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lundi, juin 17, 2013

402 - Maurice Nadeau

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Interview de Maurice Nadeau par Michel Boujut Filmée par Thomas Boujut Paris Mars 2011.


 
La Quinzaine littéraire - 1085 du 01° au 15 juin 2013
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L’écrivain, éditeur et journaliste littéraire Maurice Nadeau est mort dimanche à l’age de 102 ans, après avoir mené, avec succès, un dernier combat pour sauver la Quinzaine Littéraire, son magazine menacé de fermer.

 
Maurice Nadeau avait été célébré et fêté pour ses cent ans en 2011, et pour ce siècle consacré à la littérature – mais pas seulement, il fut militant communiste, trotskyste, résistant, et bien plus.
Ces dernières semaines, il avait réuni ses dernières forces pour sauver sa Quinzaine Littéraire, fondée en 1966 et menacée, une nouvelle fois, de fermer faute de moyens financiers. Une grande mobilisation fut relayée sur les réseaux sociaux, avec un appel de Nadeau, et il fut entendu.
Début mai, il sonnait l’alerte :
« C’est de mort, en effet, qu’est menacée “ La Quinzaine littéraire ” : pas dans six mois, pas dans un an, comme elle l’a souvent été durant les 47 années de son existence, mais dans les semaines qui viennent. Liquidation judiciaire ou dépôt de bilan, suspension de la parution.
Rien d’étonnant dans la situation actuelle de la presse écrite, rien d’étonnant pour un périodique qui n’a jamais voulu se mettre “ au goût du jour.”
En effet, depuis 1966, “ La Quinzaine littéraire ” n’a cessé de défendre une certaine qualité de l’écriture et de la pensée, et de privilégier la lucidité dans tous les domaines du savoir. Et cela grâce au concours de plus de 800 collaborateurs : écrivains, universitaires, journalistes.
Allons-nous nous laisser faire et voir disparaître le journal ? »
Un mois plus tard, dans le numéro du 1er juin de La Quinzaine, envoyé sous format PDF à ses abonnés (dont je suis désormais, en réponse à son appel), Maurice Nadeau pouvait écrire dans son édito :
« Notre appel dans La Quinzaine du 16 mai : “Vous ne laisserez pas mourir La Quinzaine littéraire !” a été largement entendu. D’abord grâce aux réseaux sociaux et à nos amis des sites internet, qui ne sont pas ennemis, on le voit, de la presse écrite. »




La Quinzaine littéraire - 1085 du 01° au 15 juin 2013

Maurice Nadeau n’aura pas survécu longtemps à ce sauvetage in extremis, sans doute la dernière chance d’un magazine qui lui tenait particulièrement à cœur et qui va désormais devoir se trouver un autre « guide », alors qu’il prépare une nouvelle formule à l’automne.
Kerouak, Miller, Gonbrowicz, Houellebecq...
D’une longue histoire dans la littérature et la politique, on retiendra surtout les « découvertes » qu’on lui doit en France, d’auteurs étrangers comme Jack Kerouac, Witold Gombrowicz, Henry Miller, Malcolm Lowry, et français comme Georges Perec ou Michel Houellebecq dont il publie le premier roman, « Extension du domaine de la lutte », en 1994.
« D’autres écrivains de son catalogue, rappelait Mouloud Akkouche sur son blog de Rue89 pour les 100 ans, n’auront jamais une telle “ visibilité ”, mais toujours une place dans le panthéon intime de Maurice Nadeau. Un panthéon jamais soumis au diktat de la mode et des prix. »
Dans une interview en 1991 avec Marie-Andrée Baudet, il expliquait comment il était devenu « découvreur » de littérature étrangère :
« Je crois que ce sont surtout les circonstances qui ont provoqué ça. A l’époque, je parle de l’après-guerre, il y avait une faim de littérature étrangère. Puis, en même temps, les Français continuaient à croire qu’ils étaient les rois. Et, en somme, je n’ai rien cherché du tout, mais le fait que j’ai commencé à publier des étrangers a fait que d’autres sont venus.
J’ai été obligé d’en refuser plusieurs. J’ai été obligé de refuser Cortazar, Vargas Llosa, je pourrais en citer une bonne dizaine. Ils venaient parce que j’avais commencé à publier des auteurs étrangers, et que les autres éditeurs les ignoraient. (...) De sorte que je n’ai eu qu’à attendre. Miller m’a amené Durell, Malcolm Lowry est venu. Ca s’est fait tout naturellement. »
« Une déception immense sur le plan politique, donc une désillusion »
Dans le même long entretien, Maurice Nadeau, fils d’une femme de ménage et d’un père mort jeune au cours de la Première Guerre mondiale, était interrogé sur les éventuels « tiraillements » entre ses engagements politiques à gauche et ses choix littéraires. Il répondait :
« Non, il n’y a pas eu de tiraillements. Il y a eu un passage, une déception immense sur le plan politique, donc une désillusion. J’ai compris que le seul changement qu’on pouvait espérer, c’était finalement la littérature qui l’appportait.
C’était, par le fait de lire, d’être au courant et d’être en communion avec les gens qui avaient essayé de montrer qu’on pouvait essayer de changer soi-même.
Alors au fond j’ai compris que le changement n’était pas que social et politique – même si cela reste une procédure très importante – mais qu’il y avait aussi un changement de chacun. Ce n’est pas moral ou religieux, ça n’est pas ça.
Essayer de comprendre le monde tel qu’il est, tel qu’il marche, avec toutes ses saloperies, tous ses côtés intéressants aussi, c’est ça la littérature. Bon, toute la littérature n’est pas ça, il ne fait pas tout restreindre, tout simplifier, mais c’est quand même par les écrivains que l’on arrive à se faire une certaine idée du monde, et de soi. »


Abdelkader Djemaï on La Quinzaine littéraire - 1085 du 01° au 15 juin 2013



avoir mené, avec succès, un dernier combat pour sauver la Quinzaine Littéraire, son magazine menacé de fermer.

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Wikipédia: Maurice Nadeau, né à Paris le 21 mai 1911 et mort dans la même ville le 16 juin 2013 (à 102 ans), est un professeur, écrivain, critique littéraire, directeur littéraire de collections, directeur de revues et éditeur français.
Il est le père de l'actrice Claire Nadeau.
Biographie
Orphelin de guerre, Maurice Nadeau entre à l'École normale supérieure de Saint-Cloud. Il y découvre la politique. En 1930, il est membre du PCF, où il est amené à travailler avec Georges Cogniot. Il en est exclu en 1932. Il lit alors Lénine et Léon Trotsky, ce qui l'incite à rejoindre la Ligue communiste de France de Pierre Naville. C'est au cours de ces années qu'il fréquente Louis Aragon, André Breton, Jacques Prévert, Benjamin Péret.
Nommé professeur de lettres en 1936, il enseignera jusqu'en 1945, brièvement comme professeur de lettres à Prades, mais il préférera très vite être instituteur à Thiais, afin de se rapprocher de Paris. C'est alors qu'il collabore avec André Breton à la revue Clé qui dénonce l’internement en France des républicains espagnols dans le contexte de la montée de la guerre.
Après le bref épisode de sa mobilisation, il reprend l'enseignement sous l’occupation nazie et s'engage dans des activités politiques clandestines. Son réseau de Résistance (qui comprenait un soldat allemand qui sera fusillé) sera démantelé au cours d'une rafle : David Rousset et plusieurs de ses membres seront déportés. L'épouse de David Rousset aide alors Nadeau à échapper à la déportation.
Cette première partie de sa vie l'amène en 1945 à publier une Histoire du surréalisme, qui est encore aujourd'hui un ouvrage de référence sur le sujet, même si André Breton ne la trouva pas exactement à son goût.
À la Libération, il entre d'abord comme critique, grâce à Pascal Pia qui en est le rédacteur en chef, dans le journal issu de la Résistance Combat dirigé par Albert Camus. Il tiendra la page littéraire durant sept ans. Il y fera connaître des auteurs comme Georges Bataille, René Char, Henri Michaux, Claude Simon, Henry Miller, et entreprend de commencer l'édition des œuvres du marquis de Sade. Il étonnera ses contemporains en prenant la défense de Louis-Ferdinand Céline.
Commence alors une longue période éditoriale dans diverses maisons et journaux : ainsi il est directeur de la collection Le Chemin de la Vie aux éditions Corréa de 1949 à 1954, critique au Mercure de France de 1949 à 1953, critique à France-Observateur (1952-1959), puis à L’Express de Françoise Giroud (1959-1964), directeur de collection aux Éditions Julliard (1953-1964), il dirige une revue littéraire, Les Lettres nouvelles, (1953-1976), où il publie Edmond Jabès, Yves Bonnefoy, Salah Stétié. C'est alors que, voisin de palier de la revue Les Temps modernes, il fréquente Jean-Paul Sartre, avec qui, durant la guerre d'Algérie, il signe et diffuse le Manifeste des 121 (1960). Il travaille ensuite chez Denoël (1965-1977) puis aux éditions Robert Laffont.
Le 15 mars 1966, il publie, avec François Erval, le n° 1 du bimensuel La Quinzaine littéraire qu’il anime encore aujourd'hui. Il la dirige à partir de 1970, et, dès le n° 2, s'assure de la collaboration étroite d'Anne Sarraute. Cette publication traverse régulièrement des difficultés financières. Une vente aux enchères est même organisée en 1976 pour la sauver, avec la participation de personnalités comme Pierre Soulages, Samuel Beckett, Henri Michaux ou Nathalie Sarraute.
Les Lettres nouvelles devient alors le nom de sa propre maison d'éditions qu'il fonde en 1977 et qu'il continue à diriger jusqu’à sa mort7. 
En 1984, elles deviennent les Éditions Maurice Nadeau. Il y publie notamment le premier roman de Michel Houellebecq, Extension du domaine de la lutte, les ouvrages du futur Prix Nobel, J. M. Coetzee, et des jeunes auteurs comme Soazig Aaron, Ling Xi ou Yann Garvoz.
Le 16 mai 2013, Maurice Nadeau a signé un texte intitulé Vous ne laisserez pas mourir la Quinzaine8. Il appelait à la création d’une société participative comportant deux collèges (l’un regroupant les lecteurs et amis de la Quinzaine littéraire, l’autre les collaborateurs) afin que chacun – ami ou écrivain collaborateur – puisse devenir actionnaire et propriétaire de « son » journal. Il s'est éteint un mois plus tard.