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vendredi, avril 22, 2016

534_ Nadia Sebkhi au Centre culturel algérien à Paris

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Le Centre culturel algérien à Paris a accueilli ce mercredi 20 avril l’écrivaine Nadia Sebkhi, par ailleurs directrice du mensuel littéraire algérien, L’IvrEscq, pour évoquer ses écrits. Elle était entretenue par Nadia Agsous qui ouvre l’entretien par la lecture d’un extrait d’une chronique qu’elle avait consacrée au dernier roman de Nadia Sebkhi « La Danse du jasmin », le dernier de ses livres : « Tout commence au lever du jour, lit Nadia Agsous, à l’heure où la lumière commence à fuir une cité que l’on devine peuplée, bruyante… »

Mais c’est par un autre livre, antérieur, que commence l’entretien. Nadia Agsous demande à Nadia Sebkhi de préciser l’objet du roman « Les sanglots de Césarée (publié en 2012)

« Nous sommes dans une période où l’Algérie est à genou. Lyna et Rasha c’est le monde féminin face à la modernité et à la tradition. Elles sont deux demi-sœurs d’une famille recomposée. C’est un roman empli de questionnements dans un pays qui a perdu son Dieu clément, son Dieu lueur, ses repères. Devant la douleur Lyna s’en remet avec ferveur à Dieu alors même que son mari, Racym, le rejette avec violence. »



Nadia Agsous lit (page 47) : « Lyna rentra chez elle en claquant la porte de l’extérieur. Entre l’extérieur et l’intérieur, elle existait. Elle était à l’abri du dehors. Elle pensait. Elle s’isolait des autres. Elle se relâchait de la pression de l’équipe qu’elle formait car certains mosaïstes confondaient encore maçonnerie et science de l’art. Etrangement, même chez elle, la jeune femme se dérobait encore du regard fixateur des mâles qu’elle sentait, tel un fantôme, comme si la vie, cette matriarche presque vengeresse et conspiratrice des déesses, ironisait aussi par son overdose de déraison ! »

La question qui suit porte sur le rapport particulier que Lyna, à l’image de la majorité des femmes algériennes, entretient avec les espaces privé et public.

« Lyna est éprise de l’art, elle est éprise du passé de l’Algérie, elle est archéologue. J’ai volontairement donné ce titre de Césarée au roman. Le féminin est important dans ce roman. Et il n’est pas naïf dans une société patriarcale. »



Dans « La Danse du jasmin », Dania, interroge Nadia Agsous, le personnage principal, est célibataire, écrivaine. Elle passe son temps à observer la société dans laquelle elle vit. Tout au long du roman Dania émerge comme un témoin important des mœurs de sa société.

« Dania c’est Nadia. Et c’est à bon escient que je l’ai ainsi voulu. Il y a beaucoup de moi dans ce personnage ossature de ce roman épistolaire Tout commence avec un songe que Dania, l’arabo-musulmane raconte à Isabelle qui est de culture pied-noir. Il y a dans le roman un autre personnage important, c’est Rosa une fille de l’humanité. La rencontre de Rosa dans le rêve d’Isabelle est plus importante que la correspondance entre Isabelle et Dania. On est à la recherche du beau. Bizarrement c’est Isabelle l’agnostique qui trouve le beau et non Dania la croyante. Dania porte la douleur des femmes. Le problème c’est la femme. Ou bien elle est complètement égarée du débat sociétal et alors on a perdu la partie ou alors on a réglé les choses et il faut dialoguer avec tout le monde. Ce livre est plus un débat qu’un roman à l’heure où le monde a complètement divorcé, est en crise précise l’auteur.



Extrait : « J’aime retrouver mes sœurs jumelles. Elles se complètent l’une par rapport à l’autre. La température de l’une dévoile celle de l’autre. Elles sont mes aînées. Mani, la mère de mon père, racontait que le jour de leur naissance mon père avait versé des larmes. Il pensait que la malédiction ne l’épargnait plus... quatre filles est une malédiction. » Puis : « Rosa nous interroge avec des yeux qui brillent, le motif de notre présence, je suis Isabelle articulais-je par une voix presque éteinte. Elle met sa main sur sa bouche avant que je termine ma phrase. Elle m’a reconnue. Elle dit avec des yeux emplis de joie, ‘‘oh ! Isabelle ma fille, qu’est-ce que t’es belle ma chérie, est-ce que t’es mariée ma chérie ?’’ sans attendre une réponse elle poursuit ‘‘ comment va ta maman, mon dieu, vous me manquez, t’es venue me prendre avec toi ?’’… »



Il y a deux thèmes récurrents et intimement liés dans vos écrits interroge Agsous, celui des femmes et celui de la religion. 



La religion est réparatrice des maux et en même temps elle en est provocatrice, responsable et coupable. Dès lors qu’une religion s’octroie le leadership sur les autres, et c’est ce que nous vivons, alors on entre dans des turbulences. Et il faut ajouter à cela une société patriarcale. On a tué au nom de la religion. C’est elle qui a écarté les humanistes ou les critiques. Et cette religion est en train de massacrer l’humanité, en Syrie, en Irak, au Mali… Et par ailleurs cette même religion est réparatrice, dans ma famille j’ai toujours entendu « laisse la vieille s’asseoir, respecte la femme, baisse le regard… » par respect. Aujourd’hui on est dans un face à face entre la religion des fanatiques et celle des modérés…



Nadia Sebkhi écrit des poèmes et des romans, qui, même s’ils ne sont pas des essais, ils déroulent les réalités d’un pays, d’une société, d’un monde tel qu’en eux mêmes.



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