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dimanche, juin 02, 2013

398- MESSALI HADJ - 16 mai 1898 - 03 juin 1974

Le 03 juin 1974, nous quittait le père de la lutte pour l'indépendance algérienne.

Messali Hadj (16 mai 1898 à Tlemcen – 03 juin 1974 à Gouvieux dans l’Oise )
JT du 04 juin 1974 INA

Messali Hadj, père oublié du nationalisme algérien

 Dans l’histoire du nationalisme algérien, un point d’interrogation demeure : comment et pourquoi le père fondateur, Ahmed Mesli, dit Messali Hadj, a-t-il pu être désavoué, puis combattu, par ses fils spirituels, alors même qu’il avait été le premier à poser comme objectif non plus un aménagement du système colonial, mais la lutte pour l’indépendance ?


 
Si les noms de Habib Bourguiba en Tunisie et de Mohammed Ben Youssef — ou Mohammed V — au Maroc sont liés, dans la mémoire collective, à la lutte victorieuse pour l’indépendance, celui de Messali Hadj fait toujours l’objet, en Algérie, d’une occultation qui s’est à peine atténuée depuis une ou deux décennies.

L’Etoile nord-africaine (ENA) naquit au printemps 1926, à l’initiative des milieux communistes français, très attentifs alors à l’organisation des « travailleurs coloniaux » en métropole. Au sein de la commission coloniale du Parti communiste français (PCF), le principal responsable était Abdelkader Hadj Ali ; il fut secondé par des militants plus jeunes, dont Messali Hadj (1). En février 1927, à Bruxelles, lors du congrès de la Ligue contre l’impérialisme et l’oppression coloniale, le jeune Messali — il est né à Tlemcen en 1898 — est chargé de présenter le programme de l’Etoile. Pour la première fois, du haut d’une tribune internationale, un orateur exige l’indépendance de la colonie algérienne et des protectorats tunisien et marocain : « L’indépendance de l’un de ces trois pays n’a de chances d’aboutir que dans la mesure où le mouvement libérateur de ce pays sera soutenu par les deux autres (2). »

L’Etoile connaît un succès grandissant, essentiellement au sein de l’immigration algérienne en métropole. Mais les relations entre communistes et étoilistes se distendent dès la fin de la décennie 1920. Messali Hadj et les autres dirigeants sont soucieux de ne pas s’engager dans un face-à-face avec le PCF. Ce dernier ne comprend les relations avec les mouvements nationalistes qu’en fonction de sa seule stratégie, laquelle devient — à partir du Front populaire — plus hexagonale qu’internationaliste. Jusqu’alors, chacun avait utilisé l’autre à ses propres fins.Sept 1959 INA

L’avènement du Front populaire révèle le malentendu. Des divergences apparaissent sur les objectifs visés. En matière coloniale, la gauche française s’en tient à un prudent réformisme : même le timide plan Blum-Viollette — élaboré en 1936 par Léon Blum avec l’ancien gouverneur d’Algérie Maurice Viollette —, qui visait à permettre à vingt-cinq ou trente mille Algériens d’acquérir la citoyenneté sans renoncer à leur statut personnel musulman, ne sera jamais présenté au Parlement. Le PCF conçoit en 1939 le schéma, qui devait se révéler si inadéquat, de la « nation en formation », fondée sur un mélange des populations européennes et arabo-berbères. Le langage des étoilistes, lui, ne change pas : le peuple algérien doit compter avant tout sur ses propres forces. « Mes frères, il ne faut pas dormir sur vos deux oreilles maintenant et croire que toute l’action est terminée, car elle ne fait que commencer », avertit Messali Hadj.
21 sept 1959 INA



S’enclenche alors une campagne sourde, puis ouverte, contre les étoilistes. Le 26 janvier 1937, en vertu des lois contre les ligues factieuses, le gouvernement Blum dissout l’Etoile. Robert Deloche, chargé de la question algérienne au PCF, soutient cette mesure dans L’Humanité du 12 février ; le divorce est consommé.

Messali Hadj et les siens fondent le Parti du peuple algérien (PPA), qui, à la différence de l’ENA, s’implante également en Algérie. Cela vaudra à Messali Hadj une accusation de « reconstitution de ligue dissoute » et une arrestation, le 27 août 1937. Commence alors, après un procès dans la pure tradition coloniale, une nouvelle vie pour le fondateur du PPA. Sur trente-sept années — entre 1937 et sa mort —, il en passera vingt-deux soit en prison, soit en résidence surveillée, selon le bon vouloir de quatre régimes : la IIIe République finissante, l’Etat vichyste, puis enfin les IVe et Ve Républiques.

Durant la seconde guerre mondiale, il refuse toutes les avances faites par l’Allemagne nazie aux nationalistes des pays colonisés, ce qui accroît son autorité morale. Puis survient, avec la chute du nazisme, cette terrible coïncidence des dates : le drame du 8 mai 1945 dans le Constantinois, lorsqu’une manifestation pour l’indépendance, à l’occasion de la victoire des Alliés, est violemment réprimée (3). Le massacre — plusieurs milliers de morts — a des répercussions au sein du mouvement nationaliste algérien. Pour les militants de la jeune génération, la guerre d’Algérie commence de fait à ce moment, et la préparation à la lutte armée s’impose. Messali Hadj — qui ne vit plus en Algérie — en reste au schéma classique de la conscientisation progressive du peuple. Pour lui, les appels à l’insurrection sont des « fanfaronnades », du « gauchisme stupide » (4).

Ces dissensions mèneront à la rupture de 1954. Le mouvement nationaliste algérien se déchire. L’autorité de Messali Hadj, fondateur et président du PPA — qui devient le Mouvement pour le triomphe des libertés démocratiques, MTLD, après la dissolution par les autorités françaises du PPA en 1946 —, est remise en cause. Une fracture apparaît entre messalistes et centralistes (ainsi nommés parce que majoritaires au comité central).

Un petit noyau autonome, issu de l’Organisation spéciale (OS, structure clandestine destinée à préparer une future lutte armée), va griller la politesse aux uns et aux autres et imposer la préparation concrète d’une insurrection armée. L’idée est énoncée le 23 mars 1954, jour de naissance du Comité révolutionnaire pour l’unité et l’action (CRUA). Auparavant, en février, Messali Hadj avait été approché par Moustapha Ben Boulaïd, l’un des neuf fondateurs du CRUA, et avait repoussé avec mépris les plans de ces « amateurs ». On sait aujourd’hui que lui-même envisageait pourtant — mais avec quelle conviction ? — une insurrection autour du 15 novembre 1954.

Une course de vitesse s’engage donc entre deux factions pourtant mues par le même idéal et dotées de stratégies très proches, mais en désaccord sur le calendrier. Sans doute n’y avait-il là rien d’insurmontable ; mais deux facteurs vont troubler le jeu. En France, le ministre de l’intérieur François Mitterrand, apparemment bien informé, décide en septembre de transférer Messali Hadj dans une nouvelle résidence surveillée, aux Sables-d’Olonne, ce qui renforce son isolement. En Egypte, où le CRUA a installé sa base arrière, Gamal Abdel Nasser, qui s’est emparé du pouvoir le 23 juillet 1952, pousse à l’éviction de Messali Hadj, considéré comme moins malléable que les jeunes nationalistes, dont Ahmed Ben Bella — qui deviendra en 1962 le premier président de l’Algérie indépendante.

L’insurrection éclate le 1er novembre 1954. Un nouveau nom marque la rupture avec le passé : Front de libération nationale (FLN). Messali Hadj, lui, fonde un parti qui apparaîtra vite comme le concurrent du FLN : le Mouvement national algérien (MNA). Commence alors l’un des épisodes les plus douloureux de cette guerre. En quelques mois, à partir de 1956, la confrontation entre nationalistes prend un tour d’une violence inouïe. Selon toutes les études historiques, c’est le FLN qui cause les premiers affrontements, afin de conquérir une suprématie détenue depuis des décennies par le messalisme. En Algérie, il détruit les bases supposées du MNA, comme ce village de Melouza où trois cent quinze personnes sont tuées en mai 1957 ; un massacre évidemment utilisé par la propagande française.

En métropole, malgré l’usure et l’isolement du vieux dirigeant, le travail de quatre décennies a acquis au messalisme l’immense majorité de la communauté immigrée. Pour imposer sa conception de la révolution, le FLN entreprend à partir de 1957 d’assassiner les dirigeants du MNA. Après un temps d’hésitation, marqué par un appel solennel de Messali Hadj (« Ces assassinats et ces crimes se multiplient tous les jours, alors que tous nos compatriotes luttent pour le même objectif », 1er septembre 1957 (5)), ce dernier réplique. Dans cette guerre civile à l’intérieur même de la guerre d’Algérie — parfois attisée par la France coloniale —, l’historien Gilbert Meynier estime le nombre de victimes en métropole à quatre mille (6), réparties en trois groupes à peu près égaux : un tiers de victimes MNA du FLN, un tiers de victimes FLN du MNA, et un tiers d’Algériens qui refusaient de se plier aux injonctions des uns et des autres (7).

Les messalistes furent défaits dès 1957 en Algérie, et à partir de 1959-1960 en métropole. Le combat cessa faute de combattants dans le camp du MNA : le FLN avait établi son hégémonie. En 1959, lorsque le régime gaulliste décide de mettre fin à l’exil de Messali Hadj, c’est un homme abattu qui se réfugie dans une petite maison de la région parisienne, à Chantilly. Il devra probablement sa survie — suprême honte — à la protection discrète dont il bénéficie de la part de l’Etat français, qui mène alors une guerre destructrice contre son peuple.

Quels avaient été, sa vie durant, les deux axes de sa pensée politique ? La conquête de l’indépendance et le maintien de la solidarité entre les trois peuples du Maghreb, dans la lutte, puis dans la liberté recouvrée. En 1962, il peut à bon droit être amer. L’indépendance est certes acquise, mais au prix de sa mise à l’écart. L’Algérie dont il rêvait, adossée à un puissant mouvement ouvrier, forte de l’expérience politique accumulée au sein de l’immigration, des luttes, n’a pas vu le jour. Ce qu’il avait sans doute pressenti, l’accaparement rapide du pouvoir par une caste militaro-bureaucratique, prend corps sous ses yeux, se renforçant même avec le coup d’Etat de Houari Boumediene, le 19 juin 1965. Et l’histoire officielle en cours d’écriture n’exalte que les nouveaux maîtres, niant l’apport fondamental du messalisme au mouvement national.

Messali Hadj avait rêvé l’unité des trois pays du Maghreb ; elle ne se réalisa pas non plus. Devenus indépendants, la Tunisie de Bourguiba, le Maroc de Mohammed Ben Youssef et l’Algérie de Ben Bella allèrent chacun son chemin, et parfois même s’affrontèrent. Messali Hadj s’éteignit le 3 juin 1974, sans avoir revu l’Algérie.






par Alain Ruscio, juin 2012 
www.monde-diplomatique.fr; Juin 2012

Historien. Auteur de Histoire de la colonisation. Réhabilitations, falsifications et instrumentalisations (ouvrage collectif codirigé avec Sébastien Jahan), Les Indes savantes, Paris, 2008 ; de Dien Bien Phu, mythes et réalités. Les échos d’une bataille, 1954-2004 (en collaboration avec Serge Tignères), Les Indes savantes, Paris, 2005 ; du Credo de l’homme blanc, préface d’Albert Memmi, Complexe, Bruxelles, 2002.
(1) Messali Hadj, Mémoires, 1898-1938, texte établi par Renaud de Rochebrune, Jean-Claude Lattès, Paris, 1982  ; Benjamin Stora, Messali Hadj, Le Sycomore, Paris, 1982.

(2) L’Ikdam, octobre 1927, cité par Mahfoud Kaddache, Histoire du nationalisme algérien, vol. I, Paris-Méditerranée - EDIF, Paris-Alger, 2003.

(3) Lire Mohammed Harbi, «  La guerre a commencé à Sétif  », dans Manière de voir, n° 121, «  Algérie, 1954-2011. Histoire et espérances  », février-mars 2012.

(4) Benjamin Stora, op. cit.

(5) Ibid.

(6) Gilbert Meynier, Histoire intérieure du FLN, Fayard, Paris, 2002.

(7) Paul-Marie Atger, «  Le Mouvement national algérien à Lyon. Vie, mort et renaissance pendant la guerre d’Algérie  », Vingtième Siècle, n° 104, Paris, octobre-décembre 2009.



www.monde-diplomatique.fr; Juin 2012

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Voir aussi le courrier des lecteurs (Le Monde diplomatique juillet 2012 ) :
M. Nedjib Sidi Moussa, qui prépare à la Sorbonne une thèse de doctorat en science politique sur les trajectoires des dirigeants messalistes, précise certains points abordés dans l’article d’Alain Ruscio «Messali Hadj, père oublié du nationalisme algérien » (Le Monde diplomatique, juin 2012).
Messali Hadj, au même titre que d’autres figures du mouvement indépendantiste, ne fait plus l’objet d’une occultation systématique en Algérie. Depuis l’expérience du « pluralisme partisan » et l’arrivée du président Abdelaziz Bouteflika, plusieurs éléments sont allés dans le sens d’une réapparition du pionnier du nationalisme sur la scène publique. L’aéroport de Tlemcen ainsi qu’un boulevard à Sidi Bel Abbes portent son nom, d’anciens messalistes se recueillent sur sa tombe chaque année, des colloques lui sont consacrés, plusieurs publications traitent de son parcours, et il est désormais intégré dans les manuels scolaires. Evidemment, comparé à l’importance du personnage, cela demeure bien insuffisant. Certains acteurs politiques, certes marginaux, ne traitent de Messali Hadj et de ses partisans que sur le mode de l’insulte. Les anciens militants et combattants du Mouvement national algérien (MNA) ne sont d’ailleurs toujours pas reconnus dans leurs droits, contrairement à ceux du Front de libération nationale (FLN).
L’avènement du régime gaulliste fut suivi d’une série de mesures politiques, comme le transfert d’Ahmed Ben Bella et de ses compagnons à l’île d’Aix en 1959, mais aussi la fin de la déportation de Messali Hadj à Belle-Ile-en-Mer, où séjourna Auguste Blanqui, un autre « enfermé ». Précisons qu’il ne sera complètement libre, vis-à-vis des autorités françaises, qu’en mai 1962. Sa protection ne fut en aucun cas assurée par l’Etat français, mais par des militants algériens, dont l’un (Ali Djouadi, 26 ans) perdit la vie, en septembre 1959, quand un commando du FLN tenta d’assassiner le zaïm [« vaillant, courageux »]. Si l’on peut parler de détente temporaire, celle-ci va immédiatement cesser quand Messali Hadj refuse d’être un moyen de pression contre le Gouvernement provisoire de la République algérienne (GPRA) durant les négociations, au grand dam de certains dirigeants qui se retrouvent dans le Front algérien d’action démocratique (FAAD), énième création des officines colonialistes.
Messali Hadj, entouré de ses derniers compagnons, n’arrête pas son combat politique en 1962 et va relancer un second Parti du peuple algérien (PPA), jamais agréé par les autorités algériennes. L’indépendance était sans doute acquise (malgré ses réserves concernant les accords d’Evian), mais il restait le combat pour la démocratie, contre la dictature du parti unique. En un demi-siècle d’engagement marqué par la détention et l’exil, il a pu constater l’éviction des pionniers du mouvement indépendantiste, la décomposition du mouvement ouvrier, le gâchis énorme causé par les luttes fratricides (entretenues par les « services » et amplifiées par certains zélateurs), mais aussi la persistance de la question palestinienne, à laquelle il était sensible.
on : www.monde-diplomatique.fr

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Messali Hadj raconté par sa fille


21 mai 2013 Par Benjamin Stora

Messali Hadj, le fondateur de la première organisation nationaliste algérienne dans les années 1920, a longtemps été un personnage maudit de l’histoire intérieure algérienne. Ses partisans, regroupés dans le Mouvement national algérien (MNA), se sont durement affrontés à ceux du Front de Libération Nationale (FLN) pendant la guerre d’Algérie. Ils ont été vaincus, et le nom de Messali a disparu de la scène publique après l’indépendance de 1962. Mais le personnage Messali n’avait jamais été oublié par les Algériens, et son nom a refait surface, tout naturellement, à la fin du XXe siècle, notamment au moment du centième anniversaire de sa naissance, en 1998.

Sa fille, Djanina Messali-Benkelfat, vient de publier aux éditions Riveneuve un livre de mémoires. C’est un témoignage saisissant et précieux sur sa vie aux côtés de ce père si présent pendant près d’un demi-siècle de l’histoire franco-algérienne. En 394 pages, elle nous fait revivre tous les combats livrés par le nationalisme algérien depuis les années 1930, jusqu’à la guerre d’indépendance algérienne. Elle évoque la figure de sa mère, Emilie Busquant, militante anarcho-syndicaliste, féministe, anticolonialiste qui lia son sort à Messali, inventa avec lui le drapeau algérien et mourut juste avant le déclenchement de la guerre en 1953.

 Djanina Messali Benkelfat traite des différentes luttes livrées par celui que l’on a longtemps comparé à Blanqui, « l’enfermé », ou « le prisonnier de la mer » comme disait André Breton lorsqu’il parlait de Messali en lui rendant visite à Belle-Isle. Tous les régimes de la IIIe ou de la IVe République craignait sa parole mordante, à Paris ou à Alger. À soixante ans encore, au moment de l’avènement de la Ve République, il est encore emprisonné (il sera définitivement libéré en 1959). Quiconque veut comprendre la persévérance du dissident doit faire connaissance avec Messali… Il réussit à rester homme du peuple tout en devenant une célébrité, ce qui fait de lui un symbole  de la méfiance des hommes de son appareil politique. Au temps où la réussite passait par le fait de siéger dans un conseil municipal (suprême récompense accordée par le régime colonial aux indigènes), Messali sait résister à la tentation et prend le chemin de l’exil et des bagnes. C’est par ce moyen classique que le leader politique gagne en autorité. Il allait en prison sans amertume. Un procès était l’occasion d’acquérir une grande audience.

Mais le récit n’est une simple narration de l’histoire du nationalisme algérien, que l’on peut trouver chez des historiens chevronnés comme Mahfoud Kaddache, Mohammed Harbi ou Charles Robert Ageron. Il est aussi un portrait émouvant à hauteur d’homme qui nous montre les conditions  terribles de détention de Messali Hadj, par exemple à Lambèse dans le sud algérien pendant la seconde guerre mondiale, crâne et sourcils rasés, boulets aux pieds, exhibé au centre la cour de la prison dans une cage, pour effrayer les autres détenus algériens. L’homme pourtant ne plia jamais, refusant à la fois les propositions de collaboration du régime de Vichy, et les promesses du nouveau gouvernement de la France libre après 1943.

Djanina Benkelfat-Messali revient sur les circonstances de la crise qui a entravé la marche de la principale organisation indépendantiste, le PPA-MTLD, au début des années 1950. Crise qui conduisit à la scission de ce parti à la veille du déclenchement de la lutte armée contre la présence coloniale française. Elle décrit les ambitions personnelles de certains dirigeants, les manoeuvres d’appareil et les influence étrangères, notamment égyptiennes, qui ont facilité la mise à l’écart de son père. Son livre est d’une grande puissance évocatrice lorsque les « règlements de compte » sont traités, entre le FLN et le MNA dans les années 1956 et 1962. Le massacre des villageois de Mélouza en mai 1957, puis l’assassinat d’une grande partie de la direction messaliste en octobre 1957 entraînent la perte d’influence de l’organisation. La fin de guerre est terrible, Djanina Messali raconte la tentative d’assassinat de son père, son refus de se laisser instrumentaliser par la France au moment des accords d’Evian, et la solitude du vieux lutteur dans l’exil en France. Son enterrement à Tlemcen, sa ville natale, en 1974 est l’occasion d’une grande manifestation populaire, d’attachement à l’homme qui fût le premier à organiser le combat indépendantiste algérien.

Cette autobiographie, rapports d’une jeune fille et de son père, effarouchera sans doute quelques érudits de l’histoire algérienne, (notamment à propos des figures bien connues d’Abane Ramdane ou de Mohamed Boudiaf qui affrontèrent Messali), bien que ses ingrédients aient été choisis avec un grand soin d’authenticité. Il reste que cet ouvrage fait plus que susciter la curiosité : il invite à la réflexion sur des problèmes plus vastes que la vie de Messali, sur lequel on a déjà publié quelques biographies ; la réflexion sur la fin de la démocratie à l’intérieur des organisations algériennes pendant la guerre, et la confiscation des combats livrés après l’indépendance de 1962.
Benjamin Stora.  On http://blogs.mediapart.fr/blog
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Djanina Benkelfat-Messali,
Une vie partagée avec mon père, Messali Hadj,
Paris, Ed Riveneuve, 2013. 394 pages. 18 euros.  

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