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lundi, juin 18, 2012

334 - Les adeptes de la stigmatisation mis en minorité



 Parfois, certains des propos nauséeux de ces mêmes responsables de l'UMP (quant au FN c'est un de ses fondements), à leur tête l'innommable ex président, nous ont renvoyés aux temps de Vichy et du pire.

AUJOURD'HUI ILS SONT BALAYES PAR LES URNES.



In: Rue89

------------- LISEZ, ECOUTEZ, c'est révoltant et pitoyable, ICI:  -----------

http://www.rue89.com/rue89-politique/2012/06/15/nadine-morano-piegee-marine-le-pen-beaucoup-de-talent-233017

---------------------------------- L'immigration en France : De la rhétorique xénophobe à la réalité des chiffres

En France, l’instrumentalisation de la question migratoire a historiquement été le fait de l’extrême droite. Désormais, la digue républicaine a été rompue par la droite traditionnelle qui n’hésite plus à reprendre cette thématique et à stigmatiser les immigrés.


En France, l’instrumentalisation de la question migratoire a historiquement été le fait de l’extrême droite. Désormais, la digue républicaine a été rompue par la droite traditionnelle qui n’hésite plus à reprendre cette thématique et à stigmatiser les immigrés. Face à ce discours de conviction ou de circonstance destiné à désigner un bouc émissaire à la crise économique et sociale qui ravage l’Europe, il est intéressant de confronter la rhétorique à la réalité des chiffres.

En France, en pleine campagne électorale pour les législatives du 10 et 17 juin 2012, la droite et l’extrême droite ont axé leur discours sur le thème de l’immigration et la peur de l’étranger. Marine le Pen, présidente du Front National (FN - extrême droite) et l’Union pour un Mouvement Populaire (UMP - droite) sont unanimes à ce sujet : le principal problème de la France serait l’immigré, responsable des difficultés économiques et sociales du pays, à savoir le déficit public et le chômage.

De façon classique, Marine le Pen accuse l’immigration, officiellement évaluée à 200 000 entrées par an, d’être responsable de tous les maux : « L’immigration représente un coût important pour la communauté nationale[1] ». Elle s’est donc engagée à la réduire de 95%, c'est-à-dire à la limiter à 10 000 entrées par an[2].

Lors de la campagne présidentielle, le candidat de l’UMP, Nicolas Sarkozy, dont le conseiller privilégié Patrick Buisson est un transfuge de l’extrême droite, n’avait pas hésité à reprendre le discours de l’extrême droite et à dénoncer l’invasion migratoire en provenance d’Afrique : « Si les frontières extérieures de l’Europe ne sont pas protégées contre une immigration incontrôlée, contre les concurrences déloyales, contre les dumpings, il n’y aura pas de nouveau modèle français et il n’y aura plus de civilisation européenne. Si nous avons fait l’Europe, c’est pour être protégés, pas pour laisser détruire notre identité et notre civilisation[3] ».

Pour l’UMP, les problèmes de la France s’expliqueraient par la présence trop nombreuse de la population étrangère en France. Le président-candidat Sarkozy avait insisté à ce sujet : « Nous subissons les conséquences de cinquante années d’immigration[4] ». Selon l’UMP, qui s’est engagé à diminuer par deux le chiffre de l’immigration légale[5], « il y a trop d’immigrés en France[6] ».

Les chiffres de l’immigration

Ainsi, selon les thuriféraires de « l’identité nationale », le chômage et les déficits publics seraient dus au nombre trop élevé d’immigrés en France. Il convient à présent d’analyser les chiffres de l’immigration légale afin d’évaluer la validité de cette assertion.

Tout d’abord, contrairement à ce qu’affirme Marine le Pen, la France n’est pas la première destination des immigrants en Europe mais la cinquième, derrière le Royaume-Uni, l’Italie, l’Espagne et l’Allemagne[7].

Par ailleurs, l’immigration européenne, le regroupement familial et les étudiants étrangers représentent 80% de l’immigration totale en France. Il est ainsi impossible pour l’Etat français d’agir sur les deux premiers groupes sans contrevenir aux conventions internationales et notamment à la Convention européenne des droits de l’homme pour ce qui est du regroupement familial. La seule marge de manœuvre possible concerne le nombre d’étudiants. Or il est difficile d’imaginer la nation française fermer ses portes à cette catégorie et à se priver ainsi de ce qui fait son rayonnement international, à savoir l’attractivité de ses universités. En effet, 41% des doctorants en France sont des étudiants étrangers[8].

Selon les chiffres de l’Office français pour l’immigration et l’intégration, parmi les 203 017 étrangers (hors Union européenne) accueillis en 2010, se trouvaient 84 126 personnes concernées par le regroupement familial (41,4%), 65 842 étudiants (32,4%) et 31 152 immigrés économiques (26,2%). On découvre ainsi que l’immigration économique n’arrive qu’en troisième position[9].

 En réalité, l’immigration est une nécessité économique pour la France. En effet, les allégations concernant l’impact négatif des flux migratoires sur l’économie française (chômage et déficit) sont contredites par la réalité des statistiques. Une étude du Ministère des Affaires sociales portant sur le coût de l’immigration sur l’économie nationale révèle que les immigrés, loin de plomber le budget des prestations sociales, rapportent chaque année aux finances publiques la somme de 12,4 milliards d’euros, contribuant ainsi à l’équilibre du budget national et au paiement des retraites. Ainsi, ces derniers reçoivent de l’Etat 47,9 milliards d’euros (retraites, aides au logement, RMI, allocations chômage, allocations familiales, prestations de santé, éducation) et versent 60,3 milliards (cotisations sociales, impôts et taxes à la consommation, impôts sur le revenus, impôts sur le patrimoine, impôts locaux, contribution au remboursement de la dette sociale – CRDS et contribution sociale généralisée – CSG). Ce solde amplement positif détruit l’argumentaire du FN et de l’UMP au sujet de l’immigration[10].

Les professeurs Xavier Chojnicki et Lionel Ragot, auteurs de l’étude, se montrent même favorables à une « politique migratoire plus ambitieuse » laquelle « contribuerait à une réduction du fardeau fiscal du vieillissement démographique » :

L’immigration a bien des effets sur les finances de la protection sociale en France. Ceux-ci sont globalement positifs. […] L’immigration, telle qu’elle est projetée dans les prévisions officielles, réduit le fardeau fiscal du vieillissement démographique. En son absence, le besoin de financement de la protection sociale à l’horizon du siècle augmente de 2 points de PIB, passant de 3% à environ 5% du PIB[11].

En outre, selon cette étude, il convient d’ajouter à ce solde positif net de 12 milliards d’euros par an d’autres revenus non monétaires d’une grande importance économique et sociale. Ainsi, les 5,3 millions de résidents étrangers établis en France (11% de la population) occupent dans leur immense majorité des emplois dont les Français ne veulent pas. Par ailleurs, 90% des autoroutes ont été construites et sont entretenues avec de la main-d’œuvre étrangère. Enfin, les prix à la consommation pour les produits agricoles, par exemple, seraient bien plus élevés sans les immigrés, ces derniers recevant souvent un salaire inférieur à celui des citoyens français[12].

De la même manière, dans le domaine de la santé, plus de la moitié des médecins hospitaliers présents dans les banlieues françaises sont d’origine étrangère. Il en est de même dans d’autres secteurs. Ainsi, 42% du personnel des entreprises de nettoyage est issu de l’immigration et 60% des ateliers de mécanique automobile de la région parisienne appartiennent à des entrepreneurs étrangers[13].

Le Comité d’orientation des retraites note, au contraire, que « l’entrée de 50 000 nouveaux immigrés par an permettrait de réduire de 0,5 point de PIB le déficit des retraites[14] ». L'Organisation de coopération et de développement économique (OCDE), qui regroupe les 34 pays les plus développés, estime de son côté que les immigrés jouent un « rôle décisif dans la croissance économique à long terme[15] ».

Ainsi, la rhétorique xénophobe visant à stigmatiser les populations issues de la diversité ethnique de la planète ne résiste pas un seul instant à l’analyse scientifique. L’immigration, loin d’être un fléau pour la société française, est au contraire une nécessité économique vitale.

Le Front de Gauche contre le Front National

Le Front de Gauche (FDG), qui est devenu en l’espace de trois ans la quatrième force politique du pays, dénonce ouvertement la stigmatisation des populations immigrées et affronte le FN et l’UMP sur ce terrain. Jean-Luc Mélenchon, porte-parole du FDG, a condamné les positions de la droite et de l’extrême droite : « Le problème de la France, ce n’est pas l’immigré, c’est le financier. Ce n’est pas l’immigré qui ferme l’usine. Ce n’est pas l’immigré qui condamne les autres à la pauvreté. C’est le capital financier et ses chiens de garde du Front national[16] ».

Dans son rapport annuel, la Commission européenne contre le racisme et l’intolérance, organe du Conseil de l’Europe, a dénoncé la banalisation du discours hostile aux immigrés de la part des hommes politiques. « La réduction des prestations sociales, la diminution des offres d’emploi et l’augmentation conséquente de l’intolérance à l’égard des groupes d’immigrés et des minorités historiques » constituent des « tendances inquiétantes[17] ».

Au lieu d’aborder les questions fondamentales du partage des richesses et de la réduction des inégalités économiques et sociales, l’extrême droite française – désormais rejointe par la droite – préfère surfer sur la haine de l’étranger. En se basant sur des convictions racistes, elles stigmatisent ainsi une population, nommément celle originaire d’Afrique du nord et d’Afrique subsaharienne, et la rendent – à tort – responsable des ravages engendrés par l’application dogmatique de la doctrine ultralibérale.

Salim Lamrani


1. Front national, “Immigration : stopper l’immigration, renforcer l’identité française”. http://www.frontnational.com/le-projet-de-marine-le-pen/autorite-de-letat/immigration/ (site acessado em 1º de junho de 2012).
2. Samuel Laurent, “Sarkozy-Le Pen: ce que rapproche leurs programmes, ce qui les separe”, Le Monde, 26 de abril de 2012.
3. Nicolas Sarkozy, “Discours de Nicolas Sarkozy, Place de la Concorde”, 15 de abril de 2012. http://www.lafranceforte.fr/medias/presse/discours-de-nicolas-sarkozy-place-de-la-concorde-dimanche-15-avril-2012 (site acessado em 2 de junho de 2012).
4. Nicolas Sarkozy, “Discours de Grenoble”, 30 de julho de 2010. http://videos.tf1.fr/infos/2010/le-discours-de-nicolas-sarkozy-a-grenoble-dans-son-integralite-5953237.html (site acessado em 2 de  junho de 2012).
5. Le Point, “Sarkozy répète qu’il y a ‘trop’ d’immigrés en France”, 1º de maio de 2012.
6. Le Monde, “‘Il y a trop d’immigrés en France’, a déclaré Sarkozy sur RMC/BFMTV”, 1º de maio de 2012.
7. Cédric Mathiot, “Non, la France n’est pas le pays d’Europe qui accueille le plus d’immigration”, Libération, 28 de março de 2012.
8. Le Monde, “Les étudiants étrangers constituent 41% des doctorants en France”, 31 de maio de 2012.
9. Departamento Francês para Imigração e Integração, “Rapport d’activité 2010”, junho de 2011, p. 50. http://www.ofii.fr/IMG/pdf/OFII-RapportActivites_2010-Client-150DPI-FeuilleAF.pdf (site acessado em 2 de junho de 2012).
10. Xavier Chojnicki e Lionel Ragot, “Immigration, vieillissement démographique et financement de la protection sociale : une évaluation par l’équilibre général calculable appliqué à la France”, Centre d’études prospectives et d’informations internationales, maio de 2011, n° 2011-13, p. 41. http://www.cepii.fr/francgraph/doctravail/pdf/2011/dt2011-13.pdf (site acessado em 2 de  junho de 2012).
11. Ibid.
12. Ibid.
13. Organização para a Cooperação e Desenvolvimento Econômico, “Perspectives des migrations internationales”, 2010. http://www.oecd.org/document/42/0,3746,fr_2649_201185_45626986_1_1_1_1,00.html (site acessado em 2 de junho de 2012).
14. Jean-Luc Mélenchon, “Discours de Strasbourg”, 22 de maio de 2012. http://www.dailymotion.com/video/xr0h1l_j-l-melenchon-discours-de-strasbourg_news (site acessado em 2 junho de 2012).
15. Le Monde, “Le Conseil de l’Europe s’alarme de la montée des discours xénophobes”, 3 de maio de 2012.
Article original en portugais :
 

http://operamundi.uol.com.br/conteudo/opiniao/22276/imigracao+na+franca+da+retorica+xenofoba+a+realidade+dos+numeros+.shtml

Docteur ès Etudes Ibériques et Latino-américaines de l’Université Paris Sorbonne-Paris IV, Salim Lamrani est enseignant chargé de cours à l’Université Paris Sorbonne-Paris IV, et l’Université Paris-Est Marne-la-Vallée, et journaliste, spécialiste des relations entre Cuba et les Etats-Unis.

Son dernier ouvrage s’intitule État de siège. Les sanctions économiques des Etats-Unis contre Cuba, Paris, Éditions Estrella, 2011 (prologue de Wayne S. Smith et préface de Paul Estrade).

In : http://www.cameroonvoice.com/news/news.rcv?id=7153
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Sur son site, l'UMP propose des «questions de la semaine» stigmatisant les «étrangers». Les formulations sont aussi effarantes que les résultats.

«Pour lutter plus efficacement contre les actes de délinquance commis par une frange de la population qui a fait de la violation de la loi pénale son mode habituel de vie, doit-on expulser les étrangers auteurs de tels faits?» Non, vous n'êtes pas sur le site du Front national, mais sur celui de l'UMP, comme l'a repéré le blogueur Dadavidov. Dans la rubrique «agir» de son site officiel, le parti présidentiel propose aux internautes de répondre à la «question de la semaine» - présentée comme un «sondage» - par «oui» ou par «non».
«Les réponses ne seront pas utilisées pour des propositions de loi, elles seront consultées à titre informatif», peut-on lire. En réalité, les questions sont très orientées et la réponse attendue est «oui». Les résultats avoisinent d'ailleurs les 90% de réponses affirmatives (cf capture ci-dessous). Exemple: «Endetté, le département de la Corrèze, présidé par François Hollande, doit-il geler les salaires de tous ses élus et faire ainsi preuve, comme l'Etat, de gestion saine et rigoureuse?».
Les thématiques choisies sont également orientées. Sur 20 questions, 5 concernent les «étrangers», dont trois sur les huit dernières questions.
In :  http://blogs.mediapart.fr/blog/marine-turchi
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Le FN et l'UMP menacent les malades et les minorités

Le FN a proposé de parquer les personnes vivant avec le VIH, qu'il tient pour contagieuses, dans des "sidatoriums". Marine Pen défend le pape dans sa croisade obscurantiste contre les préservatifs. Elle s'en prend aux étranger(ère)s, aux précaires, aux malades, aux LGBT (lesbiennes, gaies, bi(e)s et trans), et à de nombreuses autre minorités, qu'elle cherche à opposer entre elles. La politique que défend le Front national est incompatible avec la liberté, l'égalité, la fraternité, mais aussi la lutte contre le sida et les enjeux de santé. Quelle prévention du VIH réaliser auprès des populations les plus exposées dans un cadre politique qui les stigmatise, les réprime, les enferme ?
Ce cadre, nous le connaissons déjà en grande partie. Cela fait longtemps que l'UMP applique la politique du Front national : multiplication des propos racistes, xénophobes, sexistes ou homophobes ; délire sécuritaire qui attente aux libertés publiques et compromet les actions de prévention auprès des usager(ère)s de drogues, des prostitué(e)s ou des étranger(ères)s ; mise en avant de la prison et de l'enfermement comme seule réponse à tous les "problèmes de société", au mépris de la catastrophe sanitaire qui se déroule au sein du monde pénitentiaire, des personnes gravement malades sans soins de qualité, des nombreux décès ; et bien sûr application décomplexée du principe de préférence nationale aux politiques de santé.
Le parti de Nicolas Sarkozy a ainsi rendu l'Aide médicale d'Etat, la couverture maladie réservée aux sans-papiers, payante. Cette mesure discriminatoire est une entrave supplémentaire à l'accès au système de santé, notamment au dépistage et à la prise en charge précoce. De même, l'UMP a démantelé le titre de séjour pour soins obtenu de haute lutte par les associations en 1998. Dorénavant, grâce à Nicolas Sarkozy, on peut condamner à mort des personnes malades en les expulsant dans des pays où elles n'auront pas accès aux soins. Oui, sur la santé, comme sur bien d'autres sujets, le FN et l'UMP mènent les mêmes combats.
D'ailleurs, quand Le Pen père estimait que nous, personnes vivant avec le VIH, étions contagieuses, donc dangereuses, Nicolas Sarkozy, lui, maintient une discrimination à notre égard qui repose sur le même raisonnement : il a refusé de lever l'interdiction de soins funéraires qui pèsent sur nous, qui nous oblige à enterrer nos proches dans des conditions indignes, parfois dans des états de décomposition avancée. C'est pourquoi nous avons appelé le président sortant le candidat de la putréfaction.
Si nous faisons les comptes des votes Le Pen, Sarkozy et Dupont-Aignan, ce sont 48 % des votant(e)s qui, pour une raison ou pour une autre, ont donné leur soutien à des partis qui prônent la haine des minorités, stigmatisent les malades, les étranger(ère)s, les précaires, les LGBT, les drogué(e)s, les putes, les prisonnier(ère)s, et tant d'autres. Or, nous en sommes. Et si ce n'est pas nous, ce sont nos frères, nos sœurs, nos amant(e)s, nos maîtresses, les personnes avec qui nous travaillons, nos voisin(e)s, ou des inconnu(e)s.
Pour toutes ces raisons, nous appelons sans équivoque à en finir avec Nicolas Sarkozy. Or, cela ne sera possible que si le débat publique de l'entre-deux tours se polarise autour d'enjeux fondamentaux : les droits des personnes, la santé, le logement, les revenus, la qualité de vie. Cela implique que François Hollande rompe avec son discours abstrait, et s'engage concrètement contre tout ce que représente la droite extrême. Le candidat socialiste n'en prend pas le chemin.
Prenons l'exemple des franchises médicales. Cette mesure adoptée par l'UMP stigmatise les malades et les personnes handicapées, en les désignant comme coupables des déficits publics - une rhétorique en elle-même démagogique et d'extrême-droite. François Hollande refuse aujourd'hui de promettre concrètement son abolition dès les premiers mois de son mandat, laissant entendre qu'il veut d'abord assainir les comptes publics. Ce faisant, il donne raison aux partisans des franchises qui estiment que nous coûtons trop chers. Nous ne sommes que l'une des variables d'ajustement d'une logique économique à courte vue et sans considération des enjeux de santé publique.
Or François Hollande n'a aucune raison d'opposer les logiques budgétaires à nos vies et nos santés. Il peut par exemple diminuer drastiquement le prix éhonté des médicaments (donc s'en prendre aux actionnaires de l'industrie pharmaceutique plutôt qu'aux personnes handicapées qui gagnent à peine 700 euros par mois avec l'Allocation adultes handicapés). Cette mesure rapportera bien plus que les franchises. Il peut aussi intégrer les sans-papiers dans la CMU, ce qui permettra à la fois l'amélioration de l'accès aux soins, mais aussi des économies importantes, comme l'ont montrée les associations, des administrations comme l'IGAS ou l'IGF ou encore... des parlementaires socialistes. Et ce n'est qu'un exemple parmi d'autres des apories du programme actuel de François Hollande, de son incapacité chronique à s'abstraire des discours démagogiques de la droite extrême, et à opposer à nos demandes pragmatiques, raisonnées, argumentées, des fin de non-recevoir purement idéologiques.
Il est temps que le PS tire des leçons de ses erreurs passées, qu'il en finisse avec son mépris vis-à-vis du mouvement social et qu'il s'affranchisse du discours de la droite sur la sécurité, l'immigration, les logiques budgétaires. Pour en finir avec Sarkozy, François Hollande doit réagir à gauche. Il en va de nos santés, de nos droits, de nos vies.
Arthur Vuattoux, vice-président d'Act Up-Paris

Le Monde.fr | 25.04.2012
in : http://www.lemonde.fr
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Halal : Sarkozy stigmatise "les musulmans", selon Moscovici
Le directeur de campagne de François Hollande estime que le chef de l'Etat "manie des symboles un peu douteux contre l'économie".

Pierre Moscovici, directeur de campagne de François Hollande, a estimé dimanche 4 mars que la proposition de Nicolas Sarkozy d'étiqueter la viande en fonction de la méthode d'abattage "stigmatise de façon sournoise les musulmans de France et fait écho aux thèmes du Front national".
Interrogé sur RTL, le député PS du Doubs a estimé "qu'au lieu d'étiqueter il faut réglementer les techniques d'abattage, faire en sorte qu'il y ait de la transparence et de la qualité".
 Des conséquences économiques néfastes
"C'est une erreur économique d'abord. Cette question de l'étiquetage a déjà été envisagé au niveau du Parlement européen qui s'y est refusé parce qu'il y a aussi une question économique pour la filière, la filière ovine-bovine, et la filière de l'abattage qui connaît de grandes difficultés", a-t-il poursuivi.
"Quand on mange halal, ou quand on mange casher, on ne mange pas la totalité d'une bête, et si on l'étiquette à ce moment c'est comme si on la découpait en tranches, et qu'on faisait perdre des revenus considérables aux agriculteurs".
"Voilà comment Nicolas Sarkozy manie des symboles un peu douteux contre l'économie", a conclu le responsable socialiste.
A Bordeaux, samedi, Nicolas Sarkozy avait déclaré qu'il fallait reconnaître "à chacun le droit de savoir ce qu'il mange, halal ou non" et souhaiter "l'étiquetage des viandes en fonction de la méthode d'abattage".


le 04-03-2012

in : http://tempsreel.nouvelobs.com

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Tribune publiée dans Libération : « De l’arrogance en politique… »
Arrogance de François Hollande? Non, arrogance de la droite, des plus hautes autorités de l’Etat, qui ont dévoyé la parole publique et les institutions de la République depuis près de cinq ans.
Par Benjamin Abtan (secrétaire général du Egam, European grassroots antiracist movement) et Sandrine Mazetier (députée de Paris et secrétaire nationale du Parti socialiste en charge de l’immigration).
Le jeudi 2 février 2012.
A la recherche d’une improbable martingale contre le candidat socialiste à l’élection présidentielle, le Président de la République, le gouvernement et l’UMP accusent désormais François Hollande et la Gauche «d’arrogance». On serait tentés de sourire, tant la tentative de retournement est grossière, si ces attaques n’étaient portées par les plus hautes autorités de la République.
L’arrogance en politique ne consiste pas en l’emploi du futur de l’indicatif plutôt que du présent du conditionnel dans quelques phrases évoquant la Présidence de la République après le mois de mai, puisque c’est de cela dont il s’agit. Elle se situe, en revanche, dans l’insolente permissivité avec laquelle les plus hautes autorités de l’Etat ont dévoyé la parole publique et les institutions de la République depuis près de cinq ans. Elle se manifeste aussi par le mépris, voire une forme de jubilation, avec lesquels elles ont transgressé en toute impunité les valeurs de la démocratie sur la scène européenne.
Dévoiement de la parole publique
Ainsi, lorsque le Ministre de l’Intérieur Claude Guéant, en charge des cultes, déclare en avril 2011 que «l’accroissement du nombre de musulmans, un certain nombre de comportements, posent problème», il ne contribue pas à la paix sociale et religieuse comme ses fonctions le lui intiment. Bien au contraire, il stigmatise une partie de la population française sur critère religieux, détournant ainsi en toute quiétude le sens de l’institution qu’il dirige.
Ce dévoiement de la parole publique par des représentants de l’Etat crédibilise les discours populistes et d’extrême droite non seulement dans notre pays, mais également à l’échelle européenne. Ainsi, c’est en référence directe aux débats français sur l’identité nationale et sur la burqa, qui avaient occasionné de nombreux discours aux relents nauséabonds, que l’extrême-droite suédoise a réussi à imposer une rhétorique antimusulmane dans la campagne législative de septembre 2010, ce qui a permis aux « Démocrates Suédois » d’entrer au Parlement pour la première fois depuis la fin de la seconde guerre mondiale.
Transgression institutionnelle
Plus récemment, les déclarations sur les Roms du Conseiller d’Etat Arno Klarsfeld, qui préside le Conseil d’Administration de l’Office français de l’immigration et de l’intégration (OFII) depuis septembre 2011, s’inscrivent dans cette même logique. Il a en effet déclaré, lors d’un déplacement à Bucarest en octobre 2011 qu’ «on ne fait pas huit enfants quand on n’a qu’une pièce. Après, les chefs des mafias viennent et disent: « Tu vas m’en donner deux pour aller mendier ou faire le trottoir ».» Il a tranquillement réitéré ces propos lors de son audition par la Commission des lois de l’Assemblée nationale le 11 janvier, provoquant le départ des députés de gauche.
Ce faisant, il inscrit l’institution qu’il représente en contradiction avec sa mission principale, qui est l’accueil et l’intégration des migrants. Cette transgression institutionnelle a été autorisée par celle de l’actuel Président de la République qui avait convoqué en juillet 2010 une réunion à l’Elysée pour «faire le point sur la situation des Roms et des gens du voyage». C’était la première fois depuis 1945 qu’une catégorie supposée «ethnique» de la population faisait l’objet d’une réunion à l’Elysée, qui se mettait alors en contravention coupable avec l’esprit et la lettre du fonctionnement des institutions de la République.
Avec ces déclarations, le Conseiller d’Etat non seulement manque à son devoir de réserve, mais surtout entame le crédit porté tant à son institution de rattachement qu’à celle qu’il préside. De plus, tout comme le funeste Discours de Grenoble, discours aux accents antirépublicains prononcé par un Président de la République, elles ont une résonnance particulière en Europe, en particulier en Roumanie, en Bulgarie, en Hongrie ou encore en Slovaquie. Dans de nombreux villages de ces pays, les Roms sont parqués dans des quartiers séparés, et ils sont régulièrement victimes de meurtres racistes. Ces paroles institutionnelles françaises apportent un soutien de poids à ceux qui décrivent les Roms comme une population qui pose problème partout et par essence, et dont il faudrait en toute logique se débarrasser.
Soutien de l’UMP à Orban
L’accueil chaleureux réservé à Viktor Orban lors du Congrès du PPE organisé par l’UMP à Marseille en décembre, comme le soutien entier que lui ont témoigné les députés européens de l’UMP lors de sa controversée venue au Parlement européen le 18 janvier, fournissent un dernier exemple, parmi tant d’autres, de ce dévoiement «décomplexé» des valeurs de la République et des institutions démocratiques.
Alors même que le Premier ministre hongrois détruit chaque jour un peu plus la démocratie dans son pays et porte au pouvoir les idées de l’antisémite et anti-Roms Jobbik, allié du Front national au niveau européen, c’est sans complexe que les élus de l’UMP lui ont affiché leur soutien, au mépris du mandat qui leur a été confié par les Français et qui commande la défense inconditionnelle des valeurs démocratiques.
Pour le respect de ces valeurs en France comme dans le reste de l’Europe, il est urgent de mettre un terme au dévoiement en toute impunité de la parole publique et des institutions de la République, qui constitue aujourd’hui la véritable arrogance en France
Benjamin Abtan, secrétaire général du Egam, European grassroots antiracist movement.
Sandrine Mazetier, députée de Paris et secrétaire nationale du Parti socialiste en charge de l’immigration.


http://www.sandrinemazetier.fr
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VOICI CE QUE (avec d'autres) nous criions, déclarions en décembre 2009: ( Mon spot ici-même N°  180- NON A MAURRAS, NON A VICHY )

NON A MAURRAS, NON A VICHY


Depuis quelques mois se dessine en France l’idée qu’il n’y a de salut pour ce pays que dans l’ethnocentrisme, la xénophobie, voire le racisme. Des relents nauséabonds d’une époque pas si lointaine que cela refont surface notamment parmi les dirigeants français, parfois au plus haut sommet de l’Etat. Les nombreux discours intolérables faisant référence à la droite réactionnaire et xénophobe du début du 20° siècle en sont un signe qui ne trompe pas.

Le débat sur « l’identité nationale », lancé pour détourner l’attention des français de leur difficile quotidien et des échecs politiques, sociaux et économiques, est un facteur de division, de haine. Des exemples récents suffisamment médiatisés nous confortent dans nos propos. Nous disons non au vichysme, non à l’immobilisme.
Nous publions ci-dessous deux textes s’inscrivant tous deux dans l’opposition à cette dérive.
Ahmed HANIFI, Marseille.
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Une honte nationale


Par Edwy Plenel


Article publié le vendredi 18 décembre 2009
in Médiapart

« Nous ne débattrons pas » est suffisamment explicite pour se passer de commentaires. En revanche, son succès en appelle. Son ampleur, la diversité de ses signataires comme leur croissance ininterrompue en ligne, est un événement qui va au-delà de son propos initial, le refus principiel de cautionner une machine infernale, de division et d’exclusion. Pour nombre des premiers pétitionnaires qui, de plus, ne sont pas tous dans l’opposition systématique au pouvoir en place, il n’allait pas de soi de proclamer un refus symbolique de débattre alors même que la démocratie suppose la libre discussion et l’entière délibération. S’ils ont franchi ce pas, vaincu leurs réticences et, pour certains, quitté leur silence, c’est qu’ils partagent ce sentiment diffus que, dans cette affaire d’identité nationale, autre chose est en jeu qui nous dépasse et nous requiert : le salut d’une certaine idée de la France et du monde face à un pouvoir qui, l’abaissant et l’humiliant, nous fait honte. Sans précédent depuis l’élection en 2007 de Nicolas Sarkozy, ce sursaut a pour moteur la compréhension qu’avec ce « grand débat sur l’identité nationale », se donne à voir la nature profonde du régime. Non plus seulement ses apparences et ses tactiques, ses coups ou ses esbroufes, son agitation ou sa personnalisation, mais sa régression essentielle, sa dangerosité véritable. Car cette manœuvre détestable ne se réduit pas à l’évidente fuite en avant d’un pouvoir privé de résultat tangible et confronté à sa propre faillite, quadruple faillite financière, économique, sociale et morale, largement documentée sur Mediapart. Tout en cherchant à masquer cet échec, cette exacerbation du national comme pathologie de l’identité et fantasme de l’autre, comme fixité et fermeture plutôt que comme mouvement et ouverture, dévoile ce qui est politiquement à l’œuvre derrière le personnage présidentiel, les références partagées qui unifient son propre entourage et celui de son premier ministre, le projet idéologique qui réunit leurs principaux collaborateurs et conseillers. Ici, deux discours font preuve. Ils ont été pesés, pensés et mûris. L’un a inauguré la séquence « Identité nationale », explicitant la mission confiée à Eric Besson : c’est celui de Nicolas Sarkozy à La Chapelle-en-Vercors, le jeudi 12 novembre. L’autre l’a prolongée, maintenant le cap malgré la polémique croissante : c’est celui de François Fillon, au colloque de l’Institut Montaigne, à Paris, le vendredi 4 décembre. Deux discours, deux moments, deux personnalités, deux fonctions, et, cependant, du président de la République au premier ministre, le même contenu, les mêmes références et la même intransigeance. Il faut les lire avec attention, mot à mot, ligne à ligne, afin de prendre l’exacte mesure du retour en arrière que MM. Sarkozy et Fillon veulent imposer à la France. Une régression dont le levier est une insidieuse négation historique, révision mensongère de notre passé aux fins de libérer, honorer et banaliser les idées, les hommes et les époques qui ont incarné le refus des idéaux démocratiques et républicains.

Effacé, le souvenir de l’Etat français de Vichy. Le discours de Nicolas Sarkozy, d’abord.
« Depuis deux cents ans, à part l’expérience sanglante de la Terreur, nul totalitarisme n’a menacé nos libertés. C’est que la culture française est irréductible au totalitarisme » : ne se rendant même pas compte de l’énormité de ce qu’il affirme, le président de la République énonce ce mensonge juste avant d’affirmer qu’en 1989, avec la chute du « Mur de la honte » , « les valeurs de la démocratie et de la République triomphaient » Pour le coup, c’est la France qui, soudain, a honte. Car, d’une phrase d’une seule, l’actuel chef de l’Etat vient d’effacer le souvenir de l’Etat français de Vichy (1940-1944) et des indiscutables crimes du régime incarné par Philippe Pétain, synonyme de dictature personnelle, de terreur policière et de persécution raciale. Lequel régime, on l’oublie trop, issu de la droite extrême plutôt que de l’extrême droite, garda, au grand dam des authentiques fascistes français, trois des symboles nationaux auxquels Nicolas Sarkozy voudrait aujourd’hui, dans le même discours en Vercors, réduire l’ « honneur d’être français » : le drapeau tricolore comme oriflamme, La Marseillaise comme hymne et le 14 juillet comme fête. Preuve, s’il en était besoin, que l’espérance républicaine ne s’y résume pas, et forcément les outrepasse. Cette énormité fut donc prononcée dans un discours dont les trois autres points d’ancrage sont l’affirmation de « la Chrétienté » (avec majuscule) comme identité première de la France, placée pour la forme à équivalence avec les Lumières ; la dénonciation de « l’égalitarisme » comme source du renoncement et de l’abandon national ; enfin, la revendication du rétablissement de l’autorité comme priorité, autorité explicitement identifiée à celles de la police et de l’Etat, lesquelles institutions sont ici libérées de toute définition contraignante, « la Police » , elle aussi avec majuscule, et non pas la police républicaine ; un Etat sans qualité, et non pas l’Etat de droit (la justice n’est pas mentionnée). Ainsi entendue, la France serait, à la fois, une éternité dont « la morale chrétienne » serait le socle ; une distinction dont l’élitisme suppose le refus d’une égalité niveleuse ; et une discipline dont l’observation respectueuse suppose obéissance et cohésion. Une France, n’hésite pas à affirmer en 2009 celui qui la préside, où la République est surtout débitrice de l’Ancien Régime dont elle aurait « accompli le vieux rêve capétien d’une France une et indivisible et d’un Etat dominant les féodalités ». La logique de cet énoncé est de désigner ceux qui, pour reprendre précisément les mots de ce discours présidentiel, ne méritent pas l’honneur d’être français ou ne peuvent le devenir car n’adhérant pas « à une forme de civilisation, à des valeurs, à des mœurs » dont les seuls symboles ici énumérés sont les cathédrales, le Mont-Saint-Michel, Notre-Dame de Paris, la cathédrale de Reims et chaque église de village avec son clocher « qui le surplombe depuis dix siècles ». Ces mauvais sujets sont évidemment étrangers, étrangers voulant nous rejoindre ou déjà parmi nous, étrangers même s’ils sont français d’apparence administrative, immigrés, Français d’ailleurs, Français différents, Français dissidents. C’est bien ce que suggère l’énumération présidentielle qui, par le détour d’une seule mention particulière, celle de la burka, évoque l’islam, confondu avec son extrémisme ultra-minoritaire, et, surtout, nie tout droit légitime à une partie de la population vivant en France, ne la rappelant qu’à des devoirs, devenus la condition de l’accès aux droits. Ce passage du discours illustre parfaitement à quoi sert cette imposition de la question nationale comme ordre du jour central : à une immense régression sociale, à transformer des droits en privilèges, à remettre en cause l’idée même d’une justice sociale, bref, à renforcer les inégalités et à accroître les injustices. La France, dit Sarkozy, « demande qu’on la respecte. On ne peut pas vouloir bénéficier des droits sans se sentir obligé par les devoirs ». Suivent alors les mentions de la sécurité sociale, des allocations chômage et de la gratuité des études comme trois avantages dont on ne pourrait ni « bénéficier » ni « profiter » si l’on ne se comporte pas en citoyen conforme, obéissant et discipliné, c’est à- dire toujours prêt à « se demander ce que l’on peut faire pour son pays ». L’ennemi, dans cette mise en guerre du pays avec lui-même, outre l’étranger immigré ou le Français fidèle à son passé étranger, c’est « l’assisté » , dont il va falloir « exiger qu’il fasse tous les efforts » qu’appelle sa déplorable condition, et, bien sûr, tous ces mauvais Français incapables d’aimer suffisamment la France pour vibrer à cette définition sarkozyenne, pourtant d’une stupidité abyssale : « Un Français reconnaît d’instinct une pensée française, une région française et il s’y sent chez lui. » François Fillon en disciple de Maurice Barrès Loin de nuancer ce nationalisme d’un autre âge, comme l’ont cru des commentaires pressés, le discours de François Fillon à l’Ecole militaire, le 4 décembre, l’a accentué. Revendiquant sa volonté politique de mettre « la question nationale » au cœur du débat politique et critiquant vivement ceux qui s’y refusent, le premier ministre a prononcé cette phrase : « Ce mutisme assumé, je pense qu’il révèle bien des malentendus qu’un siècle de critiques a pu creuser entre les Français et l’idée même de la Nation. » Il s’agit donc bien de revenir un siècle en arrière, de renouer avec le bouillon de culture des idéologies conservatrices de la fin du XIXe et du début du XXe siècles, d’oublier leur responsabilité directe dans les catastrophes meurtrières qui ont ensanglanté l’Europe et de donner finalement tort à ceux qui, à la Libération, des gaullistes aux communistes, imposèrent à une droite conservatrice, défaite et discréditée, sinon la réalité accomplie du moins les valeurs référentielles d’une démocratie libérale et d’une république sociale qu’elle avait toujours eu en horreur. « Être français, c’est d’abord appartenir à un très vieux pays d’enracinement. » La France de François Fillon, dans le même discours, est par essence une immobilité, une « France des origines » tissée de « lignées anciennes ». C’est pourquoi l’imaginaire de ce nationalisme conservateur est d’abord géographique, fait de paysages éternels, tant il redoute l’histoire imprévisible, ses ruptures, ses mouvements, ses aléas, sa liberté en somme. Exprimant une peur panique du présent et du mouvement, de l’inattendu et de l’imprévu et, donc, de l’hôte de passage, de l’invité surprise, bref, du surgissement du monde, il a pour mot de passe, de l’antidreyfusard Maurice Barrès au souverainiste François Fillon, l’enracinement. Et pour cible, évidemment, les déracinés, titre du plus connu des bréviaires barrésiens. Les déracinés, autrement dit tous ceux qui témoignent d’identités de relations plutôt que de racines, d’identités en mouvement et en déplacement, faites de liens et d’échanges, de brassages et de mélanges, de rencontres et de partages. Dès le début du discours du premier ministre, la référence à Maurice Barrès est explicite. Evoquant successivement, comme les trois périls qui menacent la France, « une société sans âme, dominée par un individualisme forcené », une Europe « plus technocratique que politique » et « une mondialisation désincarnée qui ferait de nous des pions anonymes », il les résume d’un seul mot, le déracinement : « Les Français ne peuvent souscrire à un tel déracinement. » Contre ces trois perditions, l’individu, l’Europe et le monde, il faudrait donc défendre nos racines. Et quelles sont-elles pour François Fillon ? Tout simplement, la chrétienté, la ruralité et l’unicité. Une France qui « tient aux rythmes d’une tradition chrétienne et rurale », une France qui « n’oublie ni ses villages, ni ses coutumes », une France qui, face à la « pluralité », « a su opposer les vertus centralisatrices d’un principe fort ». Ici, les concessions à la laïcité sont de pure forme, balayées par l’insistance chrétienne : « La France est laïque, mais la France est tout naturellement traversée par un vieil héritage chrétien qui ne saurait être ignoré par les autres religions installées plus récemment sur notre sol. » « Plus récemment » est ici essentiel, affirmation non seulement d’une supériorité faite d’antériorité mais, surtout, d’un devoir de soumission des autres religions et, par extension, des cultures différentes. Une droite maurrassienne, orléaniste et élitiste « C’est aux étrangers qu’il revient de faire l’effort d’intégrer la France », lit-on quelques phrases plus loin, injonction qui transforme l’espoir de devenir français en épreuve contraignante plutôt qu’en rêve émancipateur : « Être français et vivre en France, c’est une chance mais c’est aussi une charge. » La France de MM. Sarkozy et Fillon n’accueille plus. Au mieux, elle recrute. Dans tous les cas, elle exige. Qu’on s’assimile, qu’on se soumette, qu’on se conforme, qu’on se convertisse, qu’on se noie et qu’on se perde. C’est une France de la ressemblance où la différence n’a pas sa place. Quant à l’idéalisation de la ruralité, apparemment anachronique dans nos sociétés industrielles, elle résonne comme une citation qui fait sens, formule magique libérant une tradition politique refoulée. Dans son récent discours aux agriculteurs, Nicolas Sarkozy n’avait pas craint d’identifier la Terre, avec majuscule, à une saine identité nationale, comme en écho au fameux « la terre, elle, ne ment pas » du troisième appel du maréchal Pétain, lu le 25 juin 1940. Un appel rédigé par Emmanuel Berl, symbole de ces égarés de la gauche que leur égocentrisme sans boussole amènera à côtoyer Vichy, tout comme l’ancien communiste, socialiste, chevénementiste Max Gallo inspire aujourd’hui cette vision étatique d’une France éternelle fondée par la rencontre de la monarchie et de la chrétienté. Vision mythologique bien sûr, fort éloignée de l’histoire avérée. Et pourtant vision désormais officielle, au risque international d’un ridicule qui ne tuera pas François Fillon : « Le fait est que, dans la tempête des invasions barbares, il n’y a guère que le petit peuple franc qui ait surnagé. Sans doute parce qu’en contrepoids d’un caractère belliqueux, incontestable, la légitimité et le droit étaient déjà deux obsessions françaises. » C’est alors que, dans ce discours du premier ministre, surgit la référence à Jacques Bainville, évoquant Jeanne d’Arc tombant à genoux devant le dauphin. Bainville, ce fidèle de Charles Maurras, cette plume de L’Action française, dont les obsèques, le 13 février 1936, furent l’occasion d’une tentative de lynchage de Léon Blum, dont la voiture avait par mégarde croisé le cortège funèbre. Du leader socialiste, Maurras avait écrit : « Voilà un homme à fusiller, mais dans le dos », tandis que, pour son acolyte Léon Daudet, « Blum était le bruit que font douze balles dans la peau d’un traître ». Les processionnaires de l’enterrement de Bainville avaient ces mots-là en tête, et les mirent en pratique. Soixante-treize ans plus tard, ce lapsus maurrassien dans la bouche d’un chef de gouvernement ne saurait relever de l’inculture. D’autant moins qu’il est cohérent avec l’ensemble des propos qui, du chef de l’Etat au premier ministre, dressent le portrait d’une France élue à la grandeur bien avant que la république ou la démocratie ne s’en mêle. Ou, mieux encore, grande malgré la république (réduite ici à la centralité du pouvoir) et malgré la démocratie (amputée ici de l’exigence d’égalité). Une France qui doit « être aimée et servie », dans l’obéissance, la cohésion et la discipline : « Les 65 millions de Français doivent faire bloc », insiste François Fillon, qui met en garde ceux qui ne voudraient pas en être, ceux qui critiquent, discréditent, voire, dit-il, «débinent constamment notre nation et ses valeurs », ici, l’emploi d’un verbe familier élargit l’interdit à notre quotidienneté. De cette Anti-France, M. Fillon dessine clairement les contours en trois mots : « Aujourd’hui, dans nos stades, dans nos cités, parmi nos élites, émerge parfois la tentation de défier la République, en affichant le mépris de ses symboles.» Stades, cités, élites : trois mots qui suggèrent le peuple, les immigrés et les intellectuels. Evidemment, ces deux discours sont aussi parsemés de précautions ou d’allusions qui en masquent ou en atténuent la cohérence. Mais ce ne sont là que dénégations orwelliennes, mots vides de sens et références privées de signification. L’essentiel est ailleurs : pour la première fois depuis 1944-1945 s’énonce, au sommet de la République, l’idéologie de la droite extrême, celle qui fut au pouvoir avec Philippe Pétain sous Vichy, cette droite à la fois maurrassienne, orléaniste et élitiste qui n’avait jamais admis la démocratie libérale et qui vécut la victoire de l’Allemagne nazie comme sa divine surprise, cette droite que seules la victoire des Alliés et la personnalité de Charles de Gaulle obligèrent à admettre le principe de la République et sa devise de liberté, d’égalité et de fraternité. Défendre l’esprit des Lumières et le droit naturel La bataille des Lumières n’est donc pas terminée, et elle se joue ici même face à un pouvoir qui leur tourne le dos. C’est parce qu’elle les refusait que la droite extrême d’hier combattait la République sans Dieu. C’est parce qu’elle entend les remettre en cause que la droite extrême d’aujourd’hui veut nous imposer sa Nation de Chrétienté. Qu’est-ce, en effet, que les Lumières sinon l’inverse de ce que rabâchent ces deux discours ? Un appel à l’émancipation du sujet humain des entraves du passé et de la religion, de l’obscurantisme de l’une et des immobilismes de l’autre. Une théorie du droit naturel où l’égalité est au principe des droits de l’homme. Une affirmation de la primauté de l’individu sur la société et de sa liberté comme garantie de l’émancipation. L’égalité, donc : des hommes naturellement égaux en droit, des droits égaux entre individus libres... Et pour l’intellectuel de cette droite extrême que fut Charles Maurras, l’ennemi, c’est justement l’égalité, et son credo l’inégalité, entre individus, entre classes, entre peuples, entre nations, etc. Si la démocratie est le régime que Maurras abhorre, c’est parce que sa promesse subversive est celle de l’égale valeur politique des individus. La combattre suppose de rétablir des hiérarchies, des différences, des aristocraties, bref, un ordre stable d’inégalités garanti par l’autorité incontestée d’un pouvoir central capable de conjurer cette menace : la vitalité démocratique d’une pluralité d’égaux. C’est d’ailleurs pourquoi l’Eglise de Maurras est si peu chrétienne et purement d’ordre, à tel point qu’il considère l’Evangile comme un dangereux pamphlet révolutionnaire parce que d’esprit égalitaire. De Maurras, par exemple, dans Mes idées politiques (1937) : « Toutes les fortes crises modernes ont un caractère oriental ; bibliques par leur esprit ou juives par leur personnel. » Où l’on croise le fantasme occidental des désordres orientaux, aujourd’hui ravivé par notre époque de transition et, donc, d’incertitude et de peur. Critique de l’égalité, éloge de la chrétienté, hommage à la royauté, méfiance de l’étranger, enracinement de la nation, soumission à l’autorité, etc. : tous les refrains actuellement mis en musique par le pouvoir ramènent à ces sources idéologiques de la droite extrême d’avant-guerre, jusqu’alors tenues en lisières d’une droite de gouvernement peu ou prou issue du gaullisme. Telle est la véritable rupture incarnée par Nicolas Sarkozy : la clôture du gaullisme comme s’il ne s’était agi que d’une parenthèse ouverte par un accident historique, la défaite de l’Allemagne nazie et, donc, de la « Révolution nationale » de Vichy qui avait saisi comme une divine surprise l’opportunité offerte par la collaboration avec le IIIe Reich. Les racines du sarkozysme plongent au-delà, retrouvant l’idéologie des droites extrêmes d’avant-guerre pour inventer la cohérence d’un pouvoir qui allie, de façon inédite, souverainisme nationaliste, libéralisme économique et illibéralisme politique. Le discrédit moral qui, fort légitimement, accompagne le pétainisme nous fait trop souvent oublier l’effrayante normalité et continuité dont le régime de Vichy était porteur. « Dictature pluraliste », selon le mot de l’historien Stanley Hoffmann, il rassemblait autour d’un chef charismatique aussi bien la droite antirépublicaine que la droite technocratique, des catholiques et des libéraux, des traditionalistes et des modernistes, des maurrassiens de droite et des non-conformistes de gauche, etc. Dans une remarquable synthèse sur cette période, l’historien Jean-Pierre Azéma, signataire de notre Appel, souligne combien l’idéologie vichyssoise est « un syncrétisme français » , prenant « le contre-pied des principes de la démocratie libérale et des fondements de la synthèse républicaine : la condamnation définitive de l’individualisme, le refus de l’égalitarisme, un appel au rassemblement national, une pédagogie anti-intellectualiste, la défiance à l’égard de l’industrialisme, le rejet du libéralisme culturel, et enfin l’affirmation d’un nationalisme fermé et ethnocentrique ». Où l’on retrouve bien des ingrédients de l’offensive idéologique actuelle... Quand Alain Badiou se risqua, dès 2007, à évoquer le pétainisme à propos du sarkozysme, la comparaison pouvait surprendre, voire scandaliser. Désormais, c’est le pouvoir lui-même qui y incite avec ses obsessions et ses références qui, loin d’être sans histoire et sans précédents, ont un parcours et des antécédents, des racines en somme. « Je ne suis pas en train de dire que les circonstances ressemblent à la défaite de 1940, et que Sarkozy ressemble à Pétain, prenait soin de préciser Badiou dans De quoi Sarkozy est-il le nom ? (Lignes, 2007). Pas du tout. Je dis que la subjectivité de masse qui porte Sarkozy au pouvoir, et soutient son action, trouve ses racines inconscientes, historico-nationales, dans le pétainisme. » Pétainiste, précisait le philosophe, étant entendu ici comme « le transcendantal, en France, des formes étatisées et catastrophiques de la désorientation ». Le sarkozysme témoigne de la désorientation d’une partie de nos élites politiques, économiques, administratives, face à l’actuel décentrement du monde, au croisement d’une révolution industrielle imprévisible et d’une perte d’emprise de l’Occident. Sa perdition idéologique évoque irrésistiblement le constat dressé à l’été 1940 par un homme que les discours de MM. Sarkozy et Fillon convoquent mais qu’ils trahissent, faute de l’avoir bien lu : le grand historien et futur martyr de la Résistance Marc Bloch, dans L’Étrange Défaite . « Français, je vais être contraint, parlant de mon pays, de ne pas en parler qu’en bien », prévenait-il avant de mettre en évidence la responsabilité dans l’affaissement moral de la nation d’une bourgeoisie qui « avait cessé d’être heureuse » et qui, devenue « anxieuse et mécontente, était aussi aigrie ». L’Appel de Mediapart signifie simplement le refus de cette déchéance. A cette aigreur, remugle de méfiance et de crispation, de faiblesse et de violence, de petitesse et de peur, il oppose une façon très française de vouloir la France qui est toute de refus et de hauteur, d’exigence et de réclamation, d’alerte et d’ambition, de curiosité et de générosité. Car critiquer la France, c’est l’aimer. La vouloir, la réclamer, l’exiger. Et ne pas supporter qu’on la critique, c’est en revanche la déserter. L’ignorer, l’oublier, la délaisser. Drapés dans l’alibi du national, les conservatismes de tous horizons, les renoncements de tout acabit voudraient une France immobile et éternelle, figée et achevée. La vérité, c’est qu’ils ne l’aiment pas telle qu’elle est. Telle qu’elle bouge, évolue, change, se transforme et se modifie dans une fidélité frondeuse à son histoire et à ses promesses, à sa présence au monde et aux autres.
Edwy Plenel. contact@mediapart.fr

Pour signer : http://www.mediapart.fr/journal/france/021209/lappel-de-mediapart-nous-ne-debattrons-pas

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Mediapart lance avec deux cents personnalités un appel à refuser le «grand débat sur l'identité nationale» organisé par le pouvoir. Nous souhaitons que cet appel soit à l'origine d'une grande pétition citoyenne qui suscite un vaste rassemblement.

Vous pouvez le signer ici :

http://www.mediapart.fr/journal/france/021209/lappel-de-mediapart-nous-ne-debattrons-pas#petition

Nous ne débattrons pas


Par principe, nous sommes favorables au débat. A sa liberté, à sa pluralité, à son utilité. C'est pourquoi nous refusons le « grand débat sur l'identité nationale » organisé par le pouvoir : parce qu'il n'est ni libre, ni pluraliste, ni utile.


Il n'est pas libre car c'est le gouvernement qui le met en scène, qui pose les questions et qui contrôle les réponses. Il n'est pas pluraliste car sa formulation réduit d'emblée notre diversité nationale à une identité unique. Il n'est pas utile car cette manœuvre de diversion est une machine de division entre les Français et de stigmatisation envers les étrangers.

Affaire publique, la nation ne relève pas de l'identité, affaire privée. Accepter que l'Etat entende définir à notre place ce qui nous appartient, dans la variété de nos itinéraires, de nos expériences et de nos appartenances, c'est ouvrir la porte à l'arbitraire, à l'autoritarisme et à la soumission.

La République n'a pas d'identité assignée, figée et fermée, mais des principes politiques, vivants et ouverts. C'est parce que nous entendons les défendre que nous refusons un débat qui les discrédite. Nous ne tomberons pas dans ce piège tant nous avons mieux à faire : promouvoir une France de la liberté des opinions, de l'égalité des droits et de la fraternité des peuples.

La liste des 202 premiers signataires de l'Appel
Dominique A, auteur/ compositeur/interprète, Josette Alia, journaliste, Paul Alliès, politologue, professeur à l'université Montpellier 1, Clémentine Autain, directrice de Regards, membre de la Fédération pour une alternative sociale et écologique, Jean-Loup Amselle, anthropologue, directeur d'études à l'EHESS, Philippe Artières, historien, chargé de recherche au CNRS, Louis Astre, syndicaliste, Aure Atika, actrice, Raymond Aubrac, commissaire honoraire de la République, Martine Aubry, maire de Lille, premier secrétaire du Parti socialiste, Stéphane Audeguy, écrivain, Jean-Pierre Azéma, historien, professeur honoraire à l'IEP de Paris (…)
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Arrêtez ce débat, Monsieur le Président !


Depuis le 2 novembre 2009, la France a été entraînée, malgré elle, dans les tourments d’un débat sur l’identité nationale. De nombreuses voix s’étaient pourtant élevées pour avertir que le lien posé d’emblée entre l’immigration et l’identité nationale était de nature à libérer une parole au « mieux » stigmatisante, au pire raciste.
Malheureusement, ces prédictions apparaissent aujourd’hui se situer bien en-deçà d’une réalité inquiétante et nauséabonde. En effet, depuis plusieurs semaines, les débats sur l’identité nationale sont apparus comme des espaces de libération d’une parole raciste, prompte à remettre en cause, de façon insidieuse ou explicite, la légitimité de la présence sur le sol national de catégories entières de la population.
Un nombre substantiel de réunions nous font honte tant les propos qui y sont tenus heurtent nos consciences de républicains et de démocrates, attachés aux valeurs du vivre ensemble. Propos violents envers les immigrés et leurs enfants, vision caricaturale des « jeunes de banlieue », obsession autour de la figure du musulman comme euphémisation d’un racisme anti-arabe qui n’ose plus s’exprimer en ces termes : voilà quelles semblent être les principales réflexions qui émergent des réunions tenues sur le territoire.
Pire, des responsables politiques de premier plan ont cédé au tropisme de la stigmatisation. Ainsi, il y a quelques jours, une Ministre de la République, Nadine Morano, livrait en creux sa vision du musulman, essentialisé dans la position de celui qui refuse de s’intégrer à la Nation, fût-il français.
La technique consistant, face aux tollés soulevés par de tels propos, à expliquer que ces derniers ont été mal compris ne doit pas faire illusion. La preuve n’est plus à faire que le débat sur l’identité nationale, bien loin de renforcer l’adhésion aux valeurs de la République, est un facteur de haine et de désunion, là où notre pays devrait s’atteler à cultiver le vivre ensemble. Un vivre ensemble trop fragile pour qu’il soit affaibli à travers un débat qui, posé en ces termes, ne pouvait finalement rien produire d’autre.
Face à cette réalité qu’il est inutile de vouloir camoufler, il est tout aussi inutile de sortir la carte du « peuple dont l’expression est légitime ». Car, dans notre pays comme dans toutes les grandes démocraties, le racisme n’est pas une opinion, c’est un délit. À cet égard, les propos racistes tenus dans des réunions organisées par les préfectures sont d’autant plus graves que l’Etat vient apposer sa légitimité à l’expression de pensées qui n’ont pas lieu d’être dans l’espace public.
C’est pourquoi nous vous demandons, Monsieur le Président de la République, de mettre un terme à ces réunions, sans quoi la République française que vous représentez aura fait le choix de laisser se tenir en son sein et avec son assentiment un débat de nature à briser durablement les fondements de notre vivre ensemble.

in:
http://www.arretezcedebat.com/


Ont signé:


Ameziane ABDAT - Président de l'association Zy Va

Isabelle ADJANI - Comédienne
Pierre AIDENBAUM - Maire du 3ème arrondissement de Paris
Jean-François AMADIEU - Professeur Université Paris 1
Pouria AMIRSHAHI - Secrétaire national du PS chargé des droits de l’Homme
Nathalie ANDRE - Réalisatrice
Mouloud AOUNIT - Co-président du MRAP
Pierre ARDITI - Comédien
Gérard ASCHIERI - Secrétaire général de la FSU
Eliane ASSASSI - Sénatrice de Seine-Saint-Denis (PCF)
David ASSOULINE - Sénateur de Paris (PS)
Yvan ATTAL - Comédien
Martine AUBRY - Première secrétaire du Parti Socialiste, maire de Lille
Clémentine AUTAIN - Co-directrice du Mensuel Regards
Josiane BALASKO - Cinéaste
Massira BARADJI - Porte parole de la FIDL
Claude BARTOLONE - Président du Conseil Général de Seine-Saint-Denis
Pierre-Louis BASSE - Journaliste - écrivain
Eric BASSET - Producteur
Djamel BEN SALAH - Cinéaste
BENABAR - Chanteur
Ghaleb BENCHEIKH - Théologien
Jean BENGUIGUI - Comédien
Yamina BENGUIGUI - Réalisatrice - Adjointe au Maire de Paris
Jean-Luc BENNAHMIAS - Député européen, vice-président du Modem
Pierre BERGE - Président de la Fondation Pierre Bergé - Yves Saint Laurent
Charles BERLING - Comédien - Réalisateur
Jean-Louis BIANCO - Député et président du Conseil général des Alpes de Haute-Provence
(...)
Pour signer la pétition : http://www.arretezcedebat.com/

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