semble avoir été enfantée et envoyée par Aphrodite elle-même. Lorsque – ayant vaincu un instant la charge émotive qui me submergeait – j’ai pu la regarder dans les yeux, je lui ai demandé, « tu ne parles pas ? » elle a penché la tête, puis a souri. Elle est d'une beauté mon Dieu, comment la décrire ? Elle doit mesurer un mètre soixante-cinq ou sept, ma taille quoi. Elle est aussi fine qu’un canon de chez John Galliano ou Zuhair Murad. Quelques mèches faussement rebelles lui tombent sur de grands yeux tristes et charbonnés en forme d’amandes. Une longue chevelure agitée, violente comme l’intensité du jais, lui descend jusqu'à hauteur des fesses discrètes. Ses fortes lèvres lascives contrastent avec la finesse générale de sa frimousse. Un grain de beauté posé comme par une heureuse inadvertance sur la lèvre supérieure près de la commissure, mille fois l’embellit, la poétise, la sublime. Nulle autre femme ne peut la concurrencer. Cindy Crawford se rhabillerait à la vue de cette élégante gazelle. De temps à autre un sourire malicieux adoucissait son regard à la lisière de l'inquiétude ou du chagrin, et renforçait ses pommettes laiteuses. Un sourire mielleux, diaboliquement désarmant, perturbant. Un sourire dangereux. Revolver. Au fur et à mesure que l’entretien se déroulait, la jeune fille (Katia) prenait confiance. Je ne sais quel auteur a écrit à propos de son égérie « quand elle sourit ses yeux s'allument ». Pour sûr, cet écrivain évoquait un clone de Katia. Son visage est d'un parfait ovale, à la couleur d'une aube printanière. Il est ciselé comme un ouvrage d'art. Le nez est net et fin, semblable à celui d'un oiseau de proie. Il est posé sur son visage comme une fine courbe tracée avec amour, un amour sculptural tellement profond, juste sous des yeux foncés sur leur garde, étonnants, surprenants, légèrement pentus. Ses longs cheveux noirs je répète, sont infinis, longs, longs comme la crinière d'un kheïl essertia . Son corps, ma parole, a été dessiné par Dieu même au secours de Léonard de Vinci. Elle est une Houri échappée du Paradis. Dès l’instant où elle est entrée dans la salle, cette insoutenable sultane a fait instantanément naître en moi un trouble, que je ne conçois que définitif. Ad vitam aeternam.

A suivre...



dimanche, juillet 04, 2010

204 - Algérie: 05 juillet 1962 - 05 juillet 2010

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H e l k o u e l-B l e d w e E c h a a b
par Lotfi Double kanon.

mercredi, juin 30, 2010

203 - L'Amer Jasmin de Fès (avant-goût n° 2)


Pour être plus juste il me faut dire « presque jamais effleurées ». Car ces sentiments violents que je ressens aujourd’hui, je les ai connus lorsque j’ai rencontré ma compagne (j’y reviendrai). Ils ont traversé une partie de ma vie. Mais la première fois, la fois où je les ai découverts, c’était au sortir de l’adolescence. Ce fut un tremblement de corps, un choc. A l’aube de mes dix-sept ans je fus immergé dans une situation jamais connue auparavant. Elle a duré près de trois années durant lesquelles j’ai vécu dans un monde nouveau, noyé dans des sentiments que je trouvais étranges alors. Je baignais dans de la ouate, dans une sorte de bien-être candide. Le bonheur. Les responsables s’appelaient Linda et Louisa. Deux soeurs jumelles. Elles étaient brunes et fines, le sourire toujours au rendez-vous. Bien faites et bien attentionnées. C’étaient les filles du meilleur boulanger du quartier. Elles le remplaçaient dès qu’elles pouvaient. C’était à Gambetta, notre Eden, un quartier populaire qui se situe à l’est d’Oran. Très dévoué, je me portais souvent volontaire pour acheter le pain pour mes parents, parfois même pour les voisins ou les amis. Sur le chemin j’étais toujours animé du secret espoir de croiser l’une ou l’autre. J’étais amoureux éperdu des deux. Je baignais dans du coton, dans un bien-être naïf. Elles s’appelaient Linda et Louisa. Elles souriaient souvent. Toujours attentives. J’avais dix-sept ans et elles quinze. La situation ne prêtait pas à rire malgré les confusions et les quiproquos inévitables et compréhensibles qu’elle engendrait de temps à autres. Les deux soeurs ont paralysé mon coeur des années durant. L’état dans lequel je me trouve aujourd’hui est très proche de ma condition durant cette adolescence finissante, la candeur en moins. Jamais depuis cette époque-là je n’ai éprouvé de telles émotions. Jusqu’à récemment (quant à ma compagne j’y reviendrai). Les eaux ont coulé sous les ponts du traître temps déléguant à la mémoire la charge du tri. Aujourd’hui je suis plus proche de l’aube du crépuscule hivernal et ce qui m’arrive est aussi intense que mes amours printanières. Je reviens à l’agenda professionnel pour dire qu’il est insuffisant. Il ne peut contenir à la fois les préoccupations des stagiaires, les comptes-rendus de réunions, enfin toutes sortes d’informations concernant mon quotidien professionnel très ordinaire et les sentiments que j’éprouve. Je ne peux y porter ce que j’ai besoin d’écrire à propos de cette tension interne, de ce mouvement, de cette force qui m’est tombée dessus, de cette lame de fond, de cette déferlante arrivée de je ne sais où sans m’avertir. Dieu m’est témoin, je me suis rangé depuis quelques années déjà. Et là, cette vague belle comme une Hawaïenne, forte comme le Kilauea et haute comme une cordillère andine, source de jouissances et de drames intimes, est, chaque jour qui passe, plus ensorcelante, plus magique et plus irrésistible. Elle m’aspire tel un fétu de paille charrié par un canal en furie. Car enfin, je suis bien emporté par un tsunami dont j’ignore tout. Alors voilà, je continuerai à tenir un agenda pour le travail et dans ce cahier à spirales que j’ai acheté pour l’occasion, je consignerai toutes les vérités au profit de mes mensonges, tous les artifices au service de ma sincérité. Ce cahier sera moi et ne le sera pas. Cela dit, son contenu ne ressemblera en rien (ou si peu) à la longue histoire que j’ai relatée dans un livre, il y a de cela bien longtemps. C’était alors une histoire (enfin presque). Peut-être y reviendrai-je. Au début de ce mois de septembre j’ai fait une rencontre qui, depuis, ne cesse d’ébranler mon quotidien, secouer mon être. Une rencontre inouïe. Voilà pourquoi j’ai décidé de la raconter dans le détail dans ce cahier. Raconter cette rencontre et la vie qui en suit. Ce cahier abritera un pan de mon histoire, celle qui me lie à Katia. Ka-ti-a. Trois syllabes tirées par les cheveux, aussi légères et fragiles que trois balles de tennis multicolores à la merci d’un jongleur qui s’en délecte, l’une après l’autre. Tantôt l’une tantôt l’autre, lancées à tour de rôle de bas en haut, puis récupérées et lancées de nouveau dans le désordre. Trois syllabes sources de l’authenticité. Ce cahier m’accompagnera tant que durera cette surprenante et magnifique relation. J’y rapporterai les faits, mes appréciations, mes sentiments. S’il m’était possible d’enregistrer sur bandes mes sentiments à l’état brut, je le ferais ! Je coucherai dans ce cahier tout ce qui se rapporte de près ou de loin à notre relation et que je jugerai intéressant.
A suivre...

samedi, juin 26, 2010

202 - L'Amer Jasmin de Fès (avant-goût n° 1)

Aujourd’hui je suis un homme heureux. J’ai décidé d’entamer ce matin 24 septembre ce journal personnel. Je donnerai dans un instant les raisons qui m’y ont amené. Auparavant il me faut donner un certain nombre d’informations. J’habite dans la ville d’Orgon et travaille à Cavaillon, deux bleds perdus et tranquilles de ce sud de la France tant chanté. J’exerce comme formateur dans un centre de formation alternée. Son nom est « Sud Formation ». De nombreuses formations y sont dispensées, qu’elles soient qualifiantes ou non. Des actions d’accompagnement à l’emploi sont aussi proposées. Quant à la formation que personnellement je prodigue et dont je suis le référent, elle a pour objectif général la transmission aux stagiaires des savoirs de base en français. Son intitulé officiel est « Formation linguistique de base, FLB. » Elle dure environ trente sept semaines : une trentaine en centre de formation, le reste en entreprise. Certains stagiaires viennent de pays d’Europe, d’Asie ou d’Afrique. D’autres sont nés en France, y ont grandi. Nombreux sont originaires du Maghreb, venus depuis peu rejoindre leurs parents dans le cadre du regroupement familial. La plupart des parents Maghrébins (les pères) sont employés dans l’agriculture. Tous les stagiaires sont âgés de moins de vingt six ans. Ils résident à Orgon, à Cavaillon ou dans les villages environnants. On les nomme bénéficiaires, apprenants, élèves, stagiaires… peu importe. L’usage au centre nous les fait désigner par le terme de stagiaires. Le matin, de ma voiture, il m’arrive d’en apercevoir quelques-uns se dirigeant vers l’arrêt de bus ou vers la gare ferroviaire.
Orgon et Cavaillon sont des villes très anciennes. On les trouve citées dans des documents du douzième siècle pour Orgon et du quatrième pour l’ancienne Cabellion. Cavaillon est une petite ville d’à peine 25.000 habitants, « opulente, elle s’étale dans la vallée de la Durance » à deux doigts du Parc naturel régional du Luberon. Ancienne ville de calcaire, de soie et d’église, Cavaillon fut impliquée dans la croisade des Albigeois (en l’an 1208). Aujourd’hui la ville s’est embourgeoisée. Elle vit dans la paix et demeure le premier marché fruitier et maraîcher de France. Quant à Orgon c’est plus une bourgade qu’une ville. Elle s’est développée autour de son château. Elle est la patrie du poète Antoine Pomme. Ses prétentions à devenir la capitale mondiale du carbonate de chaux sont tenaces. Ses trois mille habitants, pièces rapportées comprises, en sont assez fiers. Orgon et Cavaillon comme nombre d’autres villes et villages de la région distillent depuis la nuit des temps nonchalance et poésie. Ces gros villages somnolent trois saisons, stridulent, chantent et dansent le reste du temps. Marseille la capitale régionale se situe à une heure de route.
Je suis donc formateur dans un centre de formation alternée à Cavaillon dont le nom est « Sud Formation ». Je suis le référent d’une action qui s’intitule « Formation linguistique de base » et qui dure environ neuf mois.
Maintenant j’en viens à ce journal. D’emblée il me faut préciser qu’il n’est pas dans mes habitudes de noter mes faits, mes gestes. Tenir un journal intime pour appeler à l’aide ou pour laisser une preuve de mon passage sur cette terre est si loin de moi. Cela ne me ressemble pas. Comme chaque formateur je dispose d’un agenda dans lequel je porte toutes sortes d’informations concernant mon travail : le contenu de la formation, les préoccupations des stagiaires, les comptes-rendus de réunions, les critiques… enfin toutes informations que je considère utiles à mon travail. Mais cet agenda est insuffisant. Il ne peut contenir à la fois ces informations-là qui relèvent d’un quotidien professionnel très ordinaire et des états d’âme et des sentiments le plus souvent violents que j’éprouve depuis quelques jours et qui m’acculent dans des limites que je n’ai jamais auparavant effleurées.

Editions Edilivre, juin 2010.

A suivre...

lundi, juin 07, 2010

201- Lol et moi

Katia et moi devions nous rendre à Avignon, mais elle préfère se rendre à Marseille. Katia ne s’intéresse ni à l’architecture des bâtiments qui bordent le vieux port, ni au Bar de la marine, ni encore à la Bonne Mère. La Canebière ou la Porte d’Aix ne lui parlent que dans la mesure où elles tracent le chemin. Elles sont des repères, des points cardinaux à partir desquels s’inscrit en ligne de mire el-Marchi souleil et les mille boutiques de fringues. Nous commençons par le souk. Katia en connaît les moindres recoins et tous les us et les codes. Sur le bout des ongles vernis de ses orteils. Sa curiosité s’évite tout repos et ne ménage pas ses efforts. Cette déambulation interminable dans cette promiscuité lourde m’insupporte. Katia a choisi les fringues alors qu’elle avait promis une ballade intelligente. Après le marché Katia me fait entrer dans les magasins de l’avenue d’Aix. « Que penses-tu de cette chemise, de sa couleur ? Ça ci dimoudi. Tiens, regarde, que dis-tu de cet ensemble ?... » Soutien-gorge et string brodés, doublure coton, composition : 90% polyamide, 10% élasthanne. Je regrette Pagnol. Elle me cherche, ma parole elle me cherche. Si elle nous libère d’une boutique c’est pour nous plonger dans une autre. « Et ce Tee-shirt, je le prends ? il i super, super, je le prends. Rouge. Rouge ou beige ? rouge, je prends le rouge. » La pub indique « haut en coton, facile à assortir, il se porte avec tout, en semaine ou le week-end. Encolure rebrodée, finitions surpiquées. Base arrondie. Longueur 52 cm environ, 100% Coton. » Une autre étiquette indique : « 16 € 90. » Elle fait deux pas, puis revient aux Tee-shirt pour en prendre finalement deux : un rouge et un beige, ainsi qu’un bustier et trois culottes quelconques. Les étiquettes c’est pour ma pomme. Le Bar de la marine pourtant… En face, l’immense miroir de 3m de haut sur 7 de long s’exprime dans toute sa splendeur, dans toute son arrogance. Il couvre le grand mur du fond du magasin, me fait le même effet que celui de la parfumerie il y a quelques semaines. Il me renvoie à la figure une sorte d’être difforme et gras, pas plus haut que trois pommes trois quarts. Je me trouve enlaidi, vieilli. Je ne me reconnais pas. Est-ce la faim qui me joue des tours ? Le sourire discret que je tente est teinté de mélancolie. Il n’améliore pas mon image, il la dégrade. Je suis pitoyable. Le pantalon glisse. Il ne tombe pas comme ces pantalons denim, ces Baggy à la mode dont les poches de l’arrière tombent sur le bas des fesses des djeuns, qui sont faits pour cela, pour tomber sur les fesses des djeuns, bien dans leur peau de djeuns, avec leur casquette vissée sur le crâne. Non, pas comme ça. Le mien tombe tout simplement comme un pantalon de vieux qui ne tient pas aux hanches et à cause d’elles, les hanches. Ah Marius et la belote… J’ai envie d’uriner. Katia est plongée dans un rayon de Tee-shirts ‘Texas’, ‘Indians’, ‘Collège 13’ et d’autres encore. Elle ne me voit pas sortir. Je traverse la rue et commande une portion de pizza que j’avale sur le pouce. Dans le café mitoyen je me soulage avant de regagner le magasin. Katia ne m’entend pas, ne me voit pas arriver. Ses yeux sont toujours rivés dans le même rayon de Tee-shirts. Et ce miroir qui ne fait pas dans la dentelle, qui ne fait aucune concession, qui me fait une drôle de tronche où que je me déplace. Je suis égaré. Alors que ma Lolita y apparaît comme une starlette des plus beaux films de Bollywood, comme une sœur de miss Aishwarya Rai, comme un mannequin de chez Dior ; moi à ses côtés je me trouve rabougri, fané, décati. Moche forcément. Mais je le garde pour moi. Je me console en râlant contre tout. Et Katia, il me faut la bousculer pour qu’elle daigne lever sur moi un regard du coin de l’œil. Je crie « ça va maintenant ! » et je crie de nouveau « ça suffit ! » Habituellement, avant d’agir, je prends toutes les précautions d’usage. D’usage oui. Toutes les précautions dictées par les lois, saletés de lois, les lois du groupe. Là l’envie m’étrangle d’être moi-même, de crier sur le champ. Dire aussi ce que j’ai à dire à Katia. Son égoïsme, Le vieux port, le cinéma, les promesses quoi. Mais aussitôt une dizaine de clients affolés, nous entourent. Peut-être qu’aux yeux de ces gens et de Katia je suis en passe de disjoncter. Et je crie encore sans me rendre tout à fait compte que je suis en train de péter un câble comme dirait ma fille, plus âgée que Katia. Je gesticule, tente d’extraire ma lol du groupe qui commence à s'étoffer. Elle résiste et prononce des mots que je ne retiens pas. De vilains mots sans doute. Il me paraît normal que je crie, que je fasse de grandes roues avec mes bras, que je me précipite vers le miroir pour l’écrabouiller, que je veuille anéantir le magasin. Trois vigiles tombés du ciel me plaquent contre le sol. J’étouffe puis me rends. Je désirais seulement, un moment, être enfin moi-même. Je me dois hélas, de revêtir ma toque habituelle au grand dam de mon être profond. Ils me traînent jusqu’au seuil du magasin et me jettent contre une Mercedes en stationnement. Vide, heureusement pour moi.

Juin 2010

mercredi, juin 02, 2010

200- Colonialisme Israélien

Manif à Marseille le lundi 01 juin, jour de l'agression.



L'état colonial sioniste a encore frappé. Cette fois des pacifistes du monde meurent sous les balles de l'Etat hébreux.
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RUE89: Nous, juifs de la diaspora, disons non à l'égarement d'Israël
Par Esther Benbassa | Historienne, dir. d'études à l'EPHE... | 01/06/2010 | 11H44

L'historienne Esther Benbassa, auteur en 2006 d'« Etre juif après Gaza », réagit ici à l'assaut meurtrier donné, lundi au large de Gaza, par un commando israélien sur une flottille humanitaire pro-palestinienne. Celle qui a signé « l'Appel à la raison » du collectif J-Call condamne « le pas de plus d'Israël vers le pire ».

Les commandos de la marine israélienne ont donné l'assaut lundi contre six bâtiments de la « flottille humanitaire pour Gaza » à bord de laquelle se trouvaient des militants pro-palestiniens et du matériel de construction et de santé. Cette flottille naviguait dans les eaux internationales. On compte des dizaines de blessés et entre dix et dix-neuf morts selon un bilan provisoire.

Même si cette flottille avait peu de chances d'atteindre son objectif, à supposer même qu'elle ait provoqué les commandos israéliens et qu'elle ait, comme le suggèrerait une source officielle israélienne, manifesté une « violente résistance physique », Israël s'est attaqué à un symbole, à un symbole « humanitaire ».

Son image, déjà dramatiquement entamée par l'offensive contre Gaza en décembre 2008 et janvier 2009, ne pourra que se détériorer davantage, et comme il est d'usage, suivra une hostilité accrue des opinions publiques à son endroit.

D'autant plus que le symbole visé est celui de l'aide apportée à des civils palestiniens étouffés par le blocus israélo-égyptien, décimés par l'offensive contre Gaza, réduits à la misère et vivant au milieu des ruines. Ce sont ceux-là même qui convoyaient cette aide qui ont perdu leur vie en raison de leur engagement humanitaire.

Quelle qu'ait pu être leur éventuelle « résistance » à des militaires israéliens les attaquant hors des eaux territoriales d'Israël, aucune rhétorique ne saura fournir des arguments pour justifier cette barbarie, ni bien sûr aucune propagande pro-israélienne.

Ni la menace terroriste ni le fantôme régulièrement invoqué du méchant Iran travaillant à l'élimination d'Israël ne pourront justifier l'arrogance de ce dernier, qui tire honteusement parti de l'immunité que lui confère la Shoah.
Du Struma à l'Exodus, Israël perd de vue son histoire

Israël a oublié ce passé même qu'il rappelle pourtant sans cesse au monde pour couvrir ses propres méfaits. Rappelons-nous ces bateaux remplis de juifs fuyant l'Europe meurtrière qui tentaient d'accoster ici ou là pour échapper au massacre, et qui étaient refusés, repoussés ou torpillés comme le Struma en Mer Noire en 1942.

Même si ce qui s'est passé ce 31 mai à l'aube avec la « flottille humanitaire pour Gaza » n'a pas de points communs avec ces précédents tragiques, l'image du bateau, cible de violences, à l'approche des côtes israélo-palestiniennes, l'image, elle, est prégnante.

Qui ne se souvient encore de l'Exodus, qui transportait en 1947 des juifs émigrant clandestinement d'Europe vers la Palestine, à l'époque sous mandat britannique ? Un grand nombre d'entre eux étaient des réfugiés ayant survécu à l'Holocauste. La marine britannique s'empare du navire, et la Grande-Bretagne décide de renvoyer ses passagers en France et finalement jusqu'en Allemagne. Cet épisode, témoignage de la dureté de la répression britannique, donnera un coup de pouce à la création de l'État d'Israël.

Il est à espérer que ce qui s'est passé ce 31 mai précipitera les pourparlers israélo-palestiniens et la fondation d'un État palestinien. Mais quand bien même cette issue se confirmait (ce dont on peut tout de même douter dans l'immédiat), l'histoire d'Israël aura été une fois de plus terriblement entachée.

À qui oublie son histoire, il n'est pas d'avenir possible. Les Israéliens ont oublié leur histoire et poussent les diasporas juives à faire de même au nom de l'amour inconditionnel qu'Israël exige d'elles.
Le raid est un signal d'alarme pour l'Europe et les Etats-Unis

La « flottille humanitaire pour Gaza », hélas dans le sang, est un signal d'alarme non seulement pour Israël mais aussi pour l'Europe et les États-Unis. Le premier cédant aux démons d'une droite intransigeante. Les seconds, dans leur légèreté et leur tolérance excessive, se révélant incapables de mettre le premier au pied du mur. Cette fois, le moment est venu.

Au premier anniversaire de l'offensive contre Gaza, c'est à peine si les médias ont évoqué le souvenir de cette catastrophe. Le rapport de Richard Goldstone, accusant Israël et le Hamas de crimes de guerre, a été enterré. Et comme pour récompenser Israël (mais de quoi ? ), on lui a ouvert les portes de l'OCDE.

Un Etat palestinien dans les plus brefs délais, par l'intervention directe et autoritaire de l'Europe et des États-Unis, voilà ce qu'il faut désormais.

Et ce non seulement pour que les Palestiniens sortent de leur cauchemar, mais pour éviter aussi à Israël de poursuivre une politique suicidaire qui risque de le mener à court terme vers la disparition.
La Turquie, victime collatérale de la politique suicidaire d'Israël

N'oublions pas que le syndrome de Massada est inhérent à Israël. Dans l'Antiquité, à Massada, des Judéens assiégés préférèrent se suicider plutôt que de négocier avec l'ennemi d'alors, les Romains.

Après l'affaire de la flottille rouge du 31 mai 2010, Israël, s'il n'en est pas empêché par des tiers, pourrait bien se refermer davantage sur lui-même, essuyant de manière autiste les retombées internationales, et continuant de rationaliser à ses propres yeux et dans sa propre prison jusqu'aux actions les plus inhumaines.

Songe-t-on seulement aux juifs de la diaspora qui pâtiront eux aussi des retombées de cette affaire ? Le ressentiment contre Israël se confondra un peu plus avec un antisémitisme de moins en moins rampant.

À ce propos, a-t-on suffisamment relevé que la plupart des victimes sont turques ? La Turquie, dans les années 1930, est aussi le pays qui a accueilli nombre d'intellectuels juifs allemands persécutés, qui, pendant les années noires, a autorisé le passage de militants sionistes fuyant l'Europe pour la Palestine, et qui a été longtemps le seul Etat musulman à reconnaître Israël. Osons espérer que nulles « représailles » ne viendront toucher, désormais, les 20 000 juifs qui y vivent encore.
Le J-Call saura-t-il condamner l'égarement d'Israël ?

Ce 31 mai est une épreuve test pour le collectif « J-Call », ce mouvement né d'un « Appel à la raison » lancé il y a peu par des juifs européens qui, bien qu'attachés à Israël, entendent exercer leur droit de libre critique de la politique de ses gouvernants. J-Call saura-t-il se démarquer clairement et courageusement des positions radicales d'institutions juives comme le Conseil représentatif des instituions juives de France (CRIF), attachées à Israël de façon nombriliste et prêtes à tout admettre de lui, y compris le pire ?

Certains d'entre nous ont signé cet appel, malgré leurs réserves. J-Call tiendra-t-il ses promesses ? Agira-t-il sans délai ? Condamnera-t-il, sans réserve, lui, ce qui est arrivé ? Exigera-t-il l'ouverture immédiate d'une enquête internationale indépendante ?

L'heure est grave pour toutes les organisations juives de la diaspora. Au nom des morts de la flottille, victimes de l'impunité israélienne, au nom de l'histoire que nous portons, nous, juifs de la diaspora et d'Israël, pour que les souffrances des Palestiniens puissent prendre fin, et qu'un Etat palestinien puisse enfin voir le jour, recouvrons notre simple humanité et disons non à l'égarement d'Israël.

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Esther Benbassa a récemment publié « Etre juif après Gaza » (CNRS Editions, 2009) et « Dictionnaire des racismes, de l'exclusion et des discriminations » (Larousse, 2010).


in: http://www.rue89.com/passage-benbassa/2010/06/01/nous-juifs-de-la-diaspora-disons-non-a-legarement-disrael-153074
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Massacre de civils en haute mer : Israël en toute impunité

Au moins seize personnes ont été tuées suite au raid meurtrier mené par l’armée israélienne, hier, contre la caravane humanitaire internationale « flottille de la liberté » chargée d’aide humanitaire à destination de l’enclave palestinienne de Ghaza. Avant même que les six navires ne pénètrent dans les eaux territoriales en face de Ghaza, une unité de commandos de la marine israélienne les a interceptés, hier, à 4h de manière très violente. Arrivés en hélicoptères, des centaines de soldats israéliens hyper-armés ont pris le contrôle des bateaux par la force. Le carnage a eu lieu à bord du bateau turc réservé aux militants des droits de l’homme, lorsque les soldats israéliens firent usage de leurs armes, tuant 16 militants dont une quinzaine seraient de nationalité turque, comme l’a affirmé une organisation humanitaire de ce pays.


Ghaza. De notre correspondant

Pas moins de 30 militants des droits de l’homme dont le cheikh Raed Salah, un Palestinien de nationalité israélienne et islamiste, connu dans les territoires palestiniens pour sa défense de la mosquée d’El Aqsa et de la ville sainte contre la judaïsation, qui a été grièvement atteint, ont été blessés au cours de l’assaut israélien. Mais toutes ces informations ne sont pas définitives puisque tous les contacts ont été coupés avec les 750 militants issus de 40 pays différents, quelques minutes après l’investissement des bateaux par les soldats israéliens. « Nous n’avons aucun contact avec nos membres car Israël a bloqué toutes les communications satellitaires », a affirmé peu après l’assaut des soldats israéliens, depuis Chypre, Greta Berlin, porte-parole du Mouvement Ghaza libre. « Les seuls éléments que nous avons, c’est grâce à la vidéo qui était diffusée en direct depuis le bateau turc. » Ces images montrent des commandos israéliens arrivés par hélicoptère atterrir sur le pont du bateau et ouvrir le feu. « Ce n’est pas une confrontation, c’est un massacre. Nous n’avons pas d’armes. Nous avons été attaqués, et non le contraire. Ce qu’a fait Israël est illégal, nous étions dans les eaux internationales. »
Piraterie

Le capitaine du bateau 8000, a bord duquel a eu lieu le massacre, en référence au nombre de prisonniers palestiniens dans les prisons israéliennes, de nationalité grecque, gravement blessé par des balles israéliennes, a refusé d’être soigné en Israël et a exigé d’être rapatrié en Grèce. Avikhai Deraai, le porte-parole de l’armée israélienne a tenté de justifier cette boucherie par une tentative de résistance de la part des militants des droits de l’homme présents à bord du bateau 8000, spécialement affrété pour les passagers que sont les militants internationaux, prétendant que les soldats israéliens ont fait face à des personnes armées de barres de fer, d’armes blanches et que l’un des activistes a tiré contre les soldats à l’aide d’un fusil automatique arraché à l’un d’entre eux. La radio israélienne a annoncé que la police israélienne a déclaré l’état d’alerte maximale dans les villes palestiniennes, en territoire israélien, surtout après la blessure de Raed Salah, et qu’un grand nombre de policiers a été mis en état d’alerte en prévision de la possibilité de déclenchement de manifestations et actions de protestation. La police israélienne a tenu, hier matin, une réunion urgente, au cours de laquelle il a été décidé de fermer les portes de la mosquée d’El Aqsa, pour éviter les rassemblements dans la ville sainte d’El Qods, la fermeture des points de passage entre Ghaza et Israël, et le renvoi des camions chargés d’aide humanitaire, ainsi que la mise en état d’alerte de ses équipes ambulancières et médicales pour faire face à toute explosion de la situation.
Pas de nouvelles des dix députés algériens

Hier à la mi-journée, aucune information sur le sort de 10 parlementaires algériens qui étaient parmi les militants solidaires avec la population de la bande de Ghaza n’a filtré. L’un des bateaux arraisonnés par la marine israélienne, chargé d’aide humanitaire et d’une centaine de maisons préfabriquées destinées aux Palestiniens dont les maisons ont été détruites au cours de la dernière guerre contre Ghaza, est algérien. Mahmoud Abbas, le président de l’Autorité palestinienne, a qualifié l’opération israélienne de « massacre » et décrété trois jours de deuil dans les Territoires palestiniens. Dans la bande de Ghaza, où les gens sont très en colère contre Israël pour le mauvais traitement réservé à des personnes qui ont perdu la vie pour montrer leur solidarité avec eux, les différentes factions palestiniennes ainsi que les organisations non gouvernementales ont organisé des manifestations populaires de protestation contre l’acte israélien inhumain. Ismaïl Haniyeh, le Premier ministre du gouvernement du Hamas à Ghaza, a déclaré la grève générale pour une journée dans toute la bande de Ghaza. Haniyeh a dénoncé ce qu’il a appelé « un crime et un scandale politique et médiatique qui aura des conséquences sur l’occupation ». La communauté internationale a été choquée par autant de violence contre des militants de droits de l’homme mais comme elle nous a habitués a des positions généralement sans conséquences sérieuses sur l’Etat hébreu, rien ne dit, que, cette fois, ce crime sera puni.


Par Fares Chahine
In El Watan Mardi 01 juin 2010

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vendredi, mai 28, 2010

199- A VOUS DE LIRE

Une nouvelle façon de vivre la lecture, de la partager et de célébrer la littérature.
« Des romans libérés... Puis récupérés… Des pages tournées… Puis cornées… Des couvertures commentées… Puis signées … Des lecteurs captivés et des voyageurs bouleversés : les livres ont une vie ! La lecture investit l’espace public…
10 000 livres sont libérés aujourd’hui en gare Montparnasse. Cette opération innovante, parrainée par Gérard Depardieu, est initiée par le Ministère de la culture et de la communication et SNCF, partenaire de « À vous de lire ». Ces livres sillonneront la France, au gré des prises en main par les voyageurs. Ils seront redéposés en gare ou dans les trains pour que de nouveaux lecteurs puissent à leur tour les découvrir ! Ce voyage des livres pourrait ainsi perdurer indéfiniment…
Le Passe-Livres SNCF : comment ça marche ?
Les livres sont « libérés » en salle d’attente de la gare afin d'être découverts par un lecteur. Ils voyagent, parcourent plusieurs trajets, et sont redéposés en gare ou dans un train. Un nouveau lecteur peut donc les découvrir ! Leur voyage peut ainsi continuer…

Une nouvelle façon de vivre la lecture
Quel trajet les livres ont-ils parcouru ? Qui les a lu et aimé avant qu’ils soient découverts ? Pour suivre la vie des livres libérés, il suffit de se rendre sur http://passelivresncf.fr et de les retrouver en entrant le code qui figure sur la troisième de couverture. Via une application Facebook, chacun peut ainsi rejoindre la communauté passe-livres pour exprimer ses coups de cœur, partager les émotions autour d’un livre, soumettre son point de vue à un auteur, et bien entendu libérer ses propres livres !..
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http://www.avousdelire.fr/2010/

198- 4° ASSISES DU ROMAN - LYON du 24 au 30 mai 2010




Les Subsistances accueillent
les Assises Internationales du Roman du 24 au 30 mai 2010
Un grand événement de littérature pour tous !

Le Roman : tout dire ?
Comment le roman nous parle-t-il du monde ? De quelle façon la littérature peut-elle non seulement refléter la réalité, mais aussi, pourquoi pas, la transformer ?
C'est autour de ces questions que se sont dessinées les Assises Internationales du Roman, co-organisées depuis 2007 par Le Monde et la Villa Gillet.

Un événement conçu et organisé par le Monde et la Villa Gillet. En co-réalisation avec les Subsistances. En partenariat avec France Inter.

Rencontre avec Orhan Pamuk à l'Institution des Chartreux (7102009)
Photo © David Ignaszewski Koboy

Le roman : tout dire ?

Avec notamment : Roberto Alajmo (Italie) Rabih Alameddine (Liban / États-Unis) Jean-Claude Ameisen (France) Aharon Appelfeld (Israël) Sefi Atta (Nigeria) Florence Aubenas (France) Gwenaëlle Aubry (France) François Beaune (France) David Boratav (France) Geneviève Brisac (France) A. S. Byatt (Angleterre) Emmanuel Carrère (France) Antonio Caballero (Colombie)
Le Chapelier Fou (France) Sophie Chérer (France) Marie Darrieussecq (France) Vincent Delecroix (France) Marie Desplechin (France) Erri de Luca (Italie) Anne Enright (Irlande) Percival Everett (États-Unis) Julia Franck (Allemagne) James Frey (États-Unis) Nicole Garcia (France) Wendy Guerra (Cuba) Leonid Guirchovitch (Russie) Judith Henry (France) A. M. Homes (États-Unis) Dany Laferrière (Haïti / Québec) Michèle Lesbre (France) Laurent Mauvignier (France) Martin Page (France) Bernard Pivot (France) Alice de Poncheville (France) Richard Powers (États-Unis) José Manuel Prieto (Cuba) Julían Ríos (Espagne) Marilynne Robinson (États-Unis) Luiz Ruffato (Brésil) Noman Rush (États-Unis) Boualem Sansal (Algérie) Elif Shafak (Turquie) Peter Sloterdijk (Allemagne) Vladimir Sorokine (Russie) Sara Stridsberg (Suède) Gonçalo M. Tavares (Portugal) Agata Tuszyńska (Pologne) Stéphane Velut (France) Ivan Vladislavic (Afrique du Sud) Yan Lianke (Chine) Valérie Zenatti (France)...
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In: http://www.les-subs.com/assises-internationales-du-roman-mai-2010.htm


dimanche, mai 02, 2010

197- Hier à Marseille

C'était hier, sous la pluie, à Marseille, le 1° mai.
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mardi, avril 06, 2010

196- Marseille - Toulouse et retour

Une petite escapade en pays occitan ce samedi 3 avril morose. Nous faisons (avec C.) une halte à


Carcassonne. Visite de la Cité médiévale archibondée hélas et du centre-ville moderne animé juste ce qu’il faut. Nuit sur l’aire de repos réservée aux campingcareurs. Le lendemain, direction Toulouse par la nationale 113.





Temps de giboulées. Halte à Montolieu,
« le village du livre » sur la D 629, à 17 kilomètres de Carcassonne, où se déroule le 20° salon du livre et des arts graphiques. Il se tient sur plusieurs lieux dont la salle des fêtes Jean Guehenno (écrivain) et la cour de l’école qui lui fait face.









Le public est clairsemé en cette
fin de matinée dominicale et pluvieuse. Le village compte pas moins de seize (oui 16) librairies pour moins de mille habitants (1000) : Le Dilettante, L’Ambassade, Latitude… Plusieurs écrivains y possèdent une maison : A.Gavalda, P. Süskind, S. Pey, ainsi que des artistes.











« A 17 kilomètres de Carcassonne sur le piémont de la Montagne Noire et au Sud du Cabardès, Montolieu
Village du Livre est un petit village construit sur un éperon rocheux entre deux gorges escarpées. Son climat est soumis alternativement aux influences de l'Atlantique et de la Méditerranée, contraste que l'on retrouve tant dans la géologie du village que dans la végétation de ses alentours.

Ainsi, au détour d'une vigne ou à travers la garrigue, pourrez-vous dévouvrir une des quatre-vingt
"Capitelles Montolivaines", ces petites cabanes en pierres sèches qui servaient autrefois d'abris aux bergers et aux vignerons.


Avec l'implantation depuis 1990 de nombreuses librairies, Montolieu a créé un univers où le livre est roi.

En flânant dans les rues du village, vous découvrirez, à côté des commerces traditionnels, des librairies, des artisans d'art, ainsi qu'un musée des métiers et arts du livre. Afin de mettre le livre à la fête, libraires et artisans vous accueillent tout au long de l'année et se rassemblent autour de quelques manifestations pour vous délivrer leurs connaissances. » [in : http://www.montolieu.fr/] Visitez ce site : http://www.montolieu.net/

Après ce beau village, direction du lac de Saint Ferréol puis Saint-Julia (souvenirs souvenirs !),






avant d’arriver à Toulouse, la plus espagnole des villes de France. Beaucoup de monde. Une brocante sur l’avenue Fuego. Rencontre de notre ami I au café Albert, sous les arcades face au Capitole. Puis direction Castres. On s’arrête au beau



village de Pons de Thomières. Nuit sur la place de la Foiralet entre deux ruisseaux : le Jaur et l’Aguze, derrière l’office de tourisme. Beau jour que ce lundi de Pâques. Direction le Sud-est via la côte : Cap d’Agde agité, sud de Sète, traversée de la Camargue unique…



























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