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lundi, décembre 31, 2012

352 - Que 2013 soit moins pire que 2012

 
The chimes of Big Ben Merci à UKParliament.flv


 
Nul ne guérit de son enfance Jean ferrat Merci rozenfelds84
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Nul ne guérit de son enfance
 
Sans que je puisse m'en défaire
Le temps met ses jambes à mon cou
Le temps qui part en marche arrière
Me fait sauter sur ses genoux
Mes parents l'été les vacances
Mes frères et sœurs faisant les fous
J'ai dans la bouche l'innocence
Des confitures du mois d'août

Nul ne guérit de son enfance, de son enfance
Nul ne guérit de son enfance, de son enfance

Les napperons et les ombrelles
Qu'on ouvrait à l'heure du thé
Pour rafraichir les demoiselles
Roses dans leurs robes d'été
Et moi le nez dans leurs dentelles
Je respirais à contre-jour
Dans le parfum des mirabelles
L'odeur troublante de l'amour

Nul ne guérit de son enfance, de son enfance
Nul ne guérit de son enfance, de son enfance

Le vent violent de l'histoire
Allait disperser à vau-l'eau
Notre jeunesse dérisoire
Changer nos rires en sanglots
Amour orange amour amer
L'image d'un père évanouie
Qui disparut avec la guerre
Renaît d'une force inouïe

Nul ne guérit de son enfance, de son enfance
Nul ne guérit de son enfance, de son enfance

Celui qui vient à disparaître
Pourquoi l'a-t-on quitté des yeux
On fait un signe à la fenêtre
Sans savoir que c'est un adieu
Chacun de nous a son histoire
Et dans notre cœur à l'affût
Le va-et-vient de la mémoire
Ouvre et déchire ce qu'il fût

Nul ne guérit de son enfance, de son enfance
Nul ne guérit de son enfance, de son enfance

Belle cruelle et tendre enfance
Aujourd'hui c'est à tes genoux
Que j'en retrouve l'innocence
Au fil du temps qui se dénoue
Ouvre tes bras ouvre ton âme
Que j'en savoure en toi le goût
Mon amour frais mon amour femme
Le bonheur d'être et le temps doux

Pour me guérir de mon enfance, de mon enfance
Pour me guérir de mon enfance, de mon enfance
Pour me guérir de mon enfance, de mon enfance

Jean Ferrat
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Ce fut comme une pensée éphémère, une étincelle. Elle jaillit d’une image de ce reportage sur le réveil contrasté de la Chine larguant les amarres, diffusé hier soir (dimanche 30 décembre 2012) sur une des chaines satellitaires, Planète+ Thalassa. L’éphémère pensée, l’étincelle, jaillit d’une image, elle-même jaillissant, faisant contraste avec le faste apparent qui l’environnait. Tout autour d’une immense esplanade riche en couleurs dominent des centaines de buildings caractérisant ce réveil chinois. Autant de véhicules, qui n’ont rien à envier à nos agglomérations occidentales, circulent à vive allure. Au centre de cette grande place, des Chinois sur leur 21, bien cravatés et innombrables ainsi que des étrangers moins nombreux, se prennent en photos, clic-clac, zoom avant, cadrant comme il se doit la modernité alentours, sans laquelle la photo ne vaut rien ou si peu. Nous sommes dans une mégapole orientale.

L’éphémère pensée, l’étincelle, qui me submergea, jaillit de l’image d’un homme, presque transparent, manifestement pauvre, assis au centre de cette gigantesque place devant un étal ridicule sur lequel sont posés quelques bonbons. Il doit avoir la trentaine. Un jeune homme. Son regard semble absent, absorbé. Peut-être s’invente-t-il une fête parmi les plus belles quand toutes ces arrogances devant lui n’avaient pas cours. Il voit et décrit un groupe chantant et dansant qui s’avance vers lui, une fête qui traverse son esprit : « Le rythme tout à coup change, s'accélère ; les sonnettes s'agitent, les gongs battent plus fort, et cela devient une danse. Alors, de là-bas, du recul des cours et des vieux portiques, dans la poussière qui s'épaissit, on voit, au-dessus des têtes de la foule, arriver en dansant une troupe de personnages qui ont deux fois la taille humaine, et qui se dandinent, qui se dandinent en mesure, et qui jouent du sistre, qui s'éventent, qui se démènent d'une façon exagérée, névrosée, épileptique... Des géants ? Des pantins ? Qu'est-ce que ça peut bien être ?... Cependant ils arrivent très vite, avec leurs grandes enjambées sautillantes, et les voici devant nous... Ah ! des échassiers !... » (Pierre Loti, Les derniers jours de Pékin.)



Brusquement, l’homme en haillons relève la tête. Un enfant lui tend un objet, certainement une ou deux pièces d’un (yuan). L’échange est rapide. L’enfant arrache l’objet des mains de l’humble, lui crache dessus et s’en retourne en courant vers ses parents hautement distingués, demeurés bien à distance, un pantin désarticulé, mais heureux. L’homme baisse la tête, regarde la chose qu’il tient précieusement dans sa main. Longtemps. La caméra l’abandonne, préférant suivre l’enfant, ses parents, la foule, les voitures, les buildings, le vide. L’éphémère pensée, l’étincelle qui me submergea, jaillit de cette image précisément de l’homme assis sur ses talons, devant son minable charriot.



Cette image me plongea dans les années de ma prime adolescence et déjà orphelin. Je dus abandonner le collège, quelques courtes années seulement  heureusement. Il me fallait….

Tiens, je ne souhaite pas aller plus avant. Je ne dirai rien de la situation financière. Pas de misérabilisme. Je veux juste écrire que durant ces situations des plus difficiles, lorsque j'étais obligé de rapporter quelques pièces, je vendais des bonbons, de toutes les couleurs... j’avais un compagnon, unique (des amis j’en avais, mais eux-mêmes devaient mener leur vie, et quand on a 15 ans la vie doit être intrépide, pas figée devant une carriole, car tel était mon cas), ce compagnon s’appelait (je crois bien) « un ami véritable ». Un livre, un roman, gros comme ça, trois-cents ou quatre-cents pages pleines. Format 23X15 cms, tout de cuir vêtu. Je ne me souviens pas si l’auteur était Russe, Français ou autre. L’histoire était terrible. Ressemblait à la mienne d’alors. Solitude, froid, « guerre contre l’ennemi » et qui m’autorisait à m’évader, à voyager… Pardon, j’oubliai cet autre ami véritable que fut pour moi Jean-Jacques Rousseau. Au centre culturel français, je ne le quittais guère. Ses promenades m’ont, je peux le dire, sauvé. Mais là, j’aborde une autre histoire. Par ces lignes ci-dessus, j’ai voulu juste dire que le Chinois délaissé, sur la grande place chinoise, m’a renvoyé à ma propre image. Une très ancienne image. Ancienne, mais réelle. Ferrat n’écrit-il pas que nul ne guérit de son enfance ? Bonne et heureuse année 2013. En espérant qu’elle soit moins pire, si j’ose dire, que celle-ci.

A.H.






  
Happy New Year 2013_ - Video Sequence.avi merci à MarkWaples

 
 
Happy New Year 2013 Merci à XTenter.flv


 
Complainte de Pablo Neruda Jean FerratMerci rozenfelds84

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La complainte de Pablo Néruda



Je vais dire la légende
De celui qui s'est enfui
Et fait les oiseaux des Andes
Se taire au cœur de la nuit

Le ciel était de velours
Incompréhensiblement
Le soir tombe et les beaux jours
Meurent on ne sait comment

Comment croire comment croire
Au pas pesant des soldats
Quand j'entends la chanson noire
De Don Pablo Neruda

Lorsque la musique est belle
Tous les hommes sont égaux
Et l'injustice rebelle
Paris ou Santiago

Nous parlons même langage
Et le même chant nous lie
Une cage est une cage
En France comme au Chili

Comment croire comment croire
Au pas pesant des soldats
Quand j'entends la chanson noire
De Don Pablo Neruda

Sous le fouet de la famine
Terre terre des volcans
Le gendarme te domine
Mon vieux pays araucan

Pays double où peuvent vivre
Des lièvres et des pumas
Triste et beau comme le cuivre
Au désert d'Atacama

Comment croire comment croire
Au pas pesant des soldats
Quand j'entends la chanson noire
De Don Pablo Neruda


Avec tes forêts de hêtres
Tes myrtes méridionaux
O mon pays de salpêtre
D'arsenic et de guano

Mon pays contradictoire
Jamais libre ni conquis
Verras-tu sur ton histoire
Planer l'aigle des Yankees

Comment croire comment croire
Au pas pesant des soldats
Quand j'entends la chanson noire
De Don Pablo Neruda


Absent et présent ensemble
Invisible mais trahi
Neruda que tu ressembles
À ton malheureux pays

Ta résidence est la terre
Et le ciel en même temps
Silencieux solitaire
Et dans la foule chantant

Comment croire comment croire
Au pas pesant des soldats
Quand j'entends la chanson noire
De Don Pablo Neruda

Jean Ferrat





 
New Year Countdown Merci à VJDion









samedi, décembre 22, 2012

351 - Hocine Aït-Ahmed, cet éclaireur.



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Un éclaireur
J’ai quelque fierté à écrire, à dire aussi haut et fort, avoir côtoyé, directement, le plus souvent indirectement, Hocine Aït-Ahmed, cet homme hors du commun, armé d’une lucidité rare et d’une volonté qui est son double. D’avoir partagé un idéal commun. 
Il n’est jamais (à ma connaissance) tombé dans les pièges qui lui furent tendus, souvent par nos gouvernants, tantôt aussi par certains de ceux qu’on a qualifiés, un peu trop rapidement « les démocrates », mais néanmoins pas ennemis. Des avant-gardes éclairées en quelque sorte. Je ne parlerai pas des adversaires de la démocratie, les islamistes radicaux. Ceux-là, les premiers, gravitaient (ou gravitent encore) dans le milieu de la politique, mais aussi dans la presse et dans l’administration. Ils furent dans l’erreur, et dans des analyses exclusives et avaient assez fréquemment amalgamé à leurs programmes et argumentaires, l’injure et la manipulation. Hocine Aït-Ahmed est demeuré accroché à ses hauteurs, celles qui devraient honorer tout homme politique, mais nous en sommes loin hélas. Il le demeure encore, et la preuve nous est donnée dans ce message d’hier vendredi 21 décembre, à l’aune d’une nouvelle année difficile. Qu’il continue via sa fondation à éclairer notre route.
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Voici ce que déclarait H. Aït-Ahmed devant l'Assemblée nationale en 1963 (in: Journal officiel N° 15 A.N.C. - du jeudi 25 avril 1963 page 248) : " Un parti fort et organisé qui jouit de la confiance du peuple n'a nul besoin de dissoudre un autre parti, comme le Parti communiste algérien. Il me semble, au contraire, qu'il serait bon que ce parti puisse se maintenir, car il jouerait le rôle de stimulant, ainsi que d'autres organisations révolutionnaires. Je pense que la prééminence du Parti FLN,n'entraîne pas nécessairement l'unicité".

Déjà ! Qui en Algérie osait parler de pluralisme alors, nous sommes en 1963, neuf mois après l'indépendance.


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 Le 21 décembre 2012
Chers camarades,
Depuis la préparation de la convention nationale du parti sur les élections législatives et jusqu’à ces élections communales, beaucoup de chemin a été parcouru. Sur ce chemin il y a eu beaucoup d’obstacles. Mais le FFS ne serait pas ce qu’il est, c’est-à-dire le plus vieux et le plus solide parti d’opposition démocratique, s’il n’avait su, tout au long de ces années, serrer les dents durant les épreuves, renforcer les liens entre les militants les plus sincères, faire corps avec sa base et remonter, victorieux, à contre-courant de tous les traquenards.
En dépit de toutes les crises, fomentées dans les officines ou générées par un climat ambiant peu soucieux de sincérité et de dialogue franc, le FFS a élargi sa base militante, conquis de nouveaux citoyens et convaincus de valeureux militants de joindre leurs forces aux siennes à travers diverses régions du pays. Cet acquis inestimable doit être mesuré à sa juste valeur.
Pour les partis comme pour les femmes et les hommes, il faut savoir grandir, si on ne veut pas finir dans les dérives infantiles.
Il ne s’agit donc pas de se satisfaire d’avoir résisté, et survécu, aux terribles épreuves que le parti a traversées en même temps que le pays. Les défis qui attendent d’être relevés sont au moins aussi importants et sérieux que ceux que le parti a relevés au cours des décennies passées.
D’autant que les conjonctures nationale et régionale, déjà fort troublées par les crises qui secouent chacun des pays de la région, s’alourdissent en raison des contrecoups de la crise internationale.
La menace d’une guerre de déstabilisation majeure pèse lourdement sur la région du Sahel. Elle peut entrainer l’ensemble du Maghreb dans des turbulences  dévastatrices.
Les peuples de la région risquent de se retrouver de nouveau ballotés par des forces hostiles à leur développement, à leur cohésion et à leur liberté. Tous trois insuffisamment promus et renforcés par des régimes trop occupés à réprimer leurs peuples et à se quereller pour anticiper les mutations et les bouleversements.

Chers camarades,
Plus que jamais, la mobilisation des consciences vives de la région est impérative. Plus que jamais, le Maghreb devra apprendre à sortir de la politique des slogans creux pour investir la voie du dialogue et des choix stratégiques mutuellement bénéfiques.
Pour l’heure, l’ensemble des régimes, anciens ou nouveaux, restent scandaleusement dépendants de leurs «amis» d’Orient ou d’Occident, et trop peu sincères et engagés dans le développement politique démocratique, le développement économique régional et le rapprochement effectif entre les Etats, les peuples et les régions de l’ensemble maghrébin.
Chers camarades,
Le parti, le pays et l’ensemble de la région seront des sujets de réflexion et de débat constant pour les mois qui viennent.
Aussi je vous invite d’ores et déjà à inscrire ces préoccupations pour la préparation des travaux du 5e Congrès du FFS, nouvelle étape de notre feuille de route, que je convoque officiellement pour le second trimestre de l’année 2013. Nous sommes dans le sens de l’Histoire et notre peuple ne renonce jamais. Cet événement doit donner tout son sens à un véritable changement démocratique dans notre pays.
Chers camarades,
Rappelons-nous nos «devoirs de vérité et de lucidité» : Mes convictions et ma ferveur sont toujours aussi vivaces qu’aux premières heures de mes soixante dix ans de militantisme. Mais les cycles de la vie s’imposent à tous. Je dois ainsi vous dire que le moment est venu pour moi de passer le témoin et que je ne me présenterai pas à la présidence du parti pour le prochain exercice.
Dans cette perspective, je vous confie dès à présent le soin de maintenir le cap, de préserver et de développer le FFS, dans la collégialité, conformément à l’éthique qui a toujours guidé nos actions.
 
H. Aït-Ahmed, M. Hamrouche, A. Mehri
Je reste encore, bien entendu, à l’écoute des militantes et des militants et en relation de confiance avec le Comité éthique et le Secrétariat national à qui je demande d’engager dès maintenant le processus  de préparation du 5e Congrès du FFS par la mise en place, conformément à nos statuts et notre règlement intérieur, de la Commission de Préparation du Congrès National (C.P.C.N) et de tout mettre en œuvre pour sa réussite.
Je resterai, dans l’avenir, toujours proche de vous dans la réflexion et l’action, en particulier, avec la collaboration de mes enfants, dans le cadre de la «Fondation Hocine Ait-Ahmed» que j’ai décidé de constituer.
Avec mes salutations militantes, et mes vœux de réussite pour les prochaines étapes de lutte et de construction du parti et de l’alternative démocratique dans notre pays, ainsi que pour l’édification d’un Maghreb démocratique.
Hocine Ait-Ahmed

In : www.ffs-dz.net
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Aït-Ahmed quitte la présidence du FFS

Après le président du RCD, Saïd Sadi, c’est au tour de l’historique Hocine Aït Ahmed de renoncer à la présidence du FFS. Dans un message adressé ce vendredi au Conseil national du parti, Aït Ahmed explique les raisons : « Rappelons‑nous nos  "devoirs de vérité et de lucidité". Mes convictions et ma ferveur sont toujours aussi vivaces qu’aux premières heures de mes soixante‑dix ans de militantisme. Mais les cycles de la vie s’imposent à tous. Je dois ainsi vous dire que le moment est venu pour moi de passer le témoin et que je ne me présenterai pas à la présidence du parti pour le prochain exercice ».
Aït Ahmed a pour l’occasion convoqué la tenue du congrès du parti pour le deuxième trimestre 2013. « Le parti, le pays et l’ensemble de la région seront des sujets de réflexion et de débat constant pour les mois qui viennent. Aussi, je vous invite d’ores et déjà à inscrire ces préoccupations pour la préparation des travaux du 5e Congrès du FFS, nouvelle étape de notre feuille de route, que je convoque officiellement pour le second trimestre de l’année 2013. Nous sommes dans le sens de l’Histoire et notre peuple ne renonce jamais. Cet événement doit donner tout son sens à un véritable changement démocratique dans notre pays », affirme Aït Ahmed. « Dans cette perspective, je vous confie dès à présent le soin de maintenir le cap, de préserver et de développer le FFS, dans la collégialité, conformément à l’éthique qui a toujours guidé nos actions », ajoute‑t‑il.

 
Message de Hocine Ait Ahmed au conseil national du 02 03 2012

Naissance de la fondation Hocine Aït Ahmed

Mais Aït Ahmed se dit toujours disposé à aider le parti à travers notamment la fondation qu’il a décidé de constituer et qui porte non nom. « Je reste encore, bien entendu, à l’écoute des militantes et des militants et en relation de confiance avec le Comité éthique et le secrétariat national à qui je demande d’engager dès maintenant le processus de préparation du 5e Congrès du FFS par la mise en place, conformément à nos statuts et notre règlement intérieur, de la Commission de préparation du Congrès national (C.P.C.N) et de tout mettre en œuvre pour sa réussite. Je resterai, dans l’avenir, toujours proche de vous dans la réflexion et l’action, en particulier, avec la collaboration de mes enfants, dans le cadre de la "Fondation Hocine Aït Ahmed", que j’ai décidé de constituer ».

Par ailleurs, Aït Ahmed a minimisé l’ampleur de la crise qui a secoué le parti depuis sa participation aux législatives. « Depuis la préparation de la convention nationale du parti sur les élections législatives et jusqu’à ces élections communales, beaucoup de chemin a été parcouru. Sur ce chemin, il y a eu beaucoup d’obstacles. Mais le FFS ne serait pas ce qu’il est, c’est‑à‑dire le plus vieux et le plus solide parti d’opposition démocratique, s’il n’avait su, tout au long de ces années, serrer les dents durant les épreuves, renforcer les liens entre les militants les plus sincères, faire corps avec sa base et remonter, victorieux, à contre‑courant de tous les traquenards », écrit‑il. « En dépit de toutes les crises, fomentées dans les officines ou générées par un climat ambiant peu soucieux de sincérité et de dialogue franc, le FFS a élargi sa base militante, conquis de nouveaux citoyens et convaincus de valeureux militants de joindre leurs forces aux siennes à travers diverses régions du pays. Cet acquis inestimable doit être mesuré à sa juste valeur », se réjouit‑il avant de conclure : « pour les partis comme pour les femmes et les hommes, il faut savoir grandir, si on ne veut pas finir dans les dérives infantiles ».
Sonia Lyes 21 12 2012
In: www.tsa-algerie.com

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El Watan samedi 22 décembre 2012

A la tête du parti depuis 1963

Aït Ahmed quitte la présidence du FFS


50 ans après la création du FFS dont il a été l’inspirateur et un des membres fondateurs, Hocine Aït Ahmed quittera la présidence du parti à la faveur du 5e congrès qu’il a convoqué pour le printemps 2013. Le leader charismatique du plus vieux parti d’opposition a décidé de constituer la «fondation Hocine Aït Ahmed».

Cinquante ans après la création du FFS, Hocine Aït Ahmed quittera la présidence du parti et décide de créer une fondation. L’annonce avait, hier, l’effet d’un tremblement de terre au siège du FFS. Le leader, le grand militant politique, passe ainsi le témoin et choisit de sortir de 70 années de militantisme politique par la grande porte. 
octobre 1988

«Rappelons-nous nos ‘‘devoirs de vérité et de lucidité’’ : mes convictions et ma ferveur sont toujours aussi vivaces qu’aux premières heures de mes soixante-dix ans de militantisme. Mais les cycles de la vie s’imposent à tous. Je dois ainsi vous dire que le moment est venu pour moi de passer le témoin et que je ne me présenterai pas à la présidence du parti pour le prochain exercice», a-t-il annoncé hier aux membres du conseil national réunis en session extraordinaire. Dans un message empreint de solennité, Aït Ahmed invite les cadres et militants du parti à conduire le FFS sur le chemin qu’il s’était tracé il y a 50 années, celui du combat politique pour une alternative démocratique.


Maintenez le cap, dit-il aux membres du CN en mettant l’accent sur deux principes fondateurs du parti «la collégialité et l’éthique». «Je vous confie dès à présent le soin de maintenir le cap, de préserver et de développer le FFS, dans la collégialité, conformément à l’éthique qui a toujours guidé nos actions», souligne le leader charismatique qui gardera tout de même un lien de filiation avec le FFS, à qui il a donné naissance et nourri de son riche parcours militant et qui est arrivé à un âge de maturation lui permettant de suivre son chemin. «Je reste encore, bien entendu, à l’écoute des militantes et des militants, et en relation de confiance avec le comité éthique et le secrétariat national à qui je demande d’engager, dès maintenant, le processus de préparation du 5e Congrès du FFS par la mise en place, conformément à nos statuts et notre règlement intérieur, de la commission de préparation du congrès national (CPCN) et de tout mettre en œuvre pour sa réussite», promet Da L’Hocine qui ne coupe pas le cordon même s’il décide de prendre du recul et d’ouvrir un nouveau chapitre de sa vie. «Je resterai, dans l’avenir, toujours proche de vous dans la réflexion et l’action, en particulier avec la collaboration de mes enfants, dans le cadre de la ‘‘Fondation Hocine Aït Ahmed’’ que j’ai décidé de constituer.»

Du jeune de militant de 16 ans qui a rejoint le PPA à celui de 19 ans qui a rédigé le rapport stratégique sur la lutte armée pour l’indépendance, en passant par ses positions et actions d’une importance capitale durant la guerre de Libération, notamment sur le plan diplomatique, et arriver à son engagement dans l’opposition sans concession contre la dictature qui s’est installée après l’indépendance jusqu’à nos jours, sont autant de jalons qui ont marqué non seulement sa vie d’homme de conviction et d’engagement mais aussi et surtout la vie du pays. Il quittera donc organiquement dans six mois le FFS pour une autre œuvre qui appartiendra aussi à tous les Algériens, et où il contribuera encore une fois à léguer une mémoire, des valeurs et l’espoir en un avenir meilleur qu’il a toujours semé. Aït Ahmed n’omet pas dans son message d’orienter le parti sur la voie à suivre afin de faire face aux épreuves. «Mais le FFS ne serait pas ce qu’il est, c’est-à-dire le plus vieux et le plus solide parti d’opposition démocratique, s’il n’avait su, tout au long de ces années, serrer les dents durant les épreuves, renforcer les liens entre les militants les plus sincères, faire corps avec sa base et remonter, victorieux, à contre-courant de tous les traquenards», dit-il en faisant allusion aux embûches rencontrées par le FFS depuis sa décision de prendre part aux dernières législatives.

Aït Ahmed assène aux voix discordantes ceci : «En dépit de toutes les crises, fomentées dans les officines ou générées par un climat ambiant peu soucieux de sincérité et de dialogue franc, le FFS a élargi sa base militante, conquis de nouveaux citoyens et convaincus de valeureux militants de joindre leurs forces aux siennes à travers diverses régions du pays.» Mais lancera aussi à l’adresse des militants du FFS en guise de mise en garde : «Cet acquis inestimable doit être mesuré à sa juste valeur. Pour les partis comme pour les femmes et les hommes, il faut savoir grandir, si on ne veut pas finir dans les dérives infantiles.» Le message de Hocine Aït Ahmed aux membres du conseil national (CN) est aussi et comme de tradition, une analyse lucide sur la situation politique du pays. Une situation qui n’est pas sans lier à celle qui prévaut dans la région, estime-t-il. «La menace d’une guerre de déstabilisation majeure pèse lourdement sur la région du Sahel. Elle peut entraîner l’ensemble du Maghreb dans des turbulences dévastatrices. Les peuples de la région risquent de se retrouver de nouveau ballottés par des forces hostiles à leur développement, à leur cohésion et à leur liberté. Tous trois insuffisamment promus et renforcés par des régimes trop occupés à réprimer leurs peuples et à se quereller pour anticiper les mutations et les bouleversements», a-t-il averti en plaidant pour l’urgence de la «mobilisation des consciences vives de la région».

Et d’ajouter : «Plus que jamais, le Maghreb devra apprendre à sortir de la politique des slogans creux pour investir la voie du dialogue et des choix stratégiques mutuellement bénéfiques.» Et de qualifier les régimes dans la région de «trop peu sincères». Hocine Aït Ahmed prévient que «le parti, le pays et l’ensemble de la région seront des sujets de réflexion et de débat constant pour les mois qui viennent» et invite le CN à inscrire ces préoccupations pour les travaux du 5e congrès du parti qu’il a convoqué pour le deuxième trimestre 2013. «Nous sommes dans le sens de l’histoire et notre peuple ne renonce jamais. Cet événement doit donner tout son sens à un véritable changement démocratique dans notre pays», conclut-il.
Nadjia Bouaricha

(Suit le message de HAA)
 
Message d_Ait Ahmed aux membres du Secrétariat National 2012

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Thèse de doctorat 1977 Nancy   




1985 donc.
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Ci-dessous des extraits des grandes manip des médias "libres et indépendants":













De la désinformation, des manipulations et des injures à l'endroit du FFS et de son leader Hocine Aït-Ahmed, il y en eut des centaines et des centaines durant plusieurs années....
C  

jeudi, décembre 20, 2012

350- Hollande en Algérie ou la nécessaire vérité


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Un des maître-mots du président François Hollande dans son allocution de ce matin, jeudi 20 décembre devant les centaines de parlementaires des deux assemblées algériennes réunies, a été « Vérité ». L’amitié a-t-il dit, pour se développer doit s’appuyer sur un socle : la vérité. La vérité répare, elle n’abime pas, ajouta-t-il, applaudi par tous. Rien ne se construit dans la dissimulation, dans l’oubli et encore moins dans le déni. Et il fut sincèrement (j’ose le croire) applaudi par tous. La vérité, continua François Hollande, rassemble. L’histoire, même quand elle est tragique, douloureuse, elle doit être dite. Et monsieur Hollande l’a dite cette vérité, le concernant, concernant la France et ses exactions en Algérie durant 132 ans. Et tous les parlementaires ont applaudi « chaleureusement », sincèrement.
Ces mêmes parlementaires, « représentant du peuple Algérien » ainsi que leurs devanciers, ont fait et continuent de faire fi de la vérité qui les concerne eux, qui concerne tous les Algériens, la vérité sur les milliers de disparitions forcées en Algérie, durant une dizaine d’année, entre 1992 et 2000. Comment construire l’avenir en niant la vérité ? Hollande a donné une leçon de clarté et de courage que n’ont pas les gouvernants Algériens, les « représentants du peuple » Algérien.

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www.elysee.fr




Le lendemain (aujourd'hui vendredi)


La presse française évoque un rendez-vous manqué avec l’Algérie

François Hollande revient sur sa visite d4etat en Algérie

François Hollande est revenu, ce vendredi matin, sur sa visite d’État de deux jours en Algérie. Ce voyage était « utile pour la France et pour l’Algérie », a‑t‑il dit sur la radio Europe 1. « Nous sommes sortis des 50 ans qui avaient été les années de la difficulté entre la France et l’Algérie, compte tenu d’un passé lourd et de mémoires blessées. C'était le moment d'ouvrir une nouvelle page. Je l’ai fait », a ajouté le chef de l’État français.
Alors que la presse française évoque « un rendez‑vous manqué » avec l’Algérie, François Hollande s’est refusé de faire un bilan de son déplacement. « C’est aux Français et aux Algériens de savoir ce que je peux dire de ce voyage. Moi, j’ai fait mon devoir », s’est‑il contenté de répondre. Ce matin, la presse française s’est montrée particulièrement critique sur le bilan de la visite, estimant notamment que la dimension économique avait occulté l’essentiel, notamment la question des droits de l’Homme et des libertés. « La France veut la liberté en Syrie, salue la Tunisie, la Libye ou l’Égypte débarrassées de leurs dictateurs. Mais Hollande n’a pas eu un mot pour condamner l’étouffoir algérien […] », écrit l’éditorialiste du quotidien Libération, proche du parti socialiste.


Condamnation du colonialisme : « je n'étais pas le premier à avoir dit ces mots »

François Hollande est revenu sur son discours devant le Parlement algérien dans lequel il a condamné le colonialisme, sans présenter d’excuses ni faire acte de repentance. « Il y a un système qui s'était installé dont les personnes n’étaient pas nécessairement les plus coupables. C’était un système d'exploitation et souvent, d’oppression. Il était important de dire qu'il ne respectait pas nos valeurs », a‑t‑il expliqué.

Avant d’ajouter, comme une justification : « il y avait une condamnation à porter, mais je n'étais pas le premier à avoir dit ces mots », en allusion au discours de Nicolas Sarkozy à Constantine en 2007 dans lequel l’ancien président français avait également condamné le colonialisme. « Ce que j'ai à faire, c'est permettre qu'il y ait cette réconciliation autour des mémoires pour pouvoir avancer. Je suis celui qui permet à la France d'avancer », a‑t‑il précisé.

Enfin, concernant les visas, François Hollande a défendu les propos qu’il a tenus à Alger sur la nécessité de mieux accueillir les demandeurs algériens. « Nous n'avons rien changé aux accords sur les visas avec l'Algérie. Je veux seulement raccourcir les délais de procédure », a‑t‑il affirmé.  « Je veux également que les Français qui viennent en Algérie soient bien accueillis », a‑t‑il ajouté.

Sonia Lyes
21 12 2012
In : www.tsa-algerie.com
 

dimanche, décembre 16, 2012

349 - Aragon et moi




1982. Décembre. Je venais de quitter l’Algérie, de nouveau, pour Clichy-sous-bois où s'était installée ma petite famille arrivée en éclaireur quelques mois plus tôt. Naïf, j’avais pensé qu’avec la disparition du Pharaon algérien en décembre 1978, la dictature allait s’écrouler sur elle-même. Je dus vite déchanter. Je suis revenu donc. Je n’avais pas tenu trois ans. En France le temps ne dérogeait pas à sa propre règle, au temps de décembre : glacial. Pluvieux. Orageux. Mauvais. C’était le prix à payer. La première semaine de novembre fut marquée par des tempêtes qui firent quinze morts dans le grand sud de la France. Il me fallait choisir : ou le soleil radieux, l’ennui à mourir et les chaînes aux pieds là-bas, ou le sale temps quasi permanent et des tonnes d’air frais ici, quoique. Déjà.



Programmé dix, quinze fois par jour, par la plupart des radios, libres ou non, It’s raining again inondait tous les foyers, Oh no, my love’s at an end. Oh no, it’s raining again. Too bad I’m losing a friend. Oh Oh ! Lalalalala, alala !...




 

et les luttes finales nous emplissaient de joie. J’avais retrouvé de nombreux amis de fac et d’autres, tous unis pour une vie meilleure. 1981 n’avait pas encore, dans nos esprits bleus, ouatés, révélé toutes ses promesses. 1982 agonisait. Une nouvelle année frappait aux portes, exactement comme en ces jours de 2012. Quelques semaines auparavant, à partir d’Oran, j’avais contacté mes anciens employeurs, ceux des années universitaires : Etudiant le soir dans la bouillonnante et révolutionnaire Vincennes, facteur parallèle et infernal la journée à Vit’ Courses. Nous nous apprécions et avions gardé de bonnes relations. Alain L. et Martine B. m’accueillirent à bras grands ouverts. Dès que je suis arrivé ils me reprirent sur le champ.

Ultimes jours donc du dernier mois de l’an 1982. Ils étaient sombres. Pas radieux du tout. Le ciel était gris et bas. Très bas. Pas merveilleux du tout. Ce jour-là, en passant devant la place du Colonel Fabien – plié sur ma mobylette, la trentaine acquise, je traversais Paris du 16 au 20° à toute allure pour déposer à temps un pli attendu avec impatience –



Celle-là exactement



j’aperçus un immense drapeau rouge, frissonnant, qui semblait fendre l’immeuble du PCF qu’Oscar Niemeyer avait tant peiné à dresser. J’avais ralenti. Cet immense étendard et l’emblème national je les avais vus à la télévision. Quelques jours auparavant. Le 24 du mois. Les télés s’étaient donné rendez-vous : « Louis Aragon est mort », 

in l'Huma HS dec 2012

« L’intellectuel, poète et romancier engagé s’en est allé ». Le poète aimait à dire qu’il démissionnait chaque soir du Parti et qu’il y ré-adhérait chaque matin. C’est ce qu’il fit, jusqu’au dernier, depuis 55 ans, depuis Traité de style. Même s’il lui est arrivé de douter de lui.
in l'Huma HS 12.2012

Dès l’annonce de sa disparition, de nombreux militants du Parti mais pas seulement, des centaines, des milliers de personnes se sont déplacées jusqu’à la place du colonel Fabien, autour de la grande bulle blanche, faisant du coude devant le catafalque pour rendre un dernier hommage à cet incontournable géant, « ce génie de la création, cet artisan de l’avenir » clamait Georges Marchais dans son oraison. Mais celui-ci ne dira pas tout. Il y avait bien sûr des hommes politiques (le parti communiste n’était-il pas alors aux commandes du pays auprès des socialos ?), des communistes bien sûr, mais aussi de nombreux autres, d’autres bords, comme Jack Lang, Pierre Maurois, Jacques Attali, des artistes comme Juliette Gréco, Jean Ferrat, mais surtout des milliers d’anonymes. « Il ne faut pas amputer l’homme d’une des dimensions de son existence » avait dit dans son éloge, Pierre Maurois.

Aragon était parti, abandonnant sur le quai de la gare des milliers d’hommes et de femmes, le regard hagard, agitant des mouchoirs humides. L’après-midi du 24 décembre 1982, Aragon fut inhumé dans sa propriété de Saint Arnoult-en-Yvelines, au bord de la Rémarde, auprès d’Elsa Triolet dont il était fou, « dans la plus stricte intimité ».






Le ciel sourdait.


Ce jour triste de décembre, ce devait être le 28 ou le 29, sur ma Motobécane bleue, à hauteur du bar Le Brasilia et de la grande bulle blanche, je ralentis et portai une main au front, comme on salue. Mais il me fallait poursuivre ma route. Il me fallait poursuivre ma route. Il me fallait délivrer mon courrier au plus vite contre "quatre bons" représentant quelques dizaines de francs correspondant au prix de la course. J'ai continué mon chemin, derrière moi la blancheur de la Bulle et la Bulle elle-même s'éloignaient. Je n'y suis jamais retourné, car "nous avons vu faire de grandes choses, mais 
in l'Huma HS dec 2012

il y en eut d'épouvantables." Et c'est cette dimension de l'homme que j'aimerais retenir et que je retiens, sa dimension artistique. Son humanisme. Le poète. Pas les zones troubles (red radical) de son idéologie.



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« Joue encore pour moi Slava la Sarabande Aux morts ainsi qu’un soir au bout d’un soir à Budapest Tu m’as joué je sais pour moi seul au fond de la foule caché Cette plainte à mon image dont est faite ma nuit

Nous irons sur la tombe où dort mon Immortelle Dort crois-moi seulement ma Belle au Bois dormant Tu reprendras ce chant que tu jouas sans elle Au loin près du Danube et qui la nuit dément Ta main caressera les nerfs du violoncelle Il saura me calmer tout bas en allemand Pareil au bas-voler par quoi les hirondelles Semblent parodier le parler des amants Pour annoncer la pluie





Regarde mon ami notre grand lit de pierre Où je m’irai coucher par un jour merveilleux Près d’elle un lit profond où d’être deux Sera doux comme avant et viendra la lumière Lire d’un doigt de feu les mots prophétisés

Les doux mots bleus d’Elsa les mots inoubliables Quand côte à côte nous serons enfin des gisants Tu les entends ces mots ouvrir leurs primevères Pour notre messe à nous qui n’aura pas de fin Par toi qu’elle commence à la veille d’hiver Charriant ton coeur lourd toi jusqu’ici qui vins Assieds toi sur le banc et devant nous ensemble Pour toujours aujourd’hui sans plus attendre joue » (Chant pour Slava – 1970)

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A la mort d’Elsa, en juin 1970, Rostropovitch joua la Suite n°5 de Bach près de la tombe du Moulin de Villeneuve. Aragon publia peu de temps après, dans le n° 1365 des Lettres françaises "Chant pour Slava", Slava étant le diminutif du grand violoncelliste Msitslav Rostropovitch (mars 1927 – juin 2007). Ce poème a été republié en 1978 dans L’Humanité (25 mars 1978) en hommage à un Rostropovitch qui venait d’être déchu de sa nationalité par L. Brejnev.
(www.maison-triolet-aragon.com et www.louisaragon-elsatriolet.org)








Les yeux d’Elsa



Tes yeux sont si profonds qu'en me penchant pour boire
J'ai vu tous les soleils y venir se mirer
S'y jeter à mourir tous les désespérés
Tes yeux sont si profonds que j'y perds la mémoire
À l'ombre des oiseaux c'est l'océan troublé
Puis le beau temps soudain se lève et tes yeux changent
L'été taille la nue au tablier des anges
Le ciel n'est jamais bleu comme il l'est sur les blés
Les vents chassent en vain les chagrins de l'azur
Tes yeux plus clairs que lui lorsqu'une larme y luit
Tes yeux rendent jaloux le ciel d'après la pluie
Le verre n'est jamais si bleu qu'à sa brisure
Mère des Sept douleurs ô lumière mouillée
Sept glaives ont percé le prisme des couleurs
Le jour est plus poignant qui point entre les pleurs
L'iris troué de moire plus bleue d'être endeuillé
Tes yeux dans le malheur ouvrent la double brèche
Par où se reproduit le miracle des Rois
Lorsque le coeur battant, ils virent tous les trois
Le manteau de Marie accroché dans la crèche
Une bouche suffit au mois de mai des mots
Pour toutes les chansons et pour tous les hélas
Trop peu d'un firmament pour des millions d'astres
Il leur fallait tes yeux et leurs secrets gémeaux
L'enfant accaparé par les belles images
Écarquille les siens moins démesurément
Quand tu fais les grands yeux je ne sais si tu mens
On dirait que l'averse ouvre des fleurs sauvages
Cachent-ils des éclairs dans cette lavande ou
Des insectes défont leurs amours violentes
Je suis pris au filet des étoiles filantes
Comme un marin qui meurt en mer en plein mois d'août
J'ai retiré ce radium de la pechblende
Et j'ai brûlé mes doigts à ce feu défendu
Ô paradis cent fois retrouvé reperdu
Tes yeux sont mon Pérou ma Golconde mes Indes
Il advint qu'un beau soir l'univers se brisa
Sur des récifs que les naufrageurs enflammèrent
Moi je voyais briller au-dessus de la mer
Les yeux d'Elsa les yeux d'Elsa les yeux d'Elsa


(in : www.parolesmania.com)

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Le fou d’Elsa

.... Il y a des choses que je ne dis a Personne Alors
Elles ne font de mal à personne Mais
Le malheur c'est
Que moi
Le malheur le malheur c'est
Que moi ces choses je les sais

Il y a des choses qui me rongent La nuit
Par exemple des choses comme
Comment dire comment des choses comme des songes
Et le malheur c'est que ce ne sont pas du tout des songes

Il y a des choses qui me sont tout à fait
Mais tout à fait insupportables même si
Je n'en dis rien même si je n'en
Dis rien comprenez comprenez moi bien

Alors ça vous parfois ça vous étouffe
Regardez regardez moi bien
Regardez ma bouche
Qui s'ouvre et ferme et ne dit rien

Penser seulement d'autre chose
Songer à voix haute et de moi
Mots sortent de quoi je m'étonne
Qui ne font de mal à personne

Au lieu de quoi j'ai peur de moi
De cette chose en moi qui parle

Je sais bien qu'il ne le faut pas
Mais que voulez-vous que j'y fasse
Ma bouche s'ouvre et l'âme est là
Qui palpite oiseau sur ma lèvre

O tout ce que je ne dis pas
Ce que je ne dis à personne
Le malheur c'est que cela sonne
Et cogne obstinément en moi
Le malheur c'est que c'est en moi
Même si n'en sait rien personne
Non laissez moi non laissez moi
Parfois je me le dis parfois
Il vaut mieux parler que se taire

Et puis je sens se dessécher
Ces mots de moi dans ma salive
C'est là le malheur pas le mien
Le malheur qui nous est commun
Épouvantes des autres hommes
Et qui donc t'eut donné la main
Étant donné ce que nous sommes

Pour peu pour peu que tu l'aies dit
Cela qui ne peut prendre forme
Cela qui t'habite et prend forme
Tout au moins qui est sur le point
Qu'écrase ton poing
Et les gens Que voulez-vous dire
Tu te sens comme tu te sens
Bête en face des gens Qu'étais-je
Qu'étais-je à dire Ah oui peut-être
Qu'il fait beau qu'il va pleuvoir qu'il faut qu'on aille
Où donc Même cela c'est trop
Et je les garde dans les dents
Ces mots de peur qu'ils signifient

Ne me regardez pas dedans
Qu'il fait beau cela vous suffit
Je peux bien dire qu'il fait beau
Même s'il pleut sur mon visage
Croire au soleil quand tombe l'eau
Les mots dans moi meurent si fort
Qui si fortement me meurtrissent
Les mots que je ne forme pas
Est-ce leur mort en moi qui mord

Le malheur c'est savoir de quoi
Je ne parle pas à la fois
Et de quoi cependant je parle

C'est en nous qu'il nous faut nous taire

Louis Aragon (1963)

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Le fou d’Elsa


Le Fou d’Elsa est le dernier poème de taille importante - et le plus volumineux de tous - d’Aragon. Écrit en 1963, il fait suite aux poèmes Les Yeux et la mémoire (1954), Le Roman inachevé (1956), Elsa (1959) et Les Poètes (1960).

Le poème se propose comme le résultat monstrueux de l’imbrication de plusieurs projets distincts : celui de proposer, à la suite des grandes épopées du siècle précédent, un nouveau Diwan à la manière de Goethe ou une nouvelle Légende des siècles à la manière d’Hugo ; celui de réécrire, à rebours de l’Histoire officielle, celle des conquérants catholiques, la chronique des guerres de Grenade ; celui de fournir une réponse de poète à ce qu’on appelle, dans le présent de la rédaction de ce poème, les « événements » d’Algérie ; celui de montrer au monde occidental les origines orientales auxquelles sa littérature est redevable...

Ces divers projets se confrontent dans la Grenade de 1492, où vit un poète fou, un Medjnoûn, amoureux d’une femme qui n’existe que dans le futur, et qu’il rejoindra, dans un voyage à travers la folie et le miroir-temps, un voyage au cours duquel la Grenade de 1492 deviendra successivement celle de Jean de la Croix, de Chateaubriand, de l’assassinat de Federico Garcia Lorca... Mais bien avant ce voyage, cette Grenade assiégée de l’extérieur et minée de l’intérieur est déjà par bien des traits une métaphore du XXe siècle...

Avril 2005 par H. B. in www.louisaragon-elsatriolet.org

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in l'Huma HS dec 2012




Je me tiens sur le seuil de la vie et de la mort

La vie aura passé comme un grand château triste que tous les vents traversent
Les courants d'air claquent les portes et pourtant aucune chambre n'est fermée
Il s'y assied des inconnus pauvres et las qui sait pourquoi certains armés
Les herbes ont poussé dans les fossés si bien qu'on n'en peut plus baisser la herse

Quand j'étais jeune on me racontait que bientôt viendrait la victoire des anges
Ah comme j'y ai cru comme j'y ai cru puis voilà que je suis devenu vieux
Le temps des jeunes gens leur est une mèche toujours retombant dans les yeux
Et ce qu'il en reste aux vieillards est trop lourd et trop court que pour eux le vent change

(Refrain)



J'écrirai ces vers à bras grands ouverts qu'on sente mon coeur quatre fois y battre
Quitte à en mourir je dépasserai ma gorge et ma voix mon souffle et mon chant
Je suis le faucheur ivre de faucher qu'on voit dévaster sa vie et son champ
Et tout haletant du temps qu'il y perd qui bat et rebat sa faux comme plâtre

Je vois tout ce que vous avez devant vous de malheur de sang de lassitude
Vous n'aurez rien appris de nos illusions rien de nos faux pas compris
Nous ne vous aurons à rien servi vous devrez à votre tour payer le prix
Je vois se plier votre épaule A votre front je vois le pli des habitudes

Bien sûr bien sûr vous me direz que c'est toujours comme cela mais justement
Songez à tous ceux qui mirent leurs doigts vivants leurs mains de chair dans l'engrenage
Pour que cela change et songez à ceux qui ne discutaient même pas leur cage
Est-ce qu'on peut avoir le droit au désespoir le droit de s'arrêter un moment

(Refrain)


Songez qu'on n'arrête jamais de se battre et qu'avoir vaincu n'est trois fois rien
Et que tout est remis en cause du moment que l'homme de l'homme est comptable
Nous avons vu faire de grandes choses mais il y en eut d'épouvantables
Car il n'est pas toujours facile de savoir où est le mal où est le bien

Et vienne un jour quand vous aurez sur vous le soleil insensé de la victoire
Rappelez-vous que nous avons aussi connu cela que d'autres sont montés
Arracher le drapeau de la servitude à l'Acropole et qu'on les a jetés
Eux et leur gloire encore haletants dans la fosse commune de l'histoire

(Refrain)


Je ne dis pas cela pour démoraliser Il faut regarder le néant
En face pour savoir en triompher Le chant n'est pas moins beau quand il décline
Il faut savoir ailleurs l'entendre qui renaît comme l'écho dans les collines
Nous ne sommes pas seuls au monde à chanter et le drame est l'ensemble des chants

Le drame il faut savoir y tenir sa place et même qu'une voix se taise
Sachez-le toujours le choeur profond reprend la phrase interrompue
Du moment que jusqu'au bout de lui même Le chanteur a fait ce qu'il a pu
Qu'importe si chemin faisant vous allez m'abandonner comme une hypothèse

(Refrain).



(Chanté par Jean Ferrat)
 

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Il n'y a pas d'amour heureux 

Rien n'est jamais acquis à l'homme Ni sa force
Ni sa faiblesse ni son coeur Et quand il croit
Ouvrir ses bras son ombre est celle d'une croix
Et quand il croit serrer son bonheur il le broie
Sa vie est un étrange et douloureux divorce
 
          Il n'y a pas d'amour heureux

Sa vie Elle ressemble à ces soldats sans armes
Qu'on avait habillés pour un autre destin
A quoi peut leur servir de se lever matin
Eux qu'on retrouve au soir désoeuvrés incertains
Dites ces mots Ma vie Et retenez vos larmes
 


          Il n'y a pas d'amour heureux

Mon bel amour mon cher amour ma déchirure
Je te porte dans moi comme un oiseau blessé
Et ceux-là sans savoir nous regardent passer
Répétant après moi les mots que j'ai tressés
Et qui pour tes grands yeux tout aussitôt moururent
 
          Il n'y a pas d'amour heureux

Le temps d'apprendre à vivre il est déjà trop tard
Que pleurent dans la nuit nos coeurs à l'unisson
Ce qu'il faut de malheur pour la moindre chanson
Ce qu'il faut de regrets pour payer un frisson
Ce qu'il faut de sanglots pour un air de guitare
 
          Il n'y a pas d'amour heureux

Il n'y a pas d'amour qui ne soit à douleur
Il n'y a pas d'amour dont on ne soit meurtri
Il n'y a pas d'amour dont on ne soit flétri
Et pas plus que de toi l'amour de la patrie
Il n'y a pas d'amour qui ne vive de pleurs
 
          Il n'y a pas d'amour heureux
          Mais c'est notre amour à tous les deux

Louis Aragon (La Diane Francaise, Seghers 1946)

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Je chante pour passer le temps







Je chante pour passer le temps
Petit qu'il me reste de vivre
Comme on dessine sur le givre
Comme on se fait le coeur content
A lancer cailloux sur l'étang
Je chante pour passer le temps


J'ai vécu le jour des merveilles
Vous et moi souvenez-vous-en
Et j'ai franchi le mur des ans
Des miracles plein les oreilles
Notre univers n'est plus pareil
J'ai vécu le jour des merveilles

Allons que ces doigts se dénouent
Comme le front d'avec la gloire
Nos yeux furent premiers à voir
Les nuages plus bas que nous
Et l'alouette à nos genoux
Allons que ces doigts se dénouent

Nous avons fait des clairs de lune
Pour nos palais et nos statues
Qu'importe à présent qu'on nous tue
Les nuits tomberont une à une
La Chine s'est mise en Commune
Nous avons fait des clairs de lune

Et j'en dirais et j'en dirais
Tant fut cette vie aventure
Où l'homme a pris grandeur nature
Sa voix par-dessus les forêts
Les monts les mers et les secrets
Et j'en dirais et j'en dirais

Oui pour passer le temps je chante
Au violon s'use l'archet
La pierre au jeu des ricochets
Et que mon amour est touchante
Près de moi dans l'ombre penchante
Oui pour passer le temps je chante

Je chante pour passer le temps
Oui pour passer le temps je chante
Paroles: Louis Aragon. Musique: Léo Ferré   1961  "Les chansons d'Aragon chantées par Léo Ferré" © Barclay
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Ci-devant extraits du HORS SERIE de L'HUMANITE - DECEMBRE 2012