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jeudi, juillet 23, 2015

502_ Meursaults au théâtre Benoît XII_ Festival d'Avignon



 





 

 





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Je me suis rendu au festival d’Avignon cet après midi pour assister à la pièce « Meursaults » donnée au théâtre Benoît XII (12 rue des Teinturiers). Malgré les fortes chaleurs (autour de 32° et plus) les rues et places ne désemplissaient pas. Plus encore les terrasses ombragées des cafés et autres brasseries et restaurants.

 
Je n’avais pu réserver ni acheter un billet par internet. J’ai alors fait la queue et je n’étais pas seul, d’autres personnes sont arrivées. A 14h45 nous étions une bonne vingtaine à espérer avoir quelque chance pour assister à la pièce. Sur notre droite, l’autre file, la vraie, celle des personnes précautionneuses, des personnes qui avancent avec le billet bien en vue, cette file-là est bien longue…. Plus de quinze minutes pour qu’elle se liquéfie dans la salle… On fit entrer 5 personnes sans billet. Je veux dire qu’on a demandé aux cinq premières personnes n’ayant pas acheté de billet, de bien vouloir avancer vers le guichet. Pas une de plus. Je faisais partie de celles-ci. 28 € la place ! (un « ! » bien mérité). La salle est archi-comble : les 430 sièges sont occupés. Faites le compte. 



15h10. Applaudissements. Voici les deux acteurs : Ahmed Benaïssa dans le rôle de Hamou et Anna Andreotti dans celui de la mère, « Mma »

L’adaptation et la mise en scène sont de Philippe Berling sur le texte de Kamel Daoud (Meursault, contre-enquête).

 

Le rideau se lève (il n’y a pas de rideau, c’est juste pour dire que la pièce commence) sur un espace, une sorte de cour, occupé par le mur d’une maison et ses deux portes d’entrées, un citronnier et un banc. Cela ne changera pas jusqu’à la fin. Arrive la mère qui gesticule, chante, mais ne parle pas, hormis à la fin. Puis entre Hamou, le narrateur, le frère de Moussa, « l’Arabe » de Camus assassiné par Meursault. Il entame un monologue qui durera quasiment une heure et demie.



Je dois vous dire que contrairement à une petite quinzaine de personnes qui n’a pu tenir et a quitté la salle au bout de vingt à quarante minute, j’ai tenu avec les autres jusqu’au bout. Je connaissais les textes de Camus et de Daoud. Pour être honnête il me faut dire que l’adaptation me parut longue. La voix souvent monocorde de Benaïssa n’a pas arrangé les choses. Ajouter à cela la température, chaude… Certains spectateurs piquaient du nez… Mais la pièce est globalement sauve.


video 
https://vimeo.com/123088933



 





 






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Lire aussi au post n° 464

Ici :

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LA Croix.fr
 23 07 2015

Un « projet passionnément littéraire », un texte qui « touche au prodige », renouant « tout ce qui fut dénoué de part et d’autre de la Méditerranée: la mère, la mort, l’amour, l’amertume, les merveilles et la mer »… En ces termes, Antoine Perraud saluait dans La Croix (15 mai 2014) Meursault contre-enquête de Kamel Daoud, chroniqueur au Quotidien d’Oran.
Visé par une fatwa dans son pays, l’écrivain est venu à Avignon assister à l’adaptation pour le théâtre de son livre, prix Goncourt du premier roman, signée et mise en scène par Philippe Berling.
À l’issue de la représentation, il ne cachait pas son émotion: « C’est un effet magique. » De fait, la transposition se révèle d’une fidélité parfaite, tant à l’esprit qu’à la lettre de cette œuvre écrite en miroir de L’Étranger de Camus.
Le monologue de l’étranger
Racontée sous forme de monologue, l’histoire est la même: celle de Haroun réclamant justice contre l’injustice de l’oubli pour son frère, « l’Arabe » anonyme, tué par Meursault dès les premières pages du livre du prix Nobel.
Tous les thèmes abordés par Daoud s’y retrouvent: le deuil, la difficulté d’être, le sentiment d’être étranger sur sa propre terre, comme tous les Algériens – d’où le rajout du « S » au titre. Mais aussi le regard sur une Algérie d’hier et d’aujourd’hui, qui ne se remet pas des illusions déçues de son indépendance, en butte toujours au colonialisme et à l’après-colonialisme, en proie, surtout, à la montée du radicalisme islamiste.
Le seul changement tient dans le lieu où se déroule le récit: il ne s’agit plus d’un bar, mais de la cour d’une maison. Celle qu’aurait récupérée, au lendemain du départ des colons français, « M’ma », la mère de Haroun – mais peut-être aussi sa sœur, la « femme »… – présente pendant tout le spectacle.
Une (trop) sage mise en scène
Consolatrice et rassurante, elle répond par ses chants à la longue plainte de Haroun. Elle, c’est l’Italienne Anna Andreotti; Haroun, c’est Ahmed Benaïssa, comédien vedette en Algérie. Unis en de douces étreintes autour du souvenir du frère mort, ils font entendre le texte avec une justesse parfaite.
Trop peut-être ou, plus exactement, trop sagement, à l’image d’une mise en scène que l’on aurait aimée plus dynamique, nichée dans un décor au réalisme de carton-pâte que rehausse à peine l’éclat d’un petit oranger factice.
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Le Figaro.fr
Par Hermelle Hériot- 23 07 2015
CHRONIQUE D'UN FESTIVAL -17- Philippe Berling met en scène sous le titre Meursaults, le roman à succès de l'écrivain algérien Kamel Daoud, inspiré de L'Étranger.
La courette de terre battue d'une maison autrefois blanchie à la chaux, dont les murs sont délavés par le temps. Un citronnier y pousse contre un mur. Devant, on devine une dalle. À gauche, une porte donne sur des murs rouge Pompéi. On est dans la maison de M'ma, la mère de cet Haroun qui va s'adresser à nous, plus d'une heure durant. Il raconte. Il raconte son frère Moussa.
Haroun, c'est un grand comédien algérien, qui a parfois joué en France, Ahmed Benaïssa. Une voix rugueuse, un accent très particulier. Une énergie de tout l'être. Ahmed Benaïssa tient le spectacle de bout en bout, précis et touchant dans la douleur comme dans la colère.
Philippe Berling qui co-dirige le Théâtre Liberté, à Toulon, a lu très tôt, en novembre 2013, dans son édition algérienne (Barzakh), Meursault, contre-enquête de Kamel Daoud, livre écrit en français. Il a tout de suite pensé à une adaptation théâtrale.
Depuis, le livre a été publié en France (Actes Sud) et connu un énorme succès: prix Goncourt du premier roman, prix François-Mauriac, prix des 5 continents de la Francophonie. Il a été lu par des milliers de personnes (130.00 en France, 14.000 en Algérie), des jeunes en particulier et depuis traduit en 22 langues.
Une sorte de miracle qui s'inscrit dans l'ombre d’Albert Camus et de L'Étranger. Le livre reprend en effet le célèbre roman du prix Nobel de littérature pour s'interroger sur celui qui n'est pas nommé, l'Algérien assassiné. Kamel Daoud est journaliste. Il a longtemps été rédacteur en chef du Quotidien d'Oran. Il cisèle désormais des chroniques très courageuses sous le titre de Raïna Raïkoum («Mon opinion, votre opinion»).

Narrateur au caractère complexe

Un imam salafiste a lancé contre lui une fatwa demandant au gouvernement algérien la peine de mort pour cet homme qui défend depuis toujours la laïcité et qui n'a pas peur. Meursault, contre-enquête est le premier roman de cet esprit caustique qui pose sur son pays, mais sur la France aussi, un regard très sévère. Il est né en 1970 dans une Algérie indépendante depuis huit ans. Il n'a connu ni la présence française, ni la guerre. Mais le poids de cette histoire pèse.
Dans le livre, Haroun s'adresse aux clients d'un café, près de Hadjout - le Marengo de l'Algérie d'autrefois. La mère n'apparaît pas. Ici, avouons-le, on ne comprend pas très bien la décision dramaturgique qui en confie le rôle à une chanteuse italienne pas vraiment convaincante, Anna Andreotti. Le metteur en scène la fait surtout s'exprimer en faibles chants et plaintes, ce qui est tout de même étrange...
Ahmed Benaïssa, lui, impose la présence de ce narrateur au caractère complexe qui parvient à porter haut la voix de l'auteur.
On reverra ce spectacle qui va tourner longuement, et notamment dans les centres culturels français d'Algérie. À Avignon, lors de la première hier, Kamel Daoud était présent, très ému.
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Lexpress.fr

"Meursaults" à Avignon: "Kamel Daoud mange Camus et le régurgite"


Par AFP , publié le

Meursaults à Avignon-Kamel Daoud mange Camus et le regurgite

Avignon - Evénement de la rentrée littéraire, "Meursault, contre-enquête", de Kamel Daoud, roman miroir de "L'étranger" de Camus, adapté au théâtre par Philippe Berling sous le titre "Meursaults" (avec un s) est une des pièces les plus attendues au Festival d'Avignon (21 au 25 juillet).

"J'ai tout de suite pensé que ce très beau roman pouvait être adapté au théâtre", explique le metteur en scène, qui dirige avec son frère, Charles Berling, le théâtre Liberté de Toulon. Il a lu l'oeuvre à son tout début, dans l'édition algérienne (Barzakh), bien avant qu'il ne soit couronné du prix Goncourt du premier roman.
"Il a connu un succès formidable en Algérie et en France, les droits ont achetés par 23 pays, c'est une oeuvre qui parle à tout le monde. Kamel Daoud parle très bien de ce qu'est le post-colonialisme, en s'appropriant d'une manière un peu cannibale l'héritage colonial", dit-il. "Il mange Camus et le régurgite en faisant sa propre histoire".
Le roman, écrit en Français, et qui comporte exactement le même nombre de signes que "L'Etranger", en est le contrepoint, le reflet inversé. Son héros Haroun est le frère de Moussa, "l"Arabe" jamais nommé par Camus, tué par Meursault sur une plage écrasée par un soleil de plomb, au lendemain de la mort de sa mère.
Le récit de Daoud se déroule aujourd'hui, plus de 50 ans après la guerre d'indépendance, et l'auteur n'est pas tendre avec le pouvoir algérien, ni surtout avec la religion. Un activiste salafiste a d'ailleurs appelé les autorités algériennes à le condamner à mort. L'écrivain a porté plainte.
"Kamel Daoud accuse tout autant l'Algérie d'aujourd'hui, le pouvoir algérien et les héritiers de la guerre d'indépendance d'avoir dilapidé un patrimoine et de n'avoir rien fait de nouveau", explique Philippe Berling. "Pour lui, tous les Algériens sont aujourd'hui des étrangers dans leur propre pays, des Meursaults, c'est pour ça que j'ai titré la pièce +Meursaults+ avec un s".

Dans le roman, le narrateur s'adresse à un client dans un café, en un long monologue. Mais pour renforcer la dramaturgie, Philippe Berling a écarté l'option du monologue et a monté la pièce avec deux personnages: le narrateur' Haroun, frère de l'Arabe assassiné, et sa vieille mère. "Je voulais que la mère, qui a une place très importante dans le roman, soit là. Mais elle ne parle pas, l'actrice Anna Andreotti va chanter et réagir musicalement à ce que lui dit son fils".
Le rôle du fils est tenu par Ahmed Benaïssa, peu connu en France mais familier des Algériens pour ses rôles surtout au cinéma et à la télévision.  
Le décor installe la pièce dans la cour de la maison qu'occupent Haroun et sa mère, l'ancienne maison des maîtres français pendant la colonisation, qu'ils ont récupérée à l'indépendance. Sur scène, un citronnier, sous lequel est enterré le Français tué par Haroun, en contrepoint du meurtre de Moussa par Meursault. 
Dans ce décor très sobre, la vidéo va représenter les fantômes, Moussa, les pieds-noirs, le passé. 
La pièce créée à Avignon partira en tournée et sera montée en Algérie dans les Instituts culturels français. Un retour à la terre indispensable pour une oeuvre qui jette un pont entre l'un des premiers pays francophones au monde et la France.
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mercredi, juillet 22, 2015

501_ Le site internet INCIPIT EN W vous souhaite la bienvenue

Il y a un an naissait "Incipit en w", une maison d'édition.
Elle dispose aujourd'hui d'un site internet:

                  Cliquez sur l'adresse:





mercredi, juillet 01, 2015

500_ C'était en juillet 2011, une virée au Canada et en Alaska


 
Résultat de cette virée ? un texte dont voici un extrait :

Skagway est un très joli village qui fourmille de touristes en été. Il ressemble beaucoup aux villes du Far West telles qu’on les a gravées dans sa mémoire, telles qu’on les voit dans les films de cowboys, avec ses cabarets, ses saloons, sa banque d’Alaska. (…) Dans la minuscule gare maritime, d’immenses photos bicolores couvrent une grande partie des murs. On y voit des traîneaux de chiens, des chercheurs d’or et Mrs Harriet Pullen, une pionnière de Skagway. Dans son édition du samedi 11 juillet 1897 le Seattle Post Intelligencer, titre : « Latest news from the Klondike ». Quelques personnes attendent, ou n’attendent pas le ferry annoncé provenant de Juneau, le Sylver Shadow. (…)

video


 Les routes sont bitumées et les trottoirs recouverts de lattes de bois. Le pub est bondé. La plupart des clients sont des Américains venus d’autres régions, essentiellement par paquebots. Les serveurs, bien que débordés, trouvent toujours le bon moment pour échanger avec les consommateurs. Notamment Laurent le francophone, un Québécois de Montréal. La question sur la mosquée d’Inuvik lui paraît tellement incroyable qu’il rit bruyamment pour manifester son grand étonnement. Il dit « tsais cette histoire me semble strange tu m’écoutes-tu et c’peut faire jaser non ? » et il rit de nouveau, en posant le contenu de son plateau. Il réussit à agacer les Marseillais qui préfèrent changer de sujet.
Ils quittent Skagway brewing pour se rendre directement au camping Garden City où ils avaient, dès leur arrivée dans le village, installé le Westfalia. Ce lieu n’a de camping que le nom, avec le strict minimum. Du gazon, deux fontaines, quelques douches plutôt insalubres. Le lendemain mardi 19 juillet ils se réveillent tôt. Ils eurent froid malgré les couvertures. Le ciel dégagé promet une belle journée. Pour se réchauffer, Omar fredonne sous la douche dans son imparfait anglais I’ve lived/ A life that’s full/ I’ve traveled each/ and every highway/ And more/ Much more than this/ I did it my way… 

lundi, juin 29, 2015

499_ Boudiaf, In Memoriam



                     En cette fin de matinée du jeudi 25 juin 1992, le président Boudiaf faisait une tournée d’inspection à la zone industrielle d’Arzew. En fin de matinée il était précisément à Aïn el Biya où nous résidions. Mon fils M., sept ans, et moi, ne pourrions le voir, car nous nous préparions à quitter le village pour aller assister à la finale de la coupe d’Algérie de football à Oran, au « stade du 19 juin ».


Les résidents étaient nombreux à se bousculer dans l’allée principale du village, le camp5, quand je la traversais en voiture pour me rendre à Oran. D’un moment à l’autre le président et sa suite allaient quitter le village. Les gardiens laissaient sortir les voitures, mais pas celles qui y entraient. Sur la nationale ralliant Aïn el Biya à Oran, à hauteur de l’entrée de Gdyel, les gendarmes affectés à l’entrée est de la ville nous empêchèrent de continuer. « Par là vous pouvez » me fit l’un d’eux. « Par là » c’est à dire par une piste à l’intérieur des terres, parallèle à la nationale. Je pénétrai dans la piste, la longeai. Une piste qui n’en est vraiment pas une. Les tracteurs peut-être… Je l’ai tant bien que mal suivie. J’ai traversé Gdyel. 
Mon agenda, à la journée du jeudi 25 juin 1992.
 A la sortie ouest de la ville je suis tombé nez à nez avec la dernière voiture du cortège présidentiel, qui filait à vive allure (140 km/h au bas mot). Je lui ai emboîté le pas. Un motard de la garde, sorti de je ne sais où, me fit signe de passer, pensant certainement que je faisais partie du cortège. Cette facilité me donnait des sueurs. Je ne l’ai pas comprise (et ne la comprends toujours pas), mais l’heure n’était pas à ce type de réflexion. Mon véhicule était de même marque que nombre d’entre ceux qui formaient le cortège, mais assez poussiéreux. Me voilà, à mon corps défendant, « dedans ». Il me fallait dès lors assurer l’allure. C’est à dire rouler à très grande vitesse. Comme les véhicules qui me précédaient, j’ai activé les feux de détresse. Lorsque vingt minutes plus tard nous sommes arrivés à Oran Bernandville, une armada de policiers au garde à vous, un tous les cinq mètres, nous accueillait. Des gouttelettes de sueur froide, grosses comme des grêlons, perlaient sur mon front, sur ma nuque et le long du dos. Comment sortir de ce qui m’apparaissait comme une souricière ou un pétrin. « Nous sommes en danger » pensai-je, mon fils et moi. Je me devais hélas constater que je n’avais de choix que de continuer. Le boulevard Champagne (Gambetta), le rond-point du lycée Lotfi, celui de l’Académie. Enfin la wilaya. Tout autour de l’immense escalier de l’entrée officielle, les policiers en tenue et d’autres en civil me paraissaient innombrables. Les premières voitures pénétrèrent dans le sous-sol de la préfecture. Beaucoup (une trentaine ?) tentaient tant bien que mal de se garer par-ci, par-là. A hauteur du 110 rue Mouloud Feraoun, j’ai stationné, éteint aussitôt le moteur et désactivé les warnings. Je demeurai immobile, alors que mon fils, jusque-là allongé sur la banquette arrière se réveilla, un peu perdu. Je l’étais plus que lui. Je lui ai demandé de rester calme. Je ne sortirai pas du véhicule, pas dans l’immédiat. J’ai attendu que mon esprit me revienne et que les autres véhicules se furent vidés de leurs passagers, une dizaine de minutes, avant de repartir, avec le maximum de douceur. Il me fallait planer si possible. Si j’avais pu nous rendre transparents, je n’aurais pas hésité à le faire. Vingt minutes plus tard, nous étions à El Hamri. Le « stade du 19 juin » était bien rempli. Avec M. nous nous sommes installés dans les tribunes, à moins de cent mètres du président Boudiaf, que je montrais du doigt à mon fils, assis sur mes épaules, « il est là, regarde ». Comme nous il assistait à la finale de la coupe d’Algérie. La JSK a battu l’ASO par 1 à 0. J’ai mis plusieurs semaines à me remettre de mes émotions de la journée. 



Plus tard, en juillet, la rumeur suivante avait couru : « Boudiaf devait être assassiné à Aïn-Témouchent ou Oran ». Il le fut à Annaba le lundi suivant, 29 juin, un lundi, comme aujourd’hui 29 juin 2015. El Watan titrait le lendemain : « Le complot », Le Matin : « Ils l’ont assassiné ». Ils…






video 
Merci algeriaforever- Youtube

ahmedhanifi@gmail.com

dimanche, juin 28, 2015

498_ Face aux massacres des nouveaux barbares

Des dizaines de morts ces derniers jours dans plusieurs pays... Assassinats commis par les hordes barbares se réclamant de l'Islam...

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Face aux massacres des nouveaux barbares, nous ne pouvons nous contenter d’ingurgiter des images aussi atroces les unes que les autres et nous plaire dans des bavardages sans fin. Des actions de tous ordres et de tous niveaux sont nécessaires. J’ai longuement réfléchi à la part qui pourrait être la mienne, auprès d’autres volontés. A la suite de Ghaleb Bencheikh, je pense qu’il ne s’agit pas de nous « plier à une quelconque injonction » ni de répondre à une « sommation de nous désolidariser » des assassins se réclamant de l’Islam. Il y va de notre honneur de préparer, de participer à une action d’envergure pour dire haut et fort notre dégoût, notre révolte face à ceux qui, au nom de notre religion, accomplissent les pires atrocités.

Adnan Ibrahim sur Al- mayadin TV



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ADNAN IBRAHIM  _ A




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ADNAN IBRAHIM  _ B 





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                                                                         ADNAN IBRAHIM  _ C  


Le film complet se trouve ici:

https://www.youtube.com/watch?v=sEanxZOTA5s





JDD_ 19 avril 2015

Adnan Ibrahim, l'imam qui dénonce les barbares

Né à Gaza, prêchant à Vienne, en Autriche, cet imam séduit sur Internet des milliers de jeunes musulmans en Europe et jusqu’en Arabie saoudite par son réformisme et sa tolérance.
Je sais que je suis sur la liste de Daech, c'est un risque que j'assume." Il a l'air à la fois désolé et déterminé. "Ils veulent m'abattre et peuvent me tuer, mais je ne m'arrêterai pas." Le 9 janvier, du haut de sa chaire, Adnan Ibrahim ne s'est pas seulement adressé à ses frères dans sa modeste mosquée de Leopoldstadt, dans la banlieue de Vienne. Il visait, par caméra interposée, les dizaines de milliers de jeunes musulmans qui se connectent en Europe et au Moyen-Orient sur Facebook et YouTube pour l'entendre. Le soir même de l’assaut de la police contre l’Hyper Cacher de Paris, Adnan Ibrahim, en costume cravate, dénonce les "barbares" : "En tant que musulmans, nous nuisons à notre image, nous donnons à voir celle du terroriste tueur, quelle insulte!" Effets de manches pour un avocat sans robe, le phrasé éloquent, il continue de haranguer ses fidèles en éducateur. "Ceux qui s'explosent au milieu des foules n'ont pas compris grand-chose, ils n'ont pas appris l'islam, ils ne savent rien. C'est un fanatisme vil comme celui des croisés du Moyen Âge!"

Il dévore Newton, Darwin et Freud

À l'image de ces prêtres-­ouvriers des années 1970, l'imam palestinien au passeport autrichien ne porte aucun signe distinctif de sa religion ou de son métier de pasteur des âmes. Sa barbe est bien taillée, rien à voir avec celle des fous de Dieu qui la laissent pousser pour respecter la consigne du Prophète. Contrairement à l'un de ses amis qui l'accompagnent en ce début avril lors d'une escale parisienne, il n'a pas non plus cette petite bosse au milieu du front qui témoigne de longues heures à prier la tête contre le sol. "La prière, c'est d'abord entre soi et Dieu", murmure-t-il. "La religion, c'est dans le cœur que ça se passe", insiste-t?il. Il rappelle alors que depuis le plus jeune âge il a compris que la mosquée n'était pas le meilleur endroit pour cultiver sa foi, il préfère le secret de son âme. "Cela vous ennuie qu'on ose vous comparer à un Luther de l'islam?", lui demande-t on avec un rien de provocation. "Pas le moins du monde, même si la ­Réforme est un arbre avec beaucoup de branches…"
Adnan Ibrahim n'a jamais cessé d'apprendre la différence. À Gaza, enfant, son père lui avait enseigné que l'islam visait d'abord à "la pureté du cœur". Entre l'éducation religieuse traditionnelle et celle dispensée dans les écoles et collèges de l'Unrwa, l'agence des Nations unies en charge des réfugiés palestiniens, Adnan se jette à corps perdu dans les livres que l'on ne peut ou que l'on ne doit pas lire. Adolescent, il dévore ­Newton, Darwin et Freud, s'initie à la psychologie et refuse de se laisser embrigader dans les factions palestiniennes. Non parce qu'il serait insensible à la violence des soldats israéliens jusque dans les maisons de son camp de Nuseirat, mais parce que l'éducation lui paraît "prioritaire". Adnan Ibrahim aurait pu devenir un fantassin du Hamas, plein de haine pour l'occupant, ou un collabo de Tsahal, l'armée israélienne, pour rapporter quelques shekels à sa famille.
Le père est un homme du peuple qui a fait tous les petits métiers : chauffeur de taxi à Gaza, commis boucher et même ouvrier dans une usine en Israël. Adnan a une dévotion pour ce père qui ne porte ni la barbe ni l'habit, ne s'embarrasse pas de symboles mais vit sa foi dans la simplicité du quotidien : aimer son prochain, servir l'autre. Le fils retient d'une leçon paternelle qu'être beau, intelligent et pieux ne sert à rien si c'est pour insulter sa mère et se comporter avec arrogance.

Une mosquée pleine à craquer en quelques années

Un jour, devenu imam, il choquera au plus haut point en ­demandant à Dieu de bénir un soldat israélien qui s'était suicidé après avoir, vainement, plaidé auprès d'un officier qu'une ­Palestinienne puisse franchir un check-point afin d'accoucher à l'hôpital. "Les Juifs sont nos cousins, plaide Adnan. Et tous ceux qui instrumentalisent le conflit israélo-palestinien en une guerre de religions font du tort à notre islam."
Et le djihadisme? Faut-il le combattre? Par quels moyens? L'imam estime qu'il n'y a pas d'autre choix que de se défendre si ceux d'en face prennent les armes. "Toutefois, la meilleure façon de contrer ces fanatiques, c'est d'offrir un discours alternatif. Si l'on utilise la force physique, on peut les vaincre une ou deux fois, mais tant que les causes de ce mal persistent, rien ne sera réglé." D'où l'engagement pris par Adnan Ibrahim de dissuader les jeunes de rejoindre les djihadistes.

La femme est l'égale de l'homme

"Les réformistes ne sont en général pas bien accueillis par les jeunes musulmans parce que leur discours n'est pas suffisamment religieux, confie Adnan. Moi, je leur offre une base spirituelle solide, je dissèque un par un les arguments coraniques développés par les djihadistes pour les réconcilier avec le message originel de l'islam." Surprise, parmi les pays où ses thèses sont le mieux reçues figure l'Arabie saoudite, comme si les jeunes sujets du roi Salmane ne se retrouvaient plus dans "cet État déconnecté de la réalité". Mais c'est aussi à Riyad que l'imam palestinien est qualifié d'apostat parce qu'il ose "prêcher la miséricorde plutôt que la confrontation".
À Vienne, lorsqu'il est arrivé, les jeunes musulmans de la capitale autrichienne étaient en ­majorité séduits par le salafisme. En quelques années, sa mosquée, au départ désertée, est devenue pleine à craquer. "Il faut redonner aux jeunes leur liberté de conscience", argumente Adnan. "J'ai beaucoup appris de la Réforme chrétienne", ajoute celui qui cite également volontiers saint Thomas d'Aquin et saint Augustin. "Je comprends aujourd'hui qu'il n'est pas si important d'aller vers l'autre avec ce que je suis que de répondre à ses besoins, c'est tout le contraire du prosélytisme."
Remarquant au passage que cela ressemble aussi à la manière dont le pape François rappelle aux catholiques le sens premier des Évangiles, Adnan compare tel hadith enseigné par le Prophète avec une parabole de Jésus : "Ce que vous avez fait au plus petit d'entre vous, c'est à moi que vous l'avez fait."
Hérétique? Iconoclaste? Ou tout simplement libre? Adnan Ibrahim ose prétendre que la femme est l'égale de l'homme et qu'elle peut hériter avec égalité de droits, que la démocratie est compatible avec un islam ouvert. Pas étonnant que la police autrichienne surveille de loin ce réformiste de l'islam et s'étonnerait même de le voir jusqu'ici épargné par des attentats commandités par ses ennemis. Comme s'il était "protégé" de plus haut… 



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Wikipedia:

Plus d'infos ici:
http://www.adnanibrahim.net/?lang=en



Et sur Facebook:
https://www.facebook.com/FrAdnanIbrahim

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EL WATAN 20 juin 2015

Chronique. Ghaleb Bencheikh(*)

Pourquoi sommes-nous arriérés ? (**)


La vie des hommes est cyclique, rythmée par des repères dans le temps. Ces repères ponctuent les activités humaines, alternées qu’elles sont, par des moments de repos et d’autres d’intense labeur.
Il en est de même de la pratique rituelle dans les traditions religieuses. Les rites ont aussi un lien avec l’écoulement du temps et s’y inscrivent. Aussi la lunaison Ramadhan pour les musulmans est-elle un temps particulier, attendu avec ferveur et joie par les uns, appréhendé par les autres.
Mais, il n’en demeure pas moins que c’est un temps déterminé avec des spécificités propres. J’essayerai, pour ma part, de le mettre à profit afin d’introduire quelques réflexions soumises à la sagacité des lecteurs d’El Watan reproduisant une expérience heureuse – pour moi.
Et je sais gré à la rédaction du journal d’ouvrir ses colonnes à la rencontre des idées, à la circulation des concepts, à la confrontation des points de vue et au partage des représentations du monde. Il s’agit de contribuer aux débats existants et d’en susciter d’autres avec, à la fois, l’humilité requise de ne pas se croire seul dépositaire de la vérité absolue et la liberté de pensée revendiquée comme telle et assumée. Puissions-nous émerger des basses eaux des discussions oiseuses aux conclusions péremptoires dictées par le seul argument d’autorité.
En effet, nous avons besoin de renouer avec l’éthique du débat et de l’échange – à la manière d’un Chafiî, le maître éponyme de la troisième école juridique (767-820). Il nous a bien enseigné, dès la première décade du IXe siècle, que lors des controverses : «Mon avis est juste, mais il peut être entaché d’erreur et l’avis de mon contradicteur est – par construction – faux, mais il peut receler sa part de vérité.»
Interrogeons-nous : où en sommes-nous, aujourd’hui, de cette attitude d’ouverture et de respect à l’égard des idées d’autrui, fussent-elles dérangeantes ?
Il se trouve que dans bon nombre de contrées islamiques actuellement, une bonne partie des croyants musulmans va vivre quasiment au ralenti avec une confusion du jeûne diurne et de la torpeur dans une interversion du jour et de la nuit. Certains membres de l’oumma s’acquittent, certes, de leur devoir religieux dans l’élévation de l’âme et l’accomplissent avec abnégation. Ils comprennent le sens du jeûne dans ses dimensions personnelle, sociale et spirituelle et se réjouissent de l’avènement du mois de Ramadhan.
D’autres subissent la pression de la communauté et avec peu de conviction endurent toute cette période. Ils fulminent à la moindre contrariété et, parfois sans être eux-mêmes directement contrariés, ils vitupèrent contre tout. Inutile de nous appesantir sur tous les manquements à l’éthique et à l’entraide, requises de chaque croyant tout le temps, a fortiori, lors du temps sacré du jeûne.
Ce qui prime pour nous – d’abord musulmans – est de comprendre pourquoi sommes-nous arrivés à cette situation d’indigence intellectuelle et de déshérence culturelle.
Pourtant nous nous gargarisons toujours de belles paroles et nous croyons, verset coranique à l’appui, que nous sommes la meilleure communauté suscitée aux hommes (à condition que et parce que) nous ordonnons le bien et proscrivons le mal. Sauf que nous sommes – sans autoflagellation aucune – dans l’ornière.
Et nous nous y vautrons, tant qu’il n’y aura pas d’éveil des consciences. Pourquoi sommes-nous arriérés ? C’est la même question qui nous taraude depuis bientôt deux cents ans ; depuis le livre composé par Rifaat Rafa Tahtaoui (1801- 1873). Une esquisse d’ébauche de réponse aura lieu dans les épisodes à venir.
 

*Docteur en sciences et physicien, Ghaleb Bencheikh, fils du cheikh Abbas Bencheikh El Hocine, ancien recteur de la Grande Mosquée de Paris et frère de Soheib Bencheikh, ancien mufti de Marseille, est également de formation philosophique et théologique. Il anime l’émission «Islam» dans le cadre des émissions religieuses diffusées sur France 2 le dimanche matin. Il préside la Conférence mondiale des religions pour la paix.

(**) le titre est de la rédaction 
Ghaleb Bencheikh
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EL WATAN dim 21 juin 2015

Chronique. Ghaleb Bencheikh(*)

Le culte sans la culture (**)

Dans le sillage de ce que nous avons abordé hier, méditons aujourd’hui cette double métaphore empruntée à l’univers médical : celle du médecin légiste et celle du chirurgien. Le premier par profession et par disposition, autopsie des cadavres froids.
 Il dissèque des dépouilles mortelles afin de déterminer les causes du décès. Mutatis mutandis, nous serions presque dans la même situation si nous voulions comprendre les raisons qui, dans le temps «froid» de l’histoire, nous ont embourbés et figés dans l’ornière évoquée hier. Le second, dans le bloc opératoire, opère in vivo.
Et, il a à cœur de sauver son patient. Le chirurgien ne s’embarrasse nullement de considérations autres que celles qui maintiennent en vie le malade, dût-il consacrer tout son temps et y investir toute son énergie pour le succès de son opération. C’est le temps chaud de l’actualité brûlante. Il en est de même pour l’idée que nous nous faisons de notre nation. Si nous tenons à sa pérennité, à sa prospérité et à son avenir radieux et sain, nous devrons la soigner.
Elle entrera enfin de plain-pied dans la modernité institutionnelle et intellectuelle. La médication commence par faire délivrer le peuple du piège de la religiosité sauvage – selon l’expression du cardinal Daniélou (1905-1974) et le traitement salvateur passe par la désaliénation des consciences de la bigoterie crétinisante.
Surtout libérer l’esprit de toutes ses entraves. Parce qu’il ne saurait y avoir de modernité véritable sans la modernité intellectuelle fondée sur l’esprit critique et sur la promotion de l’intelligence. Or, s’il nous est arrivé ce qui nous est arrivé, c’est à cause de la démission de l’esprit, de l’abdication de la raison, de la défaite de la pensée et de l’abrasement de la réflexion.
Aussi savons-nous, maintenant ce qu’il nous reste à faire : reconquérir cette liberté avec l’audace intellectuelle nécessaire et la hardiesse requise de la pensée et de l’action. Il est temps de mettre de l’ordre dans le fatras idéel que nous connaissons. Les maîtres-mots pour cette reconquête et cette mise en ordre sont éducation, instruction, acquisition du savoir, science et connaissance, ouverture sur le monde et sur l’altérité, notamment confessionnelle, avec l’amour de la beauté et l’inclination pour les valeurs esthétiques.
Les Beaux-Arts, les belles lettres, la musique et la poésie contribuent grandement à élever les âmes, à flatter les sens, à polir les cœurs et à les assainir de tous les germes du ressentiment et de la haine.
Je ne sais par quelle inversion des ordres de priorité dans la mission éducative du peuple ou peut-être en l’absence d’orientation claire et de volonté politique, le peuple est laissé comme une proie facile à des sermonnaires doctrinaires idéologues. Ceux-ci tiennent un discours le plus souvent abêtissant et culpabilisant.
Et, nous voilà, ahuris, consternés devant tant de confusion mentale et tant de raidissement radical. Or, l’extrémisme est le culte sans la culture ; le fondamentalisme est la croyance sans la connaissance ; l’intégrisme est la religiosité sans la spiritualité.
Savoir endiguer la déferlante obscurantiste, ravaler le délabrement moral, guérir du malaise existentiel, en finir avec l’indigence intellectuelle et la déshérence culturelle. Aller vers l’universel
. Ne pas s’arc-bouter sur les particularismes irrédentistes. Telle est la vision programmatique que nous devons avoir pour sortir des fondrières ténébreuses dans lesquelles nous avons glissé et depuis lors nous nous y débattons.
Comme l’optimisme est de volonté et le pessimisme est d’humeur – même si pour certains, il n’est que le paroxysme du réalisme – notre détermination est totale pour ne pas laisser flétrir définitivement un patrimoine moral et spirituel qui a sous-tendu une civilisation impériale. Ce n’est pas pour dire que nous fûmes grands, mais c’est pour enrayer la machine du désastre. C’est ce dont nous parlerons dans les éditions à venir.

(*) Philosophe et théologien. Il préside la Conférence mondiale des religions pour la paix. Il anime l’émission «Islam» dans le cadre des émissions religieuses diffusées sur France 2 le dimanche matin.

(**) Le titre est de la rédaction
Ghaleb Bencheikh
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El Watan 22 juin 2015

Chronique : La liberté de conscience


Tout en souhaitant un jeûne bien agréé à l’ensemble des musulmans et musulmanes de par le monde et pour ne pas apparaître comme aigri et ne pas rester dans des approches négatives de tout le patrimoine islamique, il est juste de reconnaître les valeurs de bonté, d’accueil et d’hospitalité propres à la grande tradition de l’islam.
De toute façon, l’aigreur et l’amertume n’aident pas à voir clairement ni à percevoir avec discernement, tout comme la peur et la colère sont toujours de mauvaises conseillères. Parce que tout essentialisme est réducteur et toute généralisation est abusive. Et, il n’y a pas pire insulte à l’intelligence que de prendre le conjoncturel pour le structurel et confondre le circonstanciel avec l’atemporel.
La partie n’est jamais le tout. En outre, ce que je dis et exprime ne relève pas d’un quelconque dolorisme et encore moins d’une autoflagellation malsaine. Que Dieu nous préserve de la haine de soi. C’est tout simplement parce que nous avons à cœur de renouer avec les principes fondamentaux de la civilisation et l’idée du progrès émancipateur que le regard n’est pas amène sur l’actuelle situation. Il doit être même sévère et le bon diagnostic doit être effectué sans complaisance aucune afin de trouver la médication appropriée.
Il se trouve qu’un des points noirs de la pensée théologique islamique contemporaine avec toutes les scories drainées depuis quelques siècles, est la question fondamentale de la liberté et notamment la liberté de conscience. C’est le point aveugle de cette pensée. Et pour rester dans le registre médical, les ophtalmologistes auraient parlé de scotome, cette lésion du nerf optique qui induit une non-perception lumineuse. Ce serait aussi l’angle mort tant redouté par les conducteurs automobilistes et dont on veut pallier les méfaits par les avancées technologiques telles des mini-caméras et autres avertisseurs. Il en est de même pour cette pensée qui sur ces questions cruciales de liberté de conscience s’est encore crispée et radicalisée ces dernières décennies.
La dégradation est affligeante. J’en veux pour preuve la régression terrible qui nous caractérise à ce sujet : Figure-toi, ami lecteur, qu’il y a plus de 80  ans, le jeune mathématicien et écrivain égyptien Ismail Ahmad Adham publia, dans l’Egypte des années 1930, un manifeste intitulé : Pourquoi je suis athée, dans lequel il défendait son incroyance et vantait son état d’esprit d’homme soulagé à le proclamer…
Que penses-tu qu’on lui ait fait ? L’a-t-on occis ? L’a-t-on décapité ? L’a-t-on bastonné ? L’administration s’est-elle mêlée pour l’emprisonner ? Non, rien de tout cela. La réponse fut, entre autres, celle d’un autre écrivain théiste sous la forme d’un opuscule ayant pour titre Pourquoi je suis croyant. Aujourd’hui, une telle «affaire» ne se passera pas et il y aura assurément un Chems-Eddine ou un pseudo-imam quelconque qui appellera à tuer l’hérétique, à en finir avec l’apostat par le châtiment suprême.
Pis encore, ces procurateurs de Dieu et défenseurs autoproclamés de ses droits exclusifs, jettent l’anathème sur toute personne qui n’entre pas dans le moule de l’intolérance et du fanatisme qu’ils ne cessent de rendre de plus en plus étroit. L’accusation de mécréance est devenue l’arme fatale pour mettre fin à toute discussion. Non seulement, de nos jours, un Ismail Ahmad Adham n’oserait jamais écrire, en contexte islamique, le moindre manifeste militant pour l’athéisme ni imaginer composer un pamphlet irréligieux, mais, les réponses seraient jugées timorées et non satisfaisantes valant à leurs auteurs brimades et vexations à cause de leur tiédeur à défendre comme il faut la vraie foi…
Ô maison de la sagesse de Baghdad, où es-tu ? Tu fus le lieu des débats et des controverses entre juifs, chrétiens, musulmans et hérétiques – sans que l’on prît les références scripturaires coraniques comme bases de discussion. Elles n’étaient pas reconnues de tous. Ces fameuses munazarates, ont été reprises par les auteurs latins sous forme de disputationes pluriel de disputatio, l’ancêtre de la soutenance de thèse afin d’obtenir le grade de docteur de l’université. Voilà, le ton est donné, nous devons recouvrer notre patrimoine assaini de tous ses germes d’intolérance. L’entreprise est titanesque. Mais nous n’abdiquons pas.
 
Ghaleb Bencheikh
*Ecrivain, essayiste, animateur de l’émission «Islam» sur France 2
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El Watan 23 juin 2015

Chronique : Le temps de l’analyse


Aujourd’hui, nous abordons la question cruciale du terrorisme abject qui sévit au nom de la tradition religieuse islamique. Il se poursuit encore, en ce moment même, alors que nous sommes censés vivre un temps consacré de bonté et de miséricorde. Sauf que des individus fanatisés affiliés à des groupes islamistes djihadistes ont décidé de déclencher une conflagration généralisée s’étalant sur un arc allant depuis le nord du Nigéria jusqu’à l’île de Jolo passant par la Corne africaine, sans parler de la monstruosité idéologique dénommée Daech.
Et, l’élément islamique y est franchement impliqué. Chaque jour que «Dieu fait», des dizaines de vies sont fauchées par une guerre menée au nom d’une certaine idée de l’islam avec toutes les logorrhées dégénérées qui usurpent son vocabulaire et confisquent son champ sémantique, devenus anxiogènes pour nombre de non-musulmans. Les exactions terribles qui sont commises nous scandalisent et offensent nos consciences.
Cette guerre réclame de nous tous, qui que nous soyons, hommes et femmes de bonne volonté, mais surtout de nous autres musulmans, de l’éteindre. Il est de notre responsabilité d’agir et de nous opposer à tout ce qui l’attise et l’entretient. Nous ne le faisons pas pour obéir à une quelconque injonction ni parce que nous sommes sommés de nous «désolidariser» de la bête immonde. Nous agissons de la sorte, avec dignité, mus que nous sommes par une très haute idée de l’humanité et de la fraternité.
Nous ne cèderons jamais à la psychose. C’est une déclaration de résistance et d’insoumission face à la barbarie. C’est ce que nous avons fait lors de la décennie noire où cette calamité a endeuillé tout le peuple algérien. C’est aussi notre attachement viscéral à la vie, à la paix et à la liberté. Et, tout comme l’enseigne l’Ecclésiaste, au début du troisième chapitre de la genèse – dans l’Ancien Testament – «Il y a un temps pour tout, il y a un temps pour les actions sous le ciel, il y a un temps pour tuer et un temps pour guérir, un temps pour abattre et un temps pour bâtir, un temps pour pleurer et un temps pour rire, un temps pour la guerre et un temps pour la paix.»
Alors, après le temps de l’affliction et de la torpeur, après celui de la sidération et des condamnations, le temps de l’analyse doit succéder à celui du panurgisme émotionnel. Ces derniers mois, plusieurs décryptages du terrorisme djihadiste se sont fait concurrence. Des lectures sociologisante, politique, géostratégique, psychologique, millénariste et théologique ont été présentées doctement. Et, tout en reconnaissant à chacune d’elles sa pertinence propre, nous affirmons qu’aucune n’est susceptible d’épuiser, à elle seule, le sujet. C’est pour cela qu’il faut plus de distanciation et de hauteur pour une vision panoptique et synoptique des choses.
Certes, il y a des facteurs endogènes propres aux contextes islamiques et des raisons intrinsèques qui sont venues les alimenter et les aggraver. Les éléments endogènes sont connus et plusieurs fois passés en revue. Il s’agit d’un faisceau convergent de facteurs politique, culturel, théologique, économique, militaire et géographique. Ils ont concouru à la stagnation, à la décadence, au déclin, à la régression et à la «colonisabilité» – en empruntant l’expression de Malek Bennabi. Nous aurons à y revenir à l’occasion de l’une ou l’autre de ces chroniques. Parce que nous devons être conscients des causes de notre décadence.
Quant aux raisons extrinsèques qui sont venues alimenter et aggraver les premiers facteurs, je les énumère sous forme de flashs sinon, il faudrait un corpus de plusieurs volumes dépassant le cadre de ces modestes chroniques. Ce sont en quelques mots et noms : Laurence d’Arabie, Mac Mahon, Sykes-Picot, Allenby, Balfour, Sèvres, Lausanne, Berlin, canal de Suez et plus tard Guantanamo et Abou Ghrib sans évoquer les résolutions de l’ONU relatives à la Palestine, à trois chiffres, qui dorment dans les tiroirs de l’Organisation et celles à quatre chiffres appliquées dans un déluge de feu et de fer.
Et, malheureusement ce déluge s’est abattu aussi sur le peuple irakien en dehors de toute légalité internationale et suite à un mensonge éhonté. Et, les menteurs, auteurs de cette désolation et du désastre, continuent à couler des jours heureux au ranch de Crawford et à Londres au moment où on a voulu arrêter Omar El Béchir lors de son déplacement en Afrique du Sud. Ce dernier aura sûrement à s’expliquer devant la justice des hommes en attendant de comparaître pour le jugement céleste.
Sauf que tant que les agissements de la «communauté internationale» s’accommodent de la realpolitik et de la loi du plus fort considérée comme la meilleure, nous aurons toujours à déplorer la subversion terroriste. Nous verrons demain en quoi nous n’accepterons jamais que la terreur islamiste pervertisse la grande tradition de générosité et de miséricorde, ni avilisse l’enseignement d’amour et de bonté.
 
Ghaleb Bencheikh
*Ecrivain, essayiste, animateur de l’émission «Islam» sur France 2

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El Watan 24 juin 2015

Chronique : Des chantiers urgents

Après la chronique d’hier où nous avons abordé la question du terrorisme aveugle qui s’abat au nom de notre tradition religieuse, aujourd’hui, nous poursuivons en soulignant que le drame réside surtout dans le discours martial puisé dans la partie belligène du patrimoine religieux islamique – conforme à une conception du monde dépassée, propre à un temps éculé – qui n’a pas été déminéralisée ni dévitalisée.
Il est temps de reconnaître, dans la froideur d’esprit et la lucidité, les fêlures morales graves d’un discours religieux intolérant et les manquements à l’éthique de l’altérité confessionnelle qui perdurent depuis des lustres dans des communautés musulmanes ignares, déstructurées et crispées, repliées sur elles-mêmes.
Des sermonnaires doctrinaires idéologues le profèrent pour «défendre» une religion qu’ils dénaturent et avilissent. Plus que la caducité ou l’obsolescence de ces doctrines d’attaque et de violence légitimées par le divin, il est temps de les déclarer antihumanistes. Au-delà des simples réformettes, par-delà le toilettage, plus qu’un aggiornamento, plus qu’un rafistolage, qui s’apparentent tous à une cautérisation d’une jambe en bois, c’est à une refondation de la pensée théologique islamique qu’il faut en appeler, je ne cesse, pour ma part, de le requérir et je m’étais égosillé à l’exprimer.
En finir avec la «raison religieuse dévote» et la «pensée magique», s’affranchir des représentations superstitieuses, se soustraire à l’argument d’autorité, déplacer les préoccupations de l’assise de la croyance vers les problématiques de l’objectivité de la connaissance, relèvent d’une nécessité impérieuse et d’un besoin vital. On n’aura plus à infantiliser des esprits ni à culpabiliser des consciences ni à fragiliser des êtres.
Les chantiers sont titanesques et il faut les entreprendre d’urgence : le pluralisme, la laïcité, la désintrication de la politique d’avec la religion, l’égalité foncière et ontologique entre les êtres par-delà le genre, la liberté d’expression et de croyance, la garantie de pouvoir changer de croyance, la désacralisation de la violence, la démocratie et l’Etat de droit sont des réponses essentielles et des antidotes primordiaux exigés partout dans le monde islamique. Ce n’est plus suffisant de clamer que ces crimes n’ont rien à voir avec l’islam. Le discours incantatoire ne règle rien et le discours imprécatoire ne fait jamais avancer les choses.
Ce n’est plus possible de pérorer que l’islam c’est la paix, c’est l’hospitalité, c’est la générosité... c’est irresponsable et c’en est même devenu insupportable. Occulter les raisons du mal laisse les plaies grandes ouvertes. Bien que nous le croyions fondamentalement et que nous connaissions la magnanimité, la mansuétude et la miséricorde enseignées par sa version standard, où jamais l’assassinat n’est la mesure de l’offense ! C’est bien aussi une compréhension obscurantiste, archaïque, passéiste, dévoyée et rétrograde d’une partie du patrimoine calcifié qui est la cause de tous nos maux.
Et il faut tout de suite la dirimer. Nous ne voulons pas que la partie gangrène le tout. Les glaciations idéologiques nous ont amenés à cette tragédie généralisée. Nous devons toutes les dégeler. La responsabilité nous commande de reconnaître l’abdication de la raison et la démission de l’esprit dans la scansion de l’antienne islamiste justifiée par une lecture biaisée d’une construction humaine sacralisée et garantie par «le divin». Il est temps de sortir des enfermements doctrinaux et de s’émanciper des clôtures dogmatiques. L’historicité et l’inapplicabilité d’un certain nombre de textes du corpus religieux islamique sont d’évidence une réalité objective. Nous l’affirmons. Et nous en tirons les conséquences.
L’ancrage dans la modernité ne saurait se faire sans une modernité intellectuelle fondée sur l’esprit critique, je l’ai déjà écrit dans la toute première chronique. Je regrette que nous ne l’ayons pas fait dans notre pays. Aucun colloque de grande envergure n’a pu se tenir, aucun symposium important n’a été organisé en vue de subsumer la violence «inhérente» à l’islam ; pas la moindre conférence sérieuse n’a été animée pour pourfendre les thèses islamistes radicales. Nous avons vécu sur la défaite de la pensée et l’abrasement de la réflexion.
Il est vrai que la pusillanimité et la frilosité de nos «hiérarques» nous ont causés beaucoup de torts. Leur incurie organique nous laisse attendre, tétanisés, la dramatique séquence d’après. Leur seul argument avancé est que nous sommes pris en otage par les fanatiques barbares. Or, face à la barbarie, il vaut mieux vivre peu, debout, digne et en phase avec ses convictions humanistes que de végéter longtemps en louvoyant, en étant complice, par l’inaction et le silence, de ce qu’on réprouve. Nous verrons la suite demain.
 
Ghaleb Bencheikh
*Ecrivain, essayiste, animateur de l’émission «Islam» sur France 2

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El Watan 25 juin 2015

Chronique : Autres voies, autres voix

Nous poursuivons ces chroniques au fil des jours que compte ce mois de Ramadhan. Elles commencent à susciter réactions et débats sur la Toile. Tant mieux, si une certaine effervescence intellectuelle peut nous sortir de la torpeur, de l’été et du jeûne. Je souhaite, pour ma part, qu’elle reste contenue dans les limites de la courtoisie et de l’éthique du désaccord. Je sais gré à toutes celles et tous ceux qui, avec sagacité et intelligence, commentent et critiquent mes propos.
Ceux-ci sont interrogeables et révisables. Ils ne relèvent d’aucun dogmatisme. Et, j’admets volontiers que mes prises de position soient discutables, voire contestables. Je fais mienne cette parole du calife Omar Ier : «Que Dieu fasse miséricorde à celui qui m’offre mes défauts.» En revanche, lorsque les dérapages se produisent et les attaques ad hominem fusent, la diffamation et la calomnie tiennent souvent lieu d’arguments pour faire taire et couper court à toute discussion. Sauf que la prise de parole publique est une responsabilité et il faut l’assumer.
Et, je ne me tairai pas. Je suis mithridatisé contre la malveillance et la bêtise humaine. De toute façon, le silence et la complaisance ont toujours été de discrets facteurs générateurs et amplificateurs des grandes tragédies. Et l’importance de la parole est telle, lorsqu’elle est bonne – et selon la parabole coranique - un bel arbre dont la racine est ferme et la ramure s’élançant dans le ciel,  donne ses fruits à tout instant par la grâce de son seigneur. Et lorsque la parole est destructrice, elle est semblable à un mauvais arbre déraciné de la surface de la terre et qui n’a point de stabilité.
Bien entendu, il faut condamner sans réserve toutes les dérives meurtrières qui s’abattent au nom de la religion et dénoncer l’extrémisme islamiste violent. Qui dit dénoncer, dit aussi annoncer : aucune cause, si légitime soit-elle, n’implique le massacre des innocents. Et surtout que le sacrilège suprême est l’atteinte à la vie. On ne peut pas et on ne doit pas se prévaloir d’un idéal religieux pour semer la terreur et provoquer la haine et le ressentiment.
Après avoir affirmé cela avec force, il est juste et sage de rechercher d’autres voies et d’entendre d’autres voix. Celles qui ne se cantonnent pas à la dénonciation. Celles qui veulent construire des alternatives aux nouvelles nécessités et potentialités du développement humain intellectuel et social. Celles qui fédèrent les forces vives de tous ceux et de toutes celles qui sont porteurs des valeurs d’humanisme de paix, de justice et de fraternité en nourrissant leur espérance.
Celles qui participent au renouveau et à l’éveil des consciences. Cet éveil commence par voir chez soi, en soi, les manquements à l’éthique, les écarts à la sincérité avec soi-même, les fêlures morales. Parce qu’aucune nation et aucun peuple ne changent véritablement si, pris individuellement, les membres de la nation ou du peuple n’entreprennent pas chacun un travail d’introspection intérieure afin de modifier l’inadéquation entre l’hypocrisie ambiante et le ressenti intérieur.
Et, cela commence par réaliser qu’encore de nos jours, dans de nombreux pays, à population majoritairement musulmane, des régimes politiques sévissent sans aucune légitimité démocratique. Ils gouvernent en domestiquant la religion et en idéologisant la tradition. Ils manipulent la révélation pour des fins autres que spirituelles. Les sociétés, elles-mêmes, en sont devenues minées par l’obscurantisme et l’infantilisation des esprits.
Elles n’ont engendré, globalement au risque d’être sévère – que des «diseurs» et jamais ou rarement des «faiseurs». Alors, comment faire pour que la réflexion, précédant l’action, puisse être formulée et exprimée en vue d’être saisie et intériorisée dans une adhésion intime ? Nous poursuivrons cette analyse dans la prochaine chronique en oscillant entre le fait de s’appesantir sur les raisons de cette arriération et ses méfaits et le fait d’ouvrir des perspectives d’avenir et de sortie de crise.
 
Ghaleb Bencheikh

*Ecrivain, essayiste, animateur de l’émission «Islam» sur France 2

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El Watan 27 juin 2015

Chronique. Ghaleb Bencheikh(*)

Hypocrisie et escroquerie


Nous avons évoqué, jeudi, le manque de légitimité démocratique dans la quasi-totalité des pays où la société est majoritairement musulmane. Nous constatons que les régimes s’y prévalent tous de l’islam comme religion d’Etat. C’est même inscrit dans la Loi fondamentale.
En réalité, j’ai précédé «totalité» par «quasi» pour ne pas être injuste vis-à-vis de nos voisins tunisiens et d’autres exemples en dehors du monde arabe, dont le nombre peut être compté sur les doigts d’une main affreusement mutilée.
Certes, la promesse démocratique est une asymptote – comme auraient dit les mathématiciens – et nous y tendons pour en être le plus près possible. Nous mesurons aussi les grandes étapes franchies dans la lente et longue maturité de l’humanité pour approcher ce point à l’horizon dans la gestion des affaires de la cité.
Depuis Solon et Clisthène, qui instaurèrent les fondements de la démocratie athénienne dès le VIe siècle avant l’ère commune jusqu’à nos jours, nous constatons son évolution et comment elle a pu se frayer un chemin entre despotisme et tyrannie.
Tant et si bien que les femmes, les métèques et les esclaves devaient être exclus de l’agora. Plus tard, et bien après la révolution française, nous verrons que le Tocqueville de l’Amérique n’est pas celui de l’Algérie et le Jules Ferry de la Métropole n’est pas celui des colonies où l’école n’était ni gratuite, ni laïque, ni obligatoire… maintenant, la démocratie française fonctionne cahin-caha. Elle est meilleure que celle de Poutine assurément, mais il arrive que les Scandinaves s’en amusent et la trouvent quelque peu affectée…
C’est souligner le caractère intrinsèquement évolutif de la démocratie. Il dépasse le simple formalisme creux du processus électoral. Il ne suffit pas d’organiser des scrutins pour assurer la franchise des résultats et, même si ces scrutins étaient exempts de fraudes, quelle serait leur valeur si ceux qui sont élus n’avaient pas de réelle maîtrise sur le cours des choses ni sur les véritables décisions ? Le cas iranien est un exemple patent.
Le régime des mollahs se targue du respect des échéances électorales et du bon fonctionnement de la machine des différentes consultations, notamment présidentielles, bien que la réélection de Mahmoud Ahmadinejad ait été contestée par les jeunes non sans courage avec leurs cris et leurs pancartes portant l’inscription : «Where is my vote ?» Encore une fois, quel intérêt peut-on avoir d’une élection, fût-elle transparente, si la Loi fondamentale est biscornue avec l’idée du mandat du jurisconsulte : un guide spirituel ayant main basse sur la police et la justice ! Un homme qui ne rend compte à personne !
Nous ne connaissons pas, en contextes islamiques, qu’est-ce la séparation des pouvoirs, ni l’alternance au pouvoir, ni l’équilibre des pouvoirs, ni ce que sont les contre-pouvoirs. Rien de tel n’est connu ni appliqué ni même voulu.
On se gargarise de belles paroles sur l’islam et on ajoute dans une escroquerie morale et intellectuelle que «ceux qui ne gouvernent pas selon ce que Dieu a prescrit, sont des mécréants», en ayant déjà tordu le sens de «juger» et «arbitrer» en «gouverner» et en affirmant avoir pénétré le désir politique de Dieu !
On s’offusque de voir l’épithète islamique accolée à Etat par la monstruosité dénommée Daech, mais on l’accepte lorsqu’elle qualifie la République en Mauritanie, en Iran et au Pakistan. Tout comme on s’accommode à l’idée bizarre qu’un Etat puisse avoir une confession ! A-t-on un jour pris le temps de déconstruire l’article des différentes Constitutions qui stipule que l’islam est la religion de l’Etat ?
Et, nous ne sommes pas à cette contradiction près ni à une hypocrisie de plus.
Actuellement, certains régimes participent à la coalition menée par des «mécréants» qui bombarde justement le prétendu Etat islamique alors que les criminels fous furieux du califat de la terreur appliquent leurs doctrines et soutiennent leurs thèses ! La dite monstruosité idéologique, c’est le wahhabisme en actes, rien d’autre. C’est le salafisme dans les faits, la cruauté en sus.

Ghaleb Bencheikh
*Ecrivain, essayiste, animateur de l’émission «Islam» sur France 2
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El Watan, dimanche 28 juin 2015

Chronique. Ghaleb Bencheikh(*)

Relever le défi de la paix


La scène mondiale a donné vendredi dernier, encore une fois, la représentation générale de la crise aiguë qui secoue le monde islamique. Elle semble échapper à toute perspective de résolution.
Le cauchemar continue. L’abjection et l’ignominie se poursuivent. En plein mois de jeûne – censé être un temps fort de recueillement et de miséricorde - nous apprenons, coup sur coup, trois attentats sanglants perpétrés quasi simultanément en France, en Tunisie et au Koweït. Ils signent la perversion de la tradition et l’inversion de ses valeurs de bonté et d’amour en folie meurtrière.
Et, pour rester dans ce registre tragique rappelant les Tragiques, les condamnations du chœur que nous constituons et les réprobations que nous proférons, n’ont guère d’écho. Sans aucun effet, nous élevons haut nos clameurs, et nous nous lamentons avec les pleureurs. L’horizon paraît opaque et barré par les surenchères radicales et le facteur temporel n’ouvre pas du tout vers un futur prometteur.
Bien au contraire, les perspectives d’avenir sont brouillées par l’immédiateté des évènements retransmis par les moyens de communication sophistiqués jouant un rôle d’amplificateurs. L’intensité de la guerre des images et l’instantanéité des images de la terreur ainsi que la proximité du spectacle atroce qu’elles donnent à voir écrasent toute velléité de recherche de résolution des conflits.
Elles ne laissent place qu’à un émotionnel exacerbé comme unique élément d’appréciation. L’attentisme fataliste pousse les terroristes à sévir.
En effet, on voit mal comment, dans cette désolation, un tiers médiateur réussirait à s’imbriquer dans une confrontation bipartite. D’un côté, ceux qui veulent punir les mécréants, les apostats et les tièdes ; de l’autre les sociétés ouvertes.
L’ensemble produit une étrange impression de faiblesse tout en espérant l’intervention invraisemblable d’un deus ex machina pour qu’une issue à l’impasse puisse être proposée, et pendant que l’attente se prolonge et que l’on s’y installe, l’on se trouve démuni, tétanisé, impuissant en plein désarroi…
La violence religieuse islamiste signe le degré ultime de l’inhumaine cruauté. Quelle réaction pourrait-on alors afficher ? L’éradication totale de la vermine terroriste, à l’évidence, serait-on tenté de répondre spontanément.
Mais que faire encore lorsqu’elle prolifère comme champignons après pluie ? Ce sera monter encore des marches dans l’insensée escalade sur l’échelle de l’effroi et de l’épouvante ! Y a-t-il une réponse qui soit une norme professée ? Y a-t-il une attitude qui fasse sens pour tous ? Non ! Si ce n’est avouer humblement que l’homme musulman n’a pas su relever l’inaccessible défi de la paix et la fraternité universelles, et reconnaître simplement qu’il n’est pas encore arrivé là où toutes les causeries religieuses auraient voulu qu’il fût. A force de vouloir composer avec sa conscience, il finira par décomposer son être profond.
Est-ce à dire qu’il court à sa perte ? Assurément oui, sauf s’il sait s’enjoindre à la patience et à la persévérance.
Les peuples civilisés savent trouver les ressources nécessaires en eux-mêmes pour résister face à la terreur.

Tant que les «nôtres» affichent leur hystérie suite aux caricatures du Prophète, alors qu’ils se terrent depuis des années lorsque leur religion est avilie et pervertie, ils ne sortiront pas de l’ornière. Le salut passe par les manifestations de masse et les démonstrations de force contre la barbarie. Nous devons en apprendre les codes et la tenue.
En attendant, tout doit concourir à faire reculer ces assassins : la répression dans le cadre de la loi et la justice, l’action politique et diplomatique ; la riposte militaire et de renseignement, l’assèchement des flux financiers. Mais surtout, la consolidation des acquis démocratiques, là où ils se trouvent ainsi que l’affermissement et l’ancrage des héritages et des biens culturels avec l’ouverture du champ intellectuel.
La refondation de la pensée théologique viendra sceller, une bonne fois pour toutes,  le sort de l’idéologie islamiste dont l’architectonique ne repose que sur des artefacts fallacieux. Puissions-nous ainsi en finir avec l’hydre de Lerne terroriste.
Ecrivain, essayiste, animateur de l’émission « Islam » sur France 2
Ghaleb Bencheikh
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El Watan, lundi 29 juin 2015

Chronique : Du tout théocratique au tout démocratique


Amis lecteurs, aujourd’hui je souhaite soumettre à votre sagacité la réflexion. J’ai appris que le chef-lieu d’une wilaya des Hauts-Plateaux algériens comptabilise sur son territoire trente-quatre mosquées ! Il n’y a pas un quartier sans sa mosquée propre. C’est que le citoyen doit pouvoir accomplir ses prières dans un lieu de culte en dehors de sa maison avec le confort optimal de ne pas avoir à marcher longtemps. Cela va à l’encontre, d’ailleurs, de l’idée qui stipule que pour chaque pas effectué, le fidèle enregistre une bonne action.
Il récolte une hassana. Dès lors que le musulman est obnubilé par la comptabilité de ces hassanât, il faut bien qu’il augmente son capital de ces bonnes actions, dût-il, pour cela, effectuer des tours supplémentaires autour de l’édifice religieux. Il devrait même opter pour un chemin retour autre que celui de l’aller.
Je ne fais rien d’autre que rappeler ce qui est enseigné du haut des chaires de ces mosquées par des imams «sérieux» et formés et formant à l’éducation religieuse. Ils insistent en ayant puisé dans des livres de jurisprudence islamique ouverts au chapitre – appelé le plus souvent portique – des règles de déplacement aux mosquées, sur le fait qu’il faut entrer par le pied droit dans la salle de prière et réserver le pied gauche aux sanitaires !
En outre, nous imaginons la polyphonie – pour ne pas dire autre chose – des haut-parleurs qui grésillent des appels à la prière et autres causeries religieuses, notamment en ce mois de Ramadhan. L’orchestration de ces logorrhées et le bruit assourdissant - il n’y a pas d’autre mot - qui les accompagne finissent par fatiguer le citoyen et l’abêtir. On pourra m’objecter que tout cela est connu et que m’y appesantir relève du pinaillage et des arguties captieuses.
Sauf que l’ennui réside dans la disproportion dans cette wilaya entre le nombre de mosquées et celui d’autres infrastructures culturelles et de loisirs. Il paraît qu’il n’y a aucune salle de cinéma opérationnelle, ni théâtre, ni opéra ni le moindre auditorium pour accueillir les grands événements musicaux. On s’arc-boute sur une religiosité aliénante et on néglige ce qui permet l’ouverture de l’esprit, éveille la conscience et flatte les sens !
La sortie de l’ornière est à ce prix. La modernité est à ce tribut et elle ne pourra advenir que lorsque la théologie aura déblayé en amont une pensée de la liberté. Aussi le progrès sera-t-il la conséquence heureuse du passage opéré du tout théocratique au tout démocratique où l’impératif absolu du respect de la conscience humaine est non négociable. Il est le préalable à toute œuvre de démocratisation, à commencer par la liberté d’esprit au niveau individuel comme une révolution opérée dans les mentalités, avant de prétendre mener celle des nations entières.
La dignité de l’homme réside dans son aptitude à répondre à l’appel transcendant en homme libre et conscient. Le libre choix politique va de pair avec le libre examen métaphysique. Comment peut-on s’imaginer un instant pouvoir contraindre par la coercition ou par la menace, croire imposer par la terreur et la violence ou même obliger par un simple regard inquisiteur, à ce qui relève en principe d’une adhésion personnelle spontanée, immédiate dans un acte libre d’un ego libre.
Le pire des méfaits serait alors un crime de lèse-conscience.
Il est affligeant de constater que la moindre critique -au sens académique- du corpus religieux ne peut être qu’impiété ! Le recours abusif à la criminalisation de l’hérésie et de l’apostasie comme une massue brisant tout argument contrariant est un scandale intolérable qu’il faut récuser avec force et condamner comme tel. Nous ne voulons plus réciter le commentaire du commentaire, en situant la dévotion dans l’abaissement de l’intelligence et dans l’imitation servile des pieux anciens. Au fond, la question n’est pas tant dans la mosquée que dans ce qui y est enseigné…
Ghaleb Bencheikh
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El Watan, mardi 30 juin 2015

De l’entendement de la laïcité

Nous nous proposons aujourd’hui d’aborder la question épineuse de la laïcité et de la désintrication de la politique d’avec la religion. Et, comme toute question sensible, elle gagnerait à être traitée avec calme et froideur d’esprit.
En effet, ce n’est qu’avec hauteur de vue et distanciation que les études peuvent être menées avec objectivité. Le sujet, de par son acuité et son importance, nécessite de longs développements et des colloques ad hoc, mais je vais à la concision.
Tout d’abord, essayons de comprendre ce qu’on entend par laïcité. Elle n’est surtout pas l’athéisme ni une quelconque idéologie militant pour l’incroyance ou pour l’agnosticisme.
Dans un premier temps, acceptons l’idée que c’est un principe juridique qui permet de «réguler» la cohabitation des sacrés, a fortiori dans une société plurielle, composite, multiconfessionnelle, pluriethnique et diversifiée.
Comme tout principe juridique, il n’a qu’à s’appliquer sans excès de zèle ni densité doctrinale. La laïcité ne doit pas avoir de consistance idéologique ; elle peut se résumer, entre autres définitions, dans la phrase qui suit : «C’est la loi qui garantit le libre exercice de la foi aussi longtemps que la foi ne prétend pas dicter la loi…» Quoi de plus normal dans une société où le droit est positif.
La norme juridique y est une émanation rationnelle des hommes et elle s’applique aux hommes. Le jeu démocratique, lorsqu’il est mené de manière saine, aide à changer la loi. Ce qui a été fait par des hommes pourra toujours être défait par des hommes.
Encore une fois, dans les sociétés libres, démocratiques et ouvertes au sens de Karl Popper, nul ne peut se prévaloir de sa propre métaphysique ni de sa tradition religieuse pour imposer à autrui, et tout particulièrement à ses propres concitoyens, sa vision du monde et sa législation.
La difficulté réside lorsque la société est monocolore sur le plan confessionnel – à supposer que ces sociétés existent encore à l’ère de la mondialisation et de la révolution numérique. Et même pour ces sociétés fermées, nous verrons ultérieurement qu’il vaut mieux pour elles appliquer le principe de laïcité afin de ne pas voir la religion domestiquée, manipulée et idéologisée par le pouvoir politique. Dans ce cas, la laïcité sera comprise comme la déconnexion de la politique de la religion.
En réalité, l’infortune de la laïcité en contexte islamique est due davantage à des considérations sémantiques et de traduction qu’à une opposition au principe même de la laïcité. En ce sens qu’aucune langue véhiculaire de la pensée théologique et politique dans les contrées islamiques n’avait, dans son champ lexical, l’équivalent de «laïcité».
Ni le persan, ni le turc, ni le gujarati, ni l’arabe, ni l’ourdou ne pouvaient en rendre le sens. Ce que d’autres langues pouvaient offrir, à l’exemple de l’allemand, de l’anglais, de l’italien ou de l’espagnol.
Bien que l’on ait trouvé des traces de «laïcité» dans l’œuvre de Montaigne, la première apparition dans un dictionnaire eut lieu dans l’ouvrage d’Émile Littré en 1871 et on la retrouva six années plus tard dans l’addendum de 1877. Ce substantif est construit sur le grec tardif laïkos, lui-même s’enracinant dans le grec ancien laos qui est une des trois dénominations du peuple, à côté de demos et d’ethnos ; ces deux derniers désignent respectivement la population dans la cité, la polis, et l’ensemble des caractéristiques culturelles, tandis que le premier désigne le bas peuple, en opposition aux clercs.
Ce détour par la sémantique est important pour comprendre le signifiant du vocable «laïcité», sa portée historique et son importance dans la science politique contemporaine. C’est ce que nous verrons dans les prochaines chroniques.
Ghaleb Bencheikh
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El Watan, mercredi 01 juillet 2015

Chronique : Revenir aux précurseurs

Poursuivons aujourd’hui la réflexion sur la laïcité et surtout sur son «infortune» en contextes islamiques. Tout d’abord, bien que les précurseurs et continuateurs du mouvement de la Nahda – dans ses sens premier et historique et non pas dans le sens usurpé par les partis politiques islamistes – aient compris l’importance de la laïcité et aient milité pour son avènement, les problèmes ont surgi suite à des considérations relatives à la traduction.
On a rendu le vocable «laïcité» dans les langues pratiquées par les peuples musulmans et donc véhiculaires de la pensée islamique par quelques approximations, voire des barbarismes. Ce qui a donné en langue arabe, par exemple, l’équivalent de «scientisme» et «mondanité» voire une étrangeté du genre «mondité». Ainsi, la véritable signification du terme a-t-elle été détournée. En outre, les commentaires fusaient et allaient bon train pour expliquer le type de gouvernement qui optait pour la laïcité.
C’était, pour certains, le gouvernement de ceux qui ne professaient pas de religion. Cela a été reçu comme une volonté d’imposer l’incroyance et l’irréligion au lieu d’être perçu comme un principe de neutralité quant aux questions religieuses dans la gestion des affaires de la cité. Or les pères de la Nahda l’avaient bien compris et c’est pour cela qu’ils s’étaient réjouis et s’étaient félicités de l’abolition du califat par la grande assemblée nationale turque en mars 1924. Ils avaient même regretté que ce fût aussi tardif.
Parce qu’ils savaient que le califat n’avait aucun caractère sacral. Il commença par la désignation d’un homme Abu Bakr en 632 et finit par l’action d’un homme Mustapha Kemal Atatürk en 1924. Ce n’est pas pour rien que, ayant saisi l’importance de ne pas mêler les questions religieuses aux affaires politiques, Ali Abderraziq a composé son ouvrage célèbre, un an plus tard, avec le titre L’Islam et les fondements du pouvoir. Un ouvrage qui provoquera tout une ébullition et des réactions tumultueuses.
L’auteur a été porté aux nues par les uns et voué aux gémonies par les autres. Mais on pouvait débattre et ce fut argument contre argument avec comme seul arbitre l’entendement. Et ce n’est pas pour rien non plus que Cheikh Abdelhamid Ben Badis avait demandé l’application de la loi du 9 décembre 1905 portant sur la séparation des Eglises et de l’Etat, aux départements outre-Méditerranée. Il ne comprenait pas pourquoi il y eut une dérogation de dix ans prorogée encore dix ans supplémentaires en 1915 avant que le cas exceptionnel de l’Algérie ne fût prorogé sine die en 1925.
C’est parce que le président de l’Association des oulémas algériens n’avait que trop compris l’intérêt qu’il y avait à libérer la religion de la mainmise de l’administration coloniale. Celle-ci tenait les cadis, les muftis et les imams. Il était requérant auprès du conseil d’Etat pour que la loi fût généralisée à l’ensemble du territoire de la République de l’époque.
D’ailleurs, on retiendra pour la postérité, après qu’il a été débouté, cette phrase : «Il ne nous reste plus qu’à compter sur Dieu et sur nous-mêmes et que ce soit dans un Etat laïque, avouez-le, c’est quand même un peu cocasse.» Ce n’est que de nos jours, soit à cause de la méconnaissance du sujet, soit à cause de la mauvaise foi manifeste, que la notion de laïcité est assimilée à l’athéisme et à l’anti-religion. Nous verrons prochainement en quoi tout cela relève de billevesées et de fadaises.
 
Ghaleb Bencheikh

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El Watan, jeudi 02 juillet 2015

Le choix de la facilité et du charlatanisme

C’est dans un souci de laisser décanter les idées, un moment, à propos de la laïcité et surtout pour ne pas utiliser les colonnes du journal El Watan comme un support de cours d’une discipline à l’interface de la science politique et de la philosophie morale -l’effet immédiat serait de rebuter les chers lecteurs- que délibérément, je suspends la réflexion sur la question fondamentale de la laïcité. J’aurai à y revenir. Parce que la comprendre et voir son intérêt est primordial pour notre nation.
Aujourd’hui, la chronique porte sur la religion. Outre son étymologie latine religio, maintes fois ressassée, qui remonte pour la première fois à Cicéron, sous-tendant l’idée de «révérer une  nature supérieure que l’on qualifie de divine et lui rendre un culte», nous connaissons son sens en arabe et en hébreu. Nous n’avons pas à nous y appesantir. En revanche ce que je soumets à la sagacité des lecteurs, c’est ce que les anthropologues du fait religieux appellent la structure ternaire de la religion.
En effet, il y a la religion-force, la religion-forme et la religion comme cadre pour une expérience humaine du sacré et du divin.
 La religion-force se présente toujours en matière de sens comme une référence. Elle offre des réponses aux sempiternelles questions auxquelles l’homme est confronté. Celles des origines, celles de la raison d’être dans ce monde.
Quel sens donner à la vie ? Pourquoi cette aventure terrestre ? Pourquoi y a-t-il quelque chose plutôt que rien ? Sommes-nous en «absurdie» ou y a-t-il un dessein à ce passage ? La fameuse grande pâque humaine qu’en est-elle au juste ? Et surtout les esquisses de réponses formulées pour les fins dernières et les questions eschatologiques sont bien édictées dans le cadre de la religion-force. D’aucuns appelleront cela téléologie : s’intéresser aux finalités, discourir sur le but de la vie.
Tandis que la rteligion-forme, à son tour, elle se subdivise en trois sous-branches. Ce sont la religion-refuge ; la religion-repaire et la religion-tremplin.
La première est lorsque la religion agit comme un refuge pour les opprimés sur la terre et le lieu d’expression de la détresse des hommes ; la deuxième est lorsque la religion devient un repaire pour les fanatiques et un espace d’évolution pour leurs obsessions extrémistes ; la troisième est lorsqu’on utilise la religion comme tremplin pour tous les carriéristes.
Avec tout mon respect pour les vocations réelles et sincères, je constate le nombre croissant de ceux qui se découvrent  une disposition à tenir un discours creux de type religieux avec emphase pour avoir un ascendant sur leurs semblables et accéder à la «notabilité». Il y a parmi eux des imams ignares autoproclamés. Ils viennent se mêler de la vie quotidienne de leurs coreligionnaires.
Parfois ils s’occupent, dans le moindre détail en s’immisçant dans leur intimité, de ce qui ne les regarde pas. Tout cela,  parce qu’ils ne peuvent pas agir autrement. Et dans la plupart des cas ils ne savent pas faire autre chose. La religion et l’imamat sont devenus le choix de la facilité et malheureusement celui aussi du charlatanisme, de la jactance et de la forfanterie.
Enfin, la religion peut offrir le cadre d’une expérience humaine du sacré et de l’intériorité de l’adoration de Dieu. Le culte voué au Seigneur n’a pas besoin d’ostentation ni d’étalage. Le recueillement et la contemplation des splendeurs de la Création incitent à un authentique ressourcement élévateur et salvateur. Ils induisent une volonté de comprendre le monde et de s’y aider avec le recours à la méditation et la réflexion.
C’est ainsi qu’on acquiert la connaissance et qu’on atteint la quiétude, la paix des cœurs et l’absence de troubles intérieurs. C’est ce que les Grecs appellent l’ataraxie.
Ghaleb Bencheikh

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